34 ans après - plongée dans mes anciens diarii (ce que j'en écrivis)

 

    J'ai donc mis à profit ce jour férié passé sans sortir à soigner un rhume qui me gêne depuis vendredi passé pour m'accorder une plongée dans mes diarii des années 1984 et 1985. 

Comme je m'y attendais, j'y parle fort peu de cette affaire, comme de l'actualité. Je sais que je suivais ce qui se passait dans le monde mais ça faisait plutôt l'objet d'articles découpés que d'entrée dans mon journal, qui la plupart du temps est principalement un carnet de bord. J'y jette quelques notes en aide-mémoire, vite fait, horaires de trains, notes aux examens, dépenses. 

Chaque fois que je suis amenée à les consulter, mes agendas - journaux des années d'étudiants, je suis frappée d'à quel point nous ne faisions presque que travailler et combien le manque d'argent, le budget serré et de tenter de mener une vie cependant pas trop étriquée, nous limitait. Je faisais déjà pas mal de sport, plus que dans mon souvenir. Du footing assez régulièrement - alors que je n'avais le souvenir que de tentatives peu glorieuses au Parc de Sceaux -. Les entrées quotidiennes de ces deux années sont avant tout marquées par les éléments d'études ou de travail, l'importance de nos familles et la grande importance pour moi de l'amitié. Et puis quand même pas mal d'états d'âmes amoureux. Il faut bien des efforts pour devenir un couple, j'en avais perdu le souvenir. Mal remise d'un chagrin antérieur je devais être assez pénible. Et le garçon était visiblement trop jeune pour se fixer. Seulement en ce temps-là nous étions considérés comme adultes dès 18 ans, quand bien même encore étudiants et seulement en chemin vers l'indépendance financière, ce qui nous canalisait sans doute vers des comportements responsables. Bien des passages sont inévitablement très nombrilistes, j'y jette mes doutes, mes interrogations, mes peines, nos moments de grand amour, et un solide désespoir quant à mon avenir, qui finalement fut loin d'être aussi morne et gris que je le craignais (et ça n'est pas fini). Je suis d'une fracassante lucidité.

Deux entrées marquent cependant un intérêt pour le drame de la Vologne en particulier. 

Celle du 29 mars 1985 où sans doute avant de refermer mon agenda je rajoute après avoir écouté les infos et avec le stylo qui me tombe sous la main "Villemin a tué Laroche ça devait arriver, je l'attendais"

 

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Et effectivement même sans suivre plus que ça cette affaire entre d'autres, ça avait tellement ressemblé à "Chronique d'une mort annoncée" à partir du moment où Bernard Laroche avait été remis en liberté, que ça n'avait été une surprise pour personne. Il me semble que l'on se disait Il ne manquait plus que ça et qu'en même temps on ne pouvait se départir totalement d'une forme d'admiration pour un homme qui mis au bord du gouffre par une situation insoutenable, trouve moyen de tenir parole.

Marque de mon détachement : je ne prends pas partie, et ma phrase s'accompagne d'une autre qui concerne le départ annoncé de Christine Ockrent qui présentait les journaux télévisés du soir, que je ne regardais pas si fréquemment durant l'année scolaire puisqu'à la cité U nous n'avions pas la télé, mais dont j'appréciais le professionnalisme lorsque je la voyais. Je marque brièvement une émotion "(snif)" alors que concernant le drame, aucune. Une simple constatation intellectuelle. 

L'autre entrée est celle du mardi 9 juillet 1985, soit quatre jours après l'inculpation par le juge Lambert de Christine Villemin, la mère de l'enfant assassiné, preuve que je ne suis pas les différents rebondissement à la trace. J'ai simplement entendu un flash d'infos.

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Il annonçait que chacun dans sa prison les deux parents orphelins d'enfant se sont lancés dans une grève de la faim. Je crois me souvenir que je ne croyais pas plus que ça à la culpabilité de la mère, que je trouvais délirant l'acharnement médiatique. Alors je fais de l'humour noir, je dis "de plus en plus réjouissant" en ironisant et puis "ils mangent tous plus". Sans vergogne j'enchaîne sur un scénario de mauvais polar, avec le ton que j'aurais mis pour écrire un article dans Le Gorafi s'il avait existé en ce temps-là. En me relisant je mesure à quelle point on nous présentait alors la mère comme seule coupable. Il y a aussi que pour le menu peuple dont j'étais, la phase d'avoir connaissance de l'incompétence du juge n'était pas encore arrivée. Il y avait donc, malgré sa première erreur de faire arrêter Bernard Laroche puis de le relâcher par manque de preuve sans lui accorder d'assez forte protection, quelque chose de l'ordre de si le magistrat l'inculpe c'est qu'ils ont dû trouver des preuves de sa culpabilité (1). Il n'y a de ma part pas réellement de compassion : les malheureux ont été à ce point matière première à démonstrations médiatiques qu'ils sont perçus, et probablement pas que par moi, comme des personnages de roman policier plutôt que comme des êtres humains en train de traverser le pire genre d'épreuve que l'on peut endurer. À ma décharge, je n'ai que 21 ans, pas déjà d'enfants, j'entends des infos radios plutôt que je ne vois d'images. Et il y a sans doute dans cette froideur un réflexe de protection : trop de travail, d'enjeu (les études à boucler sans coup férir : pour les payer mon amoureux et moi nous sommes endettés), trop de difficultés dans ma petite existence pour se peiner en plus par procuration pour des inconnus au destin peu croyable.

On voit cependant qu'en inventant une petite histoire, je m'efforce de ne pas hurler avec les loups et mets de la bonté - celle d'abréger des souffrances - dans le geste de tuer.

J'aime beaucoup la lucidité de mon "jusqu'au bout". Il peut caractériser, même 34 ans plus tard, l'ensemble de cette affaire ; passé les premiers revirements, jusqu'au bout ou presque chaque protagoniste s'en sera finalement tenu à sa version. Ça pourrait même servir de titre à un nième ouvrage sur la question (2). J'avais sans doute perçu la force de l'amour des parents, cette loyauté indestructible. 

Curieusement je n'ai rien retrouvé concernant le texte de Marguerite Duras publié dans Libé alors que j'ai le souvenir d'avoir pensé, "Oh non, pas ça !" et que même s'il était littéraire tout le monde allait le prendre pour un article et donc être tenté de croire en la thèse qu'il présentait.  

 

(1) Tellement peu en réalité qu'elle bénéficia d'un non-lieu en 1993 pour absence de preuves.  
(2) Cela dit, je suppose que si quelqu'un parlait enfin avec des éléments vérifiables, ça serait un grand soulagement général, y compris pour ceux des coupables qui sont encore en vie.


Dans la série des photos réalisées à la demande des sujets - les enfants de Ouaga

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Il m'est arrivé fréquemment de prendre des photos à la demande des personnes qui y figurent : je suis quelque part avec mon petit appareil (j'en ai changé au fil des ans mais les préfère petits, à l'allure un peu ancienne même s'il s'agit dernièrement de petits miracles de l'électronique) et l'on me hèle pour me demander une photo. Jadis sans espoir de retour, plus récemment j'indiquais mon adresse ou celle du fotolog ou ils me passaient leur adresse mails.

Ces enfants de Ouaga jouaient au foot près de là où s'entraînait avec ses collègues celui qui n'était pas encore l'homme de la maison - nos propres enfants n'étaient pas nés -. C'est la petite fille en rouge (si mon souvenir est bon) qui a rameuté ses frères, ses copains, et m'a demandé l'image. En un clin d'œil ils se sont regroupés, rieurs, joyeux puis très vite envolés, comme des oiseaux. C'est un instant magique dont je me souviendrai jusqu'à la fin de ma mémoire.

C'était en décembre 1986. Du temps de l'argentique. Avec un très simple appareil.

Que sont-ils devenus, à présent adultes, s'ils ont survécu, face aux événements de ces dernières années ? 


Photos d'antan


    Lancée la semaine passée à la recherche du fotolog perdu (1) et même si j'espère en retrouver la plus grande partie grâce aux archives du dépot légal BNF, j'ai replongé dans mes archives photos qui selon les périodes de relatives accalmies ou de difficultés de ma vie sont très bien classées et "étiquetées" ou chaotiques (mais néanmoins existantes). En fait je ne perdrais pas de photos dans l'aventure puisque j'y publiais des images conservées par ailleurs, c'est la sélection elle-même, les textes et les interactions amicales que j'aimerais reconstituer. J'en ai besoin pour des chantiers d'écriture, j'en éprouve le besoin pour jalonner (2). 

En attendant ça m'a fait pour les photos comme lorsqu'on commence à rafraîchir les murs d'une pièce : on se voit soudain par nécessité obligés de faire aussi quelque chose pour le plafond. 

J'ai donc commencé aussi à remettre de l'ordre dans des scans plus ou moins récents (ou récents mais de photos anciennes). Ainsi une image du Burkina Faso prise en 1987 probablement

JF et Gilda Koudougou 1987 probablement

 

Et aussi une photo prise probablement par l'homme de la maison à Bruxelles en juillet 1985.

Gilda Bruxelles juillet 1985

C'est finalement assez réconfortant de les regarder. 

1/ Nous sommes toujours en vie (so far)

2/ On aura quand même, même en étant fatigués et très pris par notre travail rémunéré, bénéficié d'un bon bout de chemin de paix générale, sans souffrir de la faim, ni de la soif, ni du froid (sauf pannes), en ayant un excellent accès à des soins médicaux dès que nécessaire. Nous aurons pu élever deux enfants sans qu'ils ne manquent d'autres choses que de notre temps disponible. Aucun de nos ancêtres respectifs n'avait connu ce qui en d'autres lieux et temps et sans doute à nouveau dans le futur proche sera considéré comme de grands privilèges.

Nous avons eu beaucoup de chance.

La suite risque d'être un peu plus compliquée (et pas seulement pour nous).

 

(1) Il semblerait donc que Fotolog ait été cédé au Grand Rien des Internets
(2) Je le dis grâce à Bree sans doute mieux par ici.


Peut-on changer ?

 

C'est curieux comme les journées qui vues de l'extérieur peuvent sembler calmes et en retrait peuvent au bout du compte être actives. Je n'ai quitté la maison que pour aller à la poste chercher un colis décevant et envoyer une lettre et un livre. J'ai pu constater à cette occasion que je n'étais pas la seule personne de la région qui vendredi ou samedi était chez elle et n'avait pas eu droit à ce que le livreur sonne, lequel sans doute pressé s'est contenté de déposer un avis dans la boîte à lettres. Un homme était là, furieux (ce qu'il venait chercher était sans doute pesant, ou peut-être avait-il pris un jour de congé car le suivi indiquait l'arrivée ce jour-là de ce qu'il attendait). Bien sûr les préposés présents, n'y étaient, eux, pour rien. Grand classique de l'existence : ceux qui trinquent sont presque toujours ceux qui sont dans l'environnement de celui qui a commis erreur, indélicatesse, coup de flemme ou barbarie. Les principaux responsables essuient quelques conséquences mais rarement la violence de la première réaction face à l'exaction.

En revanche j'ai écrit, écrit pour un groupe de personnes dont je fais partie, écrit mes propres histoires (mais pas celle sur laquelle je devrais avancer afin d'avoir fini avant le 20 février, grumbl - pourtant je le sais qu'il ne faut pas que j'attende de me sentir en pleine forme -). Pour faire contrepoids aux heures assises, j'ai également rangé. Suis alors tombée sur mon diario de 1981 : l'année du bac et de l'entrée en classes prépas. Un grand saut dans l'inconnu car personne dans mon entourage n'a la moindre idée de ces trucs-là. La génération des parents (et oncles et tantes) ont vu toute velléité estudiantine entravée par la guerre, et quand bien même, le milieu social n'était pas très favorable globalement. Ma mère fut une petite élève brillante, peut-être que sa propre mère si elle avait survécu aux conséquences du débarquement (et d'une grossesse au même moment) aurait eu à cœur que sa petite dernière devienne quelqu'un d'instruit. Orpheline a 12 ans, sa fille n'a pas eu le choix. Le père, veuf malheureux, a fait de son mieux, tenu la boutique que sa femme avait créée - alors que c'était un commerce ultra féminin d'un point de vue traditionnel : une mercerie (1) -, s'est fait un devoir. Mais bon, le plus vite possible il fallait travailler.

Quant à mes cousins-cousines, oui, ils font des études, ou les ont achevées (2), mais tout le monde a sagement choisi des voies raisonnables l'École Normale (d'instituteurs) ou la fac pour passer le CAPES après. Idéalement l'agrég. Un cousin a fait une école de commerce et travaille a devenir Expert Com(ptable). Mais ma méconnaissance des formations et du système des études supérieurs est telle que ça ne me vient pas à l'esprit de lui poser la question. Ou peut-être m'en a-t-il touché deux mots afin de de prévenir qu'il faudrait énormément travailler. Mais bon, les écoles de commerces ça n'est pas le même circuit tout à fait.

Alors fin août 1981 je potasse un peu à tout hasard des maths, pressentant que le niveau de mon bon petit lycée de banlieue n'est pas tout à fait celui du grand bahut parisien dans lequel je vais atterrir (3). 

Qu'on ne vienne pas me dire que les Internets ÇAYMAL : la même que moi mais maintenant aurait pu chercher des témoignages, consulter des archives, choisir vraiment son lycée, savoir qu'à part si j'avais réussi Normale Sup, les concours d'écoles d'ingénieurs ne menaient pas là où je voulais aller (4). 

Mais là, rien. Et pas non plus de frère ainé pour me présenter à des potes à lui qui. L'aînée c'est moi et je dois assurer. Donc, le grand saut dans l'inconnu.

Alors le lundi 14 septembre 1981, à la veille de la rentrée et de quitter mon Val d'Oise "natal" pour Paris, j'écris "Geneviève (5) me téléphona en début d'après-midi et son coup de téléphone me donna le moral car je découvris que je ne savais vraiment pas de quoi demain serait fait (c'est le cas de le dire) à un point que s'en (sic) était marrant". 

Suivent quelques bricoles intimes qui n'ont plus d'intérêt même pour moi (ou peu). Et je conclus cette entrée d'agenda par "dernière description suivie. au revoir !".

Effectivement, les entrées suivantes concernent plus tard des bribes de week-ends studieux, une fête d'anniversaire, des soirs d'épuisement trop grand pour étudier. Plutôt laconiques. Je reprends mon rythme de diariste seulement aux vacances de la Toussaint. Avec un besoin vital de garder trace du temps qui file.

Vers la fin de novembre ou le début de décembre, dans une note non datée, placée sur les pages résiduelles de fin et début de mois, j'ai écrit :

"décision écrire lettre humoristique à P. (M ou Mme) pour sortir du cercle vicieux des rêvasseries à cause de la passivité. Si j'essayais de faire quelque chose pour réaliser mes rêves, j'y penserais moins.

Mais Pologne → plus envie être puérile"

Ça pourrait être amusant, j'espère que ça l'est un peu, mais c'est pour moi glaçant : comment est-il possible malgré tous les mouvements de l'existence d'être à ce point la même en terme de fonctionnement ? Est-on à ce point incapables d'évoluer ? Est-ce seulement moi qui ne possède pas d'intégration du temps (tic tac) ? Peut-on changer ?

 

 

(1) Si ça tombe notre propension à ne tenir aucun compte des injonctions de genre, c'est au fond un hommage. 

(2) Ma sœur et moi étions nées tard d'un couple composé de cadets. D'où des décalages de 10 à 20 ans, sauf avec deux de mes cousines d'Italie, qui nous sont plus proches.

(3) Pour les dossiers on a demandé au prof de math et recopié les noms qu'il disait. 

(4) Ma vocation depuis l'âge de 13 ans était de faire de la recherche en physique nucléaire ou quantique ou de l'astrophysique si je n'y parvenais pas. Ce n'était pas même une ambition. Je me sentais conçue pour ça, à la santé défaillante près.

(5) Une grande amie qui deviendra médecin et que je perdrai de vue durant les années d'enfants petits et de trop de travail pour toutes tout en même temps.

PS : Et je rouspétais déjà après les gars qui se prenaient de béguin pour la première fausse blonde venue - mais la phrase est trop personnalisée pour que je la reproduise là concernant quelqu'un d'autre qui me lit peut-être parfois -.

PS' : J'ai même une pépite pipole : en décembre 1981 Björn Borg s'était fait couper les cheveux. Et déjà j'écris des bêtises (pleins mais il n'y a pas twitter pour les faire subir aussi aux copains, par ex. The bac's day : un grand pas pour moi, un petit pas pour l'humanité (si d'aventure des jeunes voudraient recycler, ça me consolerait)) 


Bombe affective à retardement (petite)

 

À la recherche de ce que j'avais écrit le 8 décembre 1980 - je me souviens que j'avais rédigé la nécrologie ... d'un voisin de mes parents dont j'ai depuis totalement oublié qui il était, alors que visiblement c'était un homme sympathique que j'appréciais -, j'ai par curiosité parcouru les 8 décembre ultérieurs, histoire de voir si par hasard une année où l'autre j'avais songé à Lennon (1). Je me souviens avoir tant aimé son "Grow old along with me" par exemple.

Et je suis tombée lors d'une entrée datant du mitan des années 80 sur quelques phrases pragmatiques et sans gras ni émotivité dans lesquelles je note qu'une amie ce week-end là en avait allègrement profité pour vivre en amoureux avec un autre tandis que son fiancé était ailleurs (obligations familiale ?). Je ne dis pas allègrement, justement, je dis juste, dans mon style de marin tenant un carnet de bord : tel jour telle heure : Machine a passé le week-end avec Truc pendant que Bidulon était à Perpète-la-Ouache. Et je me note, parce que décembre est pour moi une période de grande fatigue et que j'ai peur d'oublier, noyée dans mon occupation principale de survivre tout en ne manquant pas les cours, ceux que je donnais pour gagner quelques sous, ceux que je suivais en vue de mon diplôme, de bien veiller à Bidulon dans la semaine qui suit, car j'ignore si Machine joue une fois de plus les manipulatrices (2) ou s'il y a réellement quelque chose entre Truc et elle. Je l'écris sans jugement, mais seulement pour me dire que dans tout les cas prendre soin de Bidulon qui risque d'aller mal (3), et que comme il est du genre qui ne dit pas quand ça ne va pas ...

Le gag c'est que Machine et Bidulon sont toujours ensemble plus de trente ans après. Et que je n'ai plus la moindre idée de qui Truc était (son prénom est courant de notre génération).

En revanche, si les lignes exactes de mon journal d'antan avec les prénoms et les lieux précis venaient à fuiter, je ne suis pas certaine - j'ignore si in fine l'un a su pour l'autre -, que ça plongerait mes vieux (4) amis dans un bonheur conjugal infini.

D'où une pinte de rigolade, parce que quand même. Il est drôle longtemps plus tard de lire une histoire dont on connaît le dénouement, alors qu'au moment même non. J'ai en quelque sorte involontairement auto-créé, le fun gossip-writing du long future. Ça pourrait faire un genre conceptualisé : écrivez aujourd'hui les petites affaires pas forcément très nettes (ni forcément toutes amoureuses, ça peut être dans le business aussi, la politique ...) du moment et balancez-les vous pour dans 30 ans, vous verrez, sauf si un drame s'en est suivi, vous rigolerez.

Et quelques réflexions : on n'a pas attendu les blogs et autres réseaux sociaux pour potentiellement divulguer des trucs déconseillés. Ce qui hier pas plus qu'aujourd'hui ne voulait dire qu'on le faisait. Disons simplement que les fails de passwords étaient moins courant et s'appellaient plus fréquemment Maman fait le ménage.

Ne pas oublier de prendre ses dispositions lorsque l'on est diariste et qu'on aime bien les gens afin que l'intégralité n'en soit pas publiée (numérique ou papier) avant 20 ans au moins après notre mort. Le temps que les amis survivants soient eux-mêmes dans le même état ou trop âgés pour que des conséquences néfastes puissent survenir comme suite aux révélations. 

De Lennon, aucune traces (so far).

 

 

(1) Sans être raide fan, j'appréciais les Beatles dont les chansons joyeuses avaient accompagné ... mes tours de manèges.

(2) Au vu de mes notes c'était régulièrement un sujet de discussion musclé entre nous. Elle maîtrisait tout des procédés sournois de séduction féminine et moi j'étais l'amie des garçons et de la franchise en toutes circonstances. Le fait est qu'ils lui ont donné raison. 

(3) Bidulon, Machine et le futur Homme de la Maison étions de bons amis.  

(4) Oups quand on atteint ces âges ou finalement vieux amis ne signifie pas uniquement "de longue date"

PS : L'autre gag étant bien sûr que les principaux intéressés ont probablement tout oublié de la péripétie en question. Mais disons qu'elle est un bon exemple, une parfaite illustration.


Entre le paradoxe du diariste et les mauvaises fréquentations

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La capture d'écran vient de ce site ... consacré à Emmanuel Bove et que par ailleurs et pour ce dernier je fréquente avec bonheur (pequeño mundo). Bel éditorial de Michel Butel.

(j'ignore de qui est la photo. le tenancier du site ?)

 

Cette semaine un livre m'a sauvée de l'inévitable décompression d'après festival accentuée cette année par ce chagrin de plus dont je me serais bien passée : il s'agit du "Sulak" de Philippe Jaenada. (chroniqué "Côté Papier", je range mieux mes blogs que ma maison).

Que les choses soient claires, j'aime l'auteur et son style. Il se trouve qu'en plus il a là trouvé son sujet et moi l'objet dans ma boîte aux lettres en rentrant du voyage, comme un signe de garder courage de ne pas perdre pied.

Ça a on ne peut mieux fonctionné.

Non seulement la lecture m'a embarquée et protégée mais j'ai l'impression d'être moins bête en sortant.

 

De plus depuis la fin de ma lecture, je ne cesse de me demander quels sont les souvenirs directs que de l'époque j'avais. Je pense détenir celui de l'ultime tentative d'évasion, de m'être dit en l'entendant aux infos (on écoutait la radio, chambre d'étudiants pas de télévision) qu'il y avait dû y avoir un règlement de compte entre détenus ou avec des surveillants (soit pour des raisons politiques soit pour lui faire cracher où il avait planqué son magot) et qu'ils l'avaient élégamment balancé par la fenêtre après. Les infos disaient simplement qu'il avait fait une chute de plusieurs étages en tentant de filer, mais j'avais malgré mon jeune âge déjà l'esprit mal tourné. Je ne savais toutefois pas grand chose du principal intéressé : étudiante très studieuse et qui bossait le week-end pour gagner de quoi compléter le soutien parental, je n'étais pas forcément très au courant des campagnes de presse générales genre "ennemi public numéro 1". Je crois qu'en ce temps-là je m'accordais parfois "Libé", "Le matin de Paris", en voyage "Le Monde" ou si un événement s'y prêtait, et piquais les vieux Nouvel Obs de mon père lors des périodes de congés. Il est toujours intéressant de considérer l'actualité une fois qu'elle a déjà un brin décanté.

J'ai aussi le souvenir de l'annonce d'un hold-up de bijouterie au jour où François Mitterrand et Helmut Kohl remontaient main dans la main (peut-être pas, mais c'est l'image qu'on en a eue, sans doute par superposition avec celle de Douaumont) les Champs-Élysées, une bijouterie située à peine hors du périmètre le plus sécurisé. Ne me reviennent aucun détails sur le fait divers lui-même (et donc pas de Bruno Sulak) mais d'avoir pensé un brin admirative que c'était gonflé et une belle utilisation du principe de l'œil du cyclone.

Comme je fus diariste dès mon plus jeune âge et longtemps, j'ai voulu en avoir le cœur net et me suis donc en cette fin de dimanche solitaire replongée dans mes vieux carnets (la solitude a du bon, parfois).

  

Je me suis hélas heurté au paradoxe du diariste, à savoir que quand votre vie traverse une période intense et chargée et qu'il serait conséquemment intéressant de la relater pour en conserver la trace, c'est précisément le moment où l'on a le moins le temps d'écrire quoi que ce soit.

  

L'entrée du 21 janvier 1983 (jour de Mitterrand-Kohl et du braquage tout près) est d'une platitude laconique : élève en classe prépa, j'étais rentrée pour le week-end, avais dîné d'un repas froid, rangé mes affaires, acheté ou remboursé à ma mère un chemisier beige pour 20 FRF (ça fait bizarre de se dire que pour 3 € on avait un chemisier, l'équivalent d'une heure de smic horaire brut d'alors) et noté que cette dernière se préparait à partir pour un séjour de ski de fond. Le week-end suivant avait été sportif et studieux, aucune indication concernant la marche du monde. En relisant les pages de la période, je suis effarée par la quantité de boulot que j'abattais. Je ne faisais que ça sauf un minimum de temps pour entretenir son corps, dormir, décompresser. J'avais été quittée (très proprement, mais pour l'heure ne voyais que la fin, cette cruauté du Ce n'est pas toi c'est l'autre) par mon premier amour 11 jours plus tôt et en travaillant plus que jamais m'efforçais de ne pas tomber. Pratiquement aucune mention affective ou de peine, dans les entrées de la période, tout au plus que je m'essouffle davantage sur tel devoir, que telle leçon ne parvient pas à prendre place dans ma cervelle comme il faudrait. Et semble-t-il une totale imperméabilité à la marche du monde où alors était-ce que je ne prenais pas le temps d'en rien noter. De nombreux jours sont retenus par d'aussi longues mentions que "pas dîner cause danse + gym. devoir d'anglais" (lundi 17 janvier 1983).

  

Les descriptions des jours de mars 1985, entre le 17, jour de la tentative d'évasion manquée, et le 29 mars, date de l'annonce du décès de Bruno Sulak sont tout aussi décevantes. Là aussi l'essentiel des mentions concerne le travail scolaire. Et le reste des tourments amoureux dont j'avais oublié certaines nuances qu'il m'amuse de redécouvrir aujourd'hui. Ainsi le père de mes enfants, avec lequel je vivais déjà en semaine (à la résidence universitaire d'Antony) alternait les moments d'être amoureux fou (de moi) et ceux de me négliger complètement afin de se livrer à ses activités préférées : karaté, pétanque et jouer aux cartes avec les potes de la cité U. Mal remise du chagrin d'amour de deux ans plus tôt qui avait eu un sale ricochet au printemps et durant l'été 1984, lorsque j'avais appris que celui que j'avais si naturellement considéré comme l'homme de ma vie n'était pas heureux avec sa nouvelle fiancée, et que par ailleurs un courrier maladroit d'icelui m'avait fait comprendre qu'à un moment donné il m'avait un tantinet menti sur la chronologie (ah tiens !), j'oscillais donc entre des moments de bonheurs (mon nouvel amour est le bon, ensemble on y arrivera (à quoi ?), je m'en suis sortie) et des phases d'abattement inouïes (le seul qui se souciait vraiment de moi, je l'ai perdu (ah tiens !)). Pour compliquer le tableau, je passais beaucoup de temps avec un gars qui me plaisait bien - je crois même à me relire, pouvoir dire que j'avais un béguin (vocabulaire d'époque) - mais l'inverse était fausse et il était très amoureux d'une autre, laquelle le manipulait comme savent le faire les femmes fatales ; je jouais donc auprès de lui les bonnes consolatrices (ce qui me consolait moi-même des moments de solitude que m'infligeaient mon homme). Par dessus le marché j'étais malade. J'ai passé mon temps à l'être durant l'enfance et ma jeunesse : angine, fièvre, rhume, carabinés. Et mon homme quant à lui avait dû se blesser (sans doute au karaté) et qui avait des radiographies à effectuer ce qui était un problème pour notre micro-budget (faire l'avance des frais de santé) d'où qu'il traînait à les passer et inutilement souffrait.

   

Les éléments du journal tournent donc autour de trois axes principaux : les études, les amours et les tracas de santé. Restent quelques interstices pour un peu de ciné (le jour de la mort de Bruno Sulak j'étais allée voir "Le flic de Berverly Hill" en VO. aux Halles (1)), un peu de culture ("une expo sur la voix avec écouteurs-capteurs du son venant du tableau que l'on regardait"), de littérature (fin de la lecture de "L'amant" de Marguerite Duras que je trouve "un peu artificiel" (2) ; "Un peu de Chateaubriand me permit de trouver le sommeil" (1er avril et ce n'était pas un poisson)). Mais peu de place pour l'actualité si ce n'est en date du 29 mars, ajouté avec un autre stylo "écouté les infos : départ d'Ockrent (snif) (3). Villemin a tué Laroche ça devait arriver je l'attendais". 


Et donc rien sur Sulak.

Il n'empêche que ce voyage dans le temps offert en quelque sorte par son biographe - c'est lui qui m'a donné la curiosité d'aller m'y replonger - aura été de quelque réconfort. 

Je conclus la journée du vendredi 29 mars 1985 par un "vague tristesse mais supportable" qui 28 ans 3 mois et 16 jours plus tard pourrait parfaitement s'appliquer.

  

Tenir un journal ne laisse aucune chance aux illusions que l'on pourrait sinon se faire sur ce qu'on croie qu'on était. L'activité comporte aussi quelques surprises ainsi concernant le 15 mars un couple de mes amis "I longed to see them. Ils introduisent un petit suspens dans ma vie et de + en + la conviction que will become a writer" (avec rajouté : "Afraid to think hard about it"). Moi qui étais persuadée n'avoir pensé à rien à part quelques polars (ligne 13 oblige), tant que l'amie qui a tant compté ne m'avait pas collé vingt ans plus tard un grand coup de pied moral au cul, je suis bien sidérée. Il serait peut-être temps que je commence à me dépêcher. Merci Bruno, merci Philippe, merci étrange moi-même d'autrefois (qui hélas ne s'autorisait pas).

 

(1) Hé oui, on ne devient pas cinéphile en un jour

(2) Hé oui, on ne devient pas bonne lectrice en un jour

(3) Ce "snif" me surprend car je n'ai pas souvenir d'avoir été jamais une assidue du JT, ni spécialement fan de ses prestations. Peut-être trouvais-je dommage qu'une des premières femmes à présenter un 20h s'arrête. 

PS : Ce billet a fort dévié entre l'idée du début et le résultat. On dira que c'est ce qui fait le charme de l'écriture sur blog (vraiment ..?)

 

Une des musiques du livre (p 427) :

Vive le sport !

I used to be kind of a good clown

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Retrouvée alors que je cherchais tout autre chose (1), cette photo date de 1984 (ou 1985), et si le ridicule tuait, je serais morte très très.

(1) On parle souvent de la sérendipité de l'internet, mais ce n'est rien par rapport à celle de mes placards encombrés.

PS : J'ignore qui a pris la photo. Mon père alors vivant ? L'homme de la maison ? Un cousin de passage (l'image est prise en Normandie lors de vacances d'été) ?


Cher Onze

P2134474

"J'apprécie beaucoup votre magazine. En effet je suis une passionnée de football ; mais je trouve qu'il n'y a pas assez de filles qui s'y intéressent. C'est pourquoi, chez moi, à Taverny, il n'y a pas d'équipes féminines. Heureusement, j'ai la chance d'avoir dans mon quartier un terrain sur lequel assez régulièrement, je peux aller faire du foot avec des camarades. Je ne suis pas très "calée", mais j'aime ça. Bien sûr je suis une fervente supporter des Verts ; cette année ils n'ont pas eu de chance mais l'année prochaine, j'en suis sûre, ils gagneront." 

Gilda, Taverny

Onze, numéro 6, juin 1976

(le texte initial avait été simplifié et privé de quelques nuances, reproches et revendications ; la dernière phrase est d'un optimisme qui n'est pas le mien, j'avais, je crois, écrit "j'espère qu'ils gagneront")

Réponse du journal : "De nombreuses filles nous écrivent. Tant mieux ! La preuve est faite : le football n'est pas un sport uniquement réservé aux hommes".

Hé oui, dans les années 70 on encourageait les filles à s'émanciper.

 

 


Vieux billet

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Je me demande, de nos jours, combien l'équivalent coûterait. Match de qualification pour la coupe du monde.

Une baguette valait (à confirmer) 1,65 F

Le SMIC valait en brut dans les 2320 F.

 

addenda de 18h26 : Grâce @PabloNSN et via cet outil, je sais que les 60 F de 1980 vaudraient en suivant simplement l'inflation officielle environ 25 € aujourd'hui.

Or les places de catégories intermédiaires pour les premiers tours de l'Euro 2012 sont affichées sur le site de la FFF à 70 €. Même s'il ne s'agit pas tout à fait de la même compétition, il me semble bien que c'est la tendance générale pour tout ce qui concerne les loisirs possibles des gens des classes moyennes (livres, ciné, concerts ...).