Un billet d'il y a dix ans (Disparus transparents, disparus d'antan)

 

Je recherche depuis mon billet d'hier sur Neufchâteau revisité, une photo prise en juillet 2009 avec le texte qui l'accompagnait. Pas de traces sur traces (mon souvenir de l'image était assez vivace), rien sur le Petit Journal de chez François Bon auquel nous participions alors allègrement, entre autre avec les camarades de ce qui deviendrait L'aiR Nu, rien sur mes sauvegardes du fotolog qui semble vraiment mort désormais (inaccessible en tout cas), alors j'explore mes nombreuses annexes thématiques. 

(Pour l'instant en vain)

6647704399_b5bfd0093a_o Grâce à flickr qui est bien indexé, j'ai retrouvé la photo, de ce qui fut mon logis pendant une semaine il y a 10 ans, après la fin de ma vie d'"Usine", au début de ma vraie vie. D'ailleurs je considère assez bien ce stage comme marquant le début de la nouvelle, un jalon important. Mais qu'est devenu le texte ?

En creusant les annexes, je suis retombée sur ce billet qui n'a rien à voir fors de dater de ce même été.

Ce qui est fascinant, entre autres, c'est que de toutes les allusions que par discrétion j'avais omises de dénommer, pratiquement aucune ne m'est décryptable aujourd'hui sans recherches - en particulier le coup du DVD, de quoi diable pouvait-il s'agir ? (1) -. Pour le reste et malgré tout ce qui s'est passé durant ces dix années mouvementées, j'ai l'impression de n'avoir pas trop changé, de bien me reconnaître comme la personne qui a rassemblé ces mots.  

Je n'ai modifié qu'un ou deux détails de conjugaison ; la concordance des temps en français n'est pas mon fort.

(1) Je n'en ai à ce point plus la moindre idée que je me demande si je ne m'étais pas amusée à glisser un paragraphe fictionné au sein d'un billet de réalité.

 

Disparus transparents, disparus d'antan

(billet déposé sur une annexe le 31 août 2009)

 

    Une conjonction étrange et triste d'éléments sans liens directs m'a fait penser à eux.

L'acteur jeune et semblait-il en pleine santé qu'on croise fin juin (début juillet ?) lors d'une avant-première au Méliès. Meurt quelques jours après d'un accident de mobylette comme il en arrive tant. Mais pas tant que ça à un gars dont l'image est projetée, et encore fraîche sur les écrans.
L'amie que je sens affectée par la disparition brutale (suicide ou overdose "volontaire" ?) d'un DJ que probablement elle connaissait. Je vais voir d'un peu plus près quel était son travail. Constate qu'il était bon (pour autant que je puisse en juger) et que par ailleurs son site est, lui, toujours en vie, pas la moindre mention de la récente tragédie. 
Et ce souvenir qu'il réactive de celui d'un photographe que je connaissais de vue, et aimais beaucoup et qui à peine décédé avait vu l'url du sien capturée par un homonyme de bien moindre talent. Celui aussi d'une de mes connaissances, jeune journaliste prometteuse et poète sensible, disparue volontairement au printemps et qu'on peut voir ici en mai 2008 qui interroge Coline Serreau.
Le lien qu'on me transmet vers un site (de restaurations) audio et qui propose ce jour-là trois enregistrements d'Apollinaire dont un sur "Marie" qui me met les larmes. Mort il y a près d'un siècle et sa voix toujours là. Diction d'un autre temps, mais par moments moderne. Frissons.
Enfin lors du rangement quinquennal de ma table de chevet un DVD tombé d'une pochette achetée jadis pour les livres sans me méfier qu'elle comprenait aussi autre chose, que je glisse dans l'ordinateur par amusée curiosité et où apparaît quelqu'un que j'aime fort (bien vivant lui mais) délesté de quelques lourdes années. Il avait alors pratiquement l'âge que j'ai. Liquéfiée de douleur d'arriver trop tard.
Alors j'ai songé aux morts d'autrefois. D'il n'y a pas tant de temps que ça, disons la génération d'avant mes grands-parents, ce qui ramène au mitan du XIXème. Morts en laissant au mieux d'eux quelques objets, des terres ou une maison. Des bribes écrites éventuelles pour les privilégiés d'entre eux qui savaient. Les rares qui étaient artistes pouvaient léguer de leurs créations, si pas trop périssables. Les photos : une rareté.
Disparus transparents que seule l'apparence physique de leur descendants, s'ils en avaient, pouvait prolonger.
Génération de mes grands-parents : la photo est rare mais elle y est. Ils ont parfois écrit ne serait-ce que des cartes postales. Les hommes l'ont fait, envoyer des lettres, quand ils étaient mobilisés. Restent aussi des documents les concernant. Qu'est devenue cette permission jaunie de la guerre de 14 accordée à mon grand-père maternel sous le prénom Marius car son gradé de l'époque, un marseillais sans doute, devait avoir avait du mal avec le François-Marie breton, qui était le vrai prénom de celui que tous appelaient Louis (et on ignore pourquoi) ? Je l'ignore mais n'ai pas oublié d'avoir vu ce papier.
Après la seconde guerre, du moins en occident, tout se précipite. De mes parents restent et resteront des mots écrits, des photos, des films (super 8 au moins), parfois des enregistrements (quand l'enfant étrennait son tout nouveau enregistreur Philips avant même la stéréo). 
Et depuis l'internet, explosion. Nous sommes tous appelés à nous survivre un temps sous forme de films complets (mouvements, allure et sons, présence de l'expression), traces écrites multiples et multipliées, photos que nous-même ignorons (cherchez-vous via google images par exemple et vous serez sans doute surpris). Et ce, y compris si ce que nous faisons n'a que peu à voir avec une forme de travail créatif avec espoir de transmission.
Je me sens pour l'instant dépassée par l'ampleur de la réflexion que le sujet appelle. Mais je sais qu'il convient d'en marquer le point de départ. Dans l'espoir d'y revenir après et d'en pouvoir au moins dater la prise de conscience. 
Il est beau que nos absents pour partie ne nous soient pas arrachés entièrement. Il peut être terrible cependant que ceux d'entre eux qui furent toxiques (aucun des cas évoqués plus haut) restent à nous encombrer. 
Et combien il est étrange qu'un homme soit mort et son site vivant (1).
(1) un appel à témoignages pour un projet qu'il avait en cours rend le contraste encore plus criant.
PS : À l'instant d'envoyer ce billet, je m'aperçois que je l'ai rédigé tout en écoutant ... Alain Bashung. Dont acte.

Dix ans plus tôt à un jour près

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C'était du temps insouciant, mais qui à mes yeux n'était pas ressenti comme tel, je me remettais mal, voire pas du tout, de la pire rupture subie de ma vie, du temps où nous nous levions certains vendredi matin à l'aube afin d'aller quérir des places d'opéra à pas cher, c'était donc un vendredi matin. Et soudain, tel qu'en lui même 30 ans plus tôt à l'arrêt de bus j'avais vu, cru voir, le frère de ma correspondante allemande. Avec la même coupe de cheveux et presque les mêmes vêtements. 

Voici le billet qu'alors il y a dix ans j'écrivais. 

(quelques fautes en moins)

Kaï-Uwe ou l'homme du passé

*            *            *

Un importun indélicat m'a fait lever les yeux de mon livre. Passé l'interlude, je regarde un peu dans le vague, les voyageurs qui de l'autre côté de la vitre du café et d'un large trottoir attendent leur bus, sous une pluie molle de neige fondue.

J'aimerais ne penser à rien, pouvoir me laisser dériver, lâcher prise un instant, sans qu'aussitôt la solitude ne s'insinue dans chaque interstice du corps et de l'esprit. Obligée de bouger l'un et occuper l'autre en permanence pour tenter d'y échapper. Ces formes rudimentaires de barrages ne fonctionnent pas toujours, mais grâce à eux, je résiste encore (1).

Je fais donc un essai, Just stop narrating in your head, just let Paris energize you, just look at them people (2). En même temps je suis sur mes gardes, j'ai Virginia à la main (3), prête à intervenir dés que la crise de solitude poindra.

Elle ne viendra pas.

C'est un homme du passé qui survient à sa place. Un jeune homme de jadis, d'il y a 30 ans, un Allemand.

Il est là qui attend le bus, tel qu'il était autrefois. Inchangé, jusqu'à la parka. J'en lâche Virginia (presque) sur mon café crème (4), attrape mon Olympus et prends une photo, aussitôt, sans rien viser ni régler.

Seulement après je me frotte les yeux, en me disant je rêve. Mais ce rêve me plaît bien alors je ne fais rien pour le briser. J'imagine à Kaï Uwe un fils français.

Il s'appelait ainsi, s'appelle sans doute toujours, si vivant il a mon âge, à peine plus. C'était le frère de ma correspondante Kerstin lors d'un de ces échanges scolaires qui dans les années 70 du siècle passé perduraient afin de solidifier la paix entre deux paix qui si souvent s'étaient combattus.   

En ces temps bénis d'avec la pillule et d'avant le SIDA, ils permettaient surtout de créer et consolider l'expérience sexuelle des adolescent(e)s échangé(e)s. Lors d'un voyage en France Kaï-Uwe avait tourné la tête de deux (au moins) de mes amies, il n'était pas d'une beauté renversante, mais possédait une certaine classe et contrastait élégamment avec les beaux blonds glaçants qui étaient de sa classe. Sa gentillesse naturelle lui donnait un charme fou. 

Pour l'entremetteuse que j'étais alors (5), il constituait le candidat parfait. Ça me changeait des petits machos qui, je le savais, rendraient mes copines malheureuses.

Aussi quand lors du voyage de l'année suivante je me suis retrouvée l'élue de sa soeur et donc chez leurs parents, des gens charmants qui ne se disputaient jamais et semblaient s'aimer tendrement, ce qui me sidérait (c'est donc possible ? même après autant d'ans ?), plusieurs m'avaient enviées. Mais je n'y étais pour rien. Et ne recherchais rien. J'étais bien en leur compagnie. Admise comme de la famille. Très heureuse du grand frère séduisant que le sort pour une fois clément m'attribuait.

De ce grand Kaï-Uwe je n'ai que des souvenirs tendres, sa façon de parler très bien français, d'exprimer de l'humour quand il racontait. Son absence de violence qui pourtant n'en faisait pas un mou.

Nos deux familles avaient sympathisé. Nous avions poursuivi l'échange pendant quelques années. Mais l'écart trop grand de niveau de vie, l'éloignement, l'absence d'internet à l'époque (je pense que sinon via les mails nous aurions su conserver un lien), la mésentente entre mes parents qui rendait toute invitation quasi impossible, la susceptibilité excessive de ma mère, mes études trop rudes avaient eu raison de notre lien collectif.

Sa réapparition en lui-même d'autrefois un mercredi de février, 30 ans plus tard, m'a réchauffé le coeur. J'avais oublié avoir croisé encore presque enfant des gens qui ne m'avaient pas mesuré leur affection.

Il est peut-être temps que je cherche à remercier ceux qui m'ont permis de grandir un peu mieux que dans l'enfermement parental, de partager de bons moments,  de mieux apprendre leur mot.

Holla, Kaï, vielen Dank für Duino (en V.O.) ! Si tu savais pour moi, le cadeau immense que c'est.

(1) à l'appel de la chimie (entre autre)

(2) comme je suis incapable d'avoir un dialogue intérieur avec moi-même en français et que je comprends que ça irait parfois mieux avec, plutôt que de continuer à m'adresser à ceux qui ne me pensent plus, je varie les langages. Bizarrement ça passe un peu. J'existe moins pas en anglais ou italien qu'en ma langue maternelle.

(3) ou plutôt son travail

(4) hé oui j'ai fait ça. Comme quoi l'instinct de la paparazza est très fort en moi. Redoutable.

(5) je me sentais aussi hors-jeu pour les actions de séductions qu'E.T. pour commander une pizza à peine tombé de sa soucoupe. En revanche j'étais un bon lien entre les êtres humains des deux sexes voire parfois du même. N'aurais-je à ce point pas changé ?

[photos : place de la Bastille mercredi 7 février au matin ; bord du lac d'Enghien, Pâques 1980]


Dix ans plus tôt : Il y a quand même des gens distraits


    Il y a dix ans le 5 août tombait un samedi et je m'amusais d'une affiche au club de sport où j'allais (je vais toujours, d'ailleurs, lorsque je ne suis pas à la librairie ou requise par une obligation incontournable) à la danse : 

Il y a quand même des gens distraits

Comme c'était amusant, je me permets de le re-partager.

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Quinze ans déjà

 

    Lorsque l'on quitte, du moins en cette époque du début du XXIème siècle en Occident, volontairement un travail c'est souvent un cumul de raisons qui peu à peu s'empilent jusqu'à ce qu'y rester n'ait plus aucun sens. Alors on franchit le pas, qu'on le puisse ou non économiquement. C'est simplement devenu une question de survie (bien plus que d'ambition, ou alors si : celle de récupérer la jouissance de sa propre vie).

J'ai filé de l"'Usine" dès que l'opportunité (rude, sauvage, non souhaitée) s'en est présenté, j'étais à terre et (bien soutenue, portée par l'affection que certains m'accordaient) j'ai eu la force d'un sursaut salvateur. Bien aidé aussi d'avoir été dans une entreprise dont la structure générale présentait encore des éléments d'humanité. Le rendement et l'hypemanagement n'avaient pas (encore ?) tout gangréné.

La raison principale de fond était que j'étais déjà atteinte par l'écriture et pas de ce bois dont certains sont qui peuvent assurer un emploi stressant le jour et écrire, énergiques, tôt le matin ou en soirées. Je pensais partir une fois certains prêts remboursés.

Il n'empêche qu'il y avait un sacré gros cumul de petites choses qui corroboraient cette décision. 

L'une d'elle m'a été remise en mémoire par ce touite. Apparemment Loft story c'était il y a quinze ans (j'avais oublié). En 2001, avant 9/11 et l'entrée (la prise de conscience de l'entrée) dans une nouvelle époque. 

Tout le monde en parlait. À la télé je crois que je ne regardais déjà plus guère que la récap des Guignols le dimanche et Arrêt sur Images, Faut pas rêver certains vendredi soir, et sur le câbles certaines séries (NYPD Blues, plus tard 6FU, My so called life ...), je n'avais déjà pas de temps à perdre, et pourtant c'était avant d'avoir l'internet vraiment à la maison. Je me sentais isolée. Incapable de comprendre ce qui fascinait dans le fait de regarder d'autres humains et qui n'avaient rien d'exceptionnel (1). Il y avait toujours quelques collègues pour parler avec moi d'autres choses, bon.

Mais lors de la session suivante en avril 2002 il s'est trouvé que nous suivions avec mes collègues d'alors, une petite équipe plutôt sympa, et des personnes d'un-e ou deux autres entreprises ou services un stage de formation à l'utilisation d'un logiciel. Pour ce faire nous fûmes quelques jours (deux ? trois ?) à aller bosser dans un local vers les Champs Élysées et déjeunions ensemble le midi dans un restau voisin, tablée de dix à douze personnes. 

Il y a ce souvenir de l'un des midis où quelqu'un lance la conversation sur le sujet de cette émission de télé-réalité et c'est parti ça se bouscule, il y a les pour les contre, chacun a un avis, le fait est que ça rigole bien dans la chamaille ainsi lancée. Seulement je prends conscience que je suis de tous la seule à n'avoir jamais regardé. C'est-à-dire que même ceux qui sont résolument opposés à ce genre de big brother consenti ont regardé, au prétexte de se faire un avis, mais se sont donc eux aussi trouvé captés, quitte à n'y plus revenir après, ils avaient fait partie de l'audience à un moment donné (2). J'étais la seule à y avoir échappé.  

J'avais connu un temps où mes supérieurs hiérarchiques étaient des personnes cultivées, avaient tou-te-s une vie en dehors de l'entreprise même s'ils y passaient des heures sans compter, allaient au cinéma, au théâtre, aux concerts, lisaient ; revenaient de voyages avec autres choses que des selfies (qui n'existaient pas, au pire on actionnait le retardateur pour avoir devant le monument du bout du monde la famille au complet ; ou l'on prenait le risque de demander à un passant). 

Peu à peu cette génération partait en retraite et les plus jeunes qui arrivaient étaient très affutés sur les produits financiers, créatifs en diables sur les niches de profits possibles, experts en défiscalité, mais pour le reste ne disposaient que d'un vernis culturel bien vite écaillé.

Ce jour-là, à cette tablée, alors que d'âge j'étais encore acceptable au sein de la communauté des cadres dynamiques, j'avais perçu à quel point je faisais partie d'un monde déjà ancien, ceux pour qui la profession n'était qu'un élément de la vie et l'argent un vecteur dont la relative abondance la facilitait. Mais en rien une fin en soi. 
Mes "mauvaises rencontres" n'étaient que trop fraîches, je n'avais pas cette force que donne le sentiment d'avoir trouvé sa voie / voix, je n'avais pas osé lancer à la tablée : 

- Depuis combien de temps n'avez pas lu un poème ?

pas voulu me faire remarquer, pas eu le courage d'endosser le rôle de la rabat-joie. 

Je crois que quelqu'un, qui aimait quand je les faisais rire, et trouvais peut-être dommage que je ne participe pas m'a demandé quelque chose comme Tu ne dis rien, tu en penses quoi ? Et que j'ai répondu du ton bas de qui n'est pas spécialement fier, Je n'ai pas regardé, ça ne m'intéresse pas. 
Et que peut-être ça avait un peu contribué à faire virer la conversation sur d'autres sujets. Celui à éviter étant alors bien sûr la présence de l'extrême droite au second tour des présidentielles. Dans le cadre professionnel, exprimer des opinions politiques était déjà délicat.

J'ai compris ce jour-là qu'il faudrait que je m'en aille, que je ne m'attarde pas. Je ne pouvais pas, seule, changer l'orientation des choses, qu'il me faudrait tôt ou tard migrer vers des domaines où ce que j'aimais apprendre ne détonerait pas tant. J'ignorais que je deviendrai libraire. Mais je pressentais que le salut pour moi était dans les livres.

Quinze ans déjà.

(et l'an prochain, on remet ça :-( )

 

 

(1) Par exemple et s'il n'y avait pas étalage de moments intimes ça m'aurait intéressé de suivre le quotidien en direct d'astro, spacio ou cosmo - nautes dans une capsule, ou de scientifiques en terre Adélie ou même le tournage d'un film en temps sans ellipse (pour suivre les "temps morts" aussi et les contraintes réelles), bref, des humains dans des circonstances de replis sur une équipe, mais avec un but, des compétences, des contraintes professionnelles dont à l'extérieur on n'a pas idée.

(2) Seule chose qui intéresse les annonceurs. Et donc les chaînes qui ont depuis longtemps perdu tout autre objectif que d'assurer des revenus confortables à certains et des postes de prestige. Que reste-t-il vraiment de l'ancienne notion de service public et de ses missions ? Des temps où des émissions existaient pour élargir la vie et la vision des gens ? Quelques miettes, quelques éclats, tous en danger, ici ou là.


À l'orée d'un nouveau Salon


(mercredi 16 mars 2016) À l'orée d'un nouveau Salon, je reste une partie de la matinée à la maison, il y a beaucoup à faire et je sais qu'avant lundi je n'y serai guère. C'est le temps des lessives, des factures et des poubelles, d'un peu de correspondance administrative ou professionnelle.

Malgré moi je suis inquiète pour les événements bruxellois récents, j'y ai encore de bons amis, je perçois encore cette ville, ainsi que Torino, comme un autre "chez moi" - alors que ça fait des années que je n'y suis pas retournée pour cause de persistante impécuniosité, du coup je regarde la conférence de presse accordée par les autorités et que la RTBF retransmet. Le retard transforme tout d'abord l'exercice en un sketch de caméra cachée dans lequel des gens se rajustent, téléphonent, selfisent, et rajoutent sans arrêt de nouveaux micros, testent ceux qui sont installés. Buster Keaton n'aurait pas renié. La conférence est efficace et sobre, glaçante en cela même. Un type est mort d'une trentaine d'année et alors que je n'éprouve pour lui aucune compassion si ce n'est celle pour ceux qui mal nés ont emprunté The wrong way, croyant se sauver, ou être héroïques, crédules, je songe qu'il y a peut-être quelque part une femme, sa mère, qui a dans les années 80 du siècle passé été fière de donner naissance à un garçon, s'en est occupé, le nourrir, le tenir propre, accompagner ses premiers progrès et qui si encore en vie désormais pleure, peut-être fière si elle a été contaminé par les mêmes convictions assassines, peut-être écrasée de stupéfaction et se demandant sans fin où ça a donc bien pu foirer, à quel moment il s'est fait confisquer aux siens et à lui-même. Je pense aussi aux policiers qui s'attendaient sans doute à devoir faire face à autre chose qu'à de la facilité mais probablement pas à se faire flinguer et semble-t-il d'assez près. Même si l'on est entraîné, ça doit un brin secouer.

Je reste encore sous l'emprise d'un dernier rêve de la nuit, directement issu des infos lues hélas avant de me coucher ; quelqu'un, un passant, s'était fait tuer dans des échanges de tirs consécutifs. Je l'avais bien connu. Me rendais à ses obsèques.
Charmant !

Traverser Paris en milieu de journée du lendemain d'une chasse à l'homme terroriste bruxelloise, c'est observer l'expression "La police est sur les dents" parfaitement incarnée. Je pense que même des fous amoureux fous effectuant le même trajet s'en seraient rendu compte. Je suppose que c'est autant pour donner l'illusion à la population d'être protégée que par réel souci d'efficacité.

La BNF est un havre de paix, malgré ses contrôles depuis 2015 renforcés. Une fois installés en salle de travail on peut s'accorder le luxe d'oublier.

Je m'amuse à effectuer sur mon propre blog la recherche par mot clef qu'Anne (Savelli) aujourd'hui a choisi : "salon". Curieusement c'est sur un billet évoquant le Salon du Livre jeunesse de Montreuil que je tombe en premier. Puis effectivement on part au Salon du Livre de Paris avec l'histoire en 2008 d'une alerte à la bombe (dont le changement d'habillage du blog a rétroactivement rendu la mise en page hasardeuse) ; en ce temps-là on pouvait encore se permettre de plaisanter devant l'annonce d'un potentiel danger. Il est aussi brièvement question d'Alain Bashung, d'autres salons (dont celui aux Jardins d'Eole où il m'arriva d'aider), d'un souvenir ému avec Daniel Pennac, d'une virée à Draveil, et de l'annonce sidérante de la mort d'une jeune amie, en plein salon 2009 - pas besoin de retrouver une trace écrite, je me le rappelle avec une précision extrême -. Je retrouve une photo retrouvée, liée d'une façon déjà alors mystérieuse au Salon du livre de Genève. Je retrouve également d'anciens Instantanés, qui me font encore sourire (pour certains). Un billet cryptique mais dont j'ai encore les clefs (sourire triste, j'y ai cru, j'y croyais). Il est même question de mes cheveux, toujours hirsutes pas encore blancs il y a cinq ans. Parce que salon ... de coiffure.
Rien sur le salon du livre de Bruxelles qui a la bonne idée de s'appeler Foire. À quoi ça tient, les choses.

Lorsqu'on atteint ce point où la mémoire du blog est supérieure à la nôtre, bloguer prend tout son sens. Merci, Anne, de me l'avoir ainsi rappelé.

Il est plus que temps de retourner à l'écriture longue. Ce soir ce sera l'inauguration. Il sera sans doute curieux de m'y rendre en étant entre deux boulots, libraire sans librairie, à quelques lots de jours près. Mais au moins j'aurais cette bonne nouvelle du travail bientôt repris à annoncer aux amis.


Photos retrouvées (Il nous restera ça)

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Je cherchais à récupérer une information de date sur une prise de notes faite sur mon téléphone malin et suis tombée sur la "galerie" photos qui n'est pas l'interface que j'utilise habituellement pour récupérer mes images. 

Je me suis alors rendue compte que l'appareil avait accès via une appli de messagerie qui y était encore reliée - mais après un changement de nom général - à tout un lot de photos prises pour la plupart en 2008. 

Elles étaient totalement sorties de ma mémoire sauf pour certaines qui concernaient Bruxelles - et qui sont soigneusement archivées par ailleurs -. Il est clair que certaines étaient là en vue d'un partage, d'un envoi.

Je me souviens parfaitement des photos prises à la demande de Camille Renversade lors de sa rencontre au Festival Étonnants Voyageurs le 1er juin 2009 avec Michael Palin (1).  P6010058

 

 

 

 

 

 

 

 

Ou de celles prises pour l'ami Eduardo, par exemple celle-ci alors qu'il recevait Gilles Jacob dans les sous-sol de la Fnac Montparnasse, à présent dévolus au prêt-à-porter. C'était le 21 mars 2009.

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Je me souviens de cette soirée de réveillon, à l'orée de l'année 2009 qui fut pour moi si bouleversante, où nous avions bu du champagne extra-ordinaire. 

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Je me souviens du tram 33 et de ce soir bruxellois où le voyant passer sur le quai où j'en attendais un autre, je n'ai pas pu m'empêcher d'y monter sans même savoir où il allait.

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C'est ce qui s'appelle de l'emprise culturelle

 

 

 

 

 

 

 

Je me souviens bien sûr de la soirée du 28 août 2008 au centre culturel d'Uccle

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Et si je n'avais pas oublié que Claudie Gallay était venue à l'Attrape-Cœurs je ne savais plus que c'était le 11 septembre 2008.  CIMG9706

 Je me souvenais qu'elle avait le même tee-shirt à manche longue que j'avais failli mettre, le même exactement (couleur, taille, marque) (mais I. V. au dernier moment m'en avait dissuadée). 

Nous avions beaucoup ri, il en reste une photo floue, étrangement cadrée.

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Et d'ailleurs c'est l'un des mystères de ces images retrouvées pour la plupart huit ans après, c'est qu'elles ne sont en rien triées, ce qui n'est pas cohérent avec ma première hypothèse qu'elles aient été là pour partage. Figurent parmi elles des silhouettes de type street-view-ghosts, dont je connais la cause (j'évite le plus possible d'utiliser un flash sauf pour certains effets et donc les mouvements pris en lumière basse donnent parfois ces résultats).

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L'autre mystère étant quelques bribes qui sont des copies d'écran, dont celle-ci qui date du 22/09/2013 - quand les photos datent d'entre 2008 et 2011 - et correspond à une demande de mouchardage de la part de FB (à laquelle je n'avais bien sûr pas répondu).

Capture d’écran 2016-02-28 à 21.36.25 Ce qui était drôle était qu'une de mes amies se trouvait alors en déplacement professionnel à Mexico et que la machine me demandait si elle y habitait.

À l'opposé du spectre figurent quelques photos, dont celle qui ouvre ce billet et qui me paraissent trop bien pour avoir été prises par mes soins, sauf que je reconnais l'attribution de titres automatique de mes appareils successifs. Il serait peut-être temps qu'enfin j'apprenne à faire quelque chose de celles qui sont venues bien. En attendant je suis heureuse de les (re)trouver.

P8290067 Bastille again and again_260908_P9260039 Le rêve et le reste_Bastille_260908_P9260046

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La statue venait de poser un bouquet (mais restait chagrinée)_191008PA190030

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr certaines sont drôles, d'où que je crois bien les avoir prises (elles ne font peut-être sourire que moi)

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J'ai également retrouvé une expérimentation du 19 juin 2011 qui me fait chaud au cœur (peu importe le résultat)

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Me revient alors que la photo avec le chien et les personnes attablées en terrasse avait été prise au Palais Royal et que je voulais faire un clin d'œil à Milky (2) qui s'était lancée dans une série New-Yorkaise : les gens avec leurs chiens.

Voilà donc un ricochet étrange de cette époque où nos appareils servent à notre espionnage et peuvent conserver certaines traces à notre insu : le retour de mémoires personnelles imprévues. Comme de regarder les albums photos de quelqu'un qui nous fut cher et qu'on avait un peu perdu de vue. 

L'expérience dans mon cas aura été plutôt plaisante. J'y apprends qu'après les traumatismes personnels (2006) ou collectifs (11/09/2001) une forme d'insouciance peut renaître et à nouveau des sentiments chaleureux. Je me demande ce qu'il en sera pour l'après 2015 (3). Je trouve aux images des années précédentes une légèreté qui me semble désormais inaccessible. Mais elles font du bien à revoir. 

Comme le slamme Grand Corps Malade, il nous restera ça.

 Il est amusant de constater qu'à l'orée d'une nouvelle étape de ma vie, qui se présente plutôt bien et dont la perspective en tout cas me stimule, des éléments extérieurs (la fin annoncée du fotolog, des fichiers en mémoire de mon téléphone retrouvés sans les avoir cherchés) me poussent à faire le point avant de clore le chapitre précédent, ses bonheurs et ses douleurs. Une expression extérieure d'un besoin d'archiver soigneusement pour passer à la suite sans entraves tout en emportant les précieux acquis de celles qui furent mes plus intenses années. Elles m'auront au moins permises d'apprendre un métier que je m'apprête à nouveau à exercer. Je le ressens comme un privilège.

Oui, il nous restera ça.

 

PS : Le bizarre album des retrouvailles est .

PS' : Accessoirement, en tentant de rechercher si j'avais déjà posté cette photo en la documentant un tantinet et alors que j'avais oublié d'ajouter le filtre "your own photostream" (qui en fait n'existe plus), je me suis aperçue que sur flickr on pouvait voir toutes les photos laissées publiques prises par des personnes ayant le même appareil (ou un appareil qui inscrit les photos en mémoire de la même façon) le même jour (mais pas forcément la même année) dont c'était le même numéro d'ordre dans les photos de la journée et qui n'ont pas modifié le titre. Ça me donne des idées (d'écriture). 

 

(1) Rien à voir avec Sarah et tout avec les Monty Python (je mets le lien pour l'intéressant article wikipédia en V.O.)
(2) Je choisis ce lien vers un billet précis car il m'émeut particulièrement. Je suis sous l'emprise de plusieurs mécanismes de ce genre, en particulier après les violences de 2015, et ça atteint l'écriture et aussi les vœux (mais les plus proches d'entre vous avez sans doute remarqué). Et d'ailleurs grâce à Milky il me vient une idée.
(3) Sachant qu'on risque d'encaisser de nouvelles horreurs, qu'on n'en a pas terminé. Mais ce n'est surtout pas une raison pour baisser les bras, ni renoncer par avance à quoi que ce soit.

 

 


La culture c'est comme la confiture - un ancien billet potentiel (août 2004)


    En effectuant mes sauvegardes de photos dont les premières remontent à juillet 2004, voilà que je suis retombée sur des notes du mois d'août de la même année, je crois que je l'avais écrit pour amuser, en commentaire de l'un de leur blog, les amis.

Ça m'a fait sourire de les retrouver. C'était moi avant d'être libraire mais déjà bien embarquée pour y tomber. Je ne remercierai jamais assez Sylviane Duchesnay qui sur le chemin aura beaucoup compté. Cette patience qu'avec moi elle a eu, qui venait si souvent l'embêter. Je lisais déjà beaucoup mais plutôt des polars et en littérature des classiques (je sentais que j'avais beaucoup à rattraper) et donc pour les romans français contemporains je défrichais.

Les liens sont probablement périmés et la librairie mentionnée (qui était en face de mon lieu de travail) a été hélas fermée il y a plusieurs années.

Sans doute du fait d'avoir changé d'orientation professionnelle radicalement, j'ai l'impression de lire une scène de la vie d'une lectrice débutante qui aurait quinze ans et d'en avoir trente à présent.

 

dialogue (finalement pas si) fictif :


le lundi

Gilda (employée de banque) : - Bonjour, dis-donc qu'est-ce que tu aurais comme bouquins de Despentes, Virginie Despentes ?

Sylviane (libraire) : - bonjour Gilda, Oh, tu as le choix ; déjà en poche tu as "Baise-moi" et puis "Teen spirit", je crois qu'on les a en rayon. Monte aux poches et regarde à D.E.S.P.

Gilda : - T'inquiète va, D.E.S.P. je sais y aller les yeux fermés.

 
le mardi

Gilda : - Bonjour Sylviane, dis, tu aurais "Le pire des mondes" et "Superstars" de Ann Scott ?

Sylviane, amusée : - "Le pire des mondes" n'est pas encore en poche, mais oui on les a. C'est bien, on te voit souvent ces jours-ci.

Gilda : - En fait c'est parce qu'elles ont chacune ouvert leur blog et ça m'énerve figure-toi que je n'avais pas lu leurs livres.

 
le jeudi

Gilda : - Bonsoir Sylviane, dis voir, tu aurais les livres de Philippe Jaenada ?

Sylviane, goguenarde : - Va vite voir aux poches avant qu'on ferme, et prends au moins "La grande à bouche molle", tu verras, ça devrait te plaire.
Il a ouvert un blog lui aussi ?

Gilda : - En quelque sorte, oui.

Sylviane : - Sais-tu si par hasard Philippe Besson en a un ?

Gilda : - Je n'en sais rien mais promis dés que je rentre chez moi je me renseigne.
 

moralité : La culture c'est comme la confiture, quand on en a peu, autant étaler un max.
 
(posté en guise de remerciement sur le blog d'Ann Scott :
ainsi quelques jours plus tard que ce qui suit)
 

le vendredi

Gilda : - Bonjour, tiens j'ai trouvé sur l'internet quelqu'un de sympa qui m'a dégoté l'adresse du site de Philippe Besson. Pour le blog, on sait pas s'il en a un mais le site est vraiment très bien. Et puis du coup je vais enfin prendre "En l'absence de l'homme" et puis "L'arrière-saison".

Sylviane, rayonnante : - Tu verras, tu regretteras pas. Mais tu sais si tu attends septembre "L'arrière-saison" tu le trouveras en poche.

(Sylviane connaît mon impécuniarité chronique de cadre dynamique à temps partiel dont les dépenses le sont tout autant mais à temps plein).

Gilda : - Non, non j'en ai besoin avant.

(je pense à mes courtes vacances qui finiront bien par venir un jour, j'espère)
et puis je voulais faire honneur à Kill Me Sarah qui s'est donné la peine de me renseigner d'un blog à l'autre. Je me dis que pour qu'il se donne tant de peine, c'est qu'il doit bien y avoir une solide raison. 

pour info :

La librairie existe vraiment : Del Duca ; 26 bd des Italiens ; 75002 Paris
(pub totalement gratuite et désintéressée, je ne suis qu'une fidèle et peu raisonnable cliente)
 

J'avais cru être délivrée (ça n'était pas si faux, mais pas non plus si simple)

FireShot Capture 1834 - C'était aujourd'hui la fin de ce_ - http___www.fotolog.com_gilda_f_31285820_

    Je redécouvre que c'est lorsque F. m'a confirmé avoir bien connu lui aussi V. que je me suis sentie enfin dégagée de ce lien avec elle qui avait mal tourné. 

Ce qu'il m'a à cette occasion appris sur sa façon de faire, dont je n'avais pas été la seule personne à faire les frais.

Croyant m'être libérée, je ne faisais au fond que changer d'emprise, tout en étant alors persuadée qu'au contraire non - comme si le fait qu'ils se soient connus empêchait désormais notre relation -.

Je me souviens que la façon dont j'avais pigé leur lien était vraiment étrange : j'en avais eu dès avril 2004 la trace sous le nez et il avait fallu un rangement dans mes livres début 2009 et tomber sur cet exemplaire d'une obscure publication de type "résultat de résidence" pour que je vois, sur ce projet pourtant beaucoup plus ponctuel, leur association.

Que je le veuille ou non et quoi qu'il advienne par la suite, ces deux là auront rudement compté, et bien qu'elle ait par deux fois ainsi été mise en danger mon existence en est sortie améliorée. 

Ils m'auront fait sortir du "métro-boulot-dodo" auquel j'étais de par le déterminisme social, y compris celui qui s'applique aux transfuges, condamnée. 

À l'orée d'une nouvelle étape, réjouissante, de ma vie professionnelle, je leur en sais gré.

Et s'il me dure une bonne santé, je suis loin d'avoir dit, d'avoir écrit mon dernier mot pour rejoindre un jour la place que pour moi ils entrevoyaient.   FireShot Capture 1835 - à présent le printemps - gilda_f_ - http___www.fotolog.com_gilda_f_31332545_

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Et toujours Virginia Woolf

FireShot Capture 1825 - Who's who - gilda_f - Fotolog - http___www.fotolog.com_gilda_f_31260135_

    Début avril 2009, douze jours après l'encaissement d'un sale coup, qui visiblement était plus fort que le bonheur d'être délivrée de l'"Usine" (dans mon souvenir, c'était le contraire) (1) (2). Ce recours qu'en tout cas face à l'adversité et au manque de respect (de loyauté ?) de certains hommes, ses mots et le fait même qu'elle ait existé constituent.

 

Le titre, au vu du fait qu'entre-temps un bon copain s'y trouve employé, est assez prémonitoirement amusant (Il n'avait rien à voir avec ce billet, cependant).

 

(1) Je crois pourtant que c'est bien le 1er avril 2009 que j'ai signé les papiers qui témoignaient de ma "libération".

(2) Cela dit, la veille j'avais noté "Je mesure mon degré d'aliénation passé à celui du bonheur infini de ma libération. Et du plaisir de travailler enfin à ce qui devait."


La Résidence Alsace à Lille (il y a onze ans)

 

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Toujours dans la sauvegarde à marche forcée de mon fotolog de douze ans d'âge (ou presque), et dans les redécouvertes y afférentes, voilà que je retrouve la trace d'une photo du 21 octobre 2005 postée en 2008 dans le cadre d'un "trois ans après" (1). 

Elle partait déjà d'une recherche dans le passé puisqu'il s'agissait de la cité HLM née du chantier sur lequel j'avais fait mes trois mois d'entre la deuxième et la troisième année d'ingénieur TP (avec à la clef un rapport de stage dont le coefficient comptait). 

L'architecte était un grand prix de Rome à blondes et belles bagnoles (2). Le projet était ambitieux : du logement social de qualité et c'est vrai que le résultat ne manque pas d'allure. Il était novateur, c'était de la brique en panneaux préfabriqués ce qui à l'époque n'était pas courant.

Mais l'homme se montra pointilleux quant à la couleur brique de la brique et il fit renvoyer les premiers prototypes ce qui mis sans doute à genou l'entreprise locale qui s'était crue chanceuse d'avoir été choisie (3). On était mi-juillet, des gens furent sans doute rappelés de congés et nous avons passé l'essentiel de l'été à attendre les nouveaux prototypes. Mon stage s'est achevé alors que le chantier commençait juste à repartir. 

J'avais du coup fait de mon rapport une sorte de suspens non-policier, une fois raconté les fondations et le poste électrique bâti à la main (je veux dire avec des briques et du boulot de maçon), que la teinte soit un peu différente avait été accepté. Ce qui m'avait valu une note qui sauvait l'honneur avec un commentaire de type, J'ai noté le roman, mais c'était agaçant.

Retourner sur les lieux du non-crime avait pour moi été fort émouvant. S'il n'y avait pas tant d'écart entre la façon dont la société conçoit les rôles selon les genres, il est évident que j'eusse fait du chantier, j'aimais. Mais voilà il fallait être particulièrement costaude pour s'imposer (non pas tant sur le terrain, les milieux réputés misogynes ont souvent cette qualité qu'une fois qu'on a prouvé qu'on bossait dur et qu'on n'était pas là pour charmer, on y est acceptées, qu'auprès des recruteurs) ; à l'époque j'étais encore de condition physique fragile, c'est à force de sport et de vie attentive que je suis parvenue à ce qu'elle soit au contraire solide et plutôt fiable, et je n'avais pas osé forcer le barrage. Ce que je ferais sans problème avec mon corps de maintenant.

Il y a aussi que nous étions très amoureux avec le futur "l'homme de la maison" et envisagions comme on dit de fonder une famille. Or j'avais bien compris que la vie de directeur/trice de travaux n'était pas merveilleusement compatible avec la présence auprès d'éventuels enfants. Je me suis donc dirigée vers quelque chose de très différent mais qui était porteur d'avenir (4).

Il n'en demeure pas moins que revoir ce groupe d'immeubles me laisse émue même si ma participation à leur existence fut modeste.  

Un autre chantier auquel j'avais participé, le siège social de Kodak de Châlon sur Saone, a eu le temps de servir, de fermer, puis d'être détruit et remplacé. Ce qui reste impressionnant : avoir participé à la construction de quelque chose qui a déjà connu un cycle complet.

 

 

(1) Merci Bladsurb, je me rends encore mieux compte a posteriori combien l'idée était bonne. 
(2) Désolée mais il mettait un tel soin à venir aux réunions de chantier accompagnée par l'une d'elles dans l'une d'elles qu'il était difficile de le mémoriser autrement. Les femmes changeaient plus souvent que les voitures.
(3) ou qui avait déjà beaucoup investi.
(4) L'informatique en entreprise, qui sortait de sa préhistoire. Là s'était le côté innovant qui m'attirait. Être dans le flot d'une révolution en marche.