Musiques


    Ça faisait un moment que je n'avais rien découvert de bien nouveau côté musiques. Je me suis aperçue que je n'en écoutais plus guère que pour préparer mon émission Côté papier mais pas seulement sur la radio Cause Commune. 

C'est de là que vient le réveil, Quentin, que je remercie, m'a indiqué ce site Au bout du fil, de musique gratuite libre de droit, pas mal de genres différents (et expliqués)  

Un décrochage avait eu lieu au moment de la mort de ma mère, dont je n'avais pas vraiment conscience : je ne prenais plus le temps d'écouter de la musique, seulement de loin en loin. Alors qu'il fut un temps où la musique comptait. Au moins autant que le ciné.

Ce soir je découvre et écoute donc du 8-bit ou chiptune, dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Par exemple Pornophonique (qui existe depuis 2003, wake up, old lady !).

Ou dans un tout autre registre, un piano élégant : 

Auteur: Jelsonic
Track: Saying Goodbye In The Rain
Licence: https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/
Source: Télécharger gratuitement Jelsonic - Saying Goodbye In The Rain


La leçon du Que je t'aime (l'une des)

Capture d’écran 2019-05-04 à 23.13.58

Par sérendipité du net, je suis retombée ce soir sur un enregistrement du concert de l'an 2000 de Johnny au Champs de Mars.

Je ne me souviens pas d'avoir déjà vu les images, ou alors c'était il y a si longtemps que je l'ai oublié. Ça ne m'avait pas effleuré de rechercher une video du concert, avant de tomber dessus ce soir, là, par ricochets.

J'avais oublié que la chanteuse était si jeune et les paroles de la chanson si peu adaptées à cet état de fait. Il faut dire que nous avions des notes à tenir plutôt que des mots à articuler et ne l'avions pas vue avant (1).

J'avais oublié aussi la leçon du Que je t'aime. Mélodie simple, paroles d'une subtilité contestable, avec un refrain qui consiste à répéter six fois de suite Que je t'aime, et en fait le gars, il y mettait tellement d'énergie, de métier, et les tripes, même en répètes, que non seulement ça passait mais que l'on se sentait ému·e·s. Et ça c'est quelque chose de bon à ne pas oublier dans la vie, parfois ce qui est dit compte moins que la façon de l'incarner, et par dessus tout ce qui l'emporte c'est l'énergie que l'on y met et les personnes dont on s'entoure (2).

 

(1) Entre temps elle a grandi et participé à The Voice. (merci les moteurs de recherche)
(2) En l'occurrence sur ces concerts de Johnny, les arrangements d'Yvan Cassar parvenaient à donner une classe de plus. Je me souviens du travail.

PS : Et à part ça je persiste : il n'est pas impossible que l'ampleur du mouvement des Gilets Jaunes prenne une partie de son origine dans le fait que la disparition de Johnny ait fait perdre à bien des gens qui triment dur pour peu ou galèrent à trouver du taf ou à se faire payer décemment, leur tenir bon, leur consolation. Le fait que le mouvement perdure tient lui, clairement, de l'aveuglement du pouvoir ou d'une stratégie contestable à le feindre.

 

 


Quatre moments de grâce absolue (and I feel so grateful for them)

   

    Si je devais sans prendre trop de temps pour penser ni chercher dans mes archives écrites ou photographiques, me viendraient spontanément trois moments de grâce absolue. Ces instants où l'existence confine au divin, quelles que soient nos croyances, où l'on a l'impression que nulle part ailleurs dans l'univers on serait mieux qu'en ce lieu en cet instant. Ce sont des moments où l'on oublie de respirer et l'on oublie qu'on a oublié ; jusqu'à l'instant où le corps reprend son souffle et nous le fait savoir. 

Fatiguée par mes journées intenses en librairie et les problèmes de santé d'une des personnes de la famille, des heures d'attente ici ou là, je m'aperçois que je perds les dates. 

Pas les souvenirs.

  • C'était dans La Bohème à l'Opéra Bastille, Roberto Alagna et Angela Gheorghiu alors amoureux IRL, dans les rôles titres. Début des années 2000 je dirais (2001 ? 2005 ?) avant la période où grâce aux ami•e•s blogueuses et blogueurs et aux files d'attentes du vendredi matin très tôt j'ai pu aller à l'opéra souvent. Je suis dans une place à pas cher tout en haut de tout en haut, côté cour. Et il y a ce duo où ça y est, ils atteignent à la perfection, non seulement de leur art mais de quelque chose dans les sentiments. J'ai cru m'envoler. Ce fut une extase. 
    Je crois me souvenir que je n'étais pas la seule à me retrouver en larmes sans l'avoir senti.
    Bizarrement, aujourd'hui (mais peut-être que demain tout me sera revenu) je ne me rappelle pas les circonstances qui m'avaient valu d'avoir cette place, ce jour-là. Je suis persuadée que j'y étais seule ; peut-être avais-je au pied levé remplacé quelqu'un (un collègue ?) qui avait un empêchement ?


  • Avec un groupe d'ami•e•s du ciné-club nous prenions chaque année un abonnement au théâtre du Rond-Point. C'est à l'automne 2013, je crois. Et c'est Swan Lake. Mon propre blog me confirme la période et me réapprend que j'y étais allée hors programme sur les conseils d'une amie du cours de danse (Natacha ? Martine ?). "Crucifiée par tant de grâce, de générosité, d'humour et de beauté, je suis sortie de l'heure qu'il dure (3) et des dix minutes de standing ovation (4), en larmes et les jambes en coton". C'est un des plus beaux moments de ma vie. Je me sens toujours autant éperdue de gratitude envers Dada Masilo et la troupe qui l'accompagnait.

 

  • Philip Glass au Châtelet avec Einstein on the beach
    C'est grâce à O'Olivier dont je n'ai hélas plus de nouvelles - et qui fait partie des personnes dont les vols successifs en 2017 de mon téléfonino puis de mon sac d'ordi avec l'ordi et l'agenda qui contenait mon bon vieux répertoire papier, m'ont fait perdre les coordonnées - que j'obtiens cette place, sans doute un empêchement. Par rapport aux extases précédentes c'est moins violent, le spectacle était long et je ne pouvais retenir mon souffle tout le temps, mais il m'envoie sur un nuage neuf et je suis durablement envoûtée pendant plusieurs jours. Une sorte de sérénité indestructible. Dont je ne suis retombée, je crois, seulement par suite d'un mauvais rhume ou d'un quelconque épisode fiévreux.

 

  •  Ian Thorpe à la piscine de la porte des Lilas (Georges Vallerey) face à Pieter Van den Hoogenband. Janvier ou février 2001 ou 2003 peut-être ? 
    Je ne sais plus comment je tombe sur l'info, mais voilà il va y avoir ce meeting de natation ou ce championnat pas si loin de chez moi, alors je me propulse pour acheter une place, allant attendre dehors dans le froid par moins quatre ou cinq degrés celsius et quelques jours plus tard ou le lendemain, il en restait, je n'en reviens pas, me voilà sur les gradins. Ça nage de haut niveau. Vient enfin l'épreuve d'un 200 m (? ou 400 ?) nage libre à laquelle Ian Thorpe participe. Dès le début c'est époustouflant. Voilà que sur les 50 derniers mètres il met le turbo et je crois qu'on est tous debout et qu'on crie ou qu'on retient notre souffle, tout le monde, il semble filer au dessus de l'eau et les autres pourtant pas des moindres, parmi lesquels Pieter van den Hoogenband semblent faire du sur place. 
    Peu après être rentrée, je tombe malade, sans doute le froid en attendant, du jour où j'avais pris ma place. Peut-être aussi une forme de saisissement. Pas un seul instant je ne regretterai. Reconnaissance éperdue envers ce gars. 

 

Il y en a un cinquième qui est télévisuel, ce qui n'est pas aussi fort : les exploits de Nadia Comaneci en gymnastique à Montréal en 1976. La perfection telle que même en n'étant pas connaisseur on capte qu'il se passe quelque chose d'absolument inouï.

Bien d'autres moments aussi, par exemple les Éphémères au théâtre du soleil, une violoncelliste formidable à Pleyel. Des moments de cinéma également.
Ainsi que des événements auxquels j'ai moi-mêmes participé (seulement c'est différent, lorsque l'on est, part of it, intense autrement). Et bien sûr il y a également des moments de grâce liés aux lectures. Mais là aussi, c'est un peu différent. 


À travers la musique, une révélation

    Grosse journée en perspective : rien de tout ce qui avait été mis sous le boisseau pendant le festival de cinéma d'Arras ne s'est arrangé en mode génération spontanée, on ne s'en surprendra pas et c'était sans compter les petits tracas extérieurs qui se sont fait une joie de surgir entre temps.

Du coup j'ai regardé un petit TED pour me donner courage. Celui de Benjamin Zander sur la musique classique. C'était le bon, il contenait quelques révélations - concernant l'écriture, hélas pas au programme de la journée pour moi -. Gratitude. Et voilà le courage retrouvé.


Morts étranges de compositeurs


Capture d’écran 2018-11-20 à 22.00.40     Qui a eu cette idée folle de compiler sur France Musique les décès très SFU d'un certain nombre de compositeurs ? Le résultat est surprenant et fascinant. 

Respect à Enrique Granados, mort en tentant de sauver sa femme qui se noyait après que le bateau où ils circulaient ait été torpillé par l'armée allemande (c'était pendant la première guerre mondiale). Les photos sont très belles. 

(photo : Sergueï Prokofiev jeune, trouvée ici, j'espère qu'il n'y a pas de tracas de droits)
article de Léopold Tobisch


Anne Sylvestre : l'écouter quel bonheur


    C'était une journée triste sous l'emprise d'un deuil diffus, quelqu'un qui n'était déjà plus là, et depuis longtemps mais l'est à présent définitivement. 
Les souvenirs affluent. 

Il y avait beaucoup de travail à la librairie, j'avais en quelque sorte une hotte de Père Noël à garnir de paquets.

Alors j'ai été heureuse en rentrant, de voir que @Nasiviru parlait d'un passage d'Anne Sylvestre sur France Cul. 

C'était . Et ce fut un bonheur de l'écouter, quoi que pour moi en léger différé (un des charmes de la vie moderne). J'espère que le lien perdurera.


Le chiant Jacques

(ces jours derniers, à la librairie)

 

D'ordinaire je mets à la librairie la radio sur FIP ou sinon du silence, plus rarement quelque chose généralement classique que je n'ai pas eu le temps d'écouter avant de partir de chez moi. FIP a ceci de sympa qu'elle n'a pas de publicité, zéro, rien du tout, un bonheur, une programmation éclectique mais rarement clivante, ce qui pour une boutique est bien, et un petit flash d'info au 50 de chaque heure ce qui permet quand on parvient à l'entendre (1) de ne pas être totalement coupée du monde, malgré plus de 7 heures sans dételer.

Parfois un-e client-e me demande, C'est beau cet air, c'est quoi ? Et je regarde sur le site pour pouvoir renseigner cette personne lorsque d'aventure c'est une composition que je ne connais pas. 
Souvent je m'attarde après la fermeture pour régler un peu de tâches administratives en écoutant Jazz à FIP. Tranquille.

Et puis voilà qu'hier ils diffusaient un Jacques Brel, certes l'un des plus pesants (2) mais après tout ça n'est pas totalement dépourvu de sensibilité même si l'humanité des fournisseuses n'est pas envisagée. Et qu'une cliente qui venait chercher un livre précis s'est fâchée après lui, qu'il est lourd ce Brel, c'est insupportable, puis craignant de m'avoir contrariée si d'aventure j'avais mis ce titre par choix personnel, C'est la radio ? J'ai répondu que oui sans pour autant renchérir (3), car bien que quelqu'un me l'ait gâché, et sa propre misogynie, il me reste une admiration pour le poète, pour ses capacités d'épingler les choses de la vie, pour son implication en scène. Ça fait quand même un bon vestige. 
Certains en font des caisses, c'est ainsi leur façon. 
De toutes façons le temps que je me demande si elle aussi avait eu un #anotherTed pour lui ôter du Grand Jacques toute admiration, un homme qui sans être prédateur sexuel l'avait traitée en pion à déplacer sur l'échiquier de sa vie, et la rendre ainsi féroce (entre temps elle y était revenue, Il est insupportable, mais qu'est-ce qu'il est chiant !), elle était passée à autre chose, la radio aussi, et je cherchais pour elle un autre roman à lui proposer.

Le lendemain matin, au troquet d'à côté, un homme chantait, et plutôt bien, Le port d'Amsterdam a capella pour deux ou trois copains. Je me suis dit que c'était quand même quelque chose. Avoir su écrire et interpréter des chansons qu'un type dans la rue, peut avoir envie de chanter, longtemps plus tard (4) à ses potes qui l'écoutent, attentifs. 

 

(1) Un jour il faudra que j'écrive un billet sur LE client de l'heure cinquante, comme s'il suffisait que résonne le jingle du flash d'info pour que quelqu'un entre.
(2) Au suivant 
(3) Par un mécanisme de la nature humaine qui m'échappe un peu, les gens que quelque chose mécontente quettent toujours l'approbation de leur interlocuteur.
(4) Ça fera dans un an quarante ans qu'il sera mort.


Musique d'accompagnement

 

    Ce soir (1) sur Mastodon, Kozlika écrivait "Il y a des morceaux qui t'accompagnent quoi qu'il arrive : tu es heureuse il est léger, tu es triste il pleure avec toi" et elle nous offrait cette sonate de Schubert, qui effectivement s'y prête.

Spontanément j'ai alors songé à des valses de Chopin qui vibraient d'énergie passionnée lorsque je les écoutais amoureuse et le reste du temps me donnent envie de pleurer dans un long et immense désespoir sans fond et pour la solitude participent de son agrandissement.

Je me dis à la réflexion qu'il y en a sans doute d'autres, qui sont pour la légèreté et le cœur gros sans nécessairement entrer dans les tourments violents.

Ça mériterait d'y repenser à tête reposée. 

  

(1) ou dans l'après-midi car je suis restée un moment sans me connecter, ni même consulter