Bécassine béatitude absolue

(Vous avez le droit de vous moquer)

J'ai traversé toute ma vie loin du luxe - fors quelques parenthèses un peu "fiançailles de Frantz" -, je n'ai ni argent à dépenser (ou si, une fois, en juin 2005 et j'en ai conçu une forme légère d'amnésie, retrouvant plus tard quelques chaussures, quelques habits dont je n'avais plus le souvenir ; il y avait eu une période d'euphorie à laquelle je n'étais pas du tout entraînée), ni envie de dépenses d'acquisition d'objets. Des choses utiles pour la vie quotidienne, oui, par exemple j'aimerais pouvoir refaire enfin la salle de bain, ranger l'appartement, refaire le réseau électrique (par sécurité), j'aimerais pouvoir participer à des financements de beaux projets, j'aimerais pouvoir à nouveau me déplacer et retourner en Italie, bientôt je vais avoir des envie d'expéditions sportives (1).

En 1998, lorsque le dopage s'est trop vu sur le Tour de France pour pouvoir continuer à être tu, j'ai découvert que des noms d'équipes pouvaient être des noms de montres de luxe. En fait je ne rattachais pas les noms des groupes de coureurs à des choses, y compris pour les marques bancaires pourtant connues de ma vie quotidienne. C'était disjoint. Des sons sans lien. Et (pour le cas des montres) pas la moindre idée de ce à quoi ressemblaient les objets, je veux dire, ce qui pouvait les distinguer des autres appareils à mesurer le temps que l'on porte au poignet.

Sous le précédent président qui aimerait tant devenir le suivant, il avait été question d'une marque de montre de luxe, un riche membre de sa cour ayant eu une sortie sur le fait d'en posséder une et qui aurait pu (dû ?) être un motif de fierté (2). À l'époque j'avais cru qu'il s'agissait d'auto-dérision. Ou qu'il avait été payé par la marque pour créer du buzz comme on disait (3).

Et puis ces jours-ci, je croise cet homme, sportif, d'allure élégante, avec au poignet une grosse montre métallique moche qui détonne avec l'ensemble de sa tenue, sobre et bien portée. Un peu comme des types qui semblent assez fins mais ont une grosse chevalière ou une gourmette énorme au poignet ou une dent en or (4) ou un tatouage voyant et racolleur. Bref, ça ne collait pas avec lui - je ne le connais guère, alors disons : le reste de l'image de lui -.

Ce matin, un de mes neurones, celui que lassent mes différents petits handicaps sociaux, a entrepris de me faire faire sur l'internet des familles la recherche élémentaire qu'il fallait.

J'ai enfin pigé.

Tout simplement l'homme disposait de cette fameuse montre réputée pour sa cherté. Et moi qui avais commencé à inventer des scénarii possibles de la présence d'une toquante détonante au poignet d'un homme au charme discret (5), j'ai enfin pigé qu'en fait il en était probablement fier. Peut-être même très.

[J'en ris encore]

 

PS : Comme je viens d'acquérir une grosse montre voyante pour les données d'entraînements - pas trouvé de modèle "filles" avec l'équivalent technique qu'il fallait -, je crois que je ne vais pas tarder à être aussi ridicule, quoi qu'en moins clinquant.

PS' : Peut-être qu'il disposait d'un modèle particulièrement volumineux et coûteux [à supposer qu'il y ait une corrélation taille / prix], et que d'autres de la même marque sont plus discrètes, qu'il existe des modèles fins pour femmes qui tiennent de la joaillerie, je ne sais, ou qu'avec un équipement de type costume cravate très corporate cadre sup ça ne m'aurait pas sauté aux yeux.

 

(1) Je n'avais pas mesuré le coût, exorbitant à mes yeux de semi-smicarde, de la pratique du triathlon : celui des engagements aux courses et des déplacements.

(2) ou plutôt de honte de n'en point avoir.

(3) Mission en l'occurrence parfaitement accomplie

(4) Déjà du temps où ça se faisait [la génération de mes parents] autrement que pour des rappeurs, je ne comprenais pas. Je trouvais ça d'une laideur maximale.
(5) Héritage familial porté avec piété, cadeau de la femme ou de l'homme aimé, qu'on trouve moche mais qu'on porte par amour du ou de la bien-aimé ...


Les meilleurs moments d'une vie


    Les temps troublés que nous traversons et qui vont résolument vers le pire, nous conduisent à prendre en main des projets dont on se serait dit, dont on se disait, c'est bien, c'est beau, ça serait bien, ça serait beau (et peut-être utile à d'autres) mais il y a toujours le quotidien à accomplir qui est plus fort que tout. Il faut assurer des rentrées d'argent pour régler le minimum vital de dépense - dans une société comme la nôtre, dès lors qu'on vit en ville, qu'on est plus de deux, il est assez élevé. Il faut faire face aux maladies, les nôtres ou celles de l'entourage. Il faut tenter de faire face aux contraintes administratives et ménagères. Se maintenir en forme. Dormir. Alors le temps dédié aux chantiers personnels est vraiment rétréci. 

Ces jours derniers, Couac s'est lancée. Elle a décidé d'interviewer les gens qu'elle croise dans la vie de tous les jours, par exemple les voisins. 

Ça se passera par là. Et le premier est FreD.

Je suis d'autant plus réjouie que ça correspond à une idée, germée pour un peu les mêmes raisons, à laquelle j'avais renoncé (pas le temps, pas forcément la bonne personne pour le faire) et je suis heureuse que quelqu'un que j'apprécie beaucoup l'aie eue aussi et avec le courage assorti et les dons qu'il faut pour la mener à bien.

Au passage grâce à elle je découvre Grand chose (pas grand chose mais en mieux) qui est un beau blog collectif sur comment on peut se débrouiller de peu pour une maison accueillante.

De mon côté, en plus de mes nombreux chantiers qui demanderaient que je puisse enfin un peu me poser, il y a celui-ci, blogo-compatible et donc potentiellement menable à bien, qui serait de raconter ce qui peut constituer pour une vie en Europe entre la fin du XXème siècle et le début du XXIème, les meilleurs moments, des souvenirs formidables, des trucs qu'on aimerait que nos arrière-petits enfants (si la planète ne craque pas avant) puissent savoir et que ça les ferait rire ou les rendrait heureux. Des trucs qu'on aimerait aussi avoir noté quelque part pour soi-même, afin dans les moments qui nous poussent au désespoir de nous souvenir que la vie, même la nôtre, peut comporter des instants de grâce.

Tout à l'heure, Ken Loach recevant la Palme d'Or , m'a donné envie de m'y mettre. En espérant pouvoir en faire quelque chose de collectif un jour. Ou au moins que l'idée fera germer des envies de suite chez des amis moins fragiles et mieux organisés. En tout cas voilà, avant qu'elle ne s'achève j'aimerais au moins parvenir à écrire les meilleurs moments d'une (petite) vie. 
(et si je vais commencer par la mienne, c'est parce que c'est celle que je connais le mieux - ou crois connaître, je suis bien placée pour savoir qu'on ne comprend certains éléments que parfois des années, des décennies plus tard -).  

Il ne faut pas attendre d'en avoir le temps : n'importe quoi peut survenir n'importe quand. 

 


Petits éclats de vie moderne

 

    Une amie qui a un travail inimaginable à l'époque où je devais, lycéenne, songer à un métier, me signale ce RT dont je suis paraît-il censée me glorifier : 

Capture d’écran 2016-04-29 à 11.43.53En fait leur bot a repéré que je mentionnais l'émission. 

Ça m'a rappelé le jour où festivalière heureuse à Arras, j'avais mentionné sur FB que j'étais au bord d'aller voir un film, c'était un statut en attendant (dans la petite file d'attente avant la séance ou à la maison avant de partir et en attendant l'homme qui achevait de se préparer), un geste machinal, la vague idée de pouvoir ainsi plus facilement reconstituer ma liste des films vus (1) et où j'avais eu la surprise d'un commentaire joyeux de l'un des acteurs.

Il est en effet à présent entendu que les réseaux sociaux nous bercent de l'illusion d'une proximité quotidienne avec des personnes que nous admirons ou dont nous admirons le travail. Le tendre "Janine" d'Olivier Hodasava rappelle fort combien jadis nous pouvions être pétris de passion pour un groupe (par exemple) et si peu savoir de leur vie qu'il fallait plusieurs mois, s'ils n'étaient pas d'une notoriété de JT, avant de savoir que l'un de ses membres était mort. De nos jours nous savons même ce qui arrive à leurs fans (2).

En revanche il est moins évident d'intégrer le fait que ceux que nous apprécions se trouvent en retour parfaitement à même, pour peu qu'ils s'en donnent le temps ou qu'un-e chargé-e de com. fasse bien son boulot, de repérer notre admiration ; ou, moins réjouissant, ce que nous exprimons de notre déception d'une nouvelle œuvre, voire parfois de notre désaffection. 
Ce qui fait que même en n'étant personne on doit, si l'on n'envisage pas de peiner ou de se lancer dans d'épiques polémiques, prendre garde à nos énoncés.
J'avoue n'avoir pas encore intégré ce fait, pas tout à fait. J'en suis encore à l'étape de m'en amuser ; à preuve ce billet.

(et je ne parle même pas du versant moche de ce phénomène qui fait que de nos jours tout employé d'entreprises "managées" est tenu de ne rien exprimer concernant son travail fors de la réclame douce et des enthousiasmes "fraîcheur de vie") (je trouve naturelle une certaine décence et tient la retenue pour un évident respect, mais les échos de certaines réactions, des ennuis rencontrés par certains, et ce que je ressentais durant mes années d'"Usine", ont tout à voir avec la vie dans un régime dictatorial, sans parler que bien des salariés n'ont pas même le droit de faire de l'humour sur certaines absurdités rencontrées) 

((et j'arrête là ce billet avant de tomber dans le sujet brûlant des lanceurs d'alertes))

 

(1) Ce petit plaisir qu'on prend le temps de s'accorder (ou non) en fin de festival, à tête reposée.
(2) Je me souviens d'avoir appris le sens du mot Directionner via un touite parvenu je ne sais comment jusqu'à ma TL et qui manifestait de l'empathie pour la mort accidentelle de l'une d'elles.


Fouettés sans crème et bariatrie


    

Une façon comme une autre de tenter de refaire surface après que l'ultra violence a à nouveau fait irruption dans le quotidien, et à condition de n'avoir pas été touchés de façon trop intime est de se replonger dans des activités qui nous font du bien, qui donnent un sens aux petites journées de rien - car on peut difficilement traverser chaque journée au rythme aigu des romans noirs ou des temps de guerre : il faut garder le cap coûte que coûte afin de pouvoir assurer son pain quotidien -. 

Ce qui me convient, mais ça dépend de chacun, rien d'universel, c'est d'apprendre des trucs inutiles. J'entends par là de tout et de rien, et qui ne soit lié à aucune obligation immédiate, juste pour le plaisir de savoir un peu plus de choses qu'un peu moins.

L'internet fait de l'exercice un bonheur difficilement limitable : autrefois il fallait se palucher des dictionnaires, feuilleter des magazines, des journaux, et le résultat de cette pêche au savoir facultatif était fort incertain. Aujourd'hui il suffit de voler de lien en lien comme Jane sur ses lianes, voire Tarzan mais c'est moins élégant.

Je me suis donc, en rentrant du petit entraînement mémère du dimanche matin, penché sur le sens d'un mystérieux "Bariatrie" qui ornait un véhicule de transport médical (Ambulances Machins : spécialisées pédriatrie / bariatrie). Il s'agit donc d'une branche de la médecine qui s'intéresse aux personnes obèses (source wikipédia). J'avoue que j'en étais à imaginer des transports spécifiques pour qui a des problèmes respiratoires aggravés, des intoxications au monoxyde de carbone ou des accidents de plongés, bref je songeais caissons hyperbares. Alors que l'entreprise d'ambulances voulait simplement signifier sa capacité à transporter des gens de très petits à très gros.

Je crois que c'est ensuite un touite qui m'a portée jusqu'à cette merveilleuse video de TED qui explique la physique des fouettés en danse et même si je reste aussi nulle en tours (1), coincée depuis vingt-cinq ans au stade de la pirouette practice, et de là j'ai appris que Louis XIV était réputé pour ses qualités de danseur de ballet, que l'appellation "Roi Soleil" en venait.

Puis j'ai joué à distinguer les faux binious des vrai, ce qui était beaucoup plus amusant que d'écouter celui qui veut danser (nu) avec les loups

Au bord de revoir un vieux film (26 ans ?!?!), ça allait un peu mieux, j'ai pu me remettre au boulot. 

 

(1) C'est le geste par excellence qui est à l'intersection de mes difficultés de coordination et de ma perception particulière de la verticalité. 


Some (singing) voices (le #jukeboxfou )


    Je n'en parle que lorsque la musique qu'il me passe (généralement dès le réveil et parfois même c'est ce son qui me réveille) est de nature à faire rire les copains, parce qu'il est tellement ridicule de se faire réveiller par la ritournelle bêbête (voire un tantinet machistisante (1)) d'une publicité ou d'une autre (à 8'26" celle de supercroix 73 ou la purée mousseline vers 11' (2) )(3) d'il y a longtemps. Et ça a ces côtés pratiques, par exemple je n'ai pas besoin d'embarquer d'objet pour écouter de la musique, notamment lors des entraînements de course à pied ou dans les temps morts d'un emploi salarié, c'est directement dans la tête. De plus ça tend à être d'un volume bas lorsque j'ai à parler ou écouter ou que je suis dans un endroit où du son est servi ou encore lorsque je décide délibérément d'écouter un disque (4), ce qui permet d'en faire quelque chose de socialement transparent et peu gênant, sauf parfois au téléphone, mais pas tout le temps. Si la musique est bonne c'est même génial pour se concentrer sur un travail personnel dans un lieu non-silencieux. D'où mon bonheur à travailler en bibliothèque.

L'ennui, c'est que je ne choisis pas. Que parfois les ritournelles me sont insupportables. Imaginez vous faites des courses dans un supermarché qui diffuse une niaiserie lénifiante, et que vous vous surprenez en rentrant chez vous à la fredonner. Vous supprimez le supermarché et vous avez une idée de mon quotidien musical cérébral.

Ce matin pour une raison que j'ignore, si ce n'est peut-être qu'il y a quelques temps j'ai vu une émission Taratata dans laquelle mon grand "cousin" dyonisien interprétait une chanson de Mc Solaar et que c'est un peu dans le même domaine, probablement le même casier de ma mémoire musicale, le #jukeboxfou bouclait sur 

Menelik, Bye bye

 J'ai connu pire. Mais dans ce cas la perplexité de la survenue de tel morceau plutôt qu'un autre squatte aussi l'esprit et rend celui-ci plus dur encore à déloger.

Faire partie d'une chorale était un bon moyen de contre-carrer le phénomène - j'avais presque en permanence dans la tête les passages travaillés, c'était génial pour les concerts je savais tout par cœur sans l'avoir fait exprès - mais j'ai dû arrêter car les horaires étaient peu compatibles avec le métier de libraire et la disponibilité requise compliquée avec mes démêlés vie-écriture-sports-gagne_pain-vie_sociale-périodes_troublées.  

Et qu'aussi du coup faire silence n'est possible qu'au prix d'un effort. Pour l'instant j'en suis capable, éveillée j'y parviens. Mais de même que je suis peu capable de penser à rien (il y a toujours des tas de trucs qui s'écrivent dans un coin), ce n'est jamais sauf très volontairement (J'écoute le silence attentivement, je décide de le faire délibérément) sans musique inside.

Mon violent sommeil m'en protège généralement la nuit. Qu'en sera-t-il s'il faiblit ?

Je me pose aussi d'étranges questions : par exemple si au lieu d'être habitée par des voix Virginia Woolf avait subi en permanence des airs de musique, des chansons, aurait-elle vécu plus longtemps ? Aurait-elle écrit ce qu'elle a écrit ?
Peut-être que les inventeurs de l'Opéra ou des comédies musicales souffraient aussi de ce bizarre petit handicap là.

Je crois que je vais me remettre au piano.

 

PS : L'ultime inconvénient du truc au regard des techniques modernes est qu'on ne peut shazamer un air qu'on a dans la tête (fors à le très très bien fredonner devant son téléfonino attentif). D'où que parfois on se traîne un truc non-identifié qui ne nous lâche pas. 

(1) "On veut te voir dépiauter l'emballage", non mais les gars, franchement :-( (Ah, c'est censé être drôle ...) 

(2) C'est quand même quelque chose que d'être réveillée par deux voix de femmes tonitruant "Super Croix 73", essayez d'imaginer.

(3) Au passage, une belle collection des eighties et  dans celle sur les seventies à 5'38" une splendeur sur "La poste et les télécommunications" vu du temps de l'internet ça stupéfie. 

(4) L'écoute au casque d'une musique choisie est d'une efficacité imparable, comme lorsque dans le temps on tournait un bouton pour syntoniser des radios et que l'on passait d'un émetteur faible à un émetteur puissant et bien situé.  


Le temps du rangement


    L'état de l'appartement est clairement dû à l'épuisement des deux plus âgés habitants, au fait que je lis énormément et souvent des livres que j'achète ou que l'on m'envoie donc ensuite ils restent, et à une première époque de dérangement lorsqu'il avait fallu récupérer les papiers, les dossiers, d'un père seul tombé gravement malade (1), deux ans plus tard le siège social de l'entreprise pour laquelle je travaillais brûlait et j'ai perdu toutes mes affaires, ce qui parce que je faisais office d'archiviste pour mon hiérarchique direct ("Au moins dans ton bureau c'est rangé") dont le bureau fit partie des zones épargnées m'a un temps rendue incapable de rangements. 

À partir de là les choses ont empiré à chaque coup dur, maladies, ruptures, ou périodes trop intenses pour mes capacités, reconversion professionnelle incluse. Sans parler des fuites d'eau qui engendrent des déplacements d'affaires dans l'urgence et font perdre le fil des emplacements. En particulier les recherches pour la fuite d'eau invisible nous ont fait bouger pas mal de choses de façon tout à fait désordonnée afin de chercher d'où diable ça venait (2).

Depuis le 7 janvier, je n'ai su faire qu'un minimum vital - le linge, les livres en cours et les documents administratifs d'usage immédiat -, je suis miraculeusement parvenue à payer à temps les factures, déclarer et payer à temps les impôts, nous n'avons eu d'incidents bancaires que par la suite d'ennuis dentaires dispendieux. Je comptais reprendre les choses en main lors de mes congés que je passais à la maison puisque les dates n'en étaient pas favorables pour partir (3), à quelque chose malheur est bon. Mais un pied blessé m'a gênée pour entreprendre quoi que ce soit. 

C'est seulement à présent, que je parviens à dégager du temps et enfin ranger malgré l'épuisement. 

Il se trouve que la dernière rupture subie remonte désormais à un an et demi. En retombant, lors du tri, inévitablement sur des livres dédicacés ou des copies de messages conservées car à l'époque ils me rendaient heureuse ou sur des vêtements achetés sur place (4), j'ai compris que sans l'avoir cherché, d'attendre j'avais bien fait.

La blessure est légèrement cicatrisée, suffisamment pour me permettre de reconsidérer les choses avec indulgence, même si la perplexité ne m'a pas quittée, accéder à nouveau à l'illusion, beaucoup moins difficile à accepter que l'idée d'une manipulation délibérée de sa part, qu'il a effectivement un temps cru à quelque chose et seulement plus tard, finalement non. Qu'il n'avait pas menti sur ses problèmes de santé, qu'il est allé mieux après ; la cruauté du sort a voulu qu'une autre en profite.

J'ai donc pu faire place nette, archiver ce qui le concernait, regrouper ses livres sans plus être tentée ni d'y replonger (souffrance inutile), ni de pleurer (le pire est passé), sans plus de ressentiment - non, il ne m'a pas volé cinq ou six ans de ma vie, d'abord parce qu'il ne l'occupait pas seul, ensuite parce qu'au vu des échanges que j'ai retrouvés, sans trop les relire d'ailleurs, simplement le nécessaire pour trier, quelque chose de très beau s'était noué. Il n'était alors ni fou ni niais. L'homme que je connaissais n'aurait pas commis d'auto-promotion égocentrée au lendemain d'un attentat majeur, et avec moi il n'aurait pas été poussé à produire quoi que ce soit de niais. Les circonstances, l'amour, l'auront changé. Je n'ai pas à souhaiter d'oublier ces années ni d'avoir eu un tendre ami. Il m'a fait du mal mais pas détruit ma vie. Je n'ai pas besoin de chercher à l'effacer, de chercher à effacer toute trace de ce qu'il fut, qui vaut mieux que ce qu'il est. Il convient désormais sauver de bons souvenirs et passer à la suite, qui de toutes façons ne devrait pas permettre le luxe des états d'âmes : financièrement on va en baver, il faudra que je travaille très vite si je veux que l'on ait une chance de s'en tirer ; que je sois au meilleur de ma forme. Encore une épreuve pour le vieil amour que les ans consolident.
Étonnante loterie que celle de la vie.

Le seul puissant chagrin est désormais la mort de l'ami Honoré.

 

(1) pas le mien (je précise pour le cas où des personnes qui connaissent ma famille d'origine liraient)

(2) Le moins qu'on puisse dire c'est que nos efforts furent doublement vains puisque le voisin a cru qu'on n'avait rien fait.

(3) Je n'avais pas envie de partir seule et les dates ne coïncidaient pas du tout avec celles de mon conjoint qui pour cause de fermeture générale de l'entreprise en août, n'avait pas le choix des siennes. Nous aurions pu partir une semaine début juillet mais elle ne me fut pas accordée.

(4) Généralement pas tant par élégance que pour faire face à une surprise climatique.


"Trajet le plus rapide en mode ferré" qu'y disaient



P7121903 - Version 2Jusqu'au Soleil Levant ça s'est pas mal passé. Invitée à Clamart j'avais pris mon trajet sur la rubrique itinéraire du site RATP et les durées et les arrêts correspondaient à la minute près.

Après j'avoue, j'ai perdu un peu de temps pour aller photographier une Fiat 500 (je fais collection), puis je me suis laissée induire en erreur par un passage qui sur le plan P7121905était nommé rue et que je n'avais en fait pas vue, puis une autre rue sans plaque ce qui fait que je n'ai su qu'à celle d'après que j'avais dépassé le point de départ de l'avenue du tram. 

La route du Canada dans son départ du rond point à contourner s'appelait "rue du Docteur Roux" mais, grâce à un vieux plan papier dont je disposais, je l'ai pigé aussitôt. En revanche j'ai un peu hésité à m'engager dans le sentier qui était ladite route en fait. De même que la "route du Pourtour" était un autre sentier et que le "tourner à droite rue Taboise" correspondait à une utopie de type "Le château de ma mère" chez Marcel Pagnol : si tu n'as pas la clef des portes tu ne peux pas passer. Là, j'ai perdu vraiment du temps à aller d'un côté puis de l'autre, croyant que j'avais manqué un passage, en plus que mon pied fatigué m'empêchait de marcher à une vitesse efficace.

Finalement j'ai dû me résoudre à contourner les propriétés et résidences fermées, et je suis arrivée avec sans doute une heure de retard au moment où les amis commençaient à s'inquiéter. Tout à ma perplexité je n'ai pas pensé à passer le coup de fil qui aurait permis que l'on vienne m'ouvrir l'une des portes car les habitants de ma destination détenaient une clef. J'ai trop bien intégré que je ne faisais pas partie des gens qui détiennent les clefs d'accès et oublie que mes amis, eux, peuvent en faire partie. Et je n'avais pas vu le temps passer.

Je n'éprouvais pas non plus le besoin d'appeler pour une aide, car je n'étais pas perdue, je savais où j'étais, ce qui me manquait c'était de savoir comment passer - typique de toute ma vie, en fait -.

Bizarrement c'est la seconde fois en deux semaines où je dois aller un peu loin en transports en commun et où une fois dans la zone concernée je me heurte à des impossibilités de passer par le chemin indiqué (la première fois c'était à Créteil, un passage qui semblait possible par dessus ou dessous une bretelle d'autoroute et que je n'ai jamais trouvé, là aussi j'avais dû contourner, ce qui prend du temps à pied).

Mais pour l'instant j'ai eu de la chance
je n'ai pas encore rencontré Les Envahisseurs.   P7121846 P7121823 P7121815

Raccompagnée pour le retour, je n'ai eu aucun problème pour rentrer (merci encore).

Sur les conseils de Gilsoub, je viens de charger l'appli citymapper sur mon téléphone, j'espère qu'elle est d'une meilleure fiabilité quant aux portions à parcourir à pied.


Le retour de la chanson qui tue

 Donc la fiesta karaokante c'était chez les voisins dans la nuit de samedi à dimanche.

Donc la chanson son grand succès, le moment où on l'entendait partout c'était il y a trente-trois ans.

Et bien voilà qu'après l'avoir eu par moment en tête hier, malgré quelques péripéties et un long film avec une B.O. agréable, "Les corons" sont revenus pendant que ce matin je nageais. Alors je sais, il y a pire, mais pour soutenir un rythme sportif, ça ne convient pas tout à fait. 

Et impossible de la déloger.

J'ai tenté de contre-attaquer avec Min p'tit Quinquin en vain.

(du coup je l'ai refilée à ma camarade d'entraînement #petitairinnocent ) 

J'aimerais vraiment comprendre, vu que j'y suis si sensible, comment et pourquoi certains airs collent à l'esprit et pire encore lorsqu'il y a du chant et des paroles, alors que d'autres ne font que passer. Quelle est la partie du cerveau qui se laisse occuper. Pourquoi il est si difficile ensuite de s'en défaire. Pourquoi c'est indépendant du fait d'aimer ou non l'air en question (1).

 

(1) Pour "Les corons", je ne déteste pas, mais au bout d'un moment c'est lassant. Parfois je suis victime d'anciens airs publicitaires que je ne supporte pas.

 

pour mémoire (rire sardonique : tu l'écoutes elle te reste)

 


Le soleil fictif est plutôt moyen


Voilà pourquoi j'aime l'internet : on rentre par exemple du boulot ou d'ailleurs, fourbus, plus ou moins remplis de préoccupations exogènes, et puis personne de la maisonnée n'est encore rentré alors on se pose devant sa petite machine et on lit les amis, ou les amis des amis en supputant que la marche du monde serait trop triste pour un moment de telle fatigue.

Et par exemple on arrive sur ceci : 

Capture d’écran 2014-12-10 à 23.01.28

Alors je me souvins d'un temps où je savais tout ça, entre 13 et 23 quand j'y croyais à fond que je serais physicienne, et que si la physique nucléaire et quantique serait trop dure pour moi, je me rabattrais sur l'astrophysique (1).

J'ai trouvé tout d'abord un calendrier (2) qui confirmait ce décalage dont j'avais un si lointain souvenir qu'il s'était envolé, puis ce site où résidait l'explication (3). Pour faire court : le soleil des calculs calendaires est une sorte de fausse blonde du vrai qui nous éclaire et aux solstices, et quelques autres dates, nos petits arrangements humains se voient. On peut aussi se dire que juste avant la Noël le soleil a dû mal à se lever et qu'il traînouille au sud [vu d'un habitant de l'hémisphère nord] comme un adolescent peu matinal au lit. Dit plus clairement mais non sans poésie : "il faut encore un certain temps avant que le lever du Soleil soit tôt assez pour que le retard du midi réel puisse diminuer.". Bref, tout ça fait que les jours racourcissent jusqu'au 21 ou 22 décembre alors qu'une semaine avant le coucher du soleil commence déjà a se faire plus tard - c'est le lever qui raccourcit davantage que le coucher ne se décale -.

La redécouverte, grâce aux camarades, d'un petit savoir enfoui m'a réjouie. Ainsi que la pensée qu'il reste une douzaine de jours tout au plus à tenir avant un retour vers des jours plus longs, lesquels nous donneront au moins l'illusion de ne pas travailler tant qu'il ne nous reste que la nuit à titre personnel. 

 

(1) Longtemps plus tard je me demande d'où sortait cette conviction que l'astrophysique était plus facile, du moins facile d'accès. Je ne connaissais personne qui exerçât ce genre de métiers et l'internet n'était pas là pour rendre les contacts faciles à qui s'intéressait.

(2) Sur les horairesdusoleil.com

(3) astro.oma.be

 

 

 

 

 

 


Toute première fois tou-toute première fois tou-toute première fois tou-toute première fois a-ha

Jusque-là je m'en tenais à une sorte de stupéfaction incrédule, malgré des résultats numériques objectifs inscrits sur une feuille noir sur blanc et la confirmation d'un professionnel dont les années écoulées m'ont permis d'apprécier le sérieux et la fiabilité.

Puis à une certaine forme d'allégresse : j'étais enfin tranquille tout en ayant échappé aux éléments pesants. D'une certaine façon c'était aussi une première fois : jusqu'à présent dans ma vie j'étais plutôt la personne qui se mange tous les effets secondaires possibles d'un traitement ou d'un état donné. Voilà que là, pas. C'est sans doute lié (et pour les causes et pour leur absence de visibles conséquences ou qu'elles furent masquées) au chagrin subi l'an passé. Une absence violente a rendue soudain obsolète ma capacité à devenir encore parent, même si de toutes façons trop âgés et déjà amplement pourvus de descendances (2) telles n'étaient pas nos intentions.

Claude m'écrit "ça arrive chez les danseuses" - voilà un des plus beaux compliments que l'on m'ait jamais fait - ; il est vrai qu'en étant archi-pas douée avec des difficultés de coordination monumentales (1) tout au long de ma vie d'adulte fors les grossesses et quelques maladies et l'hiver dernier la dèche, j'aurais dansé avec la plus grande régularité. Et qu'à force je suis passée de dramatiquement nulle à simplement mauvaise. Ce qui, vu de l'extérieur ne ressemble en rien à un exploit (il suffit de me voir sur une musique peiner), est une des plus grandes fiertés de ma vie : grâce à une prof de haut niveau et patiente je suis parvenue à m'extraire d'une impossibilité, à créer les connexions neuronales nécessaires (hélas il en manque) à force de m'acharner.

En attendant ce fut ce week-end la première fois d'amour sans précautions, vraiment la toute première car au siècle dernier dès le premier garçon j'avais fait attention. Et ça ne changeait rien à l'affaire, mais c'est seulement à ce moment-là que la prise de conscience a eu lieu qu'une étape de vie était belle et bien achevée et qu'une autre, plus insouciante sans doute (3), s'ouvrait. 

Ça n'est sans doute pas (si) anodin.

 

 

PS : Pour les moins de vingt ans que ce billet pour l'instant ne concerne pas, le titre vient d'une chanson à succès de Jeanne Mas (1984) (si un des symptômes de l'autisme asperger est de savoir par cœur trente ans après toutes les paroles des chansons à succès d'une époque ancienne y compris et surtout de celles dont on se contrefoutait et qu'on n'écoutait jamais exprès, je suis aspie à n'en pas douter)

(1) D'où enfant ma prédilection pour le foot : que les pieds.
(2) Si ça tombe ... non, rien. Le vrai écart entre hommes et femmes d'orientation hétérosexuelle est là : les hommes peuvent très tardivement devenir à nouveau pères. Qu'est venu stimuler le viagra.
(3) et moins soumise à l'anémie, mais ça, wait and see. J'ai trop peur d'être déçue.

141005 1859