Le 13 novembre, trois ans après


    Voilà, les attentats de Paris, au Stade de France, aux terrasses de restaurants et café, ainsi qu'au Bataclan, ça fait trois ans. Déjà et seulement.

Le temps a dû paraître bien long aux proches des victimes, aux survivants blessés, et la vie bien difficile. Je pense à elles, je pense à eux, très fort. Et plus particulièrement aux enfants qui grandissent dans l'absence d'un (ou deux) parent(s).

Comme ma famille et moi avons eu la chance de n'être pas directement concernées - ma fille et moi connaissions des personnes, qui au Bataclan qui aux restaurants voisins des terrasses visées, toutes et tous s'en sont  sorti•e•s -, il a au contraire filé. 
D'autant plus qu'il s'est agi d'années particulièrement chargées : j'ai occupé deux emplois, heureuse à chaque fois, même si la fin du second, à caractère économique, me rend triste. J'ai travaillé d'arrache-pied et je suis contente d'y être arrivée ; je me sais désormais capable de prendre en charge une petite entreprise que je pourrais créer. Ma mère, âgée, est tombé gravement malade et est morte. Il m'a fallu une année de travail sur chaque jour libre pour parvenir à organiser la succession - vendre un pavillon, prendre à ma charge en l'acquérant celle de Normandie, trier puis déménager les affaires de mes parents -. Nous avons traversé un épisode de vols récurrents par un voisin en déshérence sur la petite maison normande et compte tenu de la période (deuil) ce fut particulièrement éprouvant (et insidieusement coûteux). Je suis, même si à très bas niveau pour le moment, devenue triathlète. Ça m'a fait un bien fou.

J'ai entendu lors de la chronique de Jacques Munier sur France Culture ce matin que des travaux sociologiques étaient en cours sur les conséquences à moyen-long terme sur un ensemble de personnes concernées à divers degrés. 

Il est donc peut-être temps, et puisque saisie par le festival de cinéma d'Arras pour les 13 novembre 2016 et 2017 au point de n'avoir pas eu le temps d'écrire de billets, que je revienne sur mes souvenirs.

J'avais pris soin à l'époque de noter tout ce que je pouvais, y compris ce qui me paraissait anecdotique, car j'avais assez d'expérience de la vie pour savoir que plus tard, ça serait intéressant à relire précisément pour ces aspects-là. Je me souviens d'avoir lutté contre le sommeil afin de compiler mes notes et les publier. 

Car une des conséquences de ces attentats-là qui intervenaient alors même que je commençais à refaire surface après la douleur et le deuil causés par celui du 7 janvier, fut de me plonger dans des états à la limite de la narcolepsie. Je suis une forte dormeuse et capable depuis longtemps de siestes perlées. Et je tombais de sommeil au sens littéral presque chaque soir à peine couchée. Seulement après cette année 2015 si violente, j'étais tombée dans des tombés de sommeil irrépressibles et soudain aussi diurnes que nocturnes. J'en étais venue à effectuer des mini-siestes de précaution comme on fait des pipi de précaution avant d'entreprendre un trajet ou assister à un spectacle. Il fut même effectuée une recherche d'apnées du sommeil éventuel. Laquelle n'avait rien donné. Je ne suis sortie de cette galère qu'au printemps 2017. Le côté "sans voir venir" a presque disparu en journée, fors à savoir que je suis dans un jour "off" où je peux me permettre le luxe d'une vraie sieste.

Juste avant de partir au festival de cinéma d'Arras, j'avais passé un entretien pour un travail dans une agence de communication pour la partie traitement des photos, je devais deux jours par semaine assister une personne chargée de l'ensemble du département. Nous étions tombée en excellent accord, restait à se revoir pour confirmation, contrat, modalités pratiques. Cet emploi payé autant que celui de libraire pour un nombre d'heures plus importants, aurait pu me permettre d'écrire sur les cinq jours par semaine restants. 

L'agence était, est sans doute encore, dans le quartier du Bataclan et la personne que j'aurais dû assister était au concert des Eagle of Death Metal. Elle s'en est sortie sans blessure physique mais sans pouvoir reprendre le travail puis seulement à temps réduit. L'entreprise s'est réorganisée qui comportait des antennes dans d'autres villes, et le poste que j'aurais pu occuper s'est évanoui, devenu sans objet. 
Ça m'aura permis de rester libraire, ce que je ne regrette pas. Adieu le temps consacré à l'écriture, encore une fois. Bonjour le renforcement féroce du syndrome de George Bailey. 

Ma crainte des attentats n'est ni plus grande, ni bien sûr plus faible : elle existe en moi depuis qu'enfant j'ai séjourné chaque été dans une Italie en proie à la violence des années de plomb. Une bombe qui explose dans un lieu public faisait partie des risques inhérents à la vie en ville. 
Les séries successives d'attentats à Paris (1986 et 1995 au moins), n'ont fait que renforcer cette certitude. C'est ainsi. 
Ce qui est pire à présent et depuis le 9/11 c'est qu'on sait que ceux qui tuent sont prêts à mourir, et à utiliser tout moyen pour parvenir à leurs fins de faire un maximum de victimes civiles visées en tant qu'élément d'une population générale (1). N'importe qui peut être pris pour cible à peu près n'importe où par éventuellement un type isolé qui cherchera à mourir en héros de la cause qu'il se sera choisie. Et ça n'est pas nécessairement le point dévoyé d'une religion, voyez Breivik, il en tient pour la suprématie de la "race" blanche, et décide que ça lui octroie le droit de tuer des personnes sans défense, semble fier de son macabre record et goûter sa célébrité.
Les terroristes des décennies précédentes du moins en Europe tentaient eux de sauver leur peau, ça laissait une chance de repérer quelque chose avant qu'il ne soit trop tard, ou de négocier. Quel point de pression peut-on avoir sur quelqu'un qui se souhaite martyr ?

Ce qui pour moi a changé depuis le 13 novembre 2015 en particulier est que lorsque lors d'une saison réputée froide, un vendredi soir s'orne d'un temps clément et d'une température exceptionnellement douce, je ne peux empêcher que mon corps se mette en état de qui-vive. Je deviens un animal aux aguets. 
Quand je me trouve à l'intérieur d'une longue file d'attente je nous perçois comme cibles potentielles. 

Pour autant je ne vais ni plus ni moins aux concerts, aux spectacles, au restaurant qu'avant, ce sont surtout des considérations financières et de temps disponible qui prime.

Le 13 novembre aura d'ailleurs eu pour nous de sérieuses conséquences financières : par un sale concours de circonstances que je ne m'explique pas, à moins d'une désorganisation momentanée des services postaux peu médiatisée et dont nous aurions fait les frais, un recommandé de notre banque aurait dû nous arriver ces jours-là. Il n'en fut rien et le courrier nous fut livré 15 jours après. Il s'agissait d'une lettre de la banque pour débit dépassé qui s'était joué à peu de choses près et surtout avait prospéré sur ma négligence passagère : pendant bien des jours j'avais eu les yeux et les pensées rivées sur les attentats, l'inquiétude, les listes de victimes, mes notes pour tenter de témoigner plus tard, les articles des journaux, des retrouvailles avec des ami•e•s rendues comme urgentes, et je n'avais pas suivi l'état de nos finances familiales. De frais en frais pour cause de frais engendrés, et du fait du dépassement du délai pour réparer (le courrier reçu 15 jours après son envoi comportait un délai de 8 jours déjà dépassé de 8 autres jours quand j'ai pu le lire), la situation s'était envenimée au point que le paiement attendu dont le retard avait causé l'écart ne pouvait plus et de loin éponger. Nous avons dû notre salut à la générosité d'une amie que j'en profite pour remercier à nouveau aujourd'hui. L'indulgence de la banque se borna à renoncer à un fichage irrémédiable, les frais furent maintenus. La poste non seulement ne présenta pas d'excuses mais mis en avant que légalement la recommandation d'un envoi n'est pas un gage de délai. Il nous fallu plusieurs mois de vie serrée afin de pouvoir revenir à une situation saine et rembourser l'amie secourable.
Ce n'était, grâce à elle, pas si grave. Seulement bien qu'indirecte, c'est une conséquence aussi. Je me demande encore combien de personnes telles que nous aurons subi des ennuis du fait d'avoir été un temps sidérés, atterrés, moins attentifs qu'à l'ordinaire à tout faire tout bien pour faire face à leur quotidien âpre et sans facilités. Combien de personnes auront été victimes de dysfonctionnements de différents services perturbés eux-mêmes par des conséquences indirectes que personne n'aura souhaité ou pu assumer. 

Je pense souvent aux victimes et à leurs proches qui auront dû, doivent peut-être encore, batailler avec des instances administratives, des démarches fastidieuses, un état de suspicion (2), certes sans doute pour partie nécessaire, mais comme ça doit être pénible aux victimes incontestables. 
Le seul espoir reste que certaines survivantes, certains survivants auront pu saisir une occasion de prendre leur vie plus fortement en main, changer de job mais en bien, trouver le courage de clore une relation qui tournait mal, ou de s'en aller vivre dans des lieux qui leurs vont mieux. Ou faire d'autant plus de progrès dans leur voie, si elle était déjà engagée, qu'un sentiment d'urgence sera apparu.

 

 

 

(1) Et non en tant qu'individu qui se serait distingué, représenterait quelque chose, un pouvoir.
(2) Dans le film belge 'Ne tirez pas" sur les tueurs du Brabant, on voit très bien ces contraintes, celui qui fut blessé enfant dévoile ses cicatrices lors d'un procès, crie parce qu'il n'en peut plus, qu'il doit tous les trois ans prouver son invalidité. J'ai cru comprendre qu'en France ça n'était pas nécessairement plus facile. Et que ça risque de ne pas s'arranger.

 

 

 

 

 

 


Le plaisir de se préparer (allure vestimentaire et autres apprêts)

 

    C'est un échange de touites avec une amie qui se reconnaîtra (ses touites étant privées je suppose qu'elle préfère que je ne détaille pas davantage) qui m'a fait prendre conscience de jusqu'où la pression sociale envers les femmes peut se nicher. 

Elle évoquait le fait d'abordant un nouveau travail elle avait pris la décision de ne pas se maquiller, que ça serait un esclavage quotidien de moins (ce sont ses termes). Que je sache son travail n'est pas de représentation, de ceux pour lesquels on est recruté-e-s pour une apparence, auquel cas il peut être admissible qu'une obligation de rendre celle-ci conforme à certains critères existent.

Je n'ai rien contre le maquillage dans l'absolu et y ai (vaguement) recours lorsque c'est requis avec une raison réelle : scène, projecteurs, rôles ... En général cas pour lesquels des maquilleuses ou maquilleurs professionnels sont présent-e-s et qui officient avec des objectifs clairs de visibilité. Le résultat peut être bluffant, ils connaissent leur métier. Parfois pour une soirée, surtout si c'est l'hiver et que j'ai les lèvres gercées il m'arrive de mettre un vague machin hydratant brillant. Ou de peigner mes sourcils, naturellement broussailleux. 

Il n'empêche que dans la vie quotidienne, je n'en vois pas l'intérêt. Je trouve sur les autres souvent le résultat assez moche, par rapport à la beauté de la personne au naturel. Et puis déjà qu'en étant une femme je perds plus de temps que les hommes pour toutes sortes de raisons (du temps des pauses pipi aux années de saignements menstruels ...) et même si eux doivent passer du temps à se raser la barbe au moins par moments, je ne suis pas motivée pour traîner davantage qu'eux dans la salle de bain. J'ai mieux à faire. Me "faire belle" m'a toujours gavée. 

Du coup lorsque le message sociétal ambiant était que les femmes éprouvaient un certains plaisir à s'apprêter afin de se sentir aptes à affronter la journée, j'y croyais. Puisque je n'y comprenais rien et que j'étais hors jeu, je croyais que c'était bien comme ça pour les autres (1).

Il semblerait qu'il n'en soit rien même si certaines d'entre nous ont si bien intégré la norme sociale qu'elles le croient - ce qui est logique : on prend l'habitude d'un certain rituel, et il nous aide vraiment à la longue, ça devient comme un échauffement avant une activité -, de même que la plupart des gens trouvent moches les traces de vieillissement alors qu'il n'y a aucune raison : on peut avoir un beau visage avec des rides et les cheveux blancs ne sont pas laids, ils adoucissent un visage.   

Voilà donc qu'une fois de plus rien n'était aussi simple que ça semblait. 

Du coup je n'en admire que davantage mes consœurs qui parviennent à satisfaire à tant d'obligations malgré elles et rends grâce aux réseaux sociaux qui permettent des échanges qu'on n'aurait pas forcément en direct : je n'aurais pas osé interrompre une de mes camarades de piscine se maquillant consciencieusement après un entraînement du matin, Tu le fais parce que ça te fais plaisir ou parce que tu te sens obligée ?

J'en viens aussi à interroger ma propre pratique : j'aime certains vêtements, certaines chaussures, une forme d'élégance à mes yeux (probablement assez particulière) ; je peux m'acheter un habit en raison de son tissu (la texture plus que le motif). Et je me rends compte qu'il y a un cas où j'aime me préparer : pour les vêtements de sport, avant une course, le choix de la tenue optimale, de là où le confort sera le plus grand pour une performance non entravée. J'ai une grande réticence à l'uniforme, seulement un maillot de sport d'une équipe ou une tenue de club me donnent des ailes (2). Peut-être que si j'avais considéré la séduction comme un sport, j'eusse aimé passer des heures en salons esthétiques ou à me maquiller ?

Quoi qu'il en soit je suis heureuse de pouvoir encore vivre dans un monde où l'on a le choix, au moins celui d'aller sans masque si l'on préfère ça.

 

 

(1) Au fond le même mécanisme à l'œuvre que pour tant d'autres choses : étant une fille, si je constate que quelque chose me concernant n'est pas comme ça devrait selon la norme majoritaire, j'ai intégré que c'est mon cas particulier qui cloche. Il m'aura fallu passer le demi-siècle pour m'apercevoir que souvent c'est la norme ou même le fait qu'il y en ait une qui serait à remettre en cause. Je suis simplement un être humain qui fait difficilement les choses par obligation dès lors que celle-ci ne lui semble pas logique ou serait source de souffrance. Je ne suis ni conformiste, ni obéissante. Ça peut être bien vu chez un homme, mais chez une femme, non.  
(2) Très relatives, les ailes, mais par exemple me donnent la force de ne pas abandonner et d'arriver dans les délais.

PS : Plus le temps passe et plus je prends conscience mais sans doute aussi parce que les critères ont évolué que ce que je perçois comme vulgaire pour la tenue des femmes est considéré comme sexy voire élégant. Alors que ce que je trouve classe est considéré par d'autres comme négligé.


MPdPEP (Méga Problème de Pas Encore Privilégiée)

L'appellation de départ est d'origine @tellinestory controlée 

 

Détenir une maison "de campagne" alors qu'on est d'invétérés citadins c'est découvrir un peu chaque mois de nouveaux impôts. Ainsi cet "assainissement" dont nous ignorions l'existence et qui se rappelle à notre bon souvenir. N'empêche que tu te dis j'ai payé l'eau, le gaz, l'électricité, tutto bene et bim voilà l'assainissement. 
Globalement je reste impressionnée par le nombre de choses à payer. J'ai l'impression (fausse, j'en suis consciente) d'un fourmillement de factures. 

C'est apprendre aussi qu'il n'y a pas de service d'enlèvement des encombrants, chacun étant supposé disposer d'un tracteur et d'une remorque, I presume. C'est intéressant cette histoire d'encombrants aka monstres : 

À Paris tu appelles un service qui te donne un numéro que tu fixes sur les objets que tu déposes sur le trottoir et un service ad-hoc passe dans la demi-journée.
À Clichy c'est un soir par semaine. Tu déposes ton bazar et au matin plus rien (soit qu'il ait intéressé des récupérateurs en maraude soit que le camion du service officiel l'ait embarqué à l'aube)
Dans le Val d'Oise il y a un calendrier avec un passage une fois par mois et le droit de déposer la veille des objets, mais à la condition expresse que ça soit des encombrants qui n'encombrent pas trop.
Dans la Manche, tu as juste le droit d'apporter toi-même tes gros meubles ou objets périmés à la déchetterie, mon interlocutrice a eu du mal à comprendre ma question tellement un passage collectif organisé n'entrait pas dans ses habitudes. 

Je me suis inscrite sur donons.org afin de distribuer les meubles que nous ne pouvons pas garder. J'espère que ça fonctionnera. Ça va être une course contre la montre, malgré tout le travail que j'ai entrepris depuis mars dernier et que la maison était fort bien rangée - moins, le grenier -.

Ça n'est pas une surprise mais je m'aperçois que ce dont je ne sais me séparer ce sont les meubles faits maison (mon père était un bricoleur averti), ou aménagés maison, tout ce qui comporte des traces écrites de la main des défunts, et les objets qui ont une histoire - par exemple ce lustre que je ne trouve pas beau mais dont j'ai le souvenir précis de l'achat en Italie et qui venait d'un oncle par alliance qui les vendait ; je me souviens du dialogue des grands qui marchandaient, je me souviens que je comprenais ce qui se tramait -. 

Quand toute cette onde de choc sera absorbée, et les meubles et les objets casés, je me consacrerai à notre appartement qui n'en peut plus d'absorber les flux successifs d'affaires liées aux fins d'emplois et fins de vies. Et il faudra que je règle mon problème de livres. Ils sont beaucoup trop nombreux pour le volume de l'appartement. Un nombre important me tiennent à cœur. Mais certains n'étaient que des lectures d'un temps donné, il n'y a pas de raisons particulières de les conserver. 

 

 


Les conséquences persistantes

 

    Ça fera trois ans en janvier l'attentat contre Charlie Hebdo, cette journée entière passée entre espoir et attente d'une mauvaise nouvelle, et de toutes façons déjà fracassée par ce qui s'était passé quand bien même l'ami, le camarade, lui s'en sortirait. La journée de boulot accomplie malgré tout (comment ai-je tenu ?), l'errance le soir à Répu, croiser les gens qui grelottaient, se rendre compte alors que moi si sensible au froid j'étais anesthésiée, après la mauvaise nouvelle, finir la soirée chez l'amie commune, bien plus que moi touchée. 
Ça faisait du bien de parler.

Le retour à Vélib en criant mon chagrin.
J'ignorais qu'un coup sordide m'attendrait le lendemain. Et que Simone me sauverait du vacillement compréhensible face à une réalité qui dépassait l'entendement. 

Les soirées passées avec les amis, notre seule façon de tenir. Mais combien ce fut efficace.
La grande manif du 11, qui nous donna la force, après de continuer.

Et pour moi : l'absence de ressenti intérieur du froid, et qu'elle perdure. J'en avais tant souffert, du froid perçu jusqu'aux tréfonds des os, c'était comme un cadeau. 
L'absence aussi de "frisson dans le dos". D'où que Poutine ne me faisait plus peur, alors qu'une simple photo de cet homme déclenchait jadis chez moi une réaction épidermique - de proie potentielle sur le qui-vive devant un prédateur -.

D'où que je ne percevais plus ni les regards sur moi, ni les présences derrière moi.

Quelque chose est resté débranché depuis tout ce temps-là. Je m'efforce de me préparer à une éventuelle réversibilité, mais j'en suis de moins en moins persuadée.

Ça change encore mon quotidien.

Je dois veiller intellectuellement à ne pas me mettre dans un froid persistant, car si je perçois moins le froid, mon corps en est traversé, l'absence d'alerte ne signifie pas l'absence de symptômes. Je m'enrhume davantage (1).  

J'ai dû m'habituer à cette sensation si nouvelle pour moi : avoir chaud. D'accord j'avais chaud par temps de canicule ou après le sport au sauna, mais c'était pour moi si rare, je savourais. J'apprécie encore, à ce titre l'été dernier m'a terriblement frustrée, à peine quelques jours à frétiller pleine de l'énergie reçue. Pour le reste grisaille et être habillée comme en demi-saison.
Ce matin encore en arrivant à la BNF, quelques secondes pour comprendre : ah oui, j'ai chaud là. C'est chauffé [chez nous toujours pas, seulement à partir du 15 octobre je crois]. Et je me souviens alors qu'en ces lieux la température est maintenue constante, j'y portais l'été des pulls légers et à partir d'octobre des pulls épais ou des gilets, tout en me disant C'est sympa les lieux publics mais ça n'est pas très chauffé et la clim l'été quelle plaie ! On a froid. En vrai : c'est tempéré, stable, et plutôt bien réglé. 

Ce matin aussi : ne pas avoir sentir sur l'escalator que quelqu'un me talonnait - du coup avoir failli, de surprise quand je l'ai constaté, foncer dans la personne immobile sur l'escalier qui me précédait (2) -. Avoir laissé se rabattre une porte au nez de quelqu'un d'autre : comme j'étais un peu pressée j'avais omis le coup d'œil de vérification avant de la tenir ou non. Je me souviens très bien d'un temps où je n'avais pas besoin de regarder, je percevais si quelqu'un me suivait. 
Combien de fois sur les trottoirs des trottinettes me frôlent, leur pilote persuadés que je les ai sentis venir et fais ma mauvaise tête mais vais m'écarter. Si l'engin est silencieux et leur coup de propulsion, je ne me rends pas du tout compte de leur présence. 
Et quand je suis perdue dans mes pensées ou que le #jukeboxfou de dedans ma tête me passe une musique assez fort, je n'entends même pas ce qui serait audible. Du coup dans la foule, je bouscule ou me fais bousculer, j'ignore des présences, j'écrase parfois des pieds.

Étrange héritage qui me met à la fois à l'abri enfin, et aussi en (léger) danger.

 

(1) Même processus avec l'ivresse : l'absence de signes doit être compensée par une vigilance accrue - ne pas dépasser certaines quantités -.  
(2) C'est l'ennui de ces longs escalators mono-voie. Si quelqu'un s'arrête tout le monde est bloqué.


Les piafs, les pies, les papillons

 

    Noé (Cendrier) a fait suivre ce lien que j'ai trouvé passionnant et qui je le crains n'exagère en rien. Certains pesticides sont si violents qu'il ont réellement fait diminuer les populations d'insectes et la disparition de ceux-là entraîne celle des oiseaux etc. La fin de ce monde est en bonne voie.

Je crois d'autant plus aux propos tenus dans cet article que du haut de mon demi-siècle finalement passé principalement dans la même région du globe, j'ai eu le temps de voir à l'œil nu certaines évolutions.

 

Le véhicule

Effectivement, les voyages de mon enfance, que nous effectuions en voiture, étaient impressionnants pour les traces étoilées laissées sur les pare-brise par les insectes entrés en collision avec elle. À l'époque, l'essence était servie dans des stations services par des pompistes. Ceux-ci proposaient systématiquement de [nous] "faire le pare-brise" et alors qu'on économisait sur tout, ce service là mon père l'acceptait : il était tout sauf un luxe. Il fallait aussi nettoyer les phares, qui se retrouvaient constellés.

Le bruit

La campagne ou les terrains vagues de banlieue, l'été, vrombissait. Il y avait bien sûr le cri-cri des cigales ou des grillons, parfois suffisamment fort eût égard à leur nombre, pour être désagréable au lieu que charmant. Mais il y avait aussi toutes sortes de bruissement.

Le même type de campagne ou de zone libre intermédiaire est beaucoup plus silencieux maintenant.

 

Les abeilles

Elles étaient courantes. Désormais, sortis des zones proches d'apiculteurs, on n'en voit plus. Et c'est terriblement inquiétant.

 

Les frelons

Ils étaient rudement rares. J'ai dû attendre l'âge de 14 ou 15 ans pour apprendre leur existence et croiser mon premier. Désormais c'est un fléau fréquent.

Les papillons

L'été c'était un festival de couleurs et de diversité. Il m'est arrivé de beaucoup gambader en suivant un premier papillon qui en croisait d'autres, que je me mettais à suivre jusqu'au suivant puis celui d'après etc. De nos jours on est heureux d'en apercevoir un beau, c'est devenu exceptionnel ("Oh ! Un papilllon !"). C'est la diminution la plus spectaculaire. 

 

Les piafs

C'était l'oiseau de base quand j'étais gamine. Désormais on est contents d'en croiser. Ils ne sont pas rares, il ne faut pas exagérer. Mais ils ne sont plus l'espèce majoritaire.

 

Les pigeons

Ils pullulent et sont de plus en plus gros.

 

Les rats et autres mulots 

On les voyait si l'on rentrait la nuit, ils zonaient vers les poubelles. On apercevait des souris entre les rails du métro. On entrevoyait de gros rats près de la Seine la nuit, le long des quais.

Il n'est pas rare de croiser les uns et les autres en plein jour désormais. Et qui ne se cachent plus.
Un jour du printemps dernier un petit rat ou un gros mulot a attendu porte de Clichy le RER C en ma compagnie. C'était vraiment l'impression qu'il donnait, tranquille pépouze à mes côtés, attendant jusqu'à l'arrivée du RER, semblant me regarder y monter, puis partant tranquillement vers sa zone d'ombre alors que le train démarrait. Une amie m'a dit avoir dû rentrer précipitamment au beau Mac Do de Gennevilliers (celui installé sur une ancienne belle gare) : une invasion de rats arrivait par les rails. Elle me dit qu'ils étaient très impressionnants, gros.  Ce soir à Levallois, en plein milieu d'une petite rue, un petit rat que la circulation n'effrayait pas plus que ça. Dans la cour, près de la librairie, un dont j'ai eu le temps d'apercevoir la queue alors qu'il s'efforçait de disparaître par l'évacuation d'une fontaine.  


Les pies 

Rares dans mon enfance (Oh ! Une pie !), plutôt objet de contes que d'en croiser en vrai, elles sont maintenant en grande ville une des espèces les plus répandues. D'où diable vient cette évolution ?

Il est devenu exceptionnel de voir une mésange, un rouge-gorge. Or ils étaient loin d'être des oiseaux rares. 

 

Seules semblent stables les araignées. Seulement j'ignore quelle conclusion en tirer.


Seuls (et sans mutuelles)

    Mon nouveau travail étant fort pourvoyeur de soirées - et comme j'allais avant aux soirées qui y étaient organisées, au fond ça ne change que mon rôle dans leur contenu -, c'est le plus souvent aux soirs moi qui suis absente de la maison.

Mais voilà qu'aujourd'hui ça n'était pas le cas et que ce sont les enfants qui menaient leur vie de jeunes adultes, et pour notre fille un peu de sa vie professionnelle aussi, et s'étaient absentés.

Alors nous étions les deux vieux tout seuls. Un peu désemparés, surpris. Un peu, Ah, ça fera donc comme ça ? 

Pas trop le temps de m'appesantir, la vie de libraire est truffée de "devoirs d'école", j'ai à lire et plus vite que ça. 

Et puis voilà qu'au lieu d'en profiter joyeusement, on a parlé d'intendance et qu'on s'est rendus compte que nous n'avions plus ni l'un ni l'autre de mutuelle. Dans mon cas c'est à cause d'un loupé chez Klesia où un premier interlocuteur a mal renseigné celui qui m'emploie, conjugué avec la trêve estivale qui a fait que la situation a traîné - comme j'étais chez eux dans mon précédent travail j'avais cru, ô naïveté, que ça serait plus simple d'y rester - (1). Dans celui de l'homme de la maison c'est qu'il s'est laissé déposer au bord du chemin sans rien faire, malgré des courriers de relance. J'ai suffisamment de tracas avec le deuil et la succession et le voisin voleur de Normandie, pour ne pas prendre en charge ce qui relève d'un autre adulte, même si entre chômage et double deuils et les accompagnements qu'il y a eu, il a de quoi être épuisé.
Puissions-nous ne pas avoir de pépin de santé tant que les choses ne sont pas clarifiées.

Ma vie se sera donc déroulée entièrement ainsi : de l'enfant qui tentait d'empêcher ses parents de trop mal aller, à l'adulte qui se retrouve en charge des choses, quoi qu'il advienne. L'avantage est que je suis à l'aise dans un travail autonome, habituée à tout débrouiller. À part que je ne sais ni chasser ni pêcher, je suis mûre pour faire face à différentes fins du monde. La solitude à la longue peut me rendre un peu triste, mais elle ne m'effraie pas (2). 

Il n'empêche que je rêve parfois de poser les armes, que quelqu'un me dise Compte sur moi ou Ne t'inquiète pas, je m'occupe de ça, que quelqu'un organise quelque chose de chouette pour moi. Un peu de roue libre (3). Que je rêve aussi de retrouver confiance, même si je sais pertinemment qu'il ne faut pas, que c'est faire aveux de faiblesse, qu'on se fait avoir à chaque fois. 

Enfin il est terrible de constater qu'à force d'enchaîner les obstacles, ils finissent par tous se parer d'une forme d'équivalence : Ça va être quoi, maintenant ? 
Or ce n'est pas du tout pareil la mort d'un parent et des pertes matérielles, des soucis d'argent et des chagrins affectifs ... À force d'enchaîner sans arrêt, ils s'uniformisent. 

 

(1) Frappant de voir à quel point tout règlement même créé pour être favorable comprend des effets secondaires indésirables. Ainsi cette loi qui a fait passer les mutuelles sous l'égide de l'employeur pour qui est salarié, afin que tous soient protégés (au moins ceux qui ont ce statut) et qui pour les très petites entreprises ne facilite la vie ni des employeurs ni des employés. 
(2) Et puis avec la thalassémie je ne suis jamais seule, j'ai ma fatigue pour inlassable compagnie. 
(3) Après coup je me demande si ce n'est pas ce que j'ai tant apprécié au stage d'intégration de mon club de triathlon en octobre : je n'avais d'efforts à faire que physiques pour le reste tout était organisé et fort bien. I just wasn't in charge. Pour un week-end je n'étais plus celle qui doit penser à tout. 


Des vacances qui n'en furent pas

 

    Elles devaient être brèves, ces vacances-là, c'était déjà beaucoup en ayant changé de travail fin mai de disposer de quelques jours de congés.

Tu devais : 1/ te reposer, récupérer de la fatigue d'une année 2016 / 2017 particulièrement rude avec deux décès d'ascendants sur fond de monde devenu fou, d'élections présidentielles hallucinantes tant aux USA qu'en France, d'un nouveau boulot suivi un an après par un autre nouveau boulot (formidables et heureux les deux, mais du coup c'était à fond à fond tout le temps, moins les agonies et les enterrements - je résume violemment, mais ça correspond à la perception qui m'en reste une fois les vagues de la tourmente calmées -), sur fond aussi d'un vide persistant, une absence, un chagrin qui ne décroît que bien trop lentement ; il y a aussi un chagrin d'une rupture pour quelqu'un d'autre mais qui te fait perdre la personne qui est partie [un jour établir une liste des personnes auxquelles tu tenais et que tu as perdues ainsi par ricochet, la dégagée collatérale] et dont tu te sentais proche.
2/ t'entraîner ; parce que tu ne t'es pas lancé dans le triathlon pour regarder les autres filer et que cette première année en raison des circonstances fut par trop chaotique. En plus au bord de la mer tu allais pouvoir t'entraîner pour y nager 
3/ lire, par plaisir et pour le boulot ; 
4/ peut-être même écrire un peu, qui sait ? Activité qui t'a été quasi confisquée (fors un peu de blog) au moment de la maladie de ta mère, ce qui était normal, l'accompagnement était prioritaire et les triangulaire maison travail et hôpital ou domicile de la malade étaient un épuisement. Et qu'ensuite le changement de travail et les activités de succession avaient englouties aussi.

Et puis le voisin voleur récidiviste, venu pour notre malheur vivre de Paris en Normandie, est passé par là, transformant les brèves vacances en une mauvaise série policière, un mari en volé obsessionnel stressé et coléreux, selon le processus bien connu souvent subi du détimbrage (je ne sais pas si c'est le terme) : quelqu'un est rendu stressé ou en colère par un fait ou l'action d'autres personnes et comme il ne peut pas y faire grand chose s'en prend à quelqu'un de proche qui n'y est pour rien et en saisissant n'importe quel prétexte. Quand tu es aussi victime du ou des faits qui créent la colère ou la frustration et qu'au lieu de pouvoir compter sur ton compagnon tu te manges sa colère à lui et son propre énervement, c'est absolument épuisant.

À nouveau engloutissement du temps libre. Il a fallu : 

1/ Une fois de plus porter plainte auprès de la gendarmerie ; y retourner lors d'un épisode mouvementé pour reconnaître deux objets retrouvés ; car la gendarmerie où l'on peut porter plainte est à dix kilomètres et qu'il faut en plus prendre rendez-vous (tant le sous-effectif est patent) ;
2/ Réparer, racheter, chercher un artisan disponible, aller dans différents magasins, rechercher des pièces détachées ; 
3/ Se défendre, se protéger ; les péripéties induites nous ont littéralement confisqué une journée entière et envoyés une nuit à l'hôtel - ce qui était le plus sage car les accès à la maison, cassés sur l'arrière ne pouvaient nous protéger -.

Il m'est resté deux entraînements de course à pied et deux de natation, quelques jolies retrouvailles (merci Sylvie et Bruno, merci cousin Vincent), deux séances de cinéma (Le Caire confidentiel et Visages villages, suffisamment bien pour nous sortir le temps des séances de nos tracas), quelques bons repas - mais aussi par manque de temps pour préparer quoi que ce soit -, quelques moments de recueillement (cimetière ; et oui s'y recueillir sur les tombes des ascendants et ancêtres peut faire du bien), une belle promenade, et quatre romans lus (seulement quatre, j'en pleurerais). Mais ce fut sous tension, quasiment tout le temps. 

En l'absence d'actions concrètes des forces de l'ordre, qui semblent particulièrement en sous-effectifs dans cette région, je crois que je vais devoir passer par un avocat au moins pour disposer d'un conseil dans les démarches à entreprendre. Ne serait-ce que pour stopper l'hémorragie coûteuse des nuisances et retrouver un lieu de vacances où l'on puisse se détendre au lieu de s'y tenir sur le qui-vive. 

J'aimerais bien aussi retrouver notre équilibre familial. Vivre avec quelqu'un qui ne pense plus qu'aux agressions subies et à l'agresseur est insupportable. 

J'aime mon métier et je n'ai jamais été aussi épanouie au travail, ni de façon si stimulante, mais j'ai été réellement heureuse de reprendre aujourd'hui le chemin de la librairie, soulagée de retourner travailler. Que les contraintes qui pèsent sur moi redeviennent des contraintes admissibles, celles de toute activité professionnelle normale.

Le pire n'étant pas les vols en eux-mêmes, mais bien que le coupable reste impuni alors qu'il est dûment identifié, capable avéré de violences, et qu'il continue à peser sur le pauvre monde, impuni et narquois.

Heureusement, grâce à Samantdi, je m'en retourne avec une idée d'écriture simple, qui pourrait peut-être enfin s'intercaler dans mon emploi du temps.


Les concommittences assassines


    Il est des petits sales coups de la vie qui prennent un malin plaisir à survenir à point nommé, alors qu'on ploie déjà sous le joug d'une gravité, quelque chose de suffisamment lourd pour suffire à nous désespérer. 

Traversés de façon isolée, ils seraient pénibles mais une fois sortis de leurs griffes on pourrait par exemple en faire une anecdote pour fin de soirée à en faire sourire les amis ; ou sans aller jusque là, un souvenir mémorable de ceux que l'on se rappelle parfois avec la sensation même si ça n'était pas drôle d'avoir eu de l'intensité dans la vie.

Par exemple ça peut être un cambriolage dans une petite maison secondaire, un voisinage indélicat, une clôture séparative trop facile à franchir, une vitre que l'on casse, et il n'y a plus ni micro-ondes, ni machine à café, ni les bonnes bouteilles que l'on se gardait pour une occasion, ni la nourriture sèche que l'on conservait d'un séjour à l'autre, ni papier toilettes, ni balais de chiottes.
Pris isolément on peut se dire que cette société est bien malade qui poussent certains à se servir comme ça, que ça n'est pas bien grave, qu'on va faire réparer la vitre et racheter les machines.

Quand on découvre le forfait alors qu'on arrive un soir pour enterrer sa mère le lendemain, le truc fait mal. Très. Du sel sur une plaie.

Par exemple ça peut être un ancien bien-aimé qui pousse l'indélicatesse jusqu'à envoyer la réclame pour un roman qu'il publie avec sa dulcinée, quelque chose comme un an et demi après avoir lâchement quitté la destinataire. Au delà du chagrin renouvelé le message était si youkaïdi youkaïda qu'il aurait pu prêter à rire.

Quand le message est envoyé au lendemain du jour où l'on a un ami qui s'est fait assassiné avec ses collègues dans un attentat aux armes de guerre, et qu'on a commis l'erreur d'ouvrir le message (on se gardait bien depuis la rupture d'ouvrir quoi que ce soit venant de ce Ted Hughes réincarné) en croyant à des condoléances, ça met en danger. 

Par exemple ça peut être une compagnie d'assurance qui après avoir mis fort longtemps à répondre au sujet de la plainte pour vol avec effraction, déclare que l'absence de factures (même si ça n'était pas notre maison et que les factures devaient être détenues par une personne morte à présent) ne leur permet pas de rembourser le vol mais seulement le bris de verre. On peut se dire qu'OK, tant de gens jouent les Fillon que les assureurs de nos jours n'accordent aucune bonne foi potentielle à leurs adhérents.

Quand le message téléphonique parvient à l'instant d'avoir raccroché avec un des membres de la famille retourné pour quelques jours au calme dans la maison et qui appelait pour signaler une nouvelle infraction, même si ce sont des soucis de riches, ça donne envie de s'arrêter et de laisser les autres trimer. 

Parfois ça peut même le faire avec des choses qui autrement auraient été plutôt jolies, c'est l'enchaînement lui-même qui en fait une horreur.

Par exemple une cliente de librairie qui appelle pour demander si nous aurions par hasard, je sais que cette demande peut vous paraître bizarre, mais un livre de recettes de cuisine faites avec des fleurs, ça pourrait constituer une charmante brève de librairie.

Lorsque l'appel survient alors que malgré l'attentat meurtrier de la veille et le message si blessant et invraisemblable du matin, on a trouvé pourtant la force d'aller au boulot, que le téléphone sonne alors qu'on y parvient et qu'on décroche, première tâche de fait de la journée travaillée, il fait se demander si l'on n'est pas en train de sombrer dans une forme de folie, ou si le monde lui-même n'a pas tout bonnement quitté la réalité.

Lorsque par là-dessus le compagnon de route, celui qui devrait quand même éventuellement pouvoir constituer en cas de coups durs un soutien en profite systématiquement pour péter un câble et entrer dans des colères violentes ou des bouffées délirantes d'assassinats du monde entier, ça donne bigrement envie de reprogrammer l'univers et ses chronologies afin que les ennuis ne puissent se passer à plusieurs pour un humain donné dans la même unité d'espace temps. Qu'ils aient, entre autre, un temps de latence minimal à observer.

 

C'est le moment de se rappeler de "La Crisi" de Coline Serreau et de l'avoir déjà remerciée : 

(à 2'30")

 

 


Une certaine absence d'étanchéité (petit mystère de fonctionnement des réseaux sociaux)

Capture d’écran 2017-03-16 à 10.11.32

Souvent je lis pendant mes trajets des nouvelles des amis ou des infos sur les réseaux sociaux. Je suis donc sur mon smartphone, modèle de ceux "offerts" par les opérateur, écran de taille raisonnable. 

Du coup je tape parfois à côté de l'option visée, sans parler des fantaisies que me rajoute l'autocorrect qui est assez imaginatif pour un outil.

Hier, il s'est passé un petit truc que je n'ai pas compris, même en admettant la fausse manip. 

Sur FB je vois cette photo de Didier da Silva qui me touche : c'est le genre d'image que j'aime à tenter. Et je suis le genre de personne capable d'attendre avec mon appareil en main que la lune soit pile dans l'axe. Il a réussi la photo parfaite. 

Je like et crois cliquer sur partager. Normalement s'affiche alors sur le mur FB de qui a ainsi cliqué l'image ou le lien avec la mention "a partagé la publication de". Et d'ailleurs ça a bien fonctionné.

Seulement peu après j'ai vu passer dans mes mentions twitter, donc sur un autre réseau, un commentaire d'un de mes amis,  Capture d’écran 2017-03-16 à 10.34.22

et il m'a fallu un temps pour comprendre qu'il se référait à la photo que j'avais cru partager sur FB. J'ai été encore plus surprise de constater que non seulement elle apparaissait sur Twitter, sans que je n'aie rien fait de volontaire pour qu'elle bascule d'un réseau l'autre, mais qu'en plus elle y apparaissait comme si je l'y avais directement publié comme l'une des miennes 

Capture d’écran 2017-03-16 à 10.38.29Je n'ai pas compris comment ça avait été possible (1).  J'étais en mouvement, me suis dit, Je regarderai ça de plus près une fois au calme.

On est le lendemain, je suis enfin tranquille, j'ai pris le temps de regarder la mémoire de mon téléphone (pas trace de la photo donc l'hypothèse téléchargement involontaire, touitage par le biais d'automatismes / galerie du téléphone, est à exclure), de faire différentes "fausses" manips volontaires pour voir jusqu'où elles conduisent, je n'ai pas trouvé le moyen de reperdre l'étanchéité entre les deux réseaux (sur tél. : les deux applis). J'ai même regardé ce que ça donnait sur l'ordi mais rien.

J'ai aussitôt émis un correctif, et présente toutes mes excuses à Didier. Il n'empêche que j'aimerais bien piger comment ça a pu se passer.

Si quelqu'un a l'ombre du début d'une explication je suis preneuse. Y aurait-il quelque part une option par défaut à décocher ? Suis-je tombée dans un bug insoupçonné ?
Et donc je répète : ce que j'ai cru, voulu faire et fait (ça s'est bien effectué), c'était liker une photo d'un ami sur FB et la partager sur mon mur avec toutes les indications de sa provenance. Ce que je ne comprends pas : comment elle s'est retrouvée sur ma TL twitter et de plus sans plus aucune mention de qui l'avait faite et publiée.

Ça a beau n'avoir rien à voir, je trouve ça un peu flippant, un peu comme quand le virus de la grippe aviaire bondit des oiseaux aux humains. Je sais qu'il existe des options de publications simultanées mais comme je n'aime pas ça - pour moi les différents réseaux correspondent à différentes communications - je ne les ai pas activées. Alors ce manque d'étanchéité entre eux me semble inquiétant. Et qu'aussi on puisse si facilement involontairement publier quelque part quelque chose à notre insu.

Si l'ami Joachim n'avait eu la bonne idée de commenter l'image, jamais je ne me serais rendue compte de cette publication qui semble directe. Ce qui rajoute un cran dans ce qui semble inquiétant : n'est-ce pas déjà à nouveau survenu ?

Merci à lui en tout cas.

 

(1) Au passage, charmante mention Translate from french 


J'attends


    J'ai ces jours-ci la sensation de passer tout mon temps à attendre (tout en m'activant, ça ne veut pas dire que je me tourne les pouces).

J'attends des nouvelles d'un vieil ami qui s'est mis aux abonnés absents, ce qui, compte tenu du contexte (chacun de notre côté quelqu'un de gravement malade) m'inquiète. Pour autant je suis incapable de lui téléphoner (après son absence de réponse à quelques textos habituels) ... je n'ai que des choses terribles ou tristes à annoncer. Et donc si son silence c'est que de son côté ça ne va pas non plus, je me dis que ça n'est pas le moment. Alors j'attends.

J'attends un document.

J'attends que quelque chose se passe concernant ma mère, une évolution dans un sens ou dans l'autre de son état ou au moins de sa situation de personne clouée au lit dans une maison vide sauf lorsque quelqu'un passe.

J'attends qu'une lessive sèche pour sortir la suivante de la machine que j'ai déjà fait tourner. La maladie, ça salit.

J'attends la fin de la vague de froid avec une sorte de stupide illusion qu'après ça ira mieux. Sauf qu'en fait à part que je devrais récupérer un peu d'allant puisque mon corps aura moins besoin de chauffage intérieur, je ne vois vraiment pas pourquoi tout devrait s'arranger dès lors que l'air n'est plus glacé.

J'attends en bouillant d'une sorte de rage désespérée de retrouver du temps pour écrire. Chaque fois que je me relance, un élément survient qui me confisque temps personnel ou énergie, et pas des bricoles : depuis quatorze ans, maladie et décès de mon père, enlèvement de Florence Aubenas et Hussein Hanoun (participation à leur comité de soutien), faux diagnostic d'une maladie grave, esquisse de rupture subie, vraie maladie chronique sérieuse d'une personne de la famille, rupture subie et stupéfiante d'une amitié fondatrice, rupture conventionnelle d'un contrat de travail mais suite à une prise à partie brutale - six mois pour refaire surface -, reconversion (ça, c'est positif mais les débuts dans un métier ça saisit l'énergie, et puis mon corps devait se former (efforts physiques des heures d'affilées, station debout)), solides ennuis financiers à force de déficit de mois en mois creusé [en 2012 une pause dans les malheurs et comme par hasard c'est là que quelque chose enfin mérite publication], manifs répétées pour soutenir la loi pour le mariage pour tous, perte de l'emploi pour cause de fermeture de la belle librairie, rupture affective au même moment subie (comme si l'annonce de la fermeture de la librairie avait déclenché que quelqu'un qui comptait tant pour moi m'annonce de dégager, qu'il avait trouvé mieux) - à nouveau six mois pour refaire surface -, nouvel emploi mais particulièrement exigeant physiquement (un peu comme pour les ennuis d'argent, de mois en mois je vais, sans m'en rendre immédiatement compte, et croyant bien faire, faisant de mon mieux, m'enfoncer dans l'épuisement), rechute d'un des malades chroniques, gros ennuis professionnels de l'autre, attentat du 7 janvier 2015 et ce qui s'ensuit, dont une sorte de sur-rupture par dessus la rupture précédente, démission comme suite à une blessure de fatigue (1), avec un bon espoir d'autre poste en vue, moins physique, différent, attentats du 13 novembre et parmi bien des conséquences bien plus graves, volatilisation de l'emploi envisagé et gros problèmes financiers (concours calamiteux de circonstances dont un foirage de la poste qui mettra quinze jours à nous présenter un recommandé), CDD (très chouette, très beau décembre 2015 en librairie, mais très prenant aussi), recherche d'emploi active (ce qui englouti le temps, vraiment), nouvel emploi très bien mais prenant également (trajets et périodes à temps pas si partiel), licenciement économique de l'homme (après longue longue longue période d'incertitude), décès de mon beau-père, maladie incurable de ma mère. L'ensemble avec depuis 2013 ou 2014 en basse continue l'affaire de la fuite d'eau invisible pour bien nous pourrir et les finances familiales et la vie.

Il y aura eu deux périodes de respiration début 2010 et en 2012. À chaque fois, même si je me suis plutôt mise au service des autres, j'ai bien avancé mes propres chantiers. 

Serait-ce trop demander que d'en avoir à nouveau une en 2017, une fois achevé le malheur en cours et qu'il n'engendre pas trop de contre-coups ? Il y a de belles perspectives. Mais j'ai besoin de pouvoir enfin disposer de ma propre existence pour les concrétiser.

En même temps tout à l'heure, demain, un type dangereux sera nommé à la tête de l'une des plus grandes puissances mondiales et une guerre finale pourrait très vite arriver. L'Europe ne fera plus partie des pays à considérer. Et donc, même si dans nos vies personnelles certaines choses s'arrangent, c'est collectivement que nous risquons de morfler. Le pays où je vis risque à partir d'avril en plus de se trouver fort mal embarqué.

Comment faire pour écrire quand rien ne se calme jamais ? Comment faire pour créer ? Comment y sont parvenus ceux et celles qui nous ont précédés (et connaissaient de largement aussi rudes difficultés) ?

 

(1) C'était sans doute une fracture de fatigue pas tout à fait bien diagnostiquée liée au fait de pousser en m'aidant d'un pied de lourds chariots pour des livres vendus à l'extérieur de la boutique ; je ne suis vraiment guérie et sans aucune douleur que depuis octobre, soit un an après. J'ai été trop consciencieuse je suis allée travailler alors que je boitais.