Photo d'autrefois

Fullsizeoutput_18c1

Cette photo, retrouvée dans les affaires de mon père quand j'ai rangé trié déménagé la maison de mes parents, me fascine. L'homme à gauche est mon père jeune, la photo date probablement des années 50 à Paris. Elle n'était pas dans un album, il n'y avait pas de noms, je ne sais rien de plus et plus personne n'est là pour pouvoir expliquer.

En fait j'ai l'impression qu'elle pourrait s'intituler : 

Mon père et des ami·e·s dans un roman de Modiano

ou peut-être 

The no-name café 

Je m'aperçois que je ne sais rien, ou très peu, des amis de jeunesse de mes parents.

Quelques bribes du côté de ma mère car nous avons gardé un lien fort avec La Haye du Puits où elle a grandi. Une de ses amies d'enfance est même venue à ses obsèques et je lui en sais gré.

Des anecdotes du côté de mon père qui me racontait dans ses bons jours volontiers "Quand j'étais petit" ou "Quand je venais d'arriver à Paris". Seulement mon père faisait comme je le fais quand je relate un épisode qui implique des tiers, il ne les nommait pas, ne divulguait d'elles ou eux que ce qui avait un sens pour l'histoire qu'il avait envie de raconter. Ou alors il donnait les surnoms, car en Italie avec l'usage des diminutifs sur les prénoms, c'est courant. Donc il y avait le copain qui était une armoire à glace mais était tombé KO au premier coup de poings (bagarres de fin de bal musette), l'autre pote qui était "une force de la nature", et ses exploits horticoles et athlétiques, en plus de son boulot d'usine, etc., toutes  personnes sans autre désignation. Des prostituées d'un hôtel où il logea un temps près de la porte maillot et qu'il semblait tenir en estime et réciproquement quand il avait installé sur le WC collectif à la turque un système rabattant et la plomberie qu'il fallait pour les transformer en douche quand on le souhaitait. Il s'empressait de préciser qu'il n'était pas client, et que contrairement à d'autres il les respectait. Il racontait que son dispositif avait eu un inconvénient par ricochet : parfois les toilettes étaient longuement occupées par quelqu'un qui se lavait. C'était l'après guerre en France et les installations sanitaires laissaient à désirer. 

Un nom demeure car il s'agissait d'un couple que mes parents ont fréquenté durant mes petites années : Peppino ; je crois me rappeler qu'ils étaient plus aisés que mes parents. Et que par ailleurs lui était mort, car plus âgé (mais pas tant que cela ?), que c'était pour ça qu'ils ne se voyaient plus. Ou parce que d'autres avaient vers la fin ses faveurs ?

De loin en loin nous allions chez des collègues de mon pères ou eux venaient à la maison. Mais ma mère manquait d'enthousiasme, au fil des ans ce type de fréquentations s'est effiloché. J'y ai sans doute involontairement contribué car on m'avait fait croire que j'avais peur des chiens. Alors quand on allait quelque part où il y avait un chien, ses maîtres l'enfermaient à cause de moi et ça me rendait malheureuse, le chien pleurait derrière une porte, tout ça devait plomber l'ambiance. Après la naissance de ma sœur je pense que ma mère refusait les déplacements du dimanche. S'est alors ouverte la période, tout le monde en voiture et on se promène en voiture, l'usage de la voiture comme une fin en soi, on est heureux d'en posséder une, tout le monde n'en possède pas (1) ; avec éventuellement trois pas dehors dans un joli endroit (L'Isle Adam, le château de Compiègne, Chantilly ...).

Voilà pourquoi je n'ai aucune idée de qui sont les personnes sur la photo, probablement des fréquentations de mon père entre son arrivée d'Italie et le moment où il rencontra ma mère, dans le bus pour aller au travail, qu'ils empruntaient régulièrement vers Nanterre aux mêmes heures, avant que le travail pour lui, puis pour elle, ne migre à Poissy (2).

Il y eut bien sûr des fréquentations de voisinage - je me souviens des noms des voisins à Chambourcy alors que nous en sommes partis quand je n'avais que 5 ans 1/2 -, des fréquentations de parents d'élève - la famille Duval dont la petite Hélène était une grande amie de ma petite sœur, dont je me suis souvent demandée ce qu'ils étaient devenus -, des fréquentations via des activités, sportives en particulier, que ma mère pratiquait. Tout ça eut lieu plus tard, et peu de fêtes, sauf de famille avaient lieu à la maison. Les dimanche étaient de bricolage pour mon père, de sports dehors ou d'heures studieuses pour moi, ma sœur sortait peu et ma mère avait toujours quelque chose à faire. C'étaient des vies de travail, week-ends compris. La détente c'était : regarder la télé. Et donc personne ne venant qui aurait correspondu pour l'un ou l'autre de mes parents, aux années d'avant. 

Sur cette photo, qui sont les gens ? Quel(s) étai(en)t leur(s) lien(s) ?
Et où était ce café (potentiellement à Paris vers le XVIIème arrondissement) ? 

 

(1) rien à voir avec l'écologie ou le fait que les transports en commun suffisent. Tout à voir avec l'argent qu'il faut pour en acheter une. Le vélo est encore un moyen de transport comme un autre, mais qu'on rêve de laisser tomber pour l'auto ou, si l'on est encore jeune mobylette ou moto. Les scooters en France sont rares, mais en Italie très courants. 

(2) aux usines Simca  


Du nom des marques des sponsors

 

   Notre système économique veut que le sport professionnel (entre bien d'autres choses) soit financé par des marques qui voient là l'opportunité de se faire connaître. Il me semble que je n'y voyais pas d'inconvénient tant qu'il y avait de la logique : un équipementier de sport finançant des équipes de football, un fabricant de cycles une équipe de cyclistes pro. Ou alors une équipe d'une localité par l'industrie ou l'entreprise pour laquelle la ville était réputée. Saint-Étienne (l'ASSE) de la grande époque, c'était Manufrance, deux identités géographiquement associées.  

Et puis à un moment, ça s'est mis à n'avoir plus aucun rapport : une compagnie aérienne d'un lointain pays s'est portée au chevet d'une grande équipe de football en France, des assurances ont payé des cyclistes ou une société de jeux d'argent. Mon cerveau a alors décidé unilatéralement de ne plus établir de connexion entre les sponsors et les sponsorisés et je ne m'en étais même pas rendue compte. 

À l'instar de l'enfant d'une rubrique-à-brac de Gotlib et qui chantait joyeusement Leblésmouti labiscouti en allant à l'école et tombait déçu quand plus tard il comprenait qu'il s'agissait d'une chanson pour rythmer le travail (1), je suivais par exemple le tour de France sans relier en rien les noms d'équipes à des marques. Le nom était le nom de l'équipe et rien d'autre. 

Autant dire que si tout le monde avait été comme moi, les sponsors et autres mécènes n'auraient pas maintenu longtemps leurs investissements.

Et puis est survenu le Tour 1998 qui a viré au roman policier. Et je suis tombée de l'armoire en comprenant que Festina, entre autre était une marque de montres et que Doïchteutélékom était un opérateur de télécommunication en Allemagne, Kofi Dix un organisme de crédit (2) ... 

Je croyais naïvement que depuis ce temps-là je savais faire le lien, même si je m'en foutais complètement. Et cet après-midi en tirant du café à un distributeur, parce que je regardais rêveusement les noms sur la façade de la machine pendant que celle-ci préparait ma boisson, j'ai "découvert" de quoi était le nom de l'une des équipes de cette année. En fait mon absence de faculté de relier le financeur au financé, en bientôt vingt ans ne s'est toujours pas arrangée. 

Ça me fait bien rigoler. 

 

(1) Le blé se mout-y // L'habit se coud-y  

(2) Alors que je connaissais l'existence des sociétés Festina, Deutsche Telekom et Cofidis ...


Terrifiant (une affiche d'outre-tombe)

IMG_20190710_070218_078

Alors nous avions un petit rendez-vous informel, en mode si on se voit tant mieux sinon n'attendez pas, dans Levallois à quelques camarades du Levallois Triathlon munis d'une envie d'un bon morning run avant notre journée pro.

Je savais que je n'avais pas le niveau pour suivre ensuite les copains, mais le fait de démarrer ensemble était en soi une motivation. Afin d'être certaine de ne pas les manquer, et aussi car la perspective d'une stimulante journée m'avait rendue le réveil facile, j'étais un peu à l'avance. 

Alors je m'étais adossée à ce panneau publicitaire, le temps de vérifier qui était censé rejoindre. Et au moment de regarder qui arrivait effectivement, j'ai avancé de deux pas, et me suis retournée. 

Je crois bien que j'ai poussé un cri. 

Pour mes lectrices et lecteurs non français : les deux hommes qui figurent sur l'affiche sont Johnny Halliday et Charles Aznavour, chanteurs très célèbres morts respectivement en 2017 et 2018. Le message implicite semble être que le feu d'artifice sera un double hommage les concernant.

Seulement présenté comme ça, ça a un côté Walking deads qui est d'un goût douteux et assez terrifiant. D'ailleurs mes amis là où j'avais partagé la photo ne s'y sont pas trompés. 

Comment est-il possible que personne dans le circuit de décision du choix de l'affiche, de sa validation, n'ait réagi ? C'est peut-être pire encore pour qui admirait ces artistes plus encore que je ne le fais.

Je me demande si d'autres que moi réagiront. Le feu d'artifice sera peut-être bien, c'est la communication, l'image choisie qui pose un problème. 


Tracas technique (des idées ?)

 

Depuis une semaine, plus moyen de connecter ma montre de triathlon Garmin Forerunner 735XT au MacBook Air (sous MacOS High Sierra 10.13.6) via le cordon USB.

Avant il suffisait que je la branche pour qu'elle apparaisse dans le Finder. Et puis soudain dimanche dernier impossible de la voir même en passant par Finder / Aller à / Ordinateur ou par certaines rubriques systèmes qui permettent de voir les connexions USB.

J'ai essayé tous les classiques : autre cordon qui marche bien autre Garmin autre ordi (le PC du conjoint), l'autre port USB du MacBook Air, vérifié que les ports USB fonctionnaient bien avec d'autres appareils. Et bien sûr, éteindre, rallumer, recharger Garmin Express.

Rien n'y fait au moment de "Connecter votre appareil" rien n'est détecté 

Capture d’écran 2019-05-20 à 01.56.07

J'en suis rendue au stade ou toute idée est la bienvenue. D'autant plus que j'ai un triathlon qui approche.

Remarque : La connexion fonctionne parfaitement, exactement comme avant le dimanche fatidique, pour ce qui est de recharger la montre. Et la montre elle même fonctionne tout comme avant, aucun problème apparent.

addenda de début juin : en fait et finalement, je m'en suis sortie en désistallant puis réinstallant complètement le logiciel Garmin Express sur l'ordi et en réinitialisant la montre. Je ne sais laquelle des deux manips aura été déterminante. 

 

 

 

Voter sans savoir ce qu'ils ont programmé ?

 

    Force est de constater qu'à une semaine des élections européennes à un tour, nous (Île de France et quelques provinces) n'avons toujours pas reçu l'ombre d'une profession de foi. Or on nous a annoncé 33 listes, en tout cas les panneaux électoraux, pour l'instant peu garnis, sont prévu pour ça. 

Comment faire un choix citoyen et réfléchi si l'on ne dispose pas des programmes des partis, pardon mouvements ?

De plus les débats dans les médias mainstreams ne portent pas sur le fond, mais sur des fights et des buzz, Untel a dit ci, Machin a dit ça, et l'extrême droite dit C'est la faute aux immigrés islamisés (le C'est portant sur à peu près tout). Ils se font bien l'écho aussi des querelles de personnes. 

Pour le reste ? Rien, rien de construit. En gros : Votez pour moi pour que je passe la fameuse barre des 5 %.

Les candidats au concours de l'Eurovision avaient dans leur paroles presque davantage de programmes militants. 

 

 


Sympathique spectacle mais légèrement décevant (sur la fin)

 

    Une de mes amies habite près du Monfort et prend parfois la peine de réserver pour certains spectacles et de m'y inviter. C'est toujours un bonheur.

Ce soir il s'agissait du spectacle "Le gros sabotage" par la compagnie La mondiale générale. La première partie comportait des acrobaties sur bois debout puis du travail avec des cerceaux. 

C'était impressionnant. 

Puis il y eut une scène de changements de vêtements, une oraison funèbre  et  un gars qui imitait Elvis Presley.

Nous avons pensé qu'ils et elle prenaient leur souffle avant de nous offrir un nouvel aperçu de leur travail acrobatique. Et puis, non.

Alors nous sommes restées un tantinet sur notre fin. 
(ou alors il y a quelque chose que nous n'avons pas compris)

 


Les crimes imparfaits


    Pour des raisons de confidentialité je ne peux pas trop en dire davantage, ce qui fait que relisant ce blog quand je serai bien vieille le soir au coin du feu pas de bois parce qu'il n'y aura plus d'arbres ou qu'on n'aura plus le droit, je relirai en me demandant Mais de quoi diable voulais-je parler ?, il n'empêche je ne sais faire l'économie de noter la perplexité qui fut la mienne en apprenant leurs circonstances en milieu de journée. 

Si l'on met à part le cas d'une personne assassinée par quelqu'un de son entourage qui souffrait de troubles déjà identifiés, il n'en reste pas moins un voisin (pas chez moi) jouant à Breaking Bad IRL, un gars d'un gang arrêté pour suspicion de participation à un meurtre particulièrement violent - et pas la moindre idée qu'en plein Paris des caméras de surveillance existent, tuer serait donc à ce point plus facile que réfléchir ? -, et un cas encore plus étrange et d'une très glorieuse absurdité (mais qui a heureusement échoué). Au fil de quelques activités peu compliquées qui furent les miennes durant l'après-midi et qui laissaient donc du cerveau disponible, je n'ai cessé d'y songer, avec une sorte de sidération qui oscillait entre le rire (quel festival !) et l'effarement avec la conscience que les dysfonctionnements ainsi mis en valeur de notre société sont réellement flippant. 

J'aurais peut-être dû intituler ce billet, d'une de mes amies la stupéfiante collection de pieds-nickelés par tous types de voisins interposés.


Au bout du compte, et pour l'instant, un mort, le malheureux du règlement de compte, qui si l'on doit croire certains articles, ne le concernait peut-être même pas. 


Le 13 novembre, trois ans après


    Voilà, les attentats de Paris, au Stade de France, aux terrasses de restaurants et café, ainsi qu'au Bataclan, ça fait trois ans. Déjà et seulement.

Le temps a dû paraître bien long aux proches des victimes, aux survivants blessés, et la vie bien difficile. Je pense à elles, je pense à eux, très fort. Et plus particulièrement aux enfants qui grandissent dans l'absence d'un (ou deux) parent(s).

Comme ma famille et moi avons eu la chance de n'être pas directement concernées - ma fille et moi connaissions des personnes, qui au Bataclan qui aux restaurants voisins des terrasses visées, toutes et tous s'en sont  sorti•e•s -, il a au contraire filé. 
D'autant plus qu'il s'est agi d'années particulièrement chargées : j'ai occupé deux emplois, heureuse à chaque fois, même si la fin du second, à caractère économique, me rend triste. J'ai travaillé d'arrache-pied et je suis contente d'y être arrivée ; je me sais désormais capable de prendre en charge une petite entreprise que je pourrais créer. Ma mère, âgée, est tombé gravement malade et est morte. Il m'a fallu une année de travail sur chaque jour libre pour parvenir à organiser la succession - vendre un pavillon, prendre à ma charge en l'acquérant celle de Normandie, trier puis déménager les affaires de mes parents -. Nous avons traversé un épisode de vols récurrents par un voisin en déshérence sur la petite maison normande et compte tenu de la période (deuil) ce fut particulièrement éprouvant (et insidieusement coûteux). Je suis, même si à très bas niveau pour le moment, devenue triathlète. Ça m'a fait un bien fou.

J'ai entendu lors de la chronique de Jacques Munier sur France Culture ce matin que des travaux sociologiques étaient en cours sur les conséquences à moyen-long terme sur un ensemble de personnes concernées à divers degrés. 

Il est donc peut-être temps, et puisque saisie par le festival de cinéma d'Arras pour les 13 novembre 2016 et 2017 au point de n'avoir pas eu le temps d'écrire de billets, que je revienne sur mes souvenirs.

J'avais pris soin à l'époque de noter tout ce que je pouvais, y compris ce qui me paraissait anecdotique, car j'avais assez d'expérience de la vie pour savoir que plus tard, ça serait intéressant à relire précisément pour ces aspects-là. Je me souviens d'avoir lutté contre le sommeil afin de compiler mes notes et les publier. 

Car une des conséquences de ces attentats-là qui intervenaient alors même que je commençais à refaire surface après la douleur et le deuil causés par celui du 7 janvier, fut de me plonger dans des états à la limite de la narcolepsie. Je suis une forte dormeuse et capable depuis longtemps de siestes perlées. Et je tombais de sommeil au sens littéral presque chaque soir à peine couchée. Seulement après cette année 2015 si violente, j'étais tombée dans des tombés de sommeil irrépressibles et soudain aussi diurnes que nocturnes. J'en étais venue à effectuer des mini-siestes de précaution comme on fait des pipi de précaution avant d'entreprendre un trajet ou assister à un spectacle. Il fut même effectuée une recherche d'apnées du sommeil éventuel. Laquelle n'avait rien donné. Je ne suis sortie de cette galère qu'au printemps 2017. Le côté "sans voir venir" a presque disparu en journée, fors à savoir que je suis dans un jour "off" où je peux me permettre le luxe d'une vraie sieste.

Juste avant de partir au festival de cinéma d'Arras, j'avais passé un entretien pour un travail dans une agence de communication pour la partie traitement des photos, je devais deux jours par semaine assister une personne chargée de l'ensemble du département. Nous étions tombée en excellent accord, restait à se revoir pour confirmation, contrat, modalités pratiques. Cet emploi payé autant que celui de libraire pour un nombre d'heures plus importants, aurait pu me permettre d'écrire sur les cinq jours par semaine restants. 

L'agence était, est sans doute encore, dans le quartier du Bataclan et la personne que j'aurais dû assister était au concert des Eagle of Death Metal. Elle s'en est sortie sans blessure physique mais sans pouvoir reprendre le travail puis seulement à temps réduit. L'entreprise s'est réorganisée qui comportait des antennes dans d'autres villes, et le poste que j'aurais pu occuper s'est évanoui, devenu sans objet. 
Ça m'aura permis de rester libraire, ce que je ne regrette pas. Adieu le temps consacré à l'écriture, encore une fois. Bonjour le renforcement féroce du syndrome de George Bailey. 

Ma crainte des attentats n'est ni plus grande, ni bien sûr plus faible : elle existe en moi depuis qu'enfant j'ai séjourné chaque été dans une Italie en proie à la violence des années de plomb. Une bombe qui explose dans un lieu public faisait partie des risques inhérents à la vie en ville. 
Les séries successives d'attentats à Paris (1986 et 1995 au moins), n'ont fait que renforcer cette certitude. C'est ainsi. 
Ce qui est pire à présent et depuis le 9/11 c'est qu'on sait que ceux qui tuent sont prêts à mourir, et à utiliser tout moyen pour parvenir à leurs fins de faire un maximum de victimes civiles visées en tant qu'élément d'une population générale (1). N'importe qui peut être pris pour cible à peu près n'importe où par éventuellement un type isolé qui cherchera à mourir en héros de la cause qu'il se sera choisie. Et ça n'est pas nécessairement le point dévoyé d'une religion, voyez Breivik, il en tient pour la suprématie de la "race" blanche, et décide que ça lui octroie le droit de tuer des personnes sans défense, semble fier de son macabre record et goûter sa célébrité.
Les terroristes des décennies précédentes du moins en Europe tentaient eux de sauver leur peau, ça laissait une chance de repérer quelque chose avant qu'il ne soit trop tard, ou de négocier. Quel point de pression peut-on avoir sur quelqu'un qui se souhaite martyr ?

Ce qui pour moi a changé depuis le 13 novembre 2015 en particulier est que lorsque lors d'une saison réputée froide, un vendredi soir s'orne d'un temps clément et d'une température exceptionnellement douce, je ne peux empêcher que mon corps se mette en état de qui-vive. Je deviens un animal aux aguets. 
Quand je me trouve à l'intérieur d'une longue file d'attente je nous perçois comme cibles potentielles. 

Pour autant je ne vais ni plus ni moins aux concerts, aux spectacles, au restaurant qu'avant, ce sont surtout des considérations financières et de temps disponible qui prime.

Le 13 novembre aura d'ailleurs eu pour nous de sérieuses conséquences financières : par un sale concours de circonstances que je ne m'explique pas, à moins d'une désorganisation momentanée des services postaux peu médiatisée et dont nous aurions fait les frais, un recommandé de notre banque aurait dû nous arriver ces jours-là. Il n'en fut rien et le courrier nous fut livré 15 jours après. Il s'agissait d'une lettre de la banque pour débit dépassé qui s'était joué à peu de choses près et surtout avait prospéré sur ma négligence passagère : pendant bien des jours j'avais eu les yeux et les pensées rivées sur les attentats, l'inquiétude, les listes de victimes, mes notes pour tenter de témoigner plus tard, les articles des journaux, des retrouvailles avec des ami•e•s rendues comme urgentes, et je n'avais pas suivi l'état de nos finances familiales. De frais en frais pour cause de frais engendrés, et du fait du dépassement du délai pour réparer (le courrier reçu 15 jours après son envoi comportait un délai de 8 jours déjà dépassé de 8 autres jours quand j'ai pu le lire), la situation s'était envenimée au point que le paiement attendu dont le retard avait causé l'écart ne pouvait plus et de loin éponger. Nous avons dû notre salut à la générosité d'une amie que j'en profite pour remercier à nouveau aujourd'hui. L'indulgence de la banque se borna à renoncer à un fichage irrémédiable, les frais furent maintenus. La poste non seulement ne présenta pas d'excuses mais mis en avant que légalement la recommandation d'un envoi n'est pas un gage de délai. Il nous fallu plusieurs mois de vie serrée afin de pouvoir revenir à une situation saine et rembourser l'amie secourable.
Ce n'était, grâce à elle, pas si grave. Seulement bien qu'indirecte, c'est une conséquence aussi. Je me demande encore combien de personnes telles que nous aurons subi des ennuis du fait d'avoir été un temps sidérés, atterrés, moins attentifs qu'à l'ordinaire à tout faire tout bien pour faire face à leur quotidien âpre et sans facilités. Combien de personnes auront été victimes de dysfonctionnements de différents services perturbés eux-mêmes par des conséquences indirectes que personne n'aura souhaité ou pu assumer. 

Je pense souvent aux victimes et à leurs proches qui auront dû, doivent peut-être encore, batailler avec des instances administratives, des démarches fastidieuses, un état de suspicion (2), certes sans doute pour partie nécessaire, mais comme ça doit être pénible aux victimes incontestables. 
Le seul espoir reste que certaines survivantes, certains survivants auront pu saisir une occasion de prendre leur vie plus fortement en main, changer de job mais en bien, trouver le courage de clore une relation qui tournait mal, ou de s'en aller vivre dans des lieux qui leurs vont mieux. Ou faire d'autant plus de progrès dans leur voie, si elle était déjà engagée, qu'un sentiment d'urgence sera apparu.

 

 

 

(1) Et non en tant qu'individu qui se serait distingué, représenterait quelque chose, un pouvoir.
(2) Dans le film belge 'Ne tirez pas" sur les tueurs du Brabant, on voit très bien ces contraintes, celui qui fut blessé enfant dévoile ses cicatrices lors d'un procès, crie parce qu'il n'en peut plus, qu'il doit tous les trois ans prouver son invalidité. J'ai cru comprendre qu'en France ça n'était pas nécessairement plus facile. Et que ça risque de ne pas s'arranger.

 

 

 

 

 

 


Le plaisir de se préparer (allure vestimentaire et autres apprêts)

 

    C'est un échange de touites avec une amie qui se reconnaîtra (ses touites étant privées je suppose qu'elle préfère que je ne détaille pas davantage) qui m'a fait prendre conscience de jusqu'où la pression sociale envers les femmes peut se nicher. 

Elle évoquait le fait d'abordant un nouveau travail elle avait pris la décision de ne pas se maquiller, que ça serait un esclavage quotidien de moins (ce sont ses termes). Que je sache son travail n'est pas de représentation, de ceux pour lesquels on est recruté-e-s pour une apparence, auquel cas il peut être admissible qu'une obligation de rendre celle-ci conforme à certains critères existent.

Je n'ai rien contre le maquillage dans l'absolu et y ai (vaguement) recours lorsque c'est requis avec une raison réelle : scène, projecteurs, rôles ... En général cas pour lesquels des maquilleuses ou maquilleurs professionnels sont présent-e-s et qui officient avec des objectifs clairs de visibilité. Le résultat peut être bluffant, ils connaissent leur métier. Parfois pour une soirée, surtout si c'est l'hiver et que j'ai les lèvres gercées il m'arrive de mettre un vague machin hydratant brillant. Ou de peigner mes sourcils, naturellement broussailleux. 

Il n'empêche que dans la vie quotidienne, je n'en vois pas l'intérêt. Je trouve sur les autres souvent le résultat assez moche, par rapport à la beauté de la personne au naturel. Et puis déjà qu'en étant une femme je perds plus de temps que les hommes pour toutes sortes de raisons (du temps des pauses pipi aux années de saignements menstruels ...) et même si eux doivent passer du temps à se raser la barbe au moins par moments, je ne suis pas motivée pour traîner davantage qu'eux dans la salle de bain. J'ai mieux à faire. Me "faire belle" m'a toujours gavée. 

Du coup lorsque le message sociétal ambiant était que les femmes éprouvaient un certains plaisir à s'apprêter afin de se sentir aptes à affronter la journée, j'y croyais. Puisque je n'y comprenais rien et que j'étais hors jeu, je croyais que c'était bien comme ça pour les autres (1).

Il semblerait qu'il n'en soit rien même si certaines d'entre nous ont si bien intégré la norme sociale qu'elles le croient - ce qui est logique : on prend l'habitude d'un certain rituel, et il nous aide vraiment à la longue, ça devient comme un échauffement avant une activité -, de même que la plupart des gens trouvent moches les traces de vieillissement alors qu'il n'y a aucune raison : on peut avoir un beau visage avec des rides et les cheveux blancs ne sont pas laids, ils adoucissent un visage.   

Voilà donc qu'une fois de plus rien n'était aussi simple que ça semblait. 

Du coup je n'en admire que davantage mes consœurs qui parviennent à satisfaire à tant d'obligations malgré elles et rends grâce aux réseaux sociaux qui permettent des échanges qu'on n'aurait pas forcément en direct : je n'aurais pas osé interrompre une de mes camarades de piscine se maquillant consciencieusement après un entraînement du matin, Tu le fais parce que ça te fais plaisir ou parce que tu te sens obligée ?

J'en viens aussi à interroger ma propre pratique : j'aime certains vêtements, certaines chaussures, une forme d'élégance à mes yeux (probablement assez particulière) ; je peux m'acheter un habit en raison de son tissu (la texture plus que le motif). Et je me rends compte qu'il y a un cas où j'aime me préparer : pour les vêtements de sport, avant une course, le choix de la tenue optimale, de là où le confort sera le plus grand pour une performance non entravée. J'ai une grande réticence à l'uniforme, seulement un maillot de sport d'une équipe ou une tenue de club me donnent des ailes (2). Peut-être que si j'avais considéré la séduction comme un sport, j'eusse aimé passer des heures en salons esthétiques ou à me maquiller ?

Quoi qu'il en soit je suis heureuse de pouvoir encore vivre dans un monde où l'on a le choix, au moins celui d'aller sans masque si l'on préfère ça.

 

 

(1) Au fond le même mécanisme à l'œuvre que pour tant d'autres choses : étant une fille, si je constate que quelque chose me concernant n'est pas comme ça devrait selon la norme majoritaire, j'ai intégré que c'est mon cas particulier qui cloche. Il m'aura fallu passer le demi-siècle pour m'apercevoir que souvent c'est la norme ou même le fait qu'il y en ait une qui serait à remettre en cause. Je suis simplement un être humain qui fait difficilement les choses par obligation dès lors que celle-ci ne lui semble pas logique ou serait source de souffrance. Je ne suis ni conformiste, ni obéissante. Ça peut être bien vu chez un homme, mais chez une femme, non.  
(2) Très relatives, les ailes, mais par exemple me donnent la force de ne pas abandonner et d'arriver dans les délais.

PS : Plus le temps passe et plus je prends conscience mais sans doute aussi parce que les critères ont évolué que ce que je perçois comme vulgaire pour la tenue des femmes est considéré comme sexy voire élégant. Alors que ce que je trouve classe est considéré par d'autres comme négligé.


MPdPEP (Méga Problème de Pas Encore Privilégiée)

L'appellation de départ est d'origine @tellinestory controlée 

 

Détenir une maison "de campagne" alors qu'on est d'invétérés citadins c'est découvrir un peu chaque mois de nouveaux impôts. Ainsi cet "assainissement" dont nous ignorions l'existence et qui se rappelle à notre bon souvenir. N'empêche que tu te dis j'ai payé l'eau, le gaz, l'électricité, tutto bene et bim voilà l'assainissement. 
Globalement je reste impressionnée par le nombre de choses à payer. J'ai l'impression (fausse, j'en suis consciente) d'un fourmillement de factures. 

C'est apprendre aussi qu'il n'y a pas de service d'enlèvement des encombrants, chacun étant supposé disposer d'un tracteur et d'une remorque, I presume. C'est intéressant cette histoire d'encombrants aka monstres : 

À Paris tu appelles un service qui te donne un numéro que tu fixes sur les objets que tu déposes sur le trottoir et un service ad-hoc passe dans la demi-journée.
À Clichy c'est un soir par semaine. Tu déposes ton bazar et au matin plus rien (soit qu'il ait intéressé des récupérateurs en maraude soit que le camion du service officiel l'ait embarqué à l'aube)
Dans le Val d'Oise il y a un calendrier avec un passage une fois par mois et le droit de déposer la veille des objets, mais à la condition expresse que ça soit des encombrants qui n'encombrent pas trop.
Dans la Manche, tu as juste le droit d'apporter toi-même tes gros meubles ou objets périmés à la déchetterie, mon interlocutrice a eu du mal à comprendre ma question tellement un passage collectif organisé n'entrait pas dans ses habitudes. 

Je me suis inscrite sur donons.org afin de distribuer les meubles que nous ne pouvons pas garder. J'espère que ça fonctionnera. Ça va être une course contre la montre, malgré tout le travail que j'ai entrepris depuis mars dernier et que la maison était fort bien rangée - moins, le grenier -.

Ça n'est pas une surprise mais je m'aperçois que ce dont je ne sais me séparer ce sont les meubles faits maison (mon père était un bricoleur averti), ou aménagés maison, tout ce qui comporte des traces écrites de la main des défunts, et les objets qui ont une histoire - par exemple ce lustre que je ne trouve pas beau mais dont j'ai le souvenir précis de l'achat en Italie et qui venait d'un oncle par alliance qui les vendait ; je me souviens du dialogue des grands qui marchandaient, je me souviens que je comprenais ce qui se tramait -. 

Quand toute cette onde de choc sera absorbée, et les meubles et les objets casés, je me consacrerai à notre appartement qui n'en peut plus d'absorber les flux successifs d'affaires liées aux fins d'emplois et fins de vies. Et il faudra que je règle mon problème de livres. Ils sont beaucoup trop nombreux pour le volume de l'appartement. Un nombre important me tiennent à cœur. Mais certains n'étaient que des lectures d'un temps donné, il n'y a pas de raisons particulières de les conserver.