"The radium girls" de Kate Moore

(Au départ un thread sur Twitter mais ça mérite bien un billet)
 
Alors comme le "Feel good" de @thomasgunzig m'avait donné la pêche et du courage et aussi pour éviter d'enchaîner avec un autre roman que j'aurais forcément trouvé fade, j'ai attaqué cette lecture-ci dans la foulée. C'est passionnant, mais quel coup de poing même en s'y attendant
 
 
Image
 
 
 
Il s'agit de la terrifiante histoire des jeunes femmes qui travaillèrent au début du XXème siècle dans des usines où l'on utilisait le radium en particulier pour créer des aiguilles fluorescentes sur différents appareils. Elles travaillaient au pinceau.
 
 
Pour davantage de précision et de rendement, et aussi parce qu'à tremper dans l'eau les pinceaux durcissaient, elles le passaient sur leur langue entre deux tracés.
Le livre relate leur long combat pour faire reconnaître comme maladies professionnelles les cancers et autres conséquences qu'elles subirent, et obtenir prise en charge des soins et dédommagements.
Dès le début certaines jeunes femmes s'étaient méfiées, assez vite des médecins consultés furent sur la bonne piste, l'un d'eux obtint même de visiter les locaux, mais on ne lui communiqua pas toutes les infos.
 
 
Le pire étant que leurs employeurs savaient, du moins à partir d'un certain moment, et d'ailleurs prenaient des précautions pour eux-mêmes, mais toute la structure hiérarchique prétendait que Mais non, vous ne craignez rien.
 
 
La famille de la première victime décédée dans d'atroces souffrances, fut réduite au silence parce que des avis médicaux officiels prétendirent qu'elle était morte de syphilis, ce qui laissait planer des doutes sur la conduite de la défunte, qu'on aurait pu considérer à titre posthume comme une fille légère (par exemple de dissuasion aux éventuelles protestations). Et quand ça commençait trop à se savoir à un endroit que les jeunes femmes qui bossaient là ne faisaient pas de vieux os, une usine ouvrait dans un tout autre état. Salaires élevés, à côtés marrants (elles brillaient en soirée (au sens littéral)), et hop de nouvelles recrues réjouies arrivaient.
Un degré d'horreur supplémentaire est venu du fait que comme les ouvrières étaient ravies dans les débuts, car ce travail était mieux payé et vraiment moins pénible que la plupart des emplois d'usine, lorsqu'il y avait besoin de recruter, elles en parlaient à leurs sœurs et cousines et amies. Ce qui fait que des familles se sont retrouvées décimées ou des voisinages entiers.
 
De nos jours ça n'est plus le radium, mais je reste persuadée qu'on fait peu de cas de la santé des gens quand beaucoup d'argent peut être gagné par qui les emploie.
 
C'est un livre formidable ... dont je n'ose pas trop conseiller la lecture, tant il est dur, les pathologies déclarées atroces, et le cynisme des employeurs absolu. Avec en arrière-plan une façon de considérer que ça n'était pas (si) grave, ça ne concernait que des femmes et qui n'avaient pour la plupart qu'une éducation primaire. 

Tricotés mains

 

    En lisant le livre de souvenirs d'Odette Nilès Lecland, j'apprends que le pull de la photo emblématique de Guy Môquet lui avait été tricoté et envoyé en colis par sa mère qui s'était inspirée de celui qu'une photo du footballeur Rudi Hiden avait rendu enviable. Le jeune résistant admirait le footballeur, elle avait voulu lui faire plaisir. 

Hiden-300 Hiden-300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Mon mauvais esprit n'a pu s'empêcher de la ramener et de me signaler que de nos jours les héros auraient plein de noms de marques et de logos sur leurs dernières photos ; il n'en demeure pas moins que) Je me sens touchée par ce détail, moi qui prête peu d'attention aux apparences, mais sans doute un peu aux petites attentions. 


Comme une sorte de blague à retardement (Jacky Schwarzmann, "Pension complète")

 

Fullsizeoutput_1799  Persuadée que tel était le cas, j'ai commencé à lire "Pension complète" de Jacky Schwarzmann, comme un polar luxembourgeois qu'une amie m'aurait conseillé.

Seulement à la fin du chapitre 4, le narrateur se retrouve envoyé sur la Côte d'Azur pour cause d'ennuis qui lui pendent au nez et de personne de son très proche entourage qui peut lui permettre de se réfugier dans un yacht à Saint Tropez.

C'est alors que sa voiture tombe en panne et qu'il se trouve obligé de se loger à côté du garage où elle doit être réparée.

Le voilà donc qui page 46, débarque au camping précis où mon club de triathlon avait son stage en avril, tous les détails y sont et j'ai tellement ri (1) que j'ai dû interrompre ma lecture. 

Remise de l'effet bonne blague, j'ai poursuivi ma lecture, très facilement car dans la catégorie polar déjanté et drôle quoiqu'assez pertinent sur ce qu'il dit de la société, ce roman tient la route, et voilà que page 117 deux des protagonistes se mettent à causer triathlon et par n'importe lequel, le Xterra en France dans lequel l'un des coachs de notre club s'est illustré récemment et qui présente la particularité de consister en un parcours VTT pour le vélo et trail pour la CAP.

Arrivée à ce stade, j'ai cru que Jacky Schwarzmann était le pseudo de quelqu'un du club qui aurait participé au stage, ainsi qu'au Xterra, de l'année passé. La qualité de certains compte-rendus de courses rédigés au sein du club rendait l'affaire plausible. 

Une fois de retour devant l'ordinateur j'ai pu constater que ça n'était pas le cas, Jacky Schwarzmann est un écrivain de l'est de la France et qui vit à Lyon, si j'ai bien compris. Par ailleurs je suis parvenue à retrouver l'article qui m'avait menée jusqu'à la lecture de ce livre : non pas un conseil d'ami·e mais un billet sur l'excellent blog Encore du noir.

Je me suis donc une fois de plus fait une blague à moi-même puisque l'info des lieux et du camping y était. Mais tout simplement lors de ma lecture de la chronique, je n'avais pas percuté - au stage j'étais simple participante et je ne me suis préoccupée du lieu qu'au moment de m'y rendre, son nom ni la région ne m'étaient familiers -.

En attendant j'ai découvert le travail réjouissant d'un auteur que je ne connaissais pas, mais dont j'ai l'impression qu'il s'est appliqué à me faire une bonne blague personnellement à moi. Merci pour le grand éclat de rire et le chouette moment de lecture, en tout cas.

 

(1) Parce que l'environnement me rappelait tellement le village dans Le Prisonnier que je n'avais pas pu m'empêcher de jouer à imaginer quelques intrigues polardeuses pendant que lors des différents entraînements je courais. 

PS : Un blog à présent abandonné, une émission sur France Culture, une balade littéraire sur Radio Nova : j'aurais pu lire ce roman plus tôt, mais ç'eût été moins rigolo. Et peut-être que j'eusse été moins détendue au camping pendant le stage si ma lecture avait précédé le séjour ;-) :-) . Parfois la vie se goupille bien. 


Photos éparses

P1150052

    À force de cavaler, au sens propre et figuré, j'ai négligé de faire le ménage, et dans l'appartement et dans les mémoires électroniques de mon ordinateur et de mon téléfonino, voilà que tout est saturé et que les mises-à-jour ne peuvent s'effectuer.

Me voilà contrainte aujourd'hui à une sorte d'arrêt au stand, tris, copies, suppressions, de photos principalement, afin de pouvoir ensuite redémarrer.

À l'ordinaire, si quelque chose chez moi est bien classé, ce sont les photos. Répertoires par mois de prises de vue et double sauvegarde voire triple avec le Time Machine.

Seulement voilà, il y a toujours quelques images qui pour des raisons que j'ignore, probablement des interruptions de connexion en cours de transmission, à moins que quelque cliquer-glisser hasardeux, se retrouvent dans des dossiers inattendus. 

Le ménage de ce jour m'a donc permis de glaner dix images, l'une d'elle datant de février 2016, la Seine en crue à l'Île de la Jatte, la plupart de 2018 : fête de la musique à Levallois avec Klosman aux manettes - dont l'une assez étrange -, quelques-unes d'un dépannage à la volée sur les Champs-Élysées lors de la dernière étape du Tour de France vue des fenêtres la Maison du Danemark, un éclat de soleil sur trois arbres de la forêt de Saint Germain en Laye et un portrait de moi lors d'une rencontre que j'animais en janvier 2018 à la librairie Charybde où je travaillais. DSC00668

 

 

J'aime bien cette sorte d'aléa qui me fait retrouver quelques bribes, principalement de l'an passé qui me paraît si loin déjà tant l'année a été bien remplie et tant ça continue à fond les manettes. 

Tant que la santé suit, on ne s'en plaindra pas, mais jeter un œil en arrière est assez vertigineux - hein ? quoi ? j'ai grimpé tout ça ? -.

J'en ai fait une sorte de mini album


Gallimard Crash Test (premier au)

 

Fullsizeoutput_cc3

Il y avait eu un dégât des eaux clair net et fort dans le dressing room qui me servait entre autre à stocker quelques (!) livres en attente de meilleur rangement.

Dans l'urgence j'avais balancé délicatement déposé quelques sacs de livres et d'autres choses, sur le balcon. C'était quelques jours avant les très violents orages du 27 juillet à Paris.
Quand j'avais par la suite regardé sur le balcon les sacs semblaient intacts. 

Ils ne l'étaient pas. Ou pas tant que ça. Quelques livres et documents furent rendus illisibles définitivement, transformés en une sorte de retours à la pâte à papier.

Et puis il y a ce "Septembre" de chez Gallimard, ces bouquins à la couverture beige classique à l'air fragile comme ça. Mais qui ne l'est pas tant que ça. 
Une fois épongé, certes, il semble dans un sale état, mais les pages se sont bien détachées les unes des autres, l'impression n'a pas déteint, il est méchamment gondolé mais parfaitement lisible après deux inondations subies successives.

Je l'ai mis à se dégondoler entre deux anciens dictionnaires. En attendant, je suis impressionnée.

PS : Plus inquiétant, certains sacs plastiques semblent avoir été attaqués par une substance chimique. Peut-être étaient-ils biodégradables, peut-être n'ont-ils pas adoré les grêlons. Il n'empêche qu'on dirait bien qu'en plus cette pluie était acide, non ?


Rencontre avec Thomas Gunzig

27545204_1797996756917270_845567783879675235_n
Il est le gars des cafés serrés du mercredi, entre autre aussi le co-scénariste du film "Le tout nouveau testament" et l'auteur de "La vie sauvage" (1), ainsi que de plusieurs romans et d'une belle collections de nouvelles à l'humour tendre et décapant.
Bref, ami-e-s d'Île de France ou de Paris intra muros, c'est l'occasion ou jamais de venir découvrir un auteur qui vous réjouira.

C'est donc demain soir chez Charybde, à partir de 19h30 et autour d'un verre, une belle façon de se mettre en train avant un dîner en amoureux ou au contraire de pour une fois bien s'amuser malgré le côté plombant et discriminatoire des fêtes imposées.

Librairie Charybde
129 rue de Charenton
75012 Paris
métro gare de Lyon ou Reuilly-Diderot 
09 54 33 05 71

(1) lien vers la critique par Michel Torrekens sur Actualitté


Claude Pujade-Renaud chez Charybde

Rencontre Claude Pujade-Renaud

En réouvrant l'ordinateur de la librairie, tout à l'heure, je me suis aperçue que la veille en arrivant j'avais commencé un billet pour annoncer la rencontre du soir même avec Claude Pujade-Renaud à notre librairie. 
Mais j'ai eu tant à faire que les choses en étaient restées là : le titre et avoir téléchargée l'affiche de l'événement, ne pas même l'avoir déposée sur le billet esquissé. 

Du coup, c'est au lendemain que je complète le billet, cette fois-ci pour dire que la rencontre a eu lieu, que nous avons causé beaucoup de William Faulkner et un peu du travail de Claude, et que ce fut un grand honneur et un grand bonheur pour moi.

La photo a été prise par Nathalie (Peyrebonne) que je remercie parce qu'en plus elle me fait marrer, avec mes origines italiennes que je ne peux renier. 
(Mais bon quand je seras grande je voudras faire de la radio, pas de la télé, alors ça n'est pas grave si je cause avec les mains)


Première semaine

 

     P5241822

Il est vraiment troublant de constater à quel point la vie nous met par moment des accélérations inouïes.

Me voilà déjà libraire chez Charybde depuis une semaine, qui fut plutôt de formation car je dois apprendre les spécificités locales, il y en a toujours, et une part d'activités administratives. Il y aura inévitablement des surprises au fil de l'eau, il y en a déjà eu une et de taille, et qui risque de bien nous compliquer la vie, mais la passation de consignes sur fond de dossiers bien tenus me rappelle lorsque j'avais pris à "l'Usine" la succession une fois d'un gars très compétent, méthodique et organisé : tout y était clair et net, avec de la logique. Je pense donc que la période d'adaptation sera intense mais peut-être pas si longue. La clef sera de rapidement trouver un rythme pour les différentes tâches. 

Pour la première fois durant ma seconde vie professionnelle, j'arrive dans un endroit que je connais déjà, c'est très troublant de débuter tout en s'y sentant à ce point chez soi, et dont un certain nombre des habitués sont déjà des connaissances voire des amis. 

Alors cette première semaine est passée comme dans un rêve, à une vitesse folle, d'autant plus que ma vie personnelle dans le même temps combinait premier triathlon et grenier (de la maison où vécurent mes parents) à vider et travaux à préparer. Je vais enfin pouvoir et devoir vivre à ma pleine vitesse. Tenter que coïncident l'énergie d'entreprendre qui est en moi avec l'énergie physique nécessaire pour que l'action ait lieu. Ce défi me rend heureuse.

Il n'est pas raisonnable de mener l'ensemble de front. Mais je n'ai pas du tout été maître de la coordination. Pourquoi a-t-il fallu que la maladie puis la mort de ma mère coïncide avec mes débuts en triathlon (alors que j'avais tenté de m'inscrire l'année qui précédait et y songeait depuis octobre 2011), et que ces deux éléments tombent exactement au moment où la librairie Charybde avait besoin d'une personne pour remplacer l'amie qui regagnait son premier métier, elle-même contrainte par un calendrier légal de dates limites de mise en disponibilité ?

Je crois que s'il n'y avait le deuil, et combien il est dur de faire face à ses conséquences (1), je serais heureuse comme du temps de la préparation des répétitions de chorale pour les concerts avec Johnny ou comme le "juste après" de la période du Comité de soutien (2).

Bizarrement, les présidentielles qui m'ont tant souciée, me semblent dater d'une ou trois éternités. Comme si le quinquennat était déjà bien avancé. Parvenue à saturation avec cette campagne comme je n'en avais jamais vu, je ne parviens pas à m'en inquiéter. 

 

(1) pour autant pas si malheureuses, je ne veux surtout pas me plaindre. 

(2) à Florence Aubenas et Hussein Hanoun


Librairie Charybde : on va commencer par faire la fête

18670787_1526595760724039_8015388982842811047_n

On va commencer par faire la fête, et vous êtes les bienvenus.

Pour ceux et celles qui ne la connaissent pas, la librairie est là : 

Capture d’écran 2017-05-28 à 00.19.15

C'est non loin de la gare de Lyon ou du métro Reuilly Diderot. Si vous pouvez venir ça me fera plaisir de vous faire découvrir mon nouveau lieu de travail, et de nouvelles lectures.

[photo-montage par Hugues Robert à partir d'une photo prise par Marianne Loing à Arras le 1er mai 2016 ; je suis très touchée qu'ils aient tenu à fêter mon arrivée]

PS : Quant au petit chien il fut aimablement prêté par George Orwell (non, je rigole)


Et pourtant il faisait gris

 

    Après la journée de la veille qui amorçait un début de printemps, l'hiver était revenu marquer son territoire météorologique et temporel. L'âge venant on se laisse moins surprendre par ces sensations de froid qui sont surtout celles d'une amplitude thermique, et d'une influence de la grisaille. Dans l'absolu il fait quand même 10 degrés Celsius ou peu s'en faut.

La journée, fors un "faux départ rejouez" du fait d'une faille organisationnelle à la piscine de Levallois, et une matinée consacrée à un tunnel de tâches administratives (1), fut pourtant des plus agréables. Je sais que la tristesse et la fatigue issue des mois d'accompagnement de ma mère et la fragilité induite face à un chagrin ancien, m'empêchent de savourer pleinement ce présent préservé, une phase de calme et de retrouvailles (2) avant de retourner au combat. 
Pas nécessairement sur le plan personnel, ou je me sens hâtive d'un beau défi à relever, sans parler du triathlon, et ça me plaît comme jamais, mais plutôt général, entre le pouvoir désormais en place aux USA, la Turquie qui semble aspirer à la guerre, et notre pays menacé par le résultat probablement catastrophique des prochaines élections (3).

Ce vendredi achevé par une belle rencontre littéraire avec Karine Reysset, qui fut aussi une belle rencontre tout court, à l'Attrape-Coeurs (du XVIIIème), là où il y a pour moi douze ans (4) tout a en quelques sortes commencé, sera parvenu à franchir ces obstacles pour constituer une fort belle journée.

Et pourtant il faisait gris.

 

(1) Finalement si Antidata proposait son thème "Phobie" à présent, je saurais quoi écrire.

(2) C'est terrible d'à quel point boulot + accompagnement d'un malade grave + les autres choses à faire font que l'on perd de vue les meilleurs amis, par effet mécanique de temps personnel asséché et absence de disponibilité d'esprit. 
(3) Il est terrifiant d'assister impuissants à la montée d'idées dangereuses et moisies, quand ses adeptes sont imperméables à la rationalité et parlent en anciens fidèles d'une secte enfin reconnue comme religion ou pire en néo-convertis. On en arrive au moment où comme lorsqu'un-e ami-e est saisi par un nouvel amour dont on voit bien qu'il le ou la conduira au fond du désespoir dès la lucidité revenue, on comprend qu'il n'y a plus rien à faire qu'à se maintenir à bonne distance et revenir présents une fois sa catastrophe consommée.

(4) La librairie va sur ses 15