Photo d'autrefois

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Cette photo, retrouvée dans les affaires de mon père quand j'ai rangé trié déménagé la maison de mes parents, me fascine. L'homme à gauche est mon père jeune, la photo date probablement des années 50 à Paris. Elle n'était pas dans un album, il n'y avait pas de noms, je ne sais rien de plus et plus personne n'est là pour pouvoir expliquer.

En fait j'ai l'impression qu'elle pourrait s'intituler : 

Mon père et des ami·e·s dans un roman de Modiano

ou peut-être 

The no-name café 

Je m'aperçois que je ne sais rien, ou très peu, des amis de jeunesse de mes parents.

Quelques bribes du côté de ma mère car nous avons gardé un lien fort avec La Haye du Puits où elle a grandi. Une de ses amies d'enfance est même venue à ses obsèques et je lui en sais gré.

Des anecdotes du côté de mon père qui me racontait dans ses bons jours volontiers "Quand j'étais petit" ou "Quand je venais d'arriver à Paris". Seulement mon père faisait comme je le fais quand je relate un épisode qui implique des tiers, il ne les nommait pas, ne divulguait d'elles ou eux que ce qui avait un sens pour l'histoire qu'il avait envie de raconter. Ou alors il donnait les surnoms, car en Italie avec l'usage des diminutifs sur les prénoms, c'est courant. Donc il y avait le copain qui était une armoire à glace mais était tombé KO au premier coup de poings (bagarres de fin de bal musette), l'autre pote qui était "une force de la nature", et ses exploits horticoles et athlétiques, en plus de son boulot d'usine, etc., toutes  personnes sans autre désignation. Des prostituées d'un hôtel où il logea un temps près de la porte maillot et qu'il semblait tenir en estime et réciproquement quand il avait installé sur le WC collectif à la turque un système rabattant et la plomberie qu'il fallait pour les transformer en douche quand on le souhaitait. Il s'empressait de préciser qu'il n'était pas client, et que contrairement à d'autres il les respectait. Il racontait que son dispositif avait eu un inconvénient par ricochet : parfois les toilettes étaient longuement occupées par quelqu'un qui se lavait. C'était l'après guerre en France et les installations sanitaires laissaient à désirer. 

Un nom demeure car il s'agissait d'un couple que mes parents ont fréquenté durant mes petites années : Peppino ; je crois me rappeler qu'ils étaient plus aisés que mes parents. Et que par ailleurs lui était mort, car plus âgé (mais pas tant que cela ?), que c'était pour ça qu'ils ne se voyaient plus. Ou parce que d'autres avaient vers la fin ses faveurs ?

De loin en loin nous allions chez des collègues de mon pères ou eux venaient à la maison. Mais ma mère manquait d'enthousiasme, au fil des ans ce type de fréquentations s'est effiloché. J'y ai sans doute involontairement contribué car on m'avait fait croire que j'avais peur des chiens. Alors quand on allait quelque part où il y avait un chien, ses maîtres l'enfermaient à cause de moi et ça me rendait malheureuse, le chien pleurait derrière une porte, tout ça devait plomber l'ambiance. Après la naissance de ma sœur je pense que ma mère refusait les déplacements du dimanche. S'est alors ouverte la période, tout le monde en voiture et on se promène en voiture, l'usage de la voiture comme une fin en soi, on est heureux d'en posséder une, tout le monde n'en possède pas (1) ; avec éventuellement trois pas dehors dans un joli endroit (L'Isle Adam, le château de Compiègne, Chantilly ...).

Voilà pourquoi je n'ai aucune idée de qui sont les personnes sur la photo, probablement des fréquentations de mon père entre son arrivée d'Italie et le moment où il rencontra ma mère, dans le bus pour aller au travail, qu'ils empruntaient régulièrement vers Nanterre aux mêmes heures, avant que le travail pour lui, puis pour elle, ne migre à Poissy (2).

Il y eut bien sûr des fréquentations de voisinage - je me souviens des noms des voisins à Chambourcy alors que nous en sommes partis quand je n'avais que 5 ans 1/2 -, des fréquentations de parents d'élève - la famille Duval dont la petite Hélène était une grande amie de ma petite sœur, dont je me suis souvent demandée ce qu'ils étaient devenus -, des fréquentations via des activités, sportives en particulier, que ma mère pratiquait. Tout ça eut lieu plus tard, et peu de fêtes, sauf de famille avaient lieu à la maison. Les dimanche étaient de bricolage pour mon père, de sports dehors ou d'heures studieuses pour moi, ma sœur sortait peu et ma mère avait toujours quelque chose à faire. C'étaient des vies de travail, week-ends compris. La détente c'était : regarder la télé. Et donc personne ne venant qui aurait correspondu pour l'un ou l'autre de mes parents, aux années d'avant. 

Sur cette photo, qui sont les gens ? Quel(s) étai(en)t leur(s) lien(s) ?
Et où était ce café (potentiellement à Paris vers le XVIIème arrondissement) ? 

 

(1) rien à voir avec l'écologie ou le fait que les transports en commun suffisent. Tout à voir avec l'argent qu'il faut pour en acheter une. Le vélo est encore un moyen de transport comme un autre, mais qu'on rêve de laisser tomber pour l'auto ou, si l'on est encore jeune mobylette ou moto. Les scooters en France sont rares, mais en Italie très courants. 

(2) aux usines Simca  


Un souvenir de Cerisy

 

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Nous approchons du mois d'août, nos comptes en banque crient famine, et mon avenir professionnel, même si j'ai trouvé le local qui irait bien pour une librairie que je pourrais tenir, reste fort incertain. Alors je me rappelle les bons souvenirs et parmi eux celui-ci : le colloque Hélène Bessette fin août à Cerisy. 

J'ai failli connaître un bonheur d'une semaine, mais le décès d'une de mes tantes aura brièvement interrompu l'élan. Revoir les cousins et les cousines était pas mal non plus, même si deux hommes manquaient qui ont préféré tenter la vie auprès d'autres femmes, incapables qu'ils furent de faire face aux diminutions naturelles de leurs propres capacités physiques. 

Il n'empêche que cette semaine restera pour moi une parenthèse magique et probablement unique car mes finances ne permettent pas de telles folies, ni mes emplois, lorsque j'en ai, de choisir mes dates d'absence.

Je me souviens fort bien de tout ce que j'ai appris et du bonheur que c'était de découvrir certains textes inédits ou devenus des raretés, je me souviens de moments magiques, d'une grande balade à vélo vers la mer, d'une soirée de lectures à voix haute au grenier - ces moments pas si fréquents je crois, même dans une bonne vie, où l'on a la sensation d'être au bon endroit au bon moment et qu'on ne serait nulle par ailleurs aussi bien, aussi précisément en adéquation (1) -, des belles rencontres que j'y ai faites.

Seulement ce qui me revient en premier, lorsque je ne réfléchis pas, ce sont deux éléments fort peu littéraires : 

Mon peu de goût à être servie, cet embarras dans lequel ça me met. Nous étions à chaque repas servis personne par personne à table par des jeunes femmes en livrée, nombreuses, et qui passaient même pour proposer du plat principal une seconde fois. Je n'aurais pas voulu être à leur place, mais je n'étais pour autant pas à ma place à la mienne.

L'absence totale de clefs. Je n'étais pas tout à fait tranquille concernant mon ordi - le vol de mon sac fin 2017, la volatilisation de mon téléfonino quelques mois plus tôt lors d'une assemblée de libraires, et les vols à répétitions dans la maison de Normandie la même année, m'ont rendue intranquille à ce sujet -, que la plupart du temps je m'arrangeais pour conserver près de moi ; seulement pour le reste, quel infini et formidable sensation de liberté. Pendant une semaine ne pas avoir à se préoccuper de serrures et de clefs et d'ouvrir et de fermer, et de vérifier qu'on avait bien sur soi des clefs, pendant une semaine vivre naturellement, se faire confiance. C'était si bon. Et rassurant. 

Je m'étais alors souvenu qu'en banlieue de Paris, dans mon enfance, on ne fermait à clef une maison que lorsque l'on s'absentait, faisant suffisamment confiance au monde pour laisser ouvert les accès en notre présence, sans avoir à craindre d'intrusions (2). On ne fermait présents que pour la nuit. Et c'était le cas pour les voitures aussi. Les portes n'étaient pas blindées, les grillages bas, les portails bouclés seulement si une famille s'en allait en congés.

Voilà ce qui reste de plus marquant, malgré de fortes et belles émotions et stimulations intellectuelles : les clefs, la belle vie que c'est sans. 

 

(1) L'amour fait ça également, lorsqu'on a un temps d'intimité qui nous est accordé et dans un lieu que l'on apprécie ou que l'on découvre, enchantés.
(2) Jusqu'au jour où Philippe, le mauvais garçon du quartier, est tombé dans l'héroïne et que lui ou ses fréquentations ont commis des larcins vite fait, dans les maisons, abusant de la confiance collective que les habitants avaient. 

 


Les suites de l'incendie de Notre-Dame parfaitement résumées

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... par Alice sur son blog (le billet est plus long que l'illustration que j'en partage ici). Je partage sa sidération pour la virulence des déchaînements, sachant que dans l'ensemble et globalement nous nous sentons toutes et tous bouleversés.

 

Il y avait un bel élan toutes tendances confondues pour être soulagés qu'il n'y ait pas de victimes (1) et vouloir que l'on rebâtisse. 

Et aussitôt, ça s'est déchaîné pour se fritter. 

J'étais récemment à un repas où une jeune femme (c'était avant l'incendie) expliquait sa stupeur quant à ce comportement des français : passer une soirée à presque en venir aux mains sur un ou deux sujets et puis le dîner est presque fini, quelqu'un se lève et propose courtoisement, café ou tisane ou pousse-café et tout le monde redevient les meilleurs amis. 

Nous venons de donner à l'échelle d'une nation un fabuleux exemple de cette capacité à s'engueuler violemment alors que sur l'essentiel nous sommes d'accord, et malgré nos divergences partageons la même émotion.   

 

(1) Les alarmes à incendie ont si bien fonctionné qu'il n'y avait aucun signe ni odeur à telle enseigne que l'organiste et un prêtre une fois l'évacuation des passants et fidèles effectuée étaient rentrés chez eux persuadés d'un exercice ou d'un dysfonctionnement. [lu dans un article de Ouest France]

PS' : J'aime beaucoup ce qu'Alice écrit aussi du jour même. Comme elle s'apprêtait à subir une intervention chirurgicale, le décalage entre la pression de nos vies quotidiennes et cette catastrophe est chez elle encore plus saisissant. 

PS'' : Lu chez David Madore, qui fait partie des personnes qui savent exprimer les choses avec une clarté qui me donne l'impression d'être plus intelligente que moi : 

Petites pensées rapides sur l'incendie de Notre-Dame


Le vrai boulot des gens (et quelque chose du 13 novembre 2015 en passant)


    Depuis quelques temps je m'efforce de suivre l'émission de fin d'après-midi "LSD la série documentaire" de Perrine Kervan sur France Culture, dont les enquêtes disent beaucoup de nos vies d'aujourd'hui, en laissant, me semble-t-il respectueusement, la parole aux gens "qui font".

Celle de cette semaine qui reprend, si j'ai bien compris, un travail antérieur, portait sur le travail de la police scientifique à Paris et ses alentours

J'ai cru écouter d'abord comme lectrice et autrice potentielle de polars, et très vite j'ai été captivée comme on peut l'être avec presque n'importe quels métiers dont le quotidien concret nous était étranger. Toutes celles et ceux qui témoignent sont impressionnant•e•s de calme, s'efforçant d'expliquer de sur une scène de crime ou d'accidents ou de catastrophes, lorsqu'ils doivent prendre en charge des cadavres techniquement, c'est le boulot qui prime, la concentration, qu'il faut cloisonner, éviter de songer à l'humain vivant que fut la dépouille. Plusieurs répètent, c'est le travail, c'est comme ça. On n'est pas des héros, vous savez on s'habitue. Et puis il y a ceux qui n'ont pas de tracas à s'occuper des carcasses mais ne sauraient faire face aux proches, celle qui en revanche parvient à mettre la compassion de côté et se met en écoute attentive pour parler aux familles lors de la collecte d'éléments pour aider aux identifications. 
Il est question aussi du cadavre de trop, le moment, différent pour chacun où la distanciation professionnelle ne tient plus et qui signifie que l'on doit changer de poste avant que d'être moins efficaces ou se laisser dévorer - comme quoi ça n'était pas si facile, en fait, ces métiers -.

Et puis il y a cette émission particulière dédiée au travail consécutif aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Surtout n'allez pas l'écouter si vous ne vous en sentez pas le courage. Mais si vous le pouvez, d'une façon terrible, ça fait du bien : même s'il y eut des cafouillages - dus à des ordres et contrordres et délimitations de périmètres d'interventions pas assez nettes, en haut lieu ; ainsi qu'au fait qu'on n'avait jamais eu tant de victimes d'un seul coup à Paris depuis les combats de la Libération (1) -, les professionnels de la police scientifiques ont fait un boulot énorme et qui force l'admiration. En particulier la façon dont comprenant qu'il se passait quelque chose, quelques-uns étant au Stade de France à suivre le match de foot de ce soir-là, avant même de recevoir des ordres ils s'étaient déjà mis en contact avec leur service et s'étaient avertis. Et puis les heures de travail sans relâche qu'elles et ils se sont enfilées. Une femme témoigne qu'elle fut loin de chez elle pendant 10 jours après un bref repos le samedi après-midi. Il y a aussi celui qui pendant des semaines a eu pour tâche d'analyser l'enregistrement audio qui du fait qu'il s'agissait au Bataclan au départ d'un concert est devenu celui de la tuerie. C'est particulièrement intéressant et impressionnant ce qu'il dit.
La question est également abordée du surcroît de travail consécutif pendant plusieurs mois dû non pas tant aux tâches directes mais à tout ce qui n'avait pas pu être traité d'autre de l'activité d'en temps normal et qui s'était accumulée.

Et puis toutes et tous, d'insister, je n'ai fait que mon travail. De toutes façons il fallait bien le faire, on l'a fait. Grande gratitude envers eux.

 À retenir pour le cas de prochaines attaques, éviter de tenter de joindre la personne pour la vie de laquelle on s'inquiète, ça peut risquer de la signaler aux agresseurs si elle est encore vivante à ce cacher. Et puis en cas plus tard de non réponse envoyer un SMS indiquant Ce téléphone appartient à ... , notre identité, ce qu'on est pour la victime potentielle, et comment nous joindre.

 

 PS : écoute fortement conseillées à toutes celles et ceux qui écrivent des polars ou des scénarii de séries policières.

 

(1) Et aussi que jusqu'à présent les plans d'urgence en cas d'attentats étaient orientés "attentats à la bombe", car ce type d'attaques où les gens se font tirer dessus puis les terroristes se font exploser n'avait pas en France encore de précédent. 


État d'âme

 

    Ce luxe que c'est, car ça nécessite que les choses soient calmes et l'emploi du temps pas trop bousculé.

Noté donc ceci ce matin sur FB, et comme je me dis qu'il y aurait sans doute matière à un billet je le reprends ici 

Dans la continuité d'une conversation récente, constate grâce à un rythme de vie plus calme revenu (première période depuis avril 2016) qui me laisse le temps de penser, que celle et ceux qui sont brutalement partis me manquent effectivement comme des morts. C'est-à-dire que je pense à eux, je les aimerais encore là, mais c'est une personne figée telle qu'en mes souvenirs et qui n'est pas la personne qu'ils sont quelque part ailleurs avec d'autres actuellement.
(et que j'ai très envie de revoir les ami-e-s perdu-e-s de vue ces dernières années pour cause de sur-activité et zéro temps disponible, mais ça, ça n'est pas surprenant)

avec son PS

Le hic étant qu'avec les vols subis en 2017 et le téléphone puis l'ordi avec l'agenda et le répertoire attenant, je n'ai plus aucune coordonnées d'un certain nombre de personnes qui me sont chères (tout en ayant récupéré par voie automatique des contacts principalement téléphoniques dont je n'ai plus la moindre idée, anciens collègues ? rencontres professionnelles ponctuelles ? blogueurs des tout débuts ?)

Ici j'ajouterais qu'alors que nous ne nous connaissions que de vue et pour moi de lire ses écrits, il y a un réel poids de l'absence de Mathieu Riboulet. Sans doute parce qu'il était proche de pas mal d'ami-e-s pour qui il a beaucoup compté - il présentait les gens les uns aux autres qui ensuite en faisaient quelques choses, visiblement c'était en lui comme un don d'association -. Bien sûr l'omniprésence de son absence au colloque Bessette a renforcé ce sentiment, cette sensation. Mais elle pré-existait. Son fantôme me demeure présent. Comme l'est celui d'Honoré.
Sans doute qu'au fond de moi je refuse qu'ils soient totalement définitivement absents. 

 

 

 


Jan Palach, le football, les affaires d'état et le temps disponible

 

    Je lis ces temps-ci "La vie brève de Jan Palach" d'Anthony Sitruk, dont je pense qu'il est une bonne approche contemporaine pour des jeunes qui n'ont rien su du sacrifice du jeune étudiant tchèque en son temps. Le fait d'allier à la reconstitution des faits historiques le présent d'un homme de maintenant et ses interrogations peut rendre le sujet accessible et c'est bien.

Parmi les questions que l'auteur se pose et nous pose, revient celle de notre apathie face à la marche néfaste du monde, ce que Jan Palach par son geste souhaitait réveiller. C'est quelque chose qui me titille moi aussi, et chaque fois que j'ai pu ou ressenti que je devais militer je l'ai par moment fait. Mais bien des fois je n'ai rien fait parce qu'entre mes devoirs familiaux et mes obligations professionnelles, je ne pouvais guère me libérer.  

C'est ce qui nous sauve et ce qui nous entrave. Le quotidien qu'il faut assumer. Que l'on ne peut jamais laisser bien longtemps entre parenthèse lorsque l'on ne fait pas partie de ceux qui ont les moyens et l'aptitude de déléguer à d'autres leurs tâches du quotidien.

En cette période de resdescente d'euphorie après une victoire de l'équipe nationale à la coupe du monde de football, accentuée par le déroulement d'une affaire d'état - j'ai ri aux premiers jours tant une part ubuesque et burlesque s'exprimait, mais je la trouve effarante et très inquiétante, pas d'illusion sur la suite, ce qui est probable c'est qu'après le vacillement, la surveillance et la répression du moindre mouvement de protestation se feront encore plus fortes, dûment pourvues de validations officielles que cette fois le gouvernement aura pris soin de faire préciser par avance,
(J'espère me tromper)
en cette période donc il est particulièrement flagrant d'à quel point lorsque l'on fait partie du menu peuple le moindre jour détaché de la besogne se paie cher en rattrapage à assurer.

Concernant le football c'est particulièrement flagrant. Du moins pour qui s'y intéresse, même sans nécessairement faire partie de qui le suit au jour le jour au fil des ans. 
Les débuts d'une compétition telle que la coupe du monde s'accompagnent d'un regain d'énergie : on met du cœur à son ouvrage sachant que plus tard dans la journée viendra le moment récréatif de suivre un match. 
Puis pour peu qu'aucune catastrophe n'intervienne et que le tournoi soit réussi, ce qui fut splendidement le cas ce coup-ci, du beau jeu, des buts, on est pris par l'événement, voir la suite devient important. On aménage notre emploi du temps, ou l'on regrette de ne pouvoir le faire.
À un moment les choses s'emballent et l'on met sous le boisseau une part de nos corvées afin de parvenir à rester sur la vague, comme sous sa protection. 
Qu'il y ait défaite à un moment donné ou bien victoire tout au bout, la redescente est presque la même : tout ce qui avait été mis sur le côté reprend ses droits. Le travail nous réclame ou si l'on en a pas d'en retrouver afin d'assurer notre subsistance, le travail de la maison ne peut souffrir une trop longue période sans.
La liesse régresse, y compris pour celles et ceux qui peuvent enchaîner sur des congés : il faudra bien que quelqu'un s'y colle de préparer les repas, faire les courses, les vaisselles ou les lessives, ranger et nettoyer. Il faut surveiller les comptes, de plus en plus souvent rester en lien avec le travail qui ne saurait souffrir d'une période prolongée d'absence absolue.

Le phénomène, la joie et la prévisibilité des étapes en moins reste le même pour une affaire d'état : impossible de suivre de près ses développements si les choses se prolongent au delà de quelques jours. Les spin doctors le savent qui poussent à jouer la montre. La précarité de plus en plus généralisée accroit le phénomène : de moins en moins de boulots sont routiniers, on se retrouve requis-e , rentrant chez soi avec la fatigue de la journée sans forcément la force de faire l'effort de se tenir au jus.

Les consciences ne sont pas nécessairement endormies, elles sont accaparées. Sans pouvoir se permettre de se détacher trop longtemps du quotidien qui nous épuise mais fait qu'on tient. 

Je vous laisse, j'ai à faire. Bien obligée.

 


Une allégresse

 

    Une période de ma vie professionnelle va bientôt prendre fin ; compte tenu du contexte - je ne suis toujours pas revenue à mon équilibre après le décès de ma mère couplé à d'autres difficultés sérieuses concernant ma famille au sens large ; j'ai fait ce qui était devant être fait, mais il reste toutes sortes de tâches moins urgentes, pas moins importantes à accomplir - c'est peut-être quoique triste une chance. Tout s'est aussi passé comme si j'avais utilisé un de ces ustensiles d'aide au regonflage quand un pneu de vélo est crevé. OK ça permet de finir le trajet, il n'empêche qu'à un moment il faut bien s'arrêter et vraiment réparer. 

Le temps est bientôt venu de le faire. Vraiment réparer. Ne plus tenir le deuil à distance à coup de sur-occupation professionnelle mais le laisser enfin traverser. Cette perspective, paradoxalement, me remplit d'allégresse.

J'ai bien d'autres projets pour la suite et eu de bonnes nouvelles récentes de ma santé ce qui me laisse croire à un possiblement bel avenir.

Mais d'abord finir les choses bien, puis souffler, faire bien du sport (sans forcer, comme pour une convalescence), prendre enfin le temps de pleurer, écrire, ranger, tenter de remettre enfin d'aplomb l'organisation de la maison.

Et dans le très immédiat, objectif Cublize : parvenir à le boucler, ce triathlon distance M. Malgré qu'entre le travail très prenant et le déménagement des affaires et meubles de mes parents, je n'ai pas pu m'entraîner comme il eût convenu. Et cette allégresse-ci est en forme de défi. 


Tu peux compter sur moi

C'est venu en statut FB mais je le dépose là pour ne pas l'oublier


 C'est impressionnant à quel point derrière chaque réussite dans un travail de création il y a à un moment quelqu'un ou plusieurs qui ont tendu la main à celui ou celle qui avait le quelque chose et l'envie d'y travailler. C'est un parent, un enseignant, un conjoint, un pote d'entre les potes, un autre qui en est passé par là, s'en est sorti et aide les suivants, parfois une relation qui joue le mécène. Ou alors : une fortune familiale qui permettait de n'être pas obligé de perdre sa vie à la gagner.
Depuis que je suis rentrée hier soir, je cherche une exception et n'en trouve aucune ou peut-être un seul mais je pense que sa femme joue un rôle plus important qu'il n'en a conscience (il n'a pas la charge mentale de l'intendance chez lui).
Depuis que je suis rentrée hier soir je me dis aussi qu'il y a des parents formidables à un point que je n'imaginais pas possible.

Le système économique dans lequel nous vivons nous pousse à être individualiste mais y a pas à tortiller, les êtres humains, quand on s'en sort pour des trucs bien (1), c'est toujours collectif quoi qu'on veuille nous inculquer. 
Notre individualité ne compte que dans ce qu'elle permet de contribuer, en étant le réconfort des précédents, la courroie de transmission des suivants, en laissant d'éventuelles traces qui les aideront ou en aidant ceux et celles qui sont à même de le faire. 

 

(1) Je ne parle pas de faire fortune et d'épuiser le monde entier


Courage Kevin !


     19424225_10211140613204256_787983641398322188_nJ'ai assisté le 24 juin (2017) à la victoire de Kevin Maurel au triathlon de Deauville. Il avait surclassé les autres concurrents parmi lesquels certains de haut niveau.

Il se trouve que je prenais des photos près de l'arrivée, pour les camarades de mon club (1).  34790038773_274ecab7ca_o

Alors bien sûr il y avait la joie de la victoire, il s'agissait d'un L (2) finir n'est pas à la portée du premier venu, finir dans les premiers est vraiment gratifiant, mais j'ai perçu quelque chose de plus, dans sa manière élégante de la savourer, dans l'ampleur de l'écart avec qui le suivait, j'ai songé Tiens, c'est quelqu'un qui s'autorise enfin [et développe son talent]. Presque aussitôt je me suis dit qu'il serait temps que j'arrête d'inventer des et les histoires de chaque personne croisée, que ça suffisait de se faire des films, qu'on imagine mal des parents dire à un enfant grandissant, Ne fais pas de triathlon et passe ton bac d'abord.

Il en est simplement resté que j'étais contente pour lui, un peu comme s'il avait été un camarade du club qu'aux entraînements je n'aurais pas beaucoup croisé mais avec lequel il y aurait eu ce lien de même appartenance.

Voilà qu'aujourd'hui, par la grâce d'un lien relayé par une amie, je tombe sur cette interview de l'athlète.

Il y déclare entre autre : 

"Je ne me suis jamais vraiment investi dans le triathlon. J’étais très irrégulier dans mes entrainements et j’avais d’autres préoccupations professionnelles. Pour moi le sport restait un moyen de retrouver mes amis pour passer de bons moments à l’entraînement et m’aérer la tête avant de rentrer à la maison.[...] En juillet 2016 je me suis séparé de mon employeur pour diverses raisons. C’est à ce moment que je me suis investi dans le triathlon. Je me suis laissé 3 mois d’entraînement pour « performer » sur le 70.3 de Vichy. J’y ai pris la 2e place (course réservée aux AG) au scratch. J’ai enchaîné 1 semaine après avec les Trigames, un triathlon LD avec 2000mD+ dont Anthony Pannier et Marcel Zamora étaient les têtes d’affiche. À ma grande surprise, j’ai remporté la course. [...] Après ces 2 résultats, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à tenter et 2017 était  l’année ou jamais. J’ai décidé de me laisser une année pour voir jusqu’où le triathlon pouvait me mener."

Me voilà donc d'autant plus admirative. Mon expérience d'existence m'a rendue d'autant plus sensible aux trajectoires non linéaires et aux succès de ceux qui n'ont pas toujours eu les vents favorables dans leur navigation. 

Je lui souhaite de tout cœur de pouvoir continuer un bon moment au plus haut niveau. J'imagine que comme dans d'autres sports loin du football pour les hommes, être professionnel signifie seulement avoir un emploi aménagé, mais qu'il convient de tenir quand même, et que ça ne doit pas être simple vu l'intensité et la régularité des entraînements requis. 

 

 

(1) que selon ma mauvaise habitude, je n'ai pas encore trouvé le temps de partager entièrement. En fait la plupart des membres du club utilise FB mais ça me gêne toujours autant, au vu de la politique de récupération des données de ce réseau social, d'y partager trop d'images (et aussi parce que les albums importants ne sont pas pratiques à consulter). Une dropbox semble s'être égarée. Je vais sans doute utiliser flickr.

(2) 1,9 km de natation, 85 km de vélo, 21 km de course à pied.