De la relativité du Ne rien faire

 

    Je tiens des classes prépa, de la lutte quotidienne pour mener une vie "normale" malgré la béta-thalassémie (mineure), et de la pratique du triathlon, la capacité de me mettre à la tâche en mode machine et de m'y tenir lorsqu'une échéance lourde s'impose. Il se trouve que je suis née avec le goût de l'effort, ce n'est pas une question d'éducation, je n'ai aucun mérite c'est ainsi.

En revanche comme il n'y a pas de miracles (ou alors très rarement) et que je ne fais pas usage de produits dopants, je paie généralement ces pics d'activités par un ou plusieurs jours d'incapacité relative.

De la même façon que j'ai appris à endurer avec sérénité les crises de froid qui me venaient après nager dans la Manche sans combi, j'ai appris - il m'aura fallu longtemps - à ne pas résister inutilement lors de ces journées où mon corps a besoin de récupérer.

C'est l'horreur quand je dois malgré tout aller travailler. C'est pénible (le cerveau voudrait agir, sait parfaitement toutes les tâches qu'il faudrait accomplir seulement le corps ne suit pas) mais supportable lorsque je peux me permettre de rester chez moi. 

Simplement ça créé une journée blanche, durant laquelle rien n'est fait de ce qui était devant l'être.

Rien ?

Voyons ça. 
Aujourd'hui j'étais dans ce cas, mission Lave linge et réfrigérateur accomplie. 
J'avais prévu d'aller nager au réveil, repéré une piscine qui ouvrait à 7h. L'idée était de faire un petit "décrassage" qui rendrait ma carcasse moins douloureuse des efforts des jours précédents.
Sauf qu'au tôt matin, il pleuvait des cordes.

J'ai attendu que ça se calme, j'y suis finalement allée. Pour nager peu et très lentement, mais cependant nager  Capture d’écran 2018-08-09 à 19.14.35
Au retour j'en ai profité pour imprimer à Pont Cardinet des billets cartonnés pour quelques trajets en trains prévus prochainement. 

J'ai descendu les encombrants stockés provisoirement sur le balcon aux encombrants (1), sorti une lessive et lancé la suivante, fait des courses - c'est qu'on a un réfrigérateur à remplir ! -, préparé un bref repas (2).

Il y a eu beaucoup de sommeil sinon et pas mal de sports regardé sur l'ordi (Championnat Européens).

Force m'est donc de constater que lorsque je ne fais rien, néanmoins, je fais.

J'espère que demain je serai à nouveau opérationnelle, il me reste encore bien du travail à abattre pour rendre à notre famille des conditions de vie acceptables. Et par ailleurs je ne peux demeurer plus longtemps sans écrire. Survivre sans écrire me bouffe une énergie folle. 

Enfin, il est plus que temps que je m'attelle sérieusement aux entraînements de triathlon.

 

(1) Dans notre rue c'est le jeudi soir.
(2) Pour le dîner le fiston a pris en charge et commandé des tater tots 

PS : Je fais donc partie des gens qui ayant touité au sujet de l'affaire Benalla se retrouvent épinglés dans une liste censée servir de base pour dépister les fake news. Pas eu le temps d'y voir de près ni de déposer de plainte auprès de la CNIL, mais il semblerait que le fait de faire de l'ironie sur un sujet revient pour l'algorithme à propager des rumeurs. Je comprends mieux pourquoi un beau matin mon compte avait fait l'objet d'une revalidation nécessaire pour activités inhabituelles. Ce dispositif a dû foutre le bazar, à moins que tous les comptes concernés n'aient fait l'objet d'un signalement.
La France, ce pays où bientôt on ne pourra plus évoquer une affaire d'état sans s'attirer des ennuis. 
Je dépose pour me le rappeler quelque copie d'écran d'une des discussions qui s'en est suivie. Et je note pour ne pas donner une fausse impression du fait de l'avoir mentionné que ce fut le cadet de mes soucis tout au long de la journée - je n'ai pas d'employeur qui puisse en prendre ombrage -. Je crois simplement que c'est intéressant pour ce que ça dit de l'air du temps. 

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Jan Palach, le football, les affaires d'état et le temps disponible

 

    Je lis ces temps-ci "La vie brève de Jan Palach" d'Anthony Sitruk, dont je pense qu'il est une bonne approche contemporaine pour des jeunes qui n'ont rien su du sacrifice du jeune étudiant tchèque en son temps. Le fait d'allier à la reconstitution des faits historiques le présent d'un homme de maintenant et ses interrogations peut rendre le sujet accessible et c'est bien.

Parmi les questions que l'auteur se pose et nous pose, revient celle de notre apathie face à la marche néfaste du monde, ce que Jan Palach par son geste souhaitait réveiller. C'est quelque chose qui me titille moi aussi, et chaque fois que j'ai pu ou ressenti que je devais militer je l'ai par moment fait. Mais bien des fois je n'ai rien fait parce qu'entre mes devoirs familiaux et mes obligations professionnelles, je ne pouvais guère me libérer.  

C'est ce qui nous sauve et ce qui nous entrave. Le quotidien qu'il faut assumer. Que l'on ne peut jamais laisser bien longtemps entre parenthèse lorsque l'on ne fait pas partie de ceux qui ont les moyens et l'aptitude de déléguer à d'autres leurs tâches du quotidien.

En cette période de resdescente d'euphorie après une victoire de l'équipe nationale à la coupe du monde de football, accentuée par le déroulement d'une affaire d'état - j'ai ri aux premiers jours tant une part ubuesque et burlesque s'exprimait, mais je la trouve effarante et très inquiétante, pas d'illusion sur la suite, ce qui est probable c'est qu'après le vacillement, la surveillance et la répression du moindre mouvement de protestation se feront encore plus fortes, dûment pourvues de validations officielles que cette fois le gouvernement aura pris soin de faire préciser par avance,
(J'espère me tromper)
en cette période donc il est particulièrement flagrant d'à quel point lorsque l'on fait partie du menu peuple le moindre jour détaché de la besogne se paie cher en rattrapage à assurer.

Concernant le football c'est particulièrement flagrant. Du moins pour qui s'y intéresse, même sans nécessairement faire partie de qui le suit au jour le jour au fil des ans. 
Les débuts d'une compétition telle que la coupe du monde s'accompagnent d'un regain d'énergie : on met du cœur à son ouvrage sachant que plus tard dans la journée viendra le moment récréatif de suivre un match. 
Puis pour peu qu'aucune catastrophe n'intervienne et que le tournoi soit réussi, ce qui fut splendidement le cas ce coup-ci, du beau jeu, des buts, on est pris par l'événement, voir la suite devient important. On aménage notre emploi du temps, ou l'on regrette de ne pouvoir le faire.
À un moment les choses s'emballent et l'on met sous le boisseau une part de nos corvées afin de parvenir à rester sur la vague, comme sous sa protection. 
Qu'il y ait défaite à un moment donné ou bien victoire tout au bout, la redescente est presque la même : tout ce qui avait été mis sur le côté reprend ses droits. Le travail nous réclame ou si l'on en a pas d'en retrouver afin d'assurer notre subsistance, le travail de la maison ne peut souffrir une trop longue période sans.
La liesse régresse, y compris pour celles et ceux qui peuvent enchaîner sur des congés : il faudra bien que quelqu'un s'y colle de préparer les repas, faire les courses, les vaisselles ou les lessives, ranger et nettoyer. Il faut surveiller les comptes, de plus en plus souvent rester en lien avec le travail qui ne saurait souffrir d'une période prolongée d'absence absolue.

Le phénomène, la joie et la prévisibilité des étapes en moins reste le même pour une affaire d'état : impossible de suivre de près ses développements si les choses se prolongent au delà de quelques jours. Les spin doctors le savent qui poussent à jouer la montre. La précarité de plus en plus généralisée accroit le phénomène : de moins en moins de boulots sont routiniers, on se retrouve requis-e , rentrant chez soi avec la fatigue de la journée sans forcément la force de faire l'effort de se tenir au jus.

Les consciences ne sont pas nécessairement endormies, elles sont accaparées. Sans pouvoir se permettre de se détacher trop longtemps du quotidien qui nous épuise mais fait qu'on tient. 

Je vous laisse, j'ai à faire. Bien obligée.

 


Late


    Le réveil du téléfonino avait sonné, tu l'avais éteint sans tarder malgré un rêve fort prenant qu'il interrompait (1). Finalement malgré la fatigue [de la période surchargée] ça n'était pas si difficile de se lever. 

Au radio réveil tu croyais écouter la fin de Paso Doble (avec Bastien Vivès) ou François Angelier, mais c'était déjà Jacques Munier. Il était question des 100 jours de Trump qui faisait visiter le bureau ovale à tout va y compris à de vieux rockers racistes et Sarah Palin et qu'il s'amusait à appuyer sur le bouton rouge qui fait venir un majordome avec une bouteille de Coca. Tu t'es demandée si tu n'étais pas en train de dormir parce que quand même ça n'était pas très plausible tout ça. Mais tu avais déjà enfilé un jean et des chaussettes et tu vérifiais que dans ton sac de piscine le maillot y était. C'était un début de journée tout ce qu'il y a de plus normal en fait.

C'est quand tu as enfilé le porte-clefs de cou avec celles des antivols du VTT que tu savais en réalité vraie avoir laissé dormir dans la réserve de la librairie de Montmorency que tu t'es réveillée. Sortie de ce sommeil paradoxal dans lequel tu avais si parfaitement songé à ce que tu étais censée déjà avoir fait.

Le seul fait avéré était que tu avais scrupuleusement éteint le réveil du téléfonino.

[résultat : 30 minutes de retard sur un entraînement d'une heure, la honte]

 

(1) vague souvenir de sillonner la ville sur un double-decker bus sans doute par conjonction d'en avoir croisé un dans Paris récemment et qu'un membre de ta petite famille soit à Londres pour quelques jours.

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Dimanche jet-lagué

 Comme je préparais une rencontre-dédicace pour la librairie, et que nous n'étions pas encore tout à fait sorties du rythme "rentrée scolaire", la semaine n-2 avait été diablement intense. Un rhume à voix éteinte était venu compliquer les choses. J'avais comme d'habitude tenu le coup en refusant de m'avouer vaincue. Cette attitude bravache finit généralement par impressionner les microbes mais leur retraite s'accompagne d'une fatigue résiduelle supérieure à celle qui subsisterait si l'on avait capitulé d'entrée, passé trois jours au fond du lit pour se relever alors que leur victoire trop facile ne les intéressait déjà plus. Le lundi qui est mon dimanche avait été actif, puis la nouvelle semaine s'était présentée, elle aussi fort joliment chargée. 

D'où un retard solide dans les tâches domestiques et d'écriture, les photos à envoyer, les mails à répondre, tout (1).

Comme je disposais d'un dimanche non travaillé et d'un lundi prévu tranquille - j'hésite seulement au soir entre piscine et poésie -, je comptais mettre à profit le dimanche pour me remettre à flot.

Il faisait grand beau. Nous sommes allés courir. 

Mais en prenant notre temps. Celui d'admirer la face sud de l'île qui nous permet d'agréables entraînements (au soleil à l'abri du vent, on avait un sursis de presque-été). Celui de s'étonner de la transparence de la Seine dans cette zone-là. À presque donner envie de s'y baigner (c'est bien la première fois).

Celui d'admirer les joueurs de basket de rue, au bord de l'eau à Levallois. Ce sont généralement de sérieux concurrents qui s'y pointent et tout sport pratiqué à un certain niveau a ses beautés - y compris ceux pour lesquels on n'est pas passionnés -. 

Le dimanche était déjà à demi englouti lorsque nous sommes rentrés. 

Je comptais lire un tantinet, mais me suis endormie d'un bloc presque jusque au soir (2). Il faisait nuit lorsque j'ai pour de bon émergé. Avec la sensation de qui était en train de se remettre à l'heure après un voyage en avion aux nombreux fuseaux. C'était très agréable, ça me ramenait à mes sensations de 1989 lors d'un merveilleux séjour en Californie auprès de mon amie Carole et de sa famille, un des plus merveilleux moment de ma vie.

C'était un peu compliqué, j'ai cru qu'on était la semaine d'après ou que des choses prévues dans la semaine à venir avait déjà eues lieu la semaine d'avant. Il faut dire que jeudi en allant au travail par un chemin qu'une chaussée effondrée avait par ricochets compliqué, j'ai voyagé dans le temps et que j'ai pensé à l'avenir (ce qui ne m'arrive presque jamais, l'avenir pendant tant et tant d'année c'était vivre d'un jour l'autre, au plus loin, horizon fin de mois, la franchir sans trop d'encombres) alors c'est un peu normal que je ne sache plus quand j'en suis. 

Le fait est qu'à présent je me sens réveillée comme j'aurais dû l'être en plein dans la journée. Ce n'est pas désagréable je vais pouvoir un peu travailler pour moi, et rattraper mes retards de lectures chez les amis, mais pour ce qui est de ranger, rechercher (des habits, des papiers), repasser, lancer une lessive c'est raté.

 

(1) ou presque : pour les paiements d'impôts et de factures, j'ai accompli ce gros effort vendredi.
(2) J'en ai même profité pour faire un méga-beau rêve (même s'il finissait bizarre), au cours duquel je retournais en Belgique et pas pour rien ni n'importe qui.

PS : Et à part ça, grand merci à François Bon pour cette vidéo et ce lien (Sophie Cavez).
Merci aussi à Matoo pour le lien vers cette video de Nicole Ferroni drôle et instructive au sujet du Tafta CETA.


Bricoles (deux ou trois)

 

    Vendredi matin actif, au cours duquel, j'aurais incidemment appris : 

- Qu'il existait de la mozarella auvergnate (la personne qui l'affirmait semblait vraiment sérieuse, elle promettait l'adresse du producteur au fromager) ; 
- Qu'il y a deux ans des chasseurs mécontents qu'une course ait lieu avaient délibérément mélangé les balises qu'un trail de nuit dans l'Essonne. Le sabotage s'était révélé (hélas) efficace ;
- Que la réceptivité à ce que l'on lit (et ce que l'on voit ou entend aussi) est fortement amoindrie par l'épuisement, le  stress, le fait d'avoir "la tête ailleurs". Ce n'est pas une découverte, simple confirmation. Il n'empêche que relisant les premiers romans de Thierry Beinstingel qui viendra à la librairie samedi 8 octobre, je suis impressionnée par ce que j'y avais raté - tout en étant à l'époque, déjà admirative et d'avis qu'ils étaient très intéressants - : lus pour certains alors que je n'en avais pas fini avec "l'Usine", c'est comme s'il m'avait manqué une dimension d'appréciation, comme si j'avais vu en noir et blanc un film qui était en couleur, quelque chose de cet ordre.
Lorsque l'on sort de l'épuisement (qu'il soit dû à un surmenage ou à une maladie) on ne comprend plus à quel point ça nous amoindrit, et que ça n'est pas seulement en terme de On fait / On ne fait plus, mais aussi d'une façon très insidieuse, un champ de vision qui se rétrécit, des teintes qui ne nous parviennes qu'en nuances de gris.
- Qu'en dehors d'un travail, de quelque chose en binôme (TD ou épreuve sportive), on est souvent plus lents à deux que seuls. J'en prends conscience ces temps-ci pour ce qui concerne le courant de la gestion domestique et des tâches ménagères. Moi qui espérais qu'être à vraiment deux aiderait / permettrait de récupérer du temps d'écrire ... Encore une illusion perdue.

J'ai par ailleurs observé que se confirme le retour (?) de La Mano Negra dans ma vie. Pas mal écouté à une époque, même un souvenir de concert collectif (une fête de quelque chose ?) dans lequel ils participaient pour quelques titres, puis sans raison précise si ce n'est un phénomène de DVD en fond de pile, puis moins puis plus du tout, voilà que je les retrouve au détour d'un film projeté lors d'un week-end de ciné-club, que je trouve dans la rue aux encombrants, un ou deux CD d'eux ... J'apprécie toujours la pêche qu'ils donnent. 


Encore une idée (vouée sans doute à la jachère)

 

    Je me suis réveillée avec une nouvelle idée de roman, un truc simple, un peu grave un peu marrant et qui à mesure que j'y réfléchis me semble cohérent, tenir la route. Pas de la haute littérature - en serais-je capable même si je pouvais disposer de ma vie ? - mais quelque chose que des personnes comme j'étais avant de tomber dedans pourraient lire avec intérêt, plaisir ou amusement. Et, si je réussis mon travail, après y repenser et glaner quelques pistes de réflexions, de voir certaines choses différemment, se poser quelques petites questions.

Comme dab j'ai vite posé les jalons. Je sais que mon temps d'écriture est limité, la première étape consiste donc à ramasser le matériau et les points de repère pour ne surtout pas oublier le gisement entrevu.

Seulement voilà : c'est la rentrée. 

Même si je travaille à temps partiel, compte tenu des trajets et de la période spécifique, active et chargée, ça suffira à me garnir l'emploi du temps et employer l'énergie.

Il y a pas mal de choses à faire d'un point de vue vie quotidienne. Traditionnellement période d'inscriptions, de démarches, d'aller chez le coiffeur, de faire les révisions médicales d'usage, de quelques achats d'équipements.

Il y a à l'appartement des urgences de travaux, de rangements.

Plus que jamais cette année : reprendre les entraînements.

Il s'agit d'une fiction. J'en avais déjà une sur le feu. Ça demande non seulement du temps mais une forme de disponibilité d'esprit que je ne parviens jamais à maintenir sur la durée : il n'y a pas de période assez calme, il se passe toujours des tas de trucs - quelqu'un malade, des catastrophes collectives, des fuites d'argent ou d'eau, des tâches pour lesquelles on se retrouve requises sans l'avoir cherché -, et je ne sais toujours pas comment cloisonner, le fait est que je suis sévèrement atteinte par le syndrome de George Bailey. 

Comment font les autres ?

Mes prochaines vacances seront actives : c'est le festival de cinéma d'Arras, emploi du temps garni.

J'ai réussi à réduire mon temps de sommeil mais il reste assez grand. Et je sais qu'en la matière forcer ne sert à rien car on peut se retrouver debout mais inefficace et totalement embrumée.

Bref, encore une idée qui risque de se lyophiliser alors qu'il y avait matière à faire.

Je ne suis pas jeune, et le temps file.

Mes deux atouts sont l'oloé parfait (1) et le fait que celui-ci des chantiers ne nécessite pas de documentation fors quelques coups d'œil dans mes archives personnelles. Mais une fois la période de sa fermeture annuelle franchie je ne pourrai m'y rendre que deux ou trois demi-journées par semaine. Combien de temps me faudra-t-il pour dans ces conditions aller au bout d'un simple premier jet ? Pourrais-je le faire sans perdre l'élan ? Avant le printemps qui s'annonce pour le pays si désespérant (2) ?

Une fois de plus je me demande par quel sentier parvenir à destination, permettre à ce projet de se concrétiser, lui réserver des heures fructueuses, sans pour autant laisser le reste aller à vau-l'eau. Il faudrait sans doute que je prenne exemple sur mon amie Samantdi qui parvient à faire place à son Américain, tout en menant et gagnant sa vie.

 

 

(1) que constitue la BNF
(2) Je sais d'ores et déjà que j'aurais un grand coup de découragement après les élections dont le résultat telles qu'elles s'annoncent ne pourra à mes yeux être qu'un cauchemar ou un écœurement. Si seulement pouvait surgir une sorte de Barack Obama homme ou femme avec un programme respectueux de l'environnement et des gens et qui serait crédible dans une tentative de mise en œuvre éventuelle.

 


Fouettés sans crème et bariatrie


    

Une façon comme une autre de tenter de refaire surface après que l'ultra violence a à nouveau fait irruption dans le quotidien, et à condition de n'avoir pas été touchés de façon trop intime est de se replonger dans des activités qui nous font du bien, qui donnent un sens aux petites journées de rien - car on peut difficilement traverser chaque journée au rythme aigu des romans noirs ou des temps de guerre : il faut garder le cap coûte que coûte afin de pouvoir assurer son pain quotidien -. 

Ce qui me convient, mais ça dépend de chacun, rien d'universel, c'est d'apprendre des trucs inutiles. J'entends par là de tout et de rien, et qui ne soit lié à aucune obligation immédiate, juste pour le plaisir de savoir un peu plus de choses qu'un peu moins.

L'internet fait de l'exercice un bonheur difficilement limitable : autrefois il fallait se palucher des dictionnaires, feuilleter des magazines, des journaux, et le résultat de cette pêche au savoir facultatif était fort incertain. Aujourd'hui il suffit de voler de lien en lien comme Jane sur ses lianes, voire Tarzan mais c'est moins élégant.

Je me suis donc, en rentrant du petit entraînement mémère du dimanche matin, penché sur le sens d'un mystérieux "Bariatrie" qui ornait un véhicule de transport médical (Ambulances Machins : spécialisées pédriatrie / bariatrie). Il s'agit donc d'une branche de la médecine qui s'intéresse aux personnes obèses (source wikipédia). J'avoue que j'en étais à imaginer des transports spécifiques pour qui a des problèmes respiratoires aggravés, des intoxications au monoxyde de carbone ou des accidents de plongés, bref je songeais caissons hyperbares. Alors que l'entreprise d'ambulances voulait simplement signifier sa capacité à transporter des gens de très petits à très gros.

Je crois que c'est ensuite un touite qui m'a portée jusqu'à cette merveilleuse video de TED qui explique la physique des fouettés en danse et même si je reste aussi nulle en tours (1), coincée depuis vingt-cinq ans au stade de la pirouette practice, et de là j'ai appris que Louis XIV était réputé pour ses qualités de danseur de ballet, que l'appellation "Roi Soleil" en venait.

Puis j'ai joué à distinguer les faux binious des vrai, ce qui était beaucoup plus amusant que d'écouter celui qui veut danser (nu) avec les loups

Au bord de revoir un vieux film (26 ans ?!?!), ça allait un peu mieux, j'ai pu me remettre au boulot. 

 

(1) C'est le geste par excellence qui est à l'intersection de mes difficultés de coordination et de ma perception particulière de la verticalité. 


Le temps du rangement


    L'état de l'appartement est clairement dû à l'épuisement des deux plus âgés habitants, au fait que je lis énormément et souvent des livres que j'achète ou que l'on m'envoie donc ensuite ils restent, et à une première époque de dérangement lorsqu'il avait fallu récupérer les papiers, les dossiers, d'un père seul tombé gravement malade (1), deux ans plus tard le siège social de l'entreprise pour laquelle je travaillais brûlait et j'ai perdu toutes mes affaires, ce qui parce que je faisais office d'archiviste pour mon hiérarchique direct ("Au moins dans ton bureau c'est rangé") dont le bureau fit partie des zones épargnées m'a un temps rendue incapable de rangements. 

À partir de là les choses ont empiré à chaque coup dur, maladies, ruptures, ou périodes trop intenses pour mes capacités, reconversion professionnelle incluse. Sans parler des fuites d'eau qui engendrent des déplacements d'affaires dans l'urgence et font perdre le fil des emplacements. En particulier les recherches pour la fuite d'eau invisible nous ont fait bouger pas mal de choses de façon tout à fait désordonnée afin de chercher d'où diable ça venait (2).

Depuis le 7 janvier, je n'ai su faire qu'un minimum vital - le linge, les livres en cours et les documents administratifs d'usage immédiat -, je suis miraculeusement parvenue à payer à temps les factures, déclarer et payer à temps les impôts, nous n'avons eu d'incidents bancaires que par la suite d'ennuis dentaires dispendieux. Je comptais reprendre les choses en main lors de mes congés que je passais à la maison puisque les dates n'en étaient pas favorables pour partir (3), à quelque chose malheur est bon. Mais un pied blessé m'a gênée pour entreprendre quoi que ce soit. 

C'est seulement à présent, que je parviens à dégager du temps et enfin ranger malgré l'épuisement. 

Il se trouve que la dernière rupture subie remonte désormais à un an et demi. En retombant, lors du tri, inévitablement sur des livres dédicacés ou des copies de messages conservées car à l'époque ils me rendaient heureuse ou sur des vêtements achetés sur place (4), j'ai compris que sans l'avoir cherché, d'attendre j'avais bien fait.

La blessure est légèrement cicatrisée, suffisamment pour me permettre de reconsidérer les choses avec indulgence, même si la perplexité ne m'a pas quittée, accéder à nouveau à l'illusion, beaucoup moins difficile à accepter que l'idée d'une manipulation délibérée de sa part, qu'il a effectivement un temps cru à quelque chose et seulement plus tard, finalement non. Qu'il n'avait pas menti sur ses problèmes de santé, qu'il est allé mieux après ; la cruauté du sort a voulu qu'une autre en profite.

J'ai donc pu faire place nette, archiver ce qui le concernait, regrouper ses livres sans plus être tentée ni d'y replonger (souffrance inutile), ni de pleurer (le pire est passé), sans plus de ressentiment - non, il ne m'a pas volé cinq ou six ans de ma vie, d'abord parce qu'il ne l'occupait pas seul, ensuite parce qu'au vu des échanges que j'ai retrouvés, sans trop les relire d'ailleurs, simplement le nécessaire pour trier, quelque chose de très beau s'était noué. Il n'était alors ni fou ni niais. L'homme que je connaissais n'aurait pas commis d'auto-promotion égocentrée au lendemain d'un attentat majeur, et avec moi il n'aurait pas été poussé à produire quoi que ce soit de niais. Les circonstances, l'amour, l'auront changé. Je n'ai pas à souhaiter d'oublier ces années ni d'avoir eu un tendre ami. Il m'a fait du mal mais pas détruit ma vie. Je n'ai pas besoin de chercher à l'effacer, de chercher à effacer toute trace de ce qu'il fut, qui vaut mieux que ce qu'il est. Il convient désormais sauver de bons souvenirs et passer à la suite, qui de toutes façons ne devrait pas permettre le luxe des états d'âmes : financièrement on va en baver, il faudra que je travaille très vite si je veux que l'on ait une chance de s'en tirer ; que je sois au meilleur de ma forme. Encore une épreuve pour le vieil amour que les ans consolident.
Étonnante loterie que celle de la vie.

Le seul puissant chagrin est désormais la mort de l'ami Honoré.

 

(1) pas le mien (je précise pour le cas où des personnes qui connaissent ma famille d'origine liraient)

(2) Le moins qu'on puisse dire c'est que nos efforts furent doublement vains puisque le voisin a cru qu'on n'avait rien fait.

(3) Je n'avais pas envie de partir seule et les dates ne coïncidaient pas du tout avec celles de mon conjoint qui pour cause de fermeture générale de l'entreprise en août, n'avait pas le choix des siennes. Nous aurions pu partir une semaine début juillet mais elle ne me fut pas accordée.

(4) Généralement pas tant par élégance que pour faire face à une surprise climatique.


"Trajet le plus rapide en mode ferré" qu'y disaient



P7121903 - Version 2Jusqu'au Soleil Levant ça s'est pas mal passé. Invitée à Clamart j'avais pris mon trajet sur la rubrique itinéraire du site RATP et les durées et les arrêts correspondaient à la minute près.

Après j'avoue, j'ai perdu un peu de temps pour aller photographier une Fiat 500 (je fais collection), puis je me suis laissée induire en erreur par un passage qui sur le plan P7121905était nommé rue et que je n'avais en fait pas vue, puis une autre rue sans plaque ce qui fait que je n'ai su qu'à celle d'après que j'avais dépassé le point de départ de l'avenue du tram. 

La route du Canada dans son départ du rond point à contourner s'appelait "rue du Docteur Roux" mais, grâce à un vieux plan papier dont je disposais, je l'ai pigé aussitôt. En revanche j'ai un peu hésité à m'engager dans le sentier qui était ladite route en fait. De même que la "route du Pourtour" était un autre sentier et que le "tourner à droite rue Taboise" correspondait à une utopie de type "Le château de ma mère" chez Marcel Pagnol : si tu n'as pas la clef des portes tu ne peux pas passer. Là, j'ai perdu vraiment du temps à aller d'un côté puis de l'autre, croyant que j'avais manqué un passage, en plus que mon pied fatigué m'empêchait de marcher à une vitesse efficace.

Finalement j'ai dû me résoudre à contourner les propriétés et résidences fermées, et je suis arrivée avec sans doute une heure de retard au moment où les amis commençaient à s'inquiéter. Tout à ma perplexité je n'ai pas pensé à passer le coup de fil qui aurait permis que l'on vienne m'ouvrir l'une des portes car les habitants de ma destination détenaient une clef. J'ai trop bien intégré que je ne faisais pas partie des gens qui détiennent les clefs d'accès et oublie que mes amis, eux, peuvent en faire partie. Et je n'avais pas vu le temps passer.

Je n'éprouvais pas non plus le besoin d'appeler pour une aide, car je n'étais pas perdue, je savais où j'étais, ce qui me manquait c'était de savoir comment passer - typique de toute ma vie, en fait -.

Bizarrement c'est la seconde fois en deux semaines où je dois aller un peu loin en transports en commun et où une fois dans la zone concernée je me heurte à des impossibilités de passer par le chemin indiqué (la première fois c'était à Créteil, un passage qui semblait possible par dessus ou dessous une bretelle d'autoroute et que je n'ai jamais trouvé, là aussi j'avais dû contourner, ce qui prend du temps à pied).

Mais pour l'instant j'ai eu de la chance
je n'ai pas encore rencontré Les Envahisseurs.   P7121846 P7121823 P7121815

Raccompagnée pour le retour, je n'ai eu aucun problème pour rentrer (merci encore).

Sur les conseils de Gilsoub, je viens de charger l'appli citymapper sur mon téléphone, j'espère qu'elle est d'une meilleure fiabilité quant aux portions à parcourir à pied.


Et toi, lis-tu ?


Je suis assise dans l'une de ces cantines moderne, un fast-food qui se veut bio sur les bords (1), comme je devais déjeuner sur le pouce, c'était l'endroit parfait, quoiqu'un peu cher pour mon budget (2). Le bel homme qui était à ma gauche a cédé la place à un couple qui n'en est pas un à proprement parler (3) : deux collègues de bureau. Je ne les ai pas vus, j'étais le nez dans mon livre. Simplement c'était la perception que j'avais deux. Et qui fut confirmée.

Je pense que l'homme était tout jeune, stagiaire ou nouvel embauché, et la femme légèrement plus âgée et peut-être cheffe temporaire du plus jeune ou collègue encadrant.

Peut-être parce qu'ils me voient lire, ils se mettent à parler bouquins. Du moins elle. Qui observant qu'il fait assez peu rebondir la conversation, et après avoir parlé mais du coup sans trop s'attarder, de ses propres lectures lui demande comme si ça n'allait pas de soi : 

- Et toi, lis-tu ?

Et l'homme jeune de faire une réponse un tantinet modianicole "Oui mais euh non, mais enfin quand même" et d'avouer qu'il lit un peu des essais, mais que les romans, il en a, oui, mais n'ose pas s'y lancer.

Alors elle fait quelque chose qui m'a semblé très traditionnel féminin, elle minimise ce qui pourrait être perçu comme de sa part une supériorité : En même temps, moi, c'est particulier, j'ai longtemps en RER.

Il ne la laisse pas faire et répond qu'il a assez de transports en commun pour pouvoir lire, même si c'est souvent debout, mais qu'il manque de courage pour s'y mettre.

Elle a alors une réponse de celles qui allaient de soi au siècle dernier mais plus tant maintenant :

- Oh mais moi ce sont les livres qui me le donnent le courage. Par exemple il y a des matins je n'ai vraiment pas envie de venir, mais l'idée de retrouver dans le RER mon roman, ça m'aide. En fait j'ai hâte de retrouver mon roman.

Je ne sais plus ce qu'il a répondu, quelque chose comme, C'est vrai je devrai essayer, ou Oui c'est pas comme un jeu, c'est mieux. J'étais trop occupée à ne pas faire d'interférence avec l'émotion que je ressentais.

2015, je dois quoiqu'il advienne, ne pas me laisser détourner de mon boulot qui est de fournir à mon tour de ces trucs non chimiques qui aident les gens à tenir. Pas ceux qui sont trop élaborés, je n'aurais pas ce niveau, je ne crois pas, sauf moment de grâce, être capable d'extraire de ma mine une haute littérature, pas non plus ceux qui sont trop éloignés d'un certain savoir-faire (je suis trop vieille pour faire du sentimentalo-sexy-très-mal-écrit et ces jours-ci ultra consciente que le créneau est déjà pris), non juste ça : quelque chose qui fait que la personne en prenant son RER le matin n'y va pas à reculons, et que sa journée sera plus légère et qu'au soir le trajet de retour si elle peut lire sera un bon moment de la journée. Seulement pour y parvenir, il me faut, contrairement à ces dernières années, réussir à négocier le coup avec la fatigue et les difficultés de ma propre existence, et intégrer une fois pour toute qu'elles ne me lâcheront jamais (4).

Je n'ai pas vraiment vu le visage de cette femme. Je ne pourrais donc pas même la remercier pour avoir dit exactement ce qu'il fallait pour me remettre sur pied. Ou plutôt, à pied d'œuvre. 

 

(1) "Des ingrédients frais, préparés chaque jour sur place sans additifs ni conservateurs suspects"

(2) Mais tout est un peu cher pour mon budget, dès lors que je sors du sandwich préparé à l'avance à la maison.

(3) À moins de développements ultérieurs qu'il serait prématuré d'évoquer.

(4) "Alice" me l'a déjà dit, je sais qu'elle a raison. Il faut que je cesse de croire à une utopique période "normale". Mais j'aimerais tellement un temps où personne ne serait malade, où les comptes ne seraient pas dans un rouge inquiétant, où le travail de chaque personne de la maison serait une charge normale, à assumer mais sans angoisse délétère ni peur permanente du lendemain - ces dernières années à peine ça s'arrange pour l'un que ça se désagrège pour l'autre, il n'y aura eu que trois ou quatre mois relativement sereins -. Et qui me permettrait de me concentrer sur mes propres trucs sans que tout ne parte à vau-l'eau.