Lundi soir (moi aussi)

Le café serré de Thomas Gunzig 211216 (pas trouvé la version "Embed")

À part que je n'étais pas nue, et que je ne rêve pas de belles filles dans un jacuzzi (1), que je n'étais pas tout à fait à deux doigts du bonheur (cf. (3) et (4) et l'absence de (1)) et que je n'ai pas consulté les infos une fois au lit avant de m'endormir [pas folle la guêpe, disait-on dans le temps], mais bêtement en allumant l'ordi histoire de me détendre en rentrant du boulot de l'hosto (3). Voilà ça m'a fait pareil que lui. Et dans le même ordre. Et au bout du compte avec la même envie. De repli. Comme un réflexe de survie. 

Le boulot, intense ces jours-ci, et de ceux où l'on est requis - pas moyen de s'isoler perdu dans ses pensées -, fait office de bouclier. Et les spaghetti, c'est moi qui ce soir les ai mangés. Mais voilà, on en est là.

PS : Au passage, j'ai apprécié sur la page concernée, section "détails", l'humour du résumé

Capture d’écran 2016-12-21 à 21.27.31L'humour, ce qui nous reste encore parfois, quand tout est désespéré.

 

 

(1) Mais d'un beau garçon dans la piscine de mes rêves (2) à Bruxelles, pourquoi pas ?
(2) Sauf que j'apprends en cherchant une image qu'elle est devenue un peu moins de mes rêves depuis trois ans, ils ont profité que je ne venais plus ;-) pour lui ôter son élégant plafond et refaire les cabines (leur côté "à l'ancienne" participait de son charme fou). J'apprends au passage que ledit plafond avait tendance à tomber ; peut-être que je risquais ma vie lorsque j'y allais. On est peu de chose. 
(3) Pas pour moi, visite. Mais c'est sans espoir sur l'issue.
(4) L'affaire de la fuite d'eau invisible qui en raison d'une fixation obsessionnelle infantile de l'homme de la maison et d'un manque de transmission d'informations à notre égard, n'en finit plus et risque de nous coûter un fric fou qu'on n'a pas.

 


Monday evening

 

Capture d’écran 2016-12-20 à 00.26.00

J'avais à peine écrit un billet ce matin que j'ai dû filer, et environ une heure après j'apprenais par un SMS que finalement je n'aurais pas à aller travailler et puis la journée a semblé se détricoter, c'était très étrange, tout ce qui était cohérent et logique s'effilochait sans que j'y sois pour rien et puis finalement je suis quand même parvenue à me faire accompagner à l'hôpital où survit ma mère ces temps-ci et je me suis à nouveau fait accuser de tout et n'importe quoi (1). 
Un entretien avec le médecin, une jeune femme, active et compétente, comme sa collègue du service précédent, a permis de stabiliser quelque chose. Je persiste à penser que le choix pour la suite est une erreur, mais c'est celui de la patiente. On peut supposer que sa mise en œuvre effective marquera le début de la fin.

C'est donc très triste que je suis retournée chez moi, mais en ayant au moins vu la vieille dame reprendre courage à l'idée que ce qu'elle souhaitait se fasse. 

Pressée par l'homme de la maison, j'avais quitté celle-ci sans mon téléphone. J'avais passé presque l'entière journée loin de l'ordi. 

En le rallumant, j'ai été cueillie par cette stupéfiante photo qui circulait en toute liberté (2) :

Le début de la finque j'aurais cru tirée d'un film si le touiteron qui la relayait n'avait pas en deux mots expliqué de quoi il s'agissait. Le reste de la soirée, n'aura été qu'une succession d'annonces d'horreurs (Zurich, Berlin) et pour clore en beauté la confirmation de Trump par les Grands Électeurs. Tout venait merveilleusement en place pour une 3ème guerre mondiale (une première guerre nucléaire ?). "Plus rien ne ressemble à rien" avait dit la malade plus tôt dans la soirée, faisant preuve d'une sorte d'hyper lucidité prémonitoire. D'ailleurs il avait été jugé plus tôt dans la journée qu'on pouvait contribuer au détournement par un tiers de 400 millions d'euros de fonds publics et s'en tirer par une petite remontrance.

Alors j'ai tenté de remettre en état l'imprimante, sans doute la seule (toute petite) chose qui n'allait pas sur laquelle je pouvais encore espérer avoir de l'emprise. Et puis j'ai préparé ma journée du lendemain, dans l'hypothèse assez présomptueuse qu'elle ait lieu comme prévu, et regardé avec la complicité d'@athanorster, un dernier pétard avant la fin du monde.

Que faire d'autre quand tout se délite à ce point-là ?

  Capture d’écran 2016-12-20 à 02.03.03

 

 

(1) Je ne sais pas ce qui fait de moi un si bon bouc émissaire. Est-ce parce que je suis trop gentille et que les gens ainsi espèrent pouvoir abuser sans représailles ?
(2) J'ignore du coup qui créditer. Le photographe Burhan Ozbilic, présent au moment des faits a gardé un sang-froid remarquable et pris des photos jusqu'au bout mais il semble au vu de leur angle qu'il était de l'autre côté.


Monday morning

   
Piscine JulieGarder le cap devient primordial, impossible de prévoir quoi que ce soit, à quel moment peut prendre fin ce qui ressemble déjà à une agonie (1). Il y a le travail, heureusement très prenant, mais qui reste à la merci de quelque Tatie Danielle dont l'objectif ultime puisqu'elle n'a pas une bonne vie est de gâcher celle des autres et qui peuvent polluer une journée, différemment mais à même échelle qu'un extrêmiste de droite venu commander ses ouvrages favoris (2).

Il y a les amis, un grand un immense merci à ceux qui m'ont offert hier après le travail une bolée d'oxygène, je me sentais étouffer. Seulement voilà ce qui fait que les temps sont préoccupés et préoccupants rapte tout temps libre et donc occasion de se voir, de passer un bon moment. Je n'ai pu ni passer chez Charybde, ni passer chez Véronique. Je n'ai pas revu mon vieil ami (qui lui même est dans une boucle hosto-boulot-dodo, mais différemment) depuis la fête de la musique. Je sens comme si j'avais perdu un frère. Ça n'aide pas.

Alors il faut aller de l'avant, malgré tout et quand même.
De toutes façons les urgences appellent et par ailleurs la nécessité de gagner sa vie. 

Pour tenir me restent quelques rêves simples de belles piscines. Bien des choses peuvent sembler moins lourdes après avoir longuement nagé.

  

(1) Alors que si la patience consentait à quelques soins, dont l'un est assez simple et de soulagement immédiat, plusieurs mois, voire une année, qui sait, seraient encore possibles, sans que rien ne soit entrepris de douloureux ou particulièrement invalidant, en plus.
(2) On a échappé à "m. K." sans doute qu'il l'a déjà.

 

[crédit photo Julie Lemainque - Boittiaux hier à Tignes]


La fin de la dissuasion


    Tu ne peux détailler la scène, il en va de ton devoir de réserve de libraire, mais tu auras donc vu au cœur d'une journée tonique et agréable, ce que pouvait donner la future présence du retour du fascisme, appelons ça comme ça. L'effet de dissuasion de la deuxième guerre mondiale aura donc bon an mal an tenu soixante-dix ans, le temps pour une œuvre d'accéder au domaine public. Le futur chef de la milice locale dont la présence péniblement cordiale s'est imposée, ne doute pas d'œuvrer au bien de son pays Sa Patrie qui redeviendra pure et désirable après l'accession au pouvoir de qui partage ses idées, et on sent bien que dans sa tête c'est comme si c'était déjà fait.

J'ignore s'il faut se réjouir que l'effet On a vu ce que ça donnait ait duré si longtemps (1) ou se désoler que les leçons de l'histoire ne restent pas davantage en mémoire d'un peuple. Le fait est que l'effet immunitaire de la catastrophe accomplie est désormais fini.
On est au bord d'épisodes suivants.

Et je me demande, avec Trump aux commandes aux USA, Poutine de la Russie et quelques autres puissants facilement (ultra-)violents, sans pitié ni compassion, si la fin de la dissuasion nucléaire n'approche pas elle aussi à grandes enjambées. 

Si d'aventure nous parvenons à esquiver ces principaux dangers, il nous restera à faire face aux conséquences de la surpopulation et de la surproduction et du dérèglement climatique engendré par l'une et l'autre.

Ça faisait un moment que l'avenir n'avait pas été si riant.

Je crois encore en la force tonique et généreuse d'une part de la jeunesse, surtout ceux qui sont extrêmement conscients que notre lieu de vie à tous, cette petite planète si solitaire avec son atmosphère et ses océans, est menacée et que quelles que soient nos origines et notre degré de fortune, on risque tous d'y passer. Mais je perçois les périls comme plus forts que jamais.
Pas fière de ce que nous laissons en partage, malgré toute notre bonne volonté et des efforts qui semblent être tombés dans un puits sans fond, chus au champ d'horreur de l'ultra-capitalisme et du consumérisme triomphant.

Que faire pour éviter le pire ? Et comment ?

 

(1) Quand on pense à la démagogie mise en œuvre par les partis d'extrême droite, leur façon de flatter les plus bas instincts, de se prétendre anti-système au service d'un peuple, la manière dont la conjoncture (crises successives économiques et migratoires et nouvelle phase de terrorisme) les a servis, on se dit qu'ils pourraient déjà être aux commandes depuis un moment. 


Merci André (au sujet d'Alep)

Sur le mur d'André Markowicz, je lis ceci ce matin :

"Sur Alep.

Il y a Poutine. Ce qui se passe à Alep est très exactement ce qui s’est passé à Grozny pendant la deuxième guerre de Tchétchénie, il y a n’aucune différence, d’aucune sorte : destruction totale des bâtiments, de toutes les infrastructures (hôpitaux, canalisations, tout ce qu’on peut imaginer), avec un ciblage privilégié des lieux symboliquement tenus en dehors de la guerre, comme, justement, les hôpitaux, massacre indifférencié de tout ce qui se trouve là, destruction des cadres, — volonté de terroriser la population pas seulement sur le moment, mais pour des décennies, de façon à ce que la mémoire de la répression prévienne, pour des dizaines d’années, toute volonté, toute possibilité, de révolte. Pour que les gens transmettent cette terreur comme dans les gènes, comme ça se passe au Caucase. Il y a Poutine, et ces autres démocrates que sont les Iraniens. Et il y a Assad, qui est, en Syrie, ce que Kadyrov est en Tchétchénie. Il y a ça — cette horreur, constante. Avec, comme toujours, la propagande et la contre-propagande, si importante dans le cas de Poutine dont le régime mène une guerre totale, — à la fois planétaire et minuscule, par les missiles comme par FB, pour qu’on en arrive presque à douter du fait qu’il y a un massacre qui se déroule, là, maintenant.

*

Mais, — en même temps. Je lis « les rebelles » qui résistent à Alep, ou qui, aujourd’hui, sont évacués d’Alep, ou ne le sont pas, — mais, ces « rebelles », qui sont-ils ? Quand je regarde qui ils sont, quels sont les groupes et groupuscules en présence, — d’après ce que j’essaie de trouver dans la presse... Qu’est-ce que c’est que cette coalition d’intérêts opposés ? Qui les dirige, sinon des milices d’Al Qaida ? Et est-ce qu’Al Qaida (appelez ça Al Nosra, ou comme vous voulez) vaut mieux qu’Assad ? Est-ce que ce ne sont pas les mêmes, au bout du compte ? — Avec cette différence majeure qu’Assad est soutenu par Poutine, et possède l’appareil d’un Etat, et qu’Al Qaida est soutenue... par les Etats-Unis. Aussi invraisemblable que ça sonne. Alors, moi, comment puis-je me sentir solidaire des « rebelles » ? Des gens — évidemment que oui, victimes des « rebelles » et d’Assad. Mais... des « rebelles »... non.

*

Et puis, je lis que nous sommes impuissants, que nous sommes indifférents, que nous ne faisons rien. Mais, je ne sais pas, que voulez-vous que nous fassions ? C’est qui, « nous », d’ailleurs ? — S’il y avait quelque chose à faire, — et il faut rendre justice à François Hollande sur ça, — c’était d’intervenir militairement au tout début, en 2013, quand il y avait une chance réelle que l’opposition non-religieuse, démocratique, au régime d’Assad puisse prendre le dessus. La France était prête à le faire, quand, au dernier moment, Obama a fait machine arrière — signant, du même coup (on le voit aujourd’hui) la fin de la « super-puissance » américaine. Dès lors, ce sont les factions islamistes qui ont gagné, massacrant à l’envi, imposant leur dictature à toutes les populations, les tenant en otages, et se massacrant entre elles, puisque c’est le chemin normal des extrémismes, de générer sans fin des extrêmes encore plus extrêmes. Al Qaida est ainsi devenue l’ennemie de Daesh.

La France ne pouvait pas faire la guerre toute seule en Syrie. Elle n’a donc rien fait. Hollande n’a pas, publiquement, dénoncé le renoncement des USA — je ne me souviens pas, aujourd’hui, qu’il l’ait fait. Il s’est tu, j’ai l’impression. Il aurait dû parler — mais s’il l’avait fait, il aurait mis au jour la faillite de l’Occident, il aurait affiché la catastrophe. Et tout était joué. Notre Munich à nous, il s’est passé ce jour précis.

Que voulez-vous que nous fassions, maintenant ? Ou qu’aurait-il fallu faire pendant cette bataille ? Attaquer les avions russes ? Envoyer, là, maintenant, un corps expéditionnaire ? Et contre qui ? Et pour soutenir qui ?

On se retrouve, ici, pour ce fragment de Syrie, dans la situation de Grozny en 2002. Et que se passe-t-il ailleurs dans le pays ? Et Palmyre, qui vient d’être reprise par Daesh... Et, par exemple, que va-t-il se passer avec les Kurdes qui se battent, avec acharnement, une fois que les USA les auront abandonnés, là encore, à Poutine et aux Turcs ?

C’est loin d’être fini... et ce sera de pire en pire."

 Je crois hélas qu'il a raison.
 (et ce sentiment d'impuissance, extrême et désespérant) (après m'être réjouie prématurément en entendant ce matin que les civils (ou : des civils ?) avaient enfin été évacués de la ville détruite (sauf que c'étai, semble-t-il, en bus pour aller à 20km de là et après avoir incendié ce qui pouvait encore rester de leur appartement (1)))
 
(1) Flash d'info de 6h30 sur France Culture
 

Hyperféminine

    

C'est un site que j'ai découvert grâce à Samantdi, third sex, et je l'ai trouvé très intéressant, d'autant plus que je ne colle pas avec les apparences de cases de genre telles qu'elles sont devenues dans notre société. 

Je me rends compte en lisant les témoignages des jeunes personnes qui se sentent entre deux que même si on me juge assez peu féminine, j'ai un peu le truc inverse : tout se passe comme si je me sentais tellement une femme que j'estimais n'avoir pas à en rajouter dans ce qui est devenu les apparences de la féminité (1). Ce qui fait que comme j'ai peu de goût pour passer des heures à m'occuper de mon apparence, que je n'ai ni temps ni argent, et qu'en plus je suis militante du naturel (2), je peux selon les critères modernes donner l'impression de cultiver une vague androgynie ou d'être négligée.

Le fait est que j'ai toujours ressenti que c'était évident que j'étais une fille, rien à voir avec ses bagarreurs de garçons, et que donc pourquoi en rajouter ?

Le fait est aussi que la façon qu'avait la société de tout genrer me passait complètement à côté, je ne voyais vraiment pas pourquoi à part pour ce qui concernait la fabrication des bébés le fait d'être une fille ou un garçon devait impliquer qu'on aime ci ou ça, qu'on fasse comme ci ou comme ça, qu'on soit un chef ou qu'on ne le soit pas. Et du jour où j'en ai pris conscience - pour une histoire d'inscription impossible au club de football local - j'ai trouvé ça tellement débile et insensé. 

En fait je crois tout simplement que je suis une femme du futur, si tant est qu'un futur existe pour l'humanité (c'est mal barré) : une fois sorti-e-s de cette époque de backlash actuelle, le pragmatisme l'emportera, un équilibre entre les sexes, voire même assez librement le choix et que chacun sera libre d'accorder son comportement et son apparence avec son tempérament plutôt qu'avec un cahier des charges pré-établi en fonction du type de corps dans lequel on est né-e-s. Je suis, avec d'autres femmes et hommes dans mon genre une pionnière d'une prochaine tendance qui consistera à consommer le moins possible, rien d'inutile en tout cas, respecter notre corps et vivre en harmonie avec son aspect tel qu'il est. On mangera peu de viandes et pas trop de poisson, peu de choses sucrées. Fumer sera aussi rare que priser l'est devenu. Soigner son allure signifiera mener une vie sportive, et non avoir recours à divers subterfuges. 
Le mouvement sera dans les deux sens, à savoir que toutes sortes de choses qui peuvent tenter les hommes sans que ça soit socialement admis pour l'instant le seront. Ceux qui voudront mettront des jupes, très pratique par temps de canicule l'été, d'autant qu'on aura abandonné la climatisation, cette aberration pour l'environnement. Le maquillage sera parfaitement admis pour tous ainsi que son absence. 
Le choix des agrès en gymnastique sera individuel et non obligatoire par genre.
Nourries autant que les garçons et plus du tout dissuadées de pratiques sportives, les femmes en quelques générations auront des performances similaires à celles des hommes, sauf en périodes de grossesses.
Chacun pourra assumer en plein jour et en toute liberté son orientation sexuelle, on aura depuis longtemps cessé de considérer que majorité vaut supériorité.

Ce sont les personnalités conformistes qui seront un peu perdues, ceux et celles qui fondent leur estime de soi sur leur capacité à obéir à des préceptes inculqués. Mais elles finiront à leur tour par s'adapter.

On peut toujours rêver, non ?

En attendant, le texte de Ninon, me semble bien précurseur et très émouvant. 

 

(1) et était considéré comme assez vulgaire dans mon enfance, soit dit en passant.
(2) Je pense que tous les cosmétiques et teintures et produits utilisés pour modifier l'apparence ne sont bons ni pour la planète, ni pour le corps sur lequel ils sont appliqués. Quelques trucs de l'ordre du soin (crème hydratante sinon la peau tiraille) et hygiénique (un bon savon, un gel douche à base de presque rien) mais rien de plus.


Le comique d'accumulation (du pire)

    Auður Ava Ólafsdóttir l'avait, parmi d'autres, bien montré dans "L'Embellie" : il y a un effet de comique d'accumulation y compris pour les emmerdements, du moins tant qu'il n'y a pas mort d'hommes, de femmes ou d'enfants (1). 

On a depuis ces six derniers mois atteint cet instant où la catastrophe supplémentaire, annoncée, déclenche une forme d'hilarité - en fait on soupçonne le messager de tenter de faire de l'humour, certes un peu lourd, mais -. Et puis il y a ce moment où en se tournant vers celui qui annonce LA mauvaise nouvelle de plus et de trop, au bord de lui dire Arrête, c'est pas marrant, on comprend à sa pâleur, à sa façon d'être désemparé, à son agitation, qu'il est tout ce qu'il y a de plus sérieux. Et très chagriné.

À l'échelle de ma petite famille depuis l'été : une perte d'emploi pour motif économique (avec peu d'espoir pour des raisons d'âge et d'évolution du métier de retrouver un poste équivalent), un début de rechute d'une maladie chronique, un décès de parent / grand-parent âgé, un début de fin de vie d'un autre vieux parent (décès sans doute évité de justesse grâce à l'intervention à temps de l'homme de la maison et les soins à l'hôpital), une mauvaise évolution de l'affaire de la fuite d'eau invisible (avec la bizarrerie qu'il y aurait eu une décision de justice dont nous n'avons pas été avertis, si ce n'est à posteriori via un mail sur ses conséquences), et, de ce jeudi de mi décembre la destruction par un incendie du local du club de pétanque qui, pour l'homme de la maison, était un lieu de vie.

Il semblerait qu'il s'agisse d'un incendie criminel concernant une cabane de chantier voisine, visée par représailles, et que le feu se soit propagé, heureusement à une heure où personne n'y était. Le côté "règlement de comptes à OK Corral" ajoute à l'effet de cumul, même si c'est encore plus flippant.

Dans l'absolu, ça n'est pas drôle du tout. C'était un lieu de convivialité, pour pas mal de retraités leur lieu où n'être pas seuls et boire des coups à pas cher.

Quand même, 2016, mazzette. On s'en souviendra de cette année-là. Et rien ne prouve qu'un reliquat de sales coups ne s'apprête pas à nous fondre dessus. Je crois que je ne me sentirai vaguement rassurée qu'à l'arrivée du nouvel an chinois.

 

(1) ou d'animal familier


Vendredi 9 décembre 2016, en rentrant

 

    Le lourd souci de ma mère finissant plombe chaque instant : son attitude de rejet des soins la plonge et nous plonge dans une voie sans issue, ou plutôt une sorte de rond-point comme dans le sketch de Raymond Devos, avec seulement des sens interdits en sortie. Chaque tentative, chaque proposition de solution compatible avec l'état où son déni d'un problème qu'elle avait l'a menée est repoussée.

J'arrive à ce point d'essoufflement où je ne sais que faire. Car ni le budget ni la décision finale ne sont à ma main, alors qu'entreprendre qui ne soit vain ? (1)

L'affaire de la fuite d'eau invisible revient à ce moment avec l'homme de la maison qui freine des quatre fers pour faire quoi que ce soit quand sa capacité de freinage nous vaut des pénalités de retard. J'ai repris en main la partie administrative mais que faire avec quelqu'un qui refuse que les travaux soient fait tandis que de l'autre côté on nous réclame de l'argent parce qu'il ne le sont pas ?

Heureusement qu'en ce moment il y a le travail. Jamais je n'aurais pu imaginer moi qui n'ai si longtemps connu le travail que comme contrainte forte où l'on laissait de côté sa vie le temps de la gagner, qu'un temps viendrait dans lequel le job serait le secours et la vie personnelle la pourvoyeuse de peine. Alors je fais des heures de librairies, j'emballe des cadeaux - en ce moment ça n'est pas du tout fastidieux, j'ai l'impression de contribuer à quelque chose d'heureux -, je conseille dans l'espoir de faire des heureux. Je suis si concentrée que j'oublie. Le reste. L'hôpital. Les souffrants. Les mourants. Le deuil encore récent. Les affaires de fuites d'eau. Les plombiers récalcitrants. Les douloureux absents.

Heureusement qu'il y a les amis. Heureusement tout le temps, d'ailleurs. Mais en ce moment leur soutien me tient la tête hors de l'eau. Il y aura eu quelques soirées salvatrices. Deux au moins cette semaine, voire trois. Et une très belle rencontre, voire deux (2). 

Et une fin de soirée ce vendredi a écouter quelqu'un dont l'avis m'est précieux, très réfléchi très fin - nous divergeons au demeurant sur le dénouement car je pense que les partis populistes d'extrême droite une fois au pouvoir quelque part conduisent ce quelque part inéluctablement à la guerre -, qui m'aura fait grandir. Je suis partie avec une force qui à l'arrivée (en courant, littéralement, car un bus avait manqué, puis les trains étaient perturbés, j'avais dû repiquer sur Ermont puis repartir en RER C pour arriver à la fin théorique. 
La conversation qui s'est prolongée jusqu'à l'heure pour les unes de prendre un taxi de princesse et pour les autres le RER ou le métro me restera en mémoire et me soutiendra longtemps. 

Et le formidable livre qu'est "L'odeur de la forêt", sa force de réconfort. 

 

(1) Ça me rappelle douloureusement l'époque où à l'"Usine" on nous avait inventé histoire d'avoir prétexte à ne pas nous verser l'intégralité des primes prévues, des "missions transversales". Je devais ainsi veiller à l'organisation de réunions mensuelles suivies d'un déjeuner sans avoir d'enveloppe budgétaire ni, sauf au dernier moment, le contenu des réunions et seulement une indication floue du nombre de participants. Et les décideurs prenaient souvent un malin plaisir, j'oubliais, à modifier la date au dernier moment. Pendant ce temps mon travail réel avec une partie de gestion de bases de données concernant des utilisateurs qu'un retard de mise-à-jour éventuel gênaient, attendaient. Avec ma conscience professionnelle, je restais tard (sans être davantage payée puisque cadre) afin de terminer aussi ce que j'avais à faire et tout ça pour au bout du compte me faire reprocher le menu un peu cheap (forcément le budget alloué était inférieur à celui sur la base théorique duquel on m'avait lancée). Donc là : tenter de se mettre tous d'accord sur une sortie d'hôpital pour quelqu'un qui n'ira pas mieux et n'est plus autonome et ne veut que rentrer chez elle.

(2) La seconde est très belle aussi c'est simplement une question de kilomètres qui risquent de la rendre sans autre suite que messagère. 


"À la place du cœur" (Arnaud Cathrine)

C'est précisément en voulant ranger ce livre, un roman adolescent ou jeune adultes comme à la librairie nous en recevons tant, en voulant jeter un coup d'œil afin de m'en faire une idée (personnelle) pour pouvoir mieux le conseiller, que je suis tombée dedans.

Pourtant si j'avais lu la 4ème de couv, je ne m'y serais pas aventurée. Qu'il s'agisse de fiction ou de témoignage, revivre à travers les écrits des autres ces jours effarants de janvier 2015, pour le moment m'est assez insupportable dans l'idée. Et puis là il y avait quelque chose, c'était immédiat.

Dans la justesse de ton, je crois. 

Ce qui était d'autant plus un exploit qu'en se plaçant dans le mélange insoluble d'un premier amour heureux et des événements de Paris à ce moment-là, ça n'était pas gagné.

Après, bien sûr, en tant que vieille adulte, certaines choses m'ont fait sourire. Sans doute le fait que le héros, Caumes, soit équipé d'un bel humanisme - ce qui le fait passer pour un gauchiste effréné - tandis que ses parents sont "de droite". Le fait aussi que les camarades de lycée présentent une palette trop parfaitement exhaustive de types de personnes et d'opinion et que le casting des enseignants est lui aussi trop tranché. 

Mais c'est faire la fine bouche. La part amoureuse est touchante et franche, très réussie, mieux en tout cas que bien des fois lorsqu'une romance s'invite dans un ouvrage pour adultes confirmés. Le déroulé des événements est très intéressant, ainsi présenté par le filtre de quelqu'un qui n'a pas davantage d'éléments que quiconque (1) et qui doit composer avec les contraintes de sa vie - les cours sont censés avoir lieu -. Je me souviens terriblement bien ce que c'était que de devoir aller au travail malgré tout. J'ai retrouvé ça chez Caumes et sa petite amie Esther.

Il y a aussi une belle combinaison entre les événements généraux et leurs conséquences directes dans les vies de chacun.

Bref, ce livre lu de façon tout à fait inattendue, qui s'est glissé entre deux lectures à délais et prévues, m'a fait du bien. 

Il faudrait que je trouve le temps et le courage de témoigner, j'ignore sous quelle forme, de mes journées sur la période. Moi qui comme tant d'autres à Paris fut à la fois si concernée et si loin d'un poste de télé.




(1) Ce que j'ai pu lire jusque-là, et c'est logique, tenait plutôt du récit ou mettait en scène des personnes concernées au premier titre. Là, les héros ont plusieurs fois très peur, le frère de l'un est journaliste et sur place, celui de l'autre potentiellement présent dans l'hyper casher, mais sans être d'emblée au cœur du cyclône.


L'absence de colère

En ce matin où l'en France on semble tout surpris qu'un politicien de niveau national se mange de la prison ferme, une peine légère, seulement douze fois plus que quelqu'un qui vole par faim un morceau de fromage, alors que le redressement fiscal (qui sans doute ne portait pas sur tout et est donc probablement inférieur au montant de la fraude) s'établissait à 2,3 millions d'euros, ce qui fait en admettant que la bûche de chèvre fût d'une marque réputée soit à 2,86 €,  et sauf erreur de ma part 804196 unités fromagères, soit 2412588 mois à l'ombre si la peine était proportionnelle soit 201049 ans si la peine était mathématique [ça me paraît tellement énorme, je me dis que j'ai dû faire une grossière erreur de calcul mais je n'ai pas le temps de vérifier], l'ex ministre, je trouve, s'en sort super bien. Donc en ce précis matin me parvient une interview de Luz, l'un des survivants de Charlie, lequel entre d'autres choses, dit : 

"Le plus dur, chez moi, n'est pas le pardon, mais l'absence de colère ! C'est dur, parce qu'il paraît qu'il faut passer par là pour avancer. Je pense qu'il n'y a pas de chemin tout tracé.". 

Et je songe alors que c'est sans doute ce qui me coince aussi dans une tristesse, le fait de n'être pas en colère après ceux qui font tant de mal, d'être davantage dans l'accablement. Tout ce passe comme si pour les agissements d'une extrême gravité, la colère elle-même était dépassée. 

Si je devais être en colère ces temps derniers ce serait par exemple contre ce ministre escroc et la clémence à son égard, contre ma mère qui s'est bousillé la santé, n'a rien voulu entendre lorsqu'on tentait de l'aider, et à présent qu'elle est en bout de course continue à tout refuser, plongeant sa famille (et les professionnel de santé en charge actuellement) dans de solides problème insolubles sans son accord, contre celui qui un jour assure, un jour n'assure pas - une défaillance, une lassitude, se comprendraient, mais il convient d'avertir et non de faire faux bond -, et tant d'autres exemples jusqu'au client de mauvaise foi (1) 
Mais pour les assassins des journalistes, d'un ami, de tant de personnes promises à des avenirs constructifs, à titre personnel pour ceux qui m'ont successivement quittée avec une lâcheté telle qu'elle me mettait en danger, pour ces agissements extrêmes, la colère manque. Probablement car ils dépassent l'entendement et qu'il est si dur d'être aux prises avec leurs conséquences que leurs acteurs mêmes passent au second plan. N'ont-ils pas, dans le fond, été que des instruments, des humains ayant laissé tomber leur discernement ?

Alors voilà, il convient d'avancer sans passer par la case "saine colère amplement justifiée", et le faire chacun avec ses propres moyens. Pour l'un le dessin, pour l'autre l'écriture, pour un troisième la musique ou le chant. There must be some way out.
Le tout est de disposer du temps et d'assez d'énergie résiduelle pour s'y consacrer.

 

(1) Il y en a peu là où je travaille actuellement. Mais dans le XVIème arrondissement, il était fréquent qu'on fût heureuses d'avoir été deux présentes dans certains cas, témoins l'une pour l'autre, quand en face une contre-vérité était soutenue avec un aplomb absolu.

PS : Voir aussi à ce sujet le beau livre d'Aurélie Silvestre "Nos 14 novembre"