Entraides


    Deux images me resteront de ce mercredi qui curieusement concernent pour les deux des adolescents s'entraidant et qui m'ont émue.

L'une est légère : alors que je partais pour La Grande Bibli, j'ai croisé un jeune voisin qui s'entraînait au skate board avec un de ses amis qui était en train de poser une trottinette électrique pour le filmer en lui disant : Une seule solution pour améliorer ce qui ne marche pas : la video. Et il avait cette idée pour aider son pote qui avait sans doute un geste qu'il ne parvenait pas à maîtriser.

L'autre est dramatique : lors d'un blocage de lycée, très fréquents depuis le début de la semaine, un élève a été grièvement blessé par un tir direct de flash ball à Saint Jean de Braye. Sur Twitter un homme disant qu'il s'agissait de son cousin a posté une video puis une autre et donné des nouvelles - jours pas en danger mais état très grave quand même - ; sur l'une d'elle on voit un autre jeune tenir la main de celui qui est salement amochéet on entend qu'il lui dit "[inaudible] aussi fort que tu peux, reste avec nous, reste avec nous". Si son camarade s'en sort, peut-être que son attitude aura été décisive qui lui aura évité de sombrer dans un dangereux coma. Et il en fallait du sang-froid pour faire ça dans ce moment-là (rien ne disait que les CRS n'allait pas à nouveau charger ; le blessé l'était visiblement gravement).

J'ai éprouvé de l'admiration, à des niveaux différents mais très nettement pour les deux jeunes qui aidaient leur ami. Pragmatiques, efficaces. Et courageux dans l'un des cas.

Même si les circonstances de celui-ci sont inquiétantes pour l'avenir du pays, où la répression devient de plus en plus anti-démocratique, c'était réconfortant de voir cette aide spontanée, intelligente et entière.


It didn't seem so long ago


    Je profite d'une journée à la BNF pour compulser les archives de l'internet à la recherche de blogs disparus. Au départ à la recherche d'un billet pour m'en rafraîchir le souvenir, puis dans le même mouvement qui autrefois enfant me faisait disparaître des heures dans le dictionnaire, de lien en lien vers de plus en plus de retrouvailles.

Dans ces cas-là tôt ou tard, je finis ou je commence toujours par retomber sur le blog de La fille aux craies. Il faut dire aussi qu'elle n'a pas cessé, jamais, de me manquer et que certains de ses billets emblématiques, me sont restés. Je ne peux pas ne pas penser à elle lorsque j'ai une serviette rêche entre les mains, ni songer "levrette" dès que je lis le mot "missionnaire" et rigoler in petto bêtement, en mode adolescent, et ça c'est d'elle que je le tiens (1). 
Pour qui ne l'a pas connu il faut savoir qu'elle souffrait de mucoviscidose, qu'elle a subi une opération pour une greffe à l'été 2011 et qu'elle n'a pas repris connaissance. Elle avait pris soin de nous relier ses ami-e-s plus lointain-e-s aux plus proches avant de partir à l'hôpital et je lui en reste infiniment reconnaissante.

Dès lors son blog s'arrête là : 2011. Fin juin.

Pour d'autres l'activité de blogage s'est arrêtée comme suite à certains événements, moins dramatiques, de la vie, combinés à l'avènement des réseaux sociaux et à la conscience que tout ce qu'on pouvait laisser comme traces écrites, audio, vidéo ou photographiques pouvaient se retourner contre nous.

Parmi d'autres, le blog d'un ami, pas revu depuis trop longtemps : dernier billet 2015.

Et c'est intéressant. Au delà de la part affective. 

Qu'est-ce qui fait qu'on se retrouve ou non à une époque différente ?


Les écrits de 2015, c'est du presque maintenant. Ce qui est raconté, du moins ce que ce qui est raconté laisse percevoir de la ville, de la société, des rapports entre les gens, ça pourrait être au printemps dernier, ou à l'automne qui a précédé. Ils ont encore une couleur, une qualité actuelle. Y compris ceux, ancrés dans leur date, concernant les attentats à Paris cette année là.

Les écrits de 2011, c'est déjà un autre temps. Pourtant sont déjà là les téléphones et les ordis et l'internet répandu, et les réseaux sociaux ; certes des événements politiques importants ont secoué le monde : les révolutions du printemps méditerranéen, les attentats en France (et pas seulement là), l'élection de Trump, le Brexit ... mais ils n'avaient pas d'influence si directe sur la vie d'une personne de la classe moyenne en France. Et puis ça vaudrait pour 2015 aussi pour certains événements et d'autres aussi. 

Ça n'est pas non plus un prisme personnel : en 2011 j'avais déjà entamé la reconversion qui est la mienne aujourd'hui. Je n'applique donc pas un filtre "Ma nouvelle vie" à ce que je lis. J'étais déjà dans l'idée de me mettre au triathlon, seul a changé le passage de l'idée à la mise en œuvre. Ma vie amoureuse n'a pas tant évolué. Il y a eu des deuils, des disparitions. Mais pas au point de devoir considérer "un après / un avant". Sauf pour l'assassinat d'Honoré parmi ses collègues. Même si ce fut, comme le fut 9/11 et mondialement une sacré commotion. Seulement je ne crois pas que ça ait changé les choses pour tout le monde à ce point-là. 

Au point que des écrits quotidiens personnels de 2011 semblent d'un autre temps, un temps d'avant quand ceux de 2015 restent pour l'instant de l'ordre de Comment ça trois ans ? Qu'est-ce que ça passe vite !

De quoi est faite la sensation d'époque révolue ?
J'aimerais pouvoir en discuter avec les ami-e-s disparu-e-s. 

 

(1) Bien d'autres choses encore. 


La bibliothèque, la nuit

version courte, BNF version longue l'expo elle-même

et le making-off 

La lecture vous met le nez dans la réalité 

 

 

J'avais déjà tâté de la réalité virtuelle lors d'un salon du livre de Montreuil, et ça ne m'avait pas déplu. Je pense que le principal usage de ces technologies sera bientôt d'offrir à tout être humain assez fortuné pour louer le matériel une vie sexuelle de bonne qualité et permettra par exemple de souffrir moins d'une rupture subie. Peut-être qu'alors l'acte sexuel physique réel ne sera plus réservé qu'aux couples souhaitant procréer à l'ancienne, ce qui ne sera pas nécessairement bien vu car les petits ainsi conçus seront d'une imperfection so XXIème. On trouvera d'ailleurs sans doute ça assez peu hygiénique. 

Comme nous n'en sommes pas encore là, où seulement en labos, les casques servent pour les gamers, des expérimentations sérieuses, et des expositions. 

Celle-ci est charmante et enchanteresse : il s'agit d'un voyage à travers les bibliothèques, une dizaine en tout et fait en trois temps : un vestibule d'expo classique avec quelques explications, une salle qui nous plonge dans une bibliothèque de vieux manoir écossais (1) un jour d'automne pluvieux. On peut s'asseoir regarder et toucher (mais pas photographier, ce que j'ai un peu regretté). La voix d'Alberto Manguel nous accompagne et qui parle des bibliothèques le jour et la nuit. 

Puis l'entrée casque à la main dans une forêt avec des tables classiques de library et des siècles sièges pivotants, on s'installe, on enfile le casque selon les consignes qui nous ont été données dans la salle précédente et c'est parti pour un voyage un peu enfantin au pays des grandes bibli. 

Il y a celle de Sarajevo en flammes sous la guerre (2) avec un violoncelliste qui résiste en musique, celle du Danemark avec ses spectres : les livres anciens n'y sont pas répertoriés, ils se trouvent donc réduit à leur fonction isolante et décorative, celle de Montréal gagnée par les oiseaux qui du grand grimoire semblent s'échapper, et quelques autres. 

La qualité de l'image n'est pas encore tout à fait au point, mais suffisante pour s'amuser. L'effet 360 est un peu en risque de mal de mer, mais ça peut s'estomper (3) ; au bout du compte quelque chose d'assez jouissif. Les choix dans le menu sont fait par direction du regard, ce qui ne laisse pas de m'impressionner, et est sans doute ce qui m'a le plus impressionnée.

Après, si on ne met pas trop fort le casque son, on peut percevoir les bruits extérieurs, et lorsqu'on a le sens de l'orientation on ne perd pas celle du monde réel.

Mon seul regret : puisque l'expo sans doute pour éviter tout risque d'effets secondaires inattendues est interdite aux moins de 13 ans, les commentaires eussent pu être plus "adultes", nous apprendre vraiment des choses sur les bibliothèques, sortir un cran au dessus du pur divertissement. Mais peut-être est-ce un effet de l'âge : j'ai tendance à trouver les expos puériles ces dernières années, favorisant l'anecdote aux dépends de l'instruction. 

Cela dit, le divertissement était parfaitement réussi. Et l'entrée dans la forêt - bibli un instant de songe parfait.

Je suis sortie de là heureuse et enfantine, la moi de douze ans aux anges comme en son temps rarement.

Ce qui manquait encore c'était de pouvoir se déplacer au sein des lieux visités (4). 
Mon idéal serait, pas de mise en scène (même si je me suis bien amusée, je l'avoue) mais qu'avec l'équipement on puisse visiter comme par une sorte de google street view intérieur en 3D. Et que les commentaires puissent être d'un niveau culturel avancé, du moins que l'on puisse choisir cette option qui sur l'histoire de ces belles bibliothèques nous en apprendraient vraiment.

En attendant, quel bon moment ! 

(Si vous voulez y aller, prévoir du temps, si possible réservez le créneau horaire à l'avance, compter 1h30 pour être en paix et dépêchez-vous ça n'est que jusqu'au 13 août). 

 

PS : Il manquait quand même celle des Ailes du Désir. 

 

(1) J'ai décidé unilatéralement qu'il s'agissait d'Écosse.

(2) Je crains qu'elle ne vienne me hanter

(3) Je commençais tout juste à me demander si j'allais pouvoir tout regarder quand mon corps s'est trouvé habitué.

(4) C'est du 360 haut bas point fixe pour l'instant 


Encore une idée (vouée sans doute à la jachère)

 

    Je me suis réveillée avec une nouvelle idée de roman, un truc simple, un peu grave un peu marrant et qui à mesure que j'y réfléchis me semble cohérent, tenir la route. Pas de la haute littérature - en serais-je capable même si je pouvais disposer de ma vie ? - mais quelque chose que des personnes comme j'étais avant de tomber dedans pourraient lire avec intérêt, plaisir ou amusement. Et, si je réussis mon travail, après y repenser et glaner quelques pistes de réflexions, de voir certaines choses différemment, se poser quelques petites questions.

Comme dab j'ai vite posé les jalons. Je sais que mon temps d'écriture est limité, la première étape consiste donc à ramasser le matériau et les points de repère pour ne surtout pas oublier le gisement entrevu.

Seulement voilà : c'est la rentrée. 

Même si je travaille à temps partiel, compte tenu des trajets et de la période spécifique, active et chargée, ça suffira à me garnir l'emploi du temps et employer l'énergie.

Il y a pas mal de choses à faire d'un point de vue vie quotidienne. Traditionnellement période d'inscriptions, de démarches, d'aller chez le coiffeur, de faire les révisions médicales d'usage, de quelques achats d'équipements.

Il y a à l'appartement des urgences de travaux, de rangements.

Plus que jamais cette année : reprendre les entraînements.

Il s'agit d'une fiction. J'en avais déjà une sur le feu. Ça demande non seulement du temps mais une forme de disponibilité d'esprit que je ne parviens jamais à maintenir sur la durée : il n'y a pas de période assez calme, il se passe toujours des tas de trucs - quelqu'un malade, des catastrophes collectives, des fuites d'argent ou d'eau, des tâches pour lesquelles on se retrouve requises sans l'avoir cherché -, et je ne sais toujours pas comment cloisonner, le fait est que je suis sévèrement atteinte par le syndrome de George Bailey. 

Comment font les autres ?

Mes prochaines vacances seront actives : c'est le festival de cinéma d'Arras, emploi du temps garni.

J'ai réussi à réduire mon temps de sommeil mais il reste assez grand. Et je sais qu'en la matière forcer ne sert à rien car on peut se retrouver debout mais inefficace et totalement embrumée.

Bref, encore une idée qui risque de se lyophiliser alors qu'il y avait matière à faire.

Je ne suis pas jeune, et le temps file.

Mes deux atouts sont l'oloé parfait (1) et le fait que celui-ci des chantiers ne nécessite pas de documentation fors quelques coups d'œil dans mes archives personnelles. Mais une fois la période de sa fermeture annuelle franchie je ne pourrai m'y rendre que deux ou trois demi-journées par semaine. Combien de temps me faudra-t-il pour dans ces conditions aller au bout d'un simple premier jet ? Pourrais-je le faire sans perdre l'élan ? Avant le printemps qui s'annonce pour le pays si désespérant (2) ?

Une fois de plus je me demande par quel sentier parvenir à destination, permettre à ce projet de se concrétiser, lui réserver des heures fructueuses, sans pour autant laisser le reste aller à vau-l'eau. Il faudrait sans doute que je prenne exemple sur mon amie Samantdi qui parvient à faire place à son Américain, tout en menant et gagnant sa vie.

 

 

(1) que constitue la BNF
(2) Je sais d'ores et déjà que j'aurais un grand coup de découragement après les élections dont le résultat telles qu'elles s'annoncent ne pourra à mes yeux être qu'un cauchemar ou un écœurement. Si seulement pouvait surgir une sorte de Barack Obama homme ou femme avec un programme respectueux de l'environnement et des gens et qui serait crédible dans une tentative de mise en œuvre éventuelle.

 


Dans la série Photos de lieux qui ont entre temps bien changé

FireShot Capture 443 - gilda_f - Fotolog - http___www.fotolog.com_gilda_f_8371108_

Je retrouve datant d'octobre 2004, une image de la BNF prise d'un point de vue inaccessible aujourd'hui tant les alentours se sont trouvés garnis. Mon fotolog avait douze ans, Paris est une ville active, de nombreuses photos attestent d'un passé pourtant récent, déjà réduit à l'état de souvenirs.

Cette soirée du 14 octobre 2004 fut l'une des plus belles de ma vie : j'avais permis indirectement la rencontre pour une table ronde au Petit Auditorium de deux des personnes dont j'admirais le travail, et avec l'une d'elle et deux de ses amis nous étions restés au café à boire des coups après. J'en oubliais un instant le deuil extrême récent (père) (après quatre mois d'effrayante maladie). Je (re)commençais à écrire. 

J'ignorais les difficultés qui allaient surgir par la suite.
Mais j'ignorais aussi que des années après je rencontrerais un ami de l'un des intervenants, dont je deviendrai une auditrice passionnée ; que j'aurais moi-même un jour accès à la BNF et que dans les moments difficiles c'est ce qui m'aiderait (avec la présence d'amis solides à mes côtés) à ne pas sombrer et coûte que coûte à avancer. 

Quand j'y repense, beaucoup d'éléments de ma vie tiennent du principe pourtant fragile du bienfait jamais perdu. Les photos aident à ne pas [l']oublier.


BDJ - Sauvé malgré un numéro de vestiaire assez pessimiste (mon fotolog)

20160115_150931

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'avais donc la veille au soir (tard) fait le bilan des vestiges de mon fotolog défunt (loin d'être unique, J'ai lu ici ou qu'en 2010 il comptait encore 13 millions d'utilisateurs à travers le monde) et qu'il en eut jusqu'à 33 - si ça ne console pas de n'être pas la seule, ça rend cette fin brutale encore plus inquiétante, tant d'utilisateurs compteraient donc si peu ? -), je m'en voulais d'avoir commencé à prendre mes précautions trop tard, et puis voilà qu'un touite m'a redonné espoir 

Capture d’écran 2016-01-16 à 21.41.24

Du coup et malgré une petite forme - mon corps se bagarre depuis le début de la semaine contre quelques virus ou bactéries, à déterminer, et une tendinite à l'épaule droite en profite pour se profiler -, j'ai tenté le voyage de chez moi jusqu'à la grande bibli, avec cet espoir fou de récupérer mes données. Le premier bonheur du jour fut sans doute malgré mon état incertain d'avoir pu faire le trajet sans encombres (1).

En arrivant au vestiaire, le numéro qu'on m'a distribué m'a un tantinet semblé comme un signe du destin. La suite m'a prouvé qu'il s'agissait plutôt d'un clin d'œil puisque progressivement j'ai retrouvé trace de la presque intégralité de mon petit travail quotidien de diariste photos. Au fil des ans la part de texte s'était en effet étoffée jusqu'à constituer un vrai carnet de bord, un diario orienté photos. La récupération effective des données et la reconstitution de la part personnelle sous le blog que j'avais déjà commencé, prendra sans doute un moment, ça sera peut-être l'occasion de stabiliser ce passé encore proche dont des éléments furent si douloureux, regarder les choses en face, reconnaître la part de bon qu'il y eu à chaque étape, remettre les deuils et les ruptures à leur moment précis, poser des jalons que la fatigue et la peine m'ont empêchées de mettre afin de protéger le reste de ma vie, mesurer aussi les progrès accomplis. M'offrir ensuite si j'en ai les moyens, une belle version papier; histoire d'être certaine que tout ne redisparaisse pas aussi facilement.

Alors le bonheur du jour, ce fut ça, les retrouvailles avec des pages d'écran que je croyais perdues à jamais, le petit gag du ticket 404 et sa conclusion car celle qui pour le coup aura été ma bonne fée

Capture d’écran 2016-01-16 à 21.40.42

 

 (1) Ainsi plus tard que celui du retour.

PS : Cela dit, fotolog, fantôme, préfère plutôt 522 

Capture d’écran 2016-01-16 à 21.48.25

 

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour.
C'est l'amie Kozlika qui a lancé le mouvement et le lien vers tous les bonheurs (pour s'inscrire c'est par ici- grand merci à Tomek qui s'est chargé du boulot -). 

L'autre bonheur du jour fut de voir que Couac avait à son tour cédé à l'appel du petit bonheur : Bonheurs, jour 1 

billet en commun avec Bella Cosa


Tabucchi par surprise

PA210010

  Le kiné m'a fait un bien fou. Je ne perds pas de vue qu'il s'agit d'une forme de soin palliatif, ce qui me manque est ailleurs ; mais ce mieux que rien est en fait beaucoup mieux que bien des pas rien.

C'est donc le corps allégé que je gagne la BNF, prête à en découdre avec l'écriture. Même si une fois de plus je devrais me contenter d'étudier - aujourd'hui Roger Leenhardt, très intéressant, malgré que la façon qu'avait la plupart des hommes de cette génération de considérer les femmes m'est devenue insupportable -, et d'écrire du bref, de bloguer. Décidément ma vie de la période est faite de demi-teintes, de limitations des dégats. Non sans panache, non sans éclats, mais si "en-dessous" de ce que je devrais faire. J'avais brisé mes chaînes mais d'autres ont remplacé ce qui m'entravait.

Sur le site de la Grande Bibli, j'avais repéré la mention d'une expo concernant Antonio Tabucchi. Je ne m'attendais pas à la voir, brève, dans une petite salle vers l'ouest. Puisque je la longeais, je me suis accordée le temps d'y entrer. 

J'ai enfin mieux compris pourquoi était légitime cette confusion que je fais parfois entre Pessoa et lui. Le lien est fort. Mais l'un avait un chapeau et l'autre pas ;-).
Les documents et quelques objets rassemblés sont émouvants, même si la présence de ces derniers dans quelque expo que ce soit, concernant le travail de quelqu'un, me laisse toujours un peu perplexe dès lors qu'elle ne touche pas directement à celui-ci. 

Je peux éventuellement être intéressée par l'appareil photo du photographe, qui m'apporte une indication technique sur l'outil ; mais pourquoi les lunettes de l'écrivain ? ce coupe-papier ? cet autre accessoire personnel non directement lié à l'écriture ? J'ai eu la vision d'une expo qui aurait F. pour sujet et de la montre qu'on y verrait. Ainsi que des lunettes qu'il s'efforçait de ne pas utiliser. Y aurait-il aussi ses tablettes de viagra ? (entre-temps on aurait trouvé bien mieux que cela).

L'exposition avait beau ne pas abuser de ce côté exhibition de l'intime, et être construite pour porter à connaissance de manière bienveillante, je m'en suis sentie génée.

Les courriers étaient pour beaucoup instructifs. Seulement là aussi, je me suis mise à la place de qui, tel acteur que je sais encore en vie, tel réalisateur qui pourrait passer là ..., verrait un mot pensé d'usage très personnel montré au grand public dès à présent ainsi. Là aussi, le tri était respectueux. Mais pour un autre auteur et sélectionné par des moins scrupuleux, il pourrait donner d'étranges résultats. Y compris un jour éventuellement pour moi. J'ai songé au délicat roman de Catherine Locandro, "Histoire d'un amour", à ce professeur qui découvre dans le journal 25 ans après les faits tout un pan de sa propre vie dont il ignorait certaines causes et qu'au grand public en même temps qu'à lui-même on dévoilait.
Demande-t-on leur avis aux personnes dont les mots sont cités ?

Avec les correspondances de contemporains, je ne suis jamais à l'aise. Cette sensation d'intrusion.

La voix intérieure moqueuse à alors suggéré : Et si c'était l'inverse qui advenait ? Je dois au moins pour aujourd'hui à Tabucchi de m'être mise au boulot sans tarder. La seule certitude est que le temps m'est compté.

 

PS : Ne pas croire malgré les réserves toutes personnelles que j'y mets que l'expo ne mérite pas le détour. Un homme d'ailleurs prenait des notes avec un sérieux parfait.


Et soudain (de la BNF as a shelter)

 

P7080017Je déjeune avec une amie, heureuse du temps partagé, vient toujours le moment où malgré tout il faut se séparer, mais nos obligations sont légères, le temps est clair quoiqu'un peu frais, nous nous entre-accompagnons sur un morceau de chemin qui peut être commun, admirons brièvement le panorama parisien du haut du plateau Montparnasse.

Je me rends à la BNF consciente qu'il me faudrait cinq demi-journées pour y accomplir tout ce que je souhaiterais, mais qu'une c'est mieux que rien. La ligne 6 pour sa portion sans travaux m'y mène, je marche ensuite tranquillement jusqu'à l'entrée Ouest, puis comme j'ai réservé vers l'Est (je prendrai la C ou la 14 en repartant, et ma réservation est en salle P (pour les initiés)), traverse à l'intérieur l'ensemble du bâtiment. Je remarque vaguement qu'il fait un peu gris.

Une femme a perdu semble-t-il son ticket qui accapare au vestiaire l'un des employés. D'où un peu de file d'attente, mais guère plus que cinq minutes je dirais. Une fois mes affaires déposées et équipée du porte-documents transparent réglementaire dûment rempli du nécessaire pour écrire et étudier, je descends dans les entrailles de ce vaisseau futuriste d'autrefois (1). Je passe aux toilettes par précaution, elles sont diablement loin des postes de travail, autant une fois à pied d'œuvre éviter de devoir trop y retourner.

OSEF dirait le fiston ou plutôt aurait-il dit il y a 3 ans s'il avait lu jusqu'ici. Pourquoi tu nous racontes tout ça ?

En fait si je précise c'est pour expliquer qu'il se sera écoulé 10 à 12 minutes entre le moment où j'ai tourné le dos aux baies vitrées vers les vestiaires, et celui où j'ai retrouvé celles du rez-de-jardin. 10 à 12 minutes mais guère davantage. Et ce fut pour m'apercevoir que des trombes d'eau s'abattaient, qu'il régnait un gris de fin d'après-midi d'octobre, le même temps que la dernière journée (d'été) que j'avais passée à Uccle chez un saligaud de l'oubli (mais alors je l'ignorais, croyant que c'était un homme qui certes aimait les femmes mais savait respecter) et qui lui avait fait en mon honneur brancher le chauffage. En plein mois de juillet.

Le changement de temps (météo) était si soudain qu'il donnait l'impression de ressortir ailleurs que l'accès était de ceux qui font voyager. Ou que j'avais voyagé dans le temps (tic-tac), qu'entrée mardi midi je me retrouvais aux salles d'études un jour d'autre saison et de pluie.

Je me suis demandée si l'amie avait entre temps eu le temps de regagner sans encombre son logis. 

J'espère que oui. Et j'étais pour ma part très contente d'être au chaud à l'abri. 

 

(1) Je songe souvent au décor de "Solaris" de Tarkovski ou à Cosmos 1999 les jours où l'esprit est porté à plus de facétie.

 

Lire la suite "Et soudain (de la BNF as a shelter)" »


Désormais ce souvenir (impossible d'y échapper)

 

Photo0886_250113_1122

 

J'avais pris cette photo une semaine plus tôt, remarquant pour la première fois, sur les quais près des salles du rez de chaussée, ces ensembles chaises et tables design, où l'on pouvait à défaut d'autres endroits plus calmes, moins fréquentés, se poser pour travailler.

J'ignorais que j'allais profiter des services de l'une d'elles, pas si longtemps après.

Pour recevoir un appel téléphonique qui m'avait fait une des plus fortes fausses-joies que j'aie pu éprouver - encore que, l'homme de la maison soit un expert, alors disons : que j'aie pu éprouver comme suite à un coup de fil -.

Je venais en effet, épuisée par les trois derniers mois (deux mois de pré-fêtes en librairie intenses puis un mois à faire l'inventaire tout en tenant boutique), et pressentant que Celui qui (1), après avoir eu quelque geste tendre lors d'une de nos rares rencontres à nouveau s'éloignait, qu'il avait sans doute une fois de plus "une amie" - mais que faut-il diable faire pour qu'il daigne honorer ? -, de poster un statut FB puéril car désespéré. Nos ennuis financiers empêchaient que je puisse me déplacer et je ne voyais pas le bout du tunnel : travailler à deux, vivre à quatre, ne plus avoir de traites à payer et pour autant ne pas boucler [les fins de mois]. J'aidais les autres très volontiers et c'était une rude période (des deuils, des chagrins, des ennuis professionnels chez les unes ou les uns), mais personne n'était là pour que je puisse parfois à mon tour poser les armes. Surchargé de travail et sans doute un peu las, mon grand frère électif n'était qu'aux abonnés intermittents.

Et voilà que j'avais pris en main mon téléphone (remisé dans un des sacs pour cause de passage au contrôle), et que comme souvent quand j'ai ce geste étrangement prémonitoire, il s'est mis à sonner. 

C'était toi. C'était lui.

J'ai eu le temps en décrochant d'éprouver une bouffée de bonheur : il avait compris aux messages de mes derniers jours, et à ce statut stupide, que j'allais mal, que j'avais besoin de lui, il appelait peut-être pour me proposer de passer enfin un week-end auprès de lui.

Las, c'était de travail qu'il s'agissait, il l'avait dit tout de suite "Je suis en réunion", un service à lui rendre, ainsi qu'à une auteure qu'il souhaitait promouvoir, rien de personnel au fond. Je m'étais alors assise à l'une de ces places songeant que j'allais avoir peut-être des infos à noter ou mon carnet d'adresses à sortir de mon sac. J'écoutais sa voix qui me servait une persuasion usuelle - le livre est exceptionnel, il faudrait une soirée littéraire -, j'écoutais ta voix sa voix, après tout assez rare, je me disais de profiter au moins de cela puisqu'au fond c'était tout ce qui m'était offert. Et puis il y eut cette phrase la condamnant à ses yeux, un "pas mon genre" vigoureux et que j'avais ressentie comme si elle me concernait moi, en quelque sorte la version habillée d'un très trivial, Pour des femmes comme vous (2) je ne banderai jamais.

Je m'étais cramponnée au positif de l'affaire, peut-être une occasion de se voir, avais indiqué quelques pistes, ne pouvant guère faire davantage : comment faire confiance à quelqu'un qui fait assez régulièrement faux bonds ?, et puis j'étais si peu pour lui, et il m'avait rendue malheureuse, ma vie sexuelle était tombée au fond d'un puits en partie à cause de lui, il n'était pas possible de trouver l'énergie pour faire des miracles et convaincre les gens. Il avait l'air content, mais j'ignorais de quoi. Peut-être parce que je n'avais pas prononcé le Vafan auquel il avait légitimement droit. De toutes façons dans aucune librairie je n'étais décisionnaire. Je ne pouvais que suggérer, tout en mettant en garde (qui diable paierait les frais ?).

 

Il m'avait fallu du temps ensuite pour m'installer au travail, être opérationnelle. Ce scénario était si courant dans ma vie : la femme qu'on néglige, qu'on ignore en tant que telle, voire qu'on blesse mais à laquelle on pense immédiatement lorsqu'il s'agit de demander un service, un travail non payé (ou très peu), celle que l'on considère trop gentille, et donc bien un peu bête, pour savoir dire non.

Sauf qu'à force d'être traitée mal, je ne pouvais plus en état d'aider quand bien même mon incurable gentillesse m'y poussait.

 

Dans l'après-midi, plus tard, j'avais pu travailler. Un "je t'embrasse" encore en tête, peu possible à enlever.

  

Les petites places de travail venaient d'être annexées par ce souvenir mitigé. Je savais parfaitement qu'en attendant le prochain amour ou la prochaine embellie de l'amour (3), ou d'être devenue trop vieille ou trop malade pour avoir envie d'y rêver, je ne pourrais plus croiser ces chaises sans penser à lui, sans entendre sa voix, les mots qu'il avait prononcés et les quintaux de non-dits qui alors subsistaient.

Heureusement, entre temps, les choses se sont (un peu) arrangées.

 

(1) Le copyright de cette appellation est il me semble pour Anne Savelli. 

(2) La personne concernée était du sud aussi.

(3) Je ne désespère jamais des amours précédents, c'est mon problème et ma qualité.