Le tube honorable

Tu cherchais qui était le grand contrebassiste de jazz qui venait de mourir, triste en le découvrant de ne l'avoir pas su (1), et tu tombes sur l'annonce de la mort par cruelle maladie d'Hervé Cristiani

Hervé Cristiani, pour les jeunes courageux qui viennent encore lire par ici et à qui ça a peu de raison de dire encore quelque chose, c'est le gars qui en 1981 réussi un tube imparable avec cette chanson-là :

 

Des claves pour accompagner la rythmique (avoue qu'il fallait oser) (j'adorais), un air qui à l'air tout simple comme ça mais reste en tête comme le sparadrap sur les doigts du capitaine Haddock  (2), des paroles mal taillées (ça rime pas plus que ça, les licornes faisaient sourire le chanteur lui-même lorsqu'il interprétait, entre autre), mais le gars convenait à son texte et 81 c'est le dernier éclat de pouvoir croire dans sa propre vie échapper au lourd pesant de la conformité juste avant que les années fric balaient le reste puis les années de déréglementation (comprendre que les salariés y perdront plein de plumes dont ils s'apercevront aux premiers sales orages qu'ils ne les ont plu), puis la crise, La Crise et enfin La Kriz et tout le monde n'est plus que surmené, retraité (mais vous vous n'y serez pas, la retraite aura été désinventée quand vous y arriverez) ou chômeur ou créateur d'entreprise mais si t'as pas la fibre ça se casse la gueule trois ans après, donc voilà donc bref une petite chanson dans l'air de son temps.

Petite mais très réussie.

Le rêve de ma vie (planter un tube, mais quand même si possible honorable, pas la Francis ou la danse des canards, la chenille et autre débilité ; au moins Melissa métisse d'Ibiza ou Le sirop Typhon). Une vie de rêve aussi pour ce Max avec lequel jeune en ce temps-là j'avais beaucoup d'affinités même si ça ne se voyait archi pas (je bossais en classes prépas comme une besogneuse damnée). Le "Quand son corps est d'accord" (pour travailler) me semblait de toute beauté puisque c'était déjà mon problème essentiel, que le corps tienne et pas pour faire joli (2 bis).

Je me souviens de la chanter la petite chanson quand j'avais le moral qui flanchait, parce qu'écrire un tube honorable c'est comme publier un bon roman populaire, c'est la pour aider et si ça a été fait sans cynisme, avec respect c'est remplir un rôle secourable qui n'est pas à mépriser. Le gros succès de toutes façons, s'il n'est pas basé sur un malentendu (3), est la marque d'un besoin qu'il comble.

Bien sûr le juke box fou qu'il y a dans ma tête connaît encore 33 ans plus tard, les paroles dans leur intégralité. Mais contrairement aux airs qui m'assaillent d'habitude, celui-ci est le bienvenu, sauf quand je n'arrive vraiment plus à m'en débarrasser.

Ça me rend un brin triste que le gars qui avait réussi ce petit tour là soit mort avant de profiter du grand âge, il avait bien l'air d'être du genre de ceux capables d'en profiter. C'est déguelasse que c'est raté.

Ça me rend un peu fière que même s'il m'a fallu presque tout ce temps-là, et que même en travaillant je dépends pour partie des revenus d'un autre et de la générosité de mes amis, la petite liberté, j'y suis finalement arrivée. Il faut parfois savoir écouter la chanson.

Salut à celui qui l'avait réussie. Et merci.

 

 

(1) Charlie Haden donc et j'aimerais bien comprendre pourquoi le fait de ne l'apprendre qu'à retardement - alors que pourquoi l'aurais-je spécialement su plus tôt, je ne le connaissais pas plus que quiconque s'intéresse ou s'est intéressé au jazz - ajoute un degré de tristesse. En fait l'apprendre par l'intermédiaire d'un ami plusieurs jours plus tard c'était comme apprendre par les médias le décès d'un ancien proche [je suis sensible au sujet car si je survis à #MonAssassinPréféré et à ex-#MaGrandeDiva c'est ainsi que j'apprendrai qu'il n'y aura plus aucune chance de retrouvailles, jamais], ça peine un cran plus.

(2) dont on peut voir l'illustration sur ce blog qui par ailleurs n'a rien à voir.

(2 bis) Plus tard, quand j'ai su que j'étais porteuse de ce mauvais cadeau de la thalassémie je me suis demandée si l'homme qui avait écrit ça connaissait lui aussi de tels ennuis. Ça correspond tellement. Trop tard désormais pour le lui demander.

(3) C'est l'exemple de la série Dallas, concue comme parodique, vue du moins en France au premier degré et ainsi appréciée. Ou par exemple le mirifique succès de Sugar Man en Afrique du Sud où l'album Cold Fact et au moins "I wonder" fut pris comme "hymne" par la part de la jeunesse blanche contestatrice de l'apartheid ; Sixto Rodriguez ne l'avait pas du tout écrit pour ça et ignorait même la portée que ses musiques avaient.


Small minded woman (I used to be sort of a)

Ô sérendipité de l'internet aux jours de congés, je découvre ce matin en voulant vérifier une citation, la compilation d'un blog de toute fraternité que ç'en est émouvant d'à quel point, au delà de l'effet générationnel ; et cet après-midi, en voulant éclaircir une allusion que j'avais faite sur twitter et donc citer la video concernée (1), j'en découvre une autre, Youtube étant redoutable pour nous piéger qui m'en a proposé un lot aussitôt, liées par une même zone niveau de notoriété-années. Je suis ainsi (re)tombée sur ce film des Bronski Beat, sur leur titre Small Town Boy. 

Il se trouve que durant les années 80 j'ai peu vécu dans la proximité d'une télé. Déjà une vie trop remplie pour m'affaler devant un truc qui ne m'intéressait que très ponctuellement. Pas d'argent à gaspiller. Sans doute aussi quelque chose en moi qui avait perçu que pour m'arracher du monde limité dans lequel ma naissance tendait à me confiner, je devais échapper à l'abrutissement instillé. Il avait fallu attendre le câble et l'espoir de chaînes en V.O. pour qu'on se laisse convaincre avec l'homme de la maison qui lui aussi aimait lire et que ses journées d'études puis de boulot laissaient de toutes façons trop crevé pour regarder. Quand il nous restait de l'énergie, nous préférions faire l'amour.

Par ricochet de l'absence d'équipement, il se trouve que la plupart des airs des années 80, et qui, qu'on les ait appréciés ou détestés nous font si on les réentend aujourd'hui un effet "petite madeleine", me sont inconnus de video. Sans parler qu'avant l'internet, ou même avant le câble, il fallait pour les voir tomber sur la bonne émission au bon moment (vagues souvenirs de l'une d'elle qui s'appelait Top 50 ?).

Je connaissais donc cette chanson des Bronski Beat, y compris les paroles, mais ne me souvenais plus du clip. Ou ne l'avais pas vu. Ou vu mais oublié parce que pas tout à fait compris. Ou vu mais dans cette illusion terrible entretenue jusqu'à l'an passé que justement tout ça en était, du passé, que les mentalités avaient, heureusement, bien changé.

#fatalerror 

Je sais désormais qu'il n'en est rien. Que j'avais le champ de vision réduit par le milieu très ouvert  dans lequel je vis depuis bon nombre d'années. Alors que l'intolérance, le mépris, la brutalité, on en est encore là en beaucoup d'endroit. Certains de mes amis peuvent se faire casser la gueule en plein Paris, sans même avoir eu d'attitude particulière, et quand bien même, tous les couples (2) devraient pouvoir s'embrasser.
Le père qui refuse de serrer la main, dans le film, cette fois m'a fait froid. Ça m'aurait sans doute laissée beaucoup plus fataliste, autrefois. J'ai toujours été tolérante but may be I am less narrow minded than I used to be. C'est déjà ça. Puissions-nous être de plus en plus nombreux/euses dans ce cas.

 

(1) J'ai toujours peur d'avoir une attitude trop exclusive ; le cryptique, volontaire, est lui assumé, mais il me déplaît d'avoir l'air de ne m'adresser qu'aux "initiés" ou aux gens de mon âge ou aux gens des mêmes professions que celles que j'ai traversées, bref, j'ai souvent peur de faire des allusions discriminantes. D'où que peut-être j'explique parfois un peu trop, au risque qu'on me dise Mais tu nous prends pour qui ?, bien sûr on avait compris.

(2) sauf un qui n'a pas intérêt de venir roucouler à Paris. La femme de la pampa, salement escamotée, n'est pas certaine de rester exactement courtoise et de ne pas laisser sa rudesse s'exprimer. Je ne suis pas aussi douce et gentille que la Nanarella, du moins quand on ne me respecte pas. 


Complètement cramé (18 ans déjà)

 

Dix-huit ans déjà que par un beau dimanche matin je reçus de Hong Kong un très étrange coup de fil d'un bon vieux copain de promo et qui disait : - "Dis Gilda, je crois que ton bureau est en train de cramer". J'ignore quelle heure il était chez lui, peut-être victime d'une insomnie, d'un petit coup de Heimweh, regardait-il les infos de Paris, "C'est sur France 2" m'avait-il dit. 

Je ne savais pas, ça alors. Ben je vais aller voir, merci, ai-je répondu en substance peut-être assorti d'un Hé merde bien senti. Je me doutais qu'un incendie, aux salariés n'apporterait que des ennuis. 

J'ai raccroché, j'ai dit J'y vais. Je ne sais pas pourquoi comme ça j'avais filé, ça ne changeait rien. Je crois que je voulais voir l'ampleur du désastre, savoir que faire au lundi, si c'était seulement l'agence bancaire au rez-de-chaussé où les étages qui étaient touchés. Je n'ai appelé aucun collègue, je voulais voir d'abord.

Et quand j'ai vu sortir un gros panache noir des fenêtres précises où étaient nos locaux, c'est à mon amis Pierre que j'ai téléphoné. D'une cabine (1). Les pompiers ou plutôt la police avait bouclé le périmètre. J'ai le souvenir d'une bonne dame équipée d'un cabas dont dépassait un poireau et qui tentait vainement d'obtenir l'accord pour retourner chez elle. Elle était sortie faire son marché et voilà qu'elle ne pouvait plus rentrer. Elle avait au moins de quoi manger.

L'incendie faisait rage, je me souviens de l'avoir très exactement pensé que j'avais sous les yeux l'illustration même de cette expression, qui se révélait (hélas) sans exagération. 

Je me suis revue le vendredi soir finir un peu plus tard pour achever une sauvegarde, étiqueter soigneusement la disquette, la ranger dans un boitier avec quelques autres déjà ordonnées, le boitier dans le placard derrière mon bureau, de ces placards professionnels hideux avec rideau coulissant gris, d'avoir fermé à clef, la clef dans le pot à crayons - pour le principe -, revenir sur mes pas alors qu'au seuil de la porte, car les fenêtres, élevées (par elle on ne voyait pas elles étaient au dessus et je souffrais énormément de cette sensation d'enfermement) étaient restées ouvertes. La manivelle, les refermer. Dès fois qu'il y ait un orage, sait-on jamais.

De mon bureau lui-même il n'est rien resté : il s'est trouvé dans une partie du bâtiment qui s'était écroulée. Celui qui était à l'époque ma directe hiérarchie me confiait tous les documents importants : j'étais du genre organisée (essentiellement pour ne pas perdre ensuite du temps), lui non. Au moins dans ton bureau, on sait où ils sont. 

On savait désormais qu'ils avaient entièrement brûlé. 

Alors que son propre bureau sis dans la partie que les pompiers s'étaient acharnés à préserver - zone des hautes hiérarchies, œuvres d'art aux murs, et sans doute dans les coffres des secrets bien gardés - n'avait que peu été touché. Et qu'il récupéra l'intégralité de ses dossiers. Sous une couche de cendre noire poisseuse, sans doute un peu toxique, mais néanmoins.

J'étais rentrée peu auparavant de congé de maternité et n'avais pas encore eu ni le goût ni le temps de personnaliser ma place. Hormis une calculette, et un vieux dictionnaire de l'informatique, déjà vieux en ce temps-là et que je gardais pour les définitions d'appareils déjà alors obsolètes dont la description m'amusait, je n'ai rien perdu de personnel dans l'aventure. En revanche de précieuses archives professionnelles, dont des classeurs de dépannages informatiques où je m'étais constitué un stock très utile de "pannes vues", les symptômes et leur solution. Comme une partie de notre travail consistait à aider des utilisateurs parfois lointains, cette documentation sur mesure était très utile. Elle me manqua longtemps.

De même qu'au fil des ans et des demandes, des programmes, des fichiers, des documents qu'on prenait alors conscience d'avoir eux aussi perdus.

La perte d'intérêt du poste que j'occupais date de ce moment-là : au lieu d'être sur de nouveaux projets nous avons passé notre temps à combler ce qui n'aurait pas dû cesser d'exister. Quand ce fut éclusé nous avons dû nous gaver les modifs et tests de passage à l'an 2000 puis le passage à l'euro (et dans les fichiers et bases de données tout ce que ça impliquait).  C'est à dire des surcharges de travail mais uniquement pour des choses mécaniques, qui n'en appelaient pas à de la réflexion satisfaisante ni à un savoir-faire exceptionnel. Finies les journées bouclées en se disant, Mazette, j'ai résolu ce point délicat, je ne m'en serai pas cru capable ; et d'avoir un emploi fastidieux mais comportant d'un point de vue neuronal de stimulantes satisfactions. Ingénieur, quoi.

Nous avons été du lundi - oh la rencontre fortuite d'un bon ami d'alors, perdu de vue depuis, j'ignore encore pourquoi : il a cessé de venir aux week-ends du ciné-club puis n'a plus répondu à rien et qui me croise sur le trottoir à la hauteur d'alors Del Duca, Que fais-tu là ? - C'est mon bureau, il a brûlé et je montre le bâtiment et lui qui passait en se hâtant lève les yeux et voit l'étendue du désastre - au mercredi en chômage technique, dès le jeudi dans des locaux à la Défense à rebrancher des ordis qui étaient des périmés d'autres services, de ceux qu'on garde dans une réverve pour pallier une panne d'un plus neuf. J'ai un plutôt bon souvenir de la période Remontons nos manches et les mains dans le cambouis. J'aimais la bidouille, une liberté retrouvée. Loin du Siège Social nous subissions moins la pression hiérarchique, je me suis même autorisée à venir bosser en jean (ben oui quoi, on bricolait). Le jean étant pour moi le vêtement de travail parfait. Le bleu de travail. Tout autre tenue me voit moins efficace, fors le maillot de bain pour nager et le short pour le foot.

Je n'ai plus jamais retrouvé mon aptitude à ranger. L'appartement en témoigne. C'est l'année où les choses puisqu'elles n'étaient plus faites à mesure, ont commencé à déraper, les papiers à s'entasser, les vêtements et les chaussures à subir du retard dans leur indispensable tri Été / Hiver. (Les livres pour leur part avaient déjà tendance à proliférer, je ne crois pas que l'incendie ait modifié quoi que ce soit).

Dès années après il m'est encore arrivé de remarquer une perte que le feu avait occasionné. Ainsi ce matin en lisant ce billet chez Baptiste Coulmont, un début d'étude marginale que j'avais faite sur les fréquences par années des prénoms et comment les modes descendaient les niveaux hiérarchiques car j'avais remarqué cette tendance via quelques données (dont un sous-fichier pour l'arbre de Noël en l'occurrence, pour lequel j'avais été en désespoir de cause chargée d'ôter les doublons et triplons à la main (1) d'où l'attention sur les prénoms ; la rubrique "naissances" du journal interne, également). Voilà, 18 ans après je prends conscience de sa disparition. Mon petit chef, que ça amusait et qui trouvait qu'il s'agissait d'un excellent entraînement, m'avait à l'époque donné sa bénédiction à condition que ça soit fait sur les interstices quand les sujets officiels piétinaient.

Il y avait aussi une magnifique étude sur les temps de transports en Île de France dans les années 70 et qui était passionnante pour qui savait décrypter. Je l'avais un jour sauvée de la benne - les temps avaient changé, on ne se souciait plus du confort des salariés, au contraire, on avait bien envie de les décourager -.

Je n'éprouvais pas d'attachement affectif envers mon travail, c'était un gagne-pain et vécu comme tel. Je m'efforçais d'être irréprochable, effectuais mon travail du mieux que je pouvais, mais mon âme ailleurs vivait. Il n'empêche que tout perdre, brutalement, par le feu est une expérience qui reste, laisse des traces, et nous change. Je me suis souvent demandé comment des collègues qui eux "s'investissaient" et aussi ceux qui personnalisaient beaucoup leur poste de travail s'en étaient au fond tirés. Peut-être mieux que moi qui me croyais détachée, mais suis sensible aux infimes infinis détails du quotidien.

Il m'arrive encore de rêver du siège social tel qu'il était, en particulier le gymnase au sous-sol (que mes songes agrémentent volontiers d'une piscine), le jardin intérieur en soubassement (sans doute pour cela que celui de la BNF me "parle" autant), l'escalier en double révolution (revu depuis, il a survécu) et puis "l'entrée en tombeau de Napoléon" côté arrière, voulue par l'un des présidents, des années de lourds travaux ... partis en fumée.

 

(1) Il fallait veiller qu'un même enfant ne perçoive qu'un seul cadeau or certains pouvaient apparaître trois fois à la suite d'un divorce et d'un remariage au sein de l'entreprise, déclaré par la mère, le père, la nouvelle femme du père. Le gros des troupes filtrables par programme, mais toujours de somptueux cas particuliers. Certaines personnes ayant visiblement des existences agitées mais que ça n'empêchait pas de vouloir profiter même indûment de tous les avantages. Cette double aptitude au rock'n'roll doublé d'une capacité à examiner le moindre document administratif m'a toujours sidérée. Alors que ça n'est pas strictement contradictoire, en fait.

 

(1) Hé oui c'était au siècle dernier. D'un portable tout le monde n'était pas équipé.


« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

Paul Nizan, Aden Arabie 

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J'avais vingt ans et pour la première fois de ma vie un chagrin qui me dépassait : celui que j'avais cru l'homme de ma vie m'avait quittée, il habitait loin, n'était pas du même milieu social, était croyant (1), avait rencontré quelqu'un d'autre et qui n'était pas n'importe qui (2).

 

 

Il l'avait fait si proprement que je ne lui en voulais pas : prenant le train, venant me dire, m'accordant un dernier câlin et l'amitié est restée possible parce qu'il y avait eu du respect.

 

En attendant je devais me débrouiller avec le vide, l'absence, le manque sexuel (déjà qu'après quarante  c'est pas facile, alors à vingt et dans la fleur d'un amour récent, c'était une souffrance épouvantable de tant d'instants). Je me suis cramponnée à mes études, une amie m'a proposé d'immigrer avec elle en Californie (ce qui était clairement impossible, mais qu'elle me propose et que cette part de rêve flotte au dessus de l'océan du désespoir noir m'a sur le moment sauvée), j'ai bossé comme une dingue, je passais des concours.

 

 

Ma piaule d'étudiante était l'une de ces que cache les arbres, au 4ème (5ème ?) je crois. Par moment le chagrin, le corps jeune qui réclamait son dû, j'étais obligée de quitter ma table d'étude à laquelle j'étais généralement rivée et je regardais par la fenêtre ces arbres, ce jardin (3), la tête contre la vitre je laissais pleurer, j'attendais que ça passe, me disais que je ne devais pas mourir, mais sentais mes capacités de pensée et de mémoire atteintes : nous étions l'un comme l'autre passionnés de physique et du fait du chagrin, mes connaissances dans ce domaine commun rouillaient, perdaient de leur fiabilité.

 

J'ai limité la casse, réussi un concours en croyant le rater (4), rencontré le père de mes enfants, ce garçon qui tomba fou amoureux fou de moi et malgré de solides coups durs de la vie (ou peut-être à cause de), il en reste quelque chose, une petite équipe de gens épuisés qui se serrent les coudes face à l'adversité.

Ce rendez-vous pour un éventuel emploi, à quelques rues de là, m'a poussée à retourner sur zone. J'étais curieuse de voir ce qu'il en restait. Apparemment ce qui s'appelait autrefois "Foyer des lycéennes" et regroupait les filles des classes prépas de Paris (5), est à présent l'internat d'un seul lycée. Mais les bâtiments sont restés inchangés. Je n'y étais passée qu'une ou deux (ou trois ?) fois depuis. 

 

Trente ans plus tard, encore un chagrin. Mais mesurer ainsi le chemin parcouru, que la peine actuelle est bien moins forte que l'ancienne - sans doute car l'homme quittant s'est révélé méprisable par la façon dont il l'a fait -, que je ne suis pas entièrement seule, qu'il reste un brin d'amour à côté, que c'était plus du côté de la complicité d'écriture que ça se jouait, mesurer ça, m'a fait du bien. Je suis une fois de plus à terre, mais pas en danger. Et ma vie a de quoi occuper plein de soirées au coin du feu à d'éventuels petits enfants auxquels j'en raconterai les drames à l'italienne, parce qu'il m'en est arrivé de drôles, et de sacrés beaux arcs-en-ciel entre les averses de malheurs, et que certains malheurs quand on survit possèdent leur part de cocasserie.
Tout est plus dur à vingt ans. On n'a aucun passé sur lequel s'appuyer. On ignore que la mort peut venir sur nos épaules se percher, puis repartir, s'étant ravisée. On n'est pas pris(e)s au sérieux, même quand sérieux/euses on l'est.

 

Pour quelqu'un que la prédestination sociale offrait à l'usine en des postes subalternes, ou à un de ces emplois considérés comme féminins (comprendre : mal payés et d'obéissance), même si en ce moment c'est la panade, je ne m'en suis pas trop mal tirée. Et surtout c'était rock'n'roll : jamais un temps d'ennui. Et totalement Forrest Gump (6).

 

Alors ce samedi j'ai remercié je ne sais qui d'être toujours là et vaillante après plusieurs décennies (c'était tout, sauf gagné).  

Puis salué l'ombre de la moi de 20 ans, on s'est dit qu'avec les hommes c'était pas toujours ça, décidément, ce que c'est que de n'être pas blonde aux beaux seins, je lui ai présenté mentalement l'homme de la maison qui n'est pas un mauvais bougre, et aussi les enfants, parce qu'à la moi de 20 ans qui pensait qu'elle n'en aurait pas (plus d'homme de sa vie et quelques bizarreries de santé), ça lui aurait rudement remonté le moral de savoir qu'ils seraient là, et deviendraient de jeunes adultes très bien. Je lui ai présenté mes amis, ces fortes amitiés d'affinités que l'internet a permises, plus solides que celles d'antan même si elles pouvaient être belles mais qui venaient d'être collègues dans un même bureau, étudiants sur un même bancs, voisins qui s'entendaient bien et donc plus fragiles au gré des déplacements.

Oui, salué l'ombre de la moi de 20 ans en larmes à sa fenêtre, et la moi vieille, de la rue, a souri. 

Tu vas voir, petite, si la santé me reste, OK c'est déjà pas mal, mais c'est loin d'être fini. On va faire vieille dame indigne, ça va dépoter. Et ça éclaboussera de bonheur les amis, les gosses, l'éventuelle descendance, peut-être qui sait un vieux mari.

 

(1) Rétrospectivement je pense que ça aurait tôt ou tard constitué un ferment de discorde, je pense que cette évolution qui m'a été inévitable de devenir moins tolérante en vieillissant, parce que refusant que les femmes soient considérées comme des êtres de catégorie B, ça aurait fini par nous éloigner.

(2) Quelqu'un d'une intelligence supérieure, que j'admire et apprécie.

(3) Il me semble qu'à l'époque son accès était aussi restreint que celui du bois intérieur de la BNF.

(4) Il faut qu'un jour j'écrive un texte sur l'amie qui téléphone pour me demander si j'y vais, et moi persuadée de devoir refaire une année : Si j'y vais où ? Et elle : Ben à l'ESTP ! Tu es reçue, tu l'ignorais ? (et moi si persuadée que c'était foutu qui n'était pas même allée voir)

(5) Les garçons étaient internes sur place dans chaque lycée. À eux zéro temps de trajets, à nous : traverser parfois tout Paris pour rentrer. Y compris tard le soir après les khôles. 

(6) Le côté : J'ai pas tout compris mais ce jour-là j'y étais

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Where's Ottawa ?

 

Au sortir d'une longue sieste qui m'inquiète un peu, je suis tombée, grâce à ce billet chez Embruns, sur une vidéo qui de prime abord m'a beaucoup amusée 

 

Je ne trouve pas si ridicule de répondre spontanément par la ville la plus importante en taille, et puis le garçon de la 15 ème seconde ressemble au Croisons-les qui aurait pu être fait de deux amis communs (c'est même troublant), y compris pour l'un d'entre eux dans la réaction qu'il pourrait avoir. 

Il se trouve que j'ai conscience de savoir certaines choses statiques (une capitale, un emplacement, des bribes historiques ...) simplement par le fait d'être née avant l'internet et d'avoir donc suivi des enseignements à une époque dont wikipédia était absente. Il était bon de connaître certaines bases, rechercher une info de cet ordre n'était pas si aisé, pas immédiat en tout cas. Pour autant je trouve qu'il est plus efficace de nos jours de se concentrer sur des données "vivantes", des choses qui évoluent, des connaissances opérationnelles, et qu'on peut déléguer le stockage dès lors qu'on possède certaines notions - ils savent où se trouve le Canada et les villes principales -. Ça m'a toujours agacée ceux qui tiraient fierté de savoir par cœur en France la liste des départements. Une réorganisation et plouf, cette connaissance, déjà inutile sauf pour varier les insultes aux automobilistes croisés, deviendra obsolète. 

Puis je me suis rendue compte que je n'avais pas appris le nom de la capitale du Canada dans un quelconque cours de géographie, mais en 4ème (ou en 3ème) en cours d'anglais. C'était l'époque des débuts (contestés, forcément, vous savez, "la résistance aux changements") de "la méthode audio-visuelle" pour l'apprentissage des langues. Sauf que le collège où j'étudiais était un peu trop fauché pour le "visuel" de l'histoire (à l'époque une télé, c'était un investissement), nous avions donc, grâce à une prof pétillante et dynamique (que j'aimais beaucoup) (1), droit à des leçons enregistrées sur bandes magnétiques en bobine qu'elle avait parfois du mal à caler. J'ignore pourquoi, la répétition oui mais encore ? d'autres choses m'ont été longuement répétées que je n'ai pas "imprimées" en cervelle, mais certains des dialogues me sont restés. Dont deux leçons en particulier. Une histoire dramatique de Spit Nolan qui piquait une rose dans un cimetière et se faisait tuer lors d'une course en voiture à pédale (ou assimilée, un truc que les gosses de l'histoire se fabriquaient pour dévaller une colline). Et une histoire de barbouzes (je crois) canadiens ou qui allaient au Canada du moins, celle-ci rigolote (ou qui se voulait telle) et dont un grand moment disait :

- Where is Ottawa ?

- Buy an atlas.

- Ha, ha, that's good, buy an atlas !

Pourquoi diable plus de 35 ans plus tard, ai-je encore ça en tête, d'autant plus qu'à moi personne ne pose la question de la capitale du Canada et de sa localisation ? (2)

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source : google maps 

  

(1) C'est d'ailleurs amusant, je ne peux m'empêcher d'imaginer qu'un de mes amies blogueuse (dont je ne cite pas le pseudo car son blog est sous clef, mais j'espère qu'elle se reconnaîtra quand même) et qui exerce ce métier mène ses heures de cours de la même façon que ma prof d'anglais le faisait. Je crois qu'aucun élève même les plus rétifs, ne détestait ensuite la matière enseignée. Elle tenait une bonne autorité du fait que pendant ses cours il fallait vraiment le vouloir pour s'ennuyer.

(2) Je me souviens aussi du titre : "The man with a job to do".


Le sac spécial Thons

 

C'était je dirais au début des années soixante-dix. Les fins de mois avaient cessées d'être épouvantables pour mes parents et mon père n'était plus rendu fou de fatigue du cumul de deux boulots, c'était ces années où l'inflation n'était pas de pure hostilité envers les salariés dont les rémunérations étaient pour partie indexées - du moins en France (1), ça n'a pas duré -. 

D'Italie, une de mes tantes ou cousine aînée (2) avait demandé puisque nous avions ce privilège inouï d'habiter Paris, ville si prestigieuse, si nous pouvions pour elle acheter un sac Vuitton, que bien sûr elle rembourserait. 

Le premier réflexe de mon père avait été de dire Je te l'offrirai. Il n'a pas insisté quand plus tard il a vu le prix stupéfiant de l'objet.

Le premier réflexe de ma mère a été de dire : - Un sac quoi ?

Le mien de me demander quel sorte de sac ça pouvait bien être : je connaissais les sacs à mains, les sacs à dos, les sacs de couchages, les sacs à patates, mais que diable pouvait bien être un sac vui-thon ? J'imaginais aussitôt un sac à provision particulier, d'une absolue étanchéité et destiné aux jours d'aller chez le poissonier, histoire que la ménagère ne sente pas le merlan sur le chemin de retour au bercail.

Mon père a alors expliqué : - C'est une marque. Elle m'a dit qu'ils avaient un magasin sur les Champs-Élysées.

Puis avait décolé une de leurs sempiternelles disputes sur le thème Tu vas à Paris tout le temps dilapider l'argent du ménage (3), tu peux bien y aller pour rendre service. Ma mère protestant qu'elle n'était pas là pour satisfaire les caprices de snobisme des autres, et comment on va faire, avancer l'argent ? Ça va être hors de prix. Et puis comment savoir où c'est ?

Il est vrai qu'en ce temps-là, pas d'internet, pas même encore de minitel, j'ai l'impression que mes parents ignoraient l'existence d'un service de renseignements téléphoniques (ou la connaissaient mais craignaient qu'y faire appel ne fût horriblement coûteux) et les annuaires de la maison ne couvraient que le Val d'Oise où nous vivions. 

Je crois m'être proposée pour aller chercher dans les annuaires de la poste. Le sac devait être pour quelqu'un que j'aimais bien, et je souhaitais couper court à la dispute. Comme d'habitude j'avais brillamment réussi à détourner les deux colères sur ma personne. Un moindre mal. 

Ma mère, agacée a consenti à accepter, ajoutant un dédaigneux, Je demanderai à mes amies, qui aurait pu remettre le feu aux poudres étant donné qu'un autre grief paternel était que son épouse se prenne pour une bourgeoise et via ses activités sportives de femme au foyer fréquentât quelques dames d'un milieu social inconvenant pour une femme d'à peine plus qu'ouvrier.

Mais mon père s'était dit que l'essentiel était dans l'achat consenti et avait poursuivi sa colère sur un autre sujet, une fois la tempête lancée, il n'était pas immédiat de l'apaiser. Dans ces moments-là même ma petite sœur pouvait tomber dans le collimateur. Je tiens à préciser que mon père n'était jamais violent physiquement, il ne frappait pas, mais sa force présentait une menace, le fait de sentir qu'il se retenait au prix d'un grand effort, et ses colères des ouragans. Persuadée que je devais protéger ma pauvre petite sœur de la dynamique destructrice des parents j'étais la seule à m'opposer frontalement lorsque vraiment ils dépassaient les bornes. Et je me réfugiais dans le travail scolaire à outrance, c'était ce qui dépendait de moi, ce qu'ils respectaient, mon havre de paix. Il faut parfois se méfier d'une forme d'excellence scolaire, qui crie une détresse.


J'espérais vaguement que l'achat du sac serait l'occasion d'une expédition collective : ma mère, ma sœur et moi ; l'opportunité de découvrir un quartier que je n'avais fait que très rarement croiser. Seulement ma mère, comme pour compenser le dérangement, avait profité de la bénédiction du mari pour s'accorder un jour de liberté alors que nous avions classe. Je me souviens vaguement d'avoir pressenti quelque chose à la voir en semaine habillée en dimanche de ceux où quelqu'un vient - fête de famille, plus rarement collègue du père -. Elle avait dû se dire, non sans raison, que si elle entrait dans une boutique de luxe avec ses vêtements quotidiens on ne la prendrait pas pour la cliente que les circonstances faisait d'elle. Elle ignorait qu'il n'est plus fort marqueur de décalage social que le fait d'avoir l'air endimanché. Je l'ignorais aussi à l'époque et nous croyais sincèrement plus beaux avec nos "beaux" habits, lesquels de toutes façons devaient sembler minables à qui s'y connaissait. 

Au soir la mère était de retour, le dîner de retard, mais l'excuse de marbre, Je suis allée chercher le sac pour xxx, mon père n'avait pas crié ; ma mère avait raconté son périple, les vendeuses méprisantes et surmenées, l'agitation, certains clients qui faisaient des achats énormes entre lesquels il fallait parvenir à s'intercaler, les prix qui stupéfiaient et qu'elle n'avait pas eu le courage de demander un paquet - mais après tout ce n'était pas un cadeau -. Elle avait ajouté qu'elle ne comprenait vraiment pas ce que tout ces gens à ces sacs-là trouvaient.

- Mais qu'est-ce qu'ils ont de spécial, ces sacs ? Je souhaitais comprendre, ma petite sœur, vive et curieuse de tout, voulait voir, alors ma mère avait précautionneusement entrouvert l'emballage, si soigné qu'il ressemblait en tant que tel à un paquet pour un cadeau, et nous avions découvert cette texture granuleuse, ce marron à nos yeux quelconque et les lettres enchassées dont je trouvais qu'elles gâchaient plutôt l'ensemble qu'autre chose.

- Mais, on dirait même pas du cuir !

Je ne sais plus qui de mon père ou moi avait poussé l'exclamation. Nous qui étions habitués aux doux contact des objets (sacs ou chaussures) de maroquinerie italienne et que nous rapportions de nos vacances, si agréables au toucher, si souples, étions incapables de comprendre que les Italiens apprécient cette texture granuleuse, lointaine et piètre imitation du matériau que nous trouvions beau.

Ma cousine ou ma tante avait été si heureuse de son achat par notre intermédiaire qu'il y eut d'autres demandes, pour d'autres personnes de la parentée ou de proches amies. Il y eut donc d'autres expéditions. Un jour la mode a tourné ou bien ma mère est parvenue à faire entendre que vraiment ça devenait trop ou mon père s'est rendu compte qu'ils n'avaient pas les moyens de faire les avances nécessaires - tout en ayant trop de fierté pour réclamer paiement préalable -, bref, un jour les expéditions Vuitton ont cessé.

M'est restée de l'expérience, le souvenir d'une dispute de plus, une solide indifférence des marques, pour moi définitivement rangées au rayon "on dirait des gosses à la récré qui veulent faire leur crâneurs" et complètement inutiles, sauf pour les stylos plumes (4), certains cahiers (5), les raquettes de tennis (6) ou les chaussures de foot (7). 

J'avais oublié cet épisode pourtant symbolique d'un monde en train de basculer vers le consumérisme alors qu'en dehors des marques de voitures, il nous était longtemps resté totalement étranger, tout juste si on remarquait que telle lessive par rapport à telle autre avait un "meilleur" parfum. Pour le reste, on s'en foutait, l'essentiel était le produit ou l'objet et qu'il remplisse convenablement sa fonction. 

Ce sont les commentaires après une photo de Nawal, celle dont la fin du monde est formidable, qui m'ont soudain fait revenir ce souvenir du sac en cuir qui n'y ressemblait pas.

 

 

(1) Je crois me rappeler qu'en Italie ils avaient quelque chose que les adultes appelaient "la scala mobile" et voyais bien chaque année qu'alors que nous nous enfoncions dans une nouvelle période très serrée, la famille prospérait.

(2) Phénomène courant dans les familles nombreuses et celle de mon père l'était : entre les enfants de mes oncles les plus âgés et ma sœur ou moi - filles tardives d'un puîné - , il existait presque une génération d'écart.

(3) C'était archi-faux. En plus que la plupart des expéditions de la lointaine banlieue vers Paris avait pour but ... de nous habiller chez Tati. Et le grand luxe alors était de faire escale le midi afin de manger un croque-monsieur dans une brasserie. Le deuxième grand luxe étant de prendre de l'eau gazeuse pour accompagner au lieu de l'eau du robinet.

(4) Entre Parker, Waterman et les ancêtres des jetables aux couleurs joyeuses, mon cœur oscillait. Je m'en faisais offrir certains jolis aux grandes occasions, qu'on me volait au collège ou au lycées dans ces moments où il nous fallait laisser nos cartables dans tel ou tel endroit sans pouvoir les surveiller.

(5) Gauchère qui souffrait d'être obligée d'écrire dans le mauvais sens, j'avais trouvé dans les Clairefontaine et leur glisse inhabituelle pour l'époque, un précieux allié. Grâce à eux je pouvais écrire aussi vite qu'un droitier dont le cahier grattait.

(5) Si tu as la raquette de Björn Borg, tu joueras aussi bien (peut-être ?).

(7) Certaines chaussures courent plus vite que d'autres, ce n'est pas Gilles qui me contredira.

 


"J'habite au 9ème" (les Frères Ennemis)

 

Comment l'un des frères ennemis a échappé à Brigitte Bardot

(sketch retrouvé grâce @quitusais qui m'en a donné l'envie et que je remercie)

 

Ne peux les regarder sans penser, comme dans la chanson de François Morel Qu'est devenu Teddy Vrignault ?, ce qui donne une teinte triste à leurs sketchs qu'en ce temps-là elle n'avait pas (oui je suis particulièrement sensible au sujet des personnes qui se volatilisent, ce qui n'étonnera pas).