Comme une sorte de blague à retardement (Jacky Schwarzmann, "Pension complète")

 

Fullsizeoutput_1799  Persuadée que tel était le cas, j'ai commencé à lire "Pension complète" de Jacky Schwarzmann, comme un polar luxembourgeois qu'une amie m'aurait conseillé.

Seulement à la fin du chapitre 4, le narrateur se retrouve envoyé sur la Côte d'Azur pour cause d'ennuis qui lui pendent au nez et de personne de son très proche entourage qui peut lui permettre de se réfugier dans un yacht à Saint Tropez.

C'est alors que sa voiture tombe en panne et qu'il se trouve obligé de se loger à côté du garage où elle doit être réparée.

Le voilà donc qui page 46, débarque au camping précis où mon club de triathlon avait son stage en avril, tous les détails y sont et j'ai tellement ri (1) que j'ai dû interrompre ma lecture. 

Remise de l'effet bonne blague, j'ai poursuivi ma lecture, très facilement car dans la catégorie polar déjanté et drôle quoiqu'assez pertinent sur ce qu'il dit de la société, ce roman tient la route, et voilà que page 117 deux des protagonistes se mettent à causer triathlon et par n'importe lequel, le Xterra en France dans lequel l'un des coachs de notre club s'est illustré récemment et qui présente la particularité de consister en un parcours VTT pour le vélo et trail pour la CAP.

Arrivée à ce stade, j'ai cru que Jacky Schwarzmann était le pseudo de quelqu'un du club qui aurait participé au stage, ainsi qu'au Xterra, de l'année passé. La qualité de certains compte-rendus de courses rédigés au sein du club rendait l'affaire plausible. 

Une fois de retour devant l'ordinateur j'ai pu constater que ça n'était pas le cas, Jacky Schwarzmann est un écrivain de l'est de la France et qui vit à Lyon, si j'ai bien compris. Par ailleurs je suis parvenue à retrouver l'article qui m'avait menée jusqu'à la lecture de ce livre : non pas un conseil d'ami·e mais un billet sur l'excellent blog Encore du noir.

Je me suis donc une fois de plus fait une blague à moi-même puisque l'info des lieux et du camping y était. Mais tout simplement lors de ma lecture de la chronique, je n'avais pas percuté - au stage j'étais simple participante et je ne me suis préoccupée du lieu qu'au moment de m'y rendre, son nom ni la région ne m'étaient familiers -.

En attendant j'ai découvert le travail réjouissant d'un auteur que je ne connaissais pas, mais dont j'ai l'impression qu'il s'est appliqué à me faire une bonne blague personnellement à moi. Merci pour le grand éclat de rire et le chouette moment de lecture, en tout cas.

 

(1) Parce que l'environnement me rappelait tellement le village dans Le Prisonnier que je n'avais pas pu m'empêcher de jouer à imaginer quelques intrigues polardeuses pendant que lors des différents entraînements je courais. 

PS : Un blog à présent abandonné, une émission sur France Culture, une balade littéraire sur Radio Nova : j'aurais pu lire ce roman plus tôt, mais ç'eût été moins rigolo. Et peut-être que j'eusse été moins détendue au camping pendant le stage si ma lecture avait précédé le séjour ;-) :-) . Parfois la vie se goupille bien. 


Que devient Budhia Singh ?

 

    J'étais en train de lire des articles ou reportages vidéo au sujet de Caster Semenya et les autres athlètes hyperandrogènes et des développements récents des décisions fluctuantes les concernant  - la question se pose vraiment, faire justice à ce dont elles sont dotées de par la naissance et les efforts qu'elles ont consenti pour s'en sortir malgré tout, ou faire justice à l'ensemble des femmes athlètes ? sans parler des incidences médicales d'injection d'hormones et du contexte général de dopage répandu (qui rend étrange de s'en prendre à des caractéristiques naturelles fussent-elles exceptionnelles -. 

Est alors apparu en autoplay un reportage au sujet de Budhia Singh ce jeune garçon indien né en 2002 dans un bidonville, vendu par sa mère parce qu'ils mourraient de faim, récupéré par un coach de judo, Biranchi Das, lequel avait repéré ses qualités d'endurance et en avait fait une sorte de wunderkid du marathon. Jusqu'à ce qu'à pousser l'exploit trop loin il mène à des défaillances de l'enfant et l'intervention de services de protection de l'enfance, qu'il avait peut-être déjà exaspéré par ailleurs ou auparavant, car ce fut contre lui un déchaînement. Au bout du compte l'enfant lui fut retiré avec une interdiction pour lui de recourir un marathon avant l'âge de 17 ans, le guru-entraîneur fut assassiné un an après, officiellement par un voyou qui lui reprochait d'avoir offert abri à une jeune fille qu'il convoitait (sans doute pour la prostituer), lequel (si j'ai bien compris des articles pas uniquement en anglais) aurait été libéré sous conditions en 2017. Plus tard l'enfant s'est trouvé pris en charge dans un sport études, où il a étudié avec motivation mais était malheureux des entraînements courtes distances auxquels il était limité - tout en n'étant pas considéré comme très bon, puisque ça n'était pas son truc, le sprint -. Plus récemment on le retrouve lors de la promo du biopic le concernant, alors que jeune adulte il ne cesse de clamer qu'il ne souhaite qu'une chose : qu'on le laisse courir des marathons au plus haut niveau et d'avoir un entraîneur. 

Là aussi, difficile de se faire un avis : selon les témoignages, l'entraîneur est un bourreau ou un sauveur, l'enfant une victime ou un héros, les services de protection de l'enfance le bras armé d'un pouvoir politique désireux de dégager un indésirable ou des sauveurs d'un petit qui se faisait surexploiter. 

Un point intéressant reste que l'adolescent continue de parler de son gourou et coach avec respect et reconnaissance. Il semble considérer qu'il a vu en lui le champion qu'il était.

La seule certitude est qu'un monde où un enfant ne serait pas sommé de choisir entre courir de longues distances au point de mettre en danger sa santé, ou mourir de faim serait bien. 

L'autre est que les choses étant survenues et irréparable, il semble qu'il reste au jeune homme une furieuse motivation persistante pour son sport. Et qu'il est en âge de prendre ses décisions, alors lui donner sa chance serait bon. 

Je serais curieuse de savoir ce qu'il adviendra. On aimerait tellement qu'il s'en sorte.

PS : Au vu de différents articles glanés ici où là il semblerait qu'avant 16 ans et en gros une croissance déjà plus ou moins sinon complète du moins avancée d'aussi longues distances que le marathon serait déconseillé. 

 


Le GRP sur Cause Commune

 

    Demain soir sur la radio Cause Commune 93.1, à partir de 22h dans l'émission Côté Papier, je recevrais mes camarades du Gang du Roman Poétique et nous parlerons d'Hélène Bessette et de son travail et nous lirons des extraits et il y aura même de la musique en direct avec une lecture de la balade, bref, ça devrait dépoter. N'hésitez pas à écouter ! 


Quand le travail est devenu envahissant

 Les salariés doivent désormais s’investir positivement dans leur travail. L’autorité ne se satisfait plus qu’ils se laissent enfermer dans des paramètres coercitifs : ils doivent les épouser frénétiquement et en faire authentiquement un objet de désir. » Dans son enquête sur l’évaluation dans l’entreprise, publiée chez Éres sous le titre Le travail, au delà de l’évaluation, Damien Collard étudie les cas des personnels au contact du public à la SNCF, dans une préfecture, ou encore le labyrinthe de l’évaluation des enseignants-chercheurs. Entre déni du travail et imposition de « normes de service » souvent absurdes, c’est la dissolution du salarié dans sa conscience de bien faire qui semble programmée.

Jacques Munier dans sa chronique de ce matin sur France-Culture. 

    Je me souviens d'avoir vu cette tendance arriver : entre une époque où le travail est ce qu'il est, et où l'on demande certes aux gens d'être motivés mais dès lors qu'il est fait - et ce qu'on demande reste faisable - on leur fout la paix : d'une part sur leur vie privée, tant que tu respectes les horaires et arrives opérationnel, d'autre part sur leurs façons d'être - il suffit d'être correct et d'allure et de comportement - ; et une période où le management commence à s'immiscer, des objectifs commencent à être fixés qui ne relèvent pas du travail à effectuer, et ne sont pas mis en cohérence avec des moyens pour le faire, les horaires tendent à devenir sans limites (et sans paiement d'heures supplémentaires) on demande aux gens un savoir être et non plus un savoir faire, on n'a plus le droit de ne rien opposer, comme dans une dictature, avoir l'air réjoui de tout et n'importe quoi devient obligatoire sous peine d'être taxé de "non-implication". Pendant ce temps par rapport au coût de la vie réel, les salaires diminuent, et l'ancienneté n'est pas reconnue, au contraire, elle devient un facteur de moindre considération - vous êtes là depuis trop longtemps, soupçons d'être peu adaptables -. 
Longtemps je suis parvenue à survivre sans compromettre mon intégrité, mais je n'ai rien pu faire quant à organiser une résistance, tant de gens semblaient ravis de courber l'échine, ou paraissaient avoir des vies personnelles si réduites que peu leur importait que le travail structure tout, s'immisce partout. Ou alors ils étaient doués pour faire semblant de s'en satisfaire. 
Je ne savais faire semblant de rien du tout, dès que j'ai pu le faire sans que ma petite famille ne risque d'être à la rue, je suis partie.

Seulement voilà, tout le monde ne peut en faire autant. Il serait peut-être temps que l'on en revienne à des formes plus simples d'engagements professionnels, que les exigences concernent à nouveau les tâches à accomplir, les missions à remplir mais qu'on laisse les gens libres de les remplir au mieux à leur façon et sans intrusion.

PS : Par ailleurs un intéressant billet de blog chez Le Monolecte sur ce que le mouvement des automobilistes en colère dit éventuellement de l'état de notre société. 


Un article passionnant sur la pression faite aux femmes sur la limitation de leur espace

 

    Je suis arrivée sur son blog après avoir lu un touite de Noémie Renard et la conversation qui s'ensuivait. Il concernait un plagiat dont elle vient de se rendre compte, au sujet d'un ouvrage publié à partir de toutes sortes de travaux d'autres personnes au sujet du féminisme. On dirait que son auteur théorique a cherché à illustrer par son exemple même à quel point le féminisme était une nécessité.

Du coup j'ai lu d'autres billets de ce blog, "Sexisme et sciences humaines - féminisme" vraiment passionnant. 

Et parmi ceux-ci celui-là qui recoupe pile une conversation récente avec l'homme de la maison, lequel trouve les bras fins plus féminins (1) : 

L'impuissance comme idéal de beauté des femmes - Une faible occupation de l'espace 

Chaque paragraphe fourmille d'idées et de constatations sur lesquelles individuellement nous ne savons pas forcément mettre un nom (2). 

Une fois de plus je me suis rendue compte d'à quel point j'étais en révolte et décalage absolu face à ce que la société attend traditionnellement des femmes. À quel point j'ai traversé ma vie sans m'y plier et parfois sans même en avoir conscience : au point parfois de me manger les murs de verre assez violemment, comme dans le cas du foot alors que j'étais enfant. À quel point je m'en suis portée bien, fors sur une histoire d'amour probablement, qui n'eut pas vraiment lieu puisque j'étais trop hors critères. En fait tant mieux. Si quelqu'un tente de nous faire changer sur de nos façons d'être qui ne sont pas nocives (3) afin de pouvoir soi-disant mieux nous aimer, mais au fond nous faire rentrer dans ses critères et ses préjugés, il vaut mieux s'en éloigner. Notre bonne apparence est celle dans laquelle nous nous sentons à l'aise, pas celle qui nous vaut l'appréciation du regard des autres. Si elles coïncident tant mieux, sinon, tant pis. Séduire est réducteur et dangereux comme unique but d'une vie.

 

 

(1) Depuis que je suis devenue libraire et triathlète, je ne fais plus partie de cette catégorie. Et j'en suis fort aise : avoir quelques muscles aux bras facilite réellement la vie.

(2) À propos de mettre un nom, autre article fort instructif, celui-là de Bejamin Pierret

(3) Par exemple si quelqu'un est alcoolique, drogué, trop fumeur, dépensier ou violent et que son conjoint tente de l'en détacher, c'est assez nettement pour son bien.


Ça sera comme ça toute cette semaine et d'autres et d'autres jours encore

 

    C'est encore une belle semaine de librairie, intense et vive. Au fond j'adore ça. Et je suis de fait moins crevée en bossant à fond les manettes que lors d'emplois qui étaient trop faciles pour moi (quant à l"Usine", avant, n'en parlons pas). 

Seulement voilà, Philippe Rahmy est mort et même si nous nous étions tout au plus croisés une seule fois (1), je pense à lui, à son travail inachevé, ses proches qui peut-être ont vu un peu la fin venir alors que nous autres, non. Je venais de discuter avec quelqu'un qui allait lui demander s'il pouvait éventuellement venir à la librairie, et voilà que tout est trop tard.

Son absence ne me lâche pas.

Ou par moments de concentration sur une tâche urgente. Ou une conversation intense, comme celle de ce soir au sujet d'écrire avec Frédéric et Stéphane. Et encore même pas, écrire, ça m'a refait penser à lui (comment ne pas ?).

En rentrant je lis un hommage écrit par Sébastien Rongier. Un autre par Marie-Josée Desvignes. 

Ça paraît fou qu'il ne soit plus là.

Je tente de faire diversion avec une des videos de François.
Ça ne fonctionne qu'en surface.

Je crois au vu de sa page facebook qui est encore active et où se rassemblent les témoignages de cousin-es, d'ami-es, que je suis loin d'être la seule à penser à lui, à déplorer que tout soit fini.

Elle me fascine et m'émeut mais ne change rien aux pensées de fond pour le camarade mort. Certains jours plus que d'autres on aimerait croire au paradis.

 

(1) En fait je ne me rappelle même plus si j'ai rêvé qu'il était à une soirée remue.net à laquelle j'ai assisté, ou s'il devait venir mais n'avait pas pu, ou si c'est moi qui devais assister à une soirée à laquelle il devait venir et était venu mais que finalement j'avais manquée.


Paris sans voiture, la petite illusion

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Ah que c'est beau Paris sans voitures !

 

Bon alors en vrai, non, cette photo je l'avais prise à Bruxelles le 17 septembre 2006, parce que pendant que les Français s'appliquent consciencieusement à continuer de polluer, nos voisins, eux ça fait plus de dix ans qu'ils ont des journées sans voitures et intégralement. 

C'était un de ces petits déplacements en TGV qu'on s'accordaient avec le fiston avant ses fatidiques douze ans : nous profitions d'un tarif merveilleusement réduit grâce à une carte annuelle pas trop coûteuse qui permettait de payer les trajets trois fois rien et pour l'enfant et pour un adulte qui l'accompagnait. Nous avions choisi le week-end en fonction je crois d'une compétition de pétanque du papa, c'était aussi une façon d'éviter un dimanche de pétanque-widow. Nous ignorions que nous allions débarquer lors d'un jour particulier. Nous étions arrivés tôt le matin dans une ville sous la brume et totalement silencieuse. Nous avions vite pigé, ça n'en demeurait pas moins magique. Des vélos partout. La brume en plus atténuait les sons. Je me souviens de toute cette journée comme d'un très beau rêve.

À Paris, onze ans plus tard, c'est peu dire qu'en vrai, ça n'a pas fonctionné tout à fait : 

 

PA012752[photo prise en bas des Champs Élysées ce dimanche 1er octobre à 11:28 ; et ça n'était pas un moment d'exception]

Nous nous étions dit, naïfs, Tiens si notre entraînement de vélo nous le faisions dans Paris intra-muros ? Puis, gourmands, tiens si l'on s'offrait la place de l'Étoile ?, Oh, et les Champs Élysées ?, Et la Concorde ? (1)  Et voilà qu'en fait nous avons tout juste croisé un peu moins de bagnoles - en plus que les un peu moins au lieu d'être respectueuses parce qu'elles étaient de trop, en profitaient d'autant plus pour foncer -, un peu plus de vélos (ça au moins c'était sympa, et puis comme ça on échangeait quelques mots, certains étaient exprès venus de grande banlieue, malgré le crachin qui ce dimanche persistait), même pas pu descendre les Champs Élysées qui à l'heure où nous voulions passer étaient interdits aux vélos même tenus à la main (2) et nous sommes faits renvoyer  PA012750

par les rues adjacentes. Les purs piétons quant à eux pouvaient passer mais au compte-goutte puisqu'à présent, ce que l'on peut comprendre au vu des événements des deux dernières années et qui semblent ne plus jamais devoir cesser (3).

Nous nous en sommes donc retournés après une petite boucle réduite à vitesse réduite aussi (puisqu'aussi gênés qu'un autre jour ou quasi) - au temps pour moi qui avais espéré passer saluer mes camarades qui effectuaient un dimanche d'ouverture à la librairie -

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un tantinet déçus, il faut bien l'avouer.

Comme l'écrivait un ami sur Twitter, ça n'était pas Paris sans voitures c'était Paris avec un petit peu moins de voitures. 

Sans arrêt dans notre circuit nous avons dû faire attention à la circulation comme un jour ordinaire. À aucun moment nous n'avons eu l'impression que la rue était rendue aux vélos et piétons. 

Il se trouve que je suis ressortie dans l'après-midi entre 14h et 16h30 et que la situation ne s'était guère améliorée (4). On aurait même dit que pas mal de gens, particulièrement des deux roues, qui avaient dans un premier temps fait l'effort, avaient fini par se dire, puisque c'est comme ça, moi aussi je prends mon véhicule. 

Au point que dans un reportage très pro-journée sans voitures, à plusieurs reprises (5), on voit les bagnoles dans l'arrière-plan pas si lointain. Ce qui n'est pas sans un léger effet comique puisque les personnes interrogées disent combien c'est formidable, Paris sans ces engins. 

Pendant ce temps ceux qui persistent à vouloir polluer (en oubliant qu'eux-mêmes vivent là et ont des poumons) hurlent leur colère sur les réseaux sociaux et insultent la maire de Paris, tout ça parce qu'on ose leur demander de faire preuve d'un peu d'intelligence et de civisme durant une journée.

Nous avons cependant fait une bonne petite balade que nous n'aurions pas tentée sans cette initiative, et dans une ville qui reste belle et qui malgré tout nous rend souvent heureux d'être là.

*                    *                     *

Rien à voir directement, mais il est difficile d'écrire quelques mots sur ce dimanche 1er octobre 2017, sans évoquer les nouvelles qui nous arrivaient de Catalogne par les réseaux surtout et un peu les infos au sujet du référendum sur l'indépendance que le pouvoir central de l'Espagne a déclaré illégal. Je n'ai pas d'opinion tranchée au sujet de l'indépendance de la Catalogne, je suis consciente de la complexité des enjeux et toujours un peu méfiante du combo (régionalismes, replis sur soi, glorification des traditions (lesquelles sont presque toujours ennemies du respect de la liberté des femmes)), méfiante également du côté oppressif des pouvoirs centraux. Il n'empêche que voir des gens pacifiques et non armés se faire tabasser par des forces dites de l'ordre qui s'efforcent de les empêcher d'aller voter est particulièrement révoltant et terrifiant. Je partage à tous points de vue Capture d’écran 2017-10-01 à 23.31.22

ce touite d'Attac France d'où l'image est tirée 

*                    *                    *

Enfin, impossible de clore ce billet sans évoquer la mémoire de Philippe Rahmy, dont l'annonce du décès survient via Le Temps, alors que m'apprêtais à éteindre l'ordi. Nous espérions l'inviter à la librairie, j'en avais parlé il y a dix jours avec l'un des ses éditeurs qui m'avait précisé qu'il faudrait que ça soit avant le 15 décembre ou après le 15 avril en raison de la résidence d'écriture prévue. Quelle tristesse.

Un bel article à son sujet dans La Tribune de Genève  

Son site, Rahmyfiction 

 Paris sans voitures paraît soudain d'une futilité méprisable. Mais sans doute que laisser le billet c'est aussi montrer à quel point l'annonce d'une mort peut être brutale, survenir alors que l'on relisait, un décès être inattendu et la peine éprouvée forte y compris pour quelqu'un qu'on avait tout au plus une et une seule fois croisé (mais son travail est inoubliable).

 

(1) Tous lieux de Paris où il n'est pas des plus agréables d'être un cycliste lors d'une quelconque journée

(2) Plus tard, j'ai appris qu'il s'était agi d'un défilé l'Oréal dans le cadre de la Fashion Week. Privatisation de l'espace public une fois de plus et de plus en plus. 

(3) Dans l'après-midi même à la gare Saint-Charles de Marseille un de ces pseudo-terroristes surtout bien cinglé tuera au couteau deux femmes qui avaient le malheur de passer par là. Désormais n'importe qui fait n'importe quoi en se croyant investi d'une mission divine de combat.

(4) Il était annoncé que la journée sans voitures c'était de 11h à 18h. J'en étais venu à me dire que puisque nous avions circulé au début de cette plage horaire, peut-être avions-nous essuyé les plâtres, le temps que les voitures soient vraiment mises à l'arrêt ou sorties.
(5) À 0'53" puis vers la fin

 


La responsabilité du "don"

C'est quelque chose qu'il m'est mal aisé de concevoir, et j'hésite sur le terme même, mais voilà on peut naître avec quelque chose en soi qui nous place en différent, ça n'est pas forcément aussi visible qu'un violon dans la tête, et cette différence s'apparente parfois à un cadeau du ciel. 

Il faudra alors beaucoup de travail pour que ce cadeau ne se transforme pas en malédiction. 

Lorsque l'écriture me semble un fardeau - moins depuis que j'ai du bonheur au travail, lequel est lié aux livres même si ce sont ceux des autres, j'ai cessé de souffrir loin des mots écrits dans des tâches pour moi in-sensées -, je vais volontiers rechercher l'énergie vers les plus jeunes, ceux qui se sont trouvés à devoir assumer "quelque chose" immédiatement. C'est terriblement le cas avec les garçons qui ont une voix exceptionnelle avant leur mue : c'est pour eux maintenant ou jamais. Aksel Rykkvin me semble, j'espère ne pas me tromper, être de ceux qui ont intégré leur don et la part de responsabilité qu'il induisait, avec une maturité exceptionnelle. Il ne donne pas l'impression d'être là parce que les adultes alentours ont flairé la bonne affaire. En tout cas pas seulement.
Le chant est très particulier, il engage le corps et l'âme, j'ai suffisamment pratiqué (1) pour mesurer l'exploit que cet enfant, bientôt jeune homme accomplit.

En regard de la voix, l'écriture est un fardeau modéré. Quel que soit celui qui nous échoie, ça n'en demeure pas moins une responsabilité.

J'ignore un peu pourquoi.

 

(1) avant de devoir arrêter par incompatibilité calendaire avec la #viedelibraire et qu'aussi les cours de chant coûtent vite une fortune dont je suis dépourvue.


Des casques au chant et puis un très beau billet chez un ami

 

    Mes journées de travail sont intenses et belles (sauf celle du mois où je dois faire la déclaration de TVA, je me sens totalement en erreur de casting sur ce coup-là, même si, si c'est bien ce que j'ai compris qu'on fait, ça n'est en rien compliqué), je ne vois pas le temps passer, à la radio je mets FIP et ses brefs flashs d'infos à tous les 50 d'une heure et j'ai toujours l'impression que je viens d'en entendre un quand le suivant survient.

Du coup lors d'un des trajets - pour certains éditeurs on est aussi un peu nos propres coursiers -, j'ai eu un petit endormissement de métro, avec un rêve, ce qui est rare, comme une sorte de vision.

Les dangers d'attentats venaient désormais dans les grandes villes des cieux (1) : les types mettaient des sortes de grenades à retardement sur des drones bon marché et larguaient ça n'importe où. Alors on avait pris l'habitude de ne jamais sortir dans Paris sans sur la tête un casque de vélo. On avait aussi pris le pli de se balader avec des ballons à hélium, comme des ballons d'enfants, auxquels étaient attachés des coussins (2) ; ça rendait la ville curieuse, tout le monde ressemblait à des enfants dont les parents auraient été des paranoïaques de la prudence (3). Et puis très vite il y avait eu de la fantaisie, et dans les casques et dans les coussins-ballons ce qui mettait plein de touches de couleurs. La ville n'avait jamais été si dangereuse fors en temps de guerres ouvertes, mais n'avait jamais eu l'air si insouciante (4).
De cette évolution des risques il ressortait que le métro était devenu le mode de transport le plus sûr. On s'y bousculait (5). 

J'arrivais, je me suis réveillée, je n'en saurai donc pas davantage.

Mais ce rêve, même s'il n'y ressemblait pas, en fait, m'a rappelé celui du billet Le chant du canari qu'avait écrit en février l'ami Le Roncier, durant cette campagne électorale affolante et affligeante que nous avons traversée. 
Je crois que c'est parce qu'il tente aussi, ce micro-songe, d'avertir de quelque chose qui ne sera pas entendu (et d'ailleurs, par qui ?)

*            *            *

J'ai lu sur le même blog dès lors de plus récents billets que ma vie trop chargée m'avait fait manquer.

Parmi eux, celui-ci : L'ïle des Morts.

Je ne sais rien dire de plus que Allez voir, lisez. Il part de la sortie d'un film qui se passe à Paris au début des années 90 et fait revivre cette période durant laquelle Act-up tentait de secouer l'inertie de la société.

Je ne pense pas que j'irai le voir : la mise en fiction de périodes et lieux que j'ai connus ou événement que j'ai vécus (6) me pèse, il y a donc un grand risque d'être exaspérée, désespérée, horripilée - et encore je ne fais pas partie de ceux qui ont connu le mouvement d'au plus près -. Néanmoins ce film, s'il a du succès, pourra avoir un bon rôle pédagogique auprès des populations qui ne se croient pas concernées et pourraient de fait sans l'existence de telles passerelles pour eux accessibles, se laisser séduire par les fausses affirmations des groupes réactionnaires qui sont si frétillants depuis plusieurs années. 

Wait and see (or not)

En attendant et une nouvelle fois, toute ma gratitude envers Le Roncier pour ce qu'il écrit.

 

(1) Probablement car la circulation de véhicules particuliers était interdite intramuros sauf cas particuliers. Et que toute zone piétonne était protégée par des plots, des murets. 
(2) Une fois sortie du rêve je ne comprends pas trop ce que ça empêchait - mais sur le moment ça semblait imparable et parfaitement cohérent -.
(3) J'ai eu une amie comme ça autrefois, faire une balade avec ses enfants petits et elle était épuisant. Elle était sans arrêt en train de leur crier des appels de prudence (alors qu'ils étaient plutôt du modèle enfants sages et raisonnables).
(4) J'ai dû lire trop d'articles sur Paris 2024 et les J.O. (sujet au sujet duquel je ne parviens pas à me forger une opinion).
(5) Ça, ça vient tout droit de "L'étoile jaune de Sadorski" de Romain Slocombe, lu pour la rentrée, avec (entre autre) ses scènes de métro surchargé pendant l'occupation
(6) Je me dis que ça nous pend au nez qu'un réalisateur se saisisse du sujet formidable que ferait l'aventure du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun, que c'est l'affaire d'une petite poignée d'années avant que ça fasse un truc super bankable, genre belle aventure humaine qui en plus fini bien, avec des tractations en hauts lieux et ce que font les petites gens. Et je sais que sauf si c'est [Bip] ou [Bip bip] ou Félix van Groeningen, qui revenu de ses (més)aventures hollywoodiennes voudra renouer avec le "vrai" ciné, ça va m'horripiler. 
En revanche si quelqu'un de respectueux et d'honnête décide de faire un documentaire, je serais ravie d'y contribuer. Elles ne sont pas si fréquentes en ce début de XXIème siècle les luttes collectives victorieuses.


Merci au Projet Arcadie (à qui le porte)

Depuis ce printemps je suis avec attention le Projet Arcadie , voilà à présent un enregistrement video que tous les électeurs devraient avoir vus : 

  

Je fais partie d'une génération sans doute déjà trop occupée à s'en sortir au quotidien (c'était la crise, puis La Crise, puis LaKriz ...) et asséchée par la révolution manquée par les tout justes aînés, eux qui se sont empressés ensuite de renier leurs idéaux et de truster les postes clefs, qui n'est pas parvenue à résister à ce qui se tramait, la planète foutue en l'air, la démocratie termitée par l'intérieur.

Alors j'apprécie d'autant plus lorsque les jeunes entrent dans la résistance, équipés de solides ambitions, sans doute plus efficaces que nos vieux idéalismes, maîtres habiles en communication, documentation, et un chouette côté Même pas peur.

Peut-être qu'ils parviendront à sauver quelque chose, au moins ils ont le courage d'essayer.

Et par exemple, qui est particulièrement intéressant - et quel boulot ! -, merci à elle, longue vie à Projet Arcadie.