Alors maintenant c'est COVID-19 et l'épidémie mondiale est lancée


    Je ne prétends en rien faire une recension exhaustive de l'épidémie de coronavirus qui secoue actuellement le monde, simplement tenter un témoignage de comment les infos qui arrivent peuvent être perçues vu de Paris par une personne de la vie moyenne. Je ne prétends pas non plus être un exemple particulièrement significatif, entre autre parce que plusieurs d'entre nous dans la famille sont atteints par une maladie chronique qui peut être grave et que j'ai plus d'une fois accompagné des proches, malades dans leurs dernier mois ou dernières années. Ça me rend sans doute plus fataliste et calme que la plupart des gens qui ne vivent pas dans l'imminence possible de la mort. Si vient le moment où des précautions seront à prendre, je le ferai scrupuleusement, afin de ne pas courir de risques inutiles, mais j'espère pouvoir continuer à mener ma vie sans inflexions particulières le plus longtemps possible.

Pendant plusieurs jours cette semaine, je n'ai pas trop suivi les derniers développements. L'épidémie semblait se répandre moins vite en Chine où les mesures de confinements semblaient devenues sévères quoi qu'un brin anarchiques. De mon côté j'avais beaucoup à faire, je n'ai donc pas suivi à quel moment précis, par exemple 2019-nCov était devenu COVID-19.

À ce soir le tableau "by John Hopkins CSSE" donne 77968 cas, 2362 morts et 21 259 guéris. Emma Turner d'Online Freedom Safety m'a indiqué par mail un lien alternatif qui donne le même ordre de grandeur (mais hélas sans prendre en compte les guérisons) ; qu'un site concernant les antivirus informatiques établisse des statistiques de progressions d'un virus est probablement assez logique quand on y pense. 

Entre temps j'ai vécu une étrange expérience de retrouvailles avec la télévision. Nous disposons d'un vieux téléviseur, dans le salon, là où Le Fiston avait pris ses quartiers sur le bureau qui anciennement me servait. À son départ, cette semaine, j'ai réinvesti le bureau (meuble). Et aujourd'hui, rallumé la télé, ce qu'à l'exception de quelques matchs de foot de coupe du monde regardés en famille, ou films vus en DVD via le home cinema que j'avais gagné en ... 2003 ? 2004 ?, je n'avais guère fait depuis 12 ou 13 ans. Bien sûr, j'ai filé regarder les chaînes italiennes (1). J'avais entendu un flash d'info sur France Cul au matin, et qui parlait d'un bond soudain de l'épidémie en Italie. Je savais donc à quoi m'attendre. Seulement la réalité quand elle est moche dépasse (presque) toujours ce à quoi on s'attendait : je suis arrivée (entre autre sur Rai News 24) en plein direct quasi non-stop sur le coronavirus, comme s'il y avait eu un attentat. 

Le contraste avec les chaînes d'infos française qui tartinaient à loisir sur le thème de Président Macron est depuis 9h au salon de l'agriculture porte de Versailles à Paris, était saisissant. J'en ai fait un petit LT 

 

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Capture d’écran 2020-02-22 à 23.37.19 Capture d’écran 2020-02-22 à 23.37.29 Capture d’écran 2020-02-22 à 23.37.46 Capture d’écran 2020-02-22 à 23.37.57 Capture d’écran 2020-02-22 à 23.38.15 Capture d’écran 2020-02-22 à 23.38.31 Capture d’écran 2020-02-22 à 23.38.40 Capture d’écran 2020-02-22 à 23.38.52Quand ça a commencé à complètement boucler - ce truc des télés en direct absolu qui fait qu'à un moment l'antenne est donnée à des journalistes qui n'ont plus rien de nouveau à dire ; ou que le même petit reportage est rediffusé x fois -, je suis retournée à mon travail en cours (un dossier pour Pôle Emploi car mon CDD de deux mois effectué après le 1er novembre ne m'a pas réouvert de droits (nouvelles dispositions depuis cette date précise)).

En fin de journée en France, des articles sur les médias qui se lisent (2) relataient bien la force soudaine (quoique prévisible) de l'épidémie en Italie, en Iran et en Corée du Sud mais les télévisés continuaient avant tout sur notre actualité politique nationale, comme si de rien n'était. 

Je suis curieuse de voir, puisque ça semble inéluctable, comment se passera en France le développement de l'épidémie. Il me semble que les conséquences économiques sont tout autant à craindre que celles sur la santé.
Concrètement, en cas de confinement, comment seront payés les salariés ? Que deviendront les petites entreprises dont la trésorerie ne saurait résister à 15 jours voire un mois d'inactivité (3), sans parler de chalands absents ?

On pourra plus tard considérer ce samedi 22 février comme le jour où l'illusion de pouvoir enrayer l'épidémie est tombée. Ça y est elle est mondialement lancée avec des patients dont le chemin de contamination ne peut plus être tracé avec certitude.

Je commence à penser très sérieusement à "La constellation du chien" et "Station Eleven". Keep calm and stay alive.  


(1) qui doivent passer par le décodeur couplé à la livebox : je ne peux les regarder sur l'ordi.

(2) par exemple cet article du Monde

(3) Une autre nouvelle peu rassurante de cette journée fut que le délai d'incubation considéré jusqu'à présent comme maximal de 14 jours pouvait aller jusqu'à 27 jours. 

 


Un petit bon souvenir suivi d'une stupéfaction atterrée (le monde se gorafise)

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Réveillée ce matin par le flash d'infos de 7h sur France Cul, et la voix de Marina Foïs qui tenait des propos clairs et fort justifiés sur le jury des Césars, lequel a pris acte des critiques qui lui était adressé et a démissionné collectivement. 

Ceci m'a permis un réveil sur un petit bon souvenir, cette figuration familiale dans le film "À boire" grâce à une impulsion de ma fille et au talent du fiston enfant, une belle journée pour nous (et rémunératrice et instructive) qui n'en connûmes pas tant, la plupart de nos moments heureux étant entachés par ailleurs de tracas pesant (santé des uns ou des autres, travail, fins de mois ...). Là, ce fut un vrai bon moment heureux, une respiration au milieu des journées de boulot bancaire tendues et pour moi l'occasion fabuleuse de commencer à gagner des sous en lisant. Je suis vraiment heureuse de disposer de ce souvenir qui me ressemble tant.

Peu après, probablement après un rendors sans en avoir conscience, ma spécialité, et donc au vrai réveil pour la journée, ce fut un touite de Momo qui a achevé de bien me réveiller, dans le même temps de ce que je découvrais sur des fils d'actualité.

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"Qu'est-ce que vous avez encore fichu ?" était l'exacte expression de mes pensées, en lisant l'info de l'abandon de candidature à la mairie de Paris de Benjamin Griveaux comme suite à la diffusion d'une sextape, et après la sorte d'orage d'infos nawak dans tous les sens dont je parlais en fin de billet la veille, et déjà en tendance forte tous ces temps derniers. 

Je n'éprouve pas de compassion particulière pour cet homme qui était dans sa campagne électorale pris dans une spirale délirante, seulement j'en tiens que pour que sa candidature tombe sur ce prétexte plutôt que pour des raisons de compétences politiques qu'il n'a pas, c'est que notre démocratie a vraiment du plomb dans l'aile. Et ça n'est pas bon signe, pour qui que ce soit. Ce sont des méthodes fascisantes qui auront précipité sa chute. C'est inquiétant qu'on en soit là.

 

 

Sur le front du 2019-nCov, outre des comptages mouvants (un peu comme le nombre de chômeurs en France, mais dans l'autre sens), une intéressante réflexion de The runner sur les conséquences potentielles sur les jeux olympiques prévus cet été à Tokyo. Je n'ai pas d'avis précis, car j'ai ce biais inexpliqué de pensée qu'une épidémie mortelle ne peut pas concerner l'été (c'est absurde, je le sais, d'autant plus qu'il y a deux hémisphère et différents climats), il n'empêche que son point de vue mérite d'être entendu.

addenda de la nuit : Comme nous nous sommes retrouvés à l'heure du dîner à tenter de trouver en vain impromptu un restaurant à Bayeux, car tous étaient réservés complets pour la Saint Valentin, on est tenté de croire : 
1/ que la situation économique de pas mal de gens est plutôt pas si mauvaise que ça ;
2/ que dans cette région il n'existe pour l'instant aucune psychose de type peur du virus : les gens sortent et pas qu'un peu ;
3/ que le marketing pour imposer une fête qui n'avait aucune tradition locale il n'y a encore pas si longtemps, ça marche.

À propos de situation économique, on a vu des gilets jaunes à un rond-point. Là aussi en bons parisiens moyens, malgré qu'on a pourtant des échos des manifs qui perdurent le samedi, nous avons été tout surpris.



Curiosité locale ; la petite échoppe qui faisait des pizzas à emporter (attente en ce soir particulier : 45 à 50 minutes) pratiquait en ce soir de fête l'offre suivante : pour deux pizzas achetées, une gratuite. Je me suis demandée quel était l'implicite de cette offre qui m'aurait semblé plus adaptées pour des soirées football. Cela dit, nous qui avions plutôt décidé de fêter enfin Noël en famille, avec la bûche et tout, ça nous arrangeait. Fullsizeoutput_1aa5

 

Autre curiosité locale : ici les librairies (et les autres commerces aussi, mais disons qu'à Paris où le montant de la prune est sévère dès que deux cartons même bien pliés dépassent de la poubelle jaune des recyclables) ont le droit de laisser leurs cartons sur le trottoir au soir du ramassage. Et tels quels !

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PS : Beau texte "Ventre à terre" lu chez Antonin Crenn.


On peut être au chômage et travailler sérieusement

 

    Ce fut mon cas aujourd'hui (et les autres jours de cette semaine aussi, si j'y réfléchis, mais plus particulièrement aujourd'hui) : même si je suis partie à la BNF plus tard que je ne l'aurais voulu (passer à la banque, ce genre de choses ...), j'y aurais passé l'essentiel de la journée à différentes choses bien studieuses, sérieuses et qu'il fallait faire.

En travail personnel, j'ai avancé dans ma préparation de l'émission de mercredi prochain sur Cause Commune. La lecture de l'ouvrage de mes invités n'est pas la même que celle que j'effectue pour une sélection en librairie ou en vue d'un article à rédiger ou d'une émission à assurer seule, et ne ressemble pas tout à fait à une lecture personnelle sans travail ultérieur déterminé. C'est une lecture avec réflexions sur la structure et les thèmes, les connexions, les possibilités de questions avec développements qui pourraient éclairer les lectrices et lecteurs potentiel·le·s et leur donner envie.

Je relis d'anciens billets de blogs aussi. L'idée étant d'établir des liens ou au moins de mieux comprendre certains éléments, des enchaînements. 

C'est stimulant, ça me redonne de l'énergie, même si cela n'empêchera pas un gros coup de pompe de m'assommer en fin d'après-midi. Comme le vent semble à nouveau fort et un brin tempétueux, je me demande si une chute des pressions n'est pas en cours, qui expliquerait mon surcroît soudain de fatigue forte. 

Alors je m'accorde du temps personnel : regarde un très intéressant documentaire sur Vilmos Zsigmond qui fut dans les années 60 et 70 à Hollywood le chef op' des plus grands. Son travail sur la lumière était impressionnant et poursuis grâce aux Archives de l'internet où il eut le privilège d'être référencé, la reconstitution de mon fotolog disparu (1). J'avais effectué des sauvegardes à marches forcées lorsque j'avais appris sa disparition prochaine, seulement par manque de temps n'avais pas tout bien récupéré (2). Alors méticuleusement j'entreprends de combler les cases manquantes. Sans y prêter attention j'arrive au mois de février 2006, ce moment pour moi du plus grand déchirement affectif vécu jusqu'à ce jour, une rupture subie d'une très forte amitié.
D'autres duretés de la vie ont mis celle-ci à distance, j'apprécie toujours le travail de la disparue et ses engagements politiques, je suis parvenue à faire la part des choses. 

Il n'empêche que pendant longtemps je devais me préparer à la croiser (la personne ou son travail ou des souvenirs personnels la concernant) sorte d'équivalent mental au fait de contracter ses muscles en vue d'un effort physique. Or là je ne me méfiais pas, je n'avais pas vu que j'arrivais aux jours fatidiques et voilà que c'est passé, pas de cœur serré ni de larmes aux yeux, seulement la tristesse d'un malheureux gâchis, et peut-être davantage pour elle, finalement, que pour moi, aussi curieux que cela puisse sembler de penser ça. Je me suis sentie infiniment légère d'être enfin hors d'atteinte de celui-ci de mes chagrins.

L'autre réconfort du jour fut d'avoir pu remettre mes semelles orthopédiques que j'avais cru volées, toujours avec mon sac d'ordi le 17 octobre 2017. En fait celles que j'y avais glissées ce soir là n'étaient pas les toutes nouvelles, contrairement à ce que je croyais, mais la paire de secours. Et les nouvelles, intactes, étaient restées dans une paire de souliers que je porte rarement, et particulièrement en cas de très mauvais temps. La tempête Ciara aura eu le mérite de me les faire retrouver. Leur réapparition en plus qu'elle m'est fort utile me réchauffe le cœur fort exagérément.  

Un de mes bracelets c'est cassé (pas la première fois) j'ai heureusement pu le reprendre avant qu'il ne tombe et ne disparaisse à jamais. Juste après, alors que j'allais aux toilettes, j'en ai trouvé un, posé à l'endroit des grands accès désert où trône un téléphone à l'ancienne sur une sorte de bureau que j'ai toujours vu vide. Je l'ai déposé aux objets trouvés au vestiaire Est en remontant. La personne qui l'a pris n'a même pas pris le temps de noter quoi que ce soit dans le registre. Ça n'était un bracelet fantaisie, une sorte de ressort doré, mais quand même, quelle désinvolture !

Soirée crêperie offerte par Le Fiston pour fêter sa toute prochaine nouvelle vie. C'est classe de sa part. Et intelligent : nous en avons profité pour réfléchir ensemble à quelques points logistiques et d'intendance.

Je travaille encore un peu une fois rentrée, écris ici.

 

Sur le front du 2019-nCov : 60364 cas toujours essentiellement en Chine, dont 1370 morts et 6292 guéris. Des articles ici ou là sur les conséquences politiques en Chine, certaines mesures drastiques, certaines conséquences économiques - les articles tendant à minimiser nos problèmes d'approvisionnements -. Des personnes que j'ai croisées aujourd'hui, des conversations entendues, personne n'en parlait. Paris draine moins de touristes, à vue de nez, seulement février est rarement la période la plus propice de l'année.

Les nouvelles générales du pays partent dans tous les sens, le gouvernement dit tout et son contraire, notamment sur l'écologie, le débat parlementaire sur la réforme des retraites se noie dans la plus totale confusion, les épreuves de contrôle continu comptant depuis cette année pour le bac réformé semblent un casse-tête sans nom pour professeurs et chefs d'établissements (sans même parler des mouvements de protestation, des annulations, des gardes à vue de jeunes pour de simples manifs locales) et le maire de Levallois- Perret sorti hier de prison comme à l'article de la mort s'est offert un marathon médiatique, ce qui a déclenché indignation et sarcasmes. Comme je n'y ai regardé de près que le matin avant de partir et le soir après le dîner, j'ai eu un effet de cumul qui donnait la certitude que le Grand N'Importe Quoi l'avait définitivement emporté.

Ça pourrait être drôle, la façon dont tout part dans tous les sens, si ça n'était pas diablement inquiétant. 

Petite surprise du soir : alors que ma lecture filée dans "Côté papier" concerne les conséquences du coup d'état du 17 octobre 1987 au Burkina Faso, j'apprends ce soir par un article sur Médiapart, qu'une reconstitution de l'assassinat de Thomas Sankara vient d'avoir lieu. Le sujet serait donc encore brûlant.

 

(1) Parce que fotolog lui-même, après une première résurrection, semble avoir disparu complètement. 

(2) Sans doute aussi qu'une partie n'était que sur le disque dur que je m'étais fait voler avec l'ordinateur dans mon sac en octobre 2017. Et en copies sur Flickr mais sans indexation.

 


Être pris pour un tueur en série

 

    Je l'avoue, en octobre dernier la monumentale bévue qui a fait qu'on a cru à l'arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès (1) m'a bien fait rire, même si je n'oubliais pas tout à fait le malheureux homme sur qui s'était tombé. 

Il faut dire que l'emballement médiatique avait été spectaculaire et que je travaillais alors en maison de la presse, donc aux premières loges. J'avais ainsi découvert que contractuellement on devait laisser les Une(s) affichées tant que le numéro suivant des quotidiens concernés n'étaient pas paru, et ce alors que dès la mi-journée du samedi il était connu que le gars arrêté n'était pas le bon.

Ajoutait au côté farce de l'ensemble cette interview d'un bon voisin de monsieur Joao, puisque tel est son vrai nom, et qui clamait l'innocence de ce dernier, Disant (je cite à la mémoire, sans doute pas mot à mot) mais quand on a vu sa photo on s'est dit C'est pas possible, c'est Guy ! Il se sont gourés, on se connaît depuis 20 ans, il a toujours habité là. 
C'était sympa comme tout, envers et contre le monde entier il était près à défendre celui qu'il connaissait. Je pense que bien des gens auraient pris des airs entendus sur le mode Il n'avait pas l'air comme ça, On n'aurait pas cru. Et lui, il n'en démordait pas. Ridiculisant ceux qui avaient commis l'erreur, et côté judiciaire et côté journalistique. 
Au passage bravo à l'équipe qui avait pris la peine de donner la parole à ce voisin solidaire.

Ce soir, lisant des informations, je suis tombée sur cet article de France Info, l'homme qui a été victime d'une grossière erreur d'identification s'apprête à contre-attaquer, et ce d'autant plus que, sans parler qu'il peut à juste titre prétendre à un dédommagement pour le préjudice subi, il semblerait qu'il n'ait même pas eu droit à la moindre excuse.

Du côté médiatique, la bourde s'explique : tuyautée par des instances policières, une première équipe est tombée dans le panneau et poussés par leur direction (urgence, chasse au scoop) et d'autant plus que des agences avaient confirmé (AFP, Reuters ...), les autres ont suivi. Partout on réduit les effectifs au plus juste, on dégage les plus âgés, mais dont l'expérience dans de tels cas pourrait être précieuse, pas étonnant que l'enchaînement ait conduit à un tel emballement. Et ce d'autant plus que l'affaire demeure un des plus fameux mystères récents. C'était aussi une bonne aubaine pour les dirigeants du pays : la diversion venait à point nommé. On peut raisonnablement supposer que certains grands patrons de multinationales détenant des titres de presse, plutôt que d'inciter à la vérification, ont poussé sur l'accélérateur.

Mais côté policier, ça reste bien intrigant. Il était dès le début question d'une dénonciation. Or l'homme concerné semble à première vue être un paisible retraité, qui diable pourrait lui vouloir du mal à ce point-là ? Ou alors c'est quelqu'un qui aura voulu lui faire une mauvaise blague, une petite vengeance mesquine pour un vague différent de la vie, persuadé, tant les types n'ont rien à voir, que ça n'irait pas plus loin qu'un petit contrôle un peu plus poussé à l'arrivée.

Ensuite, il a été dit que ses empreintes digitales coïncidaient, puis que certaines seulement étaient similaires. Il n'empêche voilà quelqu'un qui a priori mène une vie tranquille et qui apprend, d'une part que quelqu'un lui veut du mal, et d'autre part qu'il a presque les mêmes empreintes digitales qu'un grand meurtrier. Si tant est que dans un cas comme dans l'autre il ne s'agisse pas de mensonge des instances responsables de l'arrestation et qui auraient cherché désespérément à se couvrir après coup, il y a de quoi dormir moins bien la nuit.

Aucune surprise, soit dit en passant, dans le fait que les différents services concernés se renvoient la balle concernant la bourde, d'autant plus que les organisations de trois pays sont en cause (2). Seulement il va bien falloir que quelqu'un quelque part accepte de prendre en compte le sort qui a été fait à ce voyageur, lequel aura donc passé plus de 24h à devoir décliner son identité sans savoir pourquoi on lui faisait tant d'histoires.

Je serai curieuse de connaître la suite et de voir si nos sociétés sont devenues aussi inhumaines qu'elles en ont l'air, dans la façon dont sont traités les citoyens sans fortune ni renommée particulière. Puisse-t-il obtenir réparation.

 

(1) note pour lecture du futur : Xavier Dupont de Ligonnès est soupçonné d'avoir occis son épouse et leur quatre enfants dans la région de Nantes en avril 2011. Les corps ont été retrouvés sauf le sien, ce qui a éloigné l'hypothèse d'un assassinat multiple suivi immédiatement du suicide du meurtrier.

(2) On attend dans peu de temps l'excuse d'une mauvaise compréhension, d'erreurs de traduction. C'est presque curieux qu'elle n'ait pas déjà été invoquée. 


Dur jour de la pierre à plâtre

 

    J'avais passé la veille une journée de rêve, j'ai passé le primidi 21 nivôse 229 péniblement : ou plutôt non, ça allait, franchement, mais comme on dit en langage courant "C'était pas mon jour". 

Re-pschitt comme l'avant-veille mais au bout de 7 km de trajet. J'ai tenté de réparer, seulement le réparateur précédent avait serré fort et je ne pouvais démonter la roue. Quant au bidule de regonflage rapide de dépannage, il a vaguement fonctionné mais pas de quoi faire 100 m. Et la pompe que j'avais sur moi n'était pas bien compatible grosses valves de VTT. Alors j'ai averti le boulot et terminé à pied. Comme je prévois toujours un quart d'heure de marge (une vieille habitude d'usagère de la ligne 13 du métro parisien) et qu'en bonne triathlète je suis habituée aux transitions vélo / course à pied, je ne suis arrivée qu'avec un quart d'heure de retard (1).

Il n'empêche. C'était rageant. 

Cette fois-ci j'ai, en plus de la chambre à air, également fait changer le pneu pour un "marathon" censé être plus costaud. Et acheté une pompe du bon calibre. Résultat : la paie équivalente de ma journée y est passée.

Un élément extérieur de type problème lié à un moteur de recherches est hélas venu dans l'après-midi plomber l'ambiance de travail. Je n'y pouvais sans doute directement pas grand chose mais voilà, c'est tombé aujourd'hui aussi.

Enfin, un petit bracelet fantaisie mais beau que j'avais, a disparu dans la tourmente, probablement lorsque j'avais tenté de faire une réparation de fortune pour remédier à la crevaison. Perte financière consolable (10 €), mais constatation de retour à la maison pile pour compléter l'impression d'une journée pesante. Les derniers rêves qui l'avaient précédée d'ailleurs l'étaient (un gars un peu escroc que je connais qui faisait de nouvelles victimes, devant moi qui ne pouvais les mettre efficacement en garde ; une attente longue devant des toilettes publiques (le rêve passionnant !) et une histoire de transports en grève et de retard au travail à une époque de ma mère encore relativement jeune et encore en vie), donc ça avait commencé tôt d'être un jour mal embouché ; de ceux où tous les petits trucs qui peuvent aller mal se mettre à mal aller.

Décourageant.

Et c'était sans compter de lire des infos en rentrant et comme tant de jours précédents voir que le pays s'enfonçait dans un régime autoritaire, pas encore une dictature, mais des pratiques illégales et dangereuses de la part de ceux qui sont censés représenter la loi et l'ordre. Ainsi bien sûr qu'une évolution prévisible en forme d'arnaque (on créé un point de fixation artificiel sur lequel on fait semblant de céder, sans toucher au reste du projet, et un groupe des interlocuteurs fait semblant aussi d'avoir obtenu une grande avancée (ce point artificiel et pas si crucial) dans les négos, puis se désolidarise du reste des opposants) sur la question de la réforme des retraites. 

Sombre avenir.

La journée ne s'est pas si mal achevée, grâce @temptoetiam les wombats sont venus me mettre un peu de baume au cœur.

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Grâce aussi à Fabio Wibmer, ce champion des casse-cous

Et le lendemain, course à pied en forêt. De quoi bien oublier tout cela.
Sans compter qu'avec sa nouvelle roue avant, plus solide plus légère, le vélo roule bien mieux.

 

(1) que j'ai compensé en restant jusqu'à la fermeture plutôt que de partir à 19h30 pétantes.


Envie de bloguer

 

    Disposant ces jours-ci d'un peu de temps, mais ne sachant pas pour combien de temps (1), je retrouve, intacte, ma faculté d'écrire, d'autant plus virulente que depuis septembre, je l'avais tenue en respect, place prioritaire au travail nourricier.

Alors me revient (2) l'envie de bloguer. Bloguer comme aux débuts, sans autre finalité que mettre les mots sur quelques menues choses, et les partager parce que sait-on jamais, ça peut peut-être réconforter quelqu'un quelque part, lui apprendre des trucs ou l'amuser.

Nous ne sommes plus beaucoup de la vieille garde à maintenir un blog en vie : la liberté et la confiance se sont amoindries, les enjeux professionnels s'en mêlent, nous ne sommes plus entre nous comme nous en avions l'illusion, et les échanges qui faisaient le sel de la vie de blogueuses et blogueurs se sont déplacés sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs des trolls professionnalisés aux services de certains partis sont susceptibles de débarquer en escadrilles si l'on tient des considérations qui pourraient froisser leur leader. Du coup, difficile d'avoir encore l'élan pour aborder des sujets avec un versant politique lorsqu'on n'est pas spécialisé·e·s.

J'ai donc envie de bloguer léger. De bloguer pour poser des jalons de mémoire. 

À ce titre, le billet d'Alice au sujet du nouveau coronavirus, contagion et quarantaine, est parfait, il dit en quelques mots, Voilà, fin janvier 2020 en France que qu'on apprend, ce qui se fait, et l'ambiance. Il faudrait d'ailleurs que je pense, comme elle le fait, à indiquer lieu(x) et mots clefs 

D'aujourd'hui qu'aurais-je à dire, qui ne présente une gêne professionnelle ou familiale potentielle ? 

 

Que je me réjouissais d'un jour sportif prévu le lendemain : entraînement de natation et retrait de dossards pour un trail prévu ce dimanche. 

Il devrait bien avoir lieu mais voilà soudain que je suis recrutée (pour mon plus grand bonheur par ailleurs, mais pas calendaire) pour un jury de prix littéraire où des libraires sont requis et que pour la deuxième fois une branche, ou plus exactement le bout en matériaux semi-souple arrondi, de mes lunettes de vue se prend dans mes cheveux bouclés, et y reste accrochée, se désolidarisant des binocles. Un homme sympathique à la banque de salle de la BNF où j'ai passé la journée, m'a passé un bout de scotch pour une réparation de fortune ; il n'empêche que dès demain je devrais filer chez l'opticien. 
Certaines montures ne sont créées que pour les bien-coiffés, je peux en témoigner.

Voici donc ma journée du lendemain, qui devait être dédiée aux sports et aux tâches ménagères, et peut-être un morceau de temps personnel, qui se retrouve aussi complète qu'une journée de temps plein d'un emploi salarié. 

Voilà qui ne résume que trop bien les périodes d'inter-contrats de ma vie. 

Noter au passage qu'avant de quitter la maison je me suis acquittée d'un certain nombre de tâches administratives et messages y afférents. Et que tout avait été précédé par une lente mais bonne séance de natation (1575 m selon mes évaluations).

 

Je peux inscrire aussi, rubrique Air du temps, que pour la première fois une personne qui attribue les places en salle à La Grande  Bibli, m'a indiqué des capuchons jetables à mettre sur les casques audio. J'en avais déjà remarqué la présence, ces derniers temps, et c'est vrai que c'est plus (+) hygiénique. Il m'empêche que je me suis posée la question de savoir si le fait d'en verbaliser l'offre et donc l'existence, était où non liée à la pandémie en cours. Laquelle n'a pas, du moins pour l'instant, atteint la France en grand.

À moins qu'elle n'ait eu l'intuition en constatant mon échevelure que cette tignasse tueuse de lunette pouvait l'être aussi de casques audios. Who knows ?   

Un stylo plume qui m'avait semblé asséché lorsque j'avais changé la cartouche d'encre, comme miraculeusement s'est remis à fonctionner. J'en tire un réconfort disproportionné. Comme si j'y voyais là bon augure.

Au retour après la soirée du club de lecture de l'Attrape-Cœurs, je dois à nouveau effectuer quelques tâches administratives : le cadet s'apprête à quitter le foyer parental pour entrer en colocation (3). Nous ne serons son père et moi que parvenus à nous en sortir, en bossant dur, il n'empêche qu'on peut tenter de se consoler en constatant que nous représentons vaguement une forme de garantie éligible dans un dossier. Quelque chose me laisse tracassée que l'ordre (chrono)logique ne soit pas respecté : l'aînée qui ne peut partir et le plus jeune qui entame sa vie d'adulte.

Une société où certains jeunes restent coincés chez leurs vieux, malgré que les premiers aient fait des études et tout bien, est quand même une société qui ne tourne pas rond. 

 

(1) C'est l'un des tracas du chômage. Si je pouvais savoir le nombre de jours ou de mois qui me séparent du prochain contrat, je pourrais m'organiser, intercaler tel ou tel projet personnel entre ces deux périodes salariées. Seulement voilà, ça ne fonctionne pas comme ça.

(2) Revient n'est pas le mot, elle ne me quitte pas, il conviendrait d'écrire "revient avec un peu de temps à mettre en face"

(3) Plus moyen de faire autrement à Paris / Petite Couronne. Il faut trois salaires afin d'être éligibles à la location d'un appartement de taille décente.


À suivre (quelqu'un qui confie à quelqu'un des cahiers retrouvés)

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Ce touite et les suivants sont apparus sur ma TL ce soir, via quelqu'un qui parle de sports habituellement.

J'espère que la personne qui a pris la peine de les poster poursuivra son enquête et que les trolls apparus dès les premières réactions ne la dissuaderont pas de continuer. 

Je créé ce billet pour me souvenir d'aller aux nouvelles si elles ne parviennent pas directement jusqu'à moi.


Perplexité d'un masque

 

    On se rappellera plus tard, si l'on est encore là, que c'était en ce samedi que l'étendue de la nouvelle épidémie de coronavirus avait pris son ampleur. J'étais en journée off, à récupérer chez moi de plusieurs mois d'intense travail et d'une semaine familialement chargée ; ce qui fait que je pouvais suivre la façon dont les informations et quelques rumeurs déjà circulaient.

C'est intéressant au moins de constater le foisonnement d'informations lorsque la suite est imprévisible (1).

Puis je suis allée au restaurant japonais du coin de la rue chercher un dîner pour le fiston et moi, seuls présents ce soir-là. J'avais des chèques déjeuner à utiliser, les courses n'étaient pas faites, et j'avais déjà cuisinoté pour la collation du milieu de journée.

En arrivant sur les lieux j'ai croisé un livreur qui s'en allait chargé de différents paquets, casqué (il livre à scooter je crois) et portant un masque médical de protection.

Je me suis demandée, c'était inévitable, si ça avait un lien. Il pouvait très bien le porter parce que déjà malade par ailleurs - l'épidémie n'empêche pas celle de grippe ni les bons gros rhumes hivernaux -, le porter pour rassurer les clients peureux, le porter par crainte de réactions racistes - lequel s'est beaucoup décomplexé ces dernières années -, le porter parce que lui-même cédait à la panique (je ne le crois pas, seulement c'est une hypothèse), le porter parce qu'il le fait toujours pour tenter de se prémunir un peu de l'air pollué.

Peut-être que dans une paire de semaines nous porterons toutes et tous de ces masques. Alors je pourrais me rappeler que c'était le samedi soir 25 janvier que j'avais vu le premier.

Pour avoir eu un ami qui était à Hong Kong en 2003 et m'avait raconté les mesures de confinement, avec une sorte distinguée d'amusement - mais il n'avait pas de crainte financière, ni de perdre son travail -, je ne frémis pas de crainte à l'idée d'une telle obligation. Je pourrais rester chez moi à ranger la maison. Il n'empêche que la vitalité actuelle du pays en prendrait un coup. On en ressortirait sans doute équipés de lois dont nous ne voulons pas. Espérons donc que le virus ne gagne pas trop en virulence et que la propagation en soit stoppée avant que nous ne nous retrouvions dans "Station eleven" ou "La constellation du chien".  

 

 

(1) Une épidémie est tant qu'elle n'est pas jugulée un événement non clos. Contrairement à une catastrophe ponctuelle, un attentat unique, un phénomène climatique. Ça ressemble plutôt à une guerre. Celleux qui vivent pendant n'ont aucune idée de son issue, ni quand ni dans quelles conditions elle interviendra.

PS : Grâce à cet échange, 

Capture d’écran 2020-01-25 à 20.57.23

et une réponse d' @Monolecte , j'ai (re?)découvert un texte qu'elle avait écrit avec une belle classe et une formidable énergie sur le lendemain de la tempête Klaus. Cette tempête avait eu lieu dans une autre région que la mienne, épargnée, pendant les jours où je restais en état de choc après l'agression verbale violente dont j'avais fait l'objet sur mon lieu de travail alors que j'étais restée pour réparer des erreurs de la personne qui s'en prenait à moi - longtemps plus tard je me dis qu'elle avait agi ainsi sous l'emprise de la crainte que son incompétence n'éclate au grand jour ; sur le moment j'étais surtout dans un contre-coup absolu d'épuisement, dû également au fait que depuis trois longues années je m'efforçais de travailler alors que le poste que j'occupais n'avais plus de sens utile -. Il se trouve donc que je n'en avais plus aucun souvenir et n'en ai pas de signe sur ce blog.

 

 


Solution de repli

J'avais prévu un jeudi studieux à la BNF où je travaille bien mieux qu'à la maison où me tentent le sommeil et les tâches ménagères, ainsi que l'urgence du rangement.

Quand je suis arrivée, l'entrée était bloquée par une manifestation de protestation contre la réforme des retraites. Grille fermée, rubalise policières, présence importante - au vu du grand calme des gens - de forces de l'ordre dûment équipées.

C'était en fait la première fois depuis le début des grèves qu'un mouvement contrecarrait mes projets. J'ai subi comme tout le monde l'arrêt des transports en commun, seulement un vélo suffisait pour pallier leur absence. 

Cette fois-ci c'était différent : pas moyen de passer. 

Le cinéma, qui comporte une entrée donnant directement sur l'escalier condamné, était obligé d'accueillir les spectateurs par une porte dérobée laquelle donnait probablement sur un escalier de secours. Une baisse de fréquentation était à prévoir.

J'ai envisagé le cinéma, d'ailleurs, comme solution de repli : il m'avait fallu environ une heure de trajet pour venir et je souhaitais assister au soir à l'"Encyclopédie des guerres" à Beaubourg. Bien sûr je pouvais rentrer chez moi puis revenir au soir. Seulement le froid était si coupant que je doutais de ma force pour ressortir. Et puis au lendemain était prévu quelque chose d'assez tracassant pour quelqu'un de la famille, alors je ne tenais pas tant que ça à être chez moi, seule et disposant de temps.

J'avais un bon lot de travail personnel en retard, des messages en souffrance (1) et quelques tâches administratives à écluser sans tarder. 

Hélas, aux heures possibles de séances en ce moment précis, ne figuraient que des films qui ne m'intéressaient guère. Parfois on peut prendre comme bienvenue une pause rendue obligatoire par les circonstances, mais je n'avais pas envie de m'appuyer un film de moindre intérêt alors que je ne dispose pas d'assez de temps pour voir ceux que j'apprécierais.

Alors je suis aller déjeuner. La pente du moindre effort et du budget raisonnable (2) étant mauvais conseillers je me suis retrouvée dans une brasserie fort moyenne, avec un plat de poisson particulièrement décevant, présenté alors qu'il s'agissait d'un poisson entier l'arrête déjà ôtée. Et des petits légumes semblaient sortis d'une préparation en boîte, standardisée. Souci de riche, il n'empêche c'était raté de ce dire : je n'ai pas pu bien dépoter mon travail mais au moins je me suis régalée.

D'autant plus qu'à mon retour vers l'entrée la situation n'avait pas évoluée. Des personnes interrogeaient les grévistes qui repartirent en disant que le blocage était prévu jusqu'à l'heure d'une manif aux flambeaux, soit 17h.

C'est alors que j'ai songé à la bibliothèque de Beaubourg, que nous fréquentions parfois quand nous étions étudiants. Autant être sur place pour la soirée, et au moins aux premières loges si d'aventure la session était annulée. Pas de problème pour m'y rendre (ligne 14), pas de problème pour entrer - tiens, les contrôles sont dotés de sortes de tapis à tubes sur lesquels un sac peut facilement rouler -. Seulement l'air de rien il était 15h48 le temps que je monte, passe aux toilettes, trouve une place. Pour ce qui était de bosser de 13h à 17h45, c'était copieusement raté.

J'ai retrouvé les lieux avec plaisir et leur public populaire et studieux. C'est émouvant une foule sage.

Il n'était pas franchement question d'entreprendre des démarches administratives requérant un minimum de confidentialité : chaque place était occupée, pas bien l'endroit pour taper des codes confidentiels. Le wi-fi était top et gratuit et sans plein d'inscription préalable et l'entrée était restée gratuite sans justificatifs à fournir, comme autrefois. La seule complication avait été de passer par une entrée arrière. 

Finalement, je me suis occupée de mon blog, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas un peu soigné. La solution de repli avait rempli son office. 

Et j'étais presque sur place (à cause des travaux j'ai cru qu'il fallait re-sortir pour re-rentrer (en fait, non)) afin d'aller voir et écouter Jean-Yves Jouannais.

PS : Plus tard j'ai appris que la BNF, les salles, avaient rouvert à 17h. 

 

(1) Toujours la même chanson : j'attends pour ceux qui nécessitent une vraie réponse de trouver un temps calme, reposé et posé, lequel ne survient jamais.

(2) Il y a l'Avenue tout prêt, bonne table. Mais tarifs prohitifs pour une libraire au chômage possiblement non indemnisé (3).

(3) Ça faisait partie des démarches à faire, j'avais depuis la veille tous les papiers qu'il fallait.

   

 


Du travail l'ancienne organisation

    

    La remarque d'une amie ce matin sur Twitter qui avait tenté de déposer directement un courrier dans une administration et c'était vue répondre que les courriers il fallait les poster, m'a remis en mémoire l'organisation ancienne du travail telle qu'elle existait encore dans les grandes entreprises au cours des années 80 du siècle passé.

Attention, je ne prétends pas que "C'était mieux avant", car énormément de paramètres ont évolué, et qu'il y avait beaucoup de petits boulots dans lesquels les gens perdaient leur vie à la gagner.

Deux choses à mes yeux étaient mieux :
 -- on n'était pas en sous-effectifs permanents, si la charge de travail était telle qu'il fallait une personne de plus, on la recrutait. Quitte à ce qu'il y ait des périodes creuses (1). Elles étaient généralement consacrées à des taches de fonds que plus personne ne semble prendre en charge nulle part. 
 -- un SMIC permettait de vivre décemment. Une vie modeste à mesurer chaque dépense, certes, mais qui avait un travail à temps plein, se fixait un budget pour les dépenses courantes et le respectait, s'en sortait.

 

Une fois posées ces précisions, voilà ce qui a changé, du moins en grandes entreprises, de plus flagrant : 

Tout le monde n'avait pas un ordinateur sur son bureau. Même dans un service spécialisé en informatique il y avait d'un côté les bureaux (meuble) individuels dans des bureaux (pièces) partagés à 4 ou 5 personnes ; de l'autre des emplacements avec les ordinateurs. Dans le bureau (pièce) lui-même s'il était vaste ou dans un local séparé. On préparait nos programmes au crayon sur des blocs notes on les saisissait au clavier ; on lançait des compils, on corrigeait les erreurs de syntaxes et puis un jour on parvenait à un résultat propre alors on lançait le programme pour de bon, en général la nuit en batch. Et le matin on arrivait le cœur battant pour savoir via de gros listings si le traitement avait bien tourné et quels résultats il avait donné.

Certains hiérarchiques (de vieux messieurs proches de la retraite - oups ! des types de mon âge de maintenant qui pourtant n'en suis pas si près) n'avaient jamais touché un ordi de leur vie, ni même une machine à écrire. Et on respectait leur ferme intention de s'y tenir. 

Il y avait des pools de secrétaires qui s'occupaient de la saisie, de la rédaction, de l'organisation du travail de ces messieurs, photocopies et préparations de correspondances - à l'époque uniquement papier, les messageries électroniques ne faisaient leur timide apparition que dans les interfaces techniques d'exploitation -. Seuls les cadres très supérieurs avaient une secrétaire dédiée. Sinon il y avait par exemple trois secrétaires pour un service de 20 à 25 personnes. Quand sont apparus les premiers traitements de texte sur ordi, les jeunes cadres dont je faisais partie n'ont quasiment plus eu recours aux services des secrétaires. Peu à peu, au début pour faire face à telle ou telle urgence, puis systématiquement, chaque personnes sauf les cadres supérieurs ou les vieux cadres n'a eu recours aux services du pool de secrétaires : on s'est mis à tout faire de A à Z lors d'un projet, photocopies incluses. Très vite ensuite, il n'y a plus eu qu'une seule secrétaire pour un hiérarchique élevé, et dans un rôle d'assistante. 
Et effectivement il n'y avait plus besoin de personne pour gérer les agendas, que l'on avait désormais en ligne avec un équivalent du "google agenda" de maintenant, taper les courriers, préparer les réunions, faire les photocopies, gérer l'économat. Lequel était désormais réduit à une ou deux étagères dans un placard, avec presque jamais ce qu'il fallait. Besoin d'un stylo qui fonctionne bien ? On finissait par se l'acheter soi-même, à ses frais - les cadres un peu supérieurs pouvaient parfois bénéficier d'une note de frais, si la dépense coïncidait avec un événement à organiser -.
La fin des secrétariats a marqué la fin de la convivialité naturelle. Car le secrétariat était le lieu où l'on prenait le café, où l'on venait respirer cinq minutes, confier (et bien souvent dénouer) un conflit. Si l'équipe était bonne et les personnes bien accordées, un temps fou était gagné à sembler en perdre. On se cotisait pour le café, pour quelques gâteaux ; quelqu'un qui n'avait pas d'urgence et envie de prendre l'air filait acheter le nécessaire.

Des distributeurs automatiques ont remplacé tout ça. Pour un coût supérieur, sur le moyen long terme, l'air de rien. On est passé en quelques années d'une cotisation mensuelle conviviale de 5 à 8 FRF, à un budget individuel de 32 € (2 cafés par jour ouvré à 0,80 € le café). Après les lois anti-tabac qui ont contraint les fumeurs à faire des poses à l'extérieur, une convivialité s'est recrée autour des distributeurs automatiques équipant les "zones fumeurs". 

Pour le coup comme je ne fume pas, et que j'ai vraiment souffert durant les années où la norme était de fumer au travail, j'ai été immensément soulagée quand est passée la première loi. Celle-ci obligeait à définir des bureaux fumeurs et d'autres non-fumeurs. Les fumeurs en bureau individuels pouvaient continuer à fumer et je trouvais ça fair-play. 
Un avantage collatéral de la répartition fut qu'on se retrouvait à partager une pièce avec des collègues du service "élargi" ce qui était à tout point de vue profitable : pas de concurrence directe, certains travaux ou thèmes ou domaines de compétences en commun, mais pas tous et des échanges très fructueux : rien de tel que d'évoquer un problème avec quelqu'un qui peut comprendre sans s'y connaître à fond pour trouver une solution. Et on apprenait foule de choses, par capillarité sur des domaines voisins.  
Mais la loi s'est durcie dans le même temps que la folie du tout open-space gagnait chaque entreprise et les fumeurs ont dû sortir des bâtiments pour se soulager. 

J'ai connu l'époque où toutes les personnes qui travaillaient dans une entreprise en étaient salariées et sauf remplacements à durées définies, embauchées via des contrats stables. L'avantage était que les gens se retrouvaient qu'ils le veuille ou non avec davantage de motivation : le sort général les concernait - bonnes ou mauvaises nouvelles -. À part certains tire-au-flan, généralement bien connus, chacun faisait plus que sa simple charge : on était dans le même bateau et on s'entraidait quand quelque chose coinçait. 

Un autre avantage était qu'on pouvait changer de métier en cours de vie professionnelle, sans changer d'entreprise. Les périodes de formation se faisaient sur place, c'était simple et efficace. Mais pas forcément certifié vis-à-vis du monde extérieur.

Il y avait donc entre autres, un service médical, un service courrier, un service sécurité, un service accueil - et qui rendait spontanément de menus services plus tard repris moyennant paiement dans des activités externes de "conciergerie" - , un service entretien, un autre pour les travaux. 

On pouvait donc en ce temps là parfaitement déposer un pli ou un colis à l'accueil, les membres du service courrier effectuaient leur tournée relevaient les réceptions, prenaient en charge le courrier interne, le courrier postal et effectuaient la distribution dans chaque service. Les gens se connaissaient, ils savaient même à qui passer le courrier de l'un en cas d'absence ou de congés, il y avait très peu de pertes et d'erreur d'aiguillage.

Peu à peu le courrier papier s'est amenuisé. Il n'y avait effectivement plus lieu que persiste un complet service courrier. 
Vers l'époque où j'ai quitté l'entreprise (2009) persistait une vague distribution par étages ou par zones, charge à quelqu'un dans chaque service d'aller chercher ce qui le concernait, ainsi que ses collègues. Pas mal de choses disparaissaient. Et puis c'était une configuration reprochante : mes collègues (compétences de bases de données, statistiques, informatique) et moi nous faisions régulièrement reprocher d'y être allés (Ne perdez pas de temps à le faire) ou de n'y être pas allées (C'est quoi ce service où je dois moi-même aller chercher le courrier ! disait une hiérarchique). Et ce fut un peu pareil pour toutes les tâches qu'effectuaient jadis des personnes pour lesquelles ça faisait partie du poste. Il fallait bien que ça se fasse, mais il aurait fallu que personne ne le fasse car nos plannings étaient entre temps sévèrement minutés.

Ces différents services furent supprimés comme on le fait au niveau national pour tous les services publics peu à peu : les niveaux décisionnels constatent que l'activité n'est plus vraiment la même, le service est sur-dimensionné ; sont alors ordonnées des coupes sombres dans les personnels et les budgets. Le service devient de facto sous-dimensionné. Ça dysfonctionne. On leur ordonne alors de se consacrer à leur "cœur de tâches". Une partie du boulot n'est donc plus faite par personne. Mécontentement des secteurs utilisateurs. Proposition d'externalisation de tout ce qu'effectuait le service amputé. Avec parfois vendu comme une merveilleuse amélioration ce qui n'est que la prise en charge de différentes fonctions qu'on leur avait enlevées. 

C'est ainsi que toutes ses recherches d'économies sur les coûts salariaux ont conduit à des gonflements de budgets prestataires et des absurdités d'organisation, comme cet exemple parmi d'autres : vous ne pouvez plus déposer de courrier directement à telle ou telle organisation, parfois même il n'est plus possible d'avoir un interlocuteur au téléphone. Et j'ai même connu un temps où pour des problèmes techniques que l'on résolvait en allant voir le collègue compétent d'un service voisin, nous en étions réduits à appeler une hotline en poireautant entre une touche étoile et un "Tapez dièse". 

Parfois je rêve d'un monde où l'on tenterait de remettre de la rationalité et du bon sens dans les façons de bosser, plutôt qu'une recherche du profit à tout prix. Qui se paie au bout du compte en augmentation des coûts marginaux et de l'invisible mais très réel coût de la démotivation.

 

 

(1) Cela dit, dans la banque où je travaillais, un système intelligent d'horaires variables permettait une certaine souplesse, côté employeur comme côté salarié.