l'heure ni le temps (La ville ne donne plus)

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Depuis un moment déjà, la ville ne donne plus l'heure : les horodateurs ont été partout remplacés par de nouveaux modèles où elle ne s'affiche pas. Je m'en servais beaucoup, surtout l'hiver lorsque regarder l'heure à sa montre implique de soulever une manche ou deux et repousser le bord d'un gant ; je m'en servais lorsque filant attraper un RER ou un train ou suivre un entraînement, je souhaitais savoir s'il m'était nécessaire ou non de hâter le pas.  

Restait porte de Clichy ce grand panneau publicitaire qui à sa marge donnait en alternance l'heure ou la température. C'était particulièrement utile lorsque l'on marchait de Clichy vers le RER C : savoir s'il fallait se mettre à courir (il n'y en a pas tant, des RER et lorsque je travaillais Au Connétable à Montmorency, il convenait que je ne rate pas à Ermont l'unique bus d'une heure dite) ou non. 

Et j'aimais bien, au soir en rentrant, confirmer ou infirmer ma sensation de chaud ou de froid, surtout depuis le 7 janvier 2015 et que j'en souffrais moins, du froid. C'était mon piètre et seul réconfort de ces moments d'après ce jour-là, me dire Tiens, il fait 2°c et je n'ai pas mal, ou encore Tiens il fait 6°c et je me passe de gants. 

Depuis un long moment ce panneau avait été désactivé. Depuis quelques mois il est remplacé par une publicité pour un site de conseils juridiques au nom agressif. Pour le passant, plus la moindre information d'usage immédiat. 

C'est curieux d'à quel point cela semble conforter la sensation que la société entière va dans le sens d'une perte accélérée de ce qui est libre, gratuit et utile au bien commun. 

Merci à l'annonceur qui pendant de longues années avait rendu sa réclame citoyenne. 

 


Raréfaction des zones de pêche (Poisson d'Avril)

 

    Nous en parlions ce week-end avec les ami'e's : l'exercice traditionnel du canular du premier avril devient de plus en plus coton. Depuis quelques années, pour ma part depuis sous Sarkozy, j'ai commencé à avoir de plus en plus de mal à distinguer la parodie du réel, le canular d'une info réelle, perçue brièvement comme drôle avant de susciter d'effarement. Avec l'élection de Trump le phénomène a pris une ampleur sans limite, le Brexit a élevé l'ensemble au rang d'art et l'ère de Président Macron, avec des déclarations qui semblent sorties d'un générateur de phrases et un virage répressif et autocratique peu compatible avec ce pays, est une grande fournisseuse de Mais vous êtes sûrs que c'est pas un canular ?. Les gouvernements d'extrême droite qui, terminée la sorte d'immunité qu'avait accordée la fin de la seconde guerre mondiale, fleurissent un peu partout sont également de formidables pourvoyeurs de Ah la bonne blague !, Oh zut c'est vrai. Globalement le capitalisme débridé qui règne sur la planète avec ce que ça donne aux marges (tout ce qui peut se vendre existe, y compris le plus délirant) est un excellent pourvoyeur de canulars en pour de vrai permanents. 

Ce qui devait arriver arriva. 

J'ai commencé ma journée ce matin en entendant Clara Lecocq Réale qui présentait le journal de 8h sur France Culture préciser : "En ce 1er avril ceci n'est pas une blague, en Ukraine le comédien Volodymyr Zelenskiy est favori des sondages. Il l'a emporté hier au premier tour [de la présidentielle] ..."

Je m'aperçois en recherchant le journal précis, que je suis totalement en phase avec Camille Magnard et sa revue de presse internationale du matin.

Les #AprilFools sont en perdition. 

  


Des conséquences collatérales d'une visite d'État

 

    J'étais dans mon habituelle ligne 13 qui toussotait mais on a connu pire, quand il y eut cette annonce : Sur demande de la préfecture la station Miromesnil est fermée au public. J'ignorais qu'il y eût une quelconque manif de prévue, seulement c'était étrange à une heure de relativement forte fréquentation cette station entièrement déserte. Étrange surtout que les correspondances ne soient pas même assurées : en général une station est fermée au public pour ses accès extérieur, elle reste en activité pour les changements de lignes. 

Plus tard dans la journée par curiosité j'ai demandé si quelqu'un était au courant de quelque chose. Grâce à mon ami du galetas j'ai appris que cette fermeture était liée à la visite d'État de Xi Jinping, et qu'aussi la station Rue du Bac était fermée et que le boulevard Saint Germain avait été entièrement bouclé, sauf pour les piétons.

Je me souviens de fréquentes perturbations de ce type à Paris depuis aussi longtemps que ma vie en cette ville, certains souvenirs même assez beaux (1), mais pas d'une telle ampleur de précautions, fors peut-être du temps où Sarkozy recevait en grands pompes Khadafi. Les risques d'attentat sont sans doute plus forts qu'autrefois, il n'en demeure pas moins que la fermeture complète et absolue de stations de métro me laisse un brin perplexe. 

 

(1) Mitterrand et Kohl remontant les Champs-Élysées tandis que Bruno Sulak braquait une bijouterie profitant du calme particulier des rues adjacentes. Pour le coup tout Paris centre était bouclé. 


Le victim-blaming et une de ses déclinaisons

 

    C'est un post Insta de Bree La Brèche lequel renvoyait sur un billet du blog Dans mon tiroir sur Le victim-blaming, qui m'a fait penser à un souvenir familial récurent, et dont la mémoire est régulièrement entretenue par #LHommeDeLaMaison : en fait ma mère, et mon père aussi mais moins, avait cette habitude épouvantable de systématiquement reprocher sa maladie au malade, qui que soit ce dernier et quelle que soit la pathologie. Par exemple quelqu'un qui déclarait un cancer du poumon avait trop fumé (ça peut contribuer, certes, mais parfois rien à voir), une femme victime d'un cancer du sein c'était parce qu'elle avait allaité ses enfants (??), j'étais l'entière responsable de mes rhumes si fréquents (tu ne t'es pas bien couverte, tu n'aurais pas dû aller à la piscine ...) etc. C'était, mais je ne l'ai compris qu'adulte, et c'est fort bien expliqué dans le billet, une façon de conjurer l'angoisse d'avoir à subir le même sort.  Le problème était pour moi que lorsqu'on ne connait que cette attitude par les adultes détenteur de l'autorité, presque inévitablement, on les croit. Et il m'aura fallu bien des moments clouée au fond du lit malgré d'avoir été exemplaire écharpe-gants-bonnet-manteau fermé et pas aller nager pour que je comprenne qu'un rhume c'est avant tout un microbe qu'on choppe et qu'il se développe plus ou moins selon que le corps est en forme ou fatigué.

Cela dit la réelle raison du rappel venait de bien plus grave que mes soucis enfantins : une femme d'un certain âge qui manifestait à Nice avec un drapeau de paix s'est fait blesser par les forces de l'ordre (1) - ça continue ces faits de violences qui semblent ne jamais concerner les fauteurs de troubles mais systématiquement des personnes qui sont dans les manifs ou même en dehors et marchent tranquillement -, et voilà que nombre de personnes et de commentateurs de médias mainstreams sont tranquillement partis à dire que comme la manifestation de Nice n'avait pas reçu d'autorisation cette personne avait un peu cherché ce qui lui était arrivé. 

Ce pays est en train de dangereusement dériver. Avec une escalade des violences, certes de tous les côtés, mais en particulier d'une répression aveugle et décomplexée. 

Sans doute que parmi les personnes qui pratiquent le victim-blaming dans ce cas précis se trouvent des gens qui veulent à tout prix se persuader que l'on vit encore en grande démocratie. 

Pas directement à voir, si ce n'est dans le registre Quelque chose de grave commis par quelqu'un mais qui retombe (aussi) sur d'autres, un intéressant documentaire suisse sur Temps Présent concernant ce sujet auquel je pense à chaque attentat, Parents de criminels
(Je pense pour ma part plutôt aux proches d'une façon générale, tu perds quelqu'un que tu ne connaissais pas, n'imaginais pas être capable de ce qu'il a fait et par dessus le marché ta peine n'est pas admissible ou peu, par la société ; tu peux même te retrouver considéré comme une sorte de complice)

 

(1) Il fut d'abord question d'un tir de LBD puis qu'elle avait été frappée, bousculée. Du coup je ne sais, simplement sur les extraits video que j'ai pu voir passer elle ne semblait vraiment pas représenter un quelconque danger, avec deux autres dames, elle était debout, statique et semblait chanter.

 


Quelques fatigues de la langue française


    Globalement et puisque, même à bas bruit, j'écris, je suis très heureuse et m'estime chanceuse, de disposer d'une langue maternelle formidable et nuancée. Dont on peut croire qu'elle a été faite pour ça, romancer, disserter, un bel outil de travail.

J'adore mon autre langue familiale, l'italien pour la beauté de ses sonorités et ses verbes où l'action s'avance avant ses sujets et objets - ça correspond à la façon dont mon cerveau fonctionne -.

J'apprécie infiniment l'anglais pour la création de termes qu'il facile, son humour possible - beaucoup plus qu'en français, en anglais on peut d'une formule lapidaire, condenser une situation et c'est drôle du fait même de la condensation, le côté "formule définitive" -, sa concision.

Seulement voilà, pour la subtilité notamment des sentiments, le français est un délice.

Il n'en demeure pas moins qu'il présente quelques défauts. 

Par exemple ce mot "plus" qui selon le contexte peut vouloir dire s'il n'est pas prononcé à haute voix, une chose et son exact contraire : il y en a plus (+) ou il n'y en a plus. Dans un usage ou la première partie d'une négative ("ne") tend à disparaître, l'ambiguïté est de plus en plus fréquente. 

Ou la confusion possible entre les premières personnes du présent singulier du verbe être et du verbe suivre. Comme sur les réseaux sociaux on suit d'autres comptes, l'emploi de la seconde acception est devenu plus fréquent et d'autant plus ambigu. Que signifie Je suis Charlie ? Le contexte ne suffit pas forcément. 

"Contre" est également porteur d'ambiguïtés : on peut être contre par proximité (au sens de "tout contre") mais contre par opposition. D'accord, dans le premier cas il s'agira plutôt d'une personne et dans le second d'une opinion, mais parfois dans l'emploi, ça n'est pas si simple. 

Pour être honnête il me faut reconnaître que je suis la première à jouer du double-entendre lorsque ça m'amuse. Il n'empêche que pour des moments de narration sérieux ou des discussions à caractère politique, j'aimerais moins de flou. 

On n'est pas merveilleux quant aux liens de parentés. Déjà qu'il manque un équivalent du mot siblings anglais, on a tendance à multiplier les cousinages quand d'autres termes seraient nécessaire pour préciser les degrés sans être obligés de rajouter une périphrase.

Et puis il y a les pronoms possessifs. Les "son" ou "sa" qui dans certains cas peuvent se référer à plusieurs personnes d'une phrase ou proposition qui précède, quand en anglais un "his" ou "her" permet de lever la question plus élégamment qu'en rajoutant "de cette dernière" ou "de ce dernier".

En revanche le fameux accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir, remis en question car trop compliqué, est d'un immense secours de sens lorsqu'il est maîtrisé, on gagne un temps fou. 

Je suis curieuse de voir si un peu d'écriture inclusive parviendra à s'imposer, comme l'ont fait lorsqu'ils étaient évocateurs et harmonieux (1), certains termes inventés de toutes pièces pour contrer des termes anglais. Pour l'instant je l'utilise quand elle donne des résultats verbalisables sans heurts, et pas trop susceptibles de ralentir la lecture. Pour le point médian, je ne suis pas encore au point car il manque au clavier. Comme Kozlika l'avait un jour suggéré, j'utilise souvent l'apostrophe, même s'il s'agit d'un usage détourné. 

Si seulement j'aurais pu partir en retraite dans 5 ans, tel qu'il était prévu à l'époque où je suis entrée dans la vie active, et non pas 10 ou 12 tels qu'il le faudrait désormais, j'apprendrais un petit lot de langues étrangères que pour l'instant je ne connais pas, histoire d'élargir ma palette de mots justes. 

 

(1) Par exemple, j'aime beaucoup pourriel pour spam. Ça dit fort bien ce que ça veut dire.

 

 


Qu'en penser, qui croire ? (mouvement des "gilets jaunes")


    Le mouvement s'est installé en France depuis environ un mois, c'est parti d'un refus d'une taxe en plus (ou de son augmentation) sur les carburants pétroliers et en deux week-ends voilà que le mouvement social est en passe peut-être de réussir là où Nuits Debouts, puis les lycéens et étudiants contre Parcoursup, et les cheminots contre la privatisation de la SNCF et les manifestations contre la loi travail ont échoué : virer à l'insurrection.  

Dans nombres de villes de France, dont Paris, les manifs "gilets jaunes" ont viré à l'émeute, ce qui n'est une surprise pour personne - par exemple le CMG rue de Berri était fermé et évacué dès 13h, prévu depuis 48h -, mais les bornes semblent avoir été dépassées. 

Ce pic de protestations et violence correspond au deuxième week-end où nous sommes à l'extérieur, occupés à tout autres choses. Lisant les fils d'infos entre deux moments actifs, on est pensifs. Bien sûr qu'il faudrait protester contre ce que ce gouvernement, élu sur certaines bases dont certaines semblaient sociales, nous fait : Thatcher en 2018, et la destruction systématique de ce qui tenait du bien commun pour le profit de quelques-uns.
Mais que de violences de tous les côtés, d'après ce qui nous est transmis, rapporté !

Sur mon fil Twitter, normalement assez équilibré, ça part dans tous les sens, de façons très contradictoires : la police maîtrise, la police est débordée, ce sont beaucoup des manifestants d'extrême droite (1), ce sont beaucoup des manifestants d'extrême gauche, il y a de nombreux casseurs (ça, tout le monde semblait d'accord), ce sont des membres du mouvement, ce sont des black blocks qui ont enfilé un gilet, d'ailleurs on voit encore les plis, les porte-paroles énoncent des revendications censées, les manifestants sont incapables de préciser leurs revendications, ils sont ultra-violents avec les malheureux automobilistes ou passants, ils sont sympas ils mettent les péages gratuits et distribuent des denrées récupérées lors des pillages, bref, on voit tout et l'exact contraire. 

Une des seules certitudes est l'aveuglement de l'exécutif qui se poursuit, ne veut rien écouter. 
(du moins à l'heure où j'écris ce billet)

Or si le mouvement était peut-être manipulé au début, et rameute plein d'opportunistes (2), il est à présent d'ampleur et cristallise les colères et épuisements de toute la petite moyenne frange de la population qui bosse dur ou chôme bien malgré elle et désormais ne s'en sort plus à joindre les deux bouts de vies qui ne demandent qu'à être normales, celles et ceux considéré•e•s comme suffisamment "fortunés" pour n'être en rien aidés, mais qui le sont trop peu pour faire face au moindre pépin de santé ou d'appareils ou de véhicules utiles quotidiens, trop peu pour boucler leurs fins de mois, trop peu pour profiter d'allègements fiscaux par petites évasions légales. Bref, celles et ceux qui paient toujours pour tous le monde, n'y arrivent plus. Et cette question de taxation des carburants a été le truc de trop. Depuis les débuts du gouvernement Macron, ils ont vu les très riches recevoir des cadeaux pour l'être plus encore, et eux se voir pompés de peu qu'ils avaient ; enfin, se sont pris de plein fouet l'arrogance et le mépris de ce président.

J'aimerais garder ici la trace des causes qui semblent claires pour tous le monde, sauf pour le pouvoir exécutif - à quoi carburent-ils ? comment font-ils pour être à ce point hors sol ? -, et de la confusion générale qui règne : nous sommes nous mêmes les gens et ne savons qu'en penser.

Il me semble qu'à un moment donné le mouvement de lui-même va s'essouffler : beaucoup devront retourner à leur travail, ou prendre bien garde à maintenir leur chômage, la répression qui semblait étrangement douce au début - ce qui était source de railleries de la part de militants de gauche qui voyaient la différence de traitement entre leurs mouvements et celui-là -, va être impitoyable, il n'y aura pas ou ça ne sera pas aussi structuré de caisses pour aider ceux qui auront perdu le boulot ou se retrouveront à passer en justice (3) et puis à la fin du mois la période dite des fêtes renverra chacun dans ses foyers. Le gouvernement est sans doute déjà en train de jouer la montre.

Seulement même si cette colère-ci comme ses précédente se retrouve étouffée, la prochaine vague qui pourrait se faire aider par le printemps, pourrait être, elle, décisive, les gens n'en peuvent plus.

Il ne faut pas non plus oublier que Président Macron partait d'un point favorable et qu'il aurait dû pouvoir capitaliser sur la victoire de l'équipe de France de football qui avait fortement fédéré le pays - cette euphorie qu'il y avait, quel boulevard pour lui -. Il avait fait ce qu'il fallait, et même un peu trop et puis il y a eu l'affaire Benalla qui a tout ruiné de ce point de vue là. Sans doute parce qu'il s'agissait bel et bien d'une affaire d'état, et que la façon dont elle a été étouffée n'a pas été admise par le peuple.

Voilà, c'est simplement le point de vue d'une personne de ce pays qui vit en Île de France tout contre Paris, qui travaille beaucoup, pour des employeurs, ses propres projets ou sa famille, ne sait pas tout, tente de rester informée et vote très scrupuleusement, mais n'a encore sauf à des premiers tours jamais pu le faire pour un programme politique qui lui semblait convenir et à la sauvegarde de la planète (on n'en est même plus à parler de respect) et au bien commun, à une vie décente possible pour la plupart des gens. Seulement c'est sans doute et pour plus tard, intéressant en tant que tel : parce que je suis une personne quelconque, de la classe moyenne, qui ne sait pas tout, et qui assiste à des bribes, consciente que peut-être quelque chose d'important se joue.

 

(1) L'impression que donnait le mouvement au début, notamment lors des premiers barrages au vu d'agressions racistes et homophobes et remise aux forces de l'ordre de réfugiés trouvés planqués dans un camion
(2) Pris en flagrant déli de récup et se mettre en avant, l'un des porte-paroles du mouvement intolérant et fondamentaliste catho des Veilleurs
(3) Sauf à une super solidarité par crowdfunding, mais si le pays est durablement secoué avec des pénuries et des problèmes de travail et donc de paiements, ceux qui voudront aider n'en auront pas forcément les moyens. Et pas de syndicat auquel adosser les contributions

 


Déjà décembre

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C'est très curieux : il a fallu que j'arrive à Ménilles pour un week-end de ciné-club et que je voie les décorations de Noël, les illuminations pour prendre conscience que décembre était là.

Très curieux car je le sais d'autant plus pertinemment que mon mois s'annonce chargé précisément à cause des fêtes à venir et que puisque pour une fois je disposais d'une belle part de mon temps, j'ai déjà anticipé ma quote-part de cadeaux. 

Mais c'était resté cérébral. Ou peut-être parce que tout des démarches administratives diverses et variées que j'ai à entreprendre ou déjà avancées n'est pas réglé quand ça aurait pu l'être plus tôt, je me ressens encore comme en début d'automne.

Et enfin parce que l'écriture commençant à reprendre la place qu'elle devrait avoir réellement dans ma vie, le temps file au triple galop. 

Déjà décembre !

Voilà donc une année calendaire qui s'achève, elle fut intéressante, m'aura permis de reprendre pied après les duretés de 2013, 2014 et surtout 2015 et le deuil de 2017. Il était temps.
Bien sûr rien ne se sera passé comme prévu, mais j'ai atteint cet âge où l'on a fini par comprendre que c'est précisément ce qui fait la vie. 


Bilan générationnel


    La naissance d'une petite Maée du côté familial de l'Homme de la maison, et que je salue bien, vient rendre le bilan générationnel familial élargi parfait sur l'ensemble des années 2016 à 2018 : Trois décès pour la génération n-1 dont il ne reste plus, tous côtés confondus, que deux représentants sur vingt-deux (en comptant les alliés ; la génération n-2 ayant disparu sauf pour une personne avant que nous n'ayons vingt ans), trois naissances pour la n+2.  
Nous renouvelons sans accroître la surpopulation. Quel sens familial de l'éco-responsabilité ! 

(Je plaisante mais je suis très heureuse pour tous ces jeunes parents dont j'admire le courage (1), et je suis particulièrement émue pour la jeune maman dont je me souviens de la naissance même, d'aller rendre visite à sa propre mère à la maternité)

 

(1) Lorsque nous-mêmes nous étions reproduits, le monde était assez coupant mais non sans perspectives d'améliorations, tant à titre individuel (nous pouvions penser sincèrement qu'en bossant dur comme nous bossions nous nous en sortirions) que collectif (des menaces guerrières et écologiques pesaient mais on pouvait supposer que des avancées sauveraient la planète et la mise de l'humanité, et surtout c'était la fin de la guerre froide ce qui donna l'illusion d'un monde apaisé). C'est moins le cas vingt à trente ans plus tard. Du coup bravo aux jeunes générations de ne pas nous (total collectif) avouer vaincus.

 


Spams nouvelle vague

 

    Depuis quelques temps je reçois des spams qui sont probablement du texte généré en mode automatique, ce qui donne des résultats un tantinet cadavres exquis.

extraits

Des choses franches mais géniales.
Donnez-vous et à vos amis l'attention agitée qu'ils n'ont jamais découverte en premier lieu. Dans ce cas, la partie innovante et non standard sera ramassée par cette ressource.
Je ne sais pas comment retrouver des collègues.

Une série de livres.
Aimeriez-vous avoir des réunions inoubliables dans l'entreprise avec des informations criante et agréables? Alors prenez votre aubaine et suivez la fréquentation.

C'est dans #PlogZuch.
Partagez avec vos amis qui émergeront dans leur mal émotionnel. Vous recevrez les plus courants qui font partie des connaissances - à ce moment, vous obtiendrez des informations -.

De la part d'Emma Villain : l
a docilité de la famille [#Chuftbrush])
Pour faire émerger de la joie dans les choses il n'est pas impératif de rebondir avec un parachute. Vous avez besoin de bon aloi en vous et sur notre site web.

Auppie 2 : Quel avantage ? #Bastdrang
Êtes-vous éberlué par la variété et la facilité ? Regardez si vous en doutez

 

Ce qui est moins drôle c'est qu'ils utilisent des adresses de certains de mes contacts mais légèrement déformées - ce qui semble prouver que le bot a accès aux contacts, en plus qu'au début je croyais à de vrais messages de leurs parts (fausse joie) -.  

 


Le plaisir de se préparer (allure vestimentaire et autres apprêts)

 

    C'est un échange de touites avec une amie qui se reconnaîtra (ses touites étant privées je suppose qu'elle préfère que je ne détaille pas davantage) qui m'a fait prendre conscience de jusqu'où la pression sociale envers les femmes peut se nicher. 

Elle évoquait le fait d'abordant un nouveau travail elle avait pris la décision de ne pas se maquiller, que ça serait un esclavage quotidien de moins (ce sont ses termes). Que je sache son travail n'est pas de représentation, de ceux pour lesquels on est recruté-e-s pour une apparence, auquel cas il peut être admissible qu'une obligation de rendre celle-ci conforme à certains critères existent.

Je n'ai rien contre le maquillage dans l'absolu et y ai (vaguement) recours lorsque c'est requis avec une raison réelle : scène, projecteurs, rôles ... En général cas pour lesquels des maquilleuses ou maquilleurs professionnels sont présent-e-s et qui officient avec des objectifs clairs de visibilité. Le résultat peut être bluffant, ils connaissent leur métier. Parfois pour une soirée, surtout si c'est l'hiver et que j'ai les lèvres gercées il m'arrive de mettre un vague machin hydratant brillant. Ou de peigner mes sourcils, naturellement broussailleux. 

Il n'empêche que dans la vie quotidienne, je n'en vois pas l'intérêt. Je trouve sur les autres souvent le résultat assez moche, par rapport à la beauté de la personne au naturel. Et puis déjà qu'en étant une femme je perds plus de temps que les hommes pour toutes sortes de raisons (du temps des pauses pipi aux années de saignements menstruels ...) et même si eux doivent passer du temps à se raser la barbe au moins par moments, je ne suis pas motivée pour traîner davantage qu'eux dans la salle de bain. J'ai mieux à faire. Me "faire belle" m'a toujours gavée. 

Du coup lorsque le message sociétal ambiant était que les femmes éprouvaient un certains plaisir à s'apprêter afin de se sentir aptes à affronter la journée, j'y croyais. Puisque je n'y comprenais rien et que j'étais hors jeu, je croyais que c'était bien comme ça pour les autres (1).

Il semblerait qu'il n'en soit rien même si certaines d'entre nous ont si bien intégré la norme sociale qu'elles le croient - ce qui est logique : on prend l'habitude d'un certain rituel, et il nous aide vraiment à la longue, ça devient comme un échauffement avant une activité -, de même que la plupart des gens trouvent moches les traces de vieillissement alors qu'il n'y a aucune raison : on peut avoir un beau visage avec des rides et les cheveux blancs ne sont pas laids, ils adoucissent un visage.   

Voilà donc qu'une fois de plus rien n'était aussi simple que ça semblait. 

Du coup je n'en admire que davantage mes consœurs qui parviennent à satisfaire à tant d'obligations malgré elles et rends grâce aux réseaux sociaux qui permettent des échanges qu'on n'aurait pas forcément en direct : je n'aurais pas osé interrompre une de mes camarades de piscine se maquillant consciencieusement après un entraînement du matin, Tu le fais parce que ça te fais plaisir ou parce que tu te sens obligée ?

J'en viens aussi à interroger ma propre pratique : j'aime certains vêtements, certaines chaussures, une forme d'élégance à mes yeux (probablement assez particulière) ; je peux m'acheter un habit en raison de son tissu (la texture plus que le motif). Et je me rends compte qu'il y a un cas où j'aime me préparer : pour les vêtements de sport, avant une course, le choix de la tenue optimale, de là où le confort sera le plus grand pour une performance non entravée. J'ai une grande réticence à l'uniforme, seulement un maillot de sport d'une équipe ou une tenue de club me donnent des ailes (2). Peut-être que si j'avais considéré la séduction comme un sport, j'eusse aimé passer des heures en salons esthétiques ou à me maquiller ?

Quoi qu'il en soit je suis heureuse de pouvoir encore vivre dans un monde où l'on a le choix, au moins celui d'aller sans masque si l'on préfère ça.

 

 

(1) Au fond le même mécanisme à l'œuvre que pour tant d'autres choses : étant une fille, si je constate que quelque chose me concernant n'est pas comme ça devrait selon la norme majoritaire, j'ai intégré que c'est mon cas particulier qui cloche. Il m'aura fallu passer le demi-siècle pour m'apercevoir que souvent c'est la norme ou même le fait qu'il y en ait une qui serait à remettre en cause. Je suis simplement un être humain qui fait difficilement les choses par obligation dès lors que celle-ci ne lui semble pas logique ou serait source de souffrance. Je ne suis ni conformiste, ni obéissante. Ça peut être bien vu chez un homme, mais chez une femme, non.  
(2) Très relatives, les ailes, mais par exemple me donnent la force de ne pas abandonner et d'arriver dans les délais.

PS : Plus le temps passe et plus je prends conscience mais sans doute aussi parce que les critères ont évolué que ce que je perçois comme vulgaire pour la tenue des femmes est considéré comme sexy voire élégant. Alors que ce que je trouve classe est considéré par d'autres comme négligé.