Le travail de Florence Aubenas

 

    Alors que je suis en train de préparer ma transmission aux enfants, car la soixantaine approche et que j'aimerais achever mon tour de piste en cette petite planète en étant rassurée sur leur sort (1), je constate que s'il y a une chose et une seule pour laquelle je suis fière de mon passage - à part différentes réalisations à titre personnelle, réussir à passer outre différents petits handicaps que j'avais, ne pas contribuer à la mocheté du monde, ne pas nuire à autrui (ou le moins possible, car on ne sait pas tout) - c'est d'avoir participé en 2005 corps et âme au comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun.

Depuis, j'ai admiré et savouré son travail, en étant si heureuse qu'elle puisse le poursuivre comme elle le fait. Infini respect.

Aujourd'hui je suis un podcast du journal Le Soir où elle est interviewée entre deux déplacements en Ukraine, et quelques articles (2). À lire ses propos, le moral remonte.

"Trump, Bolsonaro, la montée du Front national ont été de grandes surprises. Très clairement, on a des angles morts effrayants ! Il y a des choses qui nous sont invisibles. Il faut aller chercher, aller écouter. Parfois on a du mal à trouver notre place, à aller chercher où se nichent les frayeurs, les colères, les doutes."

Merci à Carl Vanwelde d'avoir par ce billet attiré mon attention sur leur publication.


(1) Autant que faire ce peut car le contexte pandémie + guerre + dérèglement climatique n'est pas bougrement porteur d'espérances.
(2) Pardon s'ils sont réservés aux abonné·e·s. 


Un avant-goût de black out

(venerdi)

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Bossé du matin au soir sans réelle pause, et mes collègues étaient peu ou prou sur le même rythme.
Pas forcément une conséquence du conflit ou alors ça serait qu'ayant moins de clients en boutique les libraires en ont profité pour tenter de régler leurs problèmes informatiques tous en même temps. 
Pour cause de congés scolaires (le Covid ayant sévi semble nous laisser enfin) nous sommes un peu moins. Comme dans beaucoup d'entreprise la période de pandémie a été défavorable aux vacances et nous sommes nombreux à avoir beaucoup de jours à récupérer.

Grosse journée, donc.

Alors lorsqu'en passant près de la Tour Eiffel je l'ai vue presque éteinte j'ai eu de l'inquiétude. 

En fait elle s'apprêtait à revêtir les couleurs de l'Ukraine. Mais je ne l'ai su qu'après.

Je passe la soirée à rattraper mon retard d'informations, admirant les prises de paroles du président de l'Ukraine Zelensky , de Sergio Mattarella, aussi. Ainsi que bien des anonymes présents dans des manifestations, des Russes qui ne se sentent aucune velléité belliqueuse envers leurs voisins, des Ukrainiens en pleurs pensant à leurs proches au pays, des Italiens (je regarde toujours les infos de Rai News 24), des personnes qui disent des choses bien plus censées que d'aucuns politiciens.

Le pape m'a fait rire avec une blague pourrie (1). 
Et aussi un politicien français qui a tenté d'invoquer l'état des pneus de sa voiture en preuve de la non fictivité d'un emploi qu'il occupa longtemps sans y servir à rien (de décelable).
On parvient encore à rire.

En revanche le ministre de l'éducation nationale qui dans une bouffée d'indécence se réjouit publique de la finale de coupe d'Europe de football qui va se jouer au Stade de France au lieu d'en Ukraine m'a seulement emplie d'affliction. C'est tant la honte que le mauvais esprit n'est même plus possible.

À l'heure (très tard, passé minuit, car j'ai couru après mon retour, puis dîné et me suis occupée du linge (pendant les débuts de guerres les tâches quotidiennes ne sont pas abolies)) où j'écris, Kiev se fait bombarder et des images circulent de civils réfugiés dans les couloirs de leur métro. Je pense fort à elles et eux. Immense sentiment d'impuissance persistant.


(1) de l'autodérision sur son genou malade

 


Les temps d'avant

 

    J'aurais connu l'air de rien, un paquet "d'avant" et je me demande si c'est notre époque qui en est particulièrement fertile où si tel est le cas de la plupart des vies humaines dépassant le demi siècle.

Voici quelques "avant" qu'il m'a été donné de traverser :

L'avant de certains vaccins dont très brièvement la polio (j'ai longtemps eu une camarade de classe qui en portait les séquelles). Je me souviens du produit déposé sur un sucre qu'il fallait avaler (DT Polio)

L'avant mai 68 ; mes parents alors encore jeunes mais déjà trop vieux pour en être, et qui s'ils étaient d'accord avec certaines revendications n'en demeuraient pas moins méfiants.

L'avant que des êtres humains marchent sur la lune.

Je n'ai pas eu à souffrir de l'avant pillule contraceptive et autorisation de l'avortement car si j'ai croisé ses temps d'un strict point de vue calendaire, je n'avais pas l'âge d'être concernée. Mais pour l'avant SIDA si. Il se trouve que je n'en avais pas profité, concentrée sur mes études, le sport et les fragilités de ma santé dont la cause restait ignorée.
Dans le même ordre d'idée j'ai connu l'avant la majorité à 18 ans, mais comme je ne les avais pas encore, ça n'a pas changé grand chose concrètement pour moi.

L'avant que chaque famille qui le souhaitait ait la télévision, le téléphone (qui n'était que fixe).
L'avant l'usage des magnétoscope et leur disparition au profit d'autres supports que les vidéo.

L'avant l'arrivée de la gauche au pouvoir en France pour la première fois depuis le front populaire. Et si vite comprendre que les lendemains qui chantent n'étaient pas pour demain car dans un monde fondé sur des principes de droite, le pouvoir ne peut guère qu'arrondir les angles de l'injustice sociale, et atténuer les écarts de répartition des richesses, guère davantage.


L'avant les ordinateurs individuels, les messageries et l'internet. La libération que ça a été, combien ça a changé ma vie en plus grand, plus large.

L'avant les téléphones portables. Et combien, là aussi, ça change tout.

L'avant 11 septembre 2001. Ce moment où l'on a su qu'une partie du monde faisait la guerre aux relatives démocraties occidentales et que nous (le clampin moyen d'un pays européen) ne le savions pas. Que les terroristes pouvaient souhaiter mourir (et être assez intelligents pour apprendre à piloter ; c'était donc des gens pourvus d'un cerveau efficace que l'on avait réussi à programmer pour qu'il agisse contre eux-mêmes).
L'avant 7 janvier 2015 et l'avant 13 novembre 2015 qui sont comme des échos de ce premier fait.

L'avant dépénalisation de l'homosexualité (dans ma naïveté interstellaire, je n'avais pas un seul instant imaginé qu'elle le fût ; c'est curieux d'apprendre que quelque chose était illégal en apprenant que ça ne l'est plus) et l'avant mariage pour tous. J'espère que lorsque je mourrais, bien vieille, tout le monde sera étonné que ça soit si récent dans l'histoire humaine, que des gens encore vivants puissent avoir connu cet avant.

L'avant pandémie du Covid_19.

 

(collection à compléter)

 


Bref vrac du vendredi

 

    Après bien des jours consacrés, au travail salarié, au sport  et au strict urgent de tout ce qui est devant être fait, ça fait du bien de se laisser aller à lire ou regarder ici où là sur l'internet.

Guillaume m'a mis la sauce magique beau gosse en tête après l'avoir eue lui-même en tête le mois dernier. C'est une contagion bien plus sympathique que celle du virus féroce qui circule actuellement. 

Yan sur Encore du noir me donne envie de lire Nos vies en flammes de David Joy

La veille late at night, Old Guy Maca m'a bien réjoui l'âme (j'en ai oublié un temps la pandémie et tout le contexte), avec sa façon de relater la conception de Mull of Kintyre. Un peu comme pour Colchiques dans les prés, j'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'un classique local, sans imaginer un instant qu'il s'agissait d'un remarquable "à la manière de" (en l'occurrence, les chants traditionnels écossais), "une fausse vieille chanson" comme dit la présentatrice au sujet de Colchiques.

La photo de Mehmet Aslan d'un père et son fils esquintés par la guerre (Syrie), leur aura apporté du bon. Voilà toute la famille à Roma où ils pourront être au moins pour partie appareillés. Et pour un temps au moins à l'abri relatif d'une Europe en (fragile) paix.


Toute ma vie j'ai eu cette impression d'être du dernier passage avant que le chemin ne s'effondre

(lunedi)

    J'en prends conscience en lisant le blog d'un ami, ses difficultés en tant qu'éditeur (et auteur), comme si les objectifs de rentabilités étant devenus absolument dominants, plus rien d'organisations logique et saines ne pouvaient perdurer. Car le sous-effectif (1) et la vente à outrance sont les seules façons de rendre rentable une activité.

J'ai connu le milieu bancaire qui comportait un sens du service - plutôt que devoir systématiquement refourguer des produits à des gens qui n'étaient pas demandeurs ni concernés -, j'ai connu le travail en librairie avec une once de liberté sur les retours (et dès lors des possibilités de prises de risques aux nouveautés), avec aussi une marge de manœuvre consentie aux employées (bon sang comme elle s'est réduite, sous des dehors tartuffes, revenant à dire, mais c'est ton rayon tu es libre et puis des exigences, derrière, de rotations efficaces et rentabilité), et dans mon boulot actuel les collègues légèrement plus ancien témoignent de temps où l'on avait le temps d'effectuer par soi-même des recherches ou bien de nouer des relations pas juste bonjour, bonsoir quel est votre souci, avec certain·e·s client·e·s.
J'aurais connu in extremis des triathlons ou compétitions de course à pied à la bonne franquette à présent, on en est à demander une faveur pour envoyer quelqu'un chercher un dossard à notre place si l'on travaille pour notre employeur aux jours et heures des retraits proposés.

La pandémie a accéléré le mouvement. Tout ce qui pouvait être pour le plaisir ou par humanité voire pourquoi pas bonté d'âme a été dégagé plus encore qu'avant. Il faut faire vite, ne pas prendre de risques, prononcer les mots clefs.

Le festival de cinéma tente encore de résister qui pourtant désormais doit proposer beaucoup d'avant-premières de films français - je n'ai rien contre eux, mais ils sortiront en salle quoi qu'il advienne, sont déjà dans les circuits -, pour pouvoir conserver leurs interstices de films plus originaux, innovants, expérimentaux, et venant de pays où le cinéma n'est pas encore ou pas toujours une industrie.

 

(1) ou le recours à de l'hyper précarité sous-payée ou au bénévolat.


un village peuplé d'irréductibles gaulois (Il se prépare)

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Ça me fait sourire depuis que je vois la tendance enclenchée, parce que tentée par moi-même dès le premier jour, mais alors noyée dans les ennuis financiers, il était totalement exclu que je puisse faire quoi que ce soit d'un tantinet patrimonial, j'ai vu venir le mouvement gros comme une maison (c'est le cas de le dire).

Mais voilà qu'au fil des ans toute la bande que mon cerveau appelle "de l'hôtel des Blogueurs" (1), au lieu d'Houlgate colonise gentiment un village breton : qui se rapproche de la retraite ou y est enfin, qui a décidé de quitter Paris et de télétravailler à fond, qui a fait un petit héritage qui sera ainsi pour le mieux employé ...

Je sens que quand la France aura basculé au main d'un pouvoir politique de haine officielle, il restera comme dans les Astérix un village peuplé d'irréductibles Gaulois, qui ne revendiqueront surtout pas leur appartenance à un clan car ils sont au contraire de grand cœur et larges d'esprits.

La vie comme souvent me placera un peu à la marge (2) puisque mon héritage s'est trouvé normand et lié à l'origine de ma mère. Donc je serai dans la bonne direction,  mais pas tout à fait tout près, cinq heures de route en gros, et pas de liaison en train. Si j'avais de la fortune et pas le mal de mer ça serait jouable par bateau. Il est probable que si la santé me reste, je me la jouerais un jour "rando vélo".

Quoi qu'il en soit, je n'ai ni le temps disponible ni la surface financière pour assumer deux logis à l'ouest en plus de celui d'à Paris liés à nos emplois et à proximité de nos enfants, pour sans doute un moment encore. En attendant, j'apprécie le mouvement et souris largement. L'idée d'un havre de paix possible, même si je n'y serai pas, me plaît. Me voilà rassurée.

 

 

(1) Même si c'est approximatif, d'autres sont venus par après.
(2) C'est assez impressionnant je ne peux jamais faire partie d'un groupe complètement, et ça n'est pas par choix, il y a toujours un élément de différence, qui m'empêche d'être là à 100 % et de ne pouvoir participer à tout à fond (très souvent c'est l'emploi et ses contraintes, depuis quelques temps l'âge et ses limites, pendant longtemps le manque d'argent ...)


TIL rigolo du dimanche

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    Le dimanche plus encore que les autres jours, j'adore apprendre des choses totalement inutiles, mais que je trouve marrantes. Aujourd'hui c'est donc grâce à un touite d'Ali Arikan, que j'apprends que le chanteur du groupe The Offspring qui eut son heure de gloire quand mes enfants, à présent adultes, étaient petits c'est dire si ça date, Dexter Holland est aussi un scientifique qui participe ou a participé à la recherche pour lutter contre le SIDA (1).

Si c'est pas beau, ça ! 

En passant, quelques mots sur leur tube Pretty fly (for a white guy) qui prend en dérision bien des clichés. Et des nouvelles du groupe. (article paru le 15 avril 2021 dans The Rolling Stones).

Dans la foulée et par une bouffée d'optimisme que je trouve assez osée, je nous ai prévu d'aller à un concert, mais pas d'eux, rien à voir sauf qu'il s'agit de musique, le 14 août 2022. J'ai clairement la sensation de participer à un délire collectif, mais mon côté technophile a pris le dessus et une solide envie de se projeter, comme un vœu pieu, post-pandémie.

 

 

(1) Extrait de son article Wikipédia 
"Holland and co-authors published a paper in PLoS One regarding microRNA in HIV genomes,[15] titled "Identification of Human MicroRNA-Like Sequences Embedded within the Protein-Encoding Genes of the Human Immunodeficiency Virus". The original academic paper describes the use of computational molecular biological (in silico) approaches to identify microRNA-like sequences in HIV. These sequences are suggested to have evolved to self-regulate survival of the virus in the host by evading its immune responses and thus influence the persistence, replication, and pathogenicity of HIV'' 


Quelques liens en passant

Dans un moment certains d'entre eux seront des clics sans issues, seulement j'ai envie de garder une idée de ce que je lisais en ce mois de mai froid, englouti par les heures de boulot et sans grandes activités en dehors à part le sport pratiqué seule ou à deux, mais pas encore en groupe.

Why procrastination is about managing emotions, not time (je connais peu la procrastination, c'est comme l'insomnie, mes conditions et aptitudes ou inaptitudes physiques font que ça n'est pas pour moi (1), du coup ça m'intrigue)

Un de ces événements auxquels on aimerait aller si l'on avait du temps et de l'argent :
Les rendez-vous de l'Histoire

Qu'est-ce qui nous rend fou ? 
C'est vrai que l'on voit de plus en plus de personnes perdre les pédales avec cette pandémie et ses conséquences qui perdurent. 

Un article sur Mary Ann Vecchio la jeune fille que l'on voyait sur une des photos iconiques du 4 mai 1970 lorsque les forces de l'ordre sur le campus de l'université de Kent dans l'Ohio avaient tiré à balles réelles sur les manifestants. J'ai appris quelque chose via cet article : j'étais persuadée que la personne était une étudiante, parmi les manifestants et que c'était son amoureux qui était mort. Il n'en était rien : elle n'avait pas 15 ans (ce qui surprend, au vu de l'image), et était alors plus ou moins en fugue et passait ou vivotait dans le campus et venait tout juste de faire connaissance avec celui-ci des victimes. La photo de plus a changé sa vie, puisque reconnue elle avait été arrêtée puis ramenée aux siens. Ce qui ne semble pas avoir été une chance pour elle. 

I Basilischi un film de Lina Wertmüller que j'aimerais voir (mais où, mais quand ?)

Un documentaire d'Arte sur David Bowie (vérifier que bien en V.O.)
Un sujet de 6 minutes sur la tragedia di Superga en mai 1949
 Une chaîne de coaching sur laquelle je suis tombée par la grâce des algo de youtube et j'ai eu la curiosité d'écouter un bout et contre toute attente ça n'était pas totalement ridicule
Le mystère des deux charniers rennais enfin résolu, article du Monde sur lequel je suis arrivée par mégarde et qui est en fait fort intéressant.
Un sujet de The Runner sur une des victoires de Jakob Ingebrigtsen alors qu'il avait 17 ans. J'ai des doutes quant au droit du youtubeur de réutiliser des images venues d'ailleurs comme il le fait, mais en attendant ses commentaires sont souvent pertinents.



Mes lectures ou admirations de photos du soir : 
Les articles de Florence Aubenas pour Le Monde
Les photos de Thomas Pesquet prises de l'ISS

Les feuilletons que je regardais au moment de m'endormir ce qui fait que bien souvent il me fallait une semaine entière pour voir un seul épisode : 
Les enquêtes du Commissaire Maigret via Madelen de l'INA

 

(1) Quand on sait ne pouvoir compter que modérément sur le fait d'être en forme, on fait tout ce qu'on peut faire sans tarder en prévision du moment où on sera trop mal ou trop crevé pour le faire.


Liens du dimanche soir

Durant la semaine au soir, je vois passer des billets ou des articles ou des textes qui m'intéressent. Seulement si je veux éviter de me coucher après minuit, afin d'éviter que la journée du lendemain ou celle du surlendemain ne ressemblent à des tortures de conséquences de privations de sommeil, je n'ai pas le temps matériel de les lire.

Vient le week-end et je me dis Chic alors je vais pouvoir. Sauf qu'en ce moment un grand bout du samedi est consacré à des petites choses que le couvre-feu rend désormais impossible en semaine après le boulot, entre petites courses et entraînements sportifs en extérieur. Et que la fatigue en ce début de printemps après une année de pandémie est puissante, ce qui oblige à dormir.

Bref, bien de ces liens sont restés sans être tout à fait lus jusqu'au bout, et ça fait plusieurs week-end que ça dure. Alors je vais tenter d'en sauver quelques-uns pour la prochaine fois où j'aurais des heures perdues (un jour de récup ? de RTT ?). 

Vivre avec une thalassémie, même mineure, c'est savoir devoir laisser un article intéressant lu aux 2/3. On doit sans arrêt forcer sur la fatigue pour tenir un poste normal en entreprise alors il faut apprendre à renoncer sur les choses qui nous intéressent à titre personnel. 

Ce qu'on s'amusait (1951) ;
- Conversations avec Keith Richards (je n'ai pas renoncé, j'avance peu à peu, mais j'enrage de mon manque de temps libre) ; 
- Les œuvres du peintre Valérius de Saedeleer ;
- Constance : The tragic and scandalous life of Mrs Oscar Wilde by Franny Moyle (review) ;
- Interstices : le chaos c'est la vie (lu en entier mais j'étais si fatiguée que j'aimerais le relire) ;
- La nuit du journal intime sur France Culture ; (à écouter, en fait)
- Gloire et chute de Sébastien Feller, le prodige des échecs français devenu roi de la triche découvert grâce à Joachim Sene et que je voudrais relire à un moment où je peux paisiblement penser à son potentiel romanesque ;
- plusieurs billets sur Le Kawa Littéraire (et tenter de savoir pourquoi l'interruption) ; 
- une recherche à terminer sur The Beatles Bible rapport à The Beatles Tune In que je suis toujours en train de lire, triste d'être obligée de tant morceler.

 

Ceux-ci pas pour les lire, c'est fait, mais pour penser à en parler à quelques personnes en particulier (je sens que je vais oublier)

- Isère : Un patron abandonne son employé sur l'autoroute après une dispute
- Au rêve : le café mythique de Montmartre va être vendu aux enchères

 


The moment I knew (en réponse à une question posée par Dr Caso)

 

    Dr Caso a publié ce billet dans lequel elle nous interroge sur Quand on a su, à quel moment on s'est rendu compte que le Covid_19 allait changer nos vies.

Je m'apprêtais à répondre en commentaires puis je me suis rendue compte que ce commentaire n'en finirait pas. Ça serait plus courtois d'écrire un billet.

D'abord, comme je lis beaucoup d'une façon générale, et qu'il y avait déjà eu un certain nombre d'alertes (comme le SARS de 2003), je savais qu'un jour ou l'autre ça adviendrait. En particulier "La constellation du chien" de Peter Heller, et "Station Eleven" d'Emily St. John Mandel. Je suis certaine que les amateurs et amatrices de SF ou romans d'anticipation connaissent bien d'autres exemples peut-être plus frappants. En tout cas grâce au héros de Peter Heller j'avais déjà mentalement vécu au temps d'une épidémie qui atteint des gens que l'on aime. Je m'étais suffisamment identifiée à lui pour avoir déjà une trace mentale de l'effet que ça fait. Joint à quelques paroles rares de mes parents évoquant les temps durant lesquels la poliommyélite et la tuberculose faisaient des ravages, j'étais en quelque sorte "préparée" à ce qui est advenu.


Ce n'est pas forcément confortable parce qu'on aborde le cas réel sans la petite besace d'illusions initiales qui au départ protège l'esprit humain de se manger frontalement l'ampleur du problème. Ainsi, je savais déjà pertinemment qu'un virus n'a pas d'état d'âmes : il s'attaque à tous les organismes dès lors qu'il les croise. C'est après qu'il peut réagir différemment (ou plutôt : engendrer une réaction différente selon l'organisme attaqué). Mais il n'a ni âme ni indulgence et il ne se montrera pas plus clément envers un bouquet de joueurs de pétanque du dimanche qui n'auront pas su différer leur sacro-sainte partie, ou des croyants qui se rassemblent pour prier, même si le dieu invoqué trouve cet effort méritoire, qu'envers des gens qui iront danser entassés en boîte de nuit (du moins avant qu'elles ne ferment).

Le moment où j'ai compris que c'était du lourd, était en janvier, en suivant les infos internationales, et j'avais pensé, leur sorte de pneumonie, à Wuhan, ça a l'air sévère. Mais j'avais l'illusion que si on contrôlait la circulation des gens, en particulier les passagers des avions, qu'ils soient testés, ça resterait en Asie, un peu comme le SRAS l'avait fait. 

Le moment où j'ai compris que l'humanité était dans son ensemble mal barrée c'est le jour de l'annonce de la mort du docteur Li Wenliang, le 8 février 2020.
(extrait de mon billet)

D'un point de vue rationnel il me semble évident : 

Que pour l'instant du moins (ça peut changer très vite, je m'en doute) en France le risque de chopper la grippe classique est bien plus élevé (2) que d'attraper le 2019-nCov ;

Que si l'épidémie se répand à Paris, on aura beau faire, nous risquons d'être en contact avec le virus que nous le voulions ou non ; et tant que nous devrons les uns ou les autres aller travailler, nous n'aurons pas la possibilité de rester confinés. Sans même parler des courses à faire. Dès lors est vaine toute stratégie d'évitement. Qui vivra verra (3).

Il me semble que cette approche calme aura peut-être pris fin ce matin.

 

Dès le 11 février, dans un billet dont ce n'est pas le sujet principal - la vie suivait son cours, je cherchais du travail et en attendant me débatais avec Pôle Emploi afin de faire reconnaître mon plus récent CDD qui suivait un CDI dont j'avais démissionné en période d'essai -, conscience des perspectives d'un confinement, je notais ceci :

Des personnes sont en quarantaine dans des paquebots géants où quelques cas se sont déclarés - dont un au Japon, tout le monde confiné dans sa cabine et des tours de promenade réglementés pour ceux qui en ont des toutes petites sans hublots -.

Conséquences sur lesquelles j'avais lu des articles mais qui commencent à concerner des gens que je connais : toutes nos belles industries, dont celles du luxe, qui avaient délocalisé tout ou partie de leur production en Chine, commencent à sentir la pénurie. Dans certains cas pour des éléments précis, mais dont l'absence est bloquante. 

Et les mêmes industries habiles à délocaliser sont aussi celles qui ont recours aux prestataires extérieurs : chute du chiffre d'affaires ou de la production, résiliation immédiate des contrats. Un ami m'a parlé de connaissances qui s'étaient vu notifier par SMS, de ne pas revenir pour l'instant et que le contrat était suspendu en attendant retour à jours meilleurs. 

J'avoue que je ne pensais pas que les conséquences économiques se feraient si vite ressentir. Je supposais encore à l'ancienne, qu'elles ne précéderaient pas la vague épidémique par chez nous.

Ma difficulté à me projeter dans le futur, trop d'éléments barrant la route, dont mon absence de perspectives rémunératrices immédiates, et la conscience que des tas d'autres problèmes de santé peuvent survenir avant ça, font que je ne parviens pas à m'inquiéter plus que ça. La perspective d'un confinement général ne m'effraie même pas : j'ai de quoi m'occuper avec tout le travail de rangement de l'appartement pendant des mois. Et puis, dans la série À quelque chose malheur est bon, ça pourrait être l'occasion d'écrire à bride abattue.


Les implications de la pandémie jusqu'en France ne me semblent encore ni inévitables ni si directement périlleuses. Je crois que j'ai encore l'illusion d'une possible traçabilité, d'un isolement efficace des cas contacts. 


C'est le 21 et le 22 février 2020 qu'en regardant Rai News 24 dont je viens de m'offrir l'accès avec quelques autres chaînes italiennes qui chez notre opérateur internet constitue un "bouquet" payant, et qui passe un temps en mode "couverture d'une actualité brûlante en direct permanent", que je comprends que ça y est les carottes sont cuites et c'est la fin des haricots, que nos vies, en France aussi, seront menacées et bouleversées.
Un foyer d'infection fait des ravages à Codogno, une petite ville italienne sans histoire et dont le possiblement patient zéro n'a rien à voir d'immédiat avec la Chine, ce qui signifie que ça y est le virus a pris pied en Europe, on ne peut plus faire semblant de croire qu'en interrompant les échanges aériens et en imposant une quarantaine aux voyageurs on passera entre les gouttes.

Voici ce que je notais le 22 février 2020 :

J'avais entendu un flash d'info sur France Cul au matin, et qui parlait d'un bond soudain de l'épidémie en Italie. Je savais donc à quoi m'attendre. Seulement la réalité quand elle est moche dépasse (presque) toujours ce à quoi on s'attendait : je suis arrivée (entre autre sur Rai News 24) en plein direct quasi non-stop sur le coronavirus, comme s'il y avait eu un attentat. 

Le contraste avec les chaînes d'infos française qui tartinaient à loisir sur le thème de Président Macron est depuis 9h au salon de l'agriculture porte de Versailles à Paris, était saisissant.

J'en ai fait sur le moment un petit LT. Et puis comme en France on faisait toujours un peu semblant de Oh mais ça ne nous concerne pas, le virus se détournera de notre beau pays comme l'avait fait le nuage de Tchernobyl, je me suis attelée à la tâche de touiter la partie la plus importante des infos italiennes que désormais chaque soir je suivais. 

C'est donc le vendredi 21 février 2020 que j'ai su que non seulement nos vies seraient impactées mais que nous allions être toutes, tous et chacun d'entre nous en danger et que notre quotidien allait être pour un long moment bizarre, risqué et compliqué, et qu'une fois l'expansion du virus maîtrisée ou des vaccins ou des protocoles de soins efficaces mis au point, il y aurait une longue et terrible crise économique qui s'ensuivrait, laquelle, couplée avec les conséquences de plus en plus menaçantes du réchauffement climatique, risquait de marquer le début d'une époque très sombre pour l'ensemble de l'humanité.

Et à ma petite échelle, j'ai enclenchée le mode Faisons ce qu'on peut et sauve que pourra ... et commandé quelques masques en tissus.

Ce blog est alors devenu une sorte de journal d'une vie quelconque quotidienne au temps d'une pandémie, car j'obéissais désormais à aux mêmes motivations que celles décrites par Dr Caso dans son billet Il faudrait écrire ce qu'on vit ; une impérieuse nécessité de témoigner et partager pour s'entraider à tenir.