Ce qu'il fait de ses jours (retrouvailles)


    Capture d’écran 2019-03-10 à 14.43.39C'est au départ un touite que j'ai vu passer ce matin et dont voici la copie :
Capture d’écran 2019-03-10 à 14.45.11Et la prise de conscience que ces dernières années, accaparée par les films de ma vie (1), je n'avais plus consulté, fors très ponctuellement, mon agrégateur de flux RSS. 

Alors lors de ma pause déjeuner des rangements urgents [encore un tracas de plomberie, il convient de faire place nette pour une grosse intervention prévue le lendemain matin], j'y vais voir ; il y a depuis quelques temps et par lassitude des violences encaissées sur les réseaux sociaux une résurgence des blogs, je me dis que certain'e's ami'e's s'y sont sans doute remis. 

Voilà que je tombe dès la réouverture sur la saison 3 toujours vivace d'un bon vieux blog que j'appréciais, Ce que je fais de mes jours, chroniques du rien quotidien, tenu par quelqu'un devenu un ami mais hélas géographiquement lointain et ni lui ni moi n'avons les moyens ou le temps, de nous déplacer par pur agrément.

C'est un bonheur de retrouvailles, et je me régale avec 

Le verre d'eau du milieu du temps ... 

Hélas, chez Couac, rien de nouveau depuis le 21 janvier, après une jolie reprise qui elle-même succédait à un long silence. 

Persiste en ligne et c'est un soulagement, le blog de La fille aux craies qui me manque pour toujours et à jamais. Et puis Lola d'ici et de là dont le blog semble avoir disparu et dont je n'ai plus de nouvelles. 

Heureusement, un bon lot de dino-blogueuses et blogueurs restent encore actif. 

Mais ça sera pour un autre dimanche, du rangement m'attend. 

 

 

(1) dans "Quand j'étais soldate", Valérie Zenatti narre ainsi (p295 de l'édition de 2017, École des Loisirs) les retrouvailles d'avec un bon ami. Ils se sont trouvé éloignés de par la fin du lycée, un changement de ville pour lui, et le service militaire qu'elle a dû enchaîner :

Depuis, il m'a envoyé deux ou trois lettres très belles, auxquelles j'ai répondu avec retard pour cause de séances de cinéma ininterrompues (La Rupture, Les Classes, La Crise, La Rupture 2, Opération Coquelicot bleuté ...). Il m'a invitée à venir le voir quand je le souhaitais.

J'ai l'impression que depuis juin 2013, je pourrais en dire autant, ça donnerait Une Rupture, La Fin d'Une Belle Librairie, Le Boulot dans les Beaux Quartiers, L'Attentat, L'Épuisement, La Possibilité d'une Nouvelle Vie, Les Attentats, Le Retour du Grand Épuisement, La très ruineuse affaire de la fuite d'eau invisible, Retour Au Pays dans une Belle Librairie (2), Triathlète (enfin), Jours Funestes (La mort d'une mère), Vider et vendre la maison de ses parents, Le Voisin Voleur, L'Année des Rencontres (librairie Charybde), Le Déménagement (des affaires familiales), Le Grand Rangement (série à saisons multiples avec de fréquentes interruptions en cours de saisons les acteurs principaux étant requis ailleurs ; mais elle reprend régulièrement), La Saison des Semi (marathons), Les Rendez-Vous d'Arras (Arras Film Festival, en novembre chaque année), Libraire Volante, Jours Heureux à Auvers, Le Courrier Retrouvé (aka Vingt-huit ans après), On Air (3), et peut-être à venir The Bookshop ... pour ne parler que de ce qui ne concerne presque que moi, en omettant ce qui concerne en premier lieu d'autres personnes de ma famille mais a un fort impact.
Il y a zéro période de plus de quatre ou cinq jours (généralement vers le 15 août, ou lors d'une colo dotclear) où l'agenda n'est pas pré-rempli par ma vie.

(2) Au Connétable, à Montmorency.

(3) émission hebdomadaire Côté Papier sur la radio Cause Commune, le mercredi soir à 22h 

 


Librairie Charybde : on va commencer par faire la fête

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On va commencer par faire la fête, et vous êtes les bienvenus.

Pour ceux et celles qui ne la connaissent pas, la librairie est là : 

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C'est non loin de la gare de Lyon ou du métro Reuilly Diderot. Si vous pouvez venir ça me fera plaisir de vous faire découvrir mon nouveau lieu de travail, et de nouvelles lectures.

[photo-montage par Hugues Robert à partir d'une photo prise par Marianne Loing à Arras le 1er mai 2016 ; je suis très touchée qu'ils aient tenu à fêter mon arrivée]

PS : Quant au petit chien il fut aimablement prêté par George Orwell (non, je rigole)


Nouvelle cour (de récré)


    Ça fait un moment qu'avec les amis on ne se sentait plus chez nous sur Twitter qui tendait à ressembler à FB et puis la pub, non mais.  Alors bien sûr, pour peu que l'on ait un boulot qui demande quand même un tantinet de communiquer (au hasard, libraire, avec des rencontres organisées), on reste sur ces gros réseaux. Et je pense que niveau infos, Twitter restera le plus (ré)actif un moment encore, d'autant plus qu'au fil du temps j'ai les bons fils à suivre - hier encore, hélas, pour Stockholm, bien qu'étant au boulot, et pas à consulter mon téléfonino, j'ai su très vite -. 

Je suis très heureuse d'être sur Framasphere, mais ce quartier s'est révélé être davantage celui de photographes avertis - ça me va aussi -. Seulement force était de constater que la plupart des potes n'avait pas suivi.

Voilà que cette semaine, influence d'un article des Inrocks ?, ou que sais-je, mes ami-e-s des blogs se sont comme une seule femme inscrit sur Mastodon, via une instance qui m'a fait aussitôt me sentir chez moi.

La mayonnaise a pris et je pense que cette fois-ci on tient notre nouvelle cour de récré. Avant qu'elle ne soit gâchée par les réactionnaires, les publicitaires et les néo-fachos peut-être qu'on pourra s'y amuser un brin.

Grand merci à Alda 

Welcome to Mastodon

ainsi qu'à Kozlika qui m'a inscrite car mes horaires étaient peu compatibles avec les fenêtres d'inscriptions et qui comme au bon vieux temps, a écrit LE tuto pour les débutants : 

Mastodon, premiers pas

Longue vie (sans publicité) aux chouettes instances et à tous les mastonautes. 

 

PS : JK, please, attends un peu, les serveurs sont (pour l'instant) fragiles ;-)

  


BDJ (probably) - For the first time in months (or years ?)


    Il était 22 heures-quelque-chose, je venais tout juste de terminer tout ce qui était devant être fait, dont des lessives à dépendre, étendre, lancer et un peu de repassage obligé (1), je m'apprêtais à jeter un dernier coup d'œil sur mes mails peut-être répondre à quelques retards (2) quand soudain j'ai vu passer l'annonce de la libération anticipée possible de Chelsea Manning en mai 2017 via une grâce accordée par Barack Obama (3). J'ai mis un moment avant d'y croire (il m'a fallu attendre un touite d'Otir), puis pour la première fois depuis des mois et des mois, ma petite soirée personnelle - rien d'extravagant, je comptais vite tout éteindre et filer me coucher - aura été bouleversée par l'annonce d'un événement extérieur mais qui pour une fois me semblait juste, humain et réjouissant.

Je me suis alors rendue compte d'à quel point depuis le 7 janvier 2015 on (4) a pris l'habitude de voir des pans de nos vies quotidiennes happés par des éléments de l'actualité qui nous touchent, parfois même concrètement de près, et ont au moins l'impact (dans le moins pire des cas) d'interrompre ce que nous étions en train de faire pour nous laisser un temps l'attention fixée sur des fils d'infos, puis l'esprit ailleurs même si l'on a cessé de suivre. Mais que nous avions totalement perdu l'habitude que ce qui créait une aspiration de l'attention puisse être créé par une nouvelle positive, par quelque chose qui nous réjouissait, par exemple une décision politique que l'on approuvait.

Certes il y aura eu en France la grâce récente de Jacqueline Sauvage par François Hollande mais comme elle a eu lieu en deux temps et que l'affaire est peut-être (ou pas) moins simple qu'il n'y paraît, ça n'était pas une réjouissance nette - j'avoue avoir pensé avec le mauvais esprit que je ne sais pas ne pas avoir parfois Est-ce une vraie grâce ou encore une qui compte pour du beurre ? -. Pas une surprise non plus, plutôt de l'ordre du Enfin, il finit le travail ; probablement très injuste. Nous ne voulons plus de François Hollande comme président car il s'est comporté comme un retourneur de veste, menant dans bien des domaines une politique inverse de celle qu'il avait annoncée - ce qui est pire que simplement ne pas tenir ses promesses électorales -, mais on se rendra compte quand on aura changé pour bien pire, que sur le fond du travail il aura plutôt pas mal fait le job. Et aussi assuré dans des moments dramatiques. Mais bien souvent il n'aura pas été clair et net comme il est parfois souhaitable qu'un chef d'état le soit.

Donc le vrai effet de Ça alors ! Une décision humaine et pas si simple à prendre, bravo ! c'est venu ce soir par le président des États-Unis sortant.

Alors bien sûr ça ne résout rien de tant d'autres cas, eux aussi douloureux. Mais au moins pour celui-là les choses semblent s'arranger. 

Et une petite loupiote d'espoir que politiquement tout ne soit pas foutu se rallume. Timidement.

Et fort bordée de questions, comme le résume ce soir @edasfr : Pourquoi tant de bonnes mesures prises par Barack Obama à ce point au tout dernier moment, "se sentait-il contraint ? pourquoi ?". Qu'un politicien principal ne puisse prendre des mesures de bon sens et d'humanité qu'alors qu'il est presque libéré de ses fonctions, me semble très inquiétant.

En attendant, ne boudons pas notre plaisir, notre soulagement pour cette lanceuse d'alertes. Avoir ses activités interrompues par une bonne nouvelle générale, n'est vraiment pas, ou plus du tout, si fréquent.

 

(1) Nous réduisons le nôtre du mieux que nous pouvons mais comme il s'agit de quelqu'un d'autre et qui est malade, j'imagine, peut-être à tort, qu'une part d'hygiène entre en jeu

(2) En ce moment sorti du boulot, de l'accompagnement, des engagements sportifs (voilure réduite, j'ai déjà renoncé à des stages, des courses possibles) mode Je-fais-ce-que-je-peux On. Alors je suis en retard dans tout ce que je fais. Et l'appartement ressemble à un champ de bataille (après la bataille).

(3) Après, vu l'incontrôlable qui lui succède, n'y a-t-il pas de risque d'annulation ?
(4) ma petite famille ? la plupart de mes amis ? pas mal de mes concitoyens ? (je ne sais pas trop qui ce "on" contient, mais je suis assez persuadée de n'être pas la seule dans ce cas)

addenda du 18/01/17 vers 9h : Je m'aperçois grâce à Kozlika que je n'étais pas la seule 

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Incrédule

Je n'arrive pas à croire que j'en ai fini avec le léger souci de conséquences imprévues d'éventuels actes amoureux. Je n'arrive pas à croire que je n'aurais plus à dépenser d'argent tous les mois. J'ai retiré de mon sac les protections de précaution. Je n'arrive pas à croire que je n'en aurais plus besoin. Je n'arrive pas à croire que je n'aurais plus ces douleurs épisodiques qui, certes, étaient par chance tout à fait supportables mais quand même épuisaient.

Je n'arrive pas à croire que je ne dépends plus d'aucun approvisionnement chimique en ce moment. Quelque chose en moi craint qu'une maladie n'arrive, histoire que j'ai quand même à nouveau un truc à prendre.

Comme je me sens en forme, du moins le plus en forme possible à mon niveau, je reste frappée d'incrédulité quant à la perspective d'une période sans aucun tracas et durant laquelle pour autant je serai encore parfaitement opérationnelle.

Je me sens au maximum de mes possibilités avec plus rien pour entraver.

Je n'arrive pas à croire que ça puisse durer.

Je n'arrive pas à croire que j'ai (si bien) survécu.


À 50 ans elle découvre enfin quel est son super-pouvoir

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Nous avons tous au moins une addiction et un super pouvoir. Proserpine, habitante de Clichy la Garenne savait depuis l'âge de 8 ans que son addiction était la lecture. Ce qu'elle n'a découvert qu'à 50 c'est que son super pouvoir était de passer commande à la rue de ce qui lui manquait comme objets courants de la vie quotidienne. Il y avait déjà eu plus d'une fois quelques jolies fortunes d'encombrant. Ainsi ce siège pour poste de travail informatique trouvé 2 jours après s'être fait la remarque que celui du fiston était vraiment trop usé. Une chaise trouvé au surlendemain d'avoir usé jusqu'au vide la paille de la sienne. Un carton plein d'enveloppe à la veille de devoir effectuer un envoi en nombre - pas tout à fait au bon format les enveloppes mais néanmoins utilisables -. Mais la confirmation qu'il ne s'agissait pas simplement de hasard est arrivée en ce 31 juillet.

Elle avait en effet perdu ou égaré son porte-monnaie quelques temps plus tôt. Leur dernier moment commun identifié fut lors que l'affranchissement d'un courrier destiné à la Sécurité Sociale et qu'elle avait cru pouvoir déposer dans la boîte à lettre de cette administration. Cette dernière venait hélas d'être condamnée et il avait fallu filer à la poste afin d'affranchir la lettre. Les derniers centimes du porte-monnaie y étaient passé. Peut-être parce que si vide et devenu trop léger, il avait disparu dans la foulée (tombé sans faire de bruit ?). Il convenait donc d'en racheter un. Comme il n'y avait rien ou peu à mettre dedans dans l'immédiat, elle avait décidé d'attendre le début d'août.

Par ailleurs ayant entrepris quelques rangements et une collection de documents officiels récents à classer elle avait noté la nécessité d'acquérir des pochettes transparentes perforées. L'urgence n'était pas telle qu'il fût impossible d'attendre le début du mois suivant pour engager cette dépense.

Il s'est trouvé que dans une petite poubelle des beaux quartiers, soigneusement déposé près d'une poubelle officielle, un de ces sacs cartonnés de restauration rapide (dans lequel restait aussi canettes et paquets de gâteaux vides et quelques autres vrais déchets, mais propres, de ceux que selon les villes on peut ou non recycler), elle a dégoté très exactement un porte-monnaie (aussi vide que celui enfui, il ne faut pas (trop) rêver, et un sachet au 3/4 pleine de ces pochettes transparentes perforées. Comme si un ange de Wim s'était chargé de la liste de courses et sans attendre le 1er. Le porte-monnaie était usé ce qui pouvait expliquer sa disgrâce mais les pochettes neuves et propres. Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à jeter dans cet état prêt à l'emploi un tel article de papeterie ?

En attendant de pouvoir résoudre cette épineuse question, Proserpine sait désormais que son super pouvoir est de pouvoir par une simple pensée de bonne ménagère contacter un père noël secret de la cité et le faire en dehors de toute saisonnalité.

 

PS : Le prénom a été modifié

 

*            *             *

 

PS' : Pour un peu je regretterais de n'avoir pas eu de d'achat différé plus ambitieux

Boutade à part, j'ai vraiment trouvé ces deux éléments à la veille d'entreprendre de les acheter car ils manquaient.

Et par ailleurs jeté dans un sac près des poubelles de l'immeuble du lieu de travail, un sac à main, lui aussi légèrement usé mais encore très correct, et qui ressemble de façon troublante à celui que dans un douloureux rêve récurrent de ces denier temps j'hérite avec une sorte de mission de devoir faire bon usage de ce qui est dedans. Celui trouvé ne contenait rien (pas même un carnet rouge), mais c'est vraiment LE sac de ces songes à répétition, par ailleurs assez violents. Si seulement l'avoir trouvé permettait leur disparition ça serait un soulagement. Même de façon onirique, je ne tiens pas tant à me venger du mal qu'on m'a fait. Les états belligérants du moment nous montrent suffisamment quelle spirale infernale s'enclenche dès qu'on s'y laisse aller.

 


Plaisir inattendu

 

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Claquée dans l'ensemble ces jours-ci (entre le contre-coup des retours de difficiles santés et celui des un ans sans) particulièrement en ce jeudi, je me satisfaisais presque à l'idée d'une soirée passée à la maison afin de prendre des forces pour les deux jours suivants prévus de librairie avec (réjouissantes) soirées. 

Et puis voilà quelques textos et une invitation lancée et vers 16h30 l'orientation de la soirée change du tout au tout avec un tonifiant concert d'Olivier Mellano (1). Ces moments où soudain Paris devient une ville magique qui offre des surprises culturelles d'une grande qualité et qui offrent intérieurement d'autres voyages qu'on n'a pas faits.

Siri, Olivier, who else ?

 

(1) Qui plus est dans la salle où l'an passé Proust avait été lu.

PS : Et en plus en rentrant le bonheur d'une très belle carte postale, contenu et contenant. Ça compte. 


Les grands (!) mystères de ma vie

 

J'ai un défaut, j'adore comprendre. Tout se passe comme si l'enfant de quatre à six ans qui épuise son entourage de Pourquoi ? n'avait jamais disparu en moi, s'était contenté de devenir pire, avec des "Pourquoi ?", des "Comment ça marche ?", des "Qu'est-ce que c'est ?" concernant des choses de plus en plus élaborées. 

Il se trouve que je date de bien avant l'internet, que mes parents pour cause de guerre mondiale n'avaient pas pu faire d'études, que j'étais l'aînée et qu'à part une heureuse période pendant laquelle une de mes cousines étudiante avait été hébergée chez mes parents, je n'avais jamais disposé alentour de "quelqu'un qui sait". Demander aux profs, ce qu'en désespoir de cause je faisais parfois, était toujours un brin délicat. Ça pouvait passer pour ce que ça n'était pas (du faillotage). Et puis après les cours ils avaient quand même envie de réintégrer leur vie - je craignais de déranger -.

À la maison, un petit Larousse et à partir du début des années 70 une encyclopédie Quillet en quatre volumes. La bibliothèque municipale environ une fois par semaine ou tous les quinze jours : elle n'était pas tout près il fallait attendre que maman y aille en voiture. Plus tard j'ai pu y aller en vélo, mais c'était tout un calcul : durée du trajet / horaires d'ouverture / mes autres activités extra-scolaires. Bizarrement, mais c'est peut-être parce qu'il était ouvert aux heures ou j'avais cours, peu de souvenir de quêtes de compréhensions dans les CDI du collège puis du lycée.

Bref, tout ça pour dire : souvent je restais avec mes interrogations, ou des réponses qui me semblaient par trop insuffisantes et comme schématisées pour les petits enfants. Je me souviens de m'être trouvée maintes fois en recherche de "la vraie explication". 

J'ai accumulé comme ça dans un coin du cerveau tout une malle de grenier de petits mystères non élucidés, que la sagesse m'a fait remettre à plus tard, parce que vraiment ça voulait pas. La malle tend à déborder, surtout depuis certaine rupture subie si incompréhensible. Elle a une grosse étiquette "Un jour je comprendrai". J'aimerais bien ne pas mourir avant qu'elle ne soit aux trois quarts vidée.

Il y a de tout : des mots inconnus que le dictionnaire ne contenait pas, des expressions dont l'image me laisse perplexe (d'où diable cela peut-il venir ?), des comportements humains incompréhensibles à mes yeux ou dont je pressens que l'explication qu'on m'a fournie n'est qu'un cache-misère, des choses mathématiques trop compliquées pour moi sur lesquelles pendant mes études j'avais un peu calé, des bribes de programmes dont je n'ai pas compris pourquoi ça fonctionnait ou au contraire pas - le nombre de fois où j'ai dépanné des traitements informatiques "au feeling" sans être capable de m'expliquer ne serait-ce qu'à moi-même pourquoi après ça marchait et avant pas - (1) ...

Jusqu'à tout à l'heure y traînait depuis si longtemps que j'ai oublié dans quel ouvrage (ou vieux journal) anglo-saxon j'étais tombée dessus, un splendide ETAOIN SHRDLU. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Qu'est-ce que ça faisait fichtre là (une fin de phrase ou de paragraphe) ? Est-ce un code destiné à un et un seul lecteur pour qui s'est signifiant, un truc genre Radio Londres, et que tout le reste du texte n'est que garniture pour le tout-venant des gens ? Je me demande même si je ne me l'étais pas répétée à voix haute, des fois que ça soit une formule magique qui déclenche quelque chose de terrible ou de merveilleux (oui, je n'ai peur de rien (2)). Ça doit remonter à mon adolescence, autant dire sept lustres.

Et puis voilà qu'un ami ce matin publie ce touite 

Capture d’écran 2014-05-21 à 09.42.45lequel renvoie donc à ce lien sur wikipédia.

Et pour moi à la sortie immédiate d'un élément de la malle. J'avais tout simplement dû tomber sur le cas ainsi décrit : 

Cette suite est passée à la postérité car les opérateurs, lorsqu'ils s'étaient trompés, l'utilisaient de manière générique pour terminer rapidement une ligne : il était en effet plus facile de compléter aléatoirement une ligne puis de l'annuler pour en recommencer la saisie, que de faire opérer le mécanisme pour reprendre à la main le caractère fautif ; et parfois la ligne était coulée sans que la correction eût été saisie, si bien que « ETAOIN SHRDLU » apparaissait dans le texte imprimé.

Je suis consciente que pour la plupart d'entre vous qui lisez ce billet, ça n'est rien, c'est inintéressant, au plus vaguement amusant. Mais pour moi c'est une absolue jubilation, un soulagement, un pas de plus vers la guérison (3). Elle est d'autant plus forte, la sensation de jubilation, un peu comme un joueur de foot qui grâce à une passe décisive marque un but d'anthologie, que ce mystère-là n'était a priori plus susceptible d'être résolu (4). Donc non seulement le but est beau mais il a été marqué en dernière minute et permet d'arracher in extremis la qualification (5).

Je me sens presque aussi ragaillardie que le jour où mon ami d'enfance, plus de 30 ans plus tard m'a appris pourquoi sa mère lui interdisait pendant si longtemps d'aller jouer au foot sur le terrain prévu, et qui était à deux pâtés de maison de là, et que ça me paraissait à ce point insensé, cette interdiction (6).
Le petit Holmes en moi frétille de joie.

Merci Virgile, merci beaucoup.

 

(1) Tout récemment, typique exemple, il y eut le balcon des pompiers, résolu par l'ami Berlioz.

(2) sauf de Vladimir Poutine

(3) La guérison de quoi ? Je l'ignore. D'être en vie ? D'être comme ça ?

(4) Si quelqu'un connaît le mot français ? C'est résolucible qui venait.

(5) J'ignore, là aussi, à quoi.

(6) En fait c'était parce qu'elle se méfiait du "mauvais garçon" du quartier et qui y régnait ; en empêchant son fils d'aller sur le terrain de jeu et qu'il reste sur la place devant les maisonnettes où elle pouvait encore intervenir, elle souhaitait le protéger et de la castagne et de la mauvaise influence. À sa décharge le mauvais garçon du quartier était une perfection dans le rôle. Et elle ne savait pas qu'il me respectait et que donc si j'étais là, paradoxalement, son fils ne craignait rien d'autre que des railleries - le camarade caïd nous prétendant amoureux -. Ma capacité à être respectée par les crapules et les violents, et à me prendre des coups (moraux, peu savent se battre) de la part de gens qui paraissent bien sous tous rapports et sont considérés, alors qu'en fait ils sont salauds inside, ne date pas d'hier en fait.

 

PS : Autre avantage de l'internet, quand on est délicatement dingue, on s'aperçoit généralement qu'on est pas seuls, que d'autres encore plus atteints font carrément des sites. Cela dit leur accroche est nulle, la résolution des petits mystères n'a dans mon cas pas du tout pour but de briller en société. C'est de l'ordre du soulagement interne, de la pression qui diminue dans la cocotte-minute.