Photo douce que j'aime à retrouver

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    C'est encore une photo retrouvée de photo retrouvée (1). Elle date en fait du 28 août 2010 mais je l'avais une première fois recroisée en mars 2011. Elle était alors de mémoire fraîche : l'enfant qui avait peur de l'eau, l'adulte qui prenait le temps de le rassurer (avant je le présume un nouvel essai).

C'était à la piscine de mes rêves (2) et son bassin de longueur idéale (3), son cadre idyllique (on se croirait en forêt), ses vestiaires au charme désuet (ils ont peut-être changé), où depuis au moins quatre ans je ne suis pas allée nager (4).

J'essaie à présent de me dire que j'aurais au moins connu ça : la chance de savoir que ce lieu existe et d'y avoir nagé.

Je m'efforce de croire, en regardant cette photo, que des enfants que l'on traite, petits, avec respect ne vireront pas plus grands impavides assassins. Même si plus tard quelque secte, quelque pouvoir malsain s'avise de (tenter de) leur vider le cerveau.

Prendre le temps de la douceur, de l'attention, ça n'est jamais le perdre.

 

(1) J'en suis ce matin à l'année 2011 dans mes sauvegardes du fotolog.
(2) Longchamp, à Uccle
(
3) 33 mètre
(4) Lors de mes derniers séjours elle était en travaux et une fois je suis tombée sur un jour férié.


Ces ami-e-s de la virtualité (je me souviens de Niko Chan)

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De toutes les personnes que j'ai croisées durablement sur l'internet, peu sont restées purement virtuelles, on s'est au moins par ailleurs écrits, pour qui habitait loin ou vu-e-s, généralement lors d'un passage de l'autre à Paris qui est une ville géniale pour dévirtualiser les amitiés. Tous ceux qui aiment ou peuvent voyager y passent tôt ou tard.

Il n'en est pas moins demeuré quelques comètes (1), essentiellement dues au fotolog et son côté Monde Entier (que j'adorais).

Il y eu ainsi Helene de Göteborg (3) qui s'essayait à la French Poetry, et plus particulièrement Niko Chan qui faisait parfois des photos à couper le souffle et que je ne peux imaginer autrement que pourvue d'un destin hors du commun.  Mais elle a quitté fotolog sans prévenir sans rien, après une ultime image en mai 2006.

Notre ami commun trouve ça plutôt beau, que les liens se fassent et se défassent, qu'un fotolog disparaisse ou fotolog en général ne le dérange pas, il est philosophe, il aime les comètes ; probablement que pour lui Niko Chan c'est mieux comme ça, un côté Life on Mars.

Je crois que j'ai trop morflé pour pouvoir le suivre jusque là, quand j'entrevois du bon, la chaleur possible d'une amitié, j'ai toujours envie que ça dure ou qu'on ait au moins le temps de se préparer à la fin, se dire au revoir.

Au revoir, Niko Chan. Et merci pour les photos et les mots que tu avais partagées.

 

(1) Je fais une exception pour La fille aux craies, persuadée que si le sort n'avait pas été si brutal nous nous serions rencontrées (ou revues car le doute subsiste : nous nous étions peut-être croisées lors d'un Paris Carnet). Je pense à elle souvent (2).  La qualité de nos échanges était celle d'une amitié et son absence n'est pas moins forte que si nous nous étions fréquentées au concret.

(2) En fait au moins systématiquement à chaque fois qu'il me vient un truc dont je pense que ça la ferait marrer. Et je trouve d'une injustice absolue qu'elle ne soit plus là.

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Dans la série des photos réalisées à la demande des sujets - les enfants de Ouaga

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Il m'est arrivé fréquemment de prendre des photos à la demande des personnes qui y figurent : je suis quelque part avec mon petit appareil (j'en ai changé au fil des ans mais les préfère petits, à l'allure un peu ancienne même s'il s'agit dernièrement de petits miracles de l'électronique) et l'on me hèle pour me demander une photo. Jadis sans espoir de retour, plus récemment j'indiquais mon adresse ou celle du fotolog ou ils me passaient leur adresse mails.

Ces enfants de Ouaga jouaient au foot près de là où s'entraînait avec ses collègues celui qui n'était pas encore l'homme de la maison - nos propres enfants n'étaient pas nés -. C'est la petite fille en rouge (si mon souvenir est bon) qui a rameuté ses frères, ses copains, et m'a demandé l'image. En un clin d'œil ils se sont regroupés, rieurs, joyeux puis très vite envolés, comme des oiseaux. C'est un instant magique dont je me souviendrai jusqu'à la fin de ma mémoire.

C'était en décembre 1986. Du temps de l'argentique. Avec un très simple appareil.

Que sont-ils devenus, à présent adultes, s'ils ont survécu, face aux événements de ces dernières années ? 


Guillevic retrouvé

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Toujours en rangeant, retrouvé copie d'un message de juillet 2003. 

On se l'était envoyé pour s'encourager.


John and Emma and pretty old cars

Toujours un brin triste de la mort de celui qui incarna l'immarcescible John Steed, et que c'est là qu'on s'aperçoit qu'en fait non et que c'est une dernière part d'enfance qui nous quitte, qu'on en arrive aux âges ou "Quand j'étais petit(e)" est non seulement une époque révolue mais un temps qui perd ses témoins ; bref, donc triste, quoi, je suis tombée sur cette petite pépite d'un reportage sur le tournage de leurs scènes de fin, toujours dans des vieux tacots incroyables (1).

Je les regarde, l'esprit dans le vague, pas nostalgique de mon enfance, mais sans doute de mes amours, et très certainement de celles qui ressemblaient à ça (2). D'autres séductions ont supplanté celle qui se tissait de complicité. Elles étaient plus immédiatement perceptibles et donc excitantes pour l'ensemble des spectateurs. Des années, des décennies plus tard, Diana Rigg est celle qui fait bonne figure en très vieille dame dans "Games of thrones" - a match is never lost -.

En attendant mon temps d'antan est désormais fort loin. Ainsi qu'une forme d'insouciance que la guerre froide n'empêchait pas.  

 

 

 

(on remarquera dans les commentaires "the fighting and still feminine Emma Peel" 

#soisbelleetbastoipas(trop)

(1) moi qui utilisais tant "improbable" avant sa mode (laquelle a succédé à "dévasté" pour des êtres humains) je n'ose plus, du coup je varie.

(2) Et ont fini aussi bêtement mais bien moins élégamment que leur dernier épisode, si émouvant, si classe.


Retour vers le passé du futur


    Et voilà donc qu'avec cette révolution au Burkina Faso déjà mutée en coup d'état, j'ai passé, malgré un travail sans trève, la journée à me débattre contre une sensation mentale d'être en 1987, que vers le soir, enfin ça allait mieux, j'étais de retour en 2014, sans trop de sensation de dé-réalité (1), que j'étais pleinement là pour communiquer avec ma petite famille sur le mode de retour - je cherche un vélib -, que toujours respectueuse de la consigne de la cycliste aguerrie qu'était (qu'est toujours ? À moins qu'elle ne soit passée au taxi) V. "En vélo dans Paris, il faut être attentive", j'étais concentrée sur mon trajet. Bref, j'étais bien vendredi 31 octobre 2014 de plain-pied. Ouf, sauvée (1 3/4).

Puis je suis arrivée au carrefour de la Porte Maillot. Lequel comporte des zones cyclables, certes un peu gymkhana, mais qui protègent du redoutable rond-point. Mais elles possèdent un inconvénient : un des feux rouges est fort long. J'y attendais donc, et regardais le paysage ; je savais avoir le temps.

C'est alors que j'ai vu sur la façade du Palais des Congrés, une immense affiche pour un prochain spectacle de 

CHANTAL GOYA

J'ai cru que j'étais réellement repartie dans les années 80 du siècle passé. Le vélib avec lequel je circulais, je sais leur mise à disposition datant de juillet 2007, m'a sauvée. Ça n'aura duré qu'une fraction de seconde de vaciller. D'être perdue dans le temps. Fractionnée.

Ce bref voyage digne des passagers du chronogyre, m'a rendue en rentrant consciente de façon plus aigüe qu'elle ne l'est déjà, de l'importance que l'écriture a pris dans ma vie, du poids des rencontres décisives (avec V., avec F.) même si elles se sont pour moi terriblement mal finies (2), de l'attachement à mes enfants (dont en 1987 j'ignorais l'existence ultérieure), de quelques très belles expériences qu'il m'a été donné de faire, du bonheur qu'est l'usage de l'internet, cette eau courante du lien au monde et des amitiés nées depuis.

Je n'ai donc pas été si malheureuse d'avoir été destabilisée. Il n'en demeure pas moins qu'ouvrant le petit livre de Sylvain Prudhomme que Frédéric Forte m'a conseillé, "L'affaire Furtif" et tombant d'entrée de jeu sur cette phrase 

"L'amnésie d'une époque n'a d'égale que la brutalité de ses réminiscences"

je me suis sentie, comment dire, en plein dans le mille concernée.

(ce petit bouquin promet)

 

(1) Celle qui est mon lot depuis la rupture subie en juin 2013. Heureusement qu'il y a les amis et les réseaux sociaux, je serais sinon comme un petit bouchon de liège flottant dans l'espace-temps. Bizarrement le boulot n'aide pas, séquelles des années d'"Usine" que j'ai traversées comme des plages de non-vie. 

(1 3/4) Pour les initiés qui s'inquièteraient, il est prévu que je vois lundi Simone. Par précaution.

(2) Et je suis pour l'instant incapable d'en faire quelque chose comme le "Pétronille" d'Amélie Nothomb. En partager les bons moments, et les drôleries, remercier au passage les amis (ce si bel hommage qu'elle offre aux amis de l'Astrée), m'arrêter à l'instant où je me fais flinguer. Garder pour moi les conséquences funestes.


Toussaint, en es-tu ?


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Cette révolution au Burkina Faso et qui m'a prise au dépourvu - j'avais vaguement capté que Blaise Compaoré s'apprêtait à faire voter son droit à rempiler, j'ignorais que l'opposition fut (si) vive et donc voilà je suis au boulot, on interroge l'internet pour savoir qui a emporté le prix de l'académie française (1) et je tombe sur une brève qui dit Ouagadougou parlement en feu (ou la television, ou la mairie) puis un article qui stipule "Après 27 ans de pouvoir, Blaise Compaoré [...]" -, plonge le pays dans un chaos que l'armée a semble-t-il déjà préempté et ma petite personne si loin de là en espace et en temps dans un drôle d'état.

J'ai bien tenté de me la jouer, Mais voyons, c'est loin, tu n'y connais plus personne, ça ne te concerne pas, tu n'as jamais vraiment vécu là-bas - qu'une succession de séjours toujours trop brefs pendant deux ans, et dont tu passais la moitié, malade, au lit, cette santé fragile qui fut la tienne jusqu'à la quarantaine -, une simple phrase d'un flash d'infos "Tout va très vite au Burkina Faso", exactement l'une des mêmes que tu entendis autrefois, t'as replongée dans le passé, l'angoisse du temps d'alors, mon fiancé là-bas, tout près d'où ça se passe, et moi coincée à Paris toutes communications coupées, à en pleurer.

Prise par surprise par mon propre passé.

Et l'homme qu'il est devenu, qui sur place a eu certes peur mais un soir, et la journée d'après, puis comme les autres a attendu que ça se calme, tout en devenant champion au Trivial Pursuit, jeu en vogue en ce temps-là, les parties qu'ils enchaînaient dans le coin du campus où vivaient les expats pendant le couvre-feu, a pris lui la nouvelle avec une sorte d'amusement étonné, et quand même un étonnement dû à l'ampleur du temps écoulé - vingt-sept ans -.

Je suis, comme pour Florence Aubenas, celle à qui il n'est rien arrivé, celle qui est toujours à Paris, mais que ça a, à distance, essoré. Celle à qui ce qui est survenu a changé la vie, alors que rendu à son quotidien la personne principale, la personne réellement concernée, a poursuivi son trajet.

C'est curieux.

J'ai dû aller me coucher. Perdue quelque part au moi de mon siècle dernier, dans l'Afrique formidable telle qu'elle m'a été donnée, l'importance que ça a eu pour moi, la sagesse, l'appartenance à une même humanité et la force des femmes.

Ce matin, je croyais que ça allait mieux, que je m'étais calmée. Et puis j'ai vu cette photo. "Dad". 

À l'époque, celui qui travaillait pour le fiancé (il convenait d'employer au moins une personne sinon c'était refuser de participer à l'économie locale) s'appelait Pascal. C'était un homme discret, d'une efficacité stupéfiante, il donnait l'impression d'aller lentement mais effectuait tout très vite, j'imaginais presque un pouvoir magique lorsqu'il revenait de faire la lessive (à la main) tout propre tout bien et qu'il me semblait qu'il venait d'y aller. Moi très désemparée, ne sachant pas ne pas proposer d'aider, je ne sais pas avoir quelqu'un qui fait le travail à ma place fors qu'il soit de ma famille qu'on soit de la maisonnée. Un cuisinier hors pair.

Et voilà que lui était né, il s'était à peine absenté, était revenu quelques jours après avec un immense et bon sourire, un petit garçon. 

C'était un 1er novembre, ça sera son anniversaire demain.

Ses parents l'avaient appelé Toussaint. 

Toussaint doit avoir 28 ans si je compte bien. Puisque le coup d'état précédent en a 27 et qu'il me semble que sa naissance c'était l'année d'avant. Toussaint, s'il a grandi, si tout s'est passé bien pour lui est peut-être l'un des jeunes hommes que l'on voit sur ces images, et ses parents inquiets qu'il en soit.

Bon sang de bois.

  

(1) Adrien Bosc pour "Constellation"

PS : L'inscription sur le tee-shirt dit "DAD, you're my [mot illisible] I love you MAN" 

source photo : foreignpolicy.com (mais je n'ai pas su trouver le nom du photographe)


Incrédule

Je n'arrive pas à croire que j'en ai fini avec le léger souci de conséquences imprévues d'éventuels actes amoureux. Je n'arrive pas à croire que je n'aurais plus à dépenser d'argent tous les mois. J'ai retiré de mon sac les protections de précaution. Je n'arrive pas à croire que je n'en aurais plus besoin. Je n'arrive pas à croire que je n'aurais plus ces douleurs épisodiques qui, certes, étaient par chance tout à fait supportables mais quand même épuisaient.

Je n'arrive pas à croire que je ne dépends plus d'aucun approvisionnement chimique en ce moment. Quelque chose en moi craint qu'une maladie n'arrive, histoire que j'ai quand même à nouveau un truc à prendre.

Comme je me sens en forme, du moins le plus en forme possible à mon niveau, je reste frappée d'incrédulité quant à la perspective d'une période sans aucun tracas et durant laquelle pour autant je serai encore parfaitement opérationnelle.

Je me sens au maximum de mes possibilités avec plus rien pour entraver.

Je n'arrive pas à croire que ça puisse durer.

Je n'arrive pas à croire que j'ai (si bien) survécu.


"Je ne pensais pas du tout avoir ... cette chose ..."

Parfois, les prix tombent sur les bonnes personnes. Parfois les bonnes personnes sont précisément celles qui ne correspondent pas aux normes. Souvent les écrivains le sont parce que leur mode d'expression est l'écrit, absolument. Patrick Modiano en est l'exemple même.


Je suis d'autant plus touchée que je fus comme lui (pour ce qui est de bafouiller, hélas pas tant d'écrire). Puis j'ai participé au comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun où je me suis trouvée à répondre souvent en tant que non-journaliste non-amie directe de l'otage. Il fallait faire très attention à ce qu'on disait car les ravisseurs pouvaient en prendre ombrage. Cet étrange stage de formation m'a rendue à l'aise avec la prise de parole car plus rien de ce sur quoi je pourrais être sollicitée n'a autant d'enjeu (1). Et c'est tellement jouissif d'être facile sur un exercice qui nous était avant difficile à surmonter que j'aimerais désormais animer une émission de radio ou une rubrique d'une émission, afin de parler des livres ou de cinéma.

Je peux dire aussi que ce n'est pas parce qu'on s'exprime à voix haute de façon embrouillée et confuse que les pensées le sont. Ça coince seulement au moment de leur expression. C'est comme si les mots devaient passer par une sorte d'entonnoir. L'effort pour verbaliser pompe trop d'énergie ou de disponibilité neuronale (appelons ça comme ça) ce qui fait qu'il ne reste dans l'instant plus rien pour travailler à la cohérence et à la clarté. Ce prix me fait plaisir comme tout. Il va à quelqu'un qui ne courait pas après. Quelqu'un de discret. Mais qui a produit une œuvre. (et qui par dessus le marché a donc un petit-fils suédois ... ;-) )

 

(1) Du moins je l'espère.

 

PS : Le billet correspondant de François Morel est finalement un ton en dessous du vrai. C'est d'autant plus touchant et drôle.

PS' : En l'écoutant lui peut-être comprendrez-vous pourquoi je ne suis pas capable d'écrire sans mettre sans arrêt des notes de bas de page. C'est la pensée qui ouvre des parenthèses sans arrêt.


Patois (et l'irruption d'un sombre souvenir d'accident voyageur)


Malgré les efforts insupportables du crooner d'hier qui nous a seriné à longueur d'après-midi de vieux tubes bien pourris en les modulant avec un vibrato de super-marché, le juke-box fou que j'ai dans ma tête m'avait ce matin pourvu d'une chanson ancienne que je tenais de ma mère et dont le refrain comporte ces vers : 

Et pourtant je regrette tant, je regrette en secret
La gentille maisonnette que mon père habitait.

J'en ai vite retrouvé une version sur l'internet et capté via un forum qu'il s'agissait d'une chanson-tiroir dans laquelle chacun pouvait glisser les paroles qu'il voulait. Et puis je suis arrivée sur un blog qui me parle de ma Normandie (c'est assez logique étant donné que la chanson me vient de ma mère) et de questions que je me pose aussi quant à ce qui est en patois et ce qui ne l'est pas. Parfois ma mère elle-même ne le savait pas. 

Au passage je lis un billet qui me parle comme on disait. Il y avait ce truc dans ma famille aussi, que les ennuis de santé devaient se taire. Je n'ai jamais compris pourquoi. Il ne s'agit pas de se plaindre, non, mais au moins de prévenir l'entourage, les collègues, les amis que si une personne est absente ou amoindrie ce n'est pas sans raisons. Pourquoi reste-t-il comme un vieux fond de honte avec la maladie ?

En plus que ça n'est pas rendre service aux autres. Par exemple j'ai longtemps ignoré que j'étais porteuse d'une anémie. Je me faisais engueuler par ceux qui auraient dû me prévenir, parce que je ne m'étais pas assez couverte (?!) et que j'étais encore enrhumée. Je sais aussi que lorsque j'avais une douzaine d'années mon père a été opéré de quelque chose au ventre. L'omerta fut parfaite : je n'ai pas su de quoi. Là où je travaillais un suicide aurait pu être probablement évité si l'on nous avait avertis que ce nouveau responsable venu d'un poste de haut niveau qu'il tenait en Italie était en dépression. Un suicide d'un ancien du service, celui-là mûrement réfléchi avec toute une stratégie : quelqu'un qui souhaitait vivre à fond et choisir son heure, avait eu lieu quelques jours auparavant. Au cours d'un déjeuner auquel j'ai eu la chance de ne pas participer, l'homme récemment arrivé s'est enqui de l'affaire, des détails, du procédé. Il a sans doute mesuré que la communauté de travail gardait estime au disparu et le pleurait. Lui-même n'en pouvait plus mais on l'ignorait. Après avoir quitté les collègues à ce moment d'après la cantine lorsque les liseurs passent à la bibli, les fumeurs au bureau de tabac, les mères de familles grapiller quelques minutes de soirée disponible en allant faire quelques courses au proche Monoprix, il était allé se jeter sous le RER A (1).

Alors voilà il ne s'agit pas de geindre ni d'en faire tout un plat, mais dire les choses avec les mots précis c'est ce qu'on peut faire de moins mal ou de mieux. De toutes façons tenter de taire c'est ouvrir la porte à toutes sortes de commérages, rumeurs et autres ragots. Il vaut mieux le dire quand quelque chose ne va pas. 

 

(1) Je crois bien que je revenais de quelque part, peut-être du métro Sentier près duquel était installée la discothèque (là où l'on empruntait des CD, pas une boîte de nuit) et que remontant ligne 3 vers Opéra j'avais entendu l'annonce de "l'accident voyageur" qui interrompait la ligne A. Combien il était étrange et douloureux de constater que l'inconnu accidenté n'en était pas un, en fait.