Chroniques du confinement jour 65 : On avance, on avance, on avance (air connu) malgré tout

Déconfinement officiel 1 jour 10

 

    Il faut le reconnaître, j'ai eu la tête à l'envers toute la journée ; une tristesse qui ne m'a pas lâchée et que j'essayais de contenir en me disant que la principale intéressée par la terrible nouvelle tombée la veille au soir, détesterait que l'on pleure ou que l'on s'apitoie. 

Alors je me suis secouée, et j'ai un peu secoué mon cher co-confiné qui était plutôt en mode petit-pépère qui voulait tout faire plus tard. Ce qui a donné :

un morning run (barrière 5, 7km800 environ à 7mn26 / km)
Nous continuons à ajouter une barrière à chaque fois et j'étalonne. Ce qui donne : 
- barrière 2, 5 km
- barrière 3, maison rose, 6 km
- barrière 4, niveau du rond point vers Saint Germain, 7 km
- barrière 5, maison sur le côté gauche en allant vers Lessay, habitée et entretenue,  7 km 800

les abdos - squats - pompes (38 - 28 - 18) pour le défi du club
Je me pose la question de si je continuerai ou non après le 6 juin

douche, petit-déjeuner, charger les déchets de débroussaillages dans le sac ad hoc puis aller en voiture à la déchetterie
personne ou presque pas d'attente et nous une efficacité d'habitués ; j'avais en plus des broussaille une vieille wassingue en décomposition (je suppose que le voisin voleur l'avait laissée tomber en filant) et un grand morceau de verre, datant lui aussi de ses exactions. 

de là, directement, aller à la Biscuiterie du Cotentin (Sortoville en Beaumont) en passant par Saint Sauveur le Vicomte et Bricquebec. 
La biscuiterie je tenais à y retourner sans tarder car nous avons un cadeau de remerciements à faire, en plus de vouloir soutenir ce commerce dont nous apprécions les produits. Nous appréhendions trop de monde, mais à part deux dames qui partaient, non sans s'être copieusement photographiées devant le décors, alors que nous arrivions, il n'y avait personne. Ça fait un peu peur pour l'avenir. La route entre Bricquebec et Carteret était en lourds travaux avec circulation alternée. Était-ce la raison de la désaffection des locaux ? Ou la peur de l'épidémie ? (je n'y crois pas trop, cf. l'affluence du Aldi ou la veille du magasin de bricolage).
À Bricquebec, JF voulait absolument se promener alors nous avons fait un petit tour à pied, voiture posée sur le grand parking près du château. Ce qui nous a permis de découvrir une splendide allée plantée d'arbres, là où ce trouve avant un stade, le cinéma (fermé, pour l'heure). Là non plus, personne. Juste un gars qui promenait nonchalamment son chien, un de ces chiens qui ont une gueule de boxers et qui sont très à la mode - pour une raison qui m'échappe totalement -. Au fond ce n'était pas une mauvaise idée de s'accorder un instant "comme si on était en vacances" dans cette journée.
Nous n'en aurons probablement pas cet été.

retour de ces courses alimentaires par Carteret (quelques pas sur la plage marée basse, très dégagée) et Portbail as usual
Le genre de petits plaisirs que nous avons ici et dont nous ne nous lassons pas. 
Un peu de monde mais la plage est si vaste à marée basse que ça ne posait aucun problème de risque de contamination.

déjeuner et sieste tardive avec un peu de lecture de The Beatles Tune In. 
Ce livre a décidément pour moi une force d'évasion peu commune. 

séance de Tabata avec Romain Pourrat and his family.
Sans doute que cette belle expérience touche à sa fin, des séances auront lieu en plein air il faudra une présence effective et nous ne serons pas là ou nous aurons repris le boulot.

dîner, petite promenade post-prandiale vespérale dans le quartier
Nous avons exploré la zone pavillonnaire de la sortie/entrée de ville, j'entends par là la partie entre la maison et la zone d'activité. Elle est truffée d'impasses qui s'appellent "rues" et un ancien grand terrain est en passe de virer lotissement. De beaux grands arbres ont été abattus, c'est une peine. JF a croisé un collègue de pétanque qui était dans son jardin et content de faire, à bonne distance, un brin de causette. J'aime bien qu'on se parle de loin, si ça pouvait durer même après l'épidémie, l'habitude de moins se coller, ça serait chouette.

douche encore mais nécessaire, après le Tabata et la marche. Et de toutes façons, brève.
Puis c'était enfin le temps de lire (mes messages reçus) et d'écrire (quelques réponses ou ici-même et quelques petits rattrapages de retard).

J'ai reçu quelques mots qui m'ont bien fait plaisir dont l'un d'un futur employeur potentiel mais les circonstances nous auront éloignés, il n'empêche je suis contente que nous nous soyons rencontrés. Et un SP sous forme de .pdf qui me fait bien plaisir, les ami·e·s ont pensé à moi, malgré ma délocalisation et mon absence de travail en librairie depuis, l'air de rien, plusieurs mois.

Pas eu le temps de lire le Canard enchaîné (que j'ai d'ailleurs eu du mal, une fois n'est pas coutume, en ligne à acheter).
Pas non plus pu participer à une réunion en ligne sur d'éventuels travaux à la radio - en plus que n'ayant pas tout suivi, je n'avais pas d'avis précis -.
Très peu suivi les infos même si j'ai scrupuleusement tenu mon habituel LT des infos d'Italie, passé à la trappe la veille

Le contraste entre le déroulé de cette journée (sports, du travail pour la maison, de l'écriture et des moments de balades, quite a perfect day ; sous un soleil radieux) et mon état d'esprit (une immense tristesse par amitié) est saisissant.
La vie, parfois, nous mène ainsi.

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE

5 082 023 cas (dont : 329 230 morts (dont 94 933 morts aux USA) et 2 020 071 guéris) 

 

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Chroniques du confinement jour 55 : soir de tempête (le jour ça allait)

 

   Jour de sport avec un semi-long legal morning run le matin (59'29'' ! 8 km pour moi, 10 pour JF qui fit encore plus l'essuie glace que moi), le passages des abdos - squats - pompes à 37 - 27 et 17 et une séance de Tabata axée sur les challenges, ce qui était assez rude (je ne suis pas parvenue à en tenir jusqu'au bout plus de 2/4 essentiellement question de rythme lorsque les secondes de récupération des exercices de Tabata n'y sont plus). 

C'était bien.

JF s'était levé de mauvaise humeur mais s'est efforcé qu'elle ne retombe pas trop sur moi. Il sacrait pour un oui pour un non. Tracas dentaires, probablement.

Nous sommes allés livrer son pain à mon Oncle François qui était à court du fait du 8 mai férié qui avait bousculé ses rythmes d'approvisionnement par des tiers. Nous nous sommes efforcés de rester à distance (j'avais mis des gants pour le pain et un tour  de cou à défaut de masque) mais avons pu un peu parler, lui était presque guilleret : tant qu'il va bien, la vie durant #LeConfinement ne changeait pour lui pas grand chose. Et puis, il en a vu d'autres, au cours de sa longue vie. Ça faisait du bien de le voir en forme et de lui parler. 

Le temps s'est gâté au cours de la journée ; le sachant, j'avais surtout prévu de lire ("The Beatles tune in"), ce que j'ai fait avec bonheur. C'est fichtrement bien écrit et le temps que je suis dans le Liverpool des années des futurs-Beatles enfants, j'oublie le dur maintenant et ses dangers viraux. Ces dangers anti-démocratiques aussi, y compris en France. J'ai particulièrement bien dormi pendant la sieste. Les 8 km du matin n'y étaient pas pour rien.
JF poursuivait sa plongée dans l'univers d'Agatha Christie, avec une délectation qui ne faiblit pas.

Il a bossé pour son club de pétanque et s'est désolé du fait qu'à La Haye du Puits ils ne ré-ouvrent pas. Problème du nombre d'adhérents / superficie du club. Et sans doute qu'ici les gens sont davantage soucieux de leur santé qu'en grande ville où à un moment donné on peut être tentés par une attitude de type "foutus pour foutus".

Le Fiston est bien arrivé sur son lieu de suite de confinement, enfin réuni avec son amoureuse. J'ai bien aimé qu'en Italie ils aient précisé au moment du déconfinement, vous pouvez désormais vous regrouper en famille "ou avec toute personne avec laquelle vous avez une relation stable".

Violente tempête de vent le soir tandis qu'à Paris et en Île de France, une odeur généralisée de souffre semblait gêner les gens. Il semblerait qu'elle vînt des égouts après les très fortes pluies de la veille. J'en ai profité pour répondre à quelques mails dont un qui m'a fait bien plaisir et un autre qui m'a appris qu'un ami avait été malade (ainsi que son épouse) mais n'en avait rien dit. Plusieurs de mes ami·e·s ont procédé ainsi, ils n'ont pas dit qu'ils allaient mal, se sont faits discrets et puis un bon moment plus tard sont venus expliquer pourquoi ils avaient été un peu plus en retrait que simplement confinés. 

Je n'ai pas regardé les infos italiennes car le vents soufflait si fort que ça m'a paru être trop d'efforts. Les suivre est moins important qu'au début, à présent les différents pays en sont aux affres du déconfinement alors que l'épidémie n'est pas achevée ni le vaccin trouvé. 

Un des blogs que je suis (Prof en scène) m'a entraînée par , je ne connaissais pas Kari Rueslatten et j'aime beaucoup. J'ai aimé aussi particulièrement son billet de samedi. Ce qu'il dit de la voix des élèves.

Dr Caso évoque la fatigue particulière des réunions en ligne, qu'elles soient professionnelles, amicales ou familiales et parle d'un épisode d'une série qui préfigure le monde d'Après (hélas disponible seulement sur CBS et donc pas en France même en payant je crois).

Beau billet chez Pep. Je crois que l'on est un paquet à ne pas avoir trop hâte d'être déconfiné·e·s. 
Alice évoque les hyper ou super-marchés silencieux et sans foule et combien c'est finalement mieux.

La nouvelle video de Fabio Wibmer montre ses limites en même temps qu'il y a comme toujours quelques trouvailles et que quand même il faut le faire. Je n'aime pas le rôle qu'il y fait jouer aux deux seules femmes. Même si c'est censé être de l'humour, il y a non loin de là un petit fond de beauferie. Je pense qu'à un moment quand on gagne ainsi sa vie mais qu'on devient obligé de continuer par contrat à jouer les casse-cous, on finit par en avoir plus qu'assez. 
En même temps ne faisant précisément pas partie des casse-cous, même si j'aime repousser mes limites - mais pas avec des risques vertigineux, seulement avec du risque d'épuisement -, peut-être que justement je n'en sais rien de comment ça fonctionne dans leur tête. Il se pourrait qu'ils ne se sentent vivants que lors de la mise en œuvre d'un défi.

En allant courir le matin j'ai repéré un peu avant la maison de la garde-barrière 36, un petit oiseau tête noire ailes jaunes dont j'ignore le nom et ne connais pas la voix - il fut silencieux tout le temps qu'il virevolta non loin de moi -. Ce n'était pas un moineau friquet que je sais à présent repérer. J'ai oublié ensuite de rechercher. 

 

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Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
4 176 540 cas (dont : 283 660 morts (80,739 morts aux USA) et 1 487 454 guéris) 


Chroniques du confinement jour 51 : des retrouvailles à distance et ma foi, ce qui ressemblait fort à une journée de boulot.


    À présent le sport des journées sports passe sans besoin de longues récupérations, même si une petite sieste s'est intercalée ce matin après le short legal morning run (very short puisque JF poursuivait sa formation à partir de 8h30 ; dès lors je n'ai pas fait de séance). Et les séances de Tabata ne semblent plus aussi éprouvantes. Je parviens même à faire correctement le mouvement des burpees (jusqu'à présent la "descente" me posait un problème). Dommage que l'on sente de partout la fin du confinement, sans pour autant pouvoir reprendre les activités telles que la natation, sinon je commençais à améliorer sur certains points ma conditions physiques. 
(grand merci à Romain Pourrat, soit dit en passant). 

Un des indices du fait que le confinement me fait du bien se cache dans un groupe que nous tenons de notre club et dans lequel un défi abdos - squats - pompes a été lancé par l'un de nos coachs. Au début j'étais la 10 ou 11 ème du jour à m'inscrire comme ayant accompli ma série quotidienne. Puis j'était vers les 5 ème à 7ème. À Présent je suis souvent la 2ème ou 3ème. Bien sûr nombre d'entre nous font plutôt leur gymnastique à un autre moment de la journée que le matin de bonne heure. Et depuis cette semaine beaucoup ont repris le travail en s'y déplaçant. Il n'empêche que je me réveille naturellement plus tôt qu'au début du confinement, la fatigue nait de mes activités de chaque jour, je ne traîne pas des semelles de plombs d'un déficit que chaque jour creuse. 

Carl Vanwelde s'interroge Quand donc finira ce cauchemar ? ll parle de l'épidémie plutôt que du confinement, je pense. Seulement je me rends compte que tant que nous ne sommes pas malades ni nos proches ni nos enfants, je ne vis pas cette période comme un cauchemar. Je ne sais pas la vivre comme un grand bonheur car je sais les souffrances des uns et des autres, j'ai des ami·e·s qui ont perdu qui un proche qui un parent, et je suis les témoignages de soignants, et je vois bien ce qu'on nous concocte politiquement et les lendemains qui sous couvert de crise induite par l'épidémie seront d'encore plus de manque de respect de qui travaille et d'encore plus d'exploitation. 
Seulement le fait est que je ressens le confinement d'une part comme enfin de la liberté : celle de disposer de mon temps, même si c'est à l'intérieur d'un lieu géographique fort limité ; et d'autre part comme d'une protection, d'un abri, et pas uniquement contre le virus mais contre les conditions de vie devenues de plus en plus coupantes au fil des ans, en particulier dans le monde du travail. On s'arrange de nos jours pour écœurer même les gens de bonne volonté, en les pressurant jusqu'à ce qu'ils n'en puissent plus et en leur reprochant perpétuellement de nouvelles imperfections. Dans le même temps les dirigeants n'auront jamais été globalement (oui, je sais not all ...) aussi incompétents. Et arrogants, tant qu'à faire. 

J'ai presque envie d'écrire comme le faisait Couac hier

"Vraiment, tant qu'on ne nous proposera pas un truc qui fait rêver [...], je ne remettrais pas les pieds dans la vie habituelle. Inutile d'insister."

Et puis je suis heureuse d'avoir enfin un conjoint digne de ce nom, quelqu'un avec qui je partage effectivement ma vie quotidienne. Nous avons fêté aujourd'hui nos 31 ans de mariage et Le Confinement est la première période durant laquelle nous sommes vraiment ensemble : soit le travail nous happe, et autrefois nous occuper des enfants, soit je suis une veuve de la pétanque, soit nous avons été ensemble mais dans des périodes de lourdes inquiétudes (maladies des parents, période de crise de la maladie de notre fille). Or être ensemble sous l'emprise d'une forte inquiétude, ça n'est pas tout à fait comme l'être, c'est surtout être sous son emprise à elle et se serrer les coudes pour faire avec. Alors ces bientôt deux mois ensemble vraiment ensemble, sans monsieur qui se barre sans arrêt, c'était une grande nouveauté. Je savais qu'on s'entendait bien sur nos temps résiduels, je sais désormais que nous nous entendons bien sur nos temps de pleine activité.
Cela dit, je suis sans illusion, sa sacro-sainte pétanque et ses camarades de jeux lui manquent bien davantage que moi la natation (qui me manque pourtant fort). À peine seront-nous rentrés qu'il disparaîtra à nouveau. On est toujours le pis-aller d'une autre ou d'une autre activité. 
Et je serai pour ma part happée par mon nouveau boulot. Que j'ai une jolie hâte de découvrir, et de nouveaux collègues, de nouvelles compétences, une nouvelle entreprise, mais pas sa conséquence qui sera qu'à nouveau comme presque toujours, je rentrerai le soir pour me préparer pour le lendemain, faire à peine deux ou trois bricoles, et dormir et que seuls les week-ends seront miens.

En attendant, j'en profite, même si mes journées sont bien occupées - avec la bonne forme physique, il y a un vrai rythme désormais, et au vu de la désinvolture de nos dirigeants, qui s'en foutent si meurent les gens, ils veulent seulement ne pas perdre leur pouvoir, ne pas être mis en cause pour ce qu'ils auront fait qu'il n'aurait pas fallu et pas fait qu'ils auraient dû (ce qui nous sauvent car ils sont au moins contraints de sauver les apparences, et du coup pour partie nos vies), et s'efforcer que des profits même amoindris puissent continuer d'enrichir ceux qui ont financé leur accession aux postes de pilotages de l'État, j'ai moins de scrupules à détacher ma pensée du sort dramatique général pour la concentrer sur mes apprentissages et travaux. 

J'ai donc été efficace dans mon travail du jour pour le comité de lecture dont je fais partie ces temps-ci. Même si une partie de l'efficacité eu lieu dans la chaise longue au soleil (frais) au jardin, puisque l'Homme causait à l'intérieur avec trois autres personnes dans le cadre de sa formation (dont il a finalement été très content, j'ai beau le connaître, je m'étais encore laissée piéger par sa drama-queen attitude), et que la pièce est unique. C'était une efficacité aux fausses allures vacancières.

Et efficace aussi à creuser quelques pistes de documentation, un rêve dans lequel un couple menait une vie minimaliste et régulière à la Jeanne Dielman (son gagne-pain particulier en moins) m'ayant mené à des articles concernant Chantal Akerman dont celui-ci (Libé, Luc Chessel) et celui-là (sur cinergie.be) qui m'a fait prendre conscience d'une de mes angoisses spéciales confinement ou plutôt épidémie de Covid-19 : la peur d'apprendre "de l'extérieur" par les médias pour par une personne venant m'interroger dans le cadre de son métier, le décès d'un·e ex-proche ou de quelqu'un avec qui j'ai un lien juste un cran pas assez intime pour que je fasse partie des personnes directement averties. Et ensuite puisque les cérémonie funéraires sont réduites au strict minimum, ne pas même pouvoir borner la violence du chagrin par la participation à un moment collectif de recueillement.  

La messagerie regorge de messages de reprises : nous allons ouvrir, il faudra faire comme ci ou comme ça. Fort beau message de la librairie Ptyx, soit dit en passant.

La soirée aura été égaillée par un Paris-Carnet confiné, mené sur Zoom par Otir qui interrompait pour nous (il devait être 15h aux USA) sa journée de travail. C'était bien de se revoir même si ça n'est que comme ça. Ma connexion fragile a étonnamment bien fonctionné. Et MGZALLP qui marchait nous aura fait voir l'Arc de Triomphe et ce Paris vidouille qui bientôt disparaîtra [au profit du Paris à foules].

LT vespéral des TG italiens, on en est au stade où l'on pense "Ça suit son cours" d'une situation qui compte dans les 300 morts / jours ; et d'un début de déconfinement, qui semble certes se passer plutôt bien (si l'on en croit la Rai News 24), mais bourré d'incertitudes, même si moins hasardeux qu'en France.

J'ai appris au passage que Florian Schneider, l'un des fondateurs de Kraftwerk venait de mourir, à 73 ans (mais plutôt d'un cancer, si j'ai bien suivi).

 

PS : Je le note ici car c'est peut-être symptomatique de la période : JF a reçu sa paie d'avril seulement aujourd'hui, légèrement amoindrie du fait du chômage partiel (rien de dramatique). 
Et là je le note pour moi en tant que pense-bête : j'en ai profité pour régler les frais de copropriété. Dont une part d'appels de fonds pour des travaux de ravalement de la cage d'escalier. Quand auront-ils lieu, alors qu'ils auraient dû sans l'épidémie déjà être en cours ?
En Normandie passés les quinze premiers jours si calmes, quasi désert sauf pour les courses, les camionnettes d'entrepreneurs locaux de travaux avaient déjà repris leur circulation. 

PS' : J'ai acheté le Canard Enchaîné en ligne comme pratiquement depuis le début du confinement, seulement j'ai été si occupée que je n'ai pas eu le temps de le lire. Du tout. 


 

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Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
3 802 230 cas (dont : 263 091 morts (73 797 morts aux USA) et 1 285 716 guéris) 


Chroniques du confinement jour 46 : Finalement je n'ai pas rien fait (1er mai)


    Je m'étais dit, c'est le 1er mai, j'ai un grand mois devant moi pour mener mes propres petits chantiers, alors aujourd'hui je ne fais rien, juste regarder ci ou ça, flâner sur l'internet - ça tombe bien, début de mois, je redémarre à zéro, niveau giga-octets consommés -, lire, regarder les nuages, écouter les oiseaux.

Bon, au bout du compte, d'accord, je n'ai pas fait de sport. Ni d'entretien du jardin.
Et j'ai fait une splendide sieste. Se réveiller en forme pour la suite de la journée est pour moi, fatiguée, quelque chose de divin.

Mais je n'ai pas pu m'empêcher de regarder, grâce à Anne Savelli, un documentaire magnifique "Delphine et Carole, les insoumuses", lire, trier des photos, et finalement, poursuivre le nettoyage - tri - rangement de l'abri de jardin, entrepris depuis le début du confinement. 
J'ai découvert une ponçeuse d'angles, et des achats encore sous blisters pour l'installation d'une tringle à rideaux (mais pas les barres elles-mêmes). C'était une douce émotion de redécouvrir les étiquetages patients et soignés que mon père effectuait. Au moins, à défaut de connaître leur usage, je sais le nom de certaines pièces qui m'ont été léguées.

C'est finalement fort tard que je me suis accordée un temps récréatif, grâce ou à cause de Pois chiche des confins qui aura posé cette simple question

Capture d’écran 2020-05-02 à 01.34.42

et ça a rebondi de partout pour finir comme ceci : 

Capture d’écran 2020-05-02 à 01.36.30

À part ça, le temps était frais, la journée venteuse sans toutefois aller jusqu'au niveau tempête. Et le temps délicieusement variable, typique normand.

Je n'ai pas suivi les informations ou seulement de loin via Twitter et ça faisait du bien. Nous sommes partis pour bien longtemps de devoir co-habiter avec cette épidémie en tentant de n'y pas succomber ; alors il convient d'apprendre à se ménager des temps pour relâcher la pression. Devenir capable, au moins lorsque l'on est à l'abri fragile du domicile, de ne pas y penser, pendant un petit moment. 

Ainsi un doux échange avec Le Fiston concernant le 1er mai 2009 que nous passâmes ensemble à Arras - j'avais retrouvé les photos en recherchant mes photos de 1er mai de différentes années - et dont il ne se souvenait guère, alors je lui ai raconté des petits bouts, m'aura fait un bien fou, tout en le distrayant.

 

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3 394 195 cas (dont : 239 284 morts (65 651 aux USA) et 1 079 283 guéris) 


Chroniques du confinement jour 40 : le temps des deuils anciens, ici celui du printemps

 

    Journée sans sport et dès lors je pouvais sans risquer l'épuisement m'échiner pour le jardin (non, temps plutôt pluvieux, très frais) ou la maison (oui, le courage et la réflexion avaient atteint leur maturation). 

J'ai donc saisi la perceuse, rassemblé les accessoires de la bonne taille (merci Papa qui m'a tant légué, tout y est ou presque, ne manque que ce que le voisin voleur s'était autorisé à prélever) et commencer à remettre en place certains éléments : le porte-manteau (où diable est passé le second ?), un clou pour les clefs, le portrait d'Ernestine Lemercier, mon arrière grand-mère maternelle², le dessin du château de Gratot. Au passage j'ai trié l'une des caisses à outils (1) et nettoyé une partie de l'établi canal historique sur lequel vers le fond quelque chose (laine de verre ?) s'était décomposé. Et trouvé un pot de peinture qui sera parfait pour la petite fenêtre de l'étage, ainsi que de quoi la raboter avant de peindre (2). 

L'option d'attaquer ce qui est devant être fait dès après le petit-déjeuner pour laisser à l'heure de début de sieste les écritures quotidiennes matinales est assez efficace. La matinée n'avait pas semblé disparaître dans le rien puisqu'il en restait des traces très concrètes, appelées à durer. Supériorité indéniable du bricolage sur le ménage.

Je n'ai pas souhaité m'attaquer dès à présent au lourd miroir, ni non plus à la tapisserie. Je dois d'abord voir s'il n'y a pas de meilleurs accessoires d'accrochage disponibles dans la cabane à outils et affiner ma technique, pour le moment rudimentaire (en particulier lorsque deux trous sont à percer en vue d'une accroche droite de quelque chose d'assez grand (c'est pas gagné, malgré deux niveaux à bulles de bonne volonté))

La sieste est de lecture avec des temps de sommeil, c'est absolument parfait pour aborder ensuite en bonne forme la soirée, comme s'il s'agissait d'une seconde journée dans laquelle il ne resterait à accomplir que ce qui ne relève pas des petites corvées. Il faudrait pouvoir vivre ainsi : lever tôt, du sport puis tout ce qui est devant être fait (par exemple aller bosser pour gagner sa vie), puis déjeuner, faire la sieste et au réveil, être libre de ses activités (entraînements sportifs, projets personnels (écriture, photographie, musique, radio), ou temps culturels ou juste retrouver la famille, les ami·e·s). Hélas il faut une pandémie avec un nombre effarant de victime pour qu'en étant une personne du peuple on ait droit à cette vie-là (moins la part récréative, les spectacles, les entraînements collectifs, les retrouvailles).

"Feu de tout bois" est un ouvrage précieux à lire pour qui écrit. En ce moment je me contente de tenir ce blog, la situation générale actuelle me semble trop violente pour laisser place mentale à une fiction, il n'empêche, j'écris. Je sais que c'est ce que je dois faire et j'expérimente grâce au confinement la vie qu'il me faudrait pour ce faire et à quel point elle me convient, même si je ne saurais vivre uniquement de cette façon-là : l'amitié est trop importante pour moi, la famille, les pratiques sportives collectives, les liens, les apports culturels. J'y ajouterais les voyages si ma vie s'y prêtait. Je n'ai pas besoin d'un rôle social marqué, seulement d'argent pour subvenir à mes besoins dans ce monde tel qu'il est. Le problème c'est que le temps presse et que la retraite a foutu le camp à trop d'âge. Comment faire ?

Prise de conscience joyeuse que le confinement m'a permis de retrouver des compétences que le temps avait gommées : les plantes me reviennent un peu, et j'apprends, ainsi que les chants d'oiseaux. Je me régale décidément avec Birdup qui s'utilise comme un Shazam des oiseaux et un google translate : ça donne des indications qu'il convient d'affiner ensuite.

Les vaches sont curieuses et possèdent leur intelligence - je n'en doutais pas, cf "Le Parc" que j'écrivais oralement quand j'étais enfant -. Alors que je faisait du nettoyage dans la cabane à outils, j'ai entendu une voix d'homme les héler qui venait du vieux bâtiment devant lequel nous passons en allant vers la voie verte. L'une d'elle a dressé la tête et les oreilles et s'est mise en branle, peu après suivie de ses camarades, il s'agissait probablement de manger ou d'une traite (3), mais il était clair qu'elles avaient pigé qu'on les demandait.

J'ai beaucoup de chance, tant que nous ne tombons pas malades, d'avoir un confinement qui ne ressemble pas à du thé blanc

Au soir, je m'aperçois que le petit carton que je croyais contenant les animaux miniatures du Parc, justement, contenait en fait un mode d'emploi manuscrit par mon père de mon enregistreur à cassettes audio, et quelques cassettes. Un vieux transistor. 
C'est amusant d'être confinées avec des bribes éparses d'un déménagement correspondant à l'enfance et à des affaires ayant appartenues à ses parents. 

Je suis volontairement, et parce que j'étais occupée, restée à l'écart des informations. Quelque chose en moi considérait que le week-end on avait le droit de débrancher, surtout dans la mesure où sauf preuve du contraire, nous sommes censés rester sagement confinés. 

Autrefois 40 jours était la durée considérée comme convenable aux deuils. 40 jours que nous sommes confinés et pour la première fois de ma vie, trop active, quarante jours que j'ai pu l'un après l'autre apprécier, mesurer, voir se dérouler (5). Je me dis qu'il y avait une sagesse correspondant à ce délai : j'étais fatiguée en arrivant au confinement, ayant eu la chance de ne pas tomber malade, je suis en forme à présent. Quarante jours est le bon délai pour que le corps reprenne des forces et que l'esprit se fasse à une nouvelle situation dans l'idée qu'elle puisse durer. 

Par curiosité et aussi parce qu'il me semble qu'ici les gens passé les quinze premiers jours (en gros la même durée que notre quarantaine) se sont mis à retourner bosser, j'ai regardé des offres d'emplois régionales. Et effectivement des entreprises recrutent, là maintenant. Pour la première fois dans une annonce j'ai lu ces mots "Les mesures de protection sanitaire liées au COVID-19 sont mises en application au sein de cette exploitation".

Cela faisait un mois (en même jour de la semaine) qu'un homme s'est tué en voiture à 100 m de chez nous, passant en trombe et fonçant droit dans le mur. J'y ai pensé tout au long de la journée. Pas trouvé d'autres articles que les entrefilets qui relataient brièvement l'accident. On ne saura donc ni qui il était, ni s'il y a eu la moindre explication. C'est quelque chose qui reste dans un coin de la tête - ça ne resterait pas tant si par exemple il s'était agi d'un accident de circulation entre plusieurs véhicules au carrefour voisin, le truc terrible mais qui peut s'expliquer (un refus de priorité, une mauvaise évaluation de ce que l'autre allait faire) -. Il y a aussi ce lampadaire plié qui marque désormais l'emplacement. Le verrons-nous remplacé avant la fin du confinement ? Et le fait que le mur, lui, n'a pas une égratignure, ce qui étant donné la violence de l'impact, dont le son inidentifiable sur le moment me reste présent -, surprend. 
Cela dit, en cherchant des informations, je suis tombée sur cet article, intéressant, qui parle de l'organisation face au Covid-19 du Pôle de Santé local. 

 

En Italie, début d'assouplissement sur les sorties, qui est à la mer ou à la montagne peut désormais s'y promener mais en restant raisonnablement à proximité du domicile et en respectant la distanciation sociale. Le président Mattarella est allé seul honorer les résistants (25 avril jour anniversaire), arrivant avec le masque, et dans un grand espace vide. Images que l'on avait auparavant vues plutôt concernant le Papa Francesco. 

Une petite fille de 5 mois est morte aux USA, il y avait une image du bébé alors sous respirateur, son regard était terrible et inoubliable. Son père est pompier à New-York on peut supposer que c'est par son travail qu'il a été en contact avec le virus qui aura contaminé l'enfant (mais peut-être que non).  

J'ai LT comme d'habitude mais avec le sentiment que les informations désormais n'étaient plus aussi primordiales : en Italie comme ailleurs on s'apprête à déconfiner parce qu'on ne peut rester confinés, que les gens doivent manger, et pour cela bosser et que l'argent public ne peut à lui seul maintenir le pays à flots. Aussi parce que les gens n'en peuvent plus de rester enfermés, que pour beaucoup d'entre eux, un seuil de type, Je m'en fous de tomber malade je veux sortir est atteint. 
La deuxième vague de contaminations sera terrible sauf si la chaleur rend le virus moins actif ou les organismes mieux résistants. 

Je pense à la phrase de conclusion du billet de Couac aujourd'hui : Comment on va faire pour reprendre la vie où on l'avait laissée ? 

(1) pour mémoire celle en métal, gris clair. Essentiellement des accessoires de perceuse. 
(2) Le seul truc c'est qu'il ne sera peut-être pas judicieux de le faire pendant le confinement, car comment échapper aux odeurs de peinture fraîche ? 
(3) J'en doute, leur pis ne me semblent pas gonflés. Mais qu'est-ce que (pour l'instant (4)) j'y connais ?
(4) J'espère bien faire quelques progrès.
(5) En temps normal je fonctionne, mais avec pour seul objectif de tenir jusqu'au soir et les journées de trop de travail tombent dans un entonnoir de mémoire, sans que j'y aie participé totalement ; l'esprit seulement concentré sur les choses à faire et que le corps tienne bon.  

 

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 910 918 cas (dont : 202 865 morts (54 049 aux USA) et 832 550 guéris) 


Chroniques du confinement jour 37 : On peut être très actives à ne sembler rien faire


    Je suis frappée d'à quel point vu de l'extérieur et du monde économique nous sommes considérés comme ne faisant rien en ce moment alors que nous sommes très actifs en réalité. Mais sur nos propres activités, effectivement non marchandes et pas rémunérées. 

Les journées sans sport du matin, que je crois toujours au bord d'être plus productives de ce point de vue, le sont en fait moins : moins de rythme, et plus de temps pour faire chaque chose des temps physiologiques (la toilette, le petit-déjeuner ...).

Je me régale de la lecture du blog de confinement d' @SandG . Je le lisais par extraits via son compte Insta mais en lecture calme (je n'ai vu le lien que ce matin) c'est encore mieux. J'apprécie infiniment son humour à toute épreuve.

Si le confinement se prolonge, les journées seront consacrées à écrire nos blogs de confinement et lire ceux des autres. 

Mon co-confiné fait les courses - il a vraiment fait des progrès, n'y va qu'une à deux fois par semaines et je veille à ne pas lui mettre la pression sur ce qu'il a manqué (ou acheté d'incongru, ça lui arrive parfois) - ; chez nous quelqu'un est en panne d'ordi de télétravail et savoure la pause obligée. L'entreprise fait les choses bien : un coursier viendra déposer le nouvel appareil. 

Il faudra se souvenir que certaines entreprises auront traité correctement leurs salariés : aménagements des façons de travailler, salaires maintenues, conditions de travail respectueuses des consignes de sécurité sanitaire. Dommage que ça ne semble pas être la majorité. 

La reprise des classes théorique au 11 mai se prépare dans le plus grand des bazars. Il aurait été si simple de faire comme en Italie (ou c'est bien un peu le bazar concernant le bac, mais tout le reste est renvoyé prudemment à la rentrée de septembre). Je crois que le gouvernement s'est laissé manœuvré par le monde de l'entreprise : l'éducation nationale comme système de garderie pour que l'on puisse plus facilement envoyer à nouveau les parents au travail. La cause des familles pauvres avait aussi été avancée, certains enfants n'ont pas de vrais repas durant ce confinement ; seulement à présent que ça discute ré-ouverture, il semblerait que dans la plupart des établissements, les cantines dont l'approvisionnement se fait ailleurs en fait (les repas n'étant en local que finalisés), ne seront pas remise en route aussi tôt. 

Je crois que je suis à l'aise dans le confinement parce que j'y suis prête depuis fin février, que je n'ai pas de soucis professionnels lourds en cours (pas de librairie qui serait en voie de déposer le bilan, par exemple ; pas d'emprunt que je ne pourrais rembourser), et mes lectures m'ont déjà fait vivre même si c'était par procuration de fiction, ces situations. Nous avons eu la chance de n'être pas malades ou peut-être si (des doutes solides, et notre fille l'a été) mais pas gravement. Dans nos deux familles respectives, la génération pour laquelle nous pourrions avoir peur est déjà quasiment intégralement disparue. Nos conditions matérielles sont simples mais rien ne manque (1). Alors c'est le moment où jamais de nous consacrer à ce qu'à l'ordinaire nous ne pouvons pas faire. Ainsi j'ai dégagé le jardin. Je remets en ordre de marche la petite maison. 
J'écoute les oiseaux et pour la première fois depuis des années nous avons pu assister à la poussée du printemps - c'est spectaculaire, vraiment -. Ça n'empêche pas une profonde tristesse pour la tragédie en train de se jouer. Et la conscience que les lendemains ne vont vraiment pas chanter. L'objectif dans l'immédiat est de ne pas faire partie des victimes de la seconde vague de contaminations qui au vu du bazar de déconfinement trop précoce qui se profile et que ça part dans tous les sens et que les gens sont trop impatients, ne manquera pas d'être redoutable. 

Encore une belle grande journée de lecture. Je suis captivée par "Feu de tout bois" que la vie normale, trop remplie, ne m'avait pas permis de le lire en entier, et surtout de lire avec attention et en prenant des notes - en particulier sur tout ce qui concerne l'écriture et qui me parle tant -. Ce qui est curieux c'est que je me sens happée comme si ce journal présentait un suspens. Il n'y en a aucun, je connais la personne qui l'a écrit je sais comment les choses se sont passées et j'ai des nouvelles plus récentes. Mais le journal, ce journal, possède une forme de tension narrative qualitative. Je ne parviens qu'avec difficultés à le reposer, allez, encore une entrée, allez, je lis jusqu'au déménagement, allez, je lis jusqu'à la fin de l'année en cours. Je savoure de pouvoir, après tout, m'autoriser à le faire. Je crois que le dosage de moments de vie confinée, de voyages auxquels personnellement je sais qu'il m'est inutile de rêver, et de travaux d'écriture et de questionnements sur celle-ci, est l'exact équilibre dont j'ai besoin pour faire face à cette période-ci. 

Je parviens toutefois, en fin de journée et malgré une sieste tardive splendide à effectuer quelques rangements. Il va falloir que je reprenne le rythme des travaux de la maison sinon nous serons priés de rentrer que je n'aurais pas terminé ce que j'ai l'occasion unique de parvenir à dépoter. 

Le déconfinement pour mi-mai m'inquiète, le pays a dépassé les 21000 morts et encore plus de 500 décès aujourd'hui et de l'ordre de 1800 nouveaux cas, sachant qu'on continue à fort peu tester par rapport aux pays voisins. Nous sommes trop loin d'une décrue pour reprendre. 
Il y a hélas une pression générale des gens. Il est beaucoup question d'une file d'attente monstrueuse au drive d'un fast-food ré-ouvert. Et tant de mes ami·e·s se précipitent à passer commande de ci ou ça parce que Oh, c'est cool, les expéditions ont repris. 

Ce n'est pas pareil d'exercer un métier pour lequel on sait qu'un jour où l'autre on risque d'aller au casse-pipe mais ça fait partie du rôle assumé (soignants, pompiers, secours d'une façon générale) et d'être envoyé au casse-pipe pour un job dont ça n'était pas du tout au départ l'objet (livreuses ou livreurs, vendeuses ou vendeurs, factrices ou facteurs, et les métiers de l'enseignement), surtout dans ce second cas, si c'est pour un nombre certains de tâches qui ne présentent pas de réelles urgences. Ce qui est fascinant c'est de constater à quel point pas mal de gens sont tout contents d'aller jouer les petits soldats. Peut-être parce que ça donne un sens à leur travail, qu'on leur fasse croire qu'il est indispensable. Peut-être que c'est moi, aussi, de mon côté, qui ai passé l'âge d'être héroïque. Il me reste statistiquement trop peu d'années pour devancer l'appel au prétexte d'un sacrifice collectif. 
Je ne sais que trop que je peux, que n'importe qui peut, être l'une des prochaines victimes. 

Des personnes de ma belle-famille se sont pris une amende : ils allaient ensemble faire des courses ou rendre visite à quelqu'un de leur famille. En mode, bah, ça n'est rien, nous ne sommes pas malades de toutes façons. Ce petit Ça n'arrive qu'aux autres, si français. Pour ce qui est de se prendre une prune comme pour ce qui est d'être contaminés. 
Les joueurs de pétanque, qui étaient en mode, Non mais ça va, on n'est que quatre. Ou : allez, une dernière partie avant d'être confinés. Sans mesurer un seul instant que précisément, le risque de contamination était peut-être tapit là, dans cette "petite dernière". Car le virus s'en fout, et d'ailleurs ne s'en fout même pas, il n'a zéro intention, zéro état d'âme, il ne sait même pas qu'il tue, il est là ou pas, et contamine ou non. Il n'y a aucune morale dans tout ça.

Je pense fréquemment ces jours-ci à mes amis Padawan et EricLM toujours détenus dans un hôtel des environs de chez eux, en compagnie des personnes qui arrivaient en Nouvelle Calédonie par le même avion, sous prétexte d'une quarantaine qu'ils auraient vraiment tout aussi bien pu accomplir à domicile. 

Échanges de nouvelles avec Claude et les enfants, même si Le Fiston se montre peu locace. J'ai moi-même du mal à répondre aux messages que je reçois et j'ai raté un apéro virtuel avec les ami·e·s du triathlon. OK pour cause d'ordi saturé et de connexion que ça consomme trop fort, mais sans doute aussi au fond parce que je pressens qu'il faut que certaines activités et présences nous manquent afin que le déconfinement ne soit pas qu'une épreuve. Je savoure d'être en retrait, puisque c'est ce qui est nécessaire. Je savourerais d'autant mieux les retrouvailles, qu'on n'aura pas trop eu recours à quelques ersatz de revoyures. 

J'ai cuisiné ce soir un chouette risotto à base de ma préparation de la veille + quelques gousses d'ail noir délicieux (rapportées de la maison il y a plus d'un mois et gardées au réfrigérateur à défaut de mieux).

 

(1) Sauf de la levure : je souhaitais faire un gâteau c'est raté. On voit à quel point la situation est grave (je plaisante).

 

LT du soir des infos sur Rai News 24 

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Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 621 436 cas (dont : 182 989 morts (46 771 aux USA) et 714 319 guéris) 

PS : Un cadeau d'Alice, ce lien

Chroniques du confinement jour 30 : Du sport, des factures et pour la première fois presque un film


    C'était jour de sport : donc le legal short morning run, le défi abdos squats pompes et au soir une séance de Tabata composée pour marquer le coup des un mois depuis la première par les habitués qui proposaient leurs exercices préférés. Ce qui a donné la chaise en 3ème, assez mortel comme effet.

J'ai continué le boulot de petite gestion familiale entrepris la veille, factures à payer, suivis des comptes. Un remboursement de 77 € nous a été accordé par EDF. Probablement qu'une personne à l'appartement depuis un mois au lieu de quatre puis trois ont induit une solide baisse de la consommation. Nous aurons le mouvement inverse ici. Et pour le gaz aussi. Et l'eau.

Pour le deuxième jour d'affilée il faisait très beau mais frais, le soleil était bien trompeur. Pour autant sur le banc en plein soleil il était possible de lire au jardin après le déjeuner. Je ne m'en suis pas privée. JF est venu un moment en faire autant puis il a fait des tours de jardins comme il fait au soir des tours de maison. Quelque chose me dit qu'il se sent en prison. 

Dans "Feu de tout bois" dont j'aborde le tome 2, celui-ci pour la première fois (j'avais lu au moins tout Bagdad du 1 quand il m'avait été offert si gentiment), les amis sont à présent à Damas. Je me souvenais d'un échange de mail en particulier correspondant à l'un des moments de la période de Tripoli et c'est intéressant de voir / d'avoir vu / à la fois le côté personnel et le côté plus écrit du journal retravaillé, et combien c'est raccord mais dans quelle mesure la question du destinataire bouge un peu les mots. 

Commencé à regarder le film "Trois jours à Quiberon" via Arte TV. Je me suis laissée piéger parce que j'ai d'abord cru (en fait j'écoutais tout en étant occupée sur l'ordi à d'autres tâches) qu'il s'agissait d'un documentaire. Quand j'y suis vraiment revenue, le fait que ça soit recomposé et mélangé de fiction (ainsi le personnage de Hilde, l'amie d'enfance) m'a un gênée. Mais bon c'était bien interprété, fin, ce personnage de Hilde permettait de s'identifier. Je me suis dit qu'il était possible de faire abstraction de qui était la personne concernée et de se laisser porter comme s'il s'agissait d'un personnage fictif d'actrice. Rien ne prouve que la vraie Romy Shneider avait ces problèmes précis. J'étais de toutes façon obligée de fractionner ma vision de l'œuvre : trop de passages en caméra non stabilisée, mal de mer. 

Notre Dame, ça fait un an. Je me souviendrai toujours du fiston sortant précipitamment du salon et criant presque "Il y a le feu à la cathédrale de Paris, la cathédrale de Paris brûle" et comme nous étions émus. Malheureux.
J'avais l'impression de la fin d'un temps. 
Hélas la pandémie actuelle le confirme, 2019, aura été un tournant. 

J'étais heureuse hier de me passer entièrement de sieste. Celle d'aujourd'hui, entremêlée de lecture aura quand même duré 2h l'air de rien. Parfois je m'inquiète un peu pour le déconfinement. Mon rythme actuel n'est pas sauvagement, emploi-compatible. 

Mon LT du soir se fait désormais comme allant de soi, c'est assez impressionnant. Il faudrait que je fasse l'effort d'aller voir quel est le vrai nom de "Agnan". C'était lui se soir et c'est vraiment un cran au dessus quand c'est lui.  

Grâce à Kozlika et Mahmoud Zureik je découvre une interview dans La Reppublica du 12 avril 2020,  du responsable du conseil scientifique français sur l'épidémie et qui montre l'étendue des mensonges du gouvernement, notamment sur le port du masque. C'est stupéfiant, de même que le côté, c'est pour l'Italie, cool, on peut causer (à moins que ça soit de colère ou par calcul pour forcer le gouvernement à enfin l'écouter)  

 

Lien vers le site de la santé publique en France 
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Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
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Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 052 508 cas (dont : 132 932 morts (27 586 aux USA) et 508 387 guéris) (chiffres vers 19h)

La France continue à tester vraiment très peu par rapport à ses voisins. Dès lors le nombre total de cas est probablement sous-évalué (trois fois plus ? quatre ?) 
C'est la dernière colonne. Tests / 1M population 

Capture d’écran 2020-04-15 à 20.53.16


Chroniques du confinement jour 29 : Le terrain de pétanque et les factures et remboursements

 

    Nous avons couru ce matin le short legal morning run que la tempête la veille nous avait empêchés de faire. Il faisait un temps radieux mais bien frais et l'ensemble de la journée était une illustration parfaite de la so french sentence "Le fond de l'air est frais". 

Je me sentais en pleine forme et pour la première fois depuis une telle éternité que je ne sais l'évaluer je n'ai aucunement éprouvé le besoin d'une sieste. Simplement après le déjeuner un moment à lire au soleil au jardin. 
Les personnes de pleine santé n'imaginent sans doute pas le degré immense de bonheur que c'est. 

Même si, comme l'écrit si bien Antonin Crenn dans son carnet quotidien

"Tout ce qui peut arriver de bon en ce moment, à cause de l’épidémie, serait meilleur si ça arrivait pour de bonnes raisons."

 

Je dois avoir que je disposais d'une motivation particulière : depuis notre arrivée, un projet sous-tendait celui de débroussailler le jardin : il s'agissait de créer un couloir qui permettrait à mon joueur de pétanque carabiné de conjoint de pouvoir à défaut de jouer avec de vrais partenaires, s'entraîner. J'y étais presque, il manquait les fameux 15 à 20 % du boulot qui tardent toujours à être fignolés. Or j'avais perçu son désarroi la veille au soir quand il avait pris conscience de la durée minimale de la suite du confinement. Ce n'est pas faute de l'en avoir averti mais cet homme commet presque toujours l'erreur de ne pas me croire quand j'avance calmement quelque chose. 

Je m'y suis collée pendant deux bonnes heures et vers 17h, le joueur pouvait enfin s'adonner à son art. Avec le tas de petit bois pile placé pour amortir les boules tirées - car on ne peut le nier, notre terrain manque singulièrement de longueur -. 

Ensuite sur l'élan j'ai poursuivi quelques tâches entamées le matin même, en plus des menues écritures quotidiennes : banque (tout va bien, sur mon relevé de carte bancaire alors que nous approchons le 15 du mois : 0 € de dépenses), factures diverses de copropriété et pour la Normandie d'eau. Mail pour tenter de trouver une solution de paiement sans déplacement. 
Et puis j'ai entamé mon petit lot de demandes de remboursement et annulations. Je suppose qu'il me fallait une indication de date minimale de reprise pour trouver la force d'entreprendre ces démarches tristes. 
Un certain nombre de ces annulations seront ou sont gérées (c'est le mot) par mon club de triathlon, deux seulement me reviennent et plusieurs sont des annulations de dedans ma tête puisque par un étrange mécanisme, j'avais omis d'exécuter les démarches. 

  • - le train pour venir en Normandie, que j'aurais dû prendre le samedi précédant le lockdown ; 
    - le séjour à Oslo pour l'écotrail prévu ; 
    - les 10 km de Clichy ; 
    - le Frenchman ;
    - le stage d'entraînement de triathlon (lequel était censé avoir lieu cette semaine) ; 
    - le No Finish Line au pied de la Tour Eiffel ;
    - le trail de La Chouffe.

    et quelques autres compétitions plus légères en prévisions - celles en Île de France, celles pour lesquelles on peut remplacer quelqu'un au pied levé ou s'inscrire en dernière minutes parce qu'il suffit d'y aller sans avoir de long trajet ni d'hébergement à prévoir -. Ainsi que des week-ends de ciné-club.

    Risque de disparaître également le championnat d'Europe d'Athlétisme pour lequel je m'étais offert un double abonnement grand luxe. La question des manifestations sportives est multiple : il y a le fait qu'elles puissent avoir lieu ou non, avec des spectateurs ou à huis clos mais également celui de savoir si les athlètes pourront s'être suffisamment préparés tout en restant confinés. 

    De la pluie est annoncée en fin de semaine, je vais pouvoir m'occuper de mes différents engagements (comité de lecture et radio), ainsi que de ma participation à Ce qui nous empêche

Je continue mon LT vespéral des infos italiennes. C'est une belle pagaille sur quels commerces ouvrent ou non et où. Et toujours la bagarre pour les financement. Avec l'Europe il semblerait que la question des Eurobonds que j'ai cru plusieurs fois résolue, ne l'était toujours pas. Ce qui reste clair c'est que les citoyens italiens au moins ne sont pas pris pour des imbéciles par leurs dirigeants. 
Il y a une belle initiative avec des coupons, via une appli de téléfonino pour soutenir les petits commerces locaux : les clients par ce biais prépayent les achats qu'ils pourront faire après le confinement. 


Mon amie Kozlika signale une bonne décision de Président Macron. Elle concerne la réouverture des pistes cyclables. Parce que bien sûr en ces temps de distanciation sociale le vélo est le meilleur des moyens de locomotion. 

Lu un témoignage d'une employée de magasin alimentaire aux USA. C'est terriblement juste. 

 

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Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
1 963 441 cas (dont : 123 506 morts (24 641 aux USA) et 463 594 guéris) (chiffres vers 19h)
La Belgique, l'Espagne et l'Italie sont parmi les pays qui ont le plus fort taux de morts par millions d'habitants (350 à 390), sachant que bien des pays ne sont pas d'une transparence inouïe (je pense à l'Iran bien des morts n'ont pas été comptés "Covid-19" et à la Chine aussi. C'est San Marin qui a le plus fort taux, du fait d'être tout petit et d'avoir été frappé par l'épidémie. Andore est un peu à la même enseigne. Globalement les pays les plus testeurs (et qu'on peut supposer imposants aux malades même asymptômatiques des quarantaines strictes) ont la moindre proportion de cas mortels. 

 

 


Chroniques du confinement jour 25 : Dissonance cognitive


    Un temps estival de ouf, le matin à travailler au jardin en tee-shirt et short (1). J'ai exhumé encore un dallage, celui-ci inconnu de mes souvenirs : le long de la fenêtre. 

Des contacts avec les enfants, dont un coup de fil en début de soirée au fiston qui s'apprêtait à faire une soirée cuisine avec ses colocs. Notre fille a des projets pour son anniversaire. J'espère que ça ira. 

J'ai lu aussi, et continué quelques rangements. Ces journées calmes passent à une vitesse folle. L'Homme n'est pas sorti (à part au jardin), bel effort de sa part. 

Le temps du travail au jardin, concentrée sur mes gestes (je souhaitais épargner certaines plantes, je ramassais encore et encore des morceaux de verre datant des casses du #VoisinVoleur) j'avais oublié l'épidémie. 

Mais elle est toujours là, en dehors des moments de concentrations ou d'efforts physiques (tels que les séances de Tabata). Le frère d'une grande amie est malade à son tour et ils attendent dans la crainte que cela dégénère. Des personnes que je connais d'un peu plus loin réapparaissent soudain qui étaient à l'hôpital depuis un moment (2). Des parents meurent, de personnes qui n'ont qu'une dizaine d'années de moins que moi, et donc eu même en ayant qu'une quinzaine de plus. Des grands-parents, j'ai cessé de suivre, perdue. Mais je m'efforce de laisser un mot de réconfort à chacun. C'est ma seule action possible, il me semble que je la leur dois, moi au confinement si facile. 

C'est en lisant "Feu de tout bois" et un mot concernant la détention de Florence Aubenas, que j'ai soudain compris pourquoi il ne me venait pas à l'idée de me sentir mal d'être ainsi confinée : il y a quinze ans j'ai participé mentalement si fort à un enfermement que l'on pressentait (et qui fut confirmé) autrement plus dur, qu'il ne me viendrait pas à l'idée de me plaindre, ni même de me sentir oppressée ; du moins tant que nous avons la bonne santé. C'est un peu comme si je m'étais déjà entraînée. En images mentales j'étais auprès d'elle presque sans arrêt. Je sais que ça peut sembler ridicule, mais ça a fait de moi quelqu'un d'un peu préparé. D'où d'ailleurs mes routines mises en place très vite, car je me souvenais de son témoignage après son retour et de ce que Marie avait raconté de ce que Florence leur avait dit, le lundi soir, la veille de la conférence de presse et alors qu'elle était enfin rentrée (le dimanche elle était restée dans un lieu militaire pour le débriefing et sans doute le lundi quelques contrôles de santé). 

C'est intéressant de lire longtemps plus tard le point de vue d'Élisabeth sur les prises d'otages et la publicité plutôt déconseillée. C'était vrai en local. Notre job à nous était de maintenir la pression sur l'état français qu'on savait au départ plutôt peu motivé. Je me souviens que les débats au sein même du comité avaient été animés. 
C'est rétroactivement flippant en lisant le témoignage de vie quotidienne d'Élisabeth de mesurer à quel point peu d'otages en ressortaient vivants, globalement. Surtout vers cette période d'enlèvement crapuleux : les types encaissaient les rançons et s'en foutaient de la personne qui n'était pour eux qu'un objet pour accéder à l'argent. 

Pour l'heure j'ai donc passée une journée délicieuse (de plus) pendant cette épidémie atroce - y compris dans les pays comme l'Italie où les gouvernements font de leur mieux en tenant compte de la vie des gens -. La dissonance cognitive commence à être difficile à soutenir - Élisabeth en parle fort bien, qui continuait à faire des longueurs dans sa piscine tandis que des attentats suicides étaient perpétrés presque à proximité, mais justement s'obligeait à le faire parce que tel était son rôle : tenir le coup -. Alors je m'applique à tenir le mien : rester chez moi, ne pas contribuer à l'augmentation générale du risque de contagion. 


Le chat noir et blanc plutôt blanc était dans la cabane à outils en fin d'après-midi. Mais il a filé dès que j'ai ouvert la porte de la cuisine. 
Avec JF nous avons décidé en fin de sieste de faire une promenade au jardin. Il fait moins de 8 m sur 6 m (et un peu plus que 7 m sur 5 m), mais nous avions opté pour cette illusion, Allons nous promener au jardin. Et c'est bête à écrire, mais c'était bien. 

Depuis plusieurs soirs à la tombée du jour une famille au moins des petites maisons préfabriquées blanches, que l'on voit vers l'arrière joue dans leur jardin à des jeux bougeant (chat ou colin-maillard ou que sais-je) et on entend leurs cris de jeux et de joie et des fausses peurs du jeu. C'est extrêmement réconfortant.
Sinon depuis deux jours, dans la matinée et l'après-midi bruits pas si lointain de tronçonneuse. Ça l'est moins.  

Je suis en train de retrouver ma compétence d'enfance en chants d'oiseaux. 

J'ai voulu avant de me coucher, à 1h06 (3), vouloir profiter du ciel étoilé avec l'appli Heavens Above dont j'ai équipé mon téléfonino : tout au long de la journée il avait fait un ciel tout dégagé, et jusqu'au crépuscule : sauf que là, raté, des nuages entre temps s'étaient interposés.
En revanche j'ai pu observé qu'à part notre rue et vers Lessay, la petite ville était plongée dans le noir, et également sur l'arrière vers les petites maisons blanches. Je me suis dit que je regarderai une autre nuit afin de vérifier si c'est habituel ou pas. Je me souviens de ma fausse joie, l'été dernier, d'avoir cru que le noir de nuit était une mesure écologique pérenne.

 

PS : LT des infos du soir sur Rai News 24, c'est un peu devenu mon boulot. 

(1) Je l'avais glissé dans ma valise, pensant qu'on en aurait pour jusqu'à fin mai. En fait même pas mi-avril il sert déjà. 
(2) Bien occupée dans mon quotidien de confiné, et peu connectée, je m'aperçois souvent très à retardement qu'une personne ne donne plus de nouvelles. 
(3) Note de téléfonino : zéro étoiles mais la ville éteinte

 

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Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
1 684 640 cas (dont : 102 059 morts (18 331 aux USA) et 375 221 guéris)


Chroniques du confinement jour 18 : la "dépollution" du jardin s'achève, bonnes nouvelles de mon entourage, mauvaises du monde

    

    C'était désormais la routine d'une journée sports et jardin et franchement, notre contribution personnelle à l'élan national puisque tel est ce qui nous échoie : restez chez vous, ressemble à la dolce vita tant que nous allons bien et que nos proches ne sont pas gravement malades (apparemment, ça va).

La phase de dépollution du jardin est terminée. Il ne me reste plus que quelques ronces à enlever et bien ratisser tous les branchages. Couper les dernières branches mortes du sureau. Mais à présent ça semble bon : plus un seul sac en plastique ou bâche, plus (au sens de = 0) de déchets venus de chez les voisins (une bouteille de lait vide par exemple, emballage encore intact, récente). Pour fêter cet accomplissement et sur une indication de Sylvie, j'ai inscrit le jardin à Oiseaux des Jardins et je compte bien faire mes petites observations. Dix minutes de calme et d'attention, peut-être une fois tous les deux jours, par exemple. 

Pour le sport : short morning run (notre petit circuit de 3,44 km en 24 minutes dans la mesure de la légalité et à 8 h du matin afin de ne croiser personne ou seulement de loin, un promeneur de chien), le défi abdos - squats - pompes et au soir la séance Tabata qui nous secoue mais nous met en joie. Aujourd'hui c'était abdos - fessiers. Je ne serais jamais assez reconnaissante à la famille Pourrat en général et à Romain en particulier pour cet effort qu'ils font et qui nous permet de rester sans se perdre totalement, et en bonne forme. Il explique bien, il encourage joliment, c'est un bonheur.

Le temps du travail au jardin, le temps de l'effort physique intense, l'épidémie est tenue en respect. Elle n'occupe pas toute la place mentale. 
Suivre les informations sur les journaux et les chaînes italiennes permet aussi de garder un certain moral. Contrairement à la France on a l'impression qu'ils essaient de sauver les gens, y compris de la dèche induite. Et que vraiment le gouvernement ne se moque pas du monde. Ça n'empêche pas l'horreur d'être horrible. Seulement ça évite d'y ajouter la colère. 
Et un ministre de l'économie qui met en place une aide pour les familles dont la principale source de revenue arrivait par du travail au noir, en expliquant Ça n'est pas bien que ça existe mais puisque ça existe et que ces personnes, confinées, n'ont plus aucun revenu ni filet de sécurité, il faut les aider, hé bien je trouve ça beau. On se rappellera qu'en Italie ils avaient tenté de traiter le peuple avec humanité. 
Le Pape François fait un sans-faute, se comporte en expert de la com' (images inoubliables, et il fait ce qu'il faut pour ; réseaux sociaux à présent) et de la prise de parole sociale. 

Il ne faut pas se voiler la face, même si de ma petite maison de confinement j'ai depuis deux jours la nette impression que les gens circulent presque normalement (1). Le chemin est encore long, très long, et la mort rode en permanence. Je commence à connaître non seulement énormément de malades - la plupart guérissant en ce moment d'ailleurs, après des jours vraiment de souffrances mais chez eux -, mais beaucoup de personnes qui ont perdu qui des grands-parents, qui un parent, qui un oncle et qui un frère ou une sœur. Ces deux catégories familiales étant apparues récemment, signe que le virus élargit son champ d'action. Comme il fallait s'y attendre, les échanges de blagues en mode Tenons bon ont diminué devant ceux de condoléances et signes d'amitiés et de soutiens. 

J'avais pour la première fois depuis l'épidémie fait des cauchemars la nuit dernière (peur pour ma mère, réveil, ouf elle est morte depuis un moment ; peur pour mon fils réquisitionné ...) j'espère passer une meilleure nuit. L'accident mortel de samedi continue de peser son poids, même si je reste au cours de la journée plus longtemps sans y songer. Je ne sais en tout cas regarder par la fenêtre avant sans y penser.  

J'oubliais : un salaire a été versé à l'Homme de la maison pour mars ; certes inférieur à ces émoluments habituels mais vraiment rien d'inquiétant. Grand soulagement. Et pensées pour les personnes dont le confinement réduit gravement voire éteint, les revenus. Nous ne sommes pas à plaindre, vraiment. 

 

(1) Parking du Aldi garni et circulation sur la départementale.

mots clefs : Covid-19 

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Liens vers des statistiques :
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Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com

1 083 084 cas (dont : 58 243 morts (6946 aux USA) et 225 422 guéris)