Chroniques du confinement jour 18 : la "dépollution" du jardin s'achève, bonnes nouvelles de mon entourage, mauvaises du monde

    

    C'était désormais la routine d'une journée sports et jardin et franchement, notre contribution personnelle à l'élan national puisque tel est ce qui nous échoie : restez chez vous, ressemble à la dolce vita tant que nous allons bien et que nos proches ne sont pas gravement malades (apparemment, ça va).

La phase de dépollution du jardin est terminée. Il ne me reste plus que quelques ronces à enlever et bien ratisser tous les branchages. Couper les dernières branches mortes du sureau. Mais à présent ça semble bon : plus un seul sac en plastique ou bâche, plus (au sens de = 0) de déchets venus de chez les voisins (une bouteille de lait vide par exemple, emballage encore intact, récente). Pour fêter cet accomplissement et sur une indication de Sylvie, j'ai inscrit le jardin à Oiseaux des Jardins et je compte bien faire mes petites observations. Dix minutes de calme et d'attention, peut-être une fois tous les deux jours, par exemple. 

Pour le sport : short morning run (notre petit circuit de 3,44 km en 24 minutes dans la mesure de la légalité et à 8 h du matin afin de ne croiser personne ou seulement de loin, un promeneur de chien), le défi abdos - squats - pompes et au soir la séance Tabata qui nous secoue mais nous met en joie. Aujourd'hui c'était abdos - fessiers. Je ne serais jamais assez reconnaissante à la famille Pourrat en général et à Romain en particulier pour cet effort qu'ils font et qui nous permet de rester sans se perdre totalement, et en bonne forme. Il explique bien, il encourage joliment, c'est un bonheur.

Le temps du travail au jardin, le temps de l'effort physique intense, l'épidémie est tenue en respect. Elle n'occupe pas toute la place mentale. 
Suivre les informations sur les journaux et les chaînes italiennes permet aussi de garder un certain moral. Contrairement à la France on a l'impression qu'ils essaient de sauver les gens, y compris de la dèche induite. Et que vraiment le gouvernement ne se moque pas du monde. Ça n'empêche pas l'horreur d'être horrible. Seulement ça évite d'y ajouter la colère. 
Et un ministre de l'économie qui met en place une aide pour les familles dont la principale source de revenue arrivait par du travail au noir, en expliquant Ça n'est pas bien que ça existe mais puisque ça existe et que ces personnes, confinées, n'ont plus aucun revenu ni filet de sécurité, il faut les aider, hé bien je trouve ça beau. On se rappellera qu'en Italie ils avaient tenté de traiter le peuple avec humanité. 
Le Pape François fait un sans-faute, se comporte en expert de la com' (images inoubliables, et il fait ce qu'il faut pour ; réseaux sociaux à présent) et de la prise de parole sociale. 

Il ne faut pas se voiler la face, même si de ma petite maison de confinement j'ai depuis deux jours la nette impression que les gens circulent presque normalement (1). Le chemin est encore long, très long, et la mort rode en permanence. Je commence à connaître non seulement énormément de malades - la plupart guérissant en ce moment d'ailleurs, après des jours vraiment de souffrances mais chez eux -, mais beaucoup de personnes qui ont perdu qui des grands-parents, qui un parent, qui un oncle et qui un frère ou une sœur. Ces deux catégories familiales étant apparues récemment, signe que le virus élargit son champ d'action. Comme il fallait s'y attendre, les échanges de blagues en mode Tenons bon ont diminué devant ceux de condoléances et signes d'amitiés et de soutiens. 

J'avais pour la première fois depuis l'épidémie fait des cauchemars la nuit dernière (peur pour ma mère, réveil, ouf elle est morte depuis un moment ; peur pour mon fils réquisitionné ...) j'espère passer une meilleure nuit. L'accident mortel de samedi continue de peser son poids, même si je reste au cours de la journée plus longtemps sans y songer. Je ne sais en tout cas regarder par la fenêtre avant sans y penser.  

J'oubliais : un salaire a été versé à l'Homme de la maison pour mars ; certes inférieur à ces émoluments habituels mais vraiment rien d'inquiétant. Grand soulagement. Et pensées pour les personnes dont le confinement réduit gravement voire éteint, les revenus. Nous ne sommes pas à plaindre, vraiment. 

 

(1) Parking du Aldi garni et circulation sur la départementale.

mots clefs : Covid-19 

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com

1 083 084 cas (dont : 58 243 morts (6946 aux USA) et 225 422 guéris)


Les photos de sport d'il y a un ou deux ans paraissent surréalistes

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Même si les autorités nous concèdent, pour l'instant encore, un droit léger à la course à pied avec dans l'autorisation dérogatoire de déplacement cette case à cocher : 

⊠ Déplacements brefs, dans la limite d'une heure quotidienne et dans un rayon maximal d'un kilomètre autour du domicile, liés soit à l'activité physique individuelle des personnes, à l'exclusion de toute pratique sportive collective et de toute proximité avec d'autres personnes, soit à la promenade avec les seules personnes regroupées dans un même domicile, soit aux besoins des animaux de compagnie.

ç'en est fini pour un bon moment de la natation, du vélo et des vrais entraînement de course à pied.

Lorsque je tombe, à l'occasion d'un ménage urgent sur mon disque dur où je dois accueillir une nouvelle appli afin de retrouver en ligne mes ami·e·s, sur des images de courses passées, en pleine ville, alors sans se douter que ça puisse être menacé par autre chose que mes propres capacités physiques que des effets d'âges ou de maladie pourraient venir entamer, j'ai donc un mouvement d'étonnement, le cœur un peu serré, avec une dominante de stupéfaction et d'impression d'un autre temps.

Voici donc une image du dimanche 18 mars 2018, prise par quelqu'un de mon club, lors des 10 km de Clichy et courus sans avoir l'impression de rien d'extraordinaire. 
Désormais une course groupée en ville est un mirage. 
Et d'accord, on peut courir 10 km en moins d'une heure en tournant à moins d'1 km de chez soi, mais avouez que ça devient limite, pas forcément dans l'esprit du confinement, et bien un peu compliqué. 

(Nous ne sommes plus en quarantaine et il nous est possible de faire en 20 à 25 minutes (je cours lentement) un mini-circuit de 3,44 ou 3,46 km en passant par un chemin arrière voisin rarement fréquenté, surtout à 8h du matin, c'est un peu un grand max', du moins à l'heure actuelle)

PS : Un lien fort utile vers la carte de la zone de sortie à 1 km (et le formulaire officiel tel qu'il est encore aujourd'hui)
PS', au lecteur du futur : ceci n'est pas un poisson d'avril, en 2020 lors de l'épidémie de Covid-19 nous eûmes bien des autorisations dérogatoires de sortie à remplir pour certains cas précis (travail pour qui continuait de devoir y aller, courses pour les choses indispensables, rendez-vous médicaux, garde partagée d'éventuels enfants etc.) dont nous devions nous munir pendant la période de confinement lors de chaque sortie. Les forces de l'ordre pouvaient contrôler, et de fortes amendes être réclamées (135 € puis 200 €, et bien davantage en cas de récidives, à l'heure où j'écris ce billet). Il y eut même des abus. L'ami Éric D. s'efforça même de les recenser.  

 


Une belle reco, très agréable

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Le fait d'appartenir à un club de triathlon dynamique aura bien contribué à me faire découvrir le trail, que je préfère de loin à la course à pied en ville. 

Je suis vraiment très lente à cette discipline, généralement dans les tout derniers à arriver. 

Mais je suis heureuse pendant que je le fais. J'ai même une photo, prise au trail de La Chouffe l'été dernier, qui en atteste. 66664965_10216557428901263_1071607981168132096_o

 

J'aime courir en forêt tant qu'il en reste et que j'ai la santé qui le permet.

Ce matin c'était donc la reco du trail de 26 km prévu en février à partir de Bouffémont. C'est l'un de mes trails préférés : bien organisé, avec des passages techniques mais d'autres où l'on peut courir en admirant le paysage (1).

Comme je suis encore en pleine période de travail et que mon métier est physique, et que j'avais la veille terminé tard + trajet de vélotaf, et que même en grande forme je suis extra-lente, je ne comptais pas faire les 26 km. 

Je m'étais fixée de tenter de suivre le groupe "reconnaissance en 4h" jusqu'à si possible le lieu du ravito de la course, puis continuer jusqu'à une douzaine de kilomètres en tentant de courir puis selon où je serais couper ensuite assez directement vers Bouffémont.

Je connais la côte du cimetière, première difficulté dès les premiers kilomètres et remarquablement casse-pattes et emballeuse des cœurs. Alors je suis partie à l'avance ce qui m'a permis d'intercaler une brève pause pipi en attendant le groupe, le froid ayant toujours sur moi une sorte d'effet diurétique. 

Au demeurant il ne faisait pas si froid, sans doute 5 à 7°c et une belle grisaille mais sans pluie, juste un moment de petit crachin. Ma tenue, mais je l'avais déjà testée dans des conditions similaires, s'est révélée parfaite : collant 2XU long, petit short Levallois Triathlon pour le chic, haut 2XU long porté avec un soutien-gorge - le jour de la course je m'en passerai sans doute, seulement je me méfiais d'avoir à me changer au cul du coffre de la voiture avant de repartir -, par dessus, une veste thermique légère du club, conçue pour le vélo mais que je trouve parfaite pour la C.A.P. l'hiver, en plus que les poches arrières c'est top pour mettre des mouchoirs et des gels ou du petit ravito.

Note pour les "vrais" coureur, celles et ceux qui font des temps et maintiennent bonne allure : ce type de veste pour vous est trop chaud. C'est bien pour les coureurs lents qui restent de fait longtemps au froid et n'ont pas un rythme qui les réchauffe tant.

Pour compléter l'équipement deux tours de cou, un bonnet technique (même matériau un peu que la veste thermique légère) et des mitaines de VTT, utiles en cas de chutes et pour les éventuels passages cordés. 

Pour le ravito : quelques barres et gels. Comme souvent je n'en ai mangée qu'une et absorbé qu'un. Et de l'eau citronnée (mais 250 ml me suffisent, du moins l'hiver).

La forêt me paraît toujours aussi dévastée sous couvert de lutte contre des maladies des arbres et de reboisement. Le parcours cependant couvre certaines belles parcelles. Finalement je suis parvenue à suivre le groupe et sans souffrance jusqu'après Montlignon et le lieu du ravito. Puis après la zone urbaine on repiquait vers la forêt après une montée. J'ai vu JF me faire signe de loin, On remonte vers la gauche et le temps d'arriver à ce croisement, plus personne en vue à part quelqu'un qui promenait son chien. Je l'ai déjà constaté mais c'est stupéfiant à chaque fois : à quelle vitesse on peut perdre de vue un groupe dans lequel on était et qui nous semblait aller si peu plus vite que notre propre allure. On peut se retrouver entièrement seul·e·s d'un seul coup. Ça me rappelle la rapidité sidérante à laquelle des toddlers peuvent échapper à la vigilance de leurs parents. 

On était presque à 11 km. Alors j'ai couru sauf les montées jusqu'à la hauteur de la vierge noire, croisant au passage les gars d'un des groupes plus rapide qui sympa, m'a indiquée que j'étais tout près, mais je le savais et ne souhaitais pas nécessairement faire la montée : il était temps pour moi de repiquer vers le Château de la Chasse puis Bouffémont. J'ai envoyé un SMS pour prévenir que je coupais directement et puis ai continué à présent en mode récupération (active : quand ça pouvait je courais, mais en vitesse marathon lent, easy run).

Vers le Château de la Chasse j'ai entrevu le groupe que j'avais quitté, seulement je ne souhaitais pas faire un plus grand crochet. Ça m'a permis de supposer que j'avais un peu de temps et de tenter après avoir rejoint la route des crêtes un peu de sortie des sentiers battus (au sens littéral). Ce petit moment de pure liberté m'a fait un bien fou. 

Et je suis arrivée pile un tout petit peu avant le groupe. Nous avons même eu le temps de nous changer puis retrouver les camarades de mon club qui avaient fait avec un groupe rapide la reco intégrale. J'aurais mis 3h23 pour faire 17 km avec trois temps d'arrêt (ravito et pauses pipi) et vers la fin des passages montés intégralement marchés.

C'était la première fois que je parvenais à suivre un groupe aussi longtemps et où nous rentrions avec d'autres personnes (et non pas alors que tout le monde était déjà reparti). 

Après-midi consacrée à récupérer de la nuit trop courte (2) et de l'effort fourni. C'est ce qui change le plus en vieillissant : si on a la chance de la bonne santé on peut toujours faire les choses et à niveau de plus jeunes (ça vaut pour presque n'importe quel travail ou activité) seulement il nous faut davantage de temps pour récupérer. 

 

(1) Oui, je ne suis pas une grande compétitrice, de celles et ceux qui sont seulement concentré·e·s sur leur performance. 
(2) Comme je vélotafe et qu'à la librairie j'avais accompagné la fermeture, j'étais rentrée la veille au soir vers 21h30. 

 


Des coups durs et du rangement (ou de son absence)

    

    Comme après un excellent dimanche il me restait un peu d'énergie, j'ai entrepris, comme je le fais chaque fois que c'est possible, de ranger. 

Ma cuisine est mon bureau, qui avait depuis longtemps dépassé les limites du bordel organisé pour devenir un grand bazar fuligineux.

En triant, en jetant, en datant les objets et documents retrouvés d'après les traces qu'ils en contenaient, j'ai eu la confirmation claire et nette de ce que j'en supposais : quand rien de grave ne se produit, je range et classe et jette ce qui doit l'être, et ce même si je dois assumer un travail nourricier à temps plein, les trajets et par ailleurs les entraînements de triathlon.

En revanche dès que survient un coup dur, qu'il soit collectif ou intime, je ne parviens plus qu'à assurer comme ça peut le boulot et une part du sport, ainsi que la gestion domestique urgente comme le minimum vital de tâches ménagères, et le reste part à vau-l'eau ; sans compter que les KO de la vie s'accompagnent généralement d'une forme ténue d'amnésie : ce qu'on a fait les jours d'avant présente des blancs mémoriels, et lorsque l'on reprend pied, la mémoire précise des actes accomplis entre la date de l'événement et la reprise de contact avec un sentiment de "vie normale" retrouvée, s'estompe fort. 

Ainsi en rangeant mon bureau j'ai retrouvé : une strate de juste avant novembre 2015 (attentats dans Paris, dont au Bataclan), une strate d'après novembre 2016 (maladie finale de ma mère), avant février 2018 et juste après (déménagement des affaires de mes parents vers la Normandie). Ça me fait l'effet de mini time-capsules lorsque je retombe dessus.

Si je suis plutôt contente de retrouver certains objets, surtout ceux qui peuvent m'être encore utiles, je suis triste de constater à quel point nous (le nous collectif général ou le nous familial) avons morflé. Et combien la vie m'autorise finalement assez peu de faire les choses à mon idée. Dès que je trouve un rythme de croisière et un brin d'organisation, survient quelque chose qui défait l'élan. Je suppose que c'est le cas pour tout le monde, seulement celleux qui ont les moyens de déléguer une partie de leurs corvées s'en sortent sans doute moins mal. 

Je crois qu'il conviendrait qu'au lieu de me sentir coupable de ne pas parvenir à tout assumer quoi qu'il advienne, je m'efforce d'être fière de parvenir à assurer le boulot et le principal, coûte que coûte en toutes circonstances.

Rétrospectivement, je me demande si je n'aurais pas dû aller voir le médecin après l'attentat contre Charlie Hebdo. Ça ne m'avait pas effleuré, sur le moment, j'ai mis un point d'honneur à tenir, malgré que j'y avais perdu un ami. Il n'empêche que je l'avais payé, et fort, dans les mois suivants les mois de juste après.

 

À part ça, j'ai retrouvé dans un sac contenant quelque peu de papeterie rapportée de la maison qu'avaient mes parents à Taverny, un ancien papier à lettres datant de mon enfance. Ou plutôt des sortes de cartes pliées, sur le dessus une reproduction de tableau, à l'intérieur une place pour rédiger. 

Or la première contenait un début de courrier destiné à ma cousine Claire et que quelque chose avait interrompu, de suffisamment urgent pour stopper l'élan d'une phrase.

Ma Chère Claire,

Il y a bien longtemps que [je] ne t'ai pas écrit. J'espère que tu vas bien. Ici, ça va, il neige beaucoup et ça m'amuse beaucoup ! À l'école nous nous amusons bien avec les bonshommes de neige, nous n'avons pas le droit de faire des glissades ni 

C'est dommage, il n'est pas daté. La mention de "l'école" semble indiquer que nous étions au tournant des années 70. 71 peut-être car je crois que cet hiver-là avait été particulièrement neigeux.

Au moins cette trouvaille me donne-t-elle le sentiment de n'avoir pas travaillé pour rien.


Récupération (note pour courses ultérieures)

 

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Les 25 km du Trail de la Chouffe se sont achevés pour moi après 4h40 d'efforts, samedi vers 17h. J'ai enchaîné par une séance de piscine tranquille, environ 1250 m, dans l'idée de m'étirer et de détendre les jambes, et d'une brève séance de bains bouillonnants.

Au lendemain matin nous avons bénéficié de deux heures de Wellness : hammam, sauna, infra-rouge et bains de pieds bouillonnants.

Le mois dernier le trail distance M d'Hourtin était pour moi passé crème : pas d'épuisement juste après, une saine et légère fatigue, zéro courbatures ensuite, rien les jours suivants que ç'en était surprenant. Quinze jours plus tôt que le Trail à Houffalize, un entraînement un peu long sur La Haye du Puits - Lessay, suivi dans l'après-midi d'environ 500 m de nage en mer par solide courant, ne m'avaient pas laissé de traces. Tout au plus une fatigue diffuse, très supportable, dans les jambes.

Comme je n'ai eu aucun tracas pendant la course, à peine un début de crampe à un orteil du pied gauche comme il m'en vient parfois, et qu'il me semblait avoir pris les précautions nécessaires énumérées au début de ce billet (auxquelles s'ajoutaient une boisson  de récupération recommandée par un ami marathonien, donc fonctionne au moins l'effet placebo), je ne me méfiais pas. 

C'était un tort. 

Après une légère embellie grâce au Wellness, j'ai souffert des jambes à ne marcher que difficilement, et presque pas pouvoir descendre le moindre escalier du dimanche après-midi jusqu'au mardi soir. Ce n'est que ce matin, que j'ai pu me lever sans précautions particulières et me rendre sans arrière-pensée (1) là où je le devais. 

Le long trajet en voiture du dimanche, pour lequel j'étais passagère n'a probablement rien arrangé. Je me souviens que je souffrais. 

Donc voilà, tandis que de jeunes personnes athlétiques hésitent entre récupération passive ou active, je me note par ici pour la prochaine course plus longue qu'un semi de prévoir 72 heures sans trop d'efforts physiques, et si possible au moins une journée de sommeil du moins sans contraintes horaires et dans la proximité d'un lit douillet (2).

Prochain entraînement prévu : une séance de natation tôt le vendredi matin. 

Éventuellement un peu de vélo demain jeudi, si jamais je me réveille avec une énergie retrouvée. Et reprise douce de la CAP dimanche, 8 ou 10 kilomètres sans forcer avec assouplissements après.

 

(1) de type effectuer un détour pour éviter un escalier 

(2) Ce fut le cas ce lundi. J'aurais difficilement pu travailler (autre que l'écriture)


Such a perfect day (pour Megan Rapinoe)

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    J'eusse préféré un match plus disputé pour cette finale USA Pays-Bas, il n'empêche que sur l'ensemble du tournoi l'équipe des États-Unis était bien la plus forte avec une supériorité athlétique incontestable : les meilleures des autres équipes tenaient un temps en se haussant au dessus de leur rythme habituel puis finissaient, souvent à l'occasion d'une décision d'arbitrage qui les coupaient dans leur élan (1°, qu'elle soit justifiée ou non, par ne plus parvenir à tenir le sur-régime. 

Parmi cette équipe victorieuse, il est une joueuse qui l'a emportée sur toute les autres, parce qu'elle est charismatique, et aussi forte sur le terrain qu'en communication, avec une capacité à ne pas mâcher ses mots sans dépasser les limites et à faire de l'humour qui ne soit pas lourd, ni source de malentendus. Il s'agit de Megan Rapinoe.

Elle a emporté au passage le soulier d'or, ce qui semble amplement mérité.

Voilà quelqu'un qui fait du bien. Puisse-t-elle ne pas s'attirer trop d'ennuis : ce monde n'aime pas les personnes trop intelligentes et trop fortes dans un domaine donné, particulièrement s'il s'agit d'une femme et qui plus est qui assume sa liberté.

En attendant, ça fait plaisir de penser qu'elle a pu vivre such a perfect day. Merci à elle dont la qualité de jeu nous aura enchanté·e·s.

À part ça, un agacement : lorsque l'on voit les matchs des messieurs, de nombreux plans de coupes sont consacrés à leurs conjointes, généralement des femmes reconnues pour leur beauté. Lors des matchs de haut niveau des équipes de femmes, on consacre les mêmes plans aux footballeurs masculins célèbres venus les voir. D'accord, il s'agit de montrer que puisqu'un David Beckham ou Killian Mbappé ne méprisent pas le football joué par les dames, toi le supporter masculin moyen, tu dois aussi pouvoir t'y intéresser, et ça peut effectivement être favorable. Il n'empêche que le diable est dans ce genre de détails qui montre qu'on est hélas encore loin de considérer le sport pratiqué par les femmes avec la considération accordée aux garçons.

Et un grand bonheur : celui d'avoir pu participer aux #777match (7 juin - 7 juillet - 7 matchs) sur Cause Commune avec Les Joyeux Pingouins en Famille et commenter en très léger différé (raisons techniques) certains des matchs de cette coupe du monde 2019 à la radio. Si je pouvais entamer une reconversion professionnelle vers le commentaire sportif, je le ferais volontiers (vocation tardive découverte grâce à eux).

 

(1) Ce fut clairement le cas aujourd'hui. 

 

PS : une vidéo ici consultable probablement de façon temporaire.

Et la belle conférence de presse d'après match : (FIFA TV), sans Mega Rapinoe au début, prise par un contrôle anti-dopage ; il fallait bien qu'elle ait un truc déplaisant à accomplir dans cette journée ! 

PS' : J'ignore qui a pris cette photo de la footballeuse qui a circulé partout. Si elle pose problème je l'enlèverai


Légère dépression des victoires (ou plutôt : le prix de certaines victoires)

(billet à écrire dès que possible) 

 

Sur la recommendation de mes camarades des Joyeux Pingouins en Famille sur la radio Cause Commune, où pour les livres (et le football) j'officie, j'ai vu le documentaire de Dominique Rouch et Karim Rissoudi sur l'équipe de France de football hommes de 2018 et son chemin jusqu'à la victoire en coupe du monde.  

Il est riche de bien des choses, au point d'être certainement intéressant même pour qui n'apprécie pas ce sport, et comporte entre autre une séquence dans laquelle Adil Rahmi, calme, laisse couler ses larmes en évoquant la peine que sa mère se donnait lorsqu'elle avait dû élever seule quatre enfants.

Il est possible que tout le monde ne puisse pas comprendre, au vu de la réussite exceptionnelle par la suite. Seulement j'y vois la conscience de À combien ça s'est jouée d'un rien, la mesure des efforts inouïs pour arriver au même point (qui peut être très élevé, je ne veux pas dire) que d'autres pour lesquels ça n'était pas à ce point mission impossible, en plus de la reconnaissance pour un parent qui fit de son mieux, malgré l'adversité. 

Dans un autre domaine, puisqu'il n'y a pas de mérite personnel, si ce n'est d'avoir participé individuellement aux prémices lointains d'un mouvement, il y a ces larmes que je ne sais retenir lors des débuts de matchs de la coupe du monde de football actuelle ; je parle de ceux auxquels j'ai pu assister parce qu'ils avaient lieu au parc des Princes et que j'avais acheté des billets : toute l'organisation, tout le cérémoniel. Je suis bouleversée qu'on le fasse enfin aussi pour des femmes. Je n'espérais même pas une telle victoire, lorsqu'à onze ans je voulais simplement pouvoir continuer à jouer au foot et que ça m'était interdit, du moins en équipe officielle, parce que j'étais une fille. Comme le dit Adil Rami dans le documentaire "C'était trop loin dans mes rêves". 

Alors je pleure moi aussi de voir se réaliser un rêve que je ne m'accordais même pas. Légère dépression de nos victoires lorsqu'elles viennent de trop loin.  


Le bus obligé


    Mon pass navigo n'est toujours pas reconnu par les néo-vélibs, et je ne parviens pas à prendre le temps de régler cette question (il faudrait que munie de mon identifiant et code en plus du pass je me rende à une station avec du temps devant moi et mon téléphone et appelle in situ - or je ne parviens pas à réunir tout ça, entre les remplacements, mon projet de reprise, les émissions de radio et le triathlon et diverses choses administratives (dont Pôle Emploi) et je cavale sans arrêt -), dès lors pour des déplacements dans Paris sans avoir la possibilité de garer un vélo de façon sécurisée, je prends mes pieds ou le métro. Plus rarement le bus qui ne vaut la peine que s'il est direct et qu'on ne l'attend pas (ou que l'on a le temps de se la jouer touristique).

Ce matin-là j'avais rendez-vous avec celui qui cède la librairie que j'aimerais pouvoir reprendre. Un rendez-vous de très bonne heure afin d'aller aux centres d'approvisionnements d'Ivry, voir comment ça se passait. 

J'étais juste en temps, une autre personne de la maisonnée s'était réveillée et mon départ c'était trouvé différé des cinq minutes qui auraient rendues ma durée de trajet confortable. Du coup pour me rendre à la station de métro (il était trop tard pour faire le trajet à pieds) tranquillement je trottinais, ce qui permet d'y arriver en 6 minutes au lieu de 9. Un bus à un moment m'a dépassée qui allait dans la même direction, je n'y ai pas prêté davantage attention : j'étais porte de Clichy et les travaux encore importants rendent la traversée piéton (et vélo) délicate. Je continuais donc à trottiner vers le métro à vitesse constante et confortable. C'était curieux quand même, ce bus à son arrêt qui ne redémarrait pas. 

Arrivée presque à sa hauteur j'ai soudain compris : le conducteur m'ayant vu courir, et ayant à cette heure matinale fort peu de voyageurs, m'attendait. 

Alors, j'ai pris le bus, bien obligée. Touchée par sa prévenance, merci à lui. Et stupéfaite. Que ma vitesse de croisière, moi qui suis (très) lente en course à pied, puisse être prise pour une vitesse de sprint pour arriver à temps à l'arrêt, c'était une grande première. Le triathlon, ça aide à la vie.

Je suis arrivée à l'heure à mon rendez-vous.

 

 


Passé (personnel) revisité, en bon, en mauvais


    C'est une remarque faite à Arras par Catherine Le Gall qui m'y a fait songer, elle parlait de ce que l'enquête longue et minutieuse menée pour le livre "Les prédateurs" avait blessé en elle, qu'elle avait mis un moment à se remettre de ce qu'elle avait appris, à réajuster sa compréhension du monde. Je suppose qu'elle n'imaginait pas le niveau de la criminalité en cols blancs tel qu'il est.

J'ai pris ainsi conscience depuis mercredi d'à quel point ma propre vision du monde avait aussi bougée, pas tant depuis les révélations sur des exactions financières, le choc avait eu lieu pour moi de part mon emploi au début des années 90, que sur les conséquences de #MeToo - s'apercevoir que des trucs déplaisants que l'on avait vécus n'étaient ni la faute à pas de chance, ni d'un type qui ponctuellement avait pété un câble, mais que c'était la norme, le truc répandu -, et sur des tolérances que l'on avait, je dirais malgré soi, en se disant, c'est depuis que le monde est monde, qu'y pourrait-on ?, et qui sont remises en cause. Du coup j'ai des petits flashs back de scènes qui en leur temps ne m'avaient pas choqué plus que ça, qui m'avait fait tiquer, certes, mais pour lesquelles je pensais que c'était à moi de m'adapter au monde tel qu'il est, que ça ne changerait jamais, et qui me reviennent. 

Par exemple dans cette vidéo de concert de l'an 2000 le duo avec des paroles "explicit" comme diraient les américains entre un homme de 50 ans et une jeune fille de 16, OK c'était juste pour l'art, mais n'était-ce pas une incitation à trouver normal un chant amoureux entre une encore gamine et un qui aurait pu être son grand-père ? 
Ou cet éditeur qui avait prévu un matelas dans une pièce de la partie professionnelle de ses logis successifs pour loger les stagiaires (qui aussi se succédaient, puisqu'il n'y avait pas les moyens de payer de vrais employés) venant d'un peu loin. À l'époque j'avais à la fois songé, ça peut effectivement aider, que ça partait d'un bon sentiment (que quelqu'un ne soit pas obligé de renoncer par manque de moyens pour se loger) mais que ça n'était pas très cool quand même (ça n'était même pas un lit dans une chambre meublée), voire sujet à caution. À présent je serais plutôt d'avis que c'était clairement une forme d'exploitation sous couvert de formation.

Ce ne sont que deux exemples parmi une petite foule, des éléments qui me reviennent à l'esprit et pour lesquels je m'interroge alors qu'au moment même mon questionnement était réduit.

Du côté joli de la vie, je me suis aperçue en retombant par ricochet sur des nouvelles de sportifs que j'admirais en mon jeune temps, que l'air de rien j'avais réalisé récemment deux de mes rêves d'enfance ou d'adolescence. 

Avant de piger que les filles ne pouvaient prétendre aux mêmes destinées que les garçons, avant de savoir aussi que j'étais équipée d'une thalassémie mineure qui n'aide pas trop aux performances physiques, je m'étais rêvée en sportive de haut niveau. J'aimais l'effort physique et une vie quotidienne tissée d'entraînements et de pousser son corps au mieux de ses capacités me faisait rêver. Un grand-cousin de mon père avait été boxeur pro, mon père était plutôt sportif pour quelqu'un au travail prenant, ma mère dès qu'elle a pu aussi pratiquait différentes activités et était une marcheuse infatigable, peut-être que quelque chose en ce sens était favorable. Après, je n'étais pas particulièrement douée, j'étais petite de taille, fluette, avec de gros soucis de coordination, les pieds plats, et souvent malade. Je n'avais que le mental et d'être dure au mal. Ça ne suffit pas.
Voilà qu'il m'aura fallu attendre une cinquantaine d'année pour, sur une semaine, connaître ce que ça fait : l'existence entièrement tournée sur les entraînements et la récupération. 

J'ai n'ai pas pu accomplir autant de kilomètres à vélo que mes camarades, je ne suis pas encore assez aguerrie, il n'empêche que lors ce stage de triathlon que je viens de vivre, en gros j'ai suivi. Et surtout : j'ai adoré ça. J'espère que je pourrai recommencer l'an prochain.

L'autre rêve l'était au sens littéral : c'étaient des rêves que je faisais la nuit, sans trop m'expliquer pourquoi, et non quelque chose que je rêvais de faire. J'étais vis-à-vis du monde extérieur plutôt réservée et timide, il fallait que je connaisse les gens pour être plus expansive ; mon éducation poussait dans le sens de Il ne faut pas se faire remarquer. Et voilà que régulièrement dans des rêves, j'étais la personne qui interviewait de grands sportifs, très à l'aise avec eux, amie avec certains. Je me souviens que ces rêves m'étonnaient. Comme j'apprenais des langues étrangères et que ces songes avaient lieu en V.O. j'imaginais que c'était mon cerveau qui avait trouvé ce biais, via l'actualité sportive que je suivais tous les dimanche en regardant Stade 2 ou mon magazine de foot préféré, de réviser mes cours.

Voilà que des années après, par la voie du métier de libraire et à présent la pratique de la radio, je me suis retrouvée et me retrouve encore à interroger sur leurs pratiques des écrivain·e·s. , que je suis effectivement une de ces personnes qui pose des questions aux autres sur leur travail et la vie que ça donne (1).

Réaliser ses rêves, même très tardivement et même ceux que l'on faisait sans y croire, est très satisfaisant. 

Sans doute est-ce une étape normale à mon âge que de revisiter son passé, les points heureux et les zones tristes, personnelles ou de société. C'est dur à encaisser côté vision du monde tel qu'il était et tente d'être encore, mais plutôt réconfortant, que des prises de consciences collectives semblent aller vers davantage de respect des personnes ; c'est merveilleux de pouvoir avoir accès, ne serait-ce que ponctuellement, à ce qu'on avait imaginé que l'on pourrait faire.

 

(1) Je ne risquais pas d'imaginer enfant interviewer des écrivains, car pour moi à l'époque c'était plutôt de vieux messieurs des temps anciens, déjà morts pour la plupart, et Agatha Christie.

 


Go ahead


    Ce soir le #JukeBoxFou de dedans ma tête me passait inlassablement ce vieux succès de Van Halen. 

Go ahead and jump ! 

Je crois qu'il était tout simplement en train de me résumer ma journée, du moins pour ce qui est de cette phrase (1). Quoiqu'il eût pu choisir It's been a hard day's night.

Entre rendez-vous téléphonique de logiciel informatique pour la librairie, émission de radio (finir de la préparer, puis la délivrer), achat express d'une combi de rechange et de deux ou trois accessoires encore manquants pour le stage, mails à Pôle Emploi, réponse à d'autres messages professionnels, bagages session 1 (le vélo et ce qui part dans un sac dans le camion), apporter le vélo et le sac de sport au camion et aider au chargement, bagages session 2 (la valise d'effets perso), s'occuper de lessives, et boucler la journée ici, ce fut non-stop de 7h à 1h de passé minuit. 

Le réveil promet rude. Le train est à l'aube.

Et voici que tonne un orage. 
Ma vie d'en ce moment va un peu vite pour moi et sur trop de fronts. Mais bon sang qu'elle est stimulante, plutôt belle, allant vers l'avant et sans le moindre ennui ! 

 

(1) et non de l'ensemble de la chanson.