Écrire


20240101_131105      Je débute l'année totalement ensuquée, avec cette sorte d'inquiétude sourde qu'il y a quand on se dit, Heureusement que c'était un jour férié, je n'aurais pas été en état de travailler. 
J'espère que pour demain et les quatre jours qu'il faudra enchaîner, je serai remise sur pied.

Métallisée par le soleil, La Tour, ce matin me semble immense et presque menaçante.

Je parviens péniblement à faire trois choses à faire, rapport à une inscription à une course, et à la réactivation pour toutes les applis utiles, de mon téléfonino récupéré. Il me restera à effectuer dans les temps la restitution du téléphone de prêt. Et bien sûr, le truc machin bidule prévu pour sur le site de l'opérateur bugue en cours de route.

Je lis, c'est tout ce qui reste possible quand la fatigue physique prend ainsi le dessus. 
Dans l'ouvrage qui recense en français les écrits quotidiens de Patricia Highsmith, je tombe sur cette phrase qui ne s'applique pas du tout à mon cas : 

"Comme la plupart des diaristes, Pat avait tendance à écrire davantage pendant les périodes difficiles".

J'ai tendance à écrire davantage ... pendant les périodes où je dispose de temps libre. Ce qui élimine de facto : celles pendant lesquelles je fais trop de trucs trop bien (par exemple : semaine de stage de triathlon ou festival de cinéma) et celles pendants lesquelles il se passe trop de trucs trop difficiles et que tout le temps et l'énergie sont employés pour y faire face.
Lus par des descendants ultérieurement, mes diarii donneront donc l'impression d'une vie moyenne (c'est le cas) mais très lisse (ben non, en réalité). Les moments nombreux de maladies y seront moindres qu'en réalité, puisqu'aux jours d'être fiévreuse et clouée au lit, je n'écris guère.

Le début de l'ouvrage porte sur ses notes de 1941 et je trouve moyen d'en lire une grande partie sans capter que c'est alors en pleine guerre mondiale - effectivement la vie quotidienne d'une jeune femme de 20 ans aux USA n'était pas violemment impactée -. Je prends aussi ainsi conscience de son appartenance à une génération qui précédait celle de mes parents, sans être pour autant de celle de mes grands-parents. Dans ma tête, elle était comme une légère aînée, comme si elle faisait partie de la génération de mes cousins-cousines dont deux seulement sont de mes âges et tous les autres d'un cran d'avant.
Peut-être que son antisémitisme venait pour partie de là, je me souviens de ma propre mère qui était si surprise qu'on lui dise qu'elle l'était. Elles étaient née dans des époques où certains préjugés étaient sans complexes institutionnalisés, étaient considérés comme des évidences. Leur façon d'y surseoir était d'avoir des ami·e·s de toutes origines, sans être freinées par ce qui fut inculqué.
Je me demande quels a priori de mon propre système de valeurs seront plus tard jugés inacceptables. J'espère que ça ne sera pas mon humanisme, alors que nous traversons une période de violent retours des nationalismes les plus étriqués.

Capture d’écran 2023-12-31 à 21.18.39    Je lis chez Lucette Desvignes ces phrases qui me redonnent courage : un écrivain "C'est quelqu'un qui écrit - pour soi, pour la postérité, pour la corbeille, peu importe : on écrit et c'est une grand chance de pouvoir continuer à avoir des idées et de pouvoir les exprimer, soit par la parole, soit par l'écriture, même quand on est entré dans les quatre-vingt-dix-huit".

Tout n'est pas perdu.

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   Non sans étonnement, je m'aperçois que ce blog a passé le cap des 5555 notes (1). Si mes calculs sont bons, la 5555 ème causait de speedcubing ; ce qui me plaît bien.

Vieillir c'est s'intéresser à des activités que l'on n'est plus ou plus tout à fait en mesure de pratiquer. Le speedcubing, le parkour et le cyclocross sont arrivés trop tard dans ma vie. Pour le triathlon, je suis heureuse de n'avoir pas raté le coche, mais il s'en est fallu d'un rien.
Et toujours quand on est une femme : NE PAS ÉCOUTER l'entourage qui les 2/3 du temps se montre décourageant et a vite fait de te considérer comme un peu fofolle, quand un homme dans les mêmes dispositions de se lancer dans une activité un tantinet tardivement, recevrait moult appréciations positives quant à son courage et son esprit d'entreprise resté intact. Pour une femme on parlera plutôt de velléités. Grumbl. Restons vivantes, soyons cinglées.

 

N'ayant trouvé aucun vœux par textos à mon réveil, j'en avais déduit que la coutume s'en était perdue, que ma vie métro boulot vélo dodo (et course à pied, et natation) m'avait coupée de trop d'ami·e·s, que la famille était désormais trop atomisée, dispersée, orpheline de la génération chapeau qui faisait le lien et des invitations de réunions, ou que l'année 2024 s'annonçait trop terrifiante pour qu'on se la souhaite bonne. C'était peut-être pour partie vrai, mais surtout lié au fait que WhatsApp semble avoir ramassé la mise. Ce que je découvre en réactivant mon "vrai" téléphone, celui qui vient d'être réparé, sur cette application (2). Je m'efforce de répondre scrupuleusement. 

Je le sais mais en constate pourtant la confirmation avec étonnement : les petits téléphones individuels ont pris dans nos vies une importance impressionnante. Retrouver "le vrai mien" me montre à quel point d'avoir été près d'un mois avec un fonctionnement restreint m'a fatiguée. Parce que je devais (un peu) réfléchir pour avoir accès à certaines fonctionnalités. Parce que je me passais de pas mal de petits services dont je n'avais pas conscience d'à quel point ils me facilitaient la vie.
Parce que le téléphone est devenu l'appareil photo (3). 
Ce qui est curieux, c'est que le téléphone de prêt avait un meilleur appareil photo intégré que le mien, mais que pour autant je suis soulagée de retrouver le fonctionnement du premier.

Je ne sais toujours pas si le fait d'être coupée des informations du monde pendant mon travail salarié me pèse ou me protège. Que je me pose la question, alors que je suis quelqu'un qui éprouve depuis l'enfance le besoin de suivre la pulsation du monde, est signifiant, nous vivons des temps sombres avec la quasi-certitude que la suite sera pire.

Notre maison de Normandie sera d'ailleurs peut-être un jour qui sait, et du vivant de la descendance (sinon du mien), une résidence de rivage, et le Cotentin (re?)devenu une île. Séparée du continent à la hauteur du MacDo. 

 

 

(1) Nombre qui revêt pour moi une importance particulière car le premier roman auquel j'ai participé était une œuvre collective écrite en classe de 5ème sous l'égide de monsieur Compain notre professeur de français et que le titre, collectivement choisi en était : "Le clipper de l'an 5555 ou inquiétude chez les dieux". Hé oui il s'agissait d'un roman d'anticipation. 

(2)  Je m'inquiétais d'un mot de passe oublié : en fait il suffit de relancer l'appli, rentrer le numéro de mobile et un code de confirmation nous est envoyé. En revanche l'historique des conversations revient de façon qui semble imprévisible : des très anciennes ressurgissent, des nouvelles restent perdues dans les limbes de l'appareil intermédiaire. 
Note pour plus tard : si quelque chose est dit ou indiqué par cet outil et qui semble digne d'être conservé, prendre soin de le sauvegarder sur un autre support. 
(3) Ce qui m'embête un peu. J'avais une belle relation avec les miens. Et les réglages flashy par défauts des téléfonini ne me conviennent pas tant. 

 

 

 


Retour Vélotaf

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Je tente de sauver mes journées perdues à gagner ma vie par des vélotafs somptueux. Paris est d'un grand secours.
Il y avait aujourd'hui le test event du triathlon femme en vue des J.O. et j'étais coincée au bureau. 

Beaucoup de boulot, et un sentiment d'utilité, la journée est passée vite, je ne veux pas dire. 

Et ce Vélotaf, je l'ai vraiment savouré. Il faisait un temps idéal, parfait. 
À l'anneau de vitesse de Longchamp que je longeais dans l'autre sens, j'ai croisé une amie du triathlon et nous faire signe a été mon petit encouragement d'après la journée de labeur.

Seulement une fois rentrée, à peine la force de prendre une douche, de dîner, d'étendre la lessive qui attendait depuis la veille au soir. Il ne restait plus rien sous la semelle. 

J'étais triste et je savais pourquoi : une camarade du ciné-club avait été enterrée ce jour.
Prendre un jour de congé (c'était à Rosny sous Bois) n'était pas concevable un tel jour d'effectifs réduits. Trop de deuils ces deux dernières années dans mon entourage amical.

Je suis triste à l'idée que nous n'aurons sans doute jamais de petits-enfants et que si nous en avions nous serions terriblement inquiets pour leur avenir.
Des records de chaleurs sont franchis dans différents points du monde et si à titre personnel et tant que je dispose d'eau, je sais que je peux tenir assez longtemps assez haut, je sais qu'il faut s'inquiéter de cet avenir décomposé qui déjà survient.
L'humanité est en train de vivre en collectif "Flowers for Algernon" et on en est à la redescente et ça s'accélère.

La prochaine pandémie pourrait ne pas tarder (je ne parle pas de la résurgence du Covid, que l'on feint d'ignorer).

"Les enfants de septembre" de Jean-René Huguenin est d'une justesse infinie sur les aléas et duretés de la vie, mais contient des bouffées d'antisémitisme très pénibles. Tout en se montrant en soutien - l'un des jeunes protagonistes est un enfant dont les parents ont été déportés et la compassion y est -. Mais bon sang les idées reçues iniques et moisies ! Celles d'une époque où elles étaient considérées comme allant de soi, j'en voyais les ravages sur la génération de ma mère, mode "les bienfaits de la civilisation" sur les catégories inférieures "on". Une éducation collective qui laisse des traces.

Je puise consolation dans une brève vidéo de Rhys Mclenaghan.


Une grande fatigue

 

    Sous l'effet d'un deuil et peut-être de l'âge, je m'aperçois que je deviens peu capable de suivre l'actualité, surtout qu'elle était, particulièrement aujourd'hui faite de violences, et plus particulièrement de violences répressives, puisqu'il y avait de grandes manifestation écologiques, contre la mise en place d'un dispositif de rétention de l'eau aberrant (1) pour ne parler que des questions de bon sens.

Alors aujourd'hui j'ai vaqué à mes occupations administratives et domestiques, tenté d'écluser un peu la fatigue, terminer une lecture pour le cercle de lecture dont je fais partie, et été à un entraînement de natation où j'ai subi un passage de grande fatigue (mais l'eau est sympa, elle nous porte). Et au soir j'ai lu les interventions des ami·e·s sur les différents réseaux, dont certains m'ont réconfortée par leur humour.


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Je devrais être en train de me battre pour nos retraites, mais n'en ai pas la force. Pas même celle de suivre de près ce qui se passe. 

 

(1) au lieu de la laisser en sous sol puis de la prélever on va la stocker dans de vastes bassin (histoire qu'elle s'évapore ?)


Retour au trail

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    Je me doutais bien qu'après une semaine de six jours et même si j'avais bénéficié le vendredi d'une sortie anticipée, j'allais être peu capable de faire quoi que ce soit.

Or, j'ai deux livres à retrouver d'urgence pour les rendre à leur propriétaire et un document "trop bien rangé" à exhumer.

Sans parler de quelques retards d'écriture, et d'un courrier amical à envoyer (je voulais le faire pour Noël, c'est raté).

Alors je me suis concentrée sur la chose qui pouvait possiblement me faire retrouver de l'énergie, à savoir aller courir en forêt, et ce d'autant plus que nous avons le maxi trail de Bouffémont prévu début février. 

 

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Alors en mode late sunday morning run, nous y sommes allés. J'étrennais un nouveau maillot qui s'est révélé très confortable. Comme j'avais mis par dessus une polaire et qu'il faisait aux environs de 11°c, j'ai même eu un peu chaud. Effet de jour de Noël : s'il y avait un flot continu de voitures en direction de Paris sur la bretelle d'autoroute qui allait vers Taverny, il n'y avait presque personne dans la forêt. Et je l'avoue, une forêt pour nous tous seuls et quelques rares et sportifs passants, c'était divinement agréable. J'ai pu jouer avec les trajectoires, choisir d'éviter la boue ou au contraire pas, et même, luxe suprême, faire une pause pipi sans perdre trop de temps (à attendre un moment sans beaucoup de gens).

Pas de douleurs, seulement un relatif manque d'énergie, même si j'ai pu tenir 5'23'' du km dans la partie descendante avant le château [de la Chasse, visible sur la photo].

Au retour sur France Inter via l'autoradio, une émission dans laquelle la lumineuse Clara Lucciani parlait des Beatles avec un autre invité, et après la douche une fois au lit j'ai écouté la suite, puis suis restée pour ma sieste sur le sujet, le Joueur de Pétanque qui n'avait pas pétanque (enfin un jour de fermeture !) en a profité aussi. Ça nous a mis une fin de journée en chansons.
Et s'il avait envie de s'énerver sur la marche du monde - il ne supporte pas le retour en France pour une opération du cœur d'un vieux tueur en série des années 70 -, c'était un peu sans moi, qui avait trop besoin de décompresser pour être opérationnelle au taf dans la semaine à venir. Alors j'ai tenté de lui faire découvrir le monde fascinant des speed-cubers, lesquels m'épatent complètement.

À part ça, je n'ai eu la force que de m'occuper d'une lessive.
Ma consolation est que les jambes tiennent 13 km avec 225 m de D+ sans problèmes sans douleurs, je suis fatiguée mais pas trop mal entraînée ; je reste tentée par le marathon.

Demain, il faudra reprendre le collier, et comme d'habitude je me demande comment je fais faire pour tenir le coup. Comment faisaient mes aïeux lorsque la semaine de travail faisait 6 jours et 12 heures les journées d'employé·e·s ? 

Si la famille et les ami·e·s passent me lire, avec lesquel·le·s nous avons échangé des messages au fil de la journée, qu'ils et elles sachent que ça m'a fait bien plaisir, c'était le bon réconfort pour un jour de congé et dimanche et férié.

 

 


Films des années 80


    Sans l'avoir vraiment recherché, j'ai revu récemment deux films du tout début des années 80, que j'avais je pense revus une fois dans l'intervalle.

Il s'agit de "Diva" et de "Le père Noël est une ordure". Il y a un plaisir qui n'y était jadis pas, de revoir les extérieurs de l'époque. J'étais à un âge qui m'équipait d'une impression de Maintenant c'est comme ça, sans imagination d'un moment où les modes de vie et modèles de voiture seraient radicalement différents.
J'aime bien revoir le Paris tel que mon cerveau l'avait estampillé d'immuable.

Et il y a un étonnement. Si ma mémoire de certaines scènes et dialogues est restée parfaitement fidèle à l'œuvre d'origine, dans les deux cas il y a un grand pan de l'histoire qui était totalement passé aux oubliettes.

Pour Diva, toute la partie de l'intrigue concernant la cassette de confession qui peut compromettre le commissaire ripoux.
Pour Le père Noël, toute la partie concernant le réparateur d'ascenseur et la scène pourtant assez longue, au zoo de Vincennes.

Ce qui est drôle c'est que dans les deux cas, le cut opéré par ma mémoire laisse un film cohérent : un peu comme si mon cerveau faisait impeccablement le taf de raccourcir l'œuvre pour qu'elle soit conforme à une durée souhaitée.

Et si ça tombe, "ma" version serait mieux, sans pesanteur dans un cas, et moins violente dans les deux.
On en fait toujours trop.

(Après, s'il faut attendre 40 ans (?!!!!?) de décantation mémorielle pour obtenir l'œuvre parfaite, on n'est pas rendus)

 


La notion du temps

 

    C'est Dr Caso dans ce billet en passant qui écrit "J'ai perdu la notion du temps avec la pandémie et je ne l'ai jamais retrouvée". Je m'aperçois que tel est mon cas. Tout ce qui est avant semble d'une époque très ancienne. Tout ce qui a lieu depuis ses débuts entre dans la catégorie "hier" même si comme cela fait plus de deux ans que cela dure, c'est un hier qui peut avoir deux ans.

Par ailleurs ce qui est survenu à des dates plus ancienne me semble éloigné calendairement de façon stupéfiante. Pas un jour sans que je recompte une durée sur mes doigts, tellement le calcul mental automatique qui s'effectuait à l'évocation de tel événement datant de telle date me donne un résultat qui me paraît improbable. 

Dans le même temps, dès que je me penche en pensées sur ce qui est advenu pendant toutes ces années, j'y vois de quoi en avoir occupé le double, ça n'est vraiment pas une sensation de "qu'est-ce que j'ai bien pu faire de tout ce temps", c'est plutôt "Wow, pas étonnant que je sois fatiguée, comment suis-je parvenue à faire (face à) tant de choses". C'est leur nombre qui me sidère, comme un footballeur à qui on annoncerait un cumul de buts marqués faramineux depuis le début de sa carrière alors qu'il n'a jamais pris la peine de les dénombrer.

Le fait que les 3/4 du temps je n'en suis pas maître puisque soumise à des obligations salariales, ou par choix embringuée dans des événements (sportifs à présent, musicaux il fut un temps, culturels quand j'étais libraire) avec horaires et préparations, accroît ma perte de repères. J'espère parvenir un jour à une retraite, qu'elle dure des années avec assez de santé et que je puisse enfin retrouver la notion du temps - je ne doute pas que revenue à mon propre rythme, je la retrouve, paisiblement -. 


La reprise des courses


    C'était la première course en réel à laquelle nous participions depuis février 2020 et le Maxi Trail de Bouffémont. 
J'avais oublié ces moments de bon petit bonheur dans l'effort. Le seul enjeu pour moi est ... de faire mieux que moi : entre l'âge qui ne pèse pour l'instant pas trop mais dont il faut tenir compte (1) et la thalassémie, même si je m'entraînais à plein temps je ne pourrais prétendre aux meilleures places. 

J'avais oublié l'effet stimulant de la joie collective, même si je savais toujours son existence.

Bref, tout ça nous a fait infiniment de bien, nous laisse entrevoir une fin de pandémie possible, un jour, peut-être au printemps.

Pour parachever le bonheur de cette journée, une splendide victoire de Julian Alaphilippe aux mondiaux de cyclisme sur route hommes, avec la joie quand la victoire va à quelqu'un qui semble le mériter si fort.

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242909867_10226713308001650_1706150435222589748_nCrédit Photo : Marco Sauviat, grand merci à lui et aux camarades du club venus encourager et qui en plus pour plusieurs d'entre elles et eux s'alignaient ensuite sur le 5 km.

 

 

(1) au niveau du rythme cardiaque notamment. Et de la récupération, pour l'instant principal domaine où "C'est plus comme avant".


Chroniques du déconfinement jour 23 : Travail, trajets, et une corvée

Déconfinement officiel 1 jour 50

 

Pas grand chose à dire de cette journée où je n'aurais pas fait grand-chose pour moi-même ou ma petite famille (les ami·e·s, n'y pensons même pas). Même ce que j'ai pu faire sur mon temps personnel était en lien avec le travail : envoi le midi à une poste de Montrouge de ma résiliation de mutuelle en recommandé AR, échanges avec le réparateur du vélo (qui me sert au #Vélotaf).
Bref, un lundi dans toute sa splendeur. 
 
C'est la première fois depuis 2017 je bénéficie d'une mutuelle employeur. En fait la loi qui fait obligation d'une mutuelle dès lors qu'il y a contrat n'est pas appliquée dans les faits (ou si imparfaitement que j'avais fini par prendre une mutuelle personnelle à mes frais).
Il peut être intéressant de noter que j'ai commencé à faire la queue à une poste - à l'extérieur avec des gens plutôt masqués dans l'ensemble et bien espacés -, mais ça n'avançait pas et je voyais fondre mon heure de déjeuner. Alors je me suis rendue à une autre, plus petite mais plus près, et qui était réouverte (je ne l'avais vu jusqu'alors que fermée), où j'ai pu rapidement régler mon envoi grâce à du personnel particulièrement courtois. Les usagers en revanche étaient peu masqués et pas respectueux de la distanciation - deux salles deux ambiances comme on dit sur Twitter depuis quelques temps -.
 
Journée de travail pas très productive : je suis à nouveau en formation auprès de collègues. De ce fait, l'intérêt de ma journée, de se que j'apprends, dépend de ce qui leur échoie. Et la moisson du jour n'était guère variée, c'est tombé comme ça. Après le déjeuner que je n'avais pas vraiment pris (un 2/3 de sandwich enfilé en marchant, en attendant), j'ai dû lutter contre le sommeil. J'ai hâte d'être responsable d'appels qu'on m'attribuerait. Même si ça ne sera pas évident dans un premier temps.
 
Vélotaf avec le vélo jaune : à l'aller chemin direct 1h environ, au retour chemin "pistes cyclables" 1h16 écoulée.
Déception pour le premier d'avoir mis si longtemps malgré le tout droit à base de grosses pistes partagées avec les bus, grands boulevards, grosses avenues. Ce qui est certes efficace mais guère agréable.
Déception pour le retour : la voie verte est entrecoupée de ses barrières hostiles aux vélos (et vu l'affluence elles génèrent des embouteillages) ; d'Austerlitz à l'Institut du Monde Arabe la piste cyclable n'en est pas vraiment une ; dans la rue de Rivoli que je me réjouissais de prendre en toute sécurité,  à deux reprises on (tout un petit peloton de cyclistes) s'est retrouvé avec des voitures sur la piste nouvelle large (pas des taxis) et c'était dangereux aussi vis-à-vis des bus. Ça donnait l'impression qu'un accès avait cessé d'être fermé et que du coup des automobilistes s'étaient engouffrés par là, pour se retrouver complètement perdus au milieu du flot de vélos et dans la voie voisine de bus et taxis. Bizarre. Et guère rassurant.

Soirée trop courte (le temps du retour etc. il était 20h35, 21h après avoir dîné). J'ai appris que si le boulot du fiston a repris en "présentiel" comme on dit désormais c'est qu'à part lui presque tout le monde a profité du télétravail pour ne pas remplir ses objectifs. Alors ses boss ont sifflé la fin de la récré. Y compris pour lui qui avait prouvé ses capacités d'autonomie et d'autodiscipline et aurait pu bénéficier de prolongations comme une récompense. 
L'Homme est littéralement tombé de sommeil (son ordi sur les genoux ou quasi) après un bref dîner. Même si le repas d'anniversaires de la veille avait engendré un surcroît de fatigue explicable, je suis inquiète pour lui. 
 
 
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Celui dont le nom commence par un Z et que les télés convient à loisir afin qu'il étale sa haine aurait dit sans rire que si les écologistes ont emportés des victoires majeures aux municipales c'est parce que ce n'est pas un hasard avec le fait que le vert soit la couleur de l'islam. Là, je pense qu'il devient difficile de faire comme si on ne voyait pas qu'il s'agit d'une sévère névrose obsessionnelle. 
(je continue tellement c'est gros, à voir apparaître d'un moment à l'autre un touite du Gorafi qui dira, On vous a bien eus, c'était en fait de nous)

À cause des pays comme le Brésil ou les États-Unis qui ont choisi de ne pas vraiment confiner, ou bien trop tard ou pas assez, la pandémie se porte à merveille et devrait pouvoir revenir en boomerang vers l'Europe à l'automne, alors que nos immunités ne seront plus tout à fait efficaces - du moins si ça fonctionne comme pour la grippe (ce qui est fort possible en plus que le virus aura eu le temps de muter) -. 

Je n'ai plus matériellement le temps de suivre les infos italiennes et le regrette bien.

Lien vers le site de la santé publique en France 

Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
10 373 333 cas (dont : 506 928 morts (128 665 morts aux USA) et 5 615 646 guéris

Pour tenter de tenir le moral bon, l'Auberge des blogueurs


Chroniques du confinement jour 28 : Grand vent, trente ans et jour férié


    Notre fille a trente ans aujourd'hui. Anniversaire souhaité mais non fêté. Sans doute ferons-nous un rattrapage après. Elle n'est pas seule et cela me console pour elle.
Je n'en reviens pas de ce nombre d'années. Non pas du fait qu'elle les ait, elle, totalisée, mais du fait qu'autant de temps ait pu filer. Si j'y repense un instant (privilège du confinement : on peut s'accorder du temps pour penser aux choses calmement), je les vois bien ces années, d'autant plus qu'une fois sortie de l'"Usine" comme disait Marie, ce furent des années de vraie vie et non entre parenthèse durant tant d'heures de travail où je n'y étais qu'en exécutante, mais ne les vivant pas vraiment. Il n'empêche. 30 ans ! C'est fascinant. Même si je passe au travers de plusieurs pandémies, il ne m'en reste peut-être plus tant. Tant que je ne suis pas dans d'atroces souffrances ou circonstances, j'aimerais bien continuer. Je trouve ce monde intéressant. Et je n'ai pas envie de quitter de si tôt mes proches, mes ami·e·s.

Nous devions aller courir mais un vent bien fort nous en a dissuadé. Il soufflait depuis la veille au soir mais s'était renforcé au matin. Il avait plus aussi, dans la nuit. J'ai pris une ou deux photos ; Pierre m'a fait remarquer que l'une d'elle que j'avais publiée sur les réseaux sociaux ressemblait à un tableau de Pierre Soulages. 

Je pense que techniquement nous aurions pu courir, que ça aurait même été amusant - contrairement au vélo qui par un tel vent est carrément dangereux ; je veux dire hors périodes de confinement -. Mais la voie verte est bordée d'arbres et une branche cassée peut si vite voler ou tout autre chose que le vent porterait. Il ne s'agit pas de prendre en ce moment des risques inutiles. 

Une fois la décision collégiale prise, je me suis recouchée. Il était 7h30 un peu passées.

J'ai sans doute re-dormi et écouté aussi le concerto du vent et des oiseaux. Ceux-ci qu'en benoîte citadine je croyais planqués par grands vents, ressortent dès que les rafales faiblissent, et savent apparemment anticiper leur retour. Peut-être au frémissement qui les précède dans les plus hautes branches des très grands arbres.  
Après tout c'était jour férié, donc nous pouvions tout à fait nous accorder une grasse matinée.

Le vent était par rafales si fort qu'il a ouvert en claquant la petite fenêtre arrière près de mon bureau, laquelle ne tient qu'à un loquet. Heureusement pas de vitre cassée. 

J'ai retrouvé en cherchant des chewing-gums un CD dans le tiroir de la table de chevet qui jouxte mon lit à gauche (à main gauche quand on y est allongée). C'était un CD pour enregistrer soit même et j'y ai retrouvé une copie de celui de Kyo "300 lésions" acheté du temps où les enfants kiffaient ce groupe. En fait je l'avais retiré du lecteur de la voiture pour le remplacer par Bleu Pétrole d'Alain Bashung (dont la pochette portait la trace écrite). Puis je l'avais oublié là. 
Note pour un prochain confinement : ranger oui, mais pas trop, afin de s'accorder quelques retrouvailles. 
Je ne suis pas particulièrement admiratrice de la musique de ce groupe (dont j'ai appris qu'il s'était reformé en 2014 après s'être arrêté en 2008), mais j'aime écouter leurs morceaux qui me rappellent une époque dynamique de ma vie, celle du temps de Marie, et des enfants encore enfants ou adolescents. 
Quand je songe au passé, je n'ai aucun regrets, j'ai fait de mon mieux sans arrêt, par moment mon mieux fut insuffisant, voilà. Et nous n'avons pas été épargnés, tout en restant privilégiés à l'échelle du monde tel qu'il est. Alors ça ne m'est pas désagréable de jeter un coup d'œil en arrière et mesuré que si tout ça fut plutôt rude, ce fut intéressant. Et que de belles amitiés ! 

JF m'a obligeamment libéré l'un des fauteuils verts, où il avait mis ses habits et j'y ai lu avec délice "Feu de tout bois" une partie du restant de matinée. Mon amie et son époux ont à présent quitté Bagdad, ils faisaient route vers la Suisse puis la France à travers la Grèce. Grâce aux outils modernes je suivais la localisation des villes sur une carte via mon téléfonino et comme je date d'avant tout ça (rechercher le nom des villes dans un gros dictionnaire, être déçue que celles-ci trop petites ou de faibles notoriétés ne s'y trouvassent pas, de n'en voir aucune photo), c'était un délice de lecture et voyage par procuration. 
Je les ai quittés alors qu'ils s'installaient à Tripoli : c'était l'heure de notre déjeuner, un succulent tajine d'agneau du traiteur de sur la place, agrémenté de semoule préparée par JF. Ce repas était assez raccord avec le voyage littéraire, m'a-t-il semblé. 

Le soleil s'est libéré en fin de matinée mais la tempête de vent n'a pas molli pour autant. Le contraste est curieux. On pourrait, hors confinement, se dire Oh il fait beau, c'est jour férié, allons nous promener. Mais en fait il fait un temps dangereux, nous sommes confiner et le danger primitif du vent en tempête nous accorde l'illusion de croire que la décision de rester à l'intérieur vient de nous par prudence des plus élémentaires. J'aime assez cette version. On peut aussi compléter l'illusion par celle d'être venus parce que c'était le week-end de Pâques, zut alors tout à l'heure il faudra reprendre la route et le boulot demain.   

Encore une séance de Tabata un peu écourtée pour des questions de droits sur les musiques. Ce que je ne comprends pas bien c'est qu'il s'agit d'un groupe privé. 

Les chiffres de l'épidémie continuent à être à la fois encourageants mais partout en Europe bien insuffisants pour envisager des reprises de la vie courante et économique normale. Président Macron dans son discours de 20h a annoncé "reprise générale le 11 mai" dont les écoles, collèges et lycées ce qui paraît suicidaire puisque toujours pas de masques (en aurons-nous dans un mois et comment feront les gosses), ni de tests. Il faudrait des tests de l'immunité. En Espagne c'est pire des activités ont repris à présent alors que le nombre des morts est très élevé. 
En Italie c'est l'anarchie, des boutiques (dont les librairies et les magasins de vêtements pour enfants) devraient ré-ouvrir mais pas partout ou pas avec les mêmes horaires, mais dans certains endroits si quand même. 

Un article inquiétant : d'après l'OMS l'immunité de serait pas garantie après un premier passage de la maladie (j'avais lu par ailleurs quelque part 91 personnes en Asie, constatées ré-infectées). 

JF semblait abattu par la nouvelle date limite de confinement. Il est vrai qu'au moins son boulot va en prendre un coup. Un joueur de Charlie Pétanque serait mort du Covid-19. 
Pour ma part je n'ai pas envie de courir de risque (mais pas envie de perdre mes perspectives professionnelles non plus). 
Bon, nous avons en tout cas encore un mois au moins au calme.

Je repenserai à cette journée d'anniversaire, comme avant tout celle d'une tempête au soleil, ce qui était bien étrange, ce vent si violent sous une apparence de temps si beau. 

 

 

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
1 871 896 cas (dont : 116 004 morts (22 115 aux USA) et 434 298 guéris) (chiffres vers 16h)


Un très ancien passé

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Pour cause de recherche d'emploi, me voici retournée dans une ville de mon très lointain passé : j'ai grandi tout près mes premières années, c'était la grande ville voisine où ma mère et moi allions en voiture lorsque mon père ne la prenait pas (une Aronde) pour aller à son travail à l'usine qui à l'époque était Simca. 

J'y suis très peu retournée depuis, dont une fois en 2006 mais alors en état de choc, sous l'effet d'une rupture d'amitié subie pour moi incompréhensible. J'y étais allée pour une consultation médicale, laquelle m'avait bien aidée même si sur le moment je me sentais plus désemparée que jamais. Je me souviens d'avoir téléphoné à une amie qui m'avait aidée à reprendre mon souffle, puis d'être allée achever de reprendre mes esprits à l'abbatiale, dont je me souvenais. Puis j'avais repris le train (ou le RER). Autant dire que je n'avais pas vraiment revu la ville, si ce n'est l'usine au loin par la fenêtre du cabinet médical.

J'avais également retraversée la ville lors de différents trajets et j'avais déjà remarqué que je me souvenais des axes de circulation, que je n'y avais pas perdu l'orientation.

Cette fois-ci comme j'étais un peu à l'avance et que malgré le froid, après l'entretien également, j'ai souhaité revoir la ville, j'ai davantage redécouvert de lieux. Il y a beaucoup plus d'habitations, d'anciennes bâtisses ont disparu. Le centre ville a conservé une bonne partie de lui-même, une foule de petits souvenirs sont venus me rejoindre, la poste, la mairie, un square (où sans doute je faisais du toboggan), certains immeubles bas, neufs alors, vieux maintenant, où nous passions ou dans les boutiques de rez-de-chaussée desquels nous faisions quelques emplettes (1). Je me suis souvenue de la boulangerie dans laquelle, comme une récompense, ma mère s'achetait un gâteau et pour moi un pain au chocolat. C'était un grand luxe, ressenti comme tel, et j'avais compris qu'il valait mieux ne pas, sous peine de tempête conjugale, en parler à Papa. 

Pendant pas mal d'années, plus tard, nous repassions par là : un usage de l'usine permettait aux veilles de ponts ou week-end prolongés, de bénéficier "gratuitement" d'une demi-journée de congé sous réserve qu'un hiérarchique accord un "bon de sortie". Alors ma mère, de Taverny où nous habitions alors, nous emmenait ma sœur et moi jusqu'à l'usine d'où mon père sortait et qui prenait le volant jusqu'à Normandie ou Bretagne où nous allions retrouver la famille. Treffpunkt Poissy. 
Cette ville avait pour moi une aura de l'anticipation des retrouvailles avec mes cousins - cousines (2).

Enfin j'ai un souvenir vif d'une "opération portes ouvertes" alors que je devais avoir une dizaine ou douzaine d'années : nous avions pu enfin, nous les petites familles, visiter l'usine, une belle et instructive visite guidée. M'en était resté une indulgence infinie pour mon père - comme une prison mais tu n'as rien fait de mal -, et des impressions fracassantes : le bruit assourdissant des presses et l'odeur suffocante de l'atelier peinture, pourtant délicieusement spectaculaire (des carcasses de voitures avançaient dans une cuve et en ressortaient toutes teintes ; aux êtres humains les finissions). Je me souvenais d'un bâtiment en brique tandis que tous les autres étaient des hangars métalliques.

En repartant, via le RER A, je l'ai entrevu, ainsi que l'ensemble de l'usine, son impressionnante étendue, et le château d'eau si particulier qui la rendait repérable de loin. Songé avec émotion aux années de souffrance de mon père, qui était parvenu à force de travail à s'extraire des ateliers, mais cependant y se faisait violence de s'y tenir, d'y aller. Fullsizeoutput_19b4 

Être amenée à travailler dans cette ville, dans un métier que j'aime, alors que je m'approche de la fin de ma vie professionnelle, aurait pour moi un sens. Quelque chose qui dirait que le sacrifice de mon père d'avoir enfermé ses meilleures années, n'aurait pas été vain.

 

 

(1) Un supermarché, un des premiers en France venait de s'ouvrir en bas de la colline à Chambourcy mais nous y allions, me semblait-il, avec circonspection. Ma mère (et de fait moi) fréquentait encore majoritairement des boutiques où l'on entrait et où l'on demandait ce qu'il nous fallait sans toucher à rien qu'on ne nous ait donné parce que nous l'avions payé. En tant que petite fille que mettaient terriblement mal à l'aise les amabilités forcées des grands, inutile de dire que ma préférence allait tout droit au supermarché, en plus que c'était comme un tour de manège d'être perchée dans le chariot.  

(2) Curieusement, un de mes cousins m'a téléphoné alors que j'étais en chemin, comme s'il maintenait ainsi une vieille tradition.