Après la coupe

 

    Je m'en doutais : les jours après un événement sportif auquel j'ai participé ou que j'ai suivi à fond me laissent une sensation de vide assez rude et curieuse ; ça ressemble à la fin de lecture d'un long roman prenant (1), à la différence que ce qui manque ce sont plutôt des gestes, des rendez-vous horaires, une énergie et une intensité que des gens (2).

Pour la première fois, me manque en plus du rythme de vie et des bouffées d'enthousiasme apportées par les épreuves sportives, une activité associée : j'ai adoré commenter les matchs pour la radio Cause Commune, j'aimerais même faire ça pour gagner ma vie. Seulement voilà, par où passer pour avoir accès quand on n'est pas du sérail ni ancienne sportive de haut niveau ? Il faudrait que je me trouve un service en anglais qui aurait envie d'une dame pour commenter le football (ou le cyclisme, le triathlon, l'athlétisme, le tennis, la natation ...) avec charmant accent français. Anybody ?

  20190708_164550  Pour l'heure j'ai combattu le blues en tentant de faire avancer mon avenir en tant que libraire - rendez-vous instructif ; sera-t-il décisif ? -, puisque tel est depuis une dizaine d'années mon métier et que j'aime à le pratiquer, et en bossant mon émission Côté papier de mercredi qui vient. Ça et une visite chez le médecin pour essentiellement les sacro-saints certificats médicaux réclamés pour la pratique sportive (monde absurde, c'est uniquement pour satisfaire les assurances et la guéguerre entre les fédérations d'athlétisme et de triathlon pousse depuis un an cette absurdité à son comble, comme si la pratique du triathlon n'incluait pas une part de course à pied) et les examens préventifs usuels, ainsi qu'à la tombe de Paul Verlaine pour relire un poème puis lire un peu (pour l'émission de radio, du sérieux) au calme du cimetière (3) ont suffi à remplir une journée.

Le blues de fin de belle période s'est donc trouvé plutôt bien maîtrisé.

PS : J'avance sur cette nouvelle présentation de Traces et trajets, et découvre au passage avec joie que certains blogs ont perduré. Ce billet chez Marloute me touche particulièrement. Il y a qu’il faut, encore, encore, encore, abandonner l’écriture.

PS' : J'ignore combien de temps la video sera en ligne, mais un but stupéfiant au Japon de Yuta Koike

 

(1) souvenir de la dure descente d'après Les Thibault

(2) Cela dit, il y a quelques femmes remarquables de cette coupe du monde dont j'aimerais avoir des nouvelles. Elles ont pris une place de qualité dans les pensées. J'avais oublié que l'on pouvait avoir mettons, pour se donner du cœur à l'ouvrage aux entraînements des modèles, des exemples à suivre, féminins. 

(3) Les cimetières sont de merveilleux endroits pour lire sans être dérangées et du moins à Paris en bonnes compagnies littéraires du passé (ma part d'esprit enfantin imagine les fantômes illustres venir lire par dessus mon épaule et ne pas s'empêcher de donner leur avis). Le Paul Verlaine de mon imagination juvénile n'est pas insensible à l'écriture contemporaine même s'il estime qu'ils exagèrent parfois. Il semble curieux de nos tournures.


Le bus obligé


    Mon pass navigo n'est toujours pas reconnu par les néo-vélibs, et je ne parviens pas à prendre le temps de régler cette question (il faudrait que munie de mon identifiant et code en plus du pass je me rende à une station avec du temps devant moi et mon téléphone et appelle in situ - or je ne parviens pas à réunir tout ça, entre les remplacements, mon projet de reprise, les émissions de radio et le triathlon et diverses choses administratives (dont Pôle Emploi) et je cavale sans arrêt -), dès lors pour des déplacements dans Paris sans avoir la possibilité de garer un vélo de façon sécurisée, je prends mes pieds ou le métro. Plus rarement le bus qui ne vaut la peine que s'il est direct et qu'on ne l'attend pas (ou que l'on a le temps de se la jouer touristique).

Ce matin-là j'avais rendez-vous avec celui qui cède la librairie que j'aimerais pouvoir reprendre. Un rendez-vous de très bonne heure afin d'aller aux centres d'approvisionnements d'Ivry, voir comment ça se passait. 

J'étais juste en temps, une autre personne de la maisonnée s'était réveillée et mon départ c'était trouvé différé des cinq minutes qui auraient rendues ma durée de trajet confortable. Du coup pour me rendre à la station de métro (il était trop tard pour faire le trajet à pieds) tranquillement je trottinais, ce qui permet d'y arriver en 6 minutes au lieu de 9. Un bus à un moment m'a dépassée qui allait dans la même direction, je n'y ai pas prêté davantage attention : j'étais porte de Clichy et les travaux encore importants rendent la traversée piéton (et vélo) délicate. Je continuais donc à trottiner vers le métro à vitesse constante et confortable. C'était curieux quand même, ce bus à son arrêt qui ne redémarrait pas. 

Arrivée presque à sa hauteur j'ai soudain compris : le conducteur m'ayant vu courir, et ayant à cette heure matinale fort peu de voyageurs, m'attendait. 

Alors, j'ai pris le bus, bien obligée. Touchée par sa prévenance, merci à lui. Et stupéfaite. Que ma vitesse de croisière, moi qui suis (très) lente en course à pied, puisse être prise pour une vitesse de sprint pour arriver à temps à l'arrêt, c'était une grande première. Le triathlon, ça aide à la vie.

Je suis arrivée à l'heure à mon rendez-vous.

 

 


Le travail, je crois, est une forme d'entraînement

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Soit 16,1 km rien qu'en temps de travail et trajets (transports en commun + marche à pied).

J'avais nagé environ 1300 m le matin.

Le boulot est une forme d'entraînement, du moins dans un métier comme le mien (libraire). Je comprends mieux depuis que je pratique le sport de façon plus intensive et que je me rends compte que malgré mes limites c'est ce qui me convient, pourquoi il me va si bien : c'est l'un des rares à allier performances physique et intellectuelle.  

L'entraînement sportif se révèle payant pour la bonne résistance au travail : zéro mal aux jambes depuis ma reprise, alors que la station debout (christmas ruch oblige) est quasi-permanente. 
Si j'avais su que la course à pied pouvait aider à ce point-là, je n'aurais pas attendu 2012 pour m'y mettre.


À part ça, travail si intense, seules pauses pour manger ou aller aux toilettes, que je me suis rendue compte que je n'avais à ce point eu matériellement le temps de suivre l'actualité que j'ignorais en rentrant ce soir si l'homme qui avait tiré la veille sur la foule au centre de Strasbourg avait finalement ou non pu être arrêté. Ça fait presque un peu du bien, d'une certaine façon ; obligée de ne pas me laisser vider de mon énergie par une compassion lointaine et impuissante, autant dire, pour grande partie inutile. 


Quand le travail est devenu envahissant

 Les salariés doivent désormais s’investir positivement dans leur travail. L’autorité ne se satisfait plus qu’ils se laissent enfermer dans des paramètres coercitifs : ils doivent les épouser frénétiquement et en faire authentiquement un objet de désir. » Dans son enquête sur l’évaluation dans l’entreprise, publiée chez Éres sous le titre Le travail, au delà de l’évaluation, Damien Collard étudie les cas des personnels au contact du public à la SNCF, dans une préfecture, ou encore le labyrinthe de l’évaluation des enseignants-chercheurs. Entre déni du travail et imposition de « normes de service » souvent absurdes, c’est la dissolution du salarié dans sa conscience de bien faire qui semble programmée.

Jacques Munier dans sa chronique de ce matin sur France-Culture. 

    Je me souviens d'avoir vu cette tendance arriver : entre une époque où le travail est ce qu'il est, et où l'on demande certes aux gens d'être motivés mais dès lors qu'il est fait - et ce qu'on demande reste faisable - on leur fout la paix : d'une part sur leur vie privée, tant que tu respectes les horaires et arrives opérationnel, d'autre part sur leurs façons d'être - il suffit d'être correct et d'allure et de comportement - ; et une période où le management commence à s'immiscer, des objectifs commencent à être fixés qui ne relèvent pas du travail à effectuer, et ne sont pas mis en cohérence avec des moyens pour le faire, les horaires tendent à devenir sans limites (et sans paiement d'heures supplémentaires) on demande aux gens un savoir être et non plus un savoir faire, on n'a plus le droit de ne rien opposer, comme dans une dictature, avoir l'air réjoui de tout et n'importe quoi devient obligatoire sous peine d'être taxé de "non-implication". Pendant ce temps par rapport au coût de la vie réel, les salaires diminuent, et l'ancienneté n'est pas reconnue, au contraire, elle devient un facteur de moindre considération - vous êtes là depuis trop longtemps, soupçons d'être peu adaptables -. 
Longtemps je suis parvenue à survivre sans compromettre mon intégrité, mais je n'ai rien pu faire quant à organiser une résistance, tant de gens semblaient ravis de courber l'échine, ou paraissaient avoir des vies personnelles si réduites que peu leur importait que le travail structure tout, s'immisce partout. Ou alors ils étaient doués pour faire semblant de s'en satisfaire. 
Je ne savais faire semblant de rien du tout, dès que j'ai pu le faire sans que ma petite famille ne risque d'être à la rue, je suis partie.

Seulement voilà, tout le monde ne peut en faire autant. Il serait peut-être temps que l'on en revienne à des formes plus simples d'engagements professionnels, que les exigences concernent à nouveau les tâches à accomplir, les missions à remplir mais qu'on laisse les gens libres de les remplir au mieux à leur façon et sans intrusion.

PS : Par ailleurs un intéressant billet de blog chez Le Monolecte sur ce que le mouvement des automobilistes en colère dit éventuellement de l'état de notre société. 


J'attends


    J'ai ces jours-ci la sensation de passer tout mon temps à attendre (tout en m'activant, ça ne veut pas dire que je me tourne les pouces).

J'attends des nouvelles d'un vieil ami qui s'est mis aux abonnés absents, ce qui, compte tenu du contexte (chacun de notre côté quelqu'un de gravement malade) m'inquiète. Pour autant je suis incapable de lui téléphoner (après son absence de réponse à quelques textos habituels) ... je n'ai que des choses terribles ou tristes à annoncer. Et donc si son silence c'est que de son côté ça ne va pas non plus, je me dis que ça n'est pas le moment. Alors j'attends.

J'attends un document.

J'attends que quelque chose se passe concernant ma mère, une évolution dans un sens ou dans l'autre de son état ou au moins de sa situation de personne clouée au lit dans une maison vide sauf lorsque quelqu'un passe.

J'attends qu'une lessive sèche pour sortir la suivante de la machine que j'ai déjà fait tourner. La maladie, ça salit.

J'attends la fin de la vague de froid avec une sorte de stupide illusion qu'après ça ira mieux. Sauf qu'en fait à part que je devrais récupérer un peu d'allant puisque mon corps aura moins besoin de chauffage intérieur, je ne vois vraiment pas pourquoi tout devrait s'arranger dès lors que l'air n'est plus glacé.

J'attends en bouillant d'une sorte de rage désespérée de retrouver du temps pour écrire. Chaque fois que je me relance, un élément survient qui me confisque temps personnel ou énergie, et pas des bricoles : depuis quatorze ans, maladie et décès de mon père, enlèvement de Florence Aubenas et Hussein Hanoun (participation à leur comité de soutien), faux diagnostic d'une maladie grave, esquisse de rupture subie, vraie maladie chronique sérieuse d'une personne de la famille, rupture subie et stupéfiante d'une amitié fondatrice, rupture conventionnelle d'un contrat de travail mais suite à une prise à partie brutale - six mois pour refaire surface -, reconversion (ça, c'est positif mais les débuts dans un métier ça saisit l'énergie, et puis mon corps devait se former (efforts physiques des heures d'affilées, station debout)), solides ennuis financiers à force de déficit de mois en mois creusé [en 2012 une pause dans les malheurs et comme par hasard c'est là que quelque chose enfin mérite publication], manifs répétées pour soutenir la loi pour le mariage pour tous, perte de l'emploi pour cause de fermeture de la belle librairie, rupture affective au même moment subie (comme si l'annonce de la fermeture de la librairie avait déclenché que quelqu'un qui comptait tant pour moi m'annonce de dégager, qu'il avait trouvé mieux) - à nouveau six mois pour refaire surface -, nouvel emploi mais particulièrement exigeant physiquement (un peu comme pour les ennuis d'argent, de mois en mois je vais, sans m'en rendre immédiatement compte, et croyant bien faire, faisant de mon mieux, m'enfoncer dans l'épuisement), rechute d'un des malades chroniques, gros ennuis professionnels de l'autre, attentat du 7 janvier 2015 et ce qui s'ensuit, dont une sorte de sur-rupture par dessus la rupture précédente, démission comme suite à une blessure de fatigue (1), avec un bon espoir d'autre poste en vue, moins physique, différent, attentats du 13 novembre et parmi bien des conséquences bien plus graves, volatilisation de l'emploi envisagé et gros problèmes financiers (concours calamiteux de circonstances dont un foirage de la poste qui mettra quinze jours à nous présenter un recommandé), CDD (très chouette, très beau décembre 2015 en librairie, mais très prenant aussi), recherche d'emploi active (ce qui englouti le temps, vraiment), nouvel emploi très bien mais prenant également (trajets et périodes à temps pas si partiel), licenciement économique de l'homme (après longue longue longue période d'incertitude), décès de mon beau-père, maladie incurable de ma mère. L'ensemble avec depuis 2013 ou 2014 en basse continue l'affaire de la fuite d'eau invisible pour bien nous pourrir et les finances familiales et la vie.

Il y aura eu deux périodes de respiration début 2010 et en 2012. À chaque fois, même si je me suis plutôt mise au service des autres, j'ai bien avancé mes propres chantiers. 

Serait-ce trop demander que d'en avoir à nouveau une en 2017, une fois achevé le malheur en cours et qu'il n'engendre pas trop de contre-coups ? Il y a de belles perspectives. Mais j'ai besoin de pouvoir enfin disposer de ma propre existence pour les concrétiser.

En même temps tout à l'heure, demain, un type dangereux sera nommé à la tête de l'une des plus grandes puissances mondiales et une guerre finale pourrait très vite arriver. L'Europe ne fera plus partie des pays à considérer. Et donc, même si dans nos vies personnelles certaines choses s'arrangent, c'est collectivement que nous risquons de morfler. Le pays où je vis risque à partir d'avril en plus de se trouver fort mal embarqué.

Comment faire pour écrire quand rien ne se calme jamais ? Comment faire pour créer ? Comment y sont parvenus ceux et celles qui nous ont précédés (et connaissaient de largement aussi rudes difficultés) ?

 

(1) C'était sans doute une fracture de fatigue pas tout à fait bien diagnostiquée liée au fait de pousser en m'aidant d'un pied de lourds chariots pour des livres vendus à l'extérieur de la boutique ; je ne suis vraiment guérie et sans aucune douleur que depuis octobre, soit un an après. J'ai été trop consciencieuse je suis allée travailler alors que je boitais.


Encore une idée (vouée sans doute à la jachère)

 

    Je me suis réveillée avec une nouvelle idée de roman, un truc simple, un peu grave un peu marrant et qui à mesure que j'y réfléchis me semble cohérent, tenir la route. Pas de la haute littérature - en serais-je capable même si je pouvais disposer de ma vie ? - mais quelque chose que des personnes comme j'étais avant de tomber dedans pourraient lire avec intérêt, plaisir ou amusement. Et, si je réussis mon travail, après y repenser et glaner quelques pistes de réflexions, de voir certaines choses différemment, se poser quelques petites questions.

Comme dab j'ai vite posé les jalons. Je sais que mon temps d'écriture est limité, la première étape consiste donc à ramasser le matériau et les points de repère pour ne surtout pas oublier le gisement entrevu.

Seulement voilà : c'est la rentrée. 

Même si je travaille à temps partiel, compte tenu des trajets et de la période spécifique, active et chargée, ça suffira à me garnir l'emploi du temps et employer l'énergie.

Il y a pas mal de choses à faire d'un point de vue vie quotidienne. Traditionnellement période d'inscriptions, de démarches, d'aller chez le coiffeur, de faire les révisions médicales d'usage, de quelques achats d'équipements.

Il y a à l'appartement des urgences de travaux, de rangements.

Plus que jamais cette année : reprendre les entraînements.

Il s'agit d'une fiction. J'en avais déjà une sur le feu. Ça demande non seulement du temps mais une forme de disponibilité d'esprit que je ne parviens jamais à maintenir sur la durée : il n'y a pas de période assez calme, il se passe toujours des tas de trucs - quelqu'un malade, des catastrophes collectives, des fuites d'argent ou d'eau, des tâches pour lesquelles on se retrouve requises sans l'avoir cherché -, et je ne sais toujours pas comment cloisonner, le fait est que je suis sévèrement atteinte par le syndrome de George Bailey. 

Comment font les autres ?

Mes prochaines vacances seront actives : c'est le festival de cinéma d'Arras, emploi du temps garni.

J'ai réussi à réduire mon temps de sommeil mais il reste assez grand. Et je sais qu'en la matière forcer ne sert à rien car on peut se retrouver debout mais inefficace et totalement embrumée.

Bref, encore une idée qui risque de se lyophiliser alors qu'il y avait matière à faire.

Je ne suis pas jeune, et le temps file.

Mes deux atouts sont l'oloé parfait (1) et le fait que celui-ci des chantiers ne nécessite pas de documentation fors quelques coups d'œil dans mes archives personnelles. Mais une fois la période de sa fermeture annuelle franchie je ne pourrai m'y rendre que deux ou trois demi-journées par semaine. Combien de temps me faudra-t-il pour dans ces conditions aller au bout d'un simple premier jet ? Pourrais-je le faire sans perdre l'élan ? Avant le printemps qui s'annonce pour le pays si désespérant (2) ?

Une fois de plus je me demande par quel sentier parvenir à destination, permettre à ce projet de se concrétiser, lui réserver des heures fructueuses, sans pour autant laisser le reste aller à vau-l'eau. Il faudrait sans doute que je prenne exemple sur mon amie Samantdi qui parvient à faire place à son Américain, tout en menant et gagnant sa vie.

 

 

(1) que constitue la BNF
(2) Je sais d'ores et déjà que j'aurais un grand coup de découragement après les élections dont le résultat telles qu'elles s'annoncent ne pourra à mes yeux être qu'un cauchemar ou un écœurement. Si seulement pouvait surgir une sorte de Barack Obama homme ou femme avec un programme respectueux de l'environnement et des gens et qui serait crédible dans une tentative de mise en œuvre éventuelle.

 


Quoiqu'il advienne


    Cette rencontre accordée par l'amour des livres, quelle que soit la suite que la vie y donnera, aura eu sur moi un effet salutaire de sortie de deuil. 

C'est comme après une rupture subie, on ne peut pas (je ne connais qu'un seul cas (grand sourire pour qui se reconnaîtra)) passer directement d'un chagrin affectif à une nouvelle passion (qu'il s'agisse de l'amour des amoureux ou simplement d'une très profonde et intime amitié). Après Livre Sterling qui s'était achevée par une fin la fin de l'endroit lui-même, et donc quelque chose d'absolument irréversible, il était en fait impossible (mais je l'ignorais) de me retrouver pas juste bien (1) mais heureuse, remplie d'allégresse et d'énergie en partant au travail, rieuse le soir en me souvenant des bons moments, oubliant les mauvais quasiment dans l'instant, fatiguée mais fière de l'être. 

Le Rideau Rouge et ses oiseaux auront marqué la charnière, j'étais à nouveau capable de me replacer même provisoirement, dans cette force-là. Se lever dans l'élan et le petit suspens de la journée à venir (Qu'est-ce qu'ils [les fournisseurs, les clients ...] vont [me] faire aujourd'hui ? (air de vieille institutrice devant sa classe de galopins) ?] et non sur la défensive (Pourvu que je tienne le coup malgré les 18 cartons prévus pour l'opé de Pâques), dans le plaisir de retrouver les partenaires et amies de boulot. Seulement c'était sans lendemain possible, et tant mieux puisque ça signifiait le retour de l'absente comme prévu et que tout allait bien.

Et là, voilà. Depuis mercredi je sais qu'à nouveau je peux me sentir à ma place quelque part, que ça n'était pas définitivement fini, ce ressort-là en moi, pas mort. Il fallait, en plus que cet endroit existe, que le temps de deuil travaille et passe.

Cette récupération de facultés que j'avais crues perdues pour toujours et à jamais en a entraîné deux autres, celles d'un chagrin affectif que je peux à présent regarder de loin - je viens d'archiver tous les messages sans un pincement de cœur, c'est bon, c'est clos, c'est du passé - et celles du deuil, celui-là réel et loin d'être achevé mais désormais calme pour Honoré. C'est comme s'il m'avait soufflé, Vas-y n'attends pas, prends le train ! et qu'il s'éloignait doucement, son boulot d'âme de bon copain fait.

Par ricochet j'ai pu m'attaquer avec une efficacité décuplée aux grands rangements nécessaires : je peux revoir des notes de l'époque de l'avenue Franklin Roosevelt, des messages du Grand Belge ou de V. (mais ceux-là, ça fait déjà un moment), des cartes de vœux que Philippe nous dessinait, sans avoir les larmes aux yeux, mais bien plutôt le sourire aux lèvres de qui peut se dire Ç'aura été parfois rude, mais j'ai eu une bonne vie. (et sans un seul instant d'ennui, sauf jadis à "l'Usine").

Il faut à tout prix que je me prépare mentalement pour ne pas retomber dans la peine si finalement les choses ne se font pas. Ou d'autres, mais moins satisfaisantes (2).

 

(1) Comme aux débuts de l'autre librairie avec Anne, Marguerite, Olivier et Sébastien
(2) Ce truc curieux de la vie, toujours vérifié, qui fait que dès lors que quelqu'un quelque part s'intéresse à vous, d'autres qui n'ont rien à voir, aucun lien, le font aussi. Ce qui vient d'arriver également à ma fille qui s'est retrouvée à dédaigner un stage pour une revue prestigieuse tout simplement parce qu'elle avait mieux et que c'était déjà en cours.


Boulot - dodo


Allez, tu seras quand même parvenue à arracher quelques soirées au sommeil. C'est comme si les amis te protégeaient pendant les instants partagés. Mais après, toujours après, il faut rentrer et pas question de prendre un taxi, c'est trop d'heures de travail d'un seul coup envolées. Alors prévoir de dire au revoir avant de risquer de s'effondrer en cours de route.

C'est le travail personnel qui a morflé et très nettement depuis janvier. Ainsi que les correspondances, mais tes destinataires savent qui sont indulgents. 

Il n'empêche : ne pas se voir, ne plus (trouver le temps de) s'écrire, c'est de l'éloignement.

Tu te sens reléguée dans le beau quartier.

Le nouveau chantier n'avance pas : il te faudrait du temps personnel disponible et réveillé. Il ne t'en reste pas. 

Cette semaine, le bouquin de Despentes te tient la main. Elle a si bien su capter l'air du temps. 

Tenir jusqu'aux vacances, en juillet mais trop tard pour rejoindre les camarades festivaliers. Rien n'est fait pour faciliter. Chaque bribe de bon moment doit être arrachée. De quelle malédiction fais-tu l'objet ?


Il y a deux ans - version longue -

nb. : Ce texte a été écrit bien avant le 7 janvier 2015 et le message autopromotionnel reçu de ta part le 8. À la réflexion j'ai décidé de le maintenir à la date que j'avais prévue. Il est une bonne mesure du chemin parcouru, de l'incidence qu'un acte de terrorisme même s'il ne nous touche pas physiquement, peut avoir dans nos vies, nos façons d'aimer, de penser, de percevoir le monde. À l'instar de Marie, je me suis longtemps demandé, surtout pour ma part devant les faiblesses que j'avais : Peut-on changer ? Je sais désormais que la réponse est oui. 


Capture d’écran 2014-11-04 à 18.03.12Il y a deux ans, à la même heure, je vendais "L'histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris)". Le patron et moi étions efficaces.
J'étais heureuse et fière (1).

 

 

(deux mois après)

La librairie allait fermer. Définitivement.

Tu m'as dit Va-t-en (2).

 

(l'année suivante, autre établissement)

Je n'ai pas su vendre le roman d'après.

Toute compétence a ses limites.

 

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Il y a deux ans - Make it short

nb. : Ce texte a été écrit bien avant le 7 janvier 2015 et le message autopromotionnel reçu de ta part le 8. À la réflexion j'ai décidé de le maintenir à la date que j'avais prévue. Il est une bonne mesure du chemin parcouru, de l'incidence qu'un acte de terrorisme même s'il ne nous touche pas physiquement, peut avoir dans nos vies, nos façons d'aimer, de penser, de percevoir le monde. À l'instar de Marie, je me suis longtemps demandé, surtout pour ma part devant les faiblesses que j'avais : Peut-on changer ? Je sais désormais que la réponse est oui. 

 

Capture d’écran 2014-11-04 à 18.03.12Il y a deux ans, à la même heure, je vendais "L'histoire d'Alice [...]". Le patron et moi étions efficaces.
J'étais heureuse et fière.

Puis tu m'as dit Va-t-en.

Je n'ai pas su vendre le roman suivant.

 

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