Stimulant (confort et veille de course)

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J'adore les veilles de courses, quand on met de côté toutes les difficultés de la vie quotidienne pour se concentrer sur un objectif élémentaire : parcourir x km en moins de y heures (peu importe si uniquement sur un mode ou pour le triathlon sur trois, le principe est le même : un déplacement à accomplir). On ne sait pas encore comment on sera, quelle sera notre forme, il y a une légère tension mais elle est joyeuse et stimulante. En tout cas pour moi. Et j'adore ça.

Comme nous prenons peu de vacances et qu'elles sont généralement en Normandie, avec de fait des choses sérieuses à faire, de celles qu'on fait dans un chez soi, c'est un bonheur et un réel congé du quotidien que d'aller quelque part pour une course. 

Et pour cette fois j'avais opté pour une petite folie (raisonnable) financière : l'hébergement dans le complexe sportif et hôtelier qui fait partie de l'organisation de la course. Départ sur place !

Une chambre spacieuse et belle comme nous en connaissons rarement 20190712_173552

une vraie piscine dans le complexe même - le luxe inouï de quasi descendre en maillot de bain, et pour une vraie piscine où l'on peut nager pas seulement faire trempette -. 

Nous fêtons ainsi nos trente ans de mariage. J'espère que la course sera une fête aussi. J'appréhende la longue distance, mais j'ai envie de m'y confronter. 

J'eusse aimé avoir une vie de nomade du sport, avec la santé fragile de ma jeunesse et la béta-thalassémie même mineure, ça n'était pas envisageable. D'autant plus que "mon" sport était le football et qu'il commence seulement plus de quarante ans plus tard à être reconnu pour les dames. Alors je me rattrape sur le tard, à petite échelle mais beaucoup mieux que rien, grâce au triathlon et à la course à pied. L'air de rien, à bas bruit, en attendant mon heure, j'en aurais accompli des espoirs de ma vie. 

Peut-être qu'il y a là une force à transmettre : si quelque chose nous tient profondément à cœur, et dépend de nous que ça devienne possible en assez grande partie, il convient de ne pas la perdre de vue et de porter son effort dans sa réalisation dès qu'elle devient accessible. Parfois, ça prend quarante ans. C'est tout. 

À part ça, il y a toujours cet effet en arrivant en Belgique de rentrer chez moi. Peut-être faudra-t-il qu'enfin un jour je coïncide. 


Courage Kevin !


     19424225_10211140613204256_787983641398322188_nJ'ai assisté le 24 juin (2017) à la victoire de Kevin Maurel au triathlon de Deauville. Il avait surclassé les autres concurrents parmi lesquels certains de haut niveau.

Il se trouve que je prenais des photos près de l'arrivée, pour les camarades de mon club (1).  34790038773_274ecab7ca_o

Alors bien sûr il y avait la joie de la victoire, il s'agissait d'un L (2) finir n'est pas à la portée du premier venu, finir dans les premiers est vraiment gratifiant, mais j'ai perçu quelque chose de plus, dans sa manière élégante de la savourer, dans l'ampleur de l'écart avec qui le suivait, j'ai songé Tiens, c'est quelqu'un qui s'autorise enfin [et développe son talent]. Presque aussitôt je me suis dit qu'il serait temps que j'arrête d'inventer des et les histoires de chaque personne croisée, que ça suffisait de se faire des films, qu'on imagine mal des parents dire à un enfant grandissant, Ne fais pas de triathlon et passe ton bac d'abord.

Il en est simplement resté que j'étais contente pour lui, un peu comme s'il avait été un camarade du club qu'aux entraînements je n'aurais pas beaucoup croisé mais avec lequel il y aurait eu ce lien de même appartenance.

Voilà qu'aujourd'hui, par la grâce d'un lien relayé par une amie, je tombe sur cette interview de l'athlète.

Il y déclare entre autre : 

"Je ne me suis jamais vraiment investi dans le triathlon. J’étais très irrégulier dans mes entrainements et j’avais d’autres préoccupations professionnelles. Pour moi le sport restait un moyen de retrouver mes amis pour passer de bons moments à l’entraînement et m’aérer la tête avant de rentrer à la maison.[...] En juillet 2016 je me suis séparé de mon employeur pour diverses raisons. C’est à ce moment que je me suis investi dans le triathlon. Je me suis laissé 3 mois d’entraînement pour « performer » sur le 70.3 de Vichy. J’y ai pris la 2e place (course réservée aux AG) au scratch. J’ai enchaîné 1 semaine après avec les Trigames, un triathlon LD avec 2000mD+ dont Anthony Pannier et Marcel Zamora étaient les têtes d’affiche. À ma grande surprise, j’ai remporté la course. [...] Après ces 2 résultats, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à tenter et 2017 était  l’année ou jamais. J’ai décidé de me laisser une année pour voir jusqu’où le triathlon pouvait me mener."

Me voilà donc d'autant plus admirative. Mon expérience d'existence m'a rendue d'autant plus sensible aux trajectoires non linéaires et aux succès de ceux qui n'ont pas toujours eu les vents favorables dans leur navigation. 

Je lui souhaite de tout cœur de pouvoir continuer un bon moment au plus haut niveau. J'imagine que comme dans d'autres sports loin du football pour les hommes, être professionnel signifie seulement avoir un emploi aménagé, mais qu'il convient de tenir quand même, et que ça ne doit pas être simple vu l'intensité et la régularité des entraînements requis. 

 

 

(1) que selon ma mauvaise habitude, je n'ai pas encore trouvé le temps de partager entièrement. En fait la plupart des membres du club utilise FB mais ça me gêne toujours autant, au vu de la politique de récupération des données de ce réseau social, d'y partager trop d'images (et aussi parce que les albums importants ne sont pas pratiques à consulter). Une dropbox semble s'être égarée. Je vais sans doute utiliser flickr.

(2) 1,9 km de natation, 85 km de vélo, 21 km de course à pied.


Ça se passe comme ça, à Levallois

 

    Navrée de n'avoir pu me lever à temps pour aller encourager les copains [au triathlon de Paris], j'ai tenté de sauver ma journée en allant courir. 

De Clichy, l'île de la Jatte permet de faire un petit 10 km presque bucolique. 

J'arrive à ce feu rouge traversant des voies le long de la Seine, alors qu'un homme d'un âge certain de mon âge, s'y tient depuis un moment une enveloppe à la main. En bonne bécassine béate je le remarque en me disant qu'il n'y a que nous autres vieux pour écrire encore des lettres, puis je rigole in petto de mon romantisme, juste le gars il est en train de chercher une boîte pour payer une facture. Au moment où je parviens à sa hauteur, une voiture de vieux riche s'arrête sur le passage piétons, un autre homme pas tout jeune et ventripotent installé à la place de qui se fait conduire par un chauffeur personnel, un vrai, salue l'autre avec un grand sourire, fait exactement comme si j'avais mis une cape de transparence (et je lui en sais gré), alors que le teneur d'enveloppe a un bref regard inquiet dans ma direction - je tripote alors ma montre de sportive avec application -, On se téléphone lui dit-il jovialement, Oui répond l'autre avec aménité et la voiture redémarre, le feu est vert piéton, je bondis sans demander mon reste.

On dira que c'était deux cousins qui préparaient le cadeau collectif pour les cent ans de leur chère tante Suzanne, c'est évident, vraiment. Je n'en doute pas un seul instant.

Ma montre m'a indiqué que j'ai accompli le deuxième 10 km le plus rapide (1) de ma vie de triathlète (débutante, certes, et encore pucelle de la finisherialité).

Si je vivais à Naples ou dans quelques coins précis de la Sicile, je serais sans doute à l'heure qu'il est  peut-être un peu trop morte pour écrire ce billet.

(et à part ça, il y a quelque chose avec ce passage piéton protégé : c'était au même endroit qu'un autre coureur nous avait tenu un jour des propos prophétiques avant de filer à belles foulées)

 

(1) Tout est extrêmement relatif, mon vite à moi est la petite foulée d'échauffement des autres.

PS : Aucun des deux n'était Balkany, ne soyez pas déçus.
PS' : Ce n'était qu'une simple enveloppe, pas une valise de billets

 


Une scène de film

 

    Je sortais, serrée par l'émotion d'une émouvante cérémonie de funérailles à la cathédrale arménienne Saint Jean Baptiste de Paris (émotion des retrouvailles avec d'anciens voisins, les amies d'enfance de notre fille, le décès inattendu de l'un d'eux, émotion de la cérémonie elle-même, les chants sont d'une beauté et d'une intensité qui appelle la conversion), lorsque sans doute vers la rue François 1er - je passais devant des lieux de souvenirs, une émission de radio à laquelle j'avais participé, une autre où un bien aimé avait été grâce à mon patron convié - j'ai été presque submergée par une vague étrange : une femme maigre aux jambes interminables mais petites (si, c'est possible) (silhouette de mannequin mais comme en miniature) accompagnée d'une autre aux proportions plus humaines, passait par là précédée d'une nuée de paparazzi. Je n'ai eu que le temps de me jeter sous un porche afin de laisser passer ce flot. 

La femme souriait, jouant le jeu comme si tel avait pour elle été le cas de toute éternité et les hommes (aucun photographe n'était femme) vocalisaient des sortes de directives dont il n'était pas clair de qui en était le destinataire (eux-mêmes, les deux femmes ou des collègues), "Prends du champ ! Prends du champ !) répétait l'un d'eux. Malheureusement aucun d'entre eux n'eut la bonne idée de héler la star par son prénom, ce qui fait que je n'ai pas la moindre idée de son identité. 

Son sourire était triste, elle aurait pu faire partie de notre assemblée de funérailles (1). 

Soudain la nuée était passée. Quelques quidams s'étaient retournés avec un sourire de sympathie, de bienveillance, presque d'encouragement.

C'était pour autant, La Dolce Vita made in Paris. Je suis ressortie de sous le porche en songeant que ça aurait fait une chiée belle scène de film, un personnage qui quitte des funérailles (dans un lieux impressionnant) et croise soudain, voilà, une star du moment avec les professionnels de son exploitation, toute consentante qu'elle soit. Je l'ai même imaginée filmé par Tarkovski, puis Desplechin, ou ils mettraient les caméra les montages possibles. Que ça serait chouette si dans l'histoire à ma place il se fût agi d'un personnage masculin que la vision de cette jeune femme particulière aurait ému bien plus que moi (bien sûr, dans le second cas Mathieu Amalric tiendrait ce rôle).

Ces imaginations soudaines ont très efficacement repoussé ma peine. Du moins provisoirement.

J'ai pu reprendre le chemin vers mon travail d'un pas moins pesant.  

 

(1) En écrivant ces mots j'ai eu une idée et je suis allée voir quelques images. En fait c'était elle, Ariana Grande.  

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Le fail du jour d'il y a quinze jours et la tactique de l'œil du cyclone

 

    J'aimerais avoir la classe de David Meulemans pour raconter mes #failsdujour (1), en plus que "notre héroïne" ça sonne moins bien que "notre héros", et ça vous a un petit côté produit stupéfiant qui ôte toute crédibilité au propos. 

Mais donc voilà, il y a quinze jours, notre héroïne souhaitant fuir une soirée électorale et des estimations blabla etc. qui risquaient d'être pénibles et désespérantes, avait choisi d'aller au cinéma, impeccable, concentrée sur une histoire, lieu clos et noir, de quoi avoir la paix. Seulement voilà la personne à l'accueil écoutait ladite soirée électorale à fond et en plus il avait fallu patienter avant d'entrer. D'où que j'y avais encore moins échappé qu'en restant à la maison.

J'étais donc bien décidée pour la soirée de ce jour de second tour d'éviter de reproduire mon erreur. Par ailleurs je travaillais le matin, allait rentrer à vélo, l'Homme, lui, participait à un concours [de pétanque], et dans de tel cas qui sait à quelle heure il réapparaîtra (2). Pas de cinéma. Alors que je me demandais quoi faire - partir marcher, alors qu'on risque de croiser des gens exprimant leur dégoût ou leur liesse, et que le temps est à la pluie ne semblait pas une bonne idée -, voilà qu'on m'a proposé de participer au dépouillement. 

J'ai accepté sans barguigner. En effet, en quel endroit mieux que dans l'œil du cyclone a-t-on une chance, une petite chance, d'avoir la paix ?

 [cela dit, nos voisins Belges annoncent déjà l'estimation du résultat] (méfiance quand même) (et d'ailleurs, cela n'aura-t-il pas un effet disuassif ? Crari genre c'est plié je reste chez moi ?)

 

(1) Par ici les siens.

(2) En bon citoyen responsable, il est allé voter dès le matin. 


Ça démarrait mal, ça finit fort bien

 

    Curieuse journée, débutée comme un little bad karma day, certes des broutilles mais qui dès 8 heures s'étaient accumulées et qui s'achève par une soirée où la vie revêt une part de magie, et des retrouvailles avec une femme que j'admire, une des personnes auxquelles je pense pour prendre courage lorsque la vie devient violente, jusqu'au vélibs qui le matin étaient en sort contraire (pas moyen de trouver où reposer celui que j'avais sans sinon être très en retard à l'entraînement où j'allais), et le soir étaient en mode Il n'en reste qu'un il est pour toi (au départ), il ne reste qu'une place elle est pour toi (à l'arrivée). Bref, j'ai eu le vélib magique.

Entre les deux il y aura eu ce démarrage étrange avec au radio réveil une voix d'homme qui prononçait ces mots 

"Certains ouragans qui viennent n'auront pris personne en traitre"

Ne voyant que trop bien ce qu'il voulait dire, j'ai songé qu'on pouvait peut-être faire meilleure mise en jambes.

Plus tard, une journée fort sympathique de librairie, avec l'exacte bonne dose d'animation - ce qui est rare : du monde mais jamais trop de personnes d'un seul coup ce qui fait qu'on n'a pas de temps morts mais que l'on peut s'occuper bien de chaque client -.

Il y aura eu ce film documentaire sur Pierre Bergounioux entomologiste (1), et son intervention personnelle qui suivait. J'étais déjà émue, et voilà donc qu'au petit verre offert après, il y a ces belles retrouvailles, ce qui m'a permis d'exprimer une nouvelle fois ma gratitude, j'espère pas trop lourdement, d'autant plus que j'apprends à cette occasion le prochain projet et qu'il renforce encore mon admiration - mais c'est peu dire qu'il ne me surprend guère -.

Je suis repartie sur un tel petit nuage d'exultation (ce n'est pas le mot exact, mais joie est trop faible ; elation), que j'en ai oublié de remercier l'éditrice qui m'avait invitée et de saluer d'autres personnes.

Les lieux étaient il faut l'avouer, très impressionnants. C'est un charme de la #vieparisienne : pour un motif pour un autre on peut passer des quartiers les plus modestes à des locaux faramineux. Je crois que peu de villes permettent aux mêmes personnes, pas nécessairement d'une caste privilégiée, de circuler avec une telle amplitude ; il ne faut simplement pas se leurrer, dans les très très beaux quartiers nous ne sommes admis qu'en simple passage.
Ils valent le coup d'œil. Et l'on peut trouver une forme de réconfort dans le fait que la richesse n'est pas nécessairement mésusée, mais débouche au contraire dans certains cas sur des zones d'harmonie.

La soirée fut si intéressante et riche en réflexion (matière à) que j'en ai oublié un temps l'état du monde et ses catastrophes potentielles prochaines. On en était revenu à un état de relative stabilité, il avait ses problèmes dont certains très graves, des guerres par trop d'endroits, famines et maladies, mais rien du chaos actuel qui, accentué par certains dirigeants cinglés, ne cesse de se préciser. C'était de nouveau l'illusion d'un endroit où la création avait sa place et non la seule survie. 

Pour couronner le tout il y aura eu le geste d'une gentillesse stupéfiante, d'un conducteur de gros scooter, qui à un feu rouge près d'une zone en chantier où les voitures étaient pressées contre les deux roues, la voie très rétrécie, voyant que j'attendais derrière lui, s'est reculé afin que je passe en premier et ne respire pas les gaz d'échappement de son engin à plein nez. Je n'en suis pas encore revenue. Quelle classe ! (2)

Moralité : il ne faut jamais désespérer d'une journée. Ça démarre parfois mal, ça peut finir fort bien.

 

(1) La capture de Geoffrey Lachassagne 
(2) Et puis ce qu'il y a de bien à mon âge c'est qu'on ne peut soupçonner les hommes qui ont envers nous des gestes élégants d'arrière-pensées séductives.

PS : J'oubliais, pour couronner le tout il a fait beau et chaud (de 18 à 19°c dans l'après-midi), c'était le premier jour de la nouvelle année où l'on pouvait par moment tomber le manteau et même au soir sortir dans la (somptueuse) cour intérieure de l'immeuble qui nous accueillait sans avoir à se couvrir. Il y a toujours un bonheur particulier lié à cette journée, celle où l'on se dit J'ai encore réussi à passer l'hiver.

Enfin j'ai reçu ma nouvelle carte d'électrice, ce qui fait toujours plaisir eût égard aux générations d'aïeules qui n'ont pas eu le droit de voter et au fait que mon père venait d'un autre pays.  


Plus rien ne semble impossible, alors pourquoi pas ?

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Un chanteur prix Nobel de littérature, un trublion testostéro-hystérique à la tête d'une puissance mondiale, et pourquoi pas une mauvaise ménagère de plus de cinquante ans en plus thalassémique capable de triathlon ? Je suis parfaitement raccord avec l'air de ce temps. Je viens de recevoir ma licence et dans ce monde chaotique et désespérant, c'est un réconfort important. Beaucoup de travail en perspective afin de parvenir à un niveau minimal (1), mais justement. (c'est ça qui est stimulant et permet de garder son calme) Ce type de secours qui ne contribue qu'à permettre de tenir le coup à titre personnel, a ses limites, la diffusion de Springsteen, Born in the USA à la musique d'ambiance de l'accueil, alors que je sortais tranquillement, l'esprit enfin débarrassé des craintes légitimes pour ce qui nous pend au nez, est venu splendidement me le rappeler. (1) testé ce matin, à mon rythme actuel je fais 47 minutes aux 1500 m en natation, ce qui est un peu juste pour pouvoir participer sans être écartée en cours d'épreuve au triathlon d'Enghien les Bains que je rêve de boucler en distances olympiques. Le vélo, je n'en parle même pas, j'ai calculé qu'il fallait accomplir le parcours en 27km/h de moyenne, malgré la côte de Saint Prix escaladée deux fois. J'en suis très très loin

Les petites fourberies de la vie

20161026_195119Tu rentrais après une belle journée de travail, heureuse de tes débuts aux entraînements de triathlon, heureuse dans ta vie de libraire, satisfaite d'avoir couru le midi ou de prévoir de le faire, enchantée par certains de ceux que tu fréquentes dans ta vie, soulagée par une nouvelle encourageante concernant la bien-aimée de ton grand ami, réjouie à la perspective de tes vacances prochaines, bref, solidement dans le présent et un peu dans des perspectives intéressantes de ta vie, quand soudain tu t'es mise malgré toi à suivre une conversation que tenaient dans le RER un jeune homme et une jeune femme puis comprendre pourquoi. Ils parlaient flamand.

Et soudain tu retournais là-bas, tes premières amours ou d'autres, une existence entrevue dont la porte par deux fois t'avait claqué sur les doigts.

Tu as bien tentée de te consoler en constatant que depuis tout ce temps tu pigeais toujours, en songeant aux films de Félix van Groeningen, le mal était fait, les chagrins à nouveau clignotaient, le passé recommençait son travail de sape.

En même temps tu aimes toujours ce pays où tu te sens si facilement (trop ?) chez toi. Tu ne peux pas regretter ça.

Tu te demandes jusqu'à quand tu resteras sensible à cette catégorie précise de petites fourberies de la vie ou si un jour enfin la douleur même en cas de rappel en mode Madeleine de Proust ne se ravivera pas.  

 

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Bécassine béatitude absolue

(Vous avez le droit de vous moquer)

J'ai traversé toute ma vie loin du luxe - fors quelques parenthèses un peu "fiançailles de Frantz" -, je n'ai ni argent à dépenser (ou si, une fois, en juin 2005 et j'en ai conçu une forme légère d'amnésie, retrouvant plus tard quelques chaussures, quelques habits dont je n'avais plus le souvenir ; il y avait eu une période d'euphorie à laquelle je n'étais pas du tout entraînée), ni envie de dépenses d'acquisition d'objets. Des choses utiles pour la vie quotidienne, oui, par exemple j'aimerais pouvoir refaire enfin la salle de bain, ranger l'appartement, refaire le réseau électrique (par sécurité), j'aimerais pouvoir participer à des financements de beaux projets, j'aimerais pouvoir à nouveau me déplacer et retourner en Italie, bientôt je vais avoir des envie d'expéditions sportives (1).

En 1998, lorsque le dopage s'est trop vu sur le Tour de France pour pouvoir continuer à être tu, j'ai découvert que des noms d'équipes pouvaient être des noms de montres de luxe. En fait je ne rattachais pas les noms des groupes de coureurs à des choses, y compris pour les marques bancaires pourtant connues de ma vie quotidienne. C'était disjoint. Des sons sans lien. Et (pour le cas des montres) pas la moindre idée de ce à quoi ressemblaient les objets, je veux dire, ce qui pouvait les distinguer des autres appareils à mesurer le temps que l'on porte au poignet.

Sous le précédent président qui aimerait tant devenir le suivant, il avait été question d'une marque de montre de luxe, un riche membre de sa cour ayant eu une sortie sur le fait d'en posséder une et qui aurait pu (dû ?) être un motif de fierté (2). À l'époque j'avais cru qu'il s'agissait d'auto-dérision. Ou qu'il avait été payé par la marque pour créer du buzz comme on disait (3).

Et puis ces jours-ci, je croise cet homme, sportif, d'allure élégante, avec au poignet une grosse montre métallique moche qui détonne avec l'ensemble de sa tenue, sobre et bien portée. Un peu comme des types qui semblent assez fins mais ont une grosse chevalière ou une gourmette énorme au poignet ou une dent en or (4) ou un tatouage voyant et racolleur. Bref, ça ne collait pas avec lui - je ne le connais guère, alors disons : le reste de l'image de lui -.

Ce matin, un de mes neurones, celui que lassent mes différents petits handicaps sociaux, a entrepris de me faire faire sur l'internet des familles la recherche élémentaire qu'il fallait.

J'ai enfin pigé.

Tout simplement l'homme disposait de cette fameuse montre réputée pour sa cherté. Et moi qui avais commencé à inventer des scénarii possibles de la présence d'une toquante détonante au poignet d'un homme au charme discret (5), j'ai enfin pigé qu'en fait il en était probablement fier. Peut-être même très.

[J'en ris encore]

 

PS : Comme je viens d'acquérir une grosse montre voyante pour les données d'entraînements - pas trouvé de modèle "filles" avec l'équivalent technique qu'il fallait -, je crois que je ne vais pas tarder à être aussi ridicule, quoi qu'en moins clinquant.

PS' : Peut-être qu'il disposait d'un modèle particulièrement volumineux et coûteux [à supposer qu'il y ait une corrélation taille / prix], et que d'autres de la même marque sont plus discrètes, qu'il existe des modèles fins pour femmes qui tiennent de la joaillerie, je ne sais, ou qu'avec un équipement de type costume cravate très corporate cadre sup ça ne m'aurait pas sauté aux yeux.

 

(1) Je n'avais pas mesuré le coût, exorbitant à mes yeux de semi-smicarde, de la pratique du triathlon : celui des engagements aux courses et des déplacements.

(2) ou plutôt de honte de n'en point avoir.

(3) Mission en l'occurrence parfaitement accomplie

(4) Déjà du temps où ça se faisait [la génération de mes parents] autrement que pour des rappeurs, je ne comprenais pas. Je trouvais ça d'une laideur maximale.
(5) Héritage familial porté avec piété, cadeau de la femme ou de l'homme aimé, qu'on trouve moche mais qu'on porte par amour du ou de la bien-aimé ...


10 km à Clichy


Capture d’écran 2016-02-24 à 16.38.01Voilà, l'inscription est faite, restera la question des certificats médicaux, cette plaie paperassière des activités sportives, comme si les médecins étaient des devins.  Qu'ils soient requis pour des activités extrêmes, un ultra trail, un marathon, un ironman, à la rigueur, je veux bien. Mais lorsqu'il s'agit d'une pratique amateure dans des disciplines paisibles sur des distances que toute personne en moyenne ou bonne santé peut accomplir, pourquoi accroître le déficit de la sécurité sociale et faire perdre du temps à nos médecins traitants ?

Enfin bref, nous irons donc courir autour de chez nous, protégés des voitures, rois du bitume pour une heure. J'espère qu'il n'y aura pas d'attentats juste avant (ni a fortiori pendant !) qui annuleraient la manifestation ; comme à l'automne les fous furieux n'avaient pas attendu la COP 21 pour donner libre cours à leur délire destructeur, j'ai un peu peur que le printemps soit brutal sans attendre l'Euro 2016. Ça ne m'empêchera de m'inscrire et de prévoir de participer à toutes mes activités habituelles, pas question de se laisser intimider, il n'en demeure pas moins qu'en cas de violences renouvelées des événements prévus risquent d'être remis en question. Ou l'envie des choses sportives et festives à nouveau s'effriter.

En attendant, prévoyons donc un dimanche de mars d'aller courir juste là, l'inscription ne coûte d'une heure quinze de mon futur emploi, il n'y a donc pas même de scrupule budgétaire à avoir.

Les détails sont ici ou .