Stimulant (confort et veille de course)

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J'adore les veilles de courses, quand on met de côté toutes les difficultés de la vie quotidienne pour se concentrer sur un objectif élémentaire : parcourir x km en moins de y heures (peu importe si uniquement sur un mode ou pour le triathlon sur trois, le principe est le même : un déplacement à accomplir). On ne sait pas encore comment on sera, quelle sera notre forme, il y a une légère tension mais elle est joyeuse et stimulante. En tout cas pour moi. Et j'adore ça.

Comme nous prenons peu de vacances et qu'elles sont généralement en Normandie, avec de fait des choses sérieuses à faire, de celles qu'on fait dans un chez soi, c'est un bonheur et un réel congé du quotidien que d'aller quelque part pour une course. 

Et pour cette fois j'avais opté pour une petite folie (raisonnable) financière : l'hébergement dans le complexe sportif et hôtelier qui fait partie de l'organisation de la course. Départ sur place !

Une chambre spacieuse et belle comme nous en connaissons rarement 20190712_173552

une vraie piscine dans le complexe même - le luxe inouï de quasi descendre en maillot de bain, et pour une vraie piscine où l'on peut nager pas seulement faire trempette -. 

Nous fêtons ainsi nos trente ans de mariage. J'espère que la course sera une fête aussi. J'appréhende la longue distance, mais j'ai envie de m'y confronter. 

J'eusse aimé avoir une vie de nomade du sport, avec la santé fragile de ma jeunesse et la béta-thalassémie même mineure, ça n'était pas envisageable. D'autant plus que "mon" sport était le football et qu'il commence seulement plus de quarante ans plus tard à être reconnu pour les dames. Alors je me rattrape sur le tard, à petite échelle mais beaucoup mieux que rien, grâce au triathlon et à la course à pied. L'air de rien, à bas bruit, en attendant mon heure, j'en aurais accompli des espoirs de ma vie. 

Peut-être qu'il y a là une force à transmettre : si quelque chose nous tient profondément à cœur, et dépend de nous que ça devienne possible en assez grande partie, il convient de ne pas la perdre de vue et de porter son effort dans sa réalisation dès qu'elle devient accessible. Parfois, ça prend quarante ans. C'est tout. 

À part ça, il y a toujours cet effet en arrivant en Belgique de rentrer chez moi. Peut-être faudra-t-il qu'enfin un jour je coïncide. 


Sympathique spectacle mais légèrement décevant (sur la fin)

 

    Une de mes amies habite près du Monfort et prend parfois la peine de réserver pour certains spectacles et de m'y inviter. C'est toujours un bonheur.

Ce soir il s'agissait du spectacle "Le gros sabotage" par la compagnie La mondiale générale. La première partie comportait des acrobaties sur bois debout puis du travail avec des cerceaux. 

C'était impressionnant. 

Puis il y eut une scène de changements de vêtements, une oraison funèbre  et  un gars qui imitait Elvis Presley.

Nous avons pensé qu'ils et elle prenaient leur souffle avant de nous offrir un nouvel aperçu de leur travail acrobatique. Et puis, non.

Alors nous sommes restées un tantinet sur notre fin. 
(ou alors il y a quelque chose que nous n'avons pas compris)

 


Des casques au chant et puis un très beau billet chez un ami

 

    Mes journées de travail sont intenses et belles (sauf celle du mois où je dois faire la déclaration de TVA, je me sens totalement en erreur de casting sur ce coup-là, même si, si c'est bien ce que j'ai compris qu'on fait, ça n'est en rien compliqué), je ne vois pas le temps passer, à la radio je mets FIP et ses brefs flashs d'infos à tous les 50 d'une heure et j'ai toujours l'impression que je viens d'en entendre un quand le suivant survient.

Du coup lors d'un des trajets - pour certains éditeurs on est aussi un peu nos propres coursiers -, j'ai eu un petit endormissement de métro, avec un rêve, ce qui est rare, comme une sorte de vision.

Les dangers d'attentats venaient désormais dans les grandes villes des cieux (1) : les types mettaient des sortes de grenades à retardement sur des drones bon marché et larguaient ça n'importe où. Alors on avait pris l'habitude de ne jamais sortir dans Paris sans sur la tête un casque de vélo. On avait aussi pris le pli de se balader avec des ballons à hélium, comme des ballons d'enfants, auxquels étaient attachés des coussins (2) ; ça rendait la ville curieuse, tout le monde ressemblait à des enfants dont les parents auraient été des paranoïaques de la prudence (3). Et puis très vite il y avait eu de la fantaisie, et dans les casques et dans les coussins-ballons ce qui mettait plein de touches de couleurs. La ville n'avait jamais été si dangereuse fors en temps de guerres ouvertes, mais n'avait jamais eu l'air si insouciante (4).
De cette évolution des risques il ressortait que le métro était devenu le mode de transport le plus sûr. On s'y bousculait (5). 

J'arrivais, je me suis réveillée, je n'en saurai donc pas davantage.

Mais ce rêve, même s'il n'y ressemblait pas, en fait, m'a rappelé celui du billet Le chant du canari qu'avait écrit en février l'ami Le Roncier, durant cette campagne électorale affolante et affligeante que nous avons traversée. 
Je crois que c'est parce qu'il tente aussi, ce micro-songe, d'avertir de quelque chose qui ne sera pas entendu (et d'ailleurs, par qui ?)

*            *            *

J'ai lu sur le même blog dès lors de plus récents billets que ma vie trop chargée m'avait fait manquer.

Parmi eux, celui-ci : L'ïle des Morts.

Je ne sais rien dire de plus que Allez voir, lisez. Il part de la sortie d'un film qui se passe à Paris au début des années 90 et fait revivre cette période durant laquelle Act-up tentait de secouer l'inertie de la société.

Je ne pense pas que j'irai le voir : la mise en fiction de périodes et lieux que j'ai connus ou événement que j'ai vécus (6) me pèse, il y a donc un grand risque d'être exaspérée, désespérée, horripilée - et encore je ne fais pas partie de ceux qui ont connu le mouvement d'au plus près -. Néanmoins ce film, s'il a du succès, pourra avoir un bon rôle pédagogique auprès des populations qui ne se croient pas concernées et pourraient de fait sans l'existence de telles passerelles pour eux accessibles, se laisser séduire par les fausses affirmations des groupes réactionnaires qui sont si frétillants depuis plusieurs années. 

Wait and see (or not)

En attendant et une nouvelle fois, toute ma gratitude envers Le Roncier pour ce qu'il écrit.

 

(1) Probablement car la circulation de véhicules particuliers était interdite intramuros sauf cas particuliers. Et que toute zone piétonne était protégée par des plots, des murets. 
(2) Une fois sortie du rêve je ne comprends pas trop ce que ça empêchait - mais sur le moment ça semblait imparable et parfaitement cohérent -.
(3) J'ai eu une amie comme ça autrefois, faire une balade avec ses enfants petits et elle était épuisant. Elle était sans arrêt en train de leur crier des appels de prudence (alors qu'ils étaient plutôt du modèle enfants sages et raisonnables).
(4) J'ai dû lire trop d'articles sur Paris 2024 et les J.O. (sujet au sujet duquel je ne parviens pas à me forger une opinion).
(5) Ça, ça vient tout droit de "L'étoile jaune de Sadorski" de Romain Slocombe, lu pour la rentrée, avec (entre autre) ses scènes de métro surchargé pendant l'occupation
(6) Je me dis que ça nous pend au nez qu'un réalisateur se saisisse du sujet formidable que ferait l'aventure du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun, que c'est l'affaire d'une petite poignée d'années avant que ça fasse un truc super bankable, genre belle aventure humaine qui en plus fini bien, avec des tractations en hauts lieux et ce que font les petites gens. Et je sais que sauf si c'est [Bip] ou [Bip bip] ou Félix van Groeningen, qui revenu de ses (més)aventures hollywoodiennes voudra renouer avec le "vrai" ciné, ça va m'horripiler. 
En revanche si quelqu'un de respectueux et d'honnête décide de faire un documentaire, je serais ravie d'y contribuer. Elles ne sont pas si fréquentes en ce début de XXIème siècle les luttes collectives victorieuses.


La vitesse à laquelle ça va (le peloton pro du tour de France)

C'est filmé comme ça peut, le téléfonino à bout de bras avec des hommes devant moi : j'avais participé au petit parcours des dames et une fois repassée, non sans peine, du côté des Champs Élysées vers l'ancienne librairie, et l'homme de la maison retrouvé, nous étions finalement restés à l'intérieur du périmètre (l'idée étant un peu : tant qu'à faire d'y être entrés).

Alors nous avons pu admirer les pros. Leur allure (aux deux sens du terme). Ça va vite, vraiment très très (et comme j'avais fait la boucle le midi même, j'étais bien placée pour savoir, ainsi que mes camarades sportives, combien ces pavés n'étaient pas si simples à négocier).

Et puis il y avait cette joie ineffable de renouer avec des souvenirs d'enfance, des souvenirs "congés payés", des joies de voir en pour de vrai ceux qu'on suivait à la télé, l'impression que mon père s'y connaissait (et c'était bon d'avoir un motif d'admiration).

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Première semaine

 

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Il est vraiment troublant de constater à quel point la vie nous met par moment des accélérations inouïes.

Me voilà déjà libraire chez Charybde depuis une semaine, qui fut plutôt de formation car je dois apprendre les spécificités locales, il y en a toujours, et une part d'activités administratives. Il y aura inévitablement des surprises au fil de l'eau, il y en a déjà eu une et de taille, et qui risque de bien nous compliquer la vie, mais la passation de consignes sur fond de dossiers bien tenus me rappelle lorsque j'avais pris à "l'Usine" la succession une fois d'un gars très compétent, méthodique et organisé : tout y était clair et net, avec de la logique. Je pense donc que la période d'adaptation sera intense mais peut-être pas si longue. La clef sera de rapidement trouver un rythme pour les différentes tâches. 

Pour la première fois durant ma seconde vie professionnelle, j'arrive dans un endroit que je connais déjà, c'est très troublant de débuter tout en s'y sentant à ce point chez soi, et dont un certain nombre des habitués sont déjà des connaissances voire des amis. 

Alors cette première semaine est passée comme dans un rêve, à une vitesse folle, d'autant plus que ma vie personnelle dans le même temps combinait premier triathlon et grenier (de la maison où vécurent mes parents) à vider et travaux à préparer. Je vais enfin pouvoir et devoir vivre à ma pleine vitesse. Tenter que coïncident l'énergie d'entreprendre qui est en moi avec l'énergie physique nécessaire pour que l'action ait lieu. Ce défi me rend heureuse.

Il n'est pas raisonnable de mener l'ensemble de front. Mais je n'ai pas du tout été maître de la coordination. Pourquoi a-t-il fallu que la maladie puis la mort de ma mère coïncide avec mes débuts en triathlon (alors que j'avais tenté de m'inscrire l'année qui précédait et y songeait depuis octobre 2011), et que ces deux éléments tombent exactement au moment où la librairie Charybde avait besoin d'une personne pour remplacer l'amie qui regagnait son premier métier, elle-même contrainte par un calendrier légal de dates limites de mise en disponibilité ?

Je crois que s'il n'y avait le deuil, et combien il est dur de faire face à ses conséquences (1), je serais heureuse comme du temps de la préparation des répétitions de chorale pour les concerts avec Johnny ou comme le "juste après" de la période du Comité de soutien (2).

Bizarrement, les présidentielles qui m'ont tant souciée, me semblent dater d'une ou trois éternités. Comme si le quinquennat était déjà bien avancé. Parvenue à saturation avec cette campagne comme je n'en avais jamais vu, je ne parviens pas à m'en inquiéter. 

 

(1) pour autant pas si malheureuses, je ne veux surtout pas me plaindre. 

(2) à Florence Aubenas et Hussein Hanoun


Late


    Le réveil du téléfonino avait sonné, tu l'avais éteint sans tarder malgré un rêve fort prenant qu'il interrompait (1). Finalement malgré la fatigue [de la période surchargée] ça n'était pas si difficile de se lever. 

Au radio réveil tu croyais écouter la fin de Paso Doble (avec Bastien Vivès) ou François Angelier, mais c'était déjà Jacques Munier. Il était question des 100 jours de Trump qui faisait visiter le bureau ovale à tout va y compris à de vieux rockers racistes et Sarah Palin et qu'il s'amusait à appuyer sur le bouton rouge qui fait venir un majordome avec une bouteille de Coca. Tu t'es demandée si tu n'étais pas en train de dormir parce que quand même ça n'était pas très plausible tout ça. Mais tu avais déjà enfilé un jean et des chaussettes et tu vérifiais que dans ton sac de piscine le maillot y était. C'était un début de journée tout ce qu'il y a de plus normal en fait.

C'est quand tu as enfilé le porte-clefs de cou avec celles des antivols du VTT que tu savais en réalité vraie avoir laissé dormir dans la réserve de la librairie de Montmorency que tu t'es réveillée. Sortie de ce sommeil paradoxal dans lequel tu avais si parfaitement songé à ce que tu étais censée déjà avoir fait.

Le seul fait avéré était que tu avais scrupuleusement éteint le réveil du téléfonino.

[résultat : 30 minutes de retard sur un entraînement d'une heure, la honte]

 

(1) vague souvenir de sillonner la ville sur un double-decker bus sans doute par conjonction d'en avoir croisé un dans Paris récemment et qu'un membre de ta petite famille soit à Londres pour quelques jours.

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Ça démarrait mal, ça finit fort bien

 

    Curieuse journée, débutée comme un little bad karma day, certes des broutilles mais qui dès 8 heures s'étaient accumulées et qui s'achève par une soirée où la vie revêt une part de magie, et des retrouvailles avec une femme que j'admire, une des personnes auxquelles je pense pour prendre courage lorsque la vie devient violente, jusqu'au vélibs qui le matin étaient en sort contraire (pas moyen de trouver où reposer celui que j'avais sans sinon être très en retard à l'entraînement où j'allais), et le soir étaient en mode Il n'en reste qu'un il est pour toi (au départ), il ne reste qu'une place elle est pour toi (à l'arrivée). Bref, j'ai eu le vélib magique.

Entre les deux il y aura eu ce démarrage étrange avec au radio réveil une voix d'homme qui prononçait ces mots 

"Certains ouragans qui viennent n'auront pris personne en traitre"

Ne voyant que trop bien ce qu'il voulait dire, j'ai songé qu'on pouvait peut-être faire meilleure mise en jambes.

Plus tard, une journée fort sympathique de librairie, avec l'exacte bonne dose d'animation - ce qui est rare : du monde mais jamais trop de personnes d'un seul coup ce qui fait qu'on n'a pas de temps morts mais que l'on peut s'occuper bien de chaque client -.

Il y aura eu ce film documentaire sur Pierre Bergounioux entomologiste (1), et son intervention personnelle qui suivait. J'étais déjà émue, et voilà donc qu'au petit verre offert après, il y a ces belles retrouvailles, ce qui m'a permis d'exprimer une nouvelle fois ma gratitude, j'espère pas trop lourdement, d'autant plus que j'apprends à cette occasion le prochain projet et qu'il renforce encore mon admiration - mais c'est peu dire qu'il ne me surprend guère -.

Je suis repartie sur un tel petit nuage d'exultation (ce n'est pas le mot exact, mais joie est trop faible ; elation), que j'en ai oublié de remercier l'éditrice qui m'avait invitée et de saluer d'autres personnes.

Les lieux étaient il faut l'avouer, très impressionnants. C'est un charme de la #vieparisienne : pour un motif pour un autre on peut passer des quartiers les plus modestes à des locaux faramineux. Je crois que peu de villes permettent aux mêmes personnes, pas nécessairement d'une caste privilégiée, de circuler avec une telle amplitude ; il ne faut simplement pas se leurrer, dans les très très beaux quartiers nous ne sommes admis qu'en simple passage.
Ils valent le coup d'œil. Et l'on peut trouver une forme de réconfort dans le fait que la richesse n'est pas nécessairement mésusée, mais débouche au contraire dans certains cas sur des zones d'harmonie.

La soirée fut si intéressante et riche en réflexion (matière à) que j'en ai oublié un temps l'état du monde et ses catastrophes potentielles prochaines. On en était revenu à un état de relative stabilité, il avait ses problèmes dont certains très graves, des guerres par trop d'endroits, famines et maladies, mais rien du chaos actuel qui, accentué par certains dirigeants cinglés, ne cesse de se préciser. C'était de nouveau l'illusion d'un endroit où la création avait sa place et non la seule survie. 

Pour couronner le tout il y aura eu le geste d'une gentillesse stupéfiante, d'un conducteur de gros scooter, qui à un feu rouge près d'une zone en chantier où les voitures étaient pressées contre les deux roues, la voie très rétrécie, voyant que j'attendais derrière lui, s'est reculé afin que je passe en premier et ne respire pas les gaz d'échappement de son engin à plein nez. Je n'en suis pas encore revenue. Quelle classe ! (2)

Moralité : il ne faut jamais désespérer d'une journée. Ça démarre parfois mal, ça peut finir fort bien.

 

(1) La capture de Geoffrey Lachassagne 
(2) Et puis ce qu'il y a de bien à mon âge c'est qu'on ne peut soupçonner les hommes qui ont envers nous des gestes élégants d'arrière-pensées séductives.

PS : J'oubliais, pour couronner le tout il a fait beau et chaud (de 18 à 19°c dans l'après-midi), c'était le premier jour de la nouvelle année où l'on pouvait par moment tomber le manteau et même au soir sortir dans la (somptueuse) cour intérieure de l'immeuble qui nous accueillait sans avoir à se couvrir. Il y a toujours un bonheur particulier lié à cette journée, celle où l'on se dit J'ai encore réussi à passer l'hiver.

Enfin j'ai reçu ma nouvelle carte d'électrice, ce qui fait toujours plaisir eût égard aux générations d'aïeules qui n'ont pas eu le droit de voter et au fait que mon père venait d'un autre pays.  


Au mois de mai prochain (François Morel)

 

    Et voilà, François (Morel) m'a encore fait pleurer. Il évoque la beauté des images que partage Thomas Pesquet, et en creux la situation au ras du sol. 

Thomas Pesquet, en mai ne redescendez pas trop vite

 

Pour qui n'a pas encore eu le loisir de les admirer, voici le compte Twitter de l'astronaute, son blog (à vous dégouter de tenir un journal de bord lorsque vous êtes sur terre avec vos petits tracas de fins de mois), son compte flickr et son instagram. On se rappellera qu'avant sa destruction la planète fut ainsi. 

François, Thomas, comment vous remercier pour ce que vous nous accordez ?


La fièvre et la mémoire

 

    La fièvre - gros rhume - fait faire des rêves bizarres, il y avait un président aux États Unis qui était un genre de clown pas drôle, une sorte de Michel Leeb avec des sketchs racistes. mais par moment la fièvre refluait et j'étais au bord de me réveiller, bien sûr la fièvre c'est n'importe quoi, le président des États-Unis c'est Barack Obama (et je revoyais des photos qui devenaient la réalité, qui étaient la réalité). À un moment un de mes propres éternuements m'a totalement réveillée. Je me suis alors rendue compte que le cauchemar de mon rêve était la réalité et que ce que je croyais être la réalité était le passé.

Comme je n'étais pas en état de lire, j'ai tenté de revoir l'un de mes films de chevet. Comme je m'endormais, toussais, devais "rembobiner" ça m'a pris l'après-midi, mais c'était intéressant. Je suis devenue trop cinéphile (snob ?) pour l'apprécier à fond : il est très scolaire, les effets soulignés par la musique, certaines choses, pas mal de choses, archi-convenues. Et ce que je trouvais les meilleures scènes, je veux dire les meilleurs choix de mise en scène, je me suis rendue compte qu'ils étaient passablement inspirés par les options de Tarkovski. Il n'empêche que c'est du bon, du très bon travail de cinéma grand public, intelligent, avec une remarquable qualité de reconstitution des époques successives, et que l'histoire racontée du passé qui travaille une personne même longtemps après, même alors que la personne croit aller bien, m'intéresse toujours autant. 

Je pense à tous ceux dont les traumatismes nés de la guerre n'ont pas été traités - en ces temps-là on n'y songeait pas -, et comment ils s'en sont trouvés rattrapés. Le personnage du jeune Anton a l'âge de ma mère. 

Ce qui est aussi très bien vu c'est la façon dont la vie, à mesure, nous fournit les clefs de ce que l'on a vécu sans comprendre. Et même si l'explication fait mal, elle permet de mettre fin à la souffrance du doute et des questions qui nous tourmentent et tournent lorsqu'un malheur a eu lieu.

Ce film est en passant un excellent exemple d'un cas d'apparences trompeuses.

On peut espéré qu'une fois délivré de l'énigme, alors il guérira. 

La fièvre donnant aussi parfois des idées incongrues, je me suis demandée ce qu'était devenu le garçon qui jouait si bien l'adolescent épouvanté, j'ai donc cherché Marc van Uchelen dans les moteurs de recherche et j'ai découvert (ou re ?) qu'il avait effectivement continué, que ça n'avait pas été un coup de hasard de ressemblance et qu'après il arrête de jouer, et qu'il avait également réalisé des films. J'ai appris du même coup qu'il était mort à 42 ans, qu'il s'était suicidé le 1er juin 2013, laissant derrière lui une épouse et deux enfants encore petits. J'étais triste. Le jeune acteur du film semblait si prometteur. Il n'avait sans doute pas encore apporté tout ce qu'il aurait pu, tout ce qu'il avait le niveau d'accomplir.

Je suis restée perplexe : j'ignore absolument, à moins d'aller farfouiller dans mes archives perso, quelques billets de blogs, un diario - ce que je suis bien incapable de faire ce soir : dès ce billet achevé je retourne me coucher -, si je l'avais su ou non. C'est typiquement le genre d'éléments qu'une rupture subie brutale peut effacer de la mémoire, surtout si par ailleurs elle est suivie de la fin d'un emploi où l'on était heureux. Il se peut aussi que pendant l'essentiel des jours de ce mois de juin pour moi si fatidique : la fin bien malgré moi d'une période qui avait été la moins malheureuse de ma vie, je n'avais rien suivi de l'actualité ou presque. Contente que le 17 mai 2013 ait enfin été promulguée la loi qui permettait à qui voulait de se marier, sans plus de discrimination, j'avais certainement cessé de suivre, saturée après les combats des derniers mois et ensuite, à partir du 9 juin, trop abattue par mes propres difficultés.

La question me fascine de la façon dont on perçoit une époque à travers le prisme de ce qu'on est en train d'y vivre (ou de ne plus y vivre) sur le plan personnel et privé.

En plus j'écris ceci un soir d'une journée de retrait total du monde pour cause de santé attaquée. Et même si j'ai suivi qu'un présidentiable avait pour sa femme usé et abusé de l'argent du contribuable, toutes les rumeurs du monde me sont parvenues de manière très lointaine, atténuée. Mon travail du jour aura été principalement de respirer. 

Il serait grand temps que je surmonte mes deuils, le prochain s'annonce compliqué. Et l'ensemble du monde est plus redoutable par ici qu'il ne l'avait depuis longtemps été.

 


Fan, moi ? Jamais (quoi que)

    Ça reste un mystère pour moi, ce truc qui fait qu'on bascule de l'admiration pour le travail de quelqu'un à une adulation de la personne elle-même.

J'ai suffisamment vécu pour savoir que l'amour (celui des amoureux, pas le filial ou le plus général "de son prochain" (1)) comporte une part de ça. 

Mais il s'agit pour les fans d'autre chose puisque l'objet humain de leur (centre d')attention est par définition inaccessible (2).

Alors comme le sujet est un peu marrant, quand j'ai envie de dérider mon cerveau de sombres pensées que les circonstances y ont imposées, je me reprends à tenter de le creuser. 

Ce soir je songe que bien que ne comprenant guère, il m'est arrivé par trois fois d'éprouver quelque chose qui y ressemblait, qui s'en approchait.

- Une rencontre à l'Institut Culturel Italien à laquelle participait Natalie Dessay, je tenais à la remercier de moments magiques passés à l'Opéra grâce à elle, l'ai fait, mais allez, reconnais-le, patate, tu avais la gorge sèche et ta petite voix à toi qui tremblotait.

- Ma rencontre imprévue avec Wim Wenders un samedi à la Fnac des Ternes, il dédicaçait avec son épouse le livre consécutif à Buena Vista Social Club, je passais par là, j'entends l'annonce, vais jeter un coup d'œil, suis surprise par le (relatif) peu de monde et voilà qu'on papote cinéma - j'ai un prénom qui aide merci Maman merci Papa -, tranquilles, cools, ça va de soi. Je redescends, passe en caisse (elles sont où étaient au 1er étage, et la dédicace avait lieu au 4ème, à la librairie), me dis tiens si je rentrais en bus, attends le bus et là, soudain, mais C'ÉTAIT WIM WENDERS. J'ai dû m'asseoir pour retrouver mon souffle.

- Une étape de ma vie de libraire qui n'avait rien donné, il eût fallu que j'eusse de la maille à investir et pas seulement des qualités de terrain et ma passion, et cette visite des futurs locaux avec un type que j'admire pour le boulot qu'il fait, et qui m'ouvre une porte en disant comme il aurait dit dans une visite d'appartement vous pourrez en faire la bibliothèque ou la chambre des enfants, Là ce sera le bureau de Ken Loach lorsqu'il viendra à Paris. La moi de douze ans qui m'habite toujours un peu, la gosse de banlieue qui aimait aller au ciné, inventer des histoires, les faire jouer à ses ami-e-s, n'osait pas trop les filmer en super 8 parce que ça coûtait trop cher et que le père aurait dit qu'est-ce que c'est que ça, n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait être un réalisateur sinon elle aurait voulu faire ça, le coup de la porte ouverte sur le bureau d'un des plus grands contemporains qui aurait pu être au boulot son voisin, elle ne s'en remet pas. (3). L'adulte que je suis a vu des petites étoiles sur ce coup-là.


Je dois donc bien être un peu fan quand même. 
Pour autant, ça ne se comprend toujours pas.

 

(1) Oui, ce truc oldschool en voie de disparition et qui peut même mener en prison si on le pratique encore dans certaines régions aux flux migratoires importants.
(2) sauf JJG un jour m'a raconté un expert ;-)  
(3) C'est aussi la prise de conscience des plafonds de verre que dans une société il y a : je viens de si loin, que l'éventualité même d'un tel voisinage dans la vie quotidienne de travail, est faramineuse en soi. Eussé-je été issue d'un milieu pas forcément aisé mais un zeste bourgeois et cultivé, une telle éventualité sans suite serait un mauvais souvenir à vite oublier, un échec. Au lieu de ça, ce moment est l'un des plus beaux souvenirs de ma vie. Un de ceux auxquels je pense pour tenir bon quand ça tangue.