I should have read it before

Grâce au Bordel du vendredi, dont cette photo provient, j'ai enfin compris quelle avait été mon erreur. 

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I do miss John. Utterly.

(au delà de la plaisanterie, mon incapacité à faire quoi que ce soit intentionnellement, quand ceux que j'ai aimés étaient de ceux qui ne font rien sans une direction et ne séduisent pas sans au moins une petite idée derrière la tête, est sans doute la clef de mes chagrins ; une Bonne Mascotte, en apparence, ça ne sert à rien, ce n'est pas très joli, pas très fortuné, et ça n'appartient pas aux arcanes d'un pouvoir établi)


Au ciné

 

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J'étais chez le kiné, il est venu plus tôt, car j'arriverais pour la séance, sans trop de marge en fait. 

Il a pris les billets pour m'éviter la honte de devoir débourser pour une seule séance, à deux, l'équivalent de deux heures du boulot que je viens de perdre.

M'éviter aussi d'être tentée par les offres de cartes ceci ou abonnements cela, ces pièges à consommer encore et toujours plus.

Ce qui fait que quand je suis arrivée je n'ai pas eu à m'inquiéter d'attendre, ni me préoccuper du moindre achat. En plus qu'il m'a embrassée avec une grande tendresse.

Le film était formidable, plein de scènes dansées, certes pas aussi bien que Pina mais quel plaisir de voir des corps aussi libres et vifs que ceux-là.

Nous sommes sortis heureux, avec du temps de libre, et comme il se doutait que je n'avais rien avalé depuis le matin il m'a proposé sur le pouce un petit restau. Nous sommes allés au Quigley's où la dernière fois je n'avais pu prendre qu'une bière. Manger m'a sortie un peu du chagrin qui m'enserrait et que la séance de kiné qui fait du bien au corps mais par certains gestes thérapeutiques presques tendres, rend vulnérable qui est blessée, avait dans un premier temps revigoré.

Nous sommes rentrés lentement, en nous promenant comme des amoureux.

Il comptait profiter de ce jour de congé pour aller jouer à la pétanque, s'entraîner. Mais comme j'avais piètre moral il est resté

*        *        *

 

pour m'aider à traverser cette journée difficile, entre impuissance et écœurement. Six ans d'une relation intense mis au rebus comme de rien après une hésitation trop longue ; on dit "sauver les apparences" mais l'apparence condamne en fait. Je ne suis pas spectaculaire, je le sais. Mais un homme sans lâcheté, après avoir tant fait, m'aurait accordé une chance. Et parlé.

Ça tombe mal, très mal qu'il n'y ait plus le travail pour s'amarrer à la dignité de l'activité, le travail pour autrui s'entend. Mon travail personnel devient noir, trop noir or c'est le moment où jamais où je devrais avancer au lieu de me retrouver avec les mots mazoutés.

Où trouver la force de ne pas renoncer ?

 

[à part le cinéma et le kiné, d'y être allé vraiment, et les paragraphes après les *        *        *, ce texte est une fiction ou plutôt une anti-réalité. Rêver est tout ce qui me reste. En particulier, le film était décevant]

 


Ne faites pas comme moi : lisez les sous-titres,

 
ne pleurez pas,
et n'hésitez pas à lire le livre concerné (1)

 

Enfin, si vous aimez le cinéma, vous pourriez être heureux de lire le blog assorti

 

(1) Francis Dannemark, "La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis" (Ed Robert Laffont)

addenda du 14/09/12 : des extraits par ici en format e-pub (j'aime beaucoup la mention "gratuit" il ne manquerait plus que ça que des extraits ne le soient pas)



Comment j'ai failli être plagiste à l'insu de mon plein gré (mais heureusement j'ai des amis qui sont cultivés)

Non, pas plagiste, plagiaire

 

Tout a commencé avec la constatation qu'il y a vraiment certaines températures, hélas trop peu fréquentes, là où je vis voire là où j'aimerais, qui me vont mieux que d'autres. Ainsi depuis deux jours nous dépassons 25°C et je me sens vive et allègre (1).

Le contraste était si fort avec par exemple l'état amoindri dans lequel je me trouvais vendredi, gris, pull, pluie, que j'en ai éprouvé l'envie d'en faire un court récit, une nouvelle qui mettrait en scène ensemble quelqu'un de normal quant aux températures supportables par son corps sans souci et quelqu'un qui ne l'était pas. 

Inspirée par l'étrange machine que j'ai croisée dans les vestiaires du cours de danse samedi et peu désireuse de raconter ma propre vie, j'ai donc décidé de prendre au casting un personnage qui ne serait bien que lorsqu'il fait froid. Par exemple vers 0°C.

Il se trouve que ma journée était bien remplie, impossible de me jeter sur l'écriture sur le moment, pas même pour poser un hâtif bâti. Je craignais qu'entre ce qui pouvait survenir au cours de celle-ci et ma fatigue potentielle du soir, je laisse filer ma bouffée d'idées. Conséquemment, j'ai donc touité - si en plus ça pouvait inspirer quelqu'un, tant mieux -.

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Ça a effectivement inspiré quelqu'un, mais pas comme je le croyais :

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et qui ce soir, parce que je ne voyais pas de laquelle il s'agissait, et n'avais pas le temps de chercher, m'a même trouvé son titre, "Cool air", et un article complet à son sujet. 

L'article précise que "Lovecraft himself [...] was abnormally sensitive to cold". C'est sans doute un réflexe logique, lorsqu'on écrit et que le froid nous rend épuisés, de s'inventer un personnage qui au contraire en éprouve la nécessité.

En attendant, si je n'avais pas eu l'idée ou la nécessité de touiter, si par exemple j'avais écrit d'une traite un premier jet, si je n'avais pas eu parmi mes amis quelqu'un de présent et de cultivé, je me serais retrouvée avec un travail qui n'aurait été qu'une sorte de pâle doublure d'un beau boulot (2) fait par un autre 86 ans plus tôt.

Ça tient parfois à si peu de choses. L'idée étant du genre un tantinet farfelue, ne m'avait pas effleuré que je puisse être sur un chemin déjà emprunté.

Bladsurb, grand merci.

 

(1) En vrai pas tout à fait : une part de mon cerveau est à Alep, il serait temps que j'arrête la téléempathie (ou que j'apprenne à maîtriser vraiment).

(2) Je n'imagine pas que Lovecraft fasse quoi que ce soit de mauvais.


Comprendre mais un peu tard. (et c'est toujours comme ça)

Ce soir, non loin de Fontainebleau dans une petite salle de projection

 

C'est (pour l'instant, car on n'est jamais à l'abri d'un braquage amateur ou de pire que ce qu'on croyait pire) le plus difficile moment de librairie que j'ai connu : j'étais en train de faire un paquet cadeau, soit par rapport à la rue sur un comptoir annexe opposé à la caisse. C'était un midi plutôt calme, ou un tout début d'après-midi. Quelques feuilleteurs à l'intérieurs, qui exploraient sans besoin de moi. 

D'un seul coup une alarme physique, l'animal aux aguets qui se réveille en moi. Un type qu'on croirait sorti d'un film de barbouzes est sur le trottoir de l'autre côté, devant moi, et qui scrutte l'intérieur de la boutique avec une telle intensité que je perçois ma transparence.

À quelques mètres de lui un autre du même tonneau fixe la rue. Les deux sont armés sous leur costume, je n'en vois rien mais respire l'odeur d'un métal froid et leur attitude le crie.

Derrière une de leurs oreilles un petit tortillon.

Mon paquet fini et que je tends à l'innocente cliente qui salue puis s'en va, j'observe les présents d'un regard balayant. Le repère immédiatement : c'est cet homme aux cheveux blancs, pardessus sur-mesure visiblement, chaussures de grande qualité, c'est une des rares choses que je sais juger et qui en entrant a salué fort courtoisement d'un français élégant. 

Je pense à un chef d'entreprise. Un chef d'entreprise menacé.

Leur qui-vive devient le mien. Je retiens mon souffle malgré moi. Puis l'homme, toujours aussi courtois, ouf, s'en va et l'un des gardes du corps le précède tandis que l'autre lui emboîte le pas. L'ensemble dans un silence de cinéma.

Alors qu'il ne s'est rien passé je me sens plus tremblante encore qu'après un incident, y compris ceux où j'ai dû intervenir physiquement ou interpréter une colère.

 

*        *        *  

 

Je connais très mal ce quartier des Champs Elysées. Souvenirs épars de restaurants (rares), de cinés (généralement pour des séances particulières, avant-premières ou autres invitations, sinon je choisis ailleurs presque systématiquement), un peu le Balzac là-haut, allez. Quelques déjeuners heureux à la brasserie du Virgin, en des temps reculés. Et puis le théâtre du Rond-Point mais sont-ce les Champs-Élysées ?

Au gré d'arrivées sur zone après d'autres rendez-vous et qui me laissent un itinéraire différent ou bien un peu de temps, j'explore par bribes la région. Ce passage, si peu ouvert mais qui pourtant l'est, et qu'on croirait fermé. Avec à l'une des extrêmités cette galerie d'art bizarre (pas la galerie, ce qui s'y trouve exposé). Cette rue du Cirque à deux pas de l'Élysées et qui porte bien son nom du fait de sa situation.

Cette rue si surveillée et quasiment bouclée que je l'ai cru d'accès à un ministère avant de comprendre qu'un piéton pouvait passer tout en longeant de hautes grilles. Il y a ce bâtiment dont un détail d'architecture m'intéresse mais quelque chose me crie méfiance et j'aperçois la plaque "Ambassade d'Israël". Je range l'appareil photo avant même de l'avoir sorti.

*        *        *

 

Plus tard, presque longtemps, je vois au ciné-club "Les citronniers" d'Eran Riklis. Il est un peu trop beau pour moi, filmé élégamment dans le sens de la narration, trop classique pour convaincre tout à fait la cinéphile compliquée (1) que je suis devenue. Il n'empêche que ces types, là, des services secrets, chargés de la protection de l'épouse du ministre, oui là, ces grands baraqués aux lunettes bien noires au costume parfait, avec derrière l'oreille le petit fil en colimaçon (2), je les reconnais. 

C'est le même modèle très exactement que les gardes du corps de mon courtois client.

J'ai failli crier Eurêka ! dans la salle de ciné, me suis sobrement contentée d'un petit cri, très féminin, de surprise étouffé.

Ainsi donc j'avais eu la visite en la boutique que je tiens de quelqu'un de l'ambassade d'Israël voisine et qui ne devait pas être le garçon d'étage (3).


(1) Qui a osé dire snob ?

(2) Limite : j'ai reconnu la marque

(3) À moins que les garçons d'étage ne fussent très bien gardés.

 

*        *        *

Il en est souvent ainsi dans ma vie. Je finis toujours par comprendre. 

Mais parfois très tardivement.

 

 


Aimer le cinéma peut vous sauver la vie

Soudain, dans ma cuisine.

 

C'est un lien joyeux partagé sur Twitter par Florence Porcel qui à une minute quatorze de sa consultation m'a révélé l'effarante vérité : je dois peut-être d'avoir la vie sauve à une séance de cinéma de vingt-cinq ans plus tôt, une séance d'un film pour ados vue alors que j'avais à peine passé l'âge, et qui je le croyais, ne m'avait pas marquée plus que ça, il s'agissait de divertissement pas de profond cinéma ; ce que Tchernia appelait un film digestif.

   

Mais voilà, quand un soir de l'hiver précédent alors que je dévalais en vélib l'avenue de Clichy partant de La Fourche et filant vers la Porte, quelle chance - croyais-je - les feux sont au vert, et qu'une voiture sans prévenir de rien ni même vérifier que personne n'arrivait en face, s'était mise à faire demi-tour juste devant moi, à même distance-temps que la portière s'ouvre dans le film devant le skater, j'avais su que freiner était inutile, eu une seule pensée "au-dessus ça peut pas", et ce réflexe désespéré de contourner avant même que le cerveau l'ait délibérément commandé. Sur le trottoir, des gens ont hurlé, l'automobiliste responsable qui arrivait en face - une grosse voiture fiable et confortable mais qui l'eût été moins si son pare-brise m'avait réceptionnée - avait pilé, j'avais exécuté mon zig-zag comme un totero une parfaite esquive, et personne n'a été blessé (1). 

   

Le réflexe de contournement au lieu de l'essai de frein vient probablement du fait que les images du film, cadrées comme elles l'étaient, avait fait office de répétition de situation. Et quand le cerveau pensant, trop lent, a décroché du pouvoir sur les gestes à accomplir, cette mémoire aurait pris le relais (2).

 

Ce n'est pas la première fois, mais sans doute la plus physique, que le cinéma vient à mon aide pour un moment où je me sens en danger d'une façon impuissante, je ne m'y suis pas mise, on m'y a placée et d'une façon qui me stupéfie.

   


Longtemps avant, alors que l'entreprise pour laquelle je travaillais essuyait quelques ennuis fort médiatisés, des objectifs de diminutions d'effectifs avaient été fixés aux cadres supérieurs dans chacun de leur service. Celui qui dirigeait celui où j'étais venait d'essuyer quelques échecs sur des tentatives précédentes, entre autre sur une femme qui avait passé depuis peu des diplômes de droit et qui sur son cas personnel avait effectué ses premières armes d'avocate. Revenue de fraîche date d'un congé maternité suivi d'un stage de formation qui n'avait pas été suivi d'un nouveau poste, j'encombrais ; et mère de famille fraîchement émoulue, semblais la plus vulnérable des restants - next on the list -. J'ignorais ce qui se tramait. Ceux qui travaillaient directement avec moi louaient le boulot que j'effectuais, je me croyais, ô naïve, sur un courant ascendant. J'étais au bord d'être lourdée, je m'imaginais proche d'une augmentation. Le Big Chef demande un soir à me voir, pile au moment détesté des jeunes mères de familles qui doivent foncer récupérer à la crèche leur marmot. Je n'avais eu que le temps de prévenir le jeune père ou pire, de dire à une collègue et amie d'appeler à ma place, d'expliquer que j'étais convoquée.

   

Et je m'étais retrouvée face à une menace de licenciement sous forme d'une tentative d'intimidation conjointe de la part du décideur et de mon N+2 de l'époque, lequel la veille au soir encore venait de me féliciter. J'ai été sauvée par ma conscience d'innocente et de bosseuse bête : je n'avais pas démérité, rien à me reprocher et le savais. Mais l'applomb du traître, le féliciteur devenu accusateur, me laissait désarmée. La seule pensée consciente qui me restait était Ah ben maintenant, je comprends comment ça marchait la collaboration ! tout en songeant aux bignoles faussement chaleureuses qui dénoncèrent sans vergogne les juifs de leur immeuble, parmi les habitants.

  

Pour ma défense salariale de cinquante ans après, ce genre de réflexion était de toute inutilité. J'ai cru comprendre à retardement que j'étais à ce point prise au dépourvu qu'aucune réflexion ne m'était plus possible et qu'en fait c'était ma mémoire culturelle qui avait commencé à être parcourue par ma conscience en détresse, à la recherche d'une situation semblable : je ne sais pas résoudre le problème posé, je cherche un cas similaire et à m'y référer. D'où cette pensée bizarre d'un passé qui ne m'appartenait pas. C'était en fait mon petit browser interne qui bossait. 

 

Et qui tombait enfin sur "L'aveu" de Costa Gavras, avec Yves Montand qui répétait "Posez-moi des questions précises. Qu'est-ce qui m'est reproché ?". 

 

J'ai senti que mon calme les surprenait (ils ne s'attendaient certainement pas à avoir Yves Montand en face, ni même Simone Signoret).


Et comme il n'y avait rien de précis, qu'une vague insuffisance totalement contradictoire avec ce que me disait le demi-chef encore la veille au soir, j'ai repris contenance, offert quelques variantes - Very Big Chef étant cultivé n'allait sans doute pas tarder à s'apercevoir de la supercherie -, et nié en bloc tout manquement potentiel, ce qui était assez facile : j'avais été irréprochable (ce qui l'était moins).

 

Je restais pâle et calme, défaite (3) mais non sans sang-froid. De toutes façons dans le film Yves Montand ne s'était pas laissé faire comme ça.


Et puis ces deux types étaient des bourgeois, moi une ex-gosse de banlieue, et à moins d'une arme dans un tiroir du bureau, je savais que si à force qu'ils insistent la colère blanche absolue me venait, je pourrais leur casser la gueule et quelques autres pièces de leur anatomie assez efficacement, avant qu'ils n'aient le dessus. Le Big Chef était un cerveau face auquel je ne faisais pas le poids, mais un couard de première, et de courage je ne manque pas.

 

Il a dû sentir qu'il valait mieux cesser, a décidé de remettre au jour suivant travaillé la suite de cette "conversation". 

  

Soigne ta sortie, m'a soufflé la voix de cinéma. J'ai donc encore été capable au moment de fermer la porte de lancer une dernière phrase que j'ai oubliée, mais pas le calme, la voix blanche ni qu'elle voulait dire, je ne comprends pas ce qui vous prend. Et j'ai fermé la porte, sur leur silence, doucement.


Un de mes collègues qui logeait non loin m'a récupérée chez lui - j'avais réussi, épuisée, à lui téléphoner, il m'a dit Viens vite -, où je me suis effondrée. Il m'a garanti que eux, ceux qui me voyaient bosser tous les jours étaient au contraire très contents de moi (les deux autres avaient fini par m'en faire douter, surtout celui à veste retournée) ; et qu'il verrait quoi faire pour m'aider. Nous, on veut que tu restes.


Là où c'est presque comme au ciné et ce ne serait peut-être plus possible à présent, c'est que le collègue et ma cheffe de l'époque ne se sont pas dégonflés, et sont allés au lendemain dès l'aube, signifier au Big Chef qu'ils n'étaient pas exactement d'accord avec la façon dont on m'avait traitée. Et que les deux "méchants" de l'histoire, qui pour ma chance malheureuse, n'avaient pas tout à fait la carrure du rôle que le système et leurs petites ambitions voulaient leur faire jouer, n'avaient pas fermé l'œil de la nuit, ont cédé. Ils se sont surtout dit qu'ils devraient trouver une nouvelle victime, ce qu'il firent peu après dans un service voisin. La petite, là, qui pourtant avait l'air gentille (i.e. bête à leurs yeux) était plus coriace qu'elle n'en avait l'air. 


Surtout quand elle bascule en mode Montand inside.


Ce ne sont pas les deux seules fois où mes capacités personnelles bloquées par une surcharge, de fatigue, de sidération, d'être attaquée par surprise, ou de sens du péril, j'ai laissé faire le cinéma comme pour me remplacer alors que je calais. Il y a eu un seul cas, un seul, où ça n'a pas fonctionné : la personne qui m'infligeait le danger était quelqu'un que j'aimais et le cauchemar alors a tout avalé : dans la scène soudain elle me flinguait. J'ai donc péri sans riposter.


Ce sont les deux plus décisives.


Allez au cinéma, si possible pour voir des films intelligents, ou aux cascades applicables, ou au moins astucieux. Qui sait si ça ne vous aidera pas, un jour, à vous sauver la peau, éviter une rupture ou un licenciement. Ou faire rire les copains. Toujours ça qu'on peut gagner sur la cruelle adversité.

 

 

 

(1) Curieux, c'est en l'écrivant que je m'aperçois que j'avais poursuivi mon chemin sans songer un seul instant à tenter de remercier l'un, engueuler l'autre, dire aux gens effrayés tout va bien, un peu comme si c'était courant de traverser ce genre de brève épreuve et qu'il n'y avait pas de temps à perdre à s'attarder. Mon cœur, fataliste, ne s'était pas emballé.

Merci en tout cas au conducteur qui avait su freiner. Son réflexe ultra-rapide (le demi-tour était fait sur un mode chapeaux-de-roues) a probablement sauvé plusieurs vies.

(2) Ce que j'écris n'a peut-être pas de sens sur le plan médical, je décris ce que j'ai fait, ressenti, et plus tard tenté de comprendre.

(3) Souriez, j'ai esquivé "dévastée" 

 

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RER C - samedi 2 avril 2011 - aller

C'est tout bien expliqué chez celui qui animait, et attention, si mon texte est un brin triste et emprunt de nostalgie, surtout ne pas croire que nous le fûmes CIMG9960

 

 

 

ni que je suis de ceux qui pensent que c'était mieux avant. Vive le chauffage central, la pillule contraceptive et l'internet !

[photo personnelle in situ mais de bien plus belles par ici, grâce @louise_imagine]

 D'autres photos par là.

 

 

 

 

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Une limite de l'internet

Aujourd'hui, soudain

P8080032 Je ne sais plus quels mots de quelle conversation pourtant douce du jour m'a soudain fait penser à elle : une grande amie de Wytejczk, ils avaient même un temps travaillé ensemble, on se voyait presque souvent et tout semblait si naturel que je n'avais jamais pris la peine d'un lien direct.

Peut-être au fond qu'elle ne m'appréciait pas tant qu'elle le semblait en ce temps. Peut-être, qui sait, que ma proximité d'avec l'ami commun lui pesait, quand de mon côté c'était clairement un trait d'union.

Elle était tombée malade. J'avais par lui quelques nouvelles. On se croisait parfois, malgré ses moments difficiles de défaillance.

Puis comme je l'ai souvent évoqué, l'ami s'est de ma vie volatilisé. Et dès lors elle aussi.

Pendant quelques temps encore j'eus d'elle quelques nouvelles par un autre ami commun. Puis il n'en a plus eues.

Alors ce soir en pensant à cette femme, qui aurait pu m'être proche, mais ça ne s'est pas fait, j'ai cherché des nouvelles par le biais de l'internet.

Je n'ai hélas trouvé que des traces de ce travail à présent un brin daté qu'ils avaient effectués, Wytejczk et elle, ainsi que mes propres interventions à l'époque laudatives et joyeuses à son sujet.

Elle semble avoir disparu corps et âme de l'internet aussi. Le fait de la maladie ne fait rien pour calmer l'inquiétude à son sujet, ni non plus celui de se dire que puisqu'elle a choisi de ne tenir personne au courant, c'est que nous comptions peu ou pas et que nous devons respecter la distance qu'elle avait mise.

Ou bien tout au contraire : faire une démarche volontairement invasive afin d'aller chercher qui se serait replié dans la douleur, mais serait au fond soulagée que quelqu'un reste là ; quelqu'un qui en a vu tant d'autres que la dégradation physique et psychique n'effraie (presque) plus. Et cette question subsidiaire : Wytejczk a-t-il également fui de sa vie à elle, comme il l'a fait pour moi ?

J'ai décidément du mal avec les disparitions.

Triste privilège de l'âge venant : je ne vais pas tarder à pouvoir constituer une équipe de quelque chose avec la cohorte que forment ces perdus de vue volontaires de ceux qui du jour au lendemain sont entrés dans un silence et qui ne s'achève pas.

[photo : un cadeau d'amis à une amie présente (il en reste, dieu merci) ; ces miracles qu'il faudrait pour retrouver ceux et celles qui se sont envolés]


Le mystérieux destin du fabuleux ...

Depuis vendredi mais par intermittences.

Tabac, loto, journaux, restaurant et puis quoi encore

Il fut dernièrement dans ma vie beaucoup question d'Amélie Poulain, et comme j'ai compris récemment qu'aucun pavillon de banlieue qu'on prenait en photo par hasard n'était au fond anodin, j'ai décidé de me pencher sur le cas du

Mystérieux destin du fabuleux pavillon de Raphaël Poulain

Comme je suis quelqu'un de très ordonnée ... dès lors qu'il s'agit de blogs, j'ai déposé le résultat de mon enquête dans mon blog de cinéma.  dont je pourrais peut-être changer le titre à présent que je sais que la vraie belle vie c'est précisément celle dont les vacances deviennent inutiles.

PS : Oui bon d'accord les traces d'Amélie Poulain font moins d'effets que celles de Mélanie Daniels (merci encore à Matoo pour ce billet qui m'avait fait rêver, ainsi donc l'école Des Oiseaux c'était une vraie bâtisse et non pas un décor). Chacun voyage à sa portée.

PS' : On peut aussi se prendre d'émotion pour les lieux d'un livre (ici, chez François Bon conversations et quêtes croisées, et ce rappel du temps où justement je bougeais (loin))

[photo : à Eaubonne, en août 2004]


De l'effet Zahir étendu (une variante sonore)

Jeudi après-midi, La Défense et plus loin

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Afin de surseoir au coup de blues inévitable qui du fait de solitude me saisit désormais après chaque heureux moment entre amis, j'avais décidé après un doux déjeuner joyeux et bien accompagné, d'explorer la zone vers Nanterre préfecture et qui est depuis un moment en chantiers.

Il pleuvait mais j'étais équipée et dès lors que le froid est supportable, la pluie ne me dérange pas. Je me suis donc accordée une bonne chasse photos, malgré la météo défavorable. Je tentais en vain de me souvenir de ce qu'il y avait là avant.

Certains immeubles de bureaux montraient des signes tangibles d'occupation. Lumières aux étages. Grappes de fumeurs malheureux à leurs pieds. Ici ou là un point de restauration plus ou moins rapide. Rues désertes et droites. Seuls les véhicules qui passaient rapidement sous l'averse semblaient vraiment vivants. Perdus dans les zones en travaux, quelques relativement vieux immeubles tentaient de surnager. J'ignore si on peut le dire encore de leurs habitants auxquels je trouve bien du mérite d'ainsi résister. Je suppose qu'ils n'ont pas le choix. Me souviens des temps où Nanterre était constituée pour partie de bidonvilles pour les abrités desquels une HLM toute récente était un progrès social et quotidien immense.

Je retrouvai sans l'avoir voulu  le bâtiment sinistre et très préfectoral où j'avais fin 2005 croisé Wytejczk pour l'une des dernières fois avant qu'il ne sorte entièrement de ma vie. Cette étrange réponse qu'il avait eue "Je n'y peux rien" quand je lui avais donné des nouvelles de mon aînée alors malade et que sur le moment je n'avais pas comprise mais 6 ou 7 mois plus tard lors d'un déjeuner avec une amie qui m'avait rapporté les mêmes propos tenus par quelqu'un d'autre sur un problème de boulot. Et combien j'avais été à Nanterre ce jour-là si préoccupée que je n'avais pas su prendre en compte cette petite alerte ou au moins lui demander ce qu'il entendait par là.

Ce qui était à présent curieux était que tout, tout autour, avait totalement changé. D'anciennes friches étaient devenues d'orgueilleux immeubles. Des chantiers mettaient de la vie dans tout ce gris. La démolition d'un vieil immeuble pièces par pièce ajoutait de la mort.

Et c'était un peu à l'image de ma vie, l'élément de tristesse qui avait peu bougé, ou s'était trouvé substitué, et le reste, tout le reste sauf mon lieu d'habitation qui s'était trouvé bouleversé. Et les travaux, tant de travaux, en cours. 

À un moment donné, la pluie qui commençait à travers mon manteau à percer eût raison de ma résistance. Je me mis donc en quête d'un endroit où prendre un café et autre escale technique.

Dans mon sac le livre "Feu" de Régine Vandamme que je relis en vue d'une chronique que je souhaite rédiger. Il m'a profondément touchée et j'aimerais le partager. Le temps de boire un café je repris ma relecture d'où elle en était.

La radio du vague mais accueillant estaminet où j'avais trouvé refuge distillait d'anciens tubes des années 80, et pratiquement à l'instant même où je reconnus d'Eurythmics "Here comes the rain again", si particulièrement adapté à la météo du jour, je tombais sur cette page  : P2250027

Et l'on a beau se dire qu'il s'agit des fruits d'un malicieux hasard, ça reste très troublant, comme si l'esprit des lieux avait quelque chose à me communiquer.

La lecture, hélas, n'en a apporté aucune clef.

Plus tard il fut temps de rentrer sans plus s'attarder.

[photos : in situ]

PS : sur l'effet Zahir, voir David Madore son inventeur.