La menteuse (flagrant délit)

Vers le métro Censier où j'avais rendez-vous à moins que ce ne fut vers Satin Lazare, là où je devais effectuer un changement, je croise une femme élégante, corporate classe V.I.P. chaussures incluses de celles qui ne sont pas faites pour marcher (1), bref tenue irréprochable selon les critères professionnels et bourgeois. Elle parlait dans son téléphone.

"Je suis en jeans troués et baskets, là, vraiment je peux pas venir, il faudrait que je repasse chez moi"

 

(Ça m'a rappelé le type au début des téléphones portables, quand ça captait plus souvent plus difficilement qu'aujourd'hui, d'où qu'on avait tendance parfois à y parler très fort, et qui criait dans le sien, en plein Paris ou pas loin "Mais puisque je te dis que je suis à Angoulême")

(1) Que les femmes acceptent ça me laisse totalement perplexe. Mais beaucoup semblent avoir intégré que c'est beau. Sauf qu'en fait pas tant et que ça nique pieds et chevilles et à force même le dos. Je crois qu'il faudra au moins deux fins du monde avant que les femmes n'apprennent à se débarrasser de l'implicite "tenues pour être belles = tenues pour être sexuellement attirantes" qu'on nous inculque dès le début de nos vies. 


Un petit bon souvenir suivi d'une stupéfaction atterrée (le monde se gorafise)

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Réveillée ce matin par le flash d'infos de 7h sur France Cul, et la voix de Marina Foïs qui tenait des propos clairs et fort justifiés sur le jury des Césars, lequel a pris acte des critiques qui lui était adressé et a démissionné collectivement. 

Ceci m'a permis un réveil sur un petit bon souvenir, cette figuration familiale dans le film "À boire" grâce à une impulsion de ma fille et au talent du fiston enfant, une belle journée pour nous (et rémunératrice et instructive) qui n'en connûmes pas tant, la plupart de nos moments heureux étant entachés par ailleurs de tracas pesant (santé des uns ou des autres, travail, fins de mois ...). Là, ce fut un vrai bon moment heureux, une respiration au milieu des journées de boulot bancaire tendues et pour moi l'occasion fabuleuse de commencer à gagner des sous en lisant. Je suis vraiment heureuse de disposer de ce souvenir qui me ressemble tant.

Peu après, probablement après un rendors sans en avoir conscience, ma spécialité, et donc au vrai réveil pour la journée, ce fut un touite de Momo qui a achevé de bien me réveiller, dans le même temps de ce que je découvrais sur des fils d'actualité.

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"Qu'est-ce que vous avez encore fichu ?" était l'exacte expression de mes pensées, en lisant l'info de l'abandon de candidature à la mairie de Paris de Benjamin Griveaux comme suite à la diffusion d'une sextape, et après la sorte d'orage d'infos nawak dans tous les sens dont je parlais en fin de billet la veille, et déjà en tendance forte tous ces temps derniers. 

Je n'éprouve pas de compassion particulière pour cet homme qui était dans sa campagne électorale pris dans une spirale délirante, seulement j'en tiens que pour que sa candidature tombe sur ce prétexte plutôt que pour des raisons de compétences politiques qu'il n'a pas, c'est que notre démocratie a vraiment du plomb dans l'aile. Et ça n'est pas bon signe, pour qui que ce soit. Ce sont des méthodes fascisantes qui auront précipité sa chute. C'est inquiétant qu'on en soit là.

 

 

Sur le front du 2019-nCov, outre des comptages mouvants (un peu comme le nombre de chômeurs en France, mais dans l'autre sens), une intéressante réflexion de The runner sur les conséquences potentielles sur les jeux olympiques prévus cet été à Tokyo. Je n'ai pas d'avis précis, car j'ai ce biais inexpliqué de pensée qu'une épidémie mortelle ne peut pas concerner l'été (c'est absurde, je le sais, d'autant plus qu'il y a deux hémisphère et différents climats), il n'empêche que son point de vue mérite d'être entendu.

addenda de la nuit : Comme nous nous sommes retrouvés à l'heure du dîner à tenter de trouver en vain impromptu un restaurant à Bayeux, car tous étaient réservés complets pour la Saint Valentin, on est tenté de croire : 
1/ que la situation économique de pas mal de gens est plutôt pas si mauvaise que ça ;
2/ que dans cette région il n'existe pour l'instant aucune psychose de type peur du virus : les gens sortent et pas qu'un peu ;
3/ que le marketing pour imposer une fête qui n'avait aucune tradition locale il n'y a encore pas si longtemps, ça marche.

À propos de situation économique, on a vu des gilets jaunes à un rond-point. Là aussi en bons parisiens moyens, malgré qu'on a pourtant des échos des manifs qui perdurent le samedi, nous avons été tout surpris.



Curiosité locale ; la petite échoppe qui faisait des pizzas à emporter (attente en ce soir particulier : 45 à 50 minutes) pratiquait en ce soir de fête l'offre suivante : pour deux pizzas achetées, une gratuite. Je me suis demandée quel était l'implicite de cette offre qui m'aurait semblé plus adaptées pour des soirées football. Cela dit, nous qui avions plutôt décidé de fêter enfin Noël en famille, avec la bûche et tout, ça nous arrangeait. Fullsizeoutput_1aa5

 

Autre curiosité locale : ici les librairies (et les autres commerces aussi, mais disons qu'à Paris où le montant de la prune est sévère dès que deux cartons même bien pliés dépassent de la poubelle jaune des recyclables) ont le droit de laisser leurs cartons sur le trottoir au soir du ramassage. Et tels quels !

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PS : Beau texte "Ventre à terre" lu chez Antonin Crenn.


Celle de quelqu'un

Entendu parce que je les croisais, à pied, dans ce quartier central parisien.

un jeune homme à un autre, tout en rempochant son téléphone par l'intermédiaire duquel il venait visiblement d'apprendre une nouvelle qui l'énervait au plus haut point 

- J'vais niquer la mère de quelqu'un !

(le pote n'a pas relevé, qui appréciait sans doute l'effort fait de ne pas menacer la sienne)


Ibrahim !

 

    Ce matin un enfant, de la rue a appelé Ibrahim ! longtemps, avec ténacité et patience, sans crier, très calmement, sans doute dans l'espoir que réponde l'un des gamins des habitants du deuxième étage de notre immeuble d'habitation et dont il souhaitait la présence pour jouer au jardin d'en face.

Ça m'a rappelé ma propre enfance du temps avant les téléphones personnels et où l'on jouait dehors tout naturellement sans avoir trop le droit de sonner chez les gens.

Je ne sais si Ibrahim l'a rejoint, s'il était réveillé, si ses parents ont consenti à ce qu'il sorte (1) ou si celui qui appelait s'est lassé ; le fait est qu'à un moment les appels ont cessé.

Entre temps, l'enfant m'avait offert un réveil souriant.

 

(1) Normalement oui, nous nous croisons assez souvent. Et déjà plus d'une fois ils m'ont donnée un coup de main (monter quelques courses, charger des cartons dans la voiture lors de rangements, tenir la porte quand je suis chargée, tout simplement). Ils jouent au foot. Font probablement à l'occasion des bêtises comme tous les enfants vifs et en bonne santé, mais avec moi, ils sont sympas.


"ont annoncé que les structures du pays cesseraient d'exister avant la fin de l'année"

(un auto-gag, mais fait-il rire ?)

 

Au terme d'une après-midi d'avoir suivi via Twitter et les LT d'amies et d'amis et de journalistes, traité•e•s mal eux aussi, j'écoutais pour me détendre enfin l'émission Juke Box sur France Culture. Il était ce soir question des groupes rocks dans l'URSS de la fin, et ça me rappelait l'un des films les plus intéressants vus au festival d'Arras, Leto, qui comptait l'ascension du musicien Viktor Tsoi.

Mais comme ça m'arrive encore très souvent, quoi qu'un peu moins ces derniers temps (j'ai quand même pris un peu de vacances en novembre, et c'était nécessaire), je me suis endormie sans même m'en rendre compte, d'un seul coup, tout en croyant encore être en train d'écouter.

Et voilà que soudain alors que mon cerveau pensait être encore en train d'entendre le début de l'émission, mais qu'en fait on en était à 57 minutes de diffusion, cette fin de phrase dite par une voix de journaliste d'information traverse mon sommeil : 

" ont annoncé que les structures du pays cesseraient d'exister avant la fin de l'année".

Ça m'a provoqué un réveil en sursaut simultané à cette pensée, un peu surprise, mais pas tant que ça : 

- Ah ouais quand même !

Puis il y a d'autres phrases et du rock, mon cerveau se réactive en entier et je comprends que ce n'est pas un flash d'informations de ce 8 décembre que je viens d'entendre mais un extrait d'un journal télévisé du temps de la fin de l'URSS et que c'était la chute de cette entité qui était ainsi annoncée ; décision prise d'un commun accord par Gorbatchev et Yeltsin de la dislocation de l'URSS en décembre 1991. 

Bien sûr ça m'a valu un joli fou-rire. Mais pour que j'aie pu y croire, même en sortie de sommeil, même un seul quart de seconde, et après une journée de manifestations généralisées, c'est quand même bien que quelque chose dans ce pays (1) ne va pas, vraiment pas.

 

(1) Et hélas pas que celui-ci : la Belgique à nouveau en passe d'être sans gouvernement, l'Italie avec une manif de la Lega pas franchement rassurante, le Brésil sous le joug de l'extrême droite, l'Angleterre suicidaire, Merkel qui semblait être la seule personne un peu digne encore au pouvoir quelque part qui s'en va et Trump qui touite des trucs de plus en plus hallucinés, on a bien l'impression qu'un vent de folie fatale souffle sur la seule planète pour l'instant habitable
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À trente ans, c'est là tu te dis


    Je pars poser deux caisses de livres au box de stockage, profitant d'un imprévu (activité annulée) et du fait qu'il fasse doux ce qui m'accorde de l'énergie ; croise deux hommes en pleine conversation. Concentrée sur mon chargement - sur le diable -, je ne vois pas leur aspect, mais ils parlent forts et rient, alors j'entends.

- Ne t'en fais pas après, les années, on les remarque même pas.
- Oui, n'empêche t'arrive à trente ans, c'est là tu te dis, j'ai raté ma vie !  

(et ils éclatent de rire).

Pour ma part j'ai un peu l'impression d'être passée directement de 40 à 55 ans alors que ce furent les années jusqu'ici les plus intenses (et difficiles, mais pour le coup vraiment "vivantes") de ma vie.


Une émission qui aura bien fait d'insister

 

    La radio de la voiture s'allume sur France Inter par défaut, l'habituel conducteur aime bien y écouter les infos.

Nous nous rendions à une fête chez des amis dans le Val d'Oise.

C'était très embouteillé au départ de Clichy. 

Il a allumé la radio et voilà que s'est élevée la voix de Laure Adler. Ça n'était pas pour me déplaire. J'aime la façon qu'elle a d'interviewer les gens. Son invité était Michaël Ferrier pour son livre "François, portrait d'un absent". Le titre me rappelait quelque chose.

Concentrée sur le trajet, itinéraire tenté afin d'échapper à la A15 bloquée, je n'ai pas écouté avec une totale attention. 

La voix du François du livre, François Christophe m'a rappelée quelque chose et le texte qu'elle disait. 

Il fut question d'une bande de gamins à Paris dans le XVIIème arrondissement il y avait un peu longtemps.

J'ai pensé immédiatement à ce documentaire (1) que je venais de revoir grâce aux algro d'autoreplay de Youtube dont les choix sont parfois d'une pertinence troublante et d'autres fois dans des à-côté-de-la-plaque quasiment vexants. 

Puis nous sommes arrivés et nous avons passé une bonne joyeuse soirée.

Au retour vers 1h ou 2h du matin, la radio s'est trouvée à nouveau allumée. Il se trouve qu'elle rediffusait l'émission de l'aller. Que j'ai pu cette fois écouter dans son intégralité.

Et j'ai compris que François Christophe avait été le réalisateur du documentaire "Thierry, portrait d'un absent" qui m'avait tant émue, en raison de son respect pour quelqu'un de la rue et par ailleurs pour un certain nombre d'échos et de connections (2).

J'ai résolu de le revoir, comme si l'insistance de la radio avait été l'effet d'une volonté. Il s'est trouvé à me croiser à différentes époques de ma vie trois garçons qui ressemblaient à Thierry, de révolte, d'énergie, d'addiction et de dérive. L'un est mort à 25 ans, d'une overdose, l'autre ne fut qu'un passant, il logeait à Châlon sur Saone en 1984, je l'ai croisé le temps d'un stage sur chantier que j'y faisais, le troisième dérive encore et parfois se reprend, j'ai d'indirectes nouvelles par quelqu'un qui l'aima, mais a dû s'éloigner pour se protéger. Ces garçons sont vivants, attachants, intelligents mais terriblement destructeurs, comme si impuissants à bouger les lignes de la société ils ne pouvaient que retourner leur rage contre eux-mêmes et qui leur est proche.

Profiter du premier novembre pour les revoir un peu avait sans doute un sens. 

 

(1) La bande du square 1972, Bernard Bouthier pour "Du côté des enfants" (Éliane Victor)
(2) Billet du dimanche 5 janvier 2017 sur Fenêtres Open Space d'Anne Savelli.

 


Ce qui n'est pas si anodin (une chronique de Guillaume Erner sur France Culture ce matin)

 

    C'est une chronique de Guillaume Erner entendue au radio-réveil et que j'ai trouvé d'une justesse remarquable : la peopolisation des politicien-ne-s, et le mélange des genres vie publique - vie privée, n'est pas qu'une petite faiblesse de notre société de la télé-réalité, c'est un signe de mauvaise santé de nos démocraties. Il le dit bien mieux que moi donc ça vaut le coup d'écouter.

Et il termine sur une mention d'un propos d'Hannah Arendt, rappelant que pour elle "la confusion entre vie publique et vie privée était l’un des signes de l’affaissement de la vie démocratique", qui mérite d'être médité.


Une daronne, la bière, la chaleur, Kaaris et Booba

 

    J'arrive par ce qui reste de jardin malgré le parking qui empiète sur cet espace vert autrefois accueillant. Sur un banc vers lequel s'avance le chemin, une grappe de garçons du coin, sans doute en pause de tenir le mur ou de jouer au basket (non loin de là un terrain). Ils sirotent des cannettes. Il fait beau et bien chaud. Un vrai bel été.

Avançant dans ma direction et se rapprochant d'eux, une daronne encore jeune avec sa fille, une enfant. Je vois que la mère adresse la parole aux gaillards et que tout le monde sourit. 

Arrive vite l'instant où je suis assez proche d'eux, poursuivant mon trajet, pour entendre.

Je comprends que des rappeurs se sont frittés et que la dame s'est amusée à leur demander, comme s'il s'agissait d'un match de football, Et alors vous, vous êtes pour qui ? 

Je capte Booba et je me dis, Tiens avec Comment-il-s'appelle-déjà ? ça a encore frité 

En fait c'est bien tombé, ils ne sont trop pour personne, les gars, ils aiment bien un truc de l'un, d'autres trucs de l'autre et ça les enjaille bien qu'il y ait eu une belle marave. Je crois entendre un argument comme quoi c'était dans un aéroport et donc cool comme ça personne n'était armé. 

Je me dis on dirait des cailleras d'autrefois, un vestige du code de l'honneur du siècle d'avant. 

Et c'est alors que dans mon dos j'entends la voix de la mère de famille qui après avoir salué, elle va faire ses courses et la petite commence à s'éloigner, elle doit la surveiller, dit Quand même, la bière, par cette chaleur vous devriez faire attention. 

Et les gars de se récrier en mode sage écolier pour une fois participant à un chahut et pris sur le fait, C'est juste une et il commence à faire plus frais.

D'elle qui souhaitait aider, à eux qui sont respectueux, en tout cas au moins encore quand on l'est avec eux, tous m'ont fait chaud au cœur. On a encore dans ce coin une vie de quartier, avec ses petites solidarités.

 

PS : Une fois rentrée, j'ai vu qu'il s'agissait d'une rixe entre Booba, Kaaris et leurs entourages respectifs à l'aéroport d'Orly. Et que les réseaux sociaux s'en donnaient à cœur joie, dans la mesure où rien de trop grave, pas de grands blessés, ou s'il y en avait eu on l'ignorait.    Capture d’écran 2018-08-04 à 21.37.27

(Je dépose une capture d'écran, pour le cas où le lien se perdrait)

Comme j'ai une belle TL sur twitter, chaque événement pas trop dramatique reste l'occasion de beaux traits d'humour. C'est une façon comme une autre de résister.

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Le colocataire birman

    "Si ça se trouve, il est en Birmanie en colocation !" s'écrie une jeune femme lors d'une conversation animée avec une autre, et dont je ne percevrais que cette bribe puisque nous nous sommes seulement croisées les unes et les autres marchant à bon pas.

Je garde la phrase ; si je devais animer des ateliers d'écriture je trouve qu'elle ferait une parfaite amorce pour un exercice de type : Inventez les circonstances.

(Et d'ailleurs si quelqu'un de ma connaissance en a besoin pour un atelier, elle est à votre disposition, si elle vous plaît)