Double Zahir sur trois journées

vendredi pour le premier, entre hier et aujourd'hui après-midi pour le second

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Bien étrange effet que d'entendre alors que pour la première fois depuis longtemps on est parvenu à faire un petit tour dans Notre Dame sans se sentir vidé(e) de nos forces restantes,
"Nous sommes déjà Romains depuis quatre cents ans"
(une guide inspirée à un groupe francophone)
alors que dans le métro qui une heure plus tôt nous a mené dans ce quartier on venait de lire :

"Ce sont les besoins de la civilisation esclavagiste qui expliquent la propagation de l'écrit en Gaule, donc son entrée dans l'histoire, avec l'adoption du droit romain, l'acclimatation de la vigne, la destruction des racines celtiques que déplorent les historiens de ce temps, Ferdinand Lot et Camille Jullian.
Des quatre siècles suivants, on sait peu de chose. La paix romaine subsiste malgré la continuelle menace des tribus germaniques, les incursions profondes des Alamans et des Francs dès le troisième siècle. La langue gauloise périclite sans bruit et le christianisme chasse les vieux dieux sanguinaires. Les choses endossent un nom latin."

(Pierre Bergougnioux, "Une chambre en Hollande" (Verdier) page 11).

Je me suis demandée un instant si la dame ne possédait pas un don de vision lui permettant de distinguer les livres dans le contenu des sacs des passant(e)s et qui s'en amusait en adaptant son discours immédiatement.
A moins qu'elle ne soit également lectrice de Bergougnioux et que ces lignes ne lui aient inspiré la formule employée ?

Le deuxième Zahir (1) est moins spectaculaire mais je l'aime bien. Parlez-vous souvent du syndrome de Stendhal dans vos conversations ?
Personnellement j'ai dû au cours de ma vie me trouver mêlée à quatre d'entre elles au grand maximum qui l'évoquaient. Ce qui fait en moyenne une par décennie.
L'une de ces occurences eut précisément lieu hier après-midi.

Aujourd'hui j'ouvre afin d'agrémenter la sieste que mon état d'épuisement rend obligatoire mais dont j'aimerais bien me passer, "L'orgue de quinte" d'Hervé Picart (2) . Rien de tel qu'un petit romain roman d'énigme bien troussé pour lire en se reposant.
Et voilà que page 58 alors que Lauren une des héroïnes s'accorde une promenade au Béguinage de Bruges, lequel est particulièrement extraordinaire si on parvient à y passer un jour de jonquilles en fleurs, déboulent ces mots que j'eusse été hier si ravie de partager afin de mieux expliquer, même si cette version-ci me semble un peu réductrice :


"Elle a assez vite compris pourquoi ce spectacle lui procure de pareilles sensations. En fait elle semble éprouver à l'envers le syndrome de Stendhal. Celui-ci s'exerce habituellement sur un spectateur captivé par une toile de maître. Le tableau lui semble tellement vrai qu'il a brusquement l'impression d'y pénétrer, d'entrer dans l'oeuvre d'art comme si elle était une annexe de la vie, toute aussi réelle. Une formidable commotion artistique dont tout le monde ne sort pas indemne. Mais au Béguinage en fleurs, c'est l'inverse qui se produit. La réalité est si belle, si porteuse de lumières et de tons qu'elle vous donne l'impression de se transfigurer, de se muer en tableau [...]" 





(1) Cette collection n'est en effet pas destinée, je le sens, à s'interrompre tant que je vivrais.

(2) Deuxième épisode de l'Arcamonde (note à l'attention des heureux initiés).

PS : Il y avait également un léger Zahir sur JFK - JLK et JKH mais ce serait un peu compliqué à expliquer et un peu trop personnel pour les différentes personnes concernées, je le mentionne juste pour voir s'esquisser un sourire sur les visages des deux et différents principaux intéressés.


[photo : variante de l'effet Zahir, quand un passage dans un livre vous évoque si parfaitement un lieu que vous connaissez qu'il pourrait s'agit du même,
toujours avec "L'orgue de quinte" d'Hervé Picart, mais cette fois à la page 25
"Ils peuvent ainsi continuer leur route au sec, en direction d'un gros donjon qui domine la ville. C'est une tour massive mais isolée, qui se dresse à l'écart de tout mur, et qui a patienté là des siècles à se demander où avait donc pu passer le reste de son château." ; dans le récit il s'agit de Provins mais le fier quoique si solitaire donjon de La Haye du Puits (Manche) pourrait tout à fait correspondre à ces mots] 


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