BDJ - 160130 - La petite fête du cours de danse (et un ciné aussi)

 

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    (bonheur du samedi 30 janvier 2016) C'était un bon samedi, agréablement et bien rempli avec au matin au cinéma du Panthéon "Le conformiste", film troublant de Bertolucci (1970), que je suis contente d'avoir vu malgré qu'il laisse un fort sentiment de malaise - particulièrement au moment où l'homme trahit la femme dont il semblait pourtant éperdument amoureux et la laisse se faire assassiner sous ses yeux -. Le bonheur était en plus d'y être allée accompagnée. 

L'autre bonheur du jour fut la petite fête annuelle de notre cours de danse, à laquelle ma fille était présente puisqu'elle les suit aussi. Et même si ce bonheur fut assombri par l'annonce de la retraite pas si lointaine (quelques années) de notre professeure (1), qui fait du bon travail, exigeant, c'était bon de se retrouver et de parler. 
De toutes façons ce genre de cours nécessite une envie de travailler avec assiduité et une humilité qui en quelque sorte sélectionne les élèves. Ce qui conduit le groupe d'années en années à être sympathique. Les imbéciles ne font pas long feu devant l'effort à fournir.

J'ai appris au passage que la plupart des cours de ces activités qui fleurissent soudain dans les clubs de sport pour être poussées par d'autres deux ans après (en particulier les body-quelque chose) sont prévendues en kits complets vendus clefs en mains all around the world, le prof n'est là que pour reproduire intégralement un livret, aux blagues près (!). 

Rien à voir avec notre activité de danseurs, du sur-mesure, de l'évolutif, et parfois même une part pour chacun d'improvisation.

Profitons à fond de ce bonheur tant qu'il est encore possible.

 

(1) dont j'ai déjà parlé, tant sur le moment j'ai été prise au dépourvu, persuadée que ce serait mon corps qui donnerait le signal de fin de fréquentation (ou mes faibles finances).

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour.
C'est l'amie Kozlika qui a lancé le mouvement et le lien vers tous les bonheurs (pour s'inscrire c'est par ici- grand merci à Tomek qui s'est chargé du boulot -) 

Chez Couac : Bonheur du jour 17

billet commun avec Bella Cosa


BDJ - La danse et un bon roman (policier)

Parfois le Bonheur du jour c'est un peu à l'arrache.


    Après une semaine peu glorieuse, un boulot manqué, une santé morose qui m'a empêché de profiter du bon et rendue passablement improductive, la mort de David Bowie, la prise de conscience que fotolog c'était terminé et que c'est doublement la fin d'une époque (1), ces deux derniers éléments m'atteignant davantage que je ne l'aurais cru, malgré pour fotolog la perspective de pouvoir sauver une grande partie de mes données, je me disais que finalement les bonheurs du jour c'était du solide, car contrairement à ce que j'avais cru en me lançant dans l'aventure (2), on parvenait toujours à en trouver au moins un. Et puis en fin de journée de ce samedi, j'en suis venue à lancer un appel :

Les événements à Ouagadougou (3), auxquels j'ai été particulièrement poreuse, c'est une ville que j'ai connue, j'y ai de bons souvenirs, et les personnes que j'y ai croisées même si je les ai perdues de vue depuis, m'ont beaucoup appris, ont compté, ont fait de ce samedi, individuellement pas trop catastrophique, une sombre journée. 
Il y aura eu la découverte consécutive du blog de Boukari Ouédraogo , le messager d'Afrique depuis Ouagadougou ; mais c'est trop directement issu du malheur pour être un bonheur du jour.

Alors je me suis posé la question de sauter mon tour. Après tout il peut y avoir pour chacun quelques jours sans. 

Puis j'ai mesuré la rudesses des perspectives de cette année 2016, collectives ou personnelles. Et je me suis dit qu'il ne fallait s'avouer vaincue sur aucune journée sauf à être soi-même parmi les victimes directes d'un prochain épisode ou gravement malade. Que le boulot des bonheurs c'était ça. En trouver un malgré tout. Même un seul, ténu, tétu. Aux jours de deuil le chant d'un oiseau.

J'ai cru en tenir un lorsque l'homme de la maison a envisagé de venir me chercher à la sortie du cours de danse. C'est un joli bonheur que d'avoir quelqu'un qui vous attend quelque part, à la descente d'un train, au sortir d'un lieu de travail ou d'entraînement, de ne pas circuler seule (4) (ou pas toute seule tout le temps), et que ça soit quelqu'un qu'on est heureuse de voir. Mais la #ligne13 et un voyageur distrait ou négligent en ont décidé autrement :

Ce qui a d'ailleurs fait que le bonheur potentiel a eu l'effet inverse puisque l'empêchement de venir alors qu'il avait quitté à l'heure son éternelle activité (5) l'a rendu d'humeur massacrante.

Il y en a eu un : le message de candidature du fiston pour un stage, presque sans fautes d'orthographe, efficace, élégant et qu'il m'a demandé de relire par précaution. Mais c'était davantage quelque chose de rassurant qu'un bonheur.

Alors finalement et pas pour la première ni la dernière fois, le bonheur du jour ça sera le cours de danse, d'avoir pu y aller et le suivre à peu près en n'étant pourtant pas en forme, de parvenir à un certain contentement du corps malgré qu'il soit en bagarre contre différents microbes. Le bonheur du jour c'était ça. 

Ainsi que dans la nuit la fin de la lecture d'un roman policier de fort bonne facture (6) et d'avoir souri quant à son habileté finale ; tout en ayant été à maintes reprises très touchée par certaines notations ou réflexions de certains personnages, la façon dont l'équipe Cormoran - Robin me tient chaud en me rappelant des (bons) moments de ma propre beaucoup plus petite vie. 

Donc le bonheur du jour en ce sombre samedi 16 janvier 2016 aura été porté par la danse et la lecture. Mes béquilles habituelles.

 

(1) Celle de doux échanges amicaux par ce biais, celle où les sites respectaient leurs usagers.
(2) La voix intérieure du grand découragement me susurrait quelque chose comme : Ben si 2016 est aussi pourrie que 2015 et vu ce à quoi on peut s'attendre sur le plan national et international, un par jour c'est pas gagné.
(3) Attaque terroriste islamiste dans deux hôtels et plusieurs cafés de la ville ; une trentaine de morts, de nombreux blessés, des otages retenus puis libérés, les terroristes tués.
(4) Même si c'est parfois l'occasion d'un petit bonheur
(5) La pétanque c'est comme le golf en moins chic (et peut-être la chasse et la pêche). Les pratiquants disparaissent des journées entières. Vive les activités qui sont limitées dans le temps !
(6) Robert Galbraight (JK Rowling) "Career of Evil"

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour.
C'est l'amie Kozlika qui a lancé le mouvement et le lien vers tous les bonheurs (pour s'inscrire c'est par ici- grand merci à Tomek qui s'est chargé du boulot -). 

Chez Couac : Bonheurs, jour 2 

billet en commun avec Bella Cosa


BDJ - Ces instants de nos vies qui sont des chorégraphies


    RER C station Bibliothèque François Mitterrand peu avant 12h30, une femme entame à quelque pas de moi la montée des marches, "Madame, madame !' appelle avec énergie une jeune femme de banlieue et elle s'avance au bord de la porte du plus proche wagon, tenant entre ses mains un chapeau laineux, la femme se retourne alors, la plus jeune sans quitter le RER, ça sonne, les portes vont fermer, lui envoie l'objet d'un geste précis et l'autre l'attrape au vol, comme si elles avaient longuement répété, travaillé l'enchaînement. 
- Merci beaucoup, merci ! 
Et chacune s'en est retournée dans sa vie.

    Gare Satin Lazare, à la remontée de la 14 là où tout droit on entre dans la gare et vers la gauche on remonte à l'air livre par la bulle. Il est 22h30 environ. L'homme qui marche devant moi voit son chemin soudain coupé par un autre type de même allure, lequel arrivait par sa gauche et qui l'entraîne dans une sorte de passe de rock presque un peu. L'autre est surpris, j'ai à peine le temps de penser, C'est une belle façon d'esquiver une bousculade lorsque l'on est lancé et qu'il est trop tard pour s'éviter, que les deux hommes éclatent de rire, ils se connaissaient, s'étonnent de se croiser là, Alors comment tu vas ? Meilleurs vœux, bonne année ! 
Le sourire qu'ils m'avaient collé avec leur joie de retrouvaille et ce pas de danse esquissé m'est resté jusqu'au train.

J'écrirais volontiers une comédie musicale qui s'appellerait "Une journée (à Paris)" et qui serait les petites scènes chantées et dansées dont une personne avec une vie moyenne, rien qu'au cours de ses déplacements quotidiens, serait témoin. Voilà que j'en ai déjà deux séquences et quelques pas. Manquent les ritournelles et une structure narrative. J'y réserverai un rôle de vieille dame indigne et magnifique à Catherine Deneuve. 

Et mon rêve du 4 janvier 2009 de prendre avec elle le thé et de rire à gorges déployées deviendrait réalité. 

(et à part ça malgré quelques oscillations de moins bien au cours de la journée, on dirait que j'ai dégagé une partie de l'offensive de petite santé de la veille, ça va tout de suite mieux quand on va mieux ;-) )

PS : Il y eut d'autres bonheurs, ce fut une bonne journée, comme un déjeuner entre amies, une session de BNF pour une fois délibérément de détente, et chez Charybde une rencontre avec Vincent Message au sujet de son nouveau roman qui a l'air bien vu, et de pousser remarquablement à la réflexion sous des dehors narratifs  qui se tiennent ; mais ils peuvent, je l'espère, se reproduire. Alors je donne la priorité aux petits bonheurs surprenants.
Il y eut aussi la joie enfantine de l'homme de la maison à qui j'ai rapporté une haltère prise marteau de 8 kg (4 x 2) trouvée dans la rue et qui s'est empressé de la tester (mais non c'est pas lui, c'est pour donner l'idée de l'idée qu'il en avait). Mais bon, pour le coup ça serait à lui de l'écrire, ce petit bonheur là, qui me reste un tantinet mystérieux même si c'est en pensant provoquer chez lui une réaction de cet ordre que j'ai joué les brocanteuses

  

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour.
Coleslaw chez Kozlika qui a lancé le mouvement et le lien vers tous les bonheurs (pour s'inscrire c'est par ici- grand merci à Tomek qui s'est chargé du boulot -) 

billet également publié sur Bella Cosa


BDJ - Inna Modja "Outlaw" (nouvelle choré)

    Dans une journée âpre, occupée par de longues conversations liées aux tracas en cours et contre lesquels je me rassure en constatant que dans l'immédiat personne n'est physiquement en danger et que face à bien d'autres périodes difficiles traversées par notre petite famille celle-ci n'est pas des plus périlleuse (ce qui est le plus pénible c'est l'incertitude et d'avoir beaucoup à faire dans l'immédiat sur différents fronts), le cours de danse fut une oasis, un vrai bonheur. Celui-ci d'autant plus fort qu'il s'agissait d'une nouvelle chorégraphie, sur une musique irrésistible, une musique qui porte (je ne trouve pas d'autres mots), que j'avais déjà commencé à aimer Inna Modja juste avant, et que par ailleurs je me sentais en forme. 

Le mal aux jambes est une vieille mémoire, le problème avait donc été ponctuel et j'y ai remédié à temps. Voilà qui me laisse un avenir professionnel et sportif ouvert. En novembre je craignais qu'il ne fût sur les deux tableaux compromis.

Si ça tombe ce sera mon prochain emploi qui mettra des épinards dans les assiettes. Qui sait ?

Mais j'espère qu'il ne me volera pas le bonheur de danser.




PS : Ma fille m'a appris jeudi soir (le 7) que c'était le choix de notre prof de danse pour la nouvelle choré.

Il se trouve que le 6 janvier à 11h11, sans que personne du cours ne m'en ait rien dit : Capture d’écran 2016-01-08 à 00.50.50

 

Voilà qui me réjouit.

 

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour.
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billet également publié sur Bella Cosa


"Tiens bon, je suis là" ("Le miroir de Jade", théâtre du Rond-Point)


Comme il n'y a pas grand monde pour m'en faire d'heureuses (1), je me fais autant que possible des surprises à moi-même.

Une façon simple consiste à prendre un abonnement au théâtre avec quelques ami.e.s, le prendre à l'avance et collectivement (même si c'est toujours source de difficultés de paiement, car en cumulé à payer en une seule fois, c'est très cher, même si chaque spectacle est à un prix très doux), noter scrupuleusement les dates dans ses agendas puis laisser infuser sans rien regarder.

Le jour venu prendre les billets et seulement une fois sur place constater de quoi il s'agissait.

J'ai donc eu la surprise aujourd'hui de revoir Sandrine Bonnaire. Je ne sais pas trop expliquer mais c'est une femme que j'admire, sans avoir nécessairement tout vu des films dans lesquels elle a joué - je suis peu spectatrice de films français, mon truc ce sont plutôt des films d'ailleurs dans le monde, plutôt art et essais ou alors des vieux noirs et blancs comme ceux de la dame de mon prénom - ; mais d'une certaine façon, nous nous croisons : un théâtre à Gennevilliers, une présentation de son film "Sabine ..." à Saint Ouen, une dédicace de son livre d'entretiens dans une librairie amie. Elle fait partie de ma famille ressentie, ma famille idéale adoptive, une jeune cousine (2) dont je serais d'un peu d'années l'aînée. 

C'était une bonne surprise.

Je ne savais plus du tout de quoi parlait la pièce.

Je ne savais donc pas qu'elle ne parlait pas.

Que ça n'était pas une pièce en fait, mais un spectacle.

Qu'il s'agissait de danse. Et que c'était un bel exploit. De la danse contemporaine expressionniste, le corps raconte l'histoire. Une femme a subi quelque chose, émerge d'une sorte de coma, lentement, se débarrasse de l'emprise de médicaments, voisine la folie puis s'en éloigne, est aidée par une sœur, ou bien une amie - le fameux "Tiens bon, je suis là" qui je le sais me restera -, reprend possession de son corps. La musique ou son absence accompagne et soutient.

Le seul (3) élément gênant : un produit diffusé sur des rideaux de plastique qui délimitent le décor ; et qui les dissout peu à peu, pique et assèche la gorge. Je l'ai senti avant de voir, il ne s'agit donc pas d'une méfiance raisonnée, et je n'étais qu'à un des rangs du fond. Ça ne doit pas être formidable pour celles et celui qui sont sur scène soir après soir. Qui m'accompagnait s'est lui aussi senti légèrement incommodé mais comme il lui en faut peu - un fumeur marchant sur le même trottoir à cinq mètres l'incommode -, il ne s'en était pas formalisé, pensant sans doute qu'une de ses voisines portait un parfum particulièrement agressif.

C'était le bon spectacle pour moi en ce moment précis, porteur d'espoir, on peut se reconstruire, c'est dur, mais ça n'est pas insurmontable. L'apaisement n'est pas (si) inaccessible.

Le sourire final reste un peu fragile. Toutefois.

Grand merci en tout cas, à tous ceux qui ont contribué à ce projet. Ce moment de danse partagé, quelque chose de militant qu'il a, au delà de la détresse exprimée, fait du bien.

 

 

(1) pour les surprises dures, ma vie sait bien faire ça.

(2) Le beau du truc c'est que j'ai toujours ressenti Jacques Higelin comme un cousin, d'autant qu'il y a une part de ressemblance physique (sur la deuxième photo de ce billet du blog "la musique à Papa" par exemple), qu'il a l'âge de certains de mes cousins de famille, et qu'on a un peu le même genre de pet au casque sauf qu'il a assumé le sien quand j'ai tenté, raisonnable comme on veut les femmes, de faire avec le mien comme si de rien n'était, et qu'elle a tourné un documentaire sur lui (que j'ai hélas manqué).

(3) Il y en a pour moi un autre : un passage avec des lumières comme des éclairs. Je ne supporte pas les éclats lumineux rythmés (les effets stroboscopiques là où l'on danse sont une souffrance), ils me mettent vite au bord de perdre connaissance, c'est depuis l'adolescence, c'est constant, et j'ignore pourquoi. Un inconvénient étant qu'il me manque de chaque film que je vois les séquences de boîtes de nuit (je suis obligée de fermer les yeux et me cacher la lumière), ce qui fait que si l'une d'elle est un élément clef du scénario, je comprends la suite de traviole. Mais je suis très consciente que c'est un handicap chez moi, et qui ne porte pas préjudice à la plupart des personnes. C'est donc à moi de faire avec.

(billet non relu, je retombe de sommeil, désolée, donc je tape comme ça vient et je file me coucher (sinon je n'écris plus rien, pas même ici))


Danser - (sur)vivre

Je l'ai sans doute déjà écrit, j'étais pour la danse quelqu'un d'handicapé. Très mal capable de coordonner mes mouvements - la prof de gym au collège avait émis une appréciation qui avait alerté mes parents mais en ce temps et dans ce milieu-là c'était plutôt une source de reproche pour l'enfant, fais donc un effort, au lieu de la possibilité d'établir un diagnostic (peut-être qu'au fond dans mon cas tant mieux) - et absolument incapable de me laisser entraîner par un rythme, comme si l'écoute et le mouvement se logeaient dans deux zones étanches de mon cerveau.

En plus que danse signifiait alors et dans cette banlieue : danse classique et que je trouvais ça (les tutus roses, les pointes, les attitudes outrées) totalement ridicule. Je ne comprenais pas pourquoi mes petites camarades et leurs parents les trouvaient ainsi belles ou faisaient semblant. C'est au point que je soupçonnais les seconds de faire faire ça aux premières pour leur faire une sale blague.

Il m'aura fallu longtemps plus tard assister à des ballets de haut niveau pour enfin comprendre que très très très très bien fait, ça pouvait être gracieux. Même si je continue à trouver le tutu court des filles et les collants moulants des garçons comme un fin du fin de l'hypocrisie pudibonde.

Donc à part quelques danses folkloriques, parce que j'aimais l'ambiance de banquets qui souvent y préludait, la danse et moi étions éloignées.

Puis ma mère a découvert la danse moderne, grâce à une prof qui s'appelait Corinne et y mettait du cœur. Peu après je rencontrais un garçon qui avait dansé, enfant, et avec lequel pour la première fois j'ai éprouvé du plaisir à danser à deux ; parce qu'on était une chouette bande de jeunes joyeux aller danser le soir dans les boîtes d'Oxford en 1982, sur Fame, Imagination, le tout début du succès fou du jeune Michaël J., Human League ou Trio (1) était un plaisir fou ; même si j'ai passé la plupart des soirées à causer de théorie de la relativité et physique quantique (2) avec celui qui se faisant me séduisait. J'avais réussi à entrouvrir l'espèce de porte coupe-feu qui dans ma cervelle séparait l'écoute du mouvement. 

Par chance pour moi tout ceci se passait un trois quart de quart de siècle avant l'internet, les téléphones portables et les réseaux sociaux. Sinon des images fort compromettantes circuleraient encore, je n'étais pas grosse mais ça devait donner quelque chose comme les doublures qui se dandinent dans le fond sur ce clip mémorable des Banarama (3). Mes débuts dansant seraient peut-être devenu un mème du ridicule, who knows ?

Quand quelque chose m'est difficile, je suis une acharnée et je sentais, sans me le formuler, qu'il y allait de ma survie, de ma santé, d'un défaut de ma petite machine à compenser. Alors malgré les classes prépa j'ai pris des cours, la fille nulle au fond à droite qui a l'air de piger mais qui n'y arrive pas. Je rentrais en banlieue le samedi pour le cours de Corinne dans lequel ma petite sœur bougeait avec une apparente facilité quand je peinais derrière. 

Plus tard, je traînais mon amoureux (et futur père de nos enfants) à toute occasion de danser. Ce qui lui permit au passage de retrouver un ami perdu de vue et resté ami depuis ; à défaut de passer de bons moments, lui qui aimait jouer à la pétanque exclusivement. 

Plus tard aussi j'allais séjourner chez les parents d'une amie dont la sœur à Charny donnait quelques cours sous forme de stage d'été - elle n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi embarrassée par sa carcasse -.

La rencontre salvatrice eue lieu pour moi en 1986 au gymnase club Monceau où enseignait celle qui est encore ma prof aujourd'hui. Elle a eu la patience infinie de tolérer quelqu'un qui n'y arrivait pas dans un cours avancé. À force d'assiduité, j'ai fait quelques progrès. Il m'arrive parfois même en fin de choré de parvenir à la danser c'est-à-dire tous gestes mémorisés de pouvoir l'interpréter.

Le corps commence à devenir davantage souffrant, je sais l'horizon limité et certains progrès de souplesse désormais hors de portée. J'ai un problème d'énergie : en me secouant, en puisant dans toutes mes forces je donne encore l'impression d'agir mollement.

Seulement danser, tout à la fois les exercices pour s'y préparer que le résultat lorsqu'on travaille sur un morceau donné, m'est devenu vital. Une vie sans serait une vie moindre.

J'ai perdu des amours, j'ai perdu des ami.e.s, j'ai dû par effets de contraintes abandonner certaines activités (4). Ils et elles ne sont pas sans me manquer. Mais j'aurai(s) du mal à vivre sans danser (5).

Il est parfois vital d'aller vers ce pour quoi on n'est pas doués. 

 

(1) Je croyais que Life is life en était aussi mais je m'aperçois que ça date de 1984 (existait-il une version locale antérieure ?)

(2) J'avais la vocation, que voulez-vous.
PS : en français 

(3) Oui je sais ça y ressemble encore parfois.

(4) Jadis le tennis ; plus récemment le chant.

(5) J'ai d'ailleurs eu très mal pour quatre mois d'interruption forcée (deux pour maladie ou blessure, deux pour problèmes financiers) l'an passé.

PS : Tiens, voilà qui est intéressant 

 

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Trois corollaires, non quatre (préludes ou accompagnements)

 

 

La première fois de se dire Tiens il se passe quelque chose. Et c'est une chanson joyeuse d'amour malheureux

 

 

Il y avait Billie Jean et Thriller aussi. On imagine mal la claque que c'était en ce temps-là. L'avance par rapport aux autres. Un état de grâce universel. J'étais sensible à la conjonction danse et fulguration de l'air du temps. Je ne pourrais sans doute jamais, à moins d'une maladie mangeuse de cerveau, écouter cette chanson, oui de variété italienne, une chansonnette aurait dit Papa, sans être émue. (non, ceci n'est pas une chanson d'amour) Sur le tard, il y eu l'homme dont je ne parvenais pas à enregistrer le fait qu'il était mort (et même encore un peu maintenant quoique la dernière rupture l'ait en quelque sorte tué)


Trois bandes sons

Il a dit "rêver, espérer"

 

1982, Oxford 1983, Paris 2012 entre Paris et Bruxelles  

Au fond, on ne choisit pas. Tout dépend de l'époque et de l'endroit où l'on est né, qui nous fait croiser ce qui fait pulser le (moment,lieu) où l'on est réceptifs. L'amour donne une dimension autre à tout ce qu'on perçoit.