Elle m'avait fait pleurer de beauté (Dada Masilo)

 

    Je l'avais vue danser en 2018 à La Villette, et auparavant au Palais de Chaillot, Théâtre du Rond Point me semble-t-il, la première dans le cadre d'un abonnement que je pouvais avoir  via le comité d'entreprise de mon employeur d'alors le groupe d'amies du ciné-club (1), et ensuite avec le désir de ne manquer aucun de ses passages à Paris.

Elle avait une façon unique de revisiter la danse classique et d'en faire quelque chose qui redonnait parole au corps et aux femmes une liberté. Il y avait un niveau technique époustouflant et de l'humour aussi dans ses créations. Quand je les voyais, j'étais prise aux tripes et pleurais de beauté ; ce qui est plus rare chez moi pour la danse que pour l'opéra.

Je la suivais sur Instagram, où rien de ce qu'elle avait pu poster encore récemment ne permettait de donner l'alerte, si ce n'était un When I can walk qui pouvait aussi s'entendre comme Quand tu me laisseras redescendre (elle était sur une photo perchée sur les épaules de quelqu'un).

J'étais en train de dîner en regardant quelques fils d'infos lorsque j'ai vu passer un article ou un autre (La photo étant la même qui illustre les deux articles, m'est venu un doute en l'écrivant). Nous ne nous connaissions guère, un échange de regard ou de message, tout au plus, il y a déjà si longtemps. Elle était quelqu'un de très attentif aux autres, tous les autres. Mais je suis bouleversée comme par le décès d'une personne proche, et particulièrement affligée pour la perte que son décès représente dans le domaine de la danse. Elle avait encore tant à créer, tant de rêves à explorer. 

(1) À défaut d'avoir une mémoire stable, il convient d'avoir un blog. Voici ce que j'en écrivais sur le moment ou peu après :


Trois moments de grâce absolue

Avec un groupe d'ami•e•s du ciné-club nous prenions chaque année un abonnement au théâtre du Rond-Point. C'est à l'automne 2013, je crois. Et c'est Swan Lake. Mon propre blog me confirme la période et me réapprend que j'y étais allée hors programme sur les conseils d'une amie du cours de danse (Natacha ? Martine ?). "Crucifiée par tant de grâce, de générosité, d'humour et de beauté, je suis sortie de l'heure qu'il dure (3) et des dix minutes de standing ovation (4), en larmes et les jambes en coton". C'est un des plus beaux moments de ma vie. Je me sens toujours autant éperdue de gratitude envers Dada Masilo et la troupe qui l'accompagnait. (25 décembre 2018)

Alors on danse 

(billet écrit dans l'élan, non relu (pour le moment))

 C'est une amie des cours de danse qui te sachant abonnée au Théâtre du Rond-Point t'a dit : Si tu ne l'as pas pris dans ton abonnement, vas-y vite !

Quand avec les camarades du ciné-club mais qui aiment le théâtre aussi, vous aviez sélectionné en juin vos spectacles pour l'année à venir, tu n'étais pas précisément dans ton assiette. Et puis tu avais des contraintes de travail qui rendaient difficiles un spectacle à 18h30 (1). Enfin tu as effectué des choix a minima : il fallait que le budget final reste ultra-raisonnable.

Donc "Swan Lake" n'y était pas.

Et puis ce dimanche tu t'es retrouvée seule et il ne fallait pas. Alors tu as écouté les conseils de l'amie danseuse. Un strapontin a fait l'affaire. La salle était comble. 

Tu avais bien compris qu'il s'agissait d'une adapatation débridée du "Lac des cygnes". Ça tombait bien : la danse classique, tu n'apprécies guère fort quelques exploits techniques masculins. La façon dont le corps des femmes y est standardisé, contraint, t'horripile, que tu trouves rarement gracieuse et plutôt étudiée à la base pour titiller la libido de vieux bourgeois du XIXème coincés. Tu supportes mal la vue de leurs bras maigres. Et comme tu es sensible dans certains cas à l'effet miroir (2), rien qu'à les regarder danser tu as mal aux pieds.

Tu avais plus ou moins capté qu'il s'agissait d'une troupe d'Afrique du Sud. 

Dès les premières secondes, tu as été saisie. D'essayer soi-même de danser, semaines après semaines depuis de longues années te rend capable de percevoir avec précision le niveau de difficulté de chacun des gestes, des enchaînements effectués. La chorégraphe a pris le meilleur du classique, le meilleur de danses africaines, le meilleur des grands maîtres (on croit deviner qu'elle apprécie le travail de Pina Bausch dont elle cousine par l'humour). Les danseurs sont également comédiens, avec des textes presque tous brefs fors un monologue explicatif spirituel et drôle qui résume en début de jeu tous les grands balets classiques. 

Captivée au point de ne me rendre compte que vers la fin qu'il était dit en anglais.

Tout le spectacle ainsi, d'un rythme soutenu précipitant le sourire et l'émotion avec un niveau de danse ahurissant.

C'est sans doute aussi un brin subversif - un pas de deux entre deux hommes est à tomber de beauté -, je ne m'en rends pas bien compte, tout était normal pour moi, mais sans doute était-ce très militant.

Et beau, et beau, et beau.

Crucifiée par tant de grâce, de générosité, d'humour et de beauté, je suis sortie de l'heure qu'il dure (3) et des dix minutes de standing ovation (4), en larmes et les jambes en coton. J'ai dû manger quelque chose, m'asseoir sur un banc, reprendre mes esprits avant de me sentir capable de prendre le métro pour rentrer.

Réconciliée au moins pour quelques heures (une soirée ?) avec l'humanité. Équipée à nouveau de l'espoir que tout n'est pas perdu (5).

(Et éperduement reconnaissante envers l'amie qui avait insisté afin que je fasse l'effort d'y aller).

J'aimerais savoir nommer les danseurs. Mais retenir leur noms est au dessus de mes forces pour l'instant. En revanche je n'oublierai pas : Dada Masilo, chorégraphe.

Et dèche ou pas, j'irai à chacun des spectacles qu'elle créera qui passeront à ma portée.

PS : C'est peut-être déjà tout complet mais si vous voulez tenter votre chance c'est par là. Je lis au passage dans le billet de présentation "La chorégraphe Dada Masilo n’a pas trente ans. Elle trafique toutes les armes de la danse classique, de la tradition africaine et des tendances contemporaines.". Voilà. 

(1) Entre temps la contrainte (hélas) a disparu.

(2) Par pour tout et j'ignore pourquoi. Par exemple je ne peux pas regarder de la natation synchronisée, je retiens trop mon souffle. En revanche la sexualité au cinéma me laisse impavide sauf dans de très rares cas ... ou on ne la montre en fait pas.

(3) L'intensité est telle qu'on a, à se le remémorer l'impression qu'il est beaucoup plus long. Sur le moment on est plutôt embarqués dans une faille spatio-temporel où l'horloge n'a plus de sens. Encore un coup de la mécanique quantique de l'état de grâce.

(4) Pourtant c'était le public du dimanche après-midi, plus naturellement porté à digérer le déjeuner dominical qu'à trépigner.

(5) Malgré une fin de ballet triste, mais c'est le fait même qu'il existe une chorégraphe pour l'inventer et des interprètes capables de suivre, qui était réconfortant. 

 

 

Il me semble qu'à La Villette, j'étais allée seule, ce que je fais parfois quand je souhaite me laisser entraîner par une œuvre totalement, et donc pouvoir faire abstraction des personnes qui m'entourent - éviter d'avoir le cerveau qui doit switcher entre la scène et par exemple quelques mots qu'on voudrait me glisser ; éviter d'avoir à parler en sortant -.
À me relire, je comprends mieux pourquoi je me sens triste, si profondément.


Vestiaire (cours de danse)

Fullsizeoutput_19d4

Photo prise le 26 février 2018, après un cours de danse et les moments de relaxation (sauna, hammam s'il n'était pas en panne) qui suivaient.

Les lieux n'existent plus, ont été rachetés en vue d'un projet immobilier. C'était près du métro Le Peletier.

Les cours de danse, un temps repris dans un autre établissement de la même enseigne ont été fin 2018 supprimés. Ils me manquent.

Quand j'ai pris la photo je savais le club au bord de la fermeture, tout en ayant bon espoir que les cours perdurent.


My own private monday evening five o'clock blues

    

    Longtemps je fus sujette au fameux sunday evening five o'clock blues, si bien connu de celleux qui ont fait leurs études en internat, le week-end étant si court, pour ma part dû à trop de travail presque tout le temps même quand j'aime mon métier comme en ce moment et globalement le plus souvent depuis que je travaille comme libraire. On doit déjà reprendre le collier, la semaine s'annonce chargée et l'on n'en a pourtant pas fini avec tout ce que l'on avait à faire dans nos vies personnelles. 

Ces dernières années, du fait de ce métier, mes week-ends se sont trouvés décalés : dimanche - lundi plutôt que samedi - dimanche. Mon cours de danse, était ainsi passé du samedi au lundi (après quelques années de jeudi après-midi). Dès lors mon dimanche qui était le lundi était porteur d'un temps personnel fort, qui me demandait de la concentration, me permettait de laisser les tracas à la porte, et était suivi puisque le club de sport en comportait d'un moment de détente, hammam ou sauna. Ça me remettait le corps à neuf pour la semaine. 

Seulement voilà, les clubs de cette chaîne ont licencié la plupart de leurs professeurs de cours spécifiques, danses, ou yoga. Fin des cours de danse.

Alors le lundi est devenu pour moi un dimanche comme les autres, ma famille en moins puisqu'en général les semaines d'études ou de travail vont du lundi au vendredi. Et le sunday evening five o'clock blues a viré au monday evening five o'clock blues. Démarrer la semaine est plus difficile aussi. 

 


Giselle by Dada Masilo à La Villette

 

C'était magnifique, impressionnant.

J'étais trop fatiguée pour être émue, comme je l'avais été lors de Carmen ou Swan lake. L'effet de surprise n'y est plus ; et la salle était trop grande, rien du confort du Rond-Point.
L'admiration demeure. Des passages qui laissent bouche bée. 

Des jeunes scolaires (3ème ? seconde ?) qui nous entouraient, place à pas cher tout en haut, ont été d'une sagesse exemplaire : scotchés. Et applaudissant à tout rompre à la fin. C'est un signe qui ne trompe pas. 


La vie réserve parfois des changements qui sont de bonnes surprises

 

    Comme j'ai toujours eu peu de temps libre, je choisis mes activités avec soin et m'y tiens. La plupart du temps elles prennent fin parce que leur organisation cesse ou parce que ma vie professionnelle rend impossible leur poursuite. Ce n'est jamais moi qui abandonne par choix.

Depuis ma jeunesse, il y a la danse, que je suis parvenue à maintenir contre vents et marées, aux périodes de grossesses près. Rien n'était plus loin de mes aptitudes initiales que la danse (1), il a fallu que j'atteigne l'âge de 19 ans pour comprendre que le corps humain peut se laisser porter par un rythme et s'en sentir bien. Un chemin dans mon cerveau n'était pas tracé, il a fallu défricher. De même que la coordination bras - jambes, qui m'était compliquée. Et il m'arrive encore de devoir réfléchir pour savoir quel muscle activer pour faire tel ou tel geste (en même temps qu'un autre). C'était comme si les connexions internes n'avaient pas poussé. Pendant des années, beaucoup plus rarement enfin à présent, je m'en suis sortie en touchant la partie du corps qui était censée faire un mouvement, en le faisant en me guidant puis en le faisant de l'intérieur une fois que j'étais parvenue à capter la sensation et en déduire par où ça passait pour la commander.
À présent j'ai rejoint les rives d'une relative normalité. Je peux suivre, même si je ne l'exécute pas en beauté, une choré. Grâce en soit rendue à ma prof, Brigitte qui a su faire preuve à mon égard d'une grande patience.

Seulement les cours, qui ont lieu dans des clubs de sports et dépendent donc d'une organisation plus vaste pour laquelle la danse n'est pas ou plus une priorité - lui ont succédé au fil des années toutes sortes d'activités à la mode, dont certaines sont tombées dans l'oubli, salsa, body pump, step, zumba, abdo flash, body combat (seul le crossfit me semble présenter un réel intérêt, je peux me tromper) -. étaient menacés. 

(Pré)occupée par ailleurs et prudente, je n'avais pas renouvelé immédiatement mon abonnement, et j'attendais. 

Les cours ont finalement bien été repris, dans un autre club de la même entreprise, qui se trouve être près des Champs Élysées. J'ai repris la danse aujourd'hui. 
Et même si c'était difficile, d'autant plus que les 26 km de la veille pesaient sur le corps (2), ça faisait un bien fou. 

Le nouveau club est pourvu d'un jardin, le précédent qui ne manquait pas de charme a fermé pour raison d'opération immobilière. Celui-ci ressemble à un havre de paix. 
Après l'entraînement j'ai lu au jardin, un peu pour le travail, mais non sans plaisir. Il faisait un temps de rêve. C'était étonnant un tel calme au cœur des #BeauxQuartiers. Ou peut-être plus encore d'y être éligible. 

Sur mon téléfonino, lorsque je l'ai repris, passaient des informations de confrontations dans des gares, protestations des cheminots, des étudiants, violente répression (si j'en crois quelques images publiées, mais que je n'ai pu vérifier (3)). Les instants de paix ne sauraient durer.

 

 

(1) Si, la gymnastique sportive ou acrobatique
(2) Pas tant les jambes, bizarrement mais les côtes, douloureuses. Le poignet droit.
(3) À ce propos un article d'un journal local a circulé ce week-end concernant le décès d'une femme en fin d'année 2017 parce que le SAMU avait considéré son appel comme peu sérieux. Des amis médecins ont émis des doutes solides quant à la véracité du fait divers. Il n'empêche que nous étions deux à n'avoir pas douté a priori de sa véracité : nous avions été confrontées à des difficultés pour que de nos appels d'urgence soient traités. Rien qu'en soi c'est inquiétant.


"L'Opéra", le film

J'aurais passé une partie de l'hiver et de ce début de printemps à reprendre forces devant des documentaires de répétitions de danse et de chant. J'ignore pourquoi je les trouve si réconfortants, porteur de courage.

Le travail que l'on voit à l'œuvre sans doute. Le fait d'avoir pratiqué le chant à mon tout petit niveau - ce qui permet de mesurer la performance, l'exploit, des grands - et de danser, là aussi avec ce dont je dispose, à savoir un corps qui au départ n'était pas même correctement branché ; par un long et patient travail me voilà parvenue là où les autres ne font que commencer, alors je savoure d'autant mieux la beauté, du fait de m'y être sans l'atteindre frottée.
Il y a là également quelque chose de l'ordre de la transmission malgré l'état du monde. 

Voilà que comme si je le lui avais demandé, Jean-Stéphane Bron s'est saisi du sujet, bien avant en fait, faire un film est si long, mais sa sortie coïncide pour moi avec le bon moment. Ça va être un régal.

J'espère que ce film restera à l'affiche assez longtemps. 


Let's see some Ballet class

    Les algorithmes de youtube sans doute pas tout à fait illogiques, m'ont proposé cette video "Inside the Bolschoi Ballet's daily class" par The Telegraph et j'ai laissé le début s'enclencher et je ne m'en lasse pas.

Au début ça semble simple puis assez vite les mouvements deviennent d'une solide difficulté. Ou du moins si on les effectuait, on aurait beaucoup moins d'amplitude, d'équilibre et de douleurs (ils en ont sans doute aussi mais savent le masquer).

Je suis subjugée.

Le piano à l'ancienne n'y est pas pour rien. Je crois qu'inconsciemment je guette l'apparition de Buster Keaton dans un coin.

Voilà mon (l'un de mes) réconfort(s) du moment.
Some ballet class.

 


Le billet WTF du vendredi soir (week-end non travaillé)

J'ignore comment du triathlon (page FB du club) je me suis retrouvée à regarder des compils youtube de séquences dansées, mais voilà, une de mes scènes de film préférées avec danse n'est pas des plus spectaculaires techniquement.

C'est simplement celle-ci.

Sans doute parce qu'elle ressemble, tout comptes faits, à ma vie (1).

 

 

(1) En plus qu'au delà de l'allégorie, ça m'est arrivé en juin ou début juillet, dans un grand magasin où pour une fois je mettais les pieds et j'ai eu un mal fou à me retenir de vraiment danser. (mais bon j'étais avec le fiston et s'il y a une personne au monde à qui je ne souhaite pas faire honte c'est bien lui)


Ma banlieue (c'est ça aussi)


flashmob euro 16 lycée René Auffray par rene92auffray

OK la chorégraphie est rudimentaire, OK certains, oui toi là-bas au fond, on voit que tu es la pour faire plaisir mais que c'est un peu ta corvée, OK c'est pour l'Euro de foot et les drapeaux sont du monde entier (je crois qu'ils sont là à l'année), OK c'est pour un concours lié à la promotion et l'organisation de l'événement - le foot cette méga pompe à fric mafieuse que c'est devenu (ces jeunes n'y sont pour rien (1)) - mais voilà, c'est bien comme tout au bout du compte, le résultat. Chapeau bas.
Pour ceux qui ne dansent pas, je tiens à préciser que l'air de rien, c'est du boulot pour un groupe aussi nombreux de parvenir à un tel résultat.
Et ma banlieue, quoiqu'en pense les esprits rancis, et ceux que la vague terroriste récente a appauvri du ciboulot, c'est aussi ça, et une part jolie de l'avenir du pays.

 

(1) Ni non plus quant au choix de la musique, c'était dans le cahier des charges.