"Et la parole des femmes [...]"

 

    Bel article de Zyneb Dryef dans Le Monde et qui fait le point sur ce qui aura marqué la fin de l'année 2017, 

Et la parole des femmes se libéra

Je crois que si plus tard je retiens une chose et une seule de l'automne 2017, à raconter plus tard à mes arrières-petits enfants (1), ça sera celle-là, la libération de la parole des femmes, qui n'en pouvaient plus de subir toutes sortes de conduites de pesantes à violentes et de fermer leur gueule soit par peur des conséquences, soit en pensant que c'était ainsi, et souvent en croyant subir une sale conduite isolée. 

Ce qui ne laisse pas de me surprendre, c'est à quel point alors que je suis moi-même une femme, et pas née de la dernière pluie, et ayant aussi subi quelques effets de mauvaises conduites masculines - pas même forcément consciente de leur part, sorte de En toute bonne foi du colonisateur -, j'ai été justement surprise par l'ampleur du déferlement. 

Je crois que de n'être pas sexy, d'être sportive et vêtue le plus souvent à l'avenant, et d'être assez imperméable à la peur, celle qui fait qu'un début d'incident déplaisant peut soudain dégénérer et faire de nous une proie de choix, et prête à coller un bourre-pif à qui m'emmerde, quitte à me prendre un pain en retour mais au moins j'aurais essayé, m'a tenue à l'abri de bien des vicissitudes, jusqu'à l'âge auquel les hommes (hétérosexuels) nous mettent au garage même si nos corps ressemblent encore à ce qu'ils étaient. Je crois aussi que je me suis toujours sentie suffisamment libre pour ne pas me formaliser de certaines tentatives de drague un peu lourdes, dès lors que le gars ne devenait pas menaçant ni agressif devant ma réponse qui disait non, la Bécassine Béate en moi c'est toujours dit dans ces cas-là, Pauvre type comme il doit être seul pour tenter le coup jusqu'à une femme comme moi. Dès lors je n'ai pas perçu le peu que j'ai subi comme des agressions mais comme des moments tristes pour ceux qui ne se comportaient pas d'une façon élégante. Plus d'une fois des approches de drague de rue se sont transformées en conversations : des hommes seuls qui avaient besoin de parler et déjà heureux, et redevenus respectueux du fait que j'aie su écouter sans trop me formaliser de leur tentative déplacée.

Il n'empêche que je n'imaginais pas combien de mes consœurs avaient subi de saloperies et de coups et s'étaient senties ou se sentaient meurtries. Je crois que mon état d'esprit rejoint celui des hommes respectueux - il y en a -, atterré par ce qui fait le quotidien des autres, par l'ampleur des dégâts.

Je me méfie du retour de balancier, mais j'ai l'impression ou du moins l'espoir que puisque le courage a changé de camps : il est désormais du côté de celles qui osent parler et ne plus s'écraser, les choses s'arrangent vraiment et qu'un ré-équilibrage respectueux ait enfin lieu. 

 

 

(1) Comme Alice du fromage je pense que je tiens ce blog pour des lecteurs du futur qui le liront avec le même intérêt amusé (2) sur l'ancien temps que j'avais eu jeune femme à lire le journal de ce sacripant de Samuel Pepys, lequel aurait sans doute justement de nos jours des ennuis.

 (2) du moins je l'espère pour eux, et qu'il n'y aura pas eu deux ou trois apocalypses entre temps.


Patience et politesse font plus que force ni que rage


    C'est peut-être un des rares trucs que j'ai appris en vieillissant : la logique en ce bas monde ne vaut que pour les sciences, les vraies. Et probablement le fonctionnement interne externe de notre planète et des galaxies. En revanche pour tout ce qui dépend de l'être humain, elle n'est que vassale et relative.

Inutile de lutter.

Pas de façon frontale.

J'ai mis du temps à piger, moi qui jusqu'à l'amour ai fonctionné comme un gentil ordi tombé dans un corps de petite femelle.

Par trois fois ces jours-ci de l'avoir compris m'a servi. Et aussi d'être consciente que dans notre époque plus troublée en Europe que les deux ou trois décennies qui l'ont précédée, dans un monde où le travail décemment rétribué n'est plus la norme, et où les dispositifs électroniques ont posé des contraintes que peu savent contourner il faut savoir ne pas trop en demander.

Il y a eu la déchetterie. Maison de ma mère presque vidée, entreprise de travaux sympathique et efficace mais qui n'a pas pris en charge (tous) ses déchets, voilà que nous devons aller vider trois fois trois grands sacs poubelles de différents déchets. Je porte le même nom qu'elle, j'ai mes papiers d'identité, je me suis munie d'une facture récente (EDF ou eau) concernant sa maison. Dans ses documents, fort bien tenus, bien rangés, je n'ai pas retrouvé de carte d'accès : comme il convenait d'y aller en voiture et que les dernières années consciente de n'en être plus capable elle ne conduisait plus, elle n'avait sans doute pas fait les démarches nécessaires à son obtention ou son renouvellement. 
Ponctuellement un peu plus tôt, un voisin nous a prêté sa carte. Un dimanche un gars à l'accueil nous avait dit, OK pour aujourd'hui, si pas trop de quantité. Mais là, les gars, moins à l'aise ou trop contents d'exercer leur petit pouvoir, nous laissent passer pour un voyage et refusent au deuxième. 
Nous voilà donc dans les bureaux en train de parlementer. Car il faudrait pour que tout aille bien le certificat de décès et comme celui-ci remonte à février je n'ai plus en juillet, le réflexe d'en avoir un en permanence sur moi, histoire de parer à tout éventualité (1). Il faudrait même idéalement copie de ses impôts fonciers ou de sa taxe d'habitation. 
Tout ça pour jeter, seulement sur une journée, d'anciens papiers peints, quelques vieux objets et d'antiques cartons en voie de décomposition. 
Nous leur posons problème, et le big chef, peut-être déjà en congés est absents. Une personne appelle un collègue et qui hésitent à en référer à leur responsable immédiat. J'explique sans m'énerver, je réexplique aux personnes successives, en ajoutant que comme nous profitons d'un jour de congés nous ne pourrons pas revenir avant un dimanche ou le 14 juillet férié. 
Plus jeune je me serais sans doute énervée, c'était si absurde, ou j'aurais fait de l'humour, On dirait que vous craignez qu'on vous dépose un macchabée. Avec l'âge j'ai appris : à exposer mon cas, puis me taire. Sans bouger.
L'âge lui-même est pour quelques temps (2) un atout : nous sommes deux pré-petits vieux, presque l'âge de grands-parents, d'apparence ordinaire parlant un français courant sans accent régional (du point de vie de l'Ile de France s'entend) : a priori pas dangereux, rien de clivant [je n'en tire aucune fierté mais j'ai plus d'une fois constaté que c'est comme ça que ça marche même si ça n'est pas normal], voire au contraire : parfois mon nom italien s'est révélé en France un atout, souvenirs de vacances ou d'amours de jeunesse ou de beautés d'art, qui sait ?
Le chef un peu plus grand, réfrénant son agacement a jeté un œil à notre chargement puis consenti au déchargement. 

Il y a eu la dernière étape du tour de France. En tant que petite dame qui fait du vélo j'ai participé au petit circuit final, dimanche dernier avant les pros. C'était vraiment un bon moment.
Les consignes de sécurité étaient très strictes et respectée, tout le monde s'y pliait volontiers : les dernières années nous ont appris que dans la mesure où les terroristes de maintenant souhaitent mourir, se veulent martyrs, tout peut être envisagé, jusqu'à une participante au vélo piégé. Le hic fut qu'après la joyeuse manifestation, il nous était impossible de retourner vers le côté nord des Champs Élysées. Nous étions même obligées de franchir le pont Alexandre III, pas le choix. 
Je devais rejoindre l'homme de la maison du côté de la librairie où j'avais travaillé et été si heureuse il y avait quelques années, et n'avais pas spécialement envie de remonter jusqu'à La Défense pour redescendre après. D'autres femmes devaient repartir elles aussi de l'autre côté. 
Seulement voilà, après avoir franchi le pont suivant dans l'autre sens, impossible de regagner les Champs pour les retraverser - par exemple en utilisant le passage souterrain de Franklin Roosevelt ce que nous avions fait à l'aller -. Vous ne pouvez pas entrer sur le périmètre avec des vélos. Oui mais en fait on a des vélos parce qu'on vient de participer vous savez [ça se voyait nous avions sur nous les beaux maillots distribués et nos vélos n'étaient pas quelconques]. Non pas de vélos. 
Alors à trois (ne pas être trop nombreux ni non plus seules dans ces cas là) nous avons poursuivi en remontant vers la place de l'Étoile et en posant poliment la question à chaque fois, Pourrions-nous passer, là ? Nous venons de participer à la boucle pour les femmes, mais nous habitons vers l'autre côté ?

Et au bout de Trois accès "Pas de vélos, c'est interdit" nous sommes arrivés à un point d'entrée, où les trois personnes chargées de filtrer n'ont fait aucun problème. Mais bien sûr, et bravo.  J'ai pu in extremis retrouver mon homme, lequel commençait à se dire que ça faisait trop longtemps que tout était fini (et n'avait pas pris son téléfonino sur lui) et s'apprêtait à repartir, dépité.  
Il suffit de trouver le bon, commenta une de mes camarades de circonstances.

 

Il y aura donc eu aussi cette réinscription à mon lieu principal d'écriture. Ma carte est annuelle, et je la renouvelle dans les derniers jours de sa validité, choisissant généralement le jour pour lequel j'ai du temps, pas un de ceux où je dois ensuite filer travailler. Mais pour accéder aux bureaux des inscriptions il faut un numéro d'appel, disponible lui aux points d'accueil. Sauf que la personne à laquelle mon ordre dans la file d'attente m'a fait le demander a dit qu'elle pouvait la faire directement puis en voyant ma carte que comme celle-ci était valable encore deux jours qu'il fallait que je revienne après la fin effective de sa validité. J'ai vu son nez qui s'allongeait - ça me fait souvent ça face aux menteurs, mon père me racontait Pinocchio le soir quand j'étais petite et quelque chose m'en est resté -, ai juste tenté d'objecté que les autres années ça se faisait les jours précédents ce à quoi elle a rétorqué, Le logiciel a changé. La mauvaise foi était resplendissait.
Je n'ai pas insisté. J'ai poliment salué. 
Je suis simplement revenue ce matin à une heure sans file d'attente, ai choisi de m'adresser à un homme jeune qu'un plus âgé "coachait" pensant qu'ils auraient à cœur l'un d'expliquer au mieux l'autre de réaliser. Et comme disaient les jeunes c'est passé crème, ils m'ont même rajouté les deux jours qu'en renouvelant sans tarder je "perdais" - d'un autre côté renouveler ainsi me permettait de ne pas avoir à ressaisir tous mes documents actuellement consultés -. En fait ce qui avait changé c'était qu'il fallait obligatoirement établir une nouvelle carte plutôt que de garder le même objet. Me voilà donc avec une photo de moi réactualisée, ce que je préfère : la précédente datait d'une période de ma vie qui est vraiment finie.

Il est quand même dommage d'être souvent confronté-e-s à de faux barrages. Mes petites anecdotes ne sont que de l'ordre de la perte de temps, de la contrariété. Je songe alors à ceux qui le sont pour des questions vitales, qui fuient une guerre, ou la misère, ou auraient besoin d'un traitement qui les sauveraient, et qui se heurtent à quelques mauvaises volontés alors qu'un tout petit peu d'huile d'humanité pourraient en leur faveur dégripper un rouage, débloquer la situation, éviter d'en passer par des intermédiaires escrocs.  Si collectivement on le voulait à fond, ça serait presque toujours l'intelligence qui en viendrait à l'emporter, l'entraide, l'accès. Peut-être un jour, qui sait ?

 

 

 

 

(1) Conseil que je donne à tous ceux donc un très proche meurt et qui sont en charge des démarches : tant que la succession n'est pas débouclée, toujours en avoir un avec soi. Ne cherchez pas à comprendre, c'est comme ça.
(2) Le très grand âge n'en est pas un : on peut se faire traiter comme un vulgaire objet. 


Eternal sunshine of the spotless mind (Mon côté ...)

 

Capture d’écran 2016-09-28 à 10.54.46

Toujours par l'application "Ce jour-là" sur FB, que je n'ai pas si souvent le temps d'aller contempler, et dont je ne saurais dire si je la trouve bienfaisante ou source de tristesses - je suppose que je la trouverai plutôt instructive et utile si je n'avais pas été quittée, si un lieu de travail que j'aimais n'avait pas dû fermer, si des ami-e-s n'avaient pas entre temps disparu-e-s (morts ou changement de vie en mode j'efface tout d'avant), s'il n'y avait pas eu la brisure du 7 janvier 2015, si ... -, je suis retombée sur cette annonce que j'avais passée, il y a six ans, pour tenter d'aider.
J'étais persuadée que ça pourrait aider aussi les personnes intéressées, qu'il était efficace professionnellement et d'une grande qualité humaine. Je suppose que pour le travail il tient encore la route, même si le message qu'il avait (fait ?) diffuser urbi et orbi le 8 janvier 2015 me laisse quelques doutes. Pour le reste, c'est peu dire que j'ai dû déchanter. 

Note pour plus tard : toujours y réfléchir à deux fois avant de recommander quelqu'un. Les êtres humains sont parfois Jekyll and Hyde à un point qui dépasse l'entendement. 

À part ça, il se confirme que FB ou du moins cette appli satellite a bien un côté elle aussi "Eternal sunshine of the spotless mind" : aucune de nos interactions n'est revenue à la surface et si cette annonce a ressurgi c'est probablement que je n'y mentionnais pas son nom. Après, j'ignore si après janvier 2015 il ne s'est pas carrément retiré du réseau (et pas seulement : m'aurait désamitée), je n'ai pas cherché à le savoir, mais ça expliquerait l'effacement des communs (1). Là aussi je ne sais que penser : est-il plus triste ou moins triste de voir des / ne plus voir aucune / traces d'éléments d'un passé commun ? Ne plus voir pour aller de l'avant et passer à la suite de nos existences, même pour la personne laissée sur le carreau, voir pour savoir que malgré une fin brutale et sans ménagement ni respect (euphémisme), du bon, du très bon, avait existé et pouvoir y puiser quelques forces (et se dire que c'est encore possible, peut-être, avec cette fois quelqu'un qui en vaudrait vraiment la peine) ? 

 

(1) Au lieu d'un lien qui, si je cliquais, dirait "Ce contenu ne vous est pas accessible" ou quelque chose de ce genre.


Tandis qu'on débat de la "Loi travail" : cher Adrien


Capture d’écran 2016-03-29 à 09.45.12 - Version 2J'ai grossièrement gommé le nom de l'entreprise pour laquelle vous vous présentez sous un prénom humain (1). 

Je ne vous veux en effet pas de mal, vous semblez me vouloir tant de bien. Effectivement, je m'étais inscrite fin janvier sur le site d'offres d'emplois pour lesquels vous annoncez travailler. 
Je ne trouve donc a priori pas illégitime de recevoir des courriers, cherchant un emploi avec énergie, j'étais prête à courir le risque d'être spammée en me disant : Sait-on jamais ? Si par chance une offre sérieuse pouvait se glisser parmi toutes celles que je recevrai.

Jusqu'à présent je n'avais pas à me plaindre de votre site en particulier.

Il se trouve que rien dans mon CV, que j'avais pourtant soigneusement complété, ne me prédispose à devenir agente dans l'immobilier, votre proposition me semble d'un premier abord assez peu adaptée.

Et puis quelque chose me gêne et pas seulement cette fausse familiarité qui vous fait me vouvoyer tout en m'interpelant par mon prénom, il semblerait qu'il s'agisse d'une affiliation plus que d'un emploi, il est fait mention de "Négociateurs indépendants" et d'être entrepreneurs. Pour autant il est préciser qu'il s'agit pour l'entreprise immobilière de "recruter".

J'ai assez parcouru d'annonces chez Pôle Emploi pour avoir compris que de nos jours la pratique est courante : on fait semblant de faire croire aux personnes concernées qu'elles ont trouvé du travail, elles n'ont qu'une porte entrouverte vers quelques ventes à faire, en général en milieu ingrat ou de produits difficiles à placer, et l'entreprise chapeau qui n'est pas un employeur mais présentée comme un partenaire prendra un pourcentage. Aucune garantie de quoi que ce soit. Pour faire chic certaines annonces emploient (cet emploi là ne les engage pas) le mot freelance. Dans la plupart des cas, d'accord peut-être pas tous, il s'agit d'être libres de trimer H24 7/7 pour ne rien toucher ou quelques miettes, à la fin du mois. Pas de congés payés, pas de retraites (déjà qu'à force d'en reculer l'âge elles n'existeront bientôt plus pour grand monde), l'éventualité d'un arrêt maladie je n'ose y songer.

Il n'empêche que de vous j'attendais mieux. Au moins un filtrage d'entre les vraies annonces et les propositions qui ne portent pas sur un contrat de travail. Ce lien de subordination qui s'il est respecté d'un côté comme de l'autre permet de concentrer son énergie sur ce qui est à faire et non sur un combat permanent du salarié pour parvenir à se faire payer et bénéficier d'un temps de récupération physique et mental raisonnable.

Dès lors qu'il ne s'agit pas d'un emploi en bonne et due forme peut-être faudrait-il parler d'affiliation ou d'adhésion. Le terme de recrutement devrait être réservé aux contrats de travail.

Je trouve donc cette prise de contact bien plus décevante que profitable ; mais vous souhaite néanmoins à mon tour une excellente journée.

Gilda 

 

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Citizen four (avoir vu) : avant / après


    Est-ce parce qu'à l'approche de nouvelles difficultés, pour une fois prévisibles, dans ma vie, et bientôt libérée d'une contrainte siphonante de temps et d'énergie, je commence à refaire surface ou est-ce la qualité des personnes et travaux que l'existence me permet de croiser, est-ce d'avoir retrouvé le cinéma grâce au Nouveau Méliès - dimension de ma vie qui avait presque disparue, bien malgré moi - j'aurais rarement été comme en ce début d'automne marquée par des livres, des rencontres, des films.

Quand je dis marquée, je veux exprimer qu'ils restent, qu'il ne s'agit pas d'un plaisir passager ou d'un effort vers une œuvre ardue mais qui permet d'apprendre, hélas parfois sans trop de suite.

Je sais que je ne suis plus exactement la même personne d'avoir vu hier Citizen four. Ou plutôt que je me suis à nouveau rapprochée de celle que j'étais il y a dix ans, quand j'ai tout mis de côté ou presque pour aider. J'ai retrouvé en Snowden ce truc qu'on a parfois qui nous pousse à agir dans un sens alors qu'on risque très gros et que rester sagement dans son coin serait tellement plus raisonnable. Bien sûr son cas est un milliard de fois plus fort que mes petits risques à moi : sa vie même est en jeu et il craint pour ses proches. La plupart de nos enjeux ne mettent en danger que nos vies quotidiennes : la famille, les amours, le lieu d'habitation, l'emploi, mais l'existence même n'est pas menacée. 

Mais il y a ce mécanisme là qui est à l'œuvre dans les deux cas : celui du Je n'ai pas le droit de laisser faire ça ou du, plus ténu : Je dois cesser de contribuer à ça (1).

Tout en sachant qu'en réagissant, on va prendre cher. Perdre tout ou le peu qu'on a.
Ce film me prépare au combat (mais lequel ?).

 

(1) Par exemple lorsqu'on participe d'une entreprise dont l'une des activités heurte nos convictions.

PS : Très intéressante bio de Laura Poitras (la réalisatrice du film) sur IMDB (merci Pablo !)


La fin de la grande bafouillation

 

En réécoutant pour le partager avec une amie l'interview téléphonique de Patrick Modiano juste au moment de son prix, je me suis soudain souvenu combien il n'était pas si aisé pour moi de prendre la parole à voix haute (en dehors du cercle familial ou amical, car j'ai cependant toujours aimé faire marrer, y compris et surtout à mes dépends) jusqu'à l'époque où j'ai fait partie du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Et qu'alors j'étais souvent sollicitée en tant que non-journaliste (j'étais en ce temps-là employée dans une banque) et non-relation personnelle de la journaliste, bref quand il fallait incarner le soutien populaire (1). Que c'était très flippant parce qu'il ne fallait rien dire qui risquât de fâcher les décideurs en présence, des intermédiaires probables aux preneurs d'otages, mais que si une bribe parvenait aux prisonniers elle devait être réconfortante. Alors j'ai fait de mon mieux, à chaque fois qu'il le fallait. Et cet effort a déchiré comme une sorte de rideau intérieur qui gênait ma parole orale, quelque chose dans l'organisation du cerveau, ou plutôt comme on ouvre le rideau de scène au théâtre et soudain il n'y a pas le bout de scène juste devant mais toute la profondeur et comme j'avais une raison supérieure d'y parvenir et les amis qui m'encougeraient, me disaient que c'était très bien en fait, alors voilà soudain j'ai eu l'entière possession de mes capacités de prise de parole.

Le temps du comité a passé mais cette compétence est restée, au point que je rêve de faire de la radio pour parler de films ou de livres. Et que façon de parler hein, simplement à mon niveau, c'est comme si j'avais pendant 40 ans ressemblé à Modiano et que d'un seul coup je m'apercevais que je ressemblais à Pivot, je veux dire dans l'expression orale. Ç'en était fini pour moi de la grande bafouillation.

Ça reste et restera toujours très étrange pour moi tout le bien que m'a fait l'existence de ce comité de soutien et d'en être, alors qu'il s'agissait d'un malheur. Et combien c'est bizarre de devoir du bon de sa propre vie et en tout cas de grands progrès personnels à un coup dur qui aurait pu virer à la tragédie. Le paradoxe que c'est de devoir sa chance à une malchance.

 

 

(1) La première fois que j'ai pris la parole c'était place de la République il faisait moins quelque chose j'étais congelée, un journaliste de télé ou radio (2) passait le long des manifestants et désespérait de trouver quelqu'un qui accepte de parler et ne soit pas un collègue, Y a-t-il quelqu'un qui ne soit pas journaliste ? demandait-il en vain alors j'ai dit Oui, moi, parce que je pensais que lui aussi devait avoir super-froid et que plus vite il trouvait plus vite il pourrait rentrer au chaud. Et à peine après l'avoir dit je me suis traitée de dingue en mon fort intérieur, je savais que causer officiellement n'était pas mon truc, écrire, oui, mais causer, non.

(2) En l'écrivant ça m'est revenu c'était pour France 3 les infos régionales.


Le meilleur moyen pour vous débarrasser de moi (à part me tuer, ce que je vous déconseille)

Je fais partie de votre vie et vous en avez un peu marre qu'on se voie, ou qu'on s'écrive. Je crois que ma stabilité fait qu'au bout d'un moment je lasse et mon indécrotable franchise vient à bout des plus faibles susceptibilités. Sans compter les éclipses dues aux moments où le travail et les ennuis de santé familiaux remplissent la vie à ras bord et me vident de toute l'énergie, alors je ne suis plus là ou sous forme de fantôme triste. Des choses de ce genre. Quant aux amours il y a toujours une belle blonde qui surgit et qui fait que je suis celle de trop. D'ailleurs n'essayez plus le "J'ai rencontré quelqu'un" on me l'a fait une fois de trop et désormais je ne suis pas certaine de ne pas réagir avec une violence qui me semblerait à force d'avoir tant encaissé légitime. De même qu'un "Ce serait mieux qu'on ne se voie plus" assené sans qu'il n'y ait aucune cause apparente, aucune raison compréhensible. Et donc à part ces deux techniques devenues très risquées d'avoir été par quelques prédécesseurs sans précautions manipulées, restent : 

- devenir raciste et toutes ses variantes (misogyne, homophobe, antisémite, négationiste ...) ; bref tout ce qui tient un autre en rejet, mépris ou haine du fait de caractéristiques qu'il possède de naissance et contre ou pour lesquelles il ne peut strictement rien.

Vous pouvez être certain(e)s que sans demander mon reste je sortirai de vos vies, incapable que je suis de maintenir un lien affective avec qui que ce soit qui vit dans le rejet mécanique d'une altérité.

- être frappé(e) soudain d'un élan mystique quel(s) que soi(en)t le ou les dieux révélés, religion officielle ou secte déclarée ; parce que j'ai l'impression que la personne qu'auparavant j'aimais ou j'appréciais ne dispose plus de son cerveau, qu'il est désormais comme un disque dur d'ordinateur infesté par un virus, que ce n'est plus son utilisateur qui en maîtrise les fonctions. Et puis ça rejoint le premier point car le plus souvent les religions conduisent tôt ou tard à considérer celui qui croit ailleurs comme un impie qu'on peut (qu'on doit) tuer afin d'accéder plus facilement à un ultérieur paradis. C'est donc au bout du compte une forme de racisme aussi. C'est alors moi qui ne suis plus capable de maintenir le contact. Parce que je ne sais plus si je m'adresse à la vraie personne ou à une sorte de robot téléguidé par des préceptes intrus.
Ça vaut aussi pour des extrêmismes politiques, lesquels fonctionnent selon un schéma proche : l'admiration pour un leader obère toute capacité de raisonnement. 
Je peux en revanche rester proche de ceux qui ont toujours eu des convictions modérées, qui ne les laissent pas sans esprit critique, ne les équipent pas d'une haine de l'incroyant, ni d'une hiérarchisation entre humains et qui s'abstiennent de tout prosélytisme. Je comprends parfaitement qu'on se sente mieux avec la compagnie imaginaire d'un grand horloger et des rituels à respecter histoire d'oublier qu'on peut mourir à la seconde d'après et qu'ensuite il n'y a plus rien que les souvenirs diffus qu'aux autres on a laissés ou quelques trucs qui servent encore un paquet de temps après, il y a un peu de Thomas Edison dans mon usage ce soir d'un appareil électrique (par exemple) pour partager trois mots.

En revanche, tenter de m'éloigner en ce mettant aux abonnées absents est une stratégie infructueuse. La plupart du temps j'ai si peu de marge dans ma vie quotidienne que je ne me rends compte de l'absence (sauf s'il s'agit d'un(e) très proche) qu'au bout d'un temps assez long que je ne sais pas estimer : j'enchaîne les jours comme autant d'obstacles à franchir malgré l'épuisement, ils forment une continuité de fatigue, ça masque le reste. Et comme je ne sais pas interpréter le silence je viens et reviens aux nouvelles, puisque par dessus le marché je suis du genre à m'inquiéter dès que ma propre existence me permet de souffler.

Si j'écris ce soir ce billet c'est parce qu'après une semaine sauvée in-extremis par Modiano et les jurés du prix Nobel de littérature, mais qui a failli être engloutie par le succès d'un provocateur réactionnaire (1), je me rends compte d'à quel point ces dernières années, les uns se réfugient dans la haine d'un ou plusieurs boucs émissaires ou (inclusif) l'amour d'un dieu. Et que j'en ressens comme le souffle d'une épidémie qui s'attaquerait aussi à ceux que j'aimais, la famille d'origine, les amours, les amis. Et que je manque d'une force qui me rendrait capable de maintenir un lien avec ceux qui sont atteints. 

 

(1) Être libraire c'est encore de nos jours se trouver en première ligne face à certains phénomènes, et c'est parfois flippant.

  

 


Getting old (et combien c'est parfois flippant)

 

Observant d'un œil vague pendant ma pause café dans l'une des quatre pièces d'angle à la BNF du rez-de-jardin, un homme plutôt beau qui effectuait quelques étirements ; ceux de qui est resté trop longtemps concentré assis ; me demandant combien de temps il me faudrait avant de ne pouvoir m'empêcher de comparer bien malgré moi ceux que je croisais avec Celui qui, et trouver sempiternellement qu'ils ne franchissaient pas la barre (1) tout en étant parfaitement consciente que par dessus le marché pour eux je n'existais pas, j'ai soudain bondi (intérieurement).

Elle venait d'entrer. 

Lourde de silhouette, les cheveux gris et longs, rassemblés en chignon, des lunettes cerclées de métal, une jupe classique, des chaussures plates, un cardigan. 

Et qui s'est installée sans mollesse mais comme qui est très fatiguée sur l'un des fauteuils près de l'entrée. A entrepris de se servir à un thermos.

Je savais que ça n'était pas elle, la vieille amie de ma nuit des temps, perdue par la suite d'une bouffée de haine qu'elle fit de l'internet, si incohérente que j'avais préféré faire comme si je n'avais rien reçu, attendre le message d'excuses et une explication pour cet épisode délirant. Message qui n'était pas venu, tandis que ma vie était bousculée plus que jamais ce qui fit que je n'avais pas même eu le loisir de me poser la question de ce qu'il convenait de faire pour (éventuellement) sauver cette amitié.
Plus tard il fut trop tard. Et contrairement à V. et à Celui qui, ou à mon meilleur ami lorsqu'il reste trop longtemps sans libérer de son temps, elle ne me manque guère. Nous avons été victimes d'évolutions divergentes comme l'existence en fournit parfois. Celle d'avec ma mère, par exemple, me perturbe beaucoup plus que celle-là.

Il n'empêche que la personne qui venait se reposer ressemblait très exactement à ce que mon ancienne amie aurait pu devenir si depuis les quelques années qu'elle s'était fâchée elle avait suivi sa pente naturelle (2). Et que cette personne, je l'aurais moi-même décrite comme une femme assez âgée, une quasi vieille dame, une retraitée.

Elle était mon aînée. Mais pas de l'écart entier d'une génération. Son changement de catégorie était aussi le mien.

J'ai décidément ces derniers temps beaucoup de mal à intégrer mon âge réel. Et bizarrement le chagrin en cours qui en fut la première alerte - eussé-je été plus jeune, j'aurais peut-être été quittée, mais non sans un brin de respect -, ne change rien à l'affaire. Je ne me perçois pas ou plus comme je suis, mais suis décalée d'une quinzaine d'années (3).

C'est une sensation fort curieuse dont je ne sais pas quoi penser. Consciente cependant que le prochain grand sale coup que je me prendrai sur la tête me propulsera en avant de 30 ans. Et que ma confiance en les autres, à de moins en moins d'exceptions près, est depuis juin passé celle d'une centenaire qui aurait revendu il y a déjà longtemps son logis en viager.

 

(1) fors Kreso Mikić et Nicolaj Koppel ce qui n'aide en rien et fait peu pour 11 mois 

(2) Mais peut-être a-t-elle rencontré un ancien Punk Suisse reconverti dans l'art contemporain conceptuel, richissime grâce à des tableaux sur lesquels il peint une tâche bleue, qu'elle vit désormais à New-York, maigre, joyeuse et déjantée avec des cheveux courts dressés sur la tête et orange fluo. Que deviennent les gens quand de nos vies ils sortent tout droit alors qu'ils sont encore vivants ?

(3) Peu ou prou le temps que j'ai passé à l"'Usine" en souffrant au travail parce qu'il avait perdu tout son intérêt et que j'ai ressenti comme un enfermement. Quelque chose d'organique en moi perçoit ces années comme nulles et non avenues, comme n'ayant pas eu lieu. Comme si j'avais repris le fil physique de ma vie là où j'en étais resté. Ce qui correspond également au retard avec lequel j'ai appris une rupture, laquelle ne s'est pas concrétisée, sans doute à cause de l'ampleur de "l'après coup", mais qui affectivement a pour moi bien eu lieu. Tout se passe comme si je refusais d'intégrer ces années fausses (sous un travail qui n'était pas un "vrai" travail pour moi que j'accomplissais sans m'y reconnaître, et pourvue d'un amour qui n'était pas ce que je croyais). D'où que je me sens en permanence bien un peu jet-lagguée.


Gratitude et soulagement

 

Je tiens à remercier de tout cœur le client ou la cliente qui hier à 13h04 alors que j'accomplissais la première partie de ma pause déjeuner, acheta le roman dont la présence m'offensait, dont la vue m'étreignait chaque fois que j'oubliais de me préparer à faire l'effort épuisant de faire abstraction sur qui l'avait commis et en l'honneur de qui et si peu de temps après m'avoir sommée de dégager afin de faire place à l'amour le vrai.

Je me plais à rêver qu'il s'agit de quelqu'un qui lit par ici, a compris mon chagrin, a choisi volontairement de venir faire sa bonne action pendant mon absence. Aurais-su encaisser sans frémir, sans pleurer, voire perdre connaissance (1) ? Qu'aurait pensé le client qui est en droit d'acheter et de lire un ouvrage sans se voir imposer des arrière-pensées dues aux vies privées de l'auteur et de la personne qui le lui vend,  et qui risquent de lui en gâcher la lecture ? L'auteur de celui-ci ne serait pas le premier homme à écrire si merveilleusement sur l'amour tout en se conduisant dans l'existence comme un être brutal et sans scrupules aucun, passant de l'une à l'autre sans respect pour la femme n-1, s'appliquant à séduire même si pour lui ça ne correspond à rien, sans se soucier que ses mots et ses regards aient pu être pris pour ce qu'ils semblaient (n'est-ce pas, Ted ?).

Ou bien à croire qu'il s'agit de quelqu'un à qui jusqu'à l'année dernière travaillant dans le même quartier je me suis appliquée en Bonne Mascotte dévouée à faire connaître le travail du bien-aimé et qui, la librairie précédente ayant fermée, a été heureux de voir que cet écrivain à nouveau publiait. Peut-être même qu'il ou elle lira le nouvel opus en croyant que c'est à moi qu'il s'adresse ; se dira Je pensais bien pour en parler ainsi qu'ils devaient s'aimer fort ces deux-là. Peut-être que cette lectrice, moins probablement ce lecteur, alors se réjouira. Sans imaginer un seul instant, au vu de la situation d'il y a encore onze mois, que tout s'est effondré très brutalement pour moi. J'ai trouvé mieux, restons amis.

Je sais que le livre n'a pas été conseillé. Que la personne qui l'a pris venait spécifiquement le chercher. N'a rien acheté d'autre. D'où l'illusion qu'elle est venue exprès afin de m'en libérer.

J'espère, c'est pour moi trop de souffrance, qu'il n'y aura pas de réassort. Aucun. Même si, accordant le respect dont j'ai été privée, je ne dirai rien. 

 

(1) La première fois que je suis tombée sur ce livre en en rangeant un autre, du fait de la surprise, de l'absence de méfiance, j'ai été à deux doigts de la perte de conscience. Que je suis parvenue à limiter à une simple pause, un éclat d'aller dans les toilettes pleurer. 

 

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Se cogner aux limites

 

Par trois fois cette semaine je me suis cognées aux limites que l'anémie (bien soutenue par une inquiétude légitime et un chagrin qui l'est sans doute moins ; celui qui l'a provoqué le disqualifie) me met.

C'est une soirée - nuit que mes commensaux prolongeaient, et des plus remarquables, en la compagnie desquels j'étais ravie, mais voilà, il m'a fallu rentrer avant de tomber d'épuisement. L'âge m'a appris à écouter mes alarmes dans les cas où c'est possible (pas le travail, pas les moments où je dois assurer à tout prix) très strictement. 

C'est une journée de boulot excellente, je crois avoir bien fait ma part et tenu le rythme et je m'effondre après, mettant pour rentrer autant de temps qu'un type qui aurait trop bu ; simplement je pédalais au hasard jusqu'à rechargement minimal de ma batterie interne, quelque chose comme ça, concentrée uniquement sur chaque tour de pédales ou de roues, sur les aléas de circulation, ne pas avoir d'accident ne pas tomber, on verra bien où je serai quand le malaise aura cessé (1). Finalement rentrée, j'ai pu assurer le le lendemain une autre grosse journée, dont je suis sortie indemne. En plus que cette fois-ci j'étais accompagnée. Je ne suis pas totalement seule dans l'adversité ; mais jamais non plus totalement épaulée.

C'est sur les conseils d'amis coureurs de fond souhaiter mesurer ma VMA. La bonne blague ! Réussissant à parcourir des distances honorables à force de ténacité d'entraînement, j'avais oublié qu'il ne sert à rien que je me compare à des performances moyennes de ci ou ça. Tentative d'effort en vitesse = petites étoiles parsemant le champ de vision et risque de perte de conscience. Les muscles, les articulations, la coordination et le cœur en bon vaillant petit soldat tout répond présent ... mais le carburant n'y est pas comme il faudrait, l'oxygénation vient à manquer bien avant que je sois à bout de souffle. Cette tentative de test m'aura simplement appris qu'un jour viendra peut-être où je serai capable de boucler des 10 km à 9 km/h mais qu'à moins d'un grand amour (heureux) ou d'un produit dopant (alors Panoramix, ça vient ?), je ne dois pas demander à mon corps davantage.

C'est compliqué d'avoir à écouter The Inner Voice who says : Ne tente pas de faire comme tout le monde, tu ne peux pas et tu le sais et par ailleurs la personne que je suis de cerveau et de caractère (d'esprit ?) et qui me rappelle que si j'ai une vie, certes pas drôle, mais passionnante très au delà de ce qui m'était assigné c'est parce que je n'ai jamais accepté de me laisser abattre et que l'anémie soit une excuse.

Entre les deux un chemin sage bien difficile à retrouver. 

L'un dans l'autre je peux quand même me dire que si je les avais vécues il y a 20 ou 25 ans, je n'aurais sans doute pas su faire face à ces mêmes situations, prolongeant la fête à en être KO et pour les 4 jours d'après, craquant avant la fin de la journée de travail, ou allant droit au malaise de vouloir faire le test d'effort "comme tout le monde". Il ne faut pas que je m'attarde sur ce que ma vie a de foirée parce qu'il me manque toujours un petit quelquechose (en fait la bonne santé et d'être un peu jolie) pour être celle que l'on garde auprès, il faut que je mesure ce que je reste capable de "faire malgré". Et c'est loin d'être rien.

 

(1) C'est l'avantage de connaître la ville et d'avoir un sens de l'orientation à toute épreuve ou presque : je sais qu'où que je me retrouve je retomberai sur mes pieds. Même les moments d'égarement n'en sont pas.