Photos éparses

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    À force de cavaler, au sens propre et figuré, j'ai négligé de faire le ménage, et dans l'appartement et dans les mémoires électroniques de mon ordinateur et de mon téléfonino, voilà que tout est saturé et que les mises-à-jour ne peuvent s'effectuer.

Me voilà contrainte aujourd'hui à une sorte d'arrêt au stand, tris, copies, suppressions, de photos principalement, afin de pouvoir ensuite redémarrer.

À l'ordinaire, si quelque chose chez moi est bien classé, ce sont les photos. Répertoires par mois de prises de vue et double sauvegarde voire triple avec le Time Machine.

Seulement voilà, il y a toujours quelques images qui pour des raisons que j'ignore, probablement des interruptions de connexion en cours de transmission, à moins que quelque cliquer-glisser hasardeux, se retrouvent dans des dossiers inattendus. 

Le ménage de ce jour m'a donc permis de glaner dix images, l'une d'elle datant de février 2016, la Seine en crue à l'Île de la Jatte, la plupart de 2018 : fête de la musique à Levallois avec Klosman aux manettes - dont l'une assez étrange -, quelques-unes d'un dépannage à la volée sur les Champs-Élysées lors de la dernière étape du Tour de France vue des fenêtres la Maison du Danemark, un éclat de soleil sur trois arbres de la forêt de Saint Germain en Laye et un portrait de moi lors d'une rencontre que j'animais en janvier 2018 à la librairie Charybde où je travaillais. DSC00668

 

 

J'aime bien cette sorte d'aléa qui me fait retrouver quelques bribes, principalement de l'an passé qui me paraît si loin déjà tant l'année a été bien remplie et tant ça continue à fond les manettes. 

Tant que la santé suit, on ne s'en plaindra pas, mais jeter un œil en arrière est assez vertigineux - hein ? quoi ? j'ai grimpé tout ça ? -.

J'en ai fait une sorte de mini album


Archiver ses photos c'est aussi recroiser ses moments de bascule


    

1106740826_f (mercredi 26 janvier 2005)

C'est un mercredi midi, j'ai dû trouver un moyen de déléguer les trajets d'accompagnement de mes enfants. Je travaille alors à 4/5, le mercredi consacré à mes obligations familiales, qui sont assez prenantes car les enfants pratiquent l'un comme l'autre plusieurs activités ; ils n'ont pas le même âge, ce n'est pas aux mêmes heures. Dans le cadre d'un plan social j'ai demandé un mi-temps. Je dois écrire. Et à mesure que je prendrai mes dispositions pour me libérer du temps, commencera le festival des empêchements - mais je l'ignore en ce temps -. 

L'amie que nous avons en commun est en déplacement pour son propre travail. De nos jours, être écrivain c'est être VRP. 

Alors j'y vais pour deux à cette cérémonie de mise en place de deux grands portraits : Florence Aubenas et Hussein Hanoun, enlevé en même temps qu'elle.

Il fait grand froid. Je crois me souvenir d'un -4°C annoncé. Il y a pourtant du monde. 

Une petite équipe d'informations télés circule auprès de nous, qui s'enquiert de la profession des présents. Je comprends qu'ils cherchent désespérément quelqu'un qui n'est pas journaliste. À leur deuxième passage vain, je me signale, sans plus réfléchir, avec pour seule idée qu'il est important que quelqu'un dise, que quelqu'un du peuple dise, que c'est important qu'on tente de sauver leur vie. Ils sont éperdus de gratitude, ils en étaient à se dire qu'il allait falloir prendre un confrère ce qui aurait moins de portée. Je fais le job comme on se jette à l'eau, blafarde et gelée. Comme je dis tout droit tout simple ce que je pense de tout mon cœur, je crois que ça va. Je pense Pourvu que si ça passe, ça ne m'attire pas d'ennuis au boulot. Je pense aussi, Oh et puis tant pis.

Je reste jusqu'au plus tard possible et repart au bord de l'évanouissement (1).

Voilà comment on se met le doigt dans un engrenage, et qu'on bascule sa vie, peu après.

Je me souviens de l'émotion recueillie des présents, malgré une place de la République qui en ce temps-là ne s'y prête pas (c'est alors tout un tintouin que d'empêcher les véhicules de passer près de la statue centrale-.

Ce jour-là j'ai commencé mon boulot de photographe en second du Comité de Soutien mais je l'ignore d'autant plus le comité n'est pas encore réellement constitué.

 

(1) En ce temps-là je supporte très mal le froid. 

[photo retrouvée sur le fotolog]