La tornade de septembre 1896 à Paris (et un simple orage aujourd'hui)


    Un violent orage grêligène qui a duré au moins une heure s'est abattu dans l'après-midi sur le nord et l'ouest de Paris. Une magnifique vue via @Keraunos

Il se trouve que le mardi est pour moi jour non travaillé à la librairie et que j'emploie habituellement à mon travail personnel (à la BNF) ou familial (les choses à faire pour la maisonnée). Il faisait beau et après un bon début de journée (entraînement de natation) j'hésitais - plutôt à cause des grèves probables à la bibliothèque même, et du travail en retard de rangements dans l'appartement -, filer à la bibliothèque ou bien rester à la maison. Et puis j'ai été prise d'une faiblesse soudaine avec une sorte de pré-mal de mer, que je commence à savoir identifier quand il ne s'agit pas des prémices d'une gastro : chute de pression atmosphérique. 

Alors j'ai cherché à savoir ce qu'il en était, j'ai vu prévision d'orage(s), mais OK un orage ordinairement ne me rend pas malade, ne suffit pas. Alors quoi. En fait c'était un simple orage mais carabiné. Et peut-être que mon corps a sur-réagi parce que j'étais particulièrement fatiguée.

Au passage dans mes recherches, je suis tombée sur ceci : 

Tornade Paris 10 septembre 1896 

grâce au site Keraunos
auteurs de l'article Pierre Mahieu et Emmanuel Wesolek 

Il y avait eu l'année d'après une tornade sur Asnières. 

Mes enfants (adultes) sont rentrés trempés successivement, drinchés de la tête au pied, l'un rigolard, l'autre éreintée.

Je crois qu'il convient de noter ces choses pour plus tard, je pressens des temps violents, sans doute aussi climatiquement. 
Paris, 22 mai 2018


Télescopage plastifié

 

    Je n'ai pratiquement pas de temps devant mon ordi ces jours-ci. Notons que pendant que ma vie est belle et surchargée, il s'agit depuis environ une semaine d'une période de canicule assez remarquable, je sais que c'est mal vu de le dire, mais moi qui me sens au mieux de ma forme au dessus de 25°c (et à condition de ne pas dépasser 37) je suis aux anges (1). 

Le contraste avec la même période de l'an passé est saisissant. On était resté à un moment dix à onze jours sans voir le moindre rayon de soleil et la Seine était en crue comme elle l'avait rarement été.

Cette année les climatiseurs doivent pomper à fond. Apparaissent des coupures de courant. L'une d'elle, dans la nuit, a affecté les pompes de la piscine. Un (petit) bassin s'est trouvé vidé. L'entraînement a été annulé.

Je suis alors passée par une boulangerie histoire de ravitailler avant de rentrer le logis (2). Seulement j'étais à vélo sans avoir prévu d'y passer. J'ai donc demandé un sac. Or il n'y en a plus, une loi anti-sachets plastiques a été votée il y a un an ou deux et qui est réellement entrée dans les faits. J'ai donc dû rentrer à pied, tenant le vélo d'une main, chargée de mes affaires de natation en sac à dos, calant le sac en papier sans anse sous mon bras libre comme je le pouvais et le petit sachet du croissant pour l'homme de la maison dans le porte-bidon.

Il faut prendre l'habitude d'être toujours pourvue d'un filet à provision.

Alors que je me faisais cette constatation, à peine rentrée, je suis tombée sur cette video, relayée sur Twitter par quelqu'un que je suis. Pour le cas où elle ne serait plus disponible je la décris : il s'agit d'un homme en bateau à rames qui voit une petite tortue de mer en difficulté et la sauve du sac en plastique dans les anses duquel sa tête et l'une de ses pattes étaient enserrées. Et si fort (elle avait dû se débattre pour tenter de s'en extraire) qu'il n'a pu l'ôter qu'en coupant le plastique.

Nos efforts de "faire sans" valent la peine, vraiment. 

 

(1) Et j'ai beau intellectuellement savoir que ces fortes chaleurs sont éprouvantes, à part pour la pollution induite (que je ressens, à Paris, sans besoin d'instruments de mesure, à tel point la qualité de l'air morfle), je peine à concevoir, dans nos régions tempérées, la chaleur comme une ennemie. Je ne peux m'empêcher de la percevoir comme un soulagement.

(2) Une pensée pour ceux qui font le pain et doivent avoir très très très chaud, pour du coup.


Ce n'était pas ma première surprise party (mais mon premier triathlon, si)

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C'est très étrange la façon dont le paysage de ma vie a changé depuis fin octobre, les choses semblaient aller dans une direction, et puis des événements surviennent, et voilà que nous nous retrouvons orphelins (à un âge où il est raisonnable de l'être, ne nous lamentons pas) et à la fois lestés de chagrin et délesté de toutes sortes de contraintes concrètes et de la peur que nos parents aillent mal (1), je suis appelée à prendre un emploi dont je n'aurais pas osé rêver (même si il va falloir bosser dur pour être à la hauteur, bon sang que ce défi me plait), et le triathlon auquel je souhaitais m'appliquer depuis que nous étions allés à Bruxelles encourager Pablo qui y faisait le marathon (octobre 2011, me semble-t-il) est enfin devenu une réalité (2).

C'est génial et beaucoup de bonheur après avoir essuyé bien des tempêtes de pouvoir enfin remettre de la voile et voguer vers ce qui correspond à ce qu'on ressent comme bon.

Une fois la maison de ma mère vendue et le déménagement effectué, je pourrais peut-être même enfin aborder l'écriture sans être requise par divers devoirs, mon temps confisqué ainsi qu'il l'a été.

Pour commencer ce fut un XS et comme ce club est bien organisé et accueillant qui attribue à chaque newbie un parrain (ou une marraine) et que le mien est formidable, je n'étais pas seule, j'étais accompagnée et soutenue tout du long - alors qu'il eût fait tout ce parcours beaucoup plus vite sans moi, voire surtout le M qui est une vraie distance -.

Pour la première fois depuis bien longtemps je n'ai pensé à rien de la marche du monde, fors des considérations environnementales, car ce lac est si sale. Ça gâchait le plaisir de nager.

J'ai oublié les chagrins. L'action les dilue.

JF était allé me chercher mon dossard la veille. Ce qui fait que j'ai pu arriver sur la zone de transition assez vite, déposer mon vélo, et me mettre dans la file d'attente pour les toilettes - deux seulement c'était trop peu, Ah, la rangée de toilettes sèches du No Finish Line ... -. Était-ce un effet de la météo favorable ? Je n'ai pas eu de besoin de pipi intempestif comme ce qui m'a saisie lors des 10 km de CAP faits par temps froid. Là, impeccable, aucune gêne, aucune envie pressante, rien.

Seuls petits tracas physiques, et qui eurent lieu après : une sorte de contraction des boyaux, très bizarre, sans autres conséquences (dieu merci) que la douleur même et le souffle coupé, et presque systématique après un effort long. Il ne faut surtout pas que je me penche vers l'avant après une course. Et puis une très étrange sorte de crampe .. à la main droite (?!) alors que je poussais mon vélo en marchant à côté afin de rejoindre les amis pour encourager les autres dans l'après-midi. J'en ai parfois de la même eau aux pieds après (à la fin de) la danse. 
Durant la course, aucun problème d'aucune sorte, si ce n'est un point de côté vers le milieu de la CAP qui souhaitait pointer son nez, j'ai un peu ralenti, il a passé son chemin.

La natation ne s'est pas bien passée : oppressée (première fois que je nageais en combi), je ne suis pas parvenue à trouver le rythme. Je faisais quelques crawlées puis je devais regarder d'où j'en étais. Le fait que l'eau soit totalement opaque participait de la sensation de ne pas parvenir, ou si lentement, à avancer. J'avais l'impression aussi que ma respiration sifflait (3).

Au bout du compte un parcours pourtant parmi les plus rapides que j'aie jamais fait, ce qui [me] surprend.

Capture d’écran 2017-05-21 à 19.28.47(Le temps officiel dit 19' mais il y a eu un moment où l'on était dans l'eau sans pouvoir avancer parce que ça bouchonnait ; j'ai déclenché ma montre quand j'ai pu réellement avancer)

L'autre sensation étrange c'est le mouillé - pas mouillé dans lequel la combi nous met, et peut-être que mon corps était un peu trop occupé à déterminer s'il était ou non trempé. 
L'eau était à 17°c. Ne m'a pas semblé froide.

Découverte : dans ce lac on n'a pas pied.

Pour la prochaine fois (conseil des expérimentées) : il faut remonter la combi au maximum afin de n'être pas gênée dans l'amplitude des bras. 

Les transitions furent une bonne surprise. Avec mon vieux système de cale-pieds je gagne un temps fou à n'avoir pas deux changements de chaussures à effectuer. J'avais pris le parti de courir sans chaussettes et c'était mieux ainsi. La serviette par terre. Seuls les pieds ont réellement besoin d'être essuyés. J'avais pris le petit coupe-vent sans manche du club. Était superflu par cette bonne chaleur (plus de 20°c le soleil qui donnait). Finalement ôter la combi était facile même sans points de vaseline.

De même les lentilles de vue étaient superflues : la nage n'était pas si longue qu'il fallait voir de très loin, il suffisait de suivre ceux qui précédaient. Et par ailleurs mes lunettes de vélo course à ma vue sont formidables.

La bonne surprise fut le vélo : ça déroulait tout seul. En fait mon cœur qui bat vite et mes jambes solides me rendent plus simple le fait d'enrouler gros (enfin, gros pour moi). J'ai failli me manger un rollerman indélicat qui n'écoutait pas le stadier de route. À un embranchement ils avaient laissé passer une ou deux voitures ce qui rendit dangereux. Mais globalement c'était très étrange de ne pas devoir tenir compte des feux rouges ni de la circulation. J'aurais pu aller plus vite, si je n'avais pas ralenti par automatismes aux croisements. J'ai fait du 22 km/h environ.

La course à pied m'a seulement posé le tracas d'être incapable d'accélérer. Le cœur, sinon, ce serait emballé. Mais j'aurais pu faire un tour de lac en plus sans problème. Voire deux.

Présomption : croire que j'avais les bras de par mes petits entraînements de CAP amarinés au soleil. Alors j'avais pris la précaution de mettre mon pantalon souple noir par dessus un cuissard de cycliste, jambes protégées. Ils ont cramé. Comme aux plus belles heures des Roland Garros où j'allais.

Mon parrain a fait le retour avec moi à vélo, tranquillement. J'ai apprécié l'attention.

Belle ambiance de club, les uns restants pour encourager les autres. C'est amusant de s'y retrouver à trois des nageurs matinaux de Clichy (des années précédentes).

Un café 1,10 € au café près de la gare où ils sont accueillants et où les toilettes sont nickel. J'en ai profité pour me passer le visage à l'eau. Je crains des conséquences d'avoir trempé dans celle du lac.

Comme j'ai nagé bien trop lentement, le passage nage vers vélo n'a pas tout à fait eu lieu. Comme si j'avais nagé au pas. En revanche descendre de vélo et se mettre à courir, ça donne quelques foulées bizarres, comme si les jambes étaient aussi moles que les montres de Dali. Mais pourtant elles avancent. C'est le cerveau qui peine à passer de la config moulinage à la config allonger une foulée.

Il y avait une consigne vrac pour les sacs. Une vraie surveillance à la sortie vélo (numéro vélo = numéro de dossard).

J'avais pris un antivol léger que je n'ai pas laissé dans le sac de sport que JF a remporté. Bien vu, fut très utile. 

Il faut glisser son dossard dans le dos pour le vélo et devant pour la course. Ne pas ôter la jugulaire de son casque de vélo avant d'avoir posé celui-ci à son emplacement.
Pour les hommes, ne pas ouvrir sa trifonction dans les zones d'arrivées ou de transition. Les femmes sont moins soumises à cette tentation.

Quelqu'un a partagé des sandwichs et une banane. On a pris un petit en-cas dans une boulangerie (pour moi : feuillette chèvre épinards). Remangé deux ou trois bricoles (quartiers d'oranges, pain et jambon glissé dedans) avant qu'ils ne replient le ravitaillement. J'ai gardé mes gants de vélo pour courir. Ça n'était pas gênant. J'ai aussi absorbé peu après l'effort une barre énergétique et un gel. Dans mon bidon de l'eau avec des gouttes de vrais citrons. C'était parfait. Pas pu boire pendant le vélo, mais la distance était trop courte.

Le triathlon, c'est euphorisant. En plus que les personnes que l'on croise sont belles d'allures, pour la plupart. 

J'ai soupesé quelques vélos modernes. Est-ce que ça changerait quelque chose dans mon cas ? J'aime mon vieux biclou. 

Je crois pouvoir affirmer qu'à part un mauvais quart d'heure (au sens littéral) de nage en combi, j'ai connu aujourd'hui le bonheur. L'Homme était venu m'encourager. Et ça m'a fait beaucoup de bien au moral.

Me suis régalée à prendre des photos bien qu'avec le seul téléfonino. Penser une prochaine fois à lui confier l'appareil photo afin qu'il me le passe pour la suite.

Je suis agréablement surprise par mon peu de fatigue. Preuve que je devrais pouvoir accomplir de plus longues distances ou aller plus vite.

Curieux de nager, pédaler et gambader là où dans un mois je vais venir à un événement prestigieux (4), et vers là où je ne travaille déjà plus.

 J'aimerais pouvoir m'aligner sur le M l'an prochain. Les temps ne m'ont finalement pas semblé si intenables. Seul le 1,5 km de nage avec combi me semble inaccessible (pour l'instant).

 

Il aurait fallu que je puisse pour le suivant participer sur les distances suivantes : 1 km de nage, 25 à 30 km à vélo, 7 km de course à pied, qui n'existent pas. Il me faudra donc me confronter à du M qui est un tantinet présomptueux pour moi. Peut-être que s'il fait beau ça ira. 

 

[crédit photo : Agathe Conte]

(1) Je sais que ça peut sembler bizarre. Mais ça me rappelle un vieil écrivain chilien (je crois) qui racontait dans les années de dictature une forme de soulagement à se retrouver en prison (une prison où ils étaient à peu près traités correctement) : la peur de l'arrestation, la tension permanente s'était de facto trouvée allégée. Il y a de ça : fini le souci qu'ils souffrent et se sentent mal, la peur d'être appelés en urgence.  

(2) Je m'étais à la fois dit qu'il était grand temps qu'en sport je passe à la vitesse supérieure et pas seulement nager deux matins par semaine et danser une fois et que le marathon mon corps ne voudrait pas ou du moins pas tant que j'aurais un travail physique. Qu'il fallait que le sport l'entretienne et ne l'entame pas. Et puis j'avais hérité je ne sais plus exactement comment d'un tee-shirt "triathlon" lancé par une femme de mon gabarit et je l'avais pris comme une transmission. Tu dois en faire quelque chose.

(3) D'une façon générale j'ai eu la sensation que ma respiration n'avait pas toute son ampleur.

(4) Remise du prix Marcel Pagnol avec Claude.

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Test d'étanchéité

 

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Pour mon avant dernier jour là haut sur la colline, le ciel nous a fait le coup de la grosse grosse drache qui se prépare pour mieux se libérer pile à l'heure de la sortie et n'en faire surtout pas le meilleur moment de la journée-é-euh .

J'avoue, elle a bien fait le métier, ne nous a pas ratées,  20170518_191958

. Comme je ne suis pas née de la dernière pluie, j'avais prévu mon coup, non mais.

Seulement ce fut si fort et si durable, que les équipements furent soumis à rude épreuve.

Un test d'étanchéité de toute efficacité.

Afin de m'en servir pour de prochaines intempéries : 

  • le blouson-veste noir imperméable l'est en pour de vrai, avec une faiblesse toute parisienne aux jointures des épaules.

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  • le sac à dos vélo compatible est assez remarquablement costaud. Il ne fut que vaguement humide sur le haut vers la fin (dernier tronçon Porte de Clichy - maison)

20170518_201237- les anciennes chaussures amphibies, le sont davantage et donc (nettement) moins

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  • la capuche de mon blouson belge (bon sang, quand retournerais-je acheter quelques habits chez le boutiquier hypermnésique ?) était trempée intérieur compris mais dessous mes cheveux étaient restés secs.
  • Ma montre de sport que j'avais oubliée de retirer après l'entraînement de natation, est étanche et l'a encore prouvé 

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Bientôt je n'aurais plus à me préoccuper de la météo que pour le sport et de très courts trajets métro - lieu de destination. Peut-être est-ce cela qui me fera le plus drôle, même si je peux me faire confiance pour me faire drincher lors de parcours que je ferai à vélo.

Je n'ai pu m'empêcher de me souvenir de ce jour de juillet 2012 où j'allais chercher des livres à convoyer et où il pleuvait autant et où par égard pour mon degré de trempage, le chauffage avait été allumé (oui, en juillet).

Curieusement, le fait d'être rentrée douchée, m'a comme dispensée du travail (administratif et ménager) d'en ce moment du soir. Je ne sais pas expliquer pourquoi, un bizarre sentiment du devoir accompli, un comme évident "Ça suffit pour aujourd'hui". 

Alors, au lit !


La fête est finie

 

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Je viens au salon du livre d'Arras qui se tient le 1er mai depuis 2006, moins quelques années (2011 à 2013) où je travaillais dans une librairie en bas des Champs Élysées et qui secteur touristique oblige, ouvrait.

Je l'ai connu près du musée des Beaux Arts, avec deux grands chapiteaux.

Les grands débats ou tables rondes avaient alors lieu au théâtre. Je me souviens d'y avoir appris la mort de Frédéric Fajardie que ses amis venaient d'apprendre aussi. J'y ai découvert les Pinçon - Charlot, qui m'ont ouvert les yeux sur pas mal de choses qui ne tournaient pas rond (1). J'y avais en 2006 entendu le rire de Florence Aubenas et c'était comme une victoire.

Je l'ai connu d'un côté du Beffroi (en 2014 je crois, ou bien 2015). Il est à présent sur la Grand Place, avec éditeurs et auteurs répartis dans plusieurs barnums moins importants. J'imagine que le coût est moindre.

Je l'ai connu par tous les temps. Freezing cold en 2006. Très joli temps l'an passé - boire un coup en fin d'après-midi à une terrasse de brasserie -. Aujourd'hui, du froid, une violente averse (au moins), du soleil très beau en fin de journée.

Je me souviens d'Honoré peut-être en 2007 ou 2008 quittant la gare avec quelques autres pour marcher vers le lieu du musée dans la cour duquel le grand chapiteau était installé. Il y avait un orchestre pour accueillir les auteurs. Je me souviens d'un coup de fil important. En 2008 ou 2009. J'étais près d'une fontaine et avec mon fiston. Je croyais le bonheur (à nouveau) possible.

Je me souviens du slam au café Philosoph' (existe-t-il encore ?) et d'une époque où la ville dans son ensemble semblait investie.

Depuis plusieurs années je m'y rends avec une amie et c'était de bons moments de rires. Tout en découvrant des livres intéressants. En écoutant des débats.

C'était la fête des éditions indépendantes, et militantes. Les échanges étaient vifs, parfois. 

Cette année, il y avait moins d'auteurs, moins d'éditeurs. Les débats étaient très intéressants, peut-être moins nombreux également. Ça ne rigolait pas. On croisait les mêmes personnes d'un lieu à l'autre ou auprès des débats. À part quelques personnes désireuses de monopoliser l'attention, il y avait peu d'interventions du public. Tout le monde semblait écrasé ; KO debout. Peut-être épuisé par des dissensions entre personnes pourtant proches d'opinion : Macron ou blanc (ou abstention) ?

L'extrême droite l'a emporté, qu'elle l'emporte ou non : tout le monde est désormais obligé de se placer en fonction de ses idées, des mots, des expressions complètes ne peuvent plus être utilisés sans donner l'impression de se référer à leurs idées. On compare les programmes comme s'il s'agissait de deux partis républicains (au vrai sens du terme) alors que l'un veut briser la démocratie. Les raisonnements spécieux se répandent ("De toutes façons on l'aura en 2022"). 

Alors aujourd'hui tout le monde se traînait et même si des invités disaient des choses admirables ; formidable Jérôme Leroy, par exemple. Et remarquables témoins engagés auprès des jeunes réfugiés et qui s'efforcent de poursuivre leur soutien malgré les conditions que leur font les politiciens - déjà à l'heure actuelle, alors qu'est-ce que ça sera ? -. Bravo à Olivier Favier à la parole si claire. Bravo à Rozenn Le Berr. 

Bien sûr ce fut réconfortant. 

Mais le fond de l'air est épouvantable. Le front républicain est fissuré. Et pour peu que de nouveaux attentats ne soient pas endigués et que le favoris se prenne allègrement deux ou trois fois de plus les pieds dans le tapis, ça pourrait mal tourner. Et la France partirait pour cinq ans de régime autoritaire, dangereux pour l'économie du pays et pour chacun d'entre nous à des titres divers aussi. Les classes populaires quant à elles ont déjà perdu. Aucun des deux candidats ne les défendra. Avec l'un cependant, la contestation devrait rester possible. Et aucun de nos amis n'être victimes de lois répressives selon ses origines, même si personne n'a le courage d'une politique d'accueil des réfugiés digne de ce nom.

Je suis rentrée triste. Une page se tourne. Plus personne ne croit en un monde meilleur. On tente seulement d'éviter le pire (ou même plus).

La fête est finie. 

Restera le plaisir de la bonne compagnie ; d'avoir revu quelques amis.

 

(1) Je les admire un peu moins ces jours-ci

PS : Deux établissements locaux que j'aimais bien ont depuis novembre refait leurs installations, l'un semble devenu un faux décor, l'autre une usine qui tourne à fond. Leur authenticité qui participait de leur charme s'en est allée. Peut-être que c'est à l'image de la nation. 


Oiseaux volants sur lac gelé

Laissés en jachère depuis novembre et la maladie de ma mère, mes appareils électroniques, photos, ordi, téléfonino ont tous leur mémoire saturée.

Au normal de la vie je prends soin d'eux chaque jour, comme un pêcheur relève ses filets, notes glanées, films, sons, vidéos, je trie, sauvegarde, jette aussi, chaque soir avant de m'en aller coucher. Mais la vie quotidienne a été bouleversée, surchargée, submergées, je n'en ai pas même fini avec les démarches consécutives au cambriolage et au décès, et les outils crient leur saturation.

Alors je prends le temps de tenter de rattraper une partie du retard, ne serait-ce que pour pouvoir continuer.

C'est ainsi que je retrouve cette video d'il y a environ deux mois : le lac d'Enghien gelé. Venue par le bus 138 je traverse Enghien les Bains pour me rendre près de la gare ferroviaire, à l'arrêt du 15 qui me conduira à mon lieu de travail en haut de la colline. Le lac est glacé, les oiseaux s'y posent. C'est d'une beauté qui me donne envie de ne pas me cantonner aux images arrêtées.   

Il fait bizarre de se dire qu'à l'heure où je les filmais ma mère encore vivait, pouvait communiquer. Et que nous ignorions combien de temps (semaines, mois ou année(s)) la mort prendrait pour achever l'approche irrémédiable qu'elle avait entamée.

C'est toutefois moins étrange que lorsque l'on retrouve des images saisies peu de temps avant une rupture subie, un accident fatal, un fait de guerre ou une catastrophe naturelle et qu'on se revoie, sujet ou opératrice, dans la totale inconscience de ce qui va nous advenir et modifier plus ou moins définitivement le cours de notre vie.

Consciente de la plus ou moins grande imminence d'une issue fatale, concernant quelqu'un dont j'étais proche de par la naissance au moins, j'étais fort triste au moment où j'ai filmé. Pour autant les oiseaux, le lac lui-même en sa configuration hivernale sont beaux. 

Je crois en de possibles rémissions par la beauté du monde, tant qu'elle existe encore.

 

 


Config canicule

 

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Touchée par le mal-être du fiston et malgré que je n'aime rien tant que le chaud et la lumière, je passe en rentrant l'appartement en configuration canicule, volets fermés - pas en plastique, c'est parfait, laisse le chaud dehors sans devenir brûlant (ni fondre) - fenêtre ouvertes ou entrebaillées ) l'ancienne afin d'éviter qu'elle ne claque sous l'effet du courant d'air créé. Fenêtre ouverte dans la salle de bain, qui donne sur le puits intérieur entre les immeubles. 

Ils datent d'un temps où l'on ne comptait pas sur l'énergie fournie afin de tenir le coup en toutes circonstances. La cuisine dispose d'ailleurs d'un garde-manger intégré. 

Il y a des cheminées. 

Ces jours derniers l'hiver paraît un concept imaginaire, abstrait. 

J'aime ça. Je quitte l'inquiétude sourde de passer le suivant. L'été me protège en se prolongeant.

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On sent pourtant son temps compté. Les arbres déjà perdent leurs feuilles par brassées, 20160827_212522 la nuit a cessé de tomber après l'arrivée des premiers sommeils, et le matin un réveil à la lumière précède de peu la radio enclenchée des jours obligés. Nous sommes sortis dîner, j'ai mis ma robe de 30°C que ma fille a cru neuve, tant il est rare que j'ai l'occasion climatique de pouvoir l'enfiler.

J'aimerais disposer de quelques jours encore afin de pouvoir parfaire ma santé.

Seulement je me doute que les orages ne vont pas tarder et les matins redevenir frais et la grisaille reprendre cette sorte de droit d'aînesse qu'elle détient sur Paris.


Tu te souviendras du printemps 2016


     20160620_154455Tu te souviendras du printemps 2016 comme d'un temps personnellement heureux mais néanmoins difficile (beaucoup de petites adversités) dans un contexte général de pré-guerre civile ou fin du monde ou les deux, fin d'une époque en tout cas, et dans un chaos multidomaines quoique pas encore général (pour l'instant). 

C'est comme dans ce film, jusqu'ici tout va bien. Dans le Titanic qu'est notre planète tu fais partie de ceux qui quoique servants sont dans la salle où l'on écoute l'orchestre et où l'on peut croire encore un instant puis un autre instant que tout ne va pas si mal, que l'avarie est maîtrisable, et d'ailleurs comme ils jouent bien. À la perfection.

Alors tu travailles et tu y es heureuse, tu écoutes des personnes parler de livres à venir, comme s'il en serait toujours ainsi, trop tard pour changer, et puis tu aimes ça, mais il pleut, les livres que tu rapportes malgré les sacs sont mouillés, tu te rappelleras du printemps 2016 comme d'un moment où tu étais fort peu à la maison mais y repassais sans arrêt, mettre les livres à sécher, ôter des vêtements trempés, prendre une douche bien chaude, se vêtir de sec, changer d'imper, de pompes, repartir et se refaire drincher (quel que soit l'équipement, la pluie finit toujours par l'emporter). Tu te souviendras du plaisir que tu avais à aller au travail en vélo avant que quelques ennuis techniques joints à cette météo de mousson (froide), ne t'en dissuades pour un temps. Tu te souviendras des AJAR (forcément). Tu te souviendras des rencontres et des retrouvailles mais toujours entre deux : passer à la maison enlever les habits mouillés prendre une douche bien chaude enfiler des vêtements secs.

À un moment les lessives commencèrent à avoir du mal à sécher.

Tu te souviendras des retours avec de gros sacs, plein de livres, cette impression de Joyeux Noël qui ne te quittera (sans doute) pas, toi qui fus toujours coincée par des problèmes de budget. 

Tu te souviendras du nombre de fois où le bruit d'une pluie incessante forte t'aura tirée du sommeil. Pas des clameurs de supporters du football, pas des bruits violents, non, simplement un rideau de pluie et le cerveau entre deux songes qui se demande s'il pleut encore. Et la pensée C'est pas possible, qui agit comme une mise en alerte : il se passe quelque chose, Réveille-toi. En fait non, ce qui se passe c'est : Encore ?! Mais c'est pas possible !

Tu te souviendras à chaque fois que dans le métro du retour tu ouvres un livre, un. Et s'il te captive, si avant la douche chaude et les vêtements secs tu as du mal à le poser, c'est gagné.  20160620_224945

(mais parfois le style déçoit). Tu te souviendras que tu ne te souvenais déjà pas du nom d'anciens pourtant récents collègues, très bien de ceux avec lesquels des liens d'amitiés s'étaient tissés mais les autres appartenaient déjà au passé, un peu comme si tu avais fait un séjour en relégation (Cristo si e fermato a Eboli) le temps de te désintoxiquer du chagrin 2013.

Pas de chance, 2015 dans son ensemble t'avait fait replonger, il n'était plus utile de prolonger la cure, l'objet des soins nécessaires n'était plus le même, la seule issue était d'être heureuse, alors la relégation, les contraintes qui structurent et empêchent de penser n'étaient plus une bonne idée. Un deuil n'est pas comme une rupture même s'il y a des points de souffrance communs. Un pays entier en danger - danger de perte de cohésion -, ça n'est pas non plus pareil qu'une perte affective qui se joue strictement dans l'intimité. 

Une fois de plus tu étais donc parvenue à sauver ta peau. 

Malgré tant de choses. 

Malgré la montée des eaux.

Tu te sentais protégée par l'abondance des livres. La faim, la soif d'apprendre et de plonger dans des ailleurs serait toujours assouvie.

Tu te souviendras du printemps 2016 comme d'un temps personnellement heureux.

Mais très humide.


Quand ça veut pas ça veut pas (mais quand faut y aller faut y aller quand même)


P6020007Les petites galères du quotidien démarrent souvent d'un rien.

Par exemple : tu vas à l'entraînement de piscine tôt le matin, tu te fais drincher léger, tu changes de pantalon histoire d'être bien au sec pour la journée de boulot et la soirée prévue. Mais le pass navigo, coquin, se blottit dans la poche du premier et te laisse partir démunie.

Par exemple : tu n'avais pas eu de vélo depuis si longtemps que tu ignorais les deux normes désormais en vigueur pour les valves de pneus d'où que tu n'as pas la bonne pompe pour regonfler les roues de ton vieux biclou rénové bien-aimé.

Par exemple et de toutes façons il fait trop mauvais pour vraiment circuler à vélo. 

Par exemple comme vous étiez deux pour fermer la librairie la veille, tu n'as pas effectué ta routine habituelle de fermer presque le temps d'aller aux toilettes et revenir pour remettre les clefs des annexes et fermer complètement avant de filer. Ce qui fait que tu as gardé celles-ci. Alors tu souhaites arriver dès l'ouverture de l'après-midi pour qu'elles soient disponibles. 

Par exemple, à cause de la grève ou de dysfonctionnements autres et indépendants, les portillons d'accès porte de Clichy sont débloqués pour laisser passer sans valider.

Alors tu arrives pour prendre le RER d'avant celui qui en théorie t'accorde déjà une marge. Alors que tu es sur le quai, l'annonce est faite d'un retard dû à des problèmes de signalisation en gare de Saint Michel en raison de la montée des eaux. 
De tout à fait raisonnable, le retard annoncé passe peu à peu à nettement plus gênant. Mais tu n'es finalement qu'en train de prendre sur la marge large que tu avais prévue.

Et puis il arrive.

Mais le bus que tu espérais prendre à Ermont, celui d'avant celui d'habituellement, est déjà parti lorsque le train retardé y parvient.

L'écart avec le suivant te permet tout juste de résoudre le problème du Navigo manquant, billet à l'avance pour le soir, où tu seras pressée car tu as rendez-vous à Levallois avec un groupe d'amis, tickets pour le bus, après avoir été mal renseignée par une employée au guichet, sans doute surmenée par les demandes pour cause de grève dont elle était submergée, problème de n'avoir pas de liquide sur soi, même en période de crue, un comble, de devoir trouver un distributeur (ça y est, je sais désormais où ils se trouvent dans les environs immédiats) et toute cette cavalcade alors que je suis chargée d'un paquet à transmettre lors de la soirée.

Miracle : le bus est presque à l'horaire prévu et je parviens à le prendre.

[temps de travail, sans poisse particulière, c'est déjà ça, je parviens même à faire découvrir Jón Kalman Stefánsson à une dame venue pour des polars islandais, je n'ai pas perdu ma journée]

Au retour, surprise, une jolie petite feuille fixée à l'arrêt de bus, qui nous averti qu'à partir de 17h en raison d'un critérium cycliste dans la plaine, le trajet des véhicules sera dévié et le sens de circulation des arrêts inversé. Heureusement ils ne sont distants que d'une trentaine de mètres, le premier qui passe est dans le sens qui normalement serait le bon mais le chauffeur confirme d'un ton rogue à la poignée de voyageurs que nous sommes qu'il va vers l'autre terminus effectivement, ça n'a pas l'air de l'enchanter, mais nous n'y sommes pour rien, hé man. Passe plus tard celui dans l'autre sens qui lui va dans le bon et la conductrice s'enquiert pour chacun de nous de notre destination, indique à chacun l'arrêt modifié le plus proche de son but, parfois des personnes font leur job avec classe et intelligence.

Comme c'est joli sur la colline, malgré l'abondance de murs, la déviation n'est pas désagréable. C'est juste que vers la gare ferroviaire finale, la course cycliste a provoqué un embouteillage - à moins que ça ne soit toujours l'absence d'essence, depuis la montée des eaux l'étiage des cuves est passé au second plan ou a été résorbé -, et le bus tarde à l'atteindre. 

Nous sommes trois ou quatre à filer immédiatement vers les quais du RER C. Il est écrit sur les écrans, que le trafic est totalement interrompu dans Paris intra-muros, et de prêter attentions aux annonces par haut-parleurs. Un train pour Paris-Nord s'en va, je me dis que j'aurais peut-être dû le prendre. Je regarde s'il y en a un pour Satin Lazare. Oui. Mais comme c'est la grève, attente 40 minutes. 

 Un RER arrive qu'on annonce terminus alors qu'il devait aller à Pontoise, un beau Bombardier attend tout exprès sur un autre quai afin d'être complété par les voyageurs déroutés et il y a une petite foule de personnes en gilets rouge présentes pour aider les voyageurs, sur ce point, belle organisation de gestion de crise.

On nous distribue des horaires indicatifs pour le lendemain, mais sur les autres lignes [que le RER C].


Je prends (nous prenons, d'autres personnes attendent) l'espoir que le RER après un moment reparte dans l'autre sens, mais non. On nous annonce que le trafic est interrompu totalement et qu'il convient de prendre les correspondances.

Le premier train à aller vers Paris se dirige gare du nord, je suis soulagée qu'il existe. J'ai simplement perdu une quarantaine de minutes, comme sans doute d'autres personnes, à attendre vainement.

Les métros feront leur boulot, pas de colis suspect, d'accident ou de malaise voyageur, ni problème de signalisation, un vrai miracle, et je parviendrai à destination avec "seulement" une heure trente de retard, contre 35 à 40 minutes que mon horaire de travail laissait à prévoir si tout s'était déroulé normalement. Heureusement les téléphones portables permettent d'avertir des tracas intempestifs et les amis, sympas, m'avaient laissé de quoi déguster pour me consoler. 

De la soirée, je suis rentrée paisiblement, à pied. Mes jambes n'ont ni protestée ni dysfonctionné, c'est vraiment formidable un corps en bonne santé.

Je vous laisse, je dois aller bosser. Douze kilomètres, après tout, avec des bonnes chaussures, ça fait une randonnée, à condition qu'il ne drache pas trop. 

Une pensée pour les parents de jeunes enfants qui en plus des difficultés de transports ont des horaires précis de retrouvailles à respecter, rentrer retardés n'est pas trop grave quand on n'a personne qui risque de se sentir abandonné, dans le cas contraire c'est rude et bien plus compliqué.