Samedi non travaillé

 

    Fullsizeoutput_12f4J'ai hâte de pouvoir reprendre une librairie et donc inévitablement retravailler le samedi, il n'empêche qu'en attendant je savoure ceux pour lesquels il n'est pas prévu pour moi de remplacements. 

Ça commence le vendredi soir, pouvoir souffler, moins regarder l'heure, un peu comme le nageur en piscine atteignant le bord du bassin, l'entraînement n'est pas fini mais 20 secondes de récup' et ça fait du bien.

Puis le samedi, lorsqu'on a une pratique sportive, c'est le plaisir de pouvoir prévoir de rejoindre ses camarades d'entraînements, au lieu de l'habituel, Non, j'peux pas, j'travaille. Sachant que précisément pas mal de choses sont prévues le samedi puisque le dimanche est souvent réservé aux familles ou aux compétitions ou à quelques séances courtes. Et c'est frustrant à la longue de ne jamais en être.

C'est aussi le petit plaisir simple d'aller soi-même chercher son dossard, si justement une course est prévue le dimanche ; ce faisant pouvoir discuter un brin avec les organisateurs, souvent des bénévoles, repérer un peu le parcours, s'enquérir de points d'intendance ou d'organisation. Comme je suis quelqu'un de très lent, c'est aussi un moment où je peux croiser d'autres coureuses et coureurs ou triathlètes qu'au moment de la course je perdrai vite de vue. Le moment où je peux m'accorder l'illusion d'être comme tout le monde, dans les temps.

Et en attendant, c'est l'infini plaisir de pouvoir s'accorder le luxe de pour une fois, ne pas se presser mais faire calmement ce qui est devant être fait (et même une sieste si l'on se sent fatigué'e)

 


À trente ans, c'est là tu te dis


    Je pars poser deux caisses de livres au box de stockage, profitant d'un imprévu (activité annulée) et du fait qu'il fasse doux ce qui m'accorde de l'énergie ; croise deux hommes en pleine conversation. Concentrée sur mon chargement - sur le diable -, je ne vois pas leur aspect, mais ils parlent forts et rient, alors j'entends.

- Ne t'en fais pas après, les années, on les remarque même pas.
- Oui, n'empêche t'arrive à trente ans, c'est là tu te dis, j'ai raté ma vie !  

(et ils éclatent de rire).

Pour ma part j'ai un peu l'impression d'être passée directement de 40 à 55 ans alors que ce furent les années jusqu'ici les plus intenses (et difficiles, mais pour le coup vraiment "vivantes") de ma vie.


Une daronne, la bière, la chaleur, Kaaris et Booba

 

    J'arrive par ce qui reste de jardin malgré le parking qui empiète sur cet espace vert autrefois accueillant. Sur un banc vers lequel s'avance le chemin, une grappe de garçons du coin, sans doute en pause de tenir le mur ou de jouer au basket (non loin de là un terrain). Ils sirotent des cannettes. Il fait beau et bien chaud. Un vrai bel été.

Avançant dans ma direction et se rapprochant d'eux, une daronne encore jeune avec sa fille, une enfant. Je vois que la mère adresse la parole aux gaillards et que tout le monde sourit. 

Arrive vite l'instant où je suis assez proche d'eux, poursuivant mon trajet, pour entendre.

Je comprends que des rappeurs se sont frittés et que la dame s'est amusée à leur demander, comme s'il s'agissait d'un match de football, Et alors vous, vous êtes pour qui ? 

Je capte Booba et je me dis, Tiens avec Comment-il-s'appelle-déjà ? ça a encore frité 

En fait c'est bien tombé, ils ne sont trop pour personne, les gars, ils aiment bien un truc de l'un, d'autres trucs de l'autre et ça les enjaille bien qu'il y ait eu une belle marave. Je crois entendre un argument comme quoi c'était dans un aéroport et donc cool comme ça personne n'était armé. 

Je me dis on dirait des cailleras d'autrefois, un vestige du code de l'honneur du siècle d'avant. 

Et c'est alors que dans mon dos j'entends la voix de la mère de famille qui après avoir salué, elle va faire ses courses et la petite commence à s'éloigner, elle doit la surveiller, dit Quand même, la bière, par cette chaleur vous devriez faire attention. 

Et les gars de se récrier en mode sage écolier pour une fois participant à un chahut et pris sur le fait, C'est juste une et il commence à faire plus frais.

D'elle qui souhaitait aider, à eux qui sont respectueux, en tout cas au moins encore quand on l'est avec eux, tous m'ont fait chaud au cœur. On a encore dans ce coin une vie de quartier, avec ses petites solidarités.

 

PS : Une fois rentrée, j'ai vu qu'il s'agissait d'une rixe entre Booba, Kaaris et leurs entourages respectifs à l'aéroport d'Orly. Et que les réseaux sociaux s'en donnaient à cœur joie, dans la mesure où rien de trop grave, pas de grands blessés, ou s'il y en avait eu on l'ignorait.    Capture d’écran 2018-08-04 à 21.37.27

(Je dépose une capture d'écran, pour le cas où le lien se perdrait)

Comme j'ai une belle TL sur twitter, chaque événement pas trop dramatique reste l'occasion de beaux traits d'humour. C'est une façon comme une autre de résister.

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La tornade de septembre 1896 à Paris (et un simple orage aujourd'hui)


    Un violent orage grêligène qui a duré au moins une heure s'est abattu dans l'après-midi sur le nord et l'ouest de Paris. Une magnifique vue via @Keraunos

Il se trouve que le mardi est pour moi jour non travaillé à la librairie et que j'emploie habituellement à mon travail personnel (à la BNF) ou familial (les choses à faire pour la maisonnée). Il faisait beau et après un bon début de journée (entraînement de natation) j'hésitais - plutôt à cause des grèves probables à la bibliothèque même, et du travail en retard de rangements dans l'appartement -, filer à la bibliothèque ou bien rester à la maison. Et puis j'ai été prise d'une faiblesse soudaine avec une sorte de pré-mal de mer, que je commence à savoir identifier quand il ne s'agit pas des prémices d'une gastro : chute de pression atmosphérique. 

Alors j'ai cherché à savoir ce qu'il en était, j'ai vu prévision d'orage(s), mais OK un orage ordinairement ne me rend pas malade, ne suffit pas. Alors quoi. En fait c'était un simple orage mais carabiné. Et peut-être que mon corps a sur-réagi parce que j'étais particulièrement fatiguée.

Au passage dans mes recherches, je suis tombée sur ceci : 

Tornade Paris 10 septembre 1896 

grâce au site Keraunos
auteurs de l'article Pierre Mahieu et Emmanuel Wesolek 

Il y avait eu l'année d'après une tornade sur Asnières. 

Mes enfants (adultes) sont rentrés trempés successivement, drinchés de la tête au pied, l'un rigolard, l'autre éreintée.

Je crois qu'il convient de noter ces choses pour plus tard, je pressens des temps violents, sans doute aussi climatiquement. 
Paris, 22 mai 2018


Trop tard

Je revenais du triathlon à vélo en compagnie de mon parrain. Il était devant et moins rapide, moins habile à la faufile, vers le rond-point qui à Clichy est près du cimetière nord, je me suis retrouvée entre deux voitures nez-à-nez avec une très jeune femme voilée qui faisait la manche. Je ne crois pas avoir émis quoi que ce soit d'autre que de la surprise, en fait ni l'une ni l'autre ne nous attendions à ce qu'un vélo / une piétonne surgisse dans cet interstice. J'allais lentement, j'ai pu freiner. Dès qu'elle m'a vue elle s'est excusée et glissée plus près d'une voiture afin que je puisse passer. Son élégance m'a frappée.

J'ai filé rejoindre mon parrain qui m'attendait de l'autre côté (il avait eu le bon feu, vert). C'est seulement à retardement que j'ai saisi qu'elle m'avait parlé en anglais, un anglais fluent, pas celui de qui barbouille quelques mots de survie.

Le flux de voiture était fort, je ne la voyais plus, on m'attendait devant, je n'avais pas un sous vaillant - fors peut-être un billet de secours coincé dans une sous-poche coincée dans mon sac -.  J'ai tenté de me retourner je ne la voyais plus. Alors, j'ai poursuivi mon chemin. 

Mais depuis, je m'en veux. Elle était probablement une vraie réfugiée, sans doute de Syrie et non une de ces fausses migrantes qu'on croise fréquemment (1). Elle semblait jeune, il y aurait peut-être eu moyen de l'aider.

Je n'ai pas eu l'occasion ni le temps de repasser à ce rond-point depuis.

 

 

(1) Je me demandais pourquoi les familles qui font la manche sous la bulle de la ligne 14 à Saint Lazare vocalisaient leur demande d'aide ; en fait c'est pour "prouver" qu'ils sont bien de vrais Syriens. On en est là. 

PS : Ce qui m'y a refait songé c'est ce à dérouler de Christian Lehmann dont voici l'amorce 

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Souffler

 

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Après le sur-régime permanent qui est le mien depuis sept mois - fort un week-end de ciné-club à Ménilles en mars -, et passé cette échéance collective redoutable, munie du soulagement électoral, je ne craignais en rien la sensation de vide d'un après de phase intense (1), mais n'éprouvais qu'un grand un immense, un irrépressible, besoin de souffler. 

J'en ai profité pour effectuer quelques tâches ménagères depuis longtemps en souffrance, lire un roman bon (2), me détendre - ça faisait très longtemps - et enfin rencontrer IRL comme on disait, un ami de l'internet, qui jouait dans l'harmonie municipale pour la cérémonie locale du 8 mai (3). 

En plus de cette joie comme la vie en offre parfois - la proximité géographique s'est d'elle-même réalisée et dans un jour de congé qui plus est -, il y avait une cohérence à écouter aujourd'hui une cérémonie du 8 mai avec ses discours de fraternité, d'Europe unie et de "plus jamais ça". 

J'ai aimé que des jeunes y participent, qui ont moins P5081739

 gaffé que leurs aînés (entre l'élue qui parlait de la fin de la guerre il y a soixante ans et le maire qui a bafouillé une capitalisation du III ème Reich le 8 mai 1945), l'ensemble était fort respectueux. La vie publique depuis la veille semblait avoir sauvé son sens. 

L'ensemble m'a permis de mettre en sommeil mon malaise face aux uniformes autres que des équipements sportifs ou de travail (4).

Cette journée pour souffler aura été active et émouvante quand même, in fine.

 

(1) si bien décrite et annoncée dans ce texte de Philippe Ridet (merci @karinetuil de l'avoir relayé)

(2) et délicatement militant, "Dakota song" d'Ariane Bois

(3) Pendant ce temps à moins de 10 kilomètres de là, on Champs Élysées ...

(4) Les vêtements des volontaires de la Croix Rouge semblaient d'ailleurs bien adaptés au froid ambiant.


Comme un fact checking de Jours tranquilles ;-)

 

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C'est un de ces soirs de début de printemps où s'enfermer paraît difficile et où je n'ai pas le courage de prendre le métro, pas pris mon matériel de vélib (casque et gilet réfléchissant), et où je me sens d'attaque après une bonne soirée pour traverser tout Paris à pied. 

Il se trouve qu'un bus m'est passé sous le nez (au sens littéral) marqué "Place de Clichy" alors j'ai sprinté pour l'attraper au vol du plus proche arrêt. Ce qui m'a accordé un splendide Paris by night (always such a delight) et qu'arrivée Place de Clichy comme j'avais ma montre de sport, l'idée s'est installée dans ma tête de vérifier la distance entre la place et chez moi ce qui à 30 mètres près pouvait donner la distance parcourue par le narrateur de "Jours tranquilles ..." lequel rentrait éméché en cinquante minutes du Wépler.

Hé bien donc la distance est de 2,5 km (à peu de choses près) et se fait bien en trente minutes (1) lorsque l'on n'a pas bu.

Pour les épisodes érotiques du bouquin, je sens que j'aurais plus de mal à procéder à quelque vérification technique que ce soit.

[en revanche pour ce qui est du bout de fromage dans le réfrigérateur, ce fut déjà fait] 

(1) de marche pas de course à pied.


Crêmes Aië Errent (c'était difficile de dessiner un rébus dans un titre)


    Dans ce petit immeuble de la toute proche banlieue 17 ou 18 logements guère davantage, deux sont désormais loués en colocation, un via un organisme à une famille de réfugiés - avec parfois quelques enfants joyeusement turbulents ce qui est plutôt vivifiant, quand je pense que certains cherchent à refuser l'accueil, ça me met en colère -, les autres sont plutôt occupés par leurs propriétaires. Nous qui étions jeunes parents à notre emménagement sommes désormais parmi les anciens occupants. C'est bref une vie.

L'avantage des colocs c'est de croiser régulièrement de nouvelles personnes, souvent actives, parfois venues de loin - une année heureuse nous eûmes en voisins des Colombiens -, ça créé une diversité.

Les deux inconvénients des colocs, qu'elles se renouvellent entièrement (généralement par années scolaires) ou partiellement, sont les travaux entre deux baux, et les PENDAISONS de CRÉMAILLÈRE.

Le truc étant que les fêtes semblent désormais devoir toutes se poursuivre toute une nuit, commencent en soirée, tranquillement - sans doute un buffet, un dîner - et qu'à partir de minuit, il est de mise de mettre la musique à fond.

Il me semble qu'autrefois on faisait plutôt l'inverse, la musique jusqu'à une certaine heure puis on refaisait le monde autour de derniers verres successifs (voire plus si affinités) mais au seul son des conversations. Et vers 2 ou 3 heures même les plus valeureux rentraient chez eux (ou restaient dormir, mais c'était ensuite silencieux).

Les pendards de crémaille de nos jours sont tous au départ fort civilisés : nous avons même parfois été conviés (partagé un verre ou deux en début de soirée puis redescendus pour ne pas gêner) et toujours poliment avertis.

Certains écoutent de la bonne musique : nos ex-ex-voisins de palier mettaient la sono à faire tomber les murs, mais du fond de nos lits respectifs au moins ma fille et moi écoutions sans déplaisir. À un moment, le sommeil vient.

Ils oublient simplement, qu'à un moment donné les humains normalement constitués ont :

1/ du mal à dormir sur fond sonore élevé ;
2/ besoin d'un minimum d'heures de sommeil même en étant tolérants envers une fête prévue.

Ils ignorent sans doute que certains prolétaires ou commerçants travaillent le dimanche.

Depuis que c'est mon cas assez régulièrement, j'ai l'impression que toutes sont tombées des samedi soirs de veille de dimanche travaillés.

Je ne m'en plains pas trop, il se trouve que, sauf karaoké, je ne fais pas partie de la catégorie 1/, que presque rien ne m'empêche de dormir. Il y a toutefois toujours cette sorte d'obligation de se coucher plus tard alors que l'on comptait se coucher tôt et une vague appréhension que ça soit réellement plus difficile que d'autres fois de gagner les rêves. Cette coïncidence de calendrier m'amuse plus qu'autre chose, en fait. 

Et lorsque la police (municipale je présume) intervenait systématiquement, faisant parfois payer une solide amende (une nuit j'en ai entendu le montant), aux ex-ex-voisins d'en face dont la musique était bonne, ça me navrait qu'ils puissent supposer que nous étions à l'origine de la plainte. Je crois tout simplement qu'à partir d'une période il y a eu des patrouilles et qu'ils faisaient cesser toutes fêtes privées passé 3h30.

Les nouveaux crémaillants avaient fait les choses bien, en sonnant pour demander si ... désolés par avance ... pendaison de crémaillère ... vous comprenez.
Peu conscients, mais c'est normal que leurs prédécesseurs en avaient fait autant pas si longtemps auparavant, et leurs voisins du dessous et les prédécesseurs de ces derniers, et la demi équipe arrivante en remplacement lors d'une modification d'équipe de leurs pré-prédecesseurs et ... 


Quoi qu'il en soit, j'ai profité de la fin de soirée - rentrée tard de mon propre travail et son after et, pour une fois que nous étions en voiture, les embouteillages - pour accomplir quelques tâches ménagères et lancer une lessive tardive. Les voisins bruyants sont une excellente couverture aux rattrapages à heures indues de retards ménagers.
Le fiston était sorti, la fille dans les étages plus élevés potentiellement moins gênée, leur père qui avait beaucoup circulé pour rendre service tout au long de la journée, s'était endormi comme une masse.

J'étais heureuse aussi de pouvoir suivre un moment du Ironman d'Hawaï auquel participait une camarade de club - je débute, je n'ai fait que la croiser, moi rendue timide et impressionnée par le simple fait de sa sélection -, que j'avais envie de suivre et d'encourager à fond.

Pour ma part, à l'ancienne, après le retour du fiston - parfois mon côté Mamma italienne ressort inopinément -, j'ai pu lire deux pages avant de sombrer malgré moi malgré un bouquin qui embarquait (1).

Pour être réveillée en cran d'arrêt à 5h30, par une voix d'homme calme, indiscutable, déterminé, qui prononçait ces mots que j'entendais comme s'ils étaient dit à notre propre porte :

- Il faut couper la musique et arrêter de parler.

et derrière un grand silence qui a achevé de me réveiller au point que j'ai pu noter la phrase précise sur mon téléfonino (horodatage 05:34).

Pour un peu j'en aurais voulu au(x) fauteur(s) de silence. (2)

Il n'en demeure pas moins que le vrai problème du travail le dimanche, ce sont les crémaillères du samedi.

 

(1) Olivier Truc, "La montagne rouge" 

addenda du dimanche soir : Ma fille nous dit que vers 5h elle a été réveillée par un type ordurier qui gueulait de l'un des immeubles d'en face son exaspération. De façon surprenante, cet échange m'est resté inconnu, et c'est donc sans doute un policier, probablement appelé par ses soins, venu frapper chez les fêtards tardifs et leur intimer calmement de cesser qui m'a réveillée trente minutes après.

(2) Rancune flash : à peine les mots notés, je me suis rendormie, la joue sur le téléfonino.

 

 


Nuit hachurée


    J'étais encore tombée de sommeil, heureusement déjà dans mon lit. Il n'empêche qu'à l'issue d'une bonne grosse journée bien remplie, de la réparation du vélo (y aller, en revenir avec), à quelques tâches domestiques, en passant par les trajets (12 km aller-retour, dont l'un émaillé par un étrange incident), et les quatre heures de librairie avec de nombreux clients et cartons (finis les mois de juillet et août pendant lesquels on peut parler avec chacun, affiner le conseil), le sommeil m'avait terrassée, en plein milieu d'une ligne, le livre lu heureusement en le tenant de côté, sans quoi il m'eût chu sur le nez.

C'était un livre post-apocalyptique, avec la cause de l'apocalypse en son début : une épidémie foudroyante, une grippe qui tuait en quelques heures et se propageait par simple proximité dans un seul lieu clos. Ça démarrait dans un théâtre (1). 

Mon rêve se déroulait dans un cinéma, j'y étais avec l'homme de la maison, et la personne de l'accueil montrait quelques soudain symptômes puis une autre personne, et je comprenais que quelque chose était en train de se passer, qu'il ne fallait pas rentrer à la maison au risque de contaminer ceux qui y étaient (les enfants, grands, en gros) et de toutes façons c'était peut-être trop tard, nous tombions dans une sorte de léthargie avec du mal à respirer et je tentais de secouer mon homme pour que nous sortions à l'air libre. 

L'effort pour respirer m'a sortie du sommeil.

J'avais soif (en pour de vrai). Mais je suis quand même repartie dormir, quelque chose de moins périlleux probablement. Deux heures plus tard les cris d'un homme dans la rue m'en ont à nouveau tirée : il vitupérait après quelqu'un qu'il sommait de descendre, apparemment une femme, que "bien sûr" il traitait de pute avec un gros accent de ma banlieue, ça a duré assez pour réveiller tout le monde, j'imagine que je n'étais pas la seule à penser, vu ton comportement, on comprend qu'elle t'ait quitté, puis une voiture est venue s'arrêter, un bref coup de klaxon, une voix amicale, Je me gare, je viens de chercher (d'un ton qui disait que c'était une aide, pas une menace), peu après une voix qui disait "Viens, je vais régler ton problème" mais qui pouvait être celle d'un représentant de l'ordre, ferme et sans discussion, tout aussi bien que celle de l'ami devenu sans concession, celui qui était hors de lui traitait désormais le ou les autres de "fils de pute", puis d'un coup grand silence.

J'étais désormais parfaitement réveillée et bien décidée de profiter du temps personnel ainsi offert, d'autant plus que le lendemain n'était pas, par chance, une journée travaillée, où plutôt que mon travail consisterait à écouter des conférences, un effort physique limité.

Lorsque l'on vit en ville et lorsqu'on lit (beaucoup), on ne choisit pas ses nuits. 

 

 

(1) Les amateurs auront reconnus "Station eleven" d'Emily Saint John Mandel