Heureux ceux qui n'apprennent qu'après [qu'une catastrophe a eu lieu]


    Au lendemain d'un incendie qui a soufflé l'un des derniers garages qui restait dans le quartier (1), les gens se parlent dans les magasins. Une jeune femme confie sa confusion : elle habite dans une petite impasse presque en face du garage, était chez elle tout l'après-midi et ne s'est rendu compte de rien, d'où une absolue stupéfaction en débouchant de l'impasse au matin et de constater que le garage d'en face n'existait plus.

Il est vrai qu'il y a en ce moment un important chantier tout près, elle dit avoir perçu des bruits forts, mais supposé qu'ils y étaient liés. 

Je reste surprise qu'elle n'ait rien senti de la chaleur (les volets roulants en plastique des immeubles voisins ont tout bonnement fondu) ni de l'air acre, asphyxiant ; mais c'est une chance pour elle, alors tant mieux. 

Je me souviens que lors de l'incendie sur siège du Crédit Lyonnais en 1996, un collègue qui était parti en week-end et n'avait pas du tout écouté les infos, rentrant tard le dimanche, se réveillant le lundi juste pour aller travailler, et c'était un temps de peu de téléphones portables (2), de peu d'internet perso, il n'avait strictement rien su. Et donc était arrivé dans l'une des rues d'accès, avait franchi sans le savoir plusieurs barrières de sécurité - bien vêtu, l'air décidé, il avait dû passer pour l'un des experts venus expertiser -. Ce n'était qu'aux pieds de l'immeuble qu'il avait levé les yeux et ...

Une autre collègue partie en vacances à l'étranger, rentrée un dimanche soir une semaine plus tard, avait trouvé parmi tout son courrier d'en papier, encore abondant à l'époque, une lettre générale du PDG d'alors, laquelle commençait en substance par quelque chose comme : "Après l'événement grave qui nous a frappés". Et elle avait cru, ça y était, que l'entreprise avait été mise en liquidation judiciaire (3). Elle avait téléphoné à quelque autre collègue et amie et appris la vérité. Non sans avoir eu le temps de se faire un tout autre film.

Dans un roman lu récemment, un fils meurt accidentellement, sa famille en est avertie mais le père, cycliste amateur, est en entraînement ou randonnée, c'est une époque de peu de téléphones portables et de toutes façons il n'y a plus rien d'autre à faire que de au mieux se rendre sur place au pire attendre que le corps ne soit rapatrié, alors voilà, l'homme a ce dernier parcours d'avant la tragédie qui lui est accordé quand elle a déjà eu lieu.

À ceci près que le "après coup" rend le choc plus violent, il me semble que les retardataires d'une info malheureuse sont comme des bienheureux provisoires, détenteurs pour peu de temps d'une innocence préservée. Il ne sauront qu'après qu'ils l'avaient été.

Bon courage à la jeune femme du voisinage pour digérer sa surprise absolue du matin.

 

 

(1) Moins qu'à Levallois mais cependant, les garages étaient nombreux à Clichy jusqu'aux années 1990. Puis ils ont commencé à se raréfier. 

(2) En Italie les gens étaient déjà beaucoup équipés mais en France seulement ceux qui en étaient dotés de par leur travail ou qui étaient à la fois technophiles et très aisés.

(3) Ça n'était pas stupide, en 1994, le sort de la banque s'était retrouvé suspendu à une décision d'un conseiller européen, Karel van Miert.


Un incendie à Clichy

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Il était environ 15h45 quand nous avons quitté les locaux du tout début de la rue de Paris où j'ai peut-être une chance de créer enfin ma librairie. J'étais en la compagnie de l'entrepreneur qui ferait les travaux si mon dossier est accepté.

Alors que nous cheminions rue des Cailloux, nous avons vu un léger panache de fumé gris clair vers le nord. 

On venait de dire C'est plutôt calme comme quartier.

On a remarqué le signe d'incendie, très vite des sirènes de pompiers. Comme d'où nous étions on ne pouvait déterminer d'où ça venait et que les choses semblaient sous contrôle, nous avons poursuivi notre chemin. Son véhicule était garé près de l'entrée de la rue Chance Milly, nous nous sommes salués et il est reparti vers la suite de sa journée de travail. 

Je me suis dit qu'avant de rentrer chez moi envoyer un message à mes interlocuteurs pour l'éventuelle location du local, j'allais passer dans l'un des libres-services du quartier faire quelques courses (des fruits, du lait, des yaourts ...) et puis j'éprouvais le besoin de savoir d'où exactement venait la fumée. 

J'ai traversé les jardins Bic, remonté l'avenue Anatole France dans l'idée d'aller rue Henri Barbusse et de là soit vers le magasin bio (si pas le courage d'affronter le bruit et la foule), soit vers un Franprix, soit un Intermarché. J'hésitais. Et puis j'ai croisé une femme accompagnée de deux enfants et au même moment où quelque chose me mettait en alerte, ce truc un peu du fond des âges qui nous fait nous retrouver sur le qui-vive sans que le cerveau pensant n'ait identifié pourquoi, elle s'arrêtait, disait aux enfants quelque chose comme Regardez ça brûle. Et effectivement, par le passage ouvert vers un parking de l'immeuble devant lequel nous passions, on voyait des flammes, nettement.  IMG_20190723_162855_013

Ça n'était pas extrêmement rassurant et pour le coup j'avais besoin de comprendre où c'était exactement ne serait-ce si c'était près que pour avertir ma fille (1), restée dans l'appartement. Sans aller jusqu'à un risque de propagation - je voyais arriver au bout de la rue pompiers nombreux, véhicules de police qui organisait barrage -, je craignais que le quartier ne fût bouclé et que nous ne puissions plus entrer ou sortir.

Je suis donc allée jusqu'à l'intersection Barbusse Castérès Anatole France.

C'est au moment à 15:53 (2) quand je prenais la photo du haut du billet qu'a retenti une explosion. Et le panache de fumée est devenu noir et plus fort. Elle n'avait pas fait vibrer le sol, de là où j'étais le souffle n'était pas perceptible, pas de bruits de verres brisés et pas d'air étouffant ni d'odeur pour l'instant, le nuage noir filait vers le nord / nord - ouest 

Des gens se rassemblaient dans la rue, des policiers s'apprêtaient à fermer les accès sur la rue Henri Barbusse, le plus sage était de vite rentrer, avertir ma fille, et voir de mon balcon arrière si la situation semblait dégénérer davantage ou passer sous contrôle. 

Je me méfiais de la toxicité éventuelles des fumées : quelqu'un sur Twitter avait suggéré (ou vu ailleurs) qu'il s'agissait d'un garage, je pensais du coup au garage autonemo, l'orientation coïncidait. À partir de ce moment-là et jusqu'à la lecture d'un article qui indiquait 6 blessés légers (de type incommodés par les fumées) et que le propriétaire du garage était en état de choc (on le serait à moins), la pensée "J'espère qu'il n'y a pas de morts ou de blessés graves" ne m'a pas quittée. 

L'explosion, même si j'avais été assez loin pour ne rien ressentir à part de me trouver encore plus en éveil, avait accru mes craintes, il s'agissait d'un incendie de grande ampleur et qu'il fallait se méfier de suites encore plus dangereuses. Je n'en ai pas entendu d'autre. Rentrée j'ai averti les différents membres de ma famille, celle qui était présente, par WhatsApp ceux qui étaient à leur travail. Suivi les choses de notre balcon collectif du côté des cuisines : il faisait de toutes façons trop chaud pour se calfeutrer alors autant savoir comment les choses évoluaient. 20190723_160515À 16h05 c'était encore inquiétant, avec notamment un hélicoptère qui survolait la zone ; à 16h14, l'incendie semblait circonscrit 

20190723_161409J'ai tenté alors, de rassurer qui je pouvais et de reprendre le cours de ma journée. 

Seulement le quartier pour la circulation était encore bouclé et c'était l'heure de pointe qui commençait. 

La rue des Cailloux était interdite à la circulation à hauteur du croisement avec Anatole France, la rue Barbusse sans doute toujours autant. Alors les véhicules s'entassait avenue Anatole France, dans tous les sens (ceux qui arrivés au bout constatataient qu'ils ne pouvaient pas contourner par la rue des Cailloux, et tentaient le demi-tour). Tous les moteurs qui tournaient dans la chaleur rendaient l'air irrespirable - et pourtant nous sommes à un étage légèrement élevé -.

Soulagée d'apprendre, par un article d'actu Île de France,  qu'il n'y aurait que des blessés légers, je suis parvenue à aller faire quelques courses. Les dégâts que j'ai entrevus en passant à proximité étaient vraiment très importants. Du garage il ne restait plus qu'un pan de mur. Les piétons étaient encore filtrés à la hauteur du sinistre (qui habitait là pouvait passer).

Un camion de pompiers assez imposant présentait l'inscription "Reconditionnement des personnels". Des pompiers semblaient attendre (leur tour ?) à proximité. 

Les enfants avaient des sorties de prévues, j'ai rejoint l'homme de la maison à la gare et nous nous sommes réfugiés à Levallois. J'ai repris mon souffle (que je sentais acre, et les yeux qui piquaient) au parc de La Planchette. Puis nous avons trouvé un restau à la terrasse loin des rues à voitures.

En rentrant vers 22h nous avons pu mesurer l'étendue du sinistre. D'autres résidents se tenaient en silence de l'autre côté du trottoir. Recueillis. Répétant, Ça aurait pu être bien pire. Louant les pompiers. Une ancienne inscription avait été rendue à nouveau visible par l'éclatement de la façade isolante qui l'avait un temps recouverte. Elle disait "Pneumatiques, parallélisme, équilibrage". Cruelle ironie du sort. Fullsizeoutput_1817

La façade de l'immeuble d'en face n'était pas noircie mais bien un peu déglinguée. Les habitants ont dû avoir très peur, ou un grand choc en rentrant du boulot.

Il était temps pour nous de rentrer. Les rues étaient pratiquement vidées de toute circulation. Un gamin allait et venait à vélo. 

Les restaurants du bout de l'avenue [Anatole France] semblaient mener leur activité normale. Le #Hashtag, quant à lui, était resté fermé. 

 

nb : un Touite des pompiers de Paris 

 

(1) adulte, mais quand même
(2) horodatage de la photo


Après la coupe

 

    Je m'en doutais : les jours après un événement sportif auquel j'ai participé ou que j'ai suivi à fond me laissent une sensation de vide assez rude et curieuse ; ça ressemble à la fin de lecture d'un long roman prenant (1), à la différence que ce qui manque ce sont plutôt des gestes, des rendez-vous horaires, une énergie et une intensité que des gens (2).

Pour la première fois, me manque en plus du rythme de vie et des bouffées d'enthousiasme apportées par les épreuves sportives, une activité associée : j'ai adoré commenter les matchs pour la radio Cause Commune, j'aimerais même faire ça pour gagner ma vie. Seulement voilà, par où passer pour avoir accès quand on n'est pas du sérail ni ancienne sportive de haut niveau ? Il faudrait que je me trouve un service en anglais qui aurait envie d'une dame pour commenter le football (ou le cyclisme, le triathlon, l'athlétisme, le tennis, la natation ...) avec charmant accent français. Anybody ?

  20190708_164550  Pour l'heure j'ai combattu le blues en tentant de faire avancer mon avenir en tant que libraire - rendez-vous instructif ; sera-t-il décisif ? -, puisque tel est depuis une dizaine d'années mon métier et que j'aime à le pratiquer, et en bossant mon émission Côté papier de mercredi qui vient. Ça et une visite chez le médecin pour essentiellement les sacro-saints certificats médicaux réclamés pour la pratique sportive (monde absurde, c'est uniquement pour satisfaire les assurances et la guéguerre entre les fédérations d'athlétisme et de triathlon pousse depuis un an cette absurdité à son comble, comme si la pratique du triathlon n'incluait pas une part de course à pied) et les examens préventifs usuels, ainsi qu'à la tombe de Paul Verlaine pour relire un poème puis lire un peu (pour l'émission de radio, du sérieux) au calme du cimetière (3) ont suffi à remplir une journée.

Le blues de fin de belle période s'est donc trouvé plutôt bien maîtrisé.

PS : J'avance sur cette nouvelle présentation de Traces et trajets, et découvre au passage avec joie que certains blogs ont perduré. Ce billet chez Marloute me touche particulièrement. Il y a qu’il faut, encore, encore, encore, abandonner l’écriture.

PS' : J'ignore combien de temps la video sera en ligne, mais un but stupéfiant au Japon de Yuta Koike

 

(1) souvenir de la dure descente d'après Les Thibault

(2) Cela dit, il y a quelques femmes remarquables de cette coupe du monde dont j'aimerais avoir des nouvelles. Elles ont pris une place de qualité dans les pensées. J'avais oublié que l'on pouvait avoir mettons, pour se donner du cœur à l'ouvrage aux entraînements des modèles, des exemples à suivre, féminins. 

(3) Les cimetières sont de merveilleux endroits pour lire sans être dérangées et du moins à Paris en bonnes compagnies littéraires du passé (ma part d'esprit enfantin imagine les fantômes illustres venir lire par dessus mon épaule et ne pas s'empêcher de donner leur avis). Le Paul Verlaine de mon imagination juvénile n'est pas insensible à l'écriture contemporaine même s'il estime qu'ils exagèrent parfois. Il semble curieux de nos tournures.


En direct d'à deux pas

    D'un moment en librairie je rentrais à pied, via le jardin Martin Luther King, il faisait si beau un bonheur.

Devant le Tribunal se tenait, conversant avec un confrère, Maître Dupond-Moretti. C'était curieux je venais de regarder sur Twitter où ça en était le procès Balkany. Et il y a eu comme ça un effet d'hyper-réalité, ce qui venait d'être lu - un temps de suspension - se matérialisant par une présence réelle, au même instant, en passant.

Ça n'est pas la première fois, qu'on se sent soudain au cœur de l'actualité, par simple effet de voisinage. Mais c'était un exemple parfait.

Il y aurait une expérience d'écriture intéressante à faire qui pourrait consister à se poster alentour, observer et imaginer les événements d'après ce qu'on en voit là. Puis rentrer et confronter la version écrite à ce qui se dit dans l'actualité concernant comparutions et procès.

La présence de ce tribunal, outre les sons de sirènes incessant, modifie l'ambiance du quartier, au gré de l'actualité. C'est impressionnant. 

 

 


Une petite déception (CAP) et une curieuse discrimination

C'était donc les 10 km de Clichy et nous étions du club de triathlon un bon petit lot à y participer. Je visais 1h05, ce qui est un temps long, me suis efforcée d'y parvenir en prenant entre autre la peine de me lever tôt pour prendre un petit déjeuner bien avant, de venir dès l'échauffement collectif - très bien, vraiment - et d'avoir suivi du mieux que je le pouvais les entraînements. 

Il faisait gris, pas trop de vent, pas chaud mais pas glacial comme l'an passé, j'ai suivi aussi longtemps que je l'ai pu les meneurs d'allures 1h, fait seulement une brève pause au ravito, mais voilà, ça n'a pas fonctionné. J'ai même couru en 20'' de plus que l'an passé ; ce qui était d'autant plus décevant que ça ne correspondait pas à mon ressenti. 

 

Capture d’écran 2019-03-24 à 11.49.59 Capture d’écran 2019-03-24 à 11.49.59

En particulier j'avais l'impression surtout durant la seconde boucle de n'avoir pas pu accélérer car mon cœur battait déjà à un rythme soutenu alors qu'en fait ma montre me disait en Z4.

Sinon super ambiance, et bonne organisation ; ne manquaient que des quartiers d'orange aux ravitos. 

Quitté l'immeuble en compagnie soudaine d'une jeune femme qui participait aussi. Croisé pas mal de gens qui encourageaient. 

Il y avait un stand de tests de dépistage, c'était bien.

 

Sinon, me voici avec une curieuse discrimination : au club nous achetons nos tenues dûment floquées à nos couleurs chaque année via une commande collective. Entre autre élément utile, nous acquérons une trifonction qui nous permet d'enchaîner nage, vélo et course à pied sans avoir à nous changer. 

C'est le vêtement d'un seul tenant que portent la plupart des personnes sur cette image, prise (j'ignore par qui) au triathlon de Paris l'an passé : 

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Or ma peau étant fragile et ma lenteur n'ayant en rien diminué, j'avais décidé d'acheter pour cette année une tri-fonction avec des manches, certes courtes, mais permettant d'avoir les épaules abritées. Seulement voilà qu'à la distribution j'ai trouvé pour mon nom une tri-fonction modèle homme. Curieusement la taille convenait.

Pour autant les inconvénients ne manquaient pas : - le rembourage vélo n'est pas calé au même endroit et du coup pour une fille, ça baille horriblement devant ; - il n'y a pas de doublure pour la poitrine, et comme le tissus technique est ultra-léger, il est presque transparent. 
Bref, s'il y a bien des choses qu'on pourrait s'abstenir de genrer inutilement dans nos sociétés, l'habit technique de triathlète n'en fait pas partie.

J'ai cru à une erreur mais j'ai appris que non par le camarade qui bénévolement et sur son temps personnel fait tout cet énorme boulot de commande : en fait la marque à laquelle nous nous sommes adressés cette année ne fait tout simplement pas ou plus de tri-fonction avec manches pour femmes. Les hommes ont le choix entre avec ou sans manches et les femmes doivent forcément y aller épaules nues. 

Curieuse discrimination. 
(Et me voilà avec un petit tracas vestimentaire dont je me serais bien passée)

 


Samedi non travaillé

 

    Fullsizeoutput_12f4J'ai hâte de pouvoir reprendre une librairie et donc inévitablement retravailler le samedi, il n'empêche qu'en attendant je savoure ceux pour lesquels il n'est pas prévu pour moi de remplacements. 

Ça commence le vendredi soir, pouvoir souffler, moins regarder l'heure, un peu comme le nageur en piscine atteignant le bord du bassin, l'entraînement n'est pas fini mais 20 secondes de récup' et ça fait du bien.

Puis le samedi, lorsqu'on a une pratique sportive, c'est le plaisir de pouvoir prévoir de rejoindre ses camarades d'entraînements, au lieu de l'habituel, Non, j'peux pas, j'travaille. Sachant que précisément pas mal de choses sont prévues le samedi puisque le dimanche est souvent réservé aux familles ou aux compétitions ou à quelques séances courtes. Et c'est frustrant à la longue de ne jamais en être.

C'est aussi le petit plaisir simple d'aller soi-même chercher son dossard, si justement une course est prévue le dimanche ; ce faisant pouvoir discuter un brin avec les organisateurs, souvent des bénévoles, repérer un peu le parcours, s'enquérir de points d'intendance ou d'organisation. Comme je suis quelqu'un de très lent, c'est aussi un moment où je peux croiser d'autres coureuses et coureurs ou triathlètes qu'au moment de la course je perdrai vite de vue. Le moment où je peux m'accorder l'illusion d'être comme tout le monde, dans les temps.

Et en attendant, c'est l'infini plaisir de pouvoir s'accorder le luxe de pour une fois, ne pas se presser mais faire calmement ce qui est devant être fait (et même une sieste si l'on se sent fatigué'e)

 


À trente ans, c'est là tu te dis


    Je pars poser deux caisses de livres au box de stockage, profitant d'un imprévu (activité annulée) et du fait qu'il fasse doux ce qui m'accorde de l'énergie ; croise deux hommes en pleine conversation. Concentrée sur mon chargement - sur le diable -, je ne vois pas leur aspect, mais ils parlent forts et rient, alors j'entends.

- Ne t'en fais pas après, les années, on les remarque même pas.
- Oui, n'empêche t'arrive à trente ans, c'est là tu te dis, j'ai raté ma vie !  

(et ils éclatent de rire).

Pour ma part j'ai un peu l'impression d'être passée directement de 40 à 55 ans alors que ce furent les années jusqu'ici les plus intenses (et difficiles, mais pour le coup vraiment "vivantes") de ma vie.


Une daronne, la bière, la chaleur, Kaaris et Booba

 

    J'arrive par ce qui reste de jardin malgré le parking qui empiète sur cet espace vert autrefois accueillant. Sur un banc vers lequel s'avance le chemin, une grappe de garçons du coin, sans doute en pause de tenir le mur ou de jouer au basket (non loin de là un terrain). Ils sirotent des cannettes. Il fait beau et bien chaud. Un vrai bel été.

Avançant dans ma direction et se rapprochant d'eux, une daronne encore jeune avec sa fille, une enfant. Je vois que la mère adresse la parole aux gaillards et que tout le monde sourit. 

Arrive vite l'instant où je suis assez proche d'eux, poursuivant mon trajet, pour entendre.

Je comprends que des rappeurs se sont frittés et que la dame s'est amusée à leur demander, comme s'il s'agissait d'un match de football, Et alors vous, vous êtes pour qui ? 

Je capte Booba et je me dis, Tiens avec Comment-il-s'appelle-déjà ? ça a encore frité 

En fait c'est bien tombé, ils ne sont trop pour personne, les gars, ils aiment bien un truc de l'un, d'autres trucs de l'autre et ça les enjaille bien qu'il y ait eu une belle marave. Je crois entendre un argument comme quoi c'était dans un aéroport et donc cool comme ça personne n'était armé. 

Je me dis on dirait des cailleras d'autrefois, un vestige du code de l'honneur du siècle d'avant. 

Et c'est alors que dans mon dos j'entends la voix de la mère de famille qui après avoir salué, elle va faire ses courses et la petite commence à s'éloigner, elle doit la surveiller, dit Quand même, la bière, par cette chaleur vous devriez faire attention. 

Et les gars de se récrier en mode sage écolier pour une fois participant à un chahut et pris sur le fait, C'est juste une et il commence à faire plus frais.

D'elle qui souhaitait aider, à eux qui sont respectueux, en tout cas au moins encore quand on l'est avec eux, tous m'ont fait chaud au cœur. On a encore dans ce coin une vie de quartier, avec ses petites solidarités.

 

PS : Une fois rentrée, j'ai vu qu'il s'agissait d'une rixe entre Booba, Kaaris et leurs entourages respectifs à l'aéroport d'Orly. Et que les réseaux sociaux s'en donnaient à cœur joie, dans la mesure où rien de trop grave, pas de grands blessés, ou s'il y en avait eu on l'ignorait.    Capture d’écran 2018-08-04 à 21.37.27

(Je dépose une capture d'écran, pour le cas où le lien se perdrait)

Comme j'ai une belle TL sur twitter, chaque événement pas trop dramatique reste l'occasion de beaux traits d'humour. C'est une façon comme une autre de résister.

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La tornade de septembre 1896 à Paris (et un simple orage aujourd'hui)


    Un violent orage grêligène qui a duré au moins une heure s'est abattu dans l'après-midi sur le nord et l'ouest de Paris. Une magnifique vue via @Keraunos

Il se trouve que le mardi est pour moi jour non travaillé à la librairie et que j'emploie habituellement à mon travail personnel (à la BNF) ou familial (les choses à faire pour la maisonnée). Il faisait beau et après un bon début de journée (entraînement de natation) j'hésitais - plutôt à cause des grèves probables à la bibliothèque même, et du travail en retard de rangements dans l'appartement -, filer à la bibliothèque ou bien rester à la maison. Et puis j'ai été prise d'une faiblesse soudaine avec une sorte de pré-mal de mer, que je commence à savoir identifier quand il ne s'agit pas des prémices d'une gastro : chute de pression atmosphérique. 

Alors j'ai cherché à savoir ce qu'il en était, j'ai vu prévision d'orage(s), mais OK un orage ordinairement ne me rend pas malade, ne suffit pas. Alors quoi. En fait c'était un simple orage mais carabiné. Et peut-être que mon corps a sur-réagi parce que j'étais particulièrement fatiguée.

Au passage dans mes recherches, je suis tombée sur ceci : 

Tornade Paris 10 septembre 1896 

grâce au site Keraunos
auteurs de l'article Pierre Mahieu et Emmanuel Wesolek 

Il y avait eu l'année d'après une tornade sur Asnières. 

Mes enfants (adultes) sont rentrés trempés successivement, drinchés de la tête au pied, l'un rigolard, l'autre éreintée.

Je crois qu'il convient de noter ces choses pour plus tard, je pressens des temps violents, sans doute aussi climatiquement. 
Paris, 22 mai 2018