"Coureur" de Kenneth Mercken ou comment commencer l'année par une claque de cinéma

 

C'est un film âpre et violent. Sur la réalité du monde du sport, the dark side. J'y suis venue via Koen de Graeve, exceptionnel dans le film de Felix van Groeningen "La merditude des choses" ("De helaasheid der dinge"), déjà dans un rôle de père dérivant. Le film ne semble pas avoir été distribué ni diffusé en France, je me suis donc procurée le DVD. Lequel est arrivé pile le 31/12 alors que je croyais le colis perdu.

Je ne savais rien, ou ne me souvenais plus, concernant son réalisateur, Kenneth Mercken. 

Le film lui-même n'était pas si facile à retrouver en raison de plusieurs homonymies, du moins en titres français : ainsi "4 minutes mile" a-t-il été exploité par ici sous le titre de "The runner" (1), du coup en cherchant "Coureur" on tombe sur celui-ci en premier (et il s'agit de course à pied). Ou par exemple "Le coureur" film iranien de 1984 d'Amir Naderi, là aussi pour la course à pied.

C'est dommage. On est dans du grand cinéma, dans le domaine des films que l'on n'oublie pas, même si le sujet peut être réducteur - je me vois mal conseiller cette œuvre à quelqu'un que le sport ennuie -. Il y a une patte, une maestria dans la façon de filmer, une interprétation parfaite - fors une scène de corruption manquée (la corruption), qui pour une raison qui m'échappe m'a semblée surjouée, quoi que parfaitement crédible -, une manière de laisser du champ au spectateur pour se faire sa propre idée et comprendre ce qu'il peut ou pas ou au moins s'interroger. 

Les scènes de cyclisme et de dopage (puisque c'est bien de ça dont il s'agit) sont filmées d'une façon rarement vue aussi juste. Ce n'est qu'ensuite, après avoir vu le film que j'ai pigé : le réalisateur est un ancien cycliste reconverti. Et il a choisi un jeune acteur qui je le crois pratique le vélo, et est très crédible dans ses placements (2)

Le film constitue non pas une charge - il tendrait plutôt à prouver que quoi que l'on tente de faire pour endiguer c'est foutu par avance -, mais un témoignage fort contre le dopage et au delà du fait même de tricher (3), la forte mise en danger de la vie des pratiquants. Bel article de Mark Gallagher dans The Irish Mail à ce sujet.

L'histoire elle-même est simple et semble typique : Félix, champion national espoirs en Belgique, choisi malgré les conseils et les dispositions prises par son père, un bon coureur qui n'avait pas vraiment percé pro, mais gagné bien des courses, d'aller signer dans une équipe semi-pro en Italie. La concurrence est féroce et l'organisation sans pitié ni considération pour la santé des postulants. Le gars se tourne alors à nouveau vers son père pour tenter grâce à d'autres combines, celles d'un vieux briscard et pas juste l'EPO [le film semble se passer dans les années 90 ou début des 2000], de tenir le coup dans le lot. 

Tout est réussi, on voit l'engrenage se mettre en place, la dureté des entraînements, les enjeux de rôles au sein de l'équipe, la façon de pousser les gars à bout et d'éliminer ceux qui craquent, la façon de leur mettre la pression sur leur poids, les comportements mafieux. Excellentes idées : mettre en scène un gars plutôt costaud, tough kid, sans état d'âmes ni fortes déviances (l'un des personnages est un coureur russe, bien azimuthé, plus haut en couleur que ce courageux Belge qui cherche surtout à sauver sa peau, et c'est ça qui est réussi, mettre le centre d'intérêt sur un coureur doué mais pas extravagant) ; éviter de "faire du cinéma" : pas de temps perdu avec de la romance ou une dramatisation puérile, mais les gestes, le quotidien, les moments clefs, sans chichis.

Quelques scènes de bagarres ou de chahuts sont parfaites, du même niveau que les scènes agités du film Belgica (de Félix van Groeningen, toujours lui).

C'est un film pour spectatrices et spectateurs courageuses et courageux : on en ressort avec une vague nausée, et sans note d'espoir si ce n'est dans une prise de conscience générale et réelle (qui me semble assez utopique mais y croire ne coûte rien). On en ressort moins bêtes aussi, mieux averti·e·s. ; et si l'on est cinéphile, avec cette joie particulière d'avoir vu quelque chose qui se rapproche bien du chef d'œuvre. Ne lui manque qu'une sorte d'universalisme partageable dans le sujet, ce qu'on ne saurait lui reprocher puisque le sujet et son traitement en font également l'intérêt. Bravo à Kenneth Mercken et à ses équipiers.

J'espère qu'il sera visible en 2020 en France, malgré que le pays soit celui d'une des courses par étapes les plus renommées et que l'intérêt financier soit de continuer à faire semblant que depuis l'EPO le cyclisme est propre.

 

Attention : à éviter si l'on ne supporte pas la vue du sang, des aiguilles et du fait de se piquer. C'est filmé sans complaisance perverse, mais sans rien chercher à cacher. 

PS : Soit dit en passant, il est aussi question des effets nocifs possibles du sur-entraînement surtout chez les jeunes. 

PS' : Une intéressante recension chez Lanterne Rouge quant aux performances trop remarquables pour être crédibles, ainsi qu'un article sur le cas de Ricardo Ricco lequel avait failli mourir de ses propres pratiques, dont l'une que l'on voit dans le film. Et quelques nouvelles de Floyd Landis pendant qu'on y est.

PS'' : Son sujet est bien plus vaste mais "L'ombre du coureur", livre d'Olivier Haralambon mérite le détour.

 

(1) Cette absurdité de coller des titres anglais qui ne sont pas les vrais a le don de m'exaspérer.

(2) C'est un souci des films aux personnages principaux de sportifs ou musiciens : l'écart entre le geste appris pour le film et le geste accompli longuement lors d'années de pratique est criant. Et pour le sport, un corps sportif ou non, ça se voit. Ou alors il faut un montage particulièrement habile (Il campione très réussi de ce point de vue-là, le joueur le plus souvent en vêtements longs ou en plan assez éloignés, lorsque qu'un plan ne peut être coupé avec le physique d'un pro ; je ne crois pas, je peux me tromper, qu'Andrea Carpenzano ait un passé de sportif de haut niveau (ou plutôt d'espoir sportif, vu son jeune âge), belle ITW ici)

 

(3) À mon humble avis c'est le système capitaliste dans son ensemble qui en favorisant la glorification de la performance en toute chose et l'individualisation même au sein de sports collectifs pousse tout le monde au dopage, y compris des employés de bureaux cherchant à sauver leur poste. 


Arras Film Festival, derniers jours

Et voilà, cette année comme en 2017 mais pas en 2018 (où j'ai lâché prise à mi-chemin), je serais donc parvenue à tenir un carnet de bord de mon festival. Au prix de nuits fort courtes, car même si l'on se contente de petites chroniques et non de critiques construites et argumentées, relater nos journées de festivalière et festivalier, même à plat sans chercher ses mots, juste en soutien de mémoire, et les impressions sur 4 ou 5 films, l'air de rien, ça prend du temps.

Arras Film Festival jour 7 

Arras Film Festival jour 8 

Arras Film Festival jour 9

J'aimerais avoir le temps à partir de ces prises de notes d'écrire vraiment. Mais diable, quand ? 


Arras Film Festival, les jours suivants

 

    Il fait plutôt beau ou du moins pas trop froid, mettre le nez dehors en sortant des séances n'est pas une épreuve en tout cas, on mange bien - d'années en années l'offre de restauration s'affine et s'agrandit -, en revanche on croise peu les ami·e·s, sans doute parce que nous sommes à présents des festivaliers aguerris capables de voir quatre films par jour sans épuisement ni saturation ; ce qui laisse peu de temps de battements. 

Plus de détails sur mon blog Vacances et cinéma, dont la forme n'est pas encore fixée : je comptais faire des billets de type Journal de bord et d'autres de type Chroniques de films, seulement par manque de temps pour l'instant tout est mélangé. 

Arras Film Festival jour 3 

Arras Film Festival jour 4 

Arras Film Festival jour 5 

Arras Film Festival jour 6 

Je voulais par ailleurs rédiger ici un billet sur comment on ressentait, comment on commémorait les attentats du 13 novembre 2015 quatre ans après ; et aussi sur les anniversaires devenus difficiles à fêter.

Mais je n'en ai pas eu le temps, ni les pensées suffisamment articulées. Ce que je peux dire c'est que même en n'ayant perdu aucun proche, le chagrin demeure là, une peine qui ne s'efface pas. Je ne parviens pas à le formuler proprement mais c'est un peu comme si nous n'étions encore là que grâce à leur sacrifice (pas vraiment ce que je voulais dire, il faudra que j'y réfléchisse ; quelque chose comme : un sentiment d'être redevable envers les victimes de ces attentats-là). 

Je voulais également témoigner sur le fait que chacune et chacun d'entre nous se souvient précisément de ce qu'il ou elle était en train de faire au moment où la nouvelle des attentats du Bataclan et des cafés et restaurants de quartiers voisins l'a atteint·e.

 


Ces jours-ci ça se passe à Arras

    

20191109_191506 Pour la quatorzième fois si je ne me trompe pas, je passe donc au moins quelques jours au festival de cinéma d'Arras. Difficile de tenir le rythme de chroniquer les films en plus que d'aller les voir. Donc pas ou peu de billets spécifiques par ici à prévoir, mais de l'écriture sur un blog annexe qui correspond au cinéma.

Arras Film Festival jour 1 

Arras Film Festival jour 2 

 

 


n'importe quoi au cinéma (C'est chouette d'aller voir)


    La petite ville de #MaNormandie possède un cinéma. Longtemps y fut projeté du tout venant familial en V.F. et avec les enfants enfants nous nous partagions entre des séances au cinéma de Carteret et celui-ci. J'ai ainsi un excellent souvenir de Chicken Run, enfants avec le bon âge, et nous les adultes également enchantés. Ainsi qu'Un indien dans la ville. 

Souvenirs diffus de comédies à la française avec les acteurs toujours les mêmes. Une histoire avec des pères de famille qui galéraient un 15 août, une autre avec Miou Miou qui tricotait des pulls aux hommes de sa vie. D'autres encore que je ne serais jamais allée voir si ça n'avait pas été les vacances et dans une idée de soutenir le fait que des cinémas survivent là. 

Souvenir aussi de m'être profondément endormie devant Apocalypse Now, car j'ai un problème avec les films de guerre, une tendance à m'endormir quand ça canarde. 

Puis le ciné avait fermé, pas assez rentable et de gros travaux de mises aux normes, je crois qu'il se disait. 

Depuis quelques années il a réouvert et ce sont des bénévoles qui en assurent l'accueil, dans une ambiance joyeuse, c'est vraiment sympathique. Je suppose que pour tenir financièrement il s'agit d'un cinéma municipalisé. 

Et voilà qu'ils ont eu la merveilleuse idée, non seulement de proposer quelques films un peu exigeants - tout en restant grand public familial pour l'essentiel - mais aussi de proposer une fois par semaine une séance en V.O. 

J'attendais ça depuis toujours, je n'ai jamais supporté les doublages à la française avec toujours les mêmes voix caricaturales et dont les paroles sont si décalées par rapport aux mouvements des lèvres lorsque le film est en anglais. 

Dès lors, par souci de cohérence j'ai décidé d'aller voir tout film de leur séance en V.O. si celle-ci tombe un jour de présence.

Du coup : je revois des films que j'ai déjà vus (1), je vois des films que je n'avais pas envie de voir, je vois des films que je suis contente de pouvoir voir pendant des vacances parce que je comptais les voir et que j'aurais galéré en période de travail, et je vois des films auxquels je n'aurais pas pensé.

Et en fait, c'est bien à chaque fois. Je l'avais déjà constaté lors des festivals de cinéma, il peut être intéressant d'aller voir en dehors des réalisateurs ou sujets qui nous intéressent. Parfois parce que ça conforte dans notre indifférence ou détestation, souvent parce qu'on y apprend des choses, et entre autre qu'un réalisateur excellent emporte le morceau même si l'on ne se sent pas en phase avec le centre d'intérêt ou le propos.  

Aujourd'hui par exemple nous nous sommes retrouvés à voir un gros western qui tache (2), création contemporaine d'archi-classique facture, on dirait un exercice d'admiration. Je ne suis pas fan du genre, même si Ennio Morricone m'en a rendu certains attirants, et que je ne déteste pas les très anciens (John Ford par exemple), je n'aime pas l'ultra-violence qu'ils contiennent et la complaisance parfois envers celle-ci. 

Hé bien voilà, ça n'était pas tout à fait un bon moment, trop brutal, pas mon style, il n'empêche que je suis contente de l'avoir vu, que c'était instructif, que j'ai admiré le travail - les décors, la lumière, le rythme, l'ambiance de pluie et boue comme dans "Les saisons" -, que j'ai apprécié que les hommes soient bêtes ou violents et les femmes intelligentes et que le mélange de classicisme et de cette modernité mérite le détour. 

C'est chouette d'aller voir n'importe quoi au cinéma. Pour le plaisir de ce cinéma-là.

 

(1) Comme par exemple Maradona d'Asif Kapadia ; et chose surprenante j'ai été captivée les deux fois

(2) Never grow old de Ivan Kavanagh

PS : Je crois que le plaisir de ne pas choisir remonte à l'enfance du temps où il n'y avait que deux puis trois chaînes de télévision et que l'on regardait le soir un film ou non, seulement quand le programme ou les tâches ménagères étaient effectuées ou résolus ; et que le choix du film revenait à la chaîne.

 

 


Top gay

 

    Grâce @gro-tsen je suis retombée sur la video qui démontrait que Top gun était indéniablement un film gay. Une fois qu'on la voit, le doute n'est plus permis.

À l'époque de la sortie du film, du temps d'avant les internets et les fréquentations élargies qu'il m'aura permises, vivant dans un monde où l'homosexualité semblait ne pas exister, ayant tout juste croisé quelques lesbiennes - au foyer des lycéennes où j'étais hébergée durant une partie de mes classes prépas - qui ne s'en cachaient pas et ne sachant rien de l'homosexualité des garçons qui l'étaient - vaguement que oui, ça existait, peut-être seulement dans les milieux aisés ? (1) -, je n'avais rien, mais alors rien vu. Tout au plus m'étais-je dit que ces garçons ne me paraissaient pas très séduisants et qu'ils prenaient de drôles de poses en jouant au volley. Globalement j'avais un peu passé le film à me demander moi qui n'aimais déjà pas les blockbusters et encore moins s'ils étaient guerriers, ce qui nous avait pris d'y aller. Peut-être le besoin de chercher de l'énergie dans le positivisme obstiné à l'américaine. Peut-être que je l'aurais trouvé plus intéressant si j'en avais eu les clefs, ou si j'avais été moins #BécassineBéate 

 

 

(1) Je faisais cette confusion entre le fait de pouvoir plus ou moins ouvertement vivre son orientation sexuelle selon le milieu où l'on vit et la fréquence de son occurrence lorsqu'elle était différente de celle de la majorité.


Annonce apeçue en fin de journée du décès de Jean-Pierre Mocky

 

    La journée ne s'est pas du tout déroulée comme je me l'étais figurée : aller courir, aller au ciné, m'accorder une sieste, avancer la part de rédaction personnelle sur mon projet, ranger tant que j'étais seule, écrire en soirée.

Je me suis levée trop tard pour courir, j'ai été au ciné mais finalement pas pour voir le film que j'avais en vue (documentaire sur le travail de Thomas Pesquet, éventuellement celui sur la chute de Weinstein : les deux ne sortiront que plus tard) mais un autre quoique documentaire également (celui sur Diego Maradona), je n'ai pas fait de sieste immédiatement, mais j'ai cherché des compléments d'informations, et quand je me suis accordée la sieste prévue ce fut pour être réveillée par un appel téléphonique. Quant à la soirée elle aura été curieusement bouleversée par l'annonce du décès de Jean-Pierre Mocky. 

Capture d’écran 2019-08-09 à 00.32.55 C'est je crois un touite de Virgile qui m'a alertée en même temps que me parvenait une alerte du Monde .

La filmographie du cinéaste ne m'est pas très connue, je l'avoue et j'ignorais (ou j'avais complètement oublié) qu'acteur fut son premier métier. 

Il se trouve que je l'avais croisé à Livre Sterling où il était venu tourner une scène pendant une journée, que mon patron le connaissait alors du coup par ricochet de souvenirs (plus que par connaissance de cinéphile) sa mort ne me laissait pas indifférente. 

Et qui accessoirement aura ouvert pour moi, engloutissant ma soirée, la trappe d'un trou de mémoire abyssal - même pas l'impression que "Ça va me revenir" - : quel était donc le film dont une scène fut tournée à Livre Sterling par un frais jour du printemps 2012 ?

Rien ne me venait.

Alors j'ai entrepris des fouilles archéologiques dans mes propres blogs, hélas pas le fotolog même si j'ai pu vérifier mes copies générales d'écran. 

Au passage j'ai retrouvé, une jolie photo de Yéti 6a00d8345227dd69e201a73d7ce956970d-500wi

, un billet de blog qui m'a fait rire (ô temps insouciants où l'on pouvait reprocher à un président de la République sont inconséquence sentimentale plutôt que la violence de la répression commise en son nom), d'autres qui m'ont émue et que je ne relierai pas ici, beaucoup de nostalgie - toujours eu ce sentiment contrairement à mes expériences ultérieures, que mon temps à cet endroit n'était pas parvenu jusqu'à son terme, de même que ma relation avec FDK, alors que bien d'autres choses vécues depuis ont eu lieu, se sont achevées et font calmement partie de mon passé -, et enfin le billet qui me permettait de retrouver sinon le titre du film du moins la date à partir de laquelle il serait plus aisé de le retrouver. 

Je le reproduis ici, puisque ça concerne le souvenir du défunt cinéaste : 

366 - action éclair

 

J'arrive au travail, tombe face à face et amoureuse d'une camera, rencontrée il y a 5 ou 6 ans dans mes rêves, sur le champ un monde fou, le contre-champ pas mieux, mon patron me fait malgré tout signe d'entrer, j'aime le spot qui éclaire fort, il me réchauffe la moëlle des os, sous la foule le petit chien affectueux me fait la fête, reconnaissant parmi le peuple humain qui a envahi son univers diurne un élément ami, tandis qu'au dessus de nos têtes grommelle Jean-Pierre Mocky.

Puis tout soudain, les lieux se vident, la librairie redevient ce qu'elle est : une boutique où se pourvoir en lectures ; seulement entre-temps les clients ont regagné leurs bureaux et qui pour la plupart ne repasseront qu'au soir.

Heureusement arrive une amie dont la présence m'accorde une transition douce entre le tourbillon du tournage et le tout-venant de l'après-midi.

L'intermède cinématographique n'était pas prévu. C'est le patron qui a intercepté le réalisateur, sensible à l'offre (bénévole). 


366 réels à prise rapide - le projet
 

 366 réels à prise rapide - les consignes.

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C'était dans le cadre d'une participation à un jeu d'écriture ; mais la présence de l'équipe du tournage avait été réelle. 

Je peux me coucher en (relative) paix avec mon trou de mémoire : il ne me restera que trois films à visionner. Le gag serait que la séquence à la librairie n'ait au montage pas été conservée.


Toi aussi ta planète


    Sérendipité du net, d'un moment libre inattendu (un entraînement reporté que je n'ai pas eu la force de transformer en séance pour un autre sport), et d'une curiosité, voilà que ce matin, regardant une video de l'émission Blow up (1), je me suis interrogée sur Brad Pitt dont c'était le tour d'y être évoqué. 

Je me suis aperçue en effet que je n'avais pour ainsi dire vu aucun film dans lequel il tournait, ou très peu. Pour moi il était surtout le souvenir d'une affiche de ciné-club l'année où les bureaux donnaient rue Grétry et où je l'avais accrochée derrière mon bureau d'une sorte de semi-open space et les gens venaient me voir volontiers. Un jour j'avais pigé que la belle affiche y était peut-être pour quelque chose. Il m'en reste une sympathie pour lui.

Du coup j'ai jeté un œil à sa page wikipédia, je savais (fort) peu de choses, à part que oui, il avait été un moment le compagnon d'Angelina Jolie, qu'ils avaient eu des enfants et en avaient adoptés d'autres, mais qu'ensuite c'était parti dans un divorce compliqué. En fait j'en savais quelques trucs via l'histoire d'une entrepreneuse (décoratrice ? architecte d'intérieur ?) qui avait travaillée en leur chateau français mais qui pour cause de séparation en cours n'avait jamais été payée (2), ce qui avait mis sa petite entreprise en difficulté. Curieusement, je ne me souviens pas si je connaissais cette histoire pour avoir vu un documentaire, entendu une émission à la radio ou écouté une personne qui m'avait raconté ses mésaventures pendant une soirée ou un événement social rassemblant des personnes que je ne connaissais pas toutes. Si tel est le cas, et si cette dame venait à passer, qu'elle ne m'en veuille pas de ne plus rien me souvenir d'autre que la structure de l'histoire : le travail fourni, les clients soudain en séparation, et plus personne pour payer les factures et ce déséquilibre entre une petite entreprise pour laquelle c'est vital et une sorte d'entreprise familiale qui évolue dans une tout autre sphère, où l'argent se brasse avec deux (ou trois) zéros de plus dans les sommes concernées. C'est souvent surprenant, lorsque l'on ne suit pas un certain type d'œuvres ou d'actualités, ce qui parvient jusqu'à soi et de quelles façons.

Puis j'ai repéré cette petite phrase, "On June 2, 2015, the minor planet 29132 Bradpitt was named in his honor" et de là j'ai suivi quelques liens, le temps de comprendre que depuis longtemps on nommait de toutes petites planètes, voire des astéroïdes, d'après des gens (présomptueuse humanité), ce que j'avais peut-être su mais solidement oublié, et qu'il y en avait une liste.

Après, c'était un peu foutu pour ma productivité. Les catégories elles-mêmes sont fascinantes, il y a même un peu de place pour les personnages de fiction. Capture d’écran 2019-05-21 à 15.02.23

 

 

 

 

 

 

 

(1) J'apprécie particulièrement celles de Luc Lagier, son humour, sa voix, sa façon de présenter me donnent de l'énergie.

(2) Ça s'est peut-être arrangé depuis.


Agnès et les patates

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La mort d'Agnès Varda me laisse triste à plus d'un titre. Il y a bien sûr des souvenirs de cinéma dont Visages villages vu à Pirou avec dans la salle des personnes qui avaient participé au tournage pour la séquence concernant leur ville, une inauguration de salle au Méliès de Montreuil, les liens entre "Décor Daguerre" livre d'Anne Savelli et "Daguerréotypes" le film d'Agnès Varda (1975), revu grâce au livre, l'inoubliable "Sans toit ni loi", "Documenteur" qui m'a marquée, et "Les plages d'Agnès" pour ne parler que de peu d'entre eux. Une expo à la fondation Cartier, dont je me souviens avec précision mais pas de la date, de l'année.

Mais voilà, d'Agnès Varda j'ai également un souvenir personnel de ... patates. C'était lors du festival de La Rochelle en 2012, elle était venue (entre autre) pour présenter une installation "Patatutopia", et au petit matin de la Nuit Blanche qui clôturait le festival, les patates nous furent distribuées. 

Je me souviens de m'être ensuite régalée, tout comme quelques temp plus tard avec le poireau de Yolande Moreau. 

C'est un élément de gratitude particulier, en plus des films, du féminisme, des courages quotidiens qu'elle nous transmettait.

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8445499048_aaf4228bae_o(photos prises à La Rochelle le 29 juin 2012)

PS : Une belle interview de Sandrine Bonnaire sur Libé à son sujet.

Lire la suite "Agnès et les patates " »


Grâce à dieu (le film)


    Aujourd'hui je ne travaillais pas en librairie, et avec le gros effort d'hier - journée de libraire + première émission de radio avec des invités -, je devais me reposer.

C'est une chose que le sport pratiqué (presque) quotidiennement m'a appris : il faut s'obliger à des périodes de récupération, si on le peut.

L'esprit, lui, s'est senti assez vaillant pour affronter le rude sujet du film de François Ozon "Grâce à dieu". 


Je ne fais pas partie du public conquis par les films du réalisateur. Il m'est arrivé d'en voir sans déplaisir quelques-uns, mais je ne me les rappelle pas très bien ; je reconnais la maîtrise, les qualités indéniables de direction d'acteurs, seulement ils me laissent de côté. Quelque chose en moi estime qu'ils ne me concernent pas.

Par ailleurs je déteste généralement les réalités fictionnées, narrations partant de faits réels mais romancés. Je trouve que c'est peu respectueux des personnes qui se retrouvent en personnages et si les faits sont récents je me dis qu'une œuvre (livre ou film) peut influer le cours des choses, et que c'est dangereux.

Et puis là : au contraire. J'ai envie de les remercier, toutes et tous pour avoir fait le job, et semble-t-il de façon respectueuse pour les victimes - et aussi pour les présumés coupables, au fond, une part d'humanité leur est accordée -. Je m'aperçois en découvrant un documentaire encore disponible de "Complément d'enquête" que le film de François Ozon a poussé le respect des choses jusqu'à suivre les apparences des membres de l'association "La parole libérée". L'acteur Bernard Verley en vieux prêtre pédophile certes contrit et assumant ses actes, mais qui ne mesure absolument pas l'ampleur des dégâts qu'il a causé à autrui est sidérant de justesse. Je crois qu'on ressent face à son interprétation une sidération qui nous (simples spectateurs) nous donne à entrevoir une petite part de ce que peuvent ressentir les victimes, longtemps plus tard, et c'est déjà beaucoup.

Ce film est un travail remarquable. Il n'y a pas de voyeurisme, les quelques flash-backs des victimes font comprendre plus qu'ils ne montrent. Ils laissent surtout à voir l'emprise exercée par l'adulte sur l'enfant et d'autant plus qu'il a un rôle éducatif et est à ce titre habilité à donner des ordres.

Au delà des graves problèmes de l'appareil ecclésiastique catholique (et de sans doute toutes religions dont les prêtres sont des hommes condamnés à une théorique abstinence), on voit à l'œuvre la difficulté d'être un lanceur d'alertes, l'importance de faire groupe, la volonté générale de toute société de ne surtout pas bousculer l'ordre établi fût-il foireux. Par le biais d'un des personnages, le film pose aussi brièvement la question des victimes d'agresseurs isolés et qui sont encore plus démunies : qui peut croire que ce charmant ami des parents ou voisin est un prédateur, comment identifier d'autres victimes pour s'unir dans une protestation commune et moins contestable ? 

Voir ce film aujourd'hui alors qu'un des responsables qui aurait dû réagir alors et ne l'a pas fait a été condamné à de la prison (avec sursis, certes, mais face à une omerta séculaire, c'est un début), prenait tout son sens. Puissent d'autres victimes d'autres prêtres trouver, grâce à ce film, la force de se rassembler et créer des groupes pour se défendre en commun.