Arras Film Festival, derniers jours

Et voilà, cette année comme en 2017 mais pas en 2018 (où j'ai lâché prise à mi-chemin), je serais donc parvenue à tenir un carnet de bord de mon festival. Au prix de nuits fort courtes, car même si l'on se contente de petites chroniques et non de critiques construites et argumentées, relater nos journées de festivalière et festivalier, même à plat sans chercher ses mots, juste en soutien de mémoire, et les impressions sur 4 ou 5 films, l'air de rien, ça prend du temps.

Arras Film Festival jour 7 

Arras Film Festival jour 8 

Arras Film Festival jour 9

J'aimerais avoir le temps à partir de ces prises de notes d'écrire vraiment. Mais diable, quand ? 


Arras Film Festival, les jours suivants

 

    Il fait plutôt beau ou du moins pas trop froid, mettre le nez dehors en sortant des séances n'est pas une épreuve en tout cas, on mange bien - d'années en années l'offre de restauration s'affine et s'agrandit -, en revanche on croise peu les ami·e·s, sans doute parce que nous sommes à présents des festivaliers aguerris capables de voir quatre films par jour sans épuisement ni saturation ; ce qui laisse peu de temps de battements. 

Plus de détails sur mon blog Vacances et cinéma, dont la forme n'est pas encore fixée : je comptais faire des billets de type Journal de bord et d'autres de type Chroniques de films, seulement par manque de temps pour l'instant tout est mélangé. 

Arras Film Festival jour 3 

Arras Film Festival jour 4 

Arras Film Festival jour 5 

Arras Film Festival jour 6 

Je voulais par ailleurs rédiger ici un billet sur comment on ressentait, comment on commémorait les attentats du 13 novembre 2015 quatre ans après ; et aussi sur les anniversaires devenus difficiles à fêter.

Mais je n'en ai pas eu le temps, ni les pensées suffisamment articulées. Ce que je peux dire c'est que même en n'ayant perdu aucun proche, le chagrin demeure là, une peine qui ne s'efface pas. Je ne parviens pas à le formuler proprement mais c'est un peu comme si nous n'étions encore là que grâce à leur sacrifice (pas vraiment ce que je voulais dire, il faudra que j'y réfléchisse ; quelque chose comme : un sentiment d'être redevable envers les victimes de ces attentats-là). 

Je voulais également témoigner sur le fait que chacune et chacun d'entre nous se souvient précisément de ce qu'il ou elle était en train de faire au moment où la nouvelle des attentats du Bataclan et des cafés et restaurants de quartiers voisins l'a atteint·e.

 


Ces jours-ci ça se passe à Arras

    

20191109_191506 Pour la quatorzième fois si je ne me trompe pas, je passe donc au moins quelques jours au festival de cinéma d'Arras. Difficile de tenir le rythme de chroniquer les films en plus que d'aller les voir. Donc pas ou peu de billets spécifiques par ici à prévoir, mais de l'écriture sur un blog annexe qui correspond au cinéma.

Arras Film Festival jour 1 

Arras Film Festival jour 2 

 

 


n'importe quoi au cinéma (C'est chouette d'aller voir)


    La petite ville de #MaNormandie possède un cinéma. Longtemps y fut projeté du tout venant familial en V.F. et avec les enfants enfants nous nous partagions entre des séances au cinéma de Carteret et celui-ci. J'ai ainsi un excellent souvenir de Chicken Run, enfants avec le bon âge, et nous les adultes également enchantés. Ainsi qu'Un indien dans la ville. 

Souvenirs diffus de comédies à la française avec les acteurs toujours les mêmes. Une histoire avec des pères de famille qui galéraient un 15 août, une autre avec Miou Miou qui tricotait des pulls aux hommes de sa vie. D'autres encore que je ne serais jamais allée voir si ça n'avait pas été les vacances et dans une idée de soutenir le fait que des cinémas survivent là. 

Souvenir aussi de m'être profondément endormie devant Apocalypse Now, car j'ai un problème avec les films de guerre, une tendance à m'endormir quand ça canarde. 

Puis le ciné avait fermé, pas assez rentable et de gros travaux de mises aux normes, je crois qu'il se disait. 

Depuis quelques années il a réouvert et ce sont des bénévoles qui en assurent l'accueil, dans une ambiance joyeuse, c'est vraiment sympathique. Je suppose que pour tenir financièrement il s'agit d'un cinéma municipalisé. 

Et voilà qu'ils ont eu la merveilleuse idée, non seulement de proposer quelques films un peu exigeants - tout en restant grand public familial pour l'essentiel - mais aussi de proposer une fois par semaine une séance en V.O. 

J'attendais ça depuis toujours, je n'ai jamais supporté les doublages à la française avec toujours les mêmes voix caricaturales et dont les paroles sont si décalées par rapport aux mouvements des lèvres lorsque le film est en anglais. 

Dès lors, par souci de cohérence j'ai décidé d'aller voir tout film de leur séance en V.O. si celle-ci tombe un jour de présence.

Du coup : je revois des films que j'ai déjà vus (1), je vois des films que je n'avais pas envie de voir, je vois des films que je suis contente de pouvoir voir pendant des vacances parce que je comptais les voir et que j'aurais galéré en période de travail, et je vois des films auxquels je n'aurais pas pensé.

Et en fait, c'est bien à chaque fois. Je l'avais déjà constaté lors des festivals de cinéma, il peut être intéressant d'aller voir en dehors des réalisateurs ou sujets qui nous intéressent. Parfois parce que ça conforte dans notre indifférence ou détestation, souvent parce qu'on y apprend des choses, et entre autre qu'un réalisateur excellent emporte le morceau même si l'on ne se sent pas en phase avec le centre d'intérêt ou le propos.  

Aujourd'hui par exemple nous nous sommes retrouvés à voir un gros western qui tache (2), création contemporaine d'archi-classique facture, on dirait un exercice d'admiration. Je ne suis pas fan du genre, même si Ennio Morricone m'en a rendu certains attirants, et que je ne déteste pas les très anciens (John Ford par exemple), je n'aime pas l'ultra-violence qu'ils contiennent et la complaisance parfois envers celle-ci. 

Hé bien voilà, ça n'était pas tout à fait un bon moment, trop brutal, pas mon style, il n'empêche que je suis contente de l'avoir vu, que c'était instructif, que j'ai admiré le travail - les décors, la lumière, le rythme, l'ambiance de pluie et boue comme dans "Les saisons" -, que j'ai apprécié que les hommes soient bêtes ou violents et les femmes intelligentes et que le mélange de classicisme et de cette modernité mérite le détour. 

C'est chouette d'aller voir n'importe quoi au cinéma. Pour le plaisir de ce cinéma-là.

 

(1) Comme par exemple Maradona d'Asif Kapadia ; et chose surprenante j'ai été captivée les deux fois

(2) Never grow old de Ivan Kavanagh

PS : Je crois que le plaisir de ne pas choisir remonte à l'enfance du temps où il n'y avait que deux puis trois chaînes de télévision et que l'on regardait le soir un film ou non, seulement quand le programme ou les tâches ménagères étaient effectuées ou résolus ; et que le choix du film revenait à la chaîne.

 

 


Top gay

 

    Grâce @gro-tsen je suis retombée sur la video qui démontrait que Top gun était indéniablement un film gay. Une fois qu'on la voit, le doute n'est plus permis.

À l'époque de la sortie du film, du temps d'avant les internets et les fréquentations élargies qu'il m'aura permises, vivant dans un monde où l'homosexualité semblait ne pas exister, ayant tout juste croisé quelques lesbiennes - au foyer des lycéennes où j'étais hébergée durant une partie de mes classes prépas - qui ne s'en cachaient pas et ne sachant rien de l'homosexualité des garçons qui l'étaient - vaguement que oui, ça existait, peut-être seulement dans les milieux aisés ? (1) -, je n'avais rien, mais alors rien vu. Tout au plus m'étais-je dit que ces garçons ne me paraissaient pas très séduisants et qu'ils prenaient de drôles de poses en jouant au volley. Globalement j'avais un peu passé le film à me demander moi qui n'aimais déjà pas les blockbusters et encore moins s'ils étaient guerriers, ce qui nous avait pris d'y aller. Peut-être le besoin de chercher de l'énergie dans le positivisme obstiné à l'américaine. Peut-être que je l'aurais trouvé plus intéressant si j'en avais eu les clefs, ou si j'avais été moins #BécassineBéate 

 

 

(1) Je faisais cette confusion entre le fait de pouvoir plus ou moins ouvertement vivre son orientation sexuelle selon le milieu où l'on vit et la fréquence de son occurrence lorsqu'elle était différente de celle de la majorité.


Annonce apeçue en fin de journée du décès de Jean-Pierre Mocky

 

    La journée ne s'est pas du tout déroulée comme je me l'étais figurée : aller courir, aller au ciné, m'accorder une sieste, avancer la part de rédaction personnelle sur mon projet, ranger tant que j'étais seule, écrire en soirée.

Je me suis levée trop tard pour courir, j'ai été au ciné mais finalement pas pour voir le film que j'avais en vue (documentaire sur le travail de Thomas Pesquet, éventuellement celui sur la chute de Weinstein : les deux ne sortiront que plus tard) mais un autre quoique documentaire également (celui sur Diego Maradona), je n'ai pas fait de sieste immédiatement, mais j'ai cherché des compléments d'informations, et quand je me suis accordée la sieste prévue ce fut pour être réveillée par un appel téléphonique. Quant à la soirée elle aura été curieusement bouleversée par l'annonce du décès de Jean-Pierre Mocky. 

Capture d’écran 2019-08-09 à 00.32.55 C'est je crois un touite de Virgile qui m'a alertée en même temps que me parvenait une alerte du Monde .

La filmographie du cinéaste ne m'est pas très connue, je l'avoue et j'ignorais (ou j'avais complètement oublié) qu'acteur fut son premier métier. 

Il se trouve que je l'avais croisé à Livre Sterling où il était venu tourner une scène pendant une journée, que mon patron le connaissait alors du coup par ricochet de souvenirs (plus que par connaissance de cinéphile) sa mort ne me laissait pas indifférente. 

Et qui accessoirement aura ouvert pour moi, engloutissant ma soirée, la trappe d'un trou de mémoire abyssal - même pas l'impression que "Ça va me revenir" - : quel était donc le film dont une scène fut tournée à Livre Sterling par un frais jour du printemps 2012 ?

Rien ne me venait.

Alors j'ai entrepris des fouilles archéologiques dans mes propres blogs, hélas pas le fotolog même si j'ai pu vérifier mes copies générales d'écran. 

Au passage j'ai retrouvé, une jolie photo de Yéti 6a00d8345227dd69e201a73d7ce956970d-500wi

, un billet de blog qui m'a fait rire (ô temps insouciants où l'on pouvait reprocher à un président de la République sont inconséquence sentimentale plutôt que la violence de la répression commise en son nom), d'autres qui m'ont émue et que je ne relierai pas ici, beaucoup de nostalgie - toujours eu ce sentiment contrairement à mes expériences ultérieures, que mon temps à cet endroit n'était pas parvenu jusqu'à son terme, de même que ma relation avec FDK, alors que bien d'autres choses vécues depuis ont eu lieu, se sont achevées et font calmement partie de mon passé -, et enfin le billet qui me permettait de retrouver sinon le titre du film du moins la date à partir de laquelle il serait plus aisé de le retrouver. 

Je le reproduis ici, puisque ça concerne le souvenir du défunt cinéaste : 

366 - action éclair

 

J'arrive au travail, tombe face à face et amoureuse d'une camera, rencontrée il y a 5 ou 6 ans dans mes rêves, sur le champ un monde fou, le contre-champ pas mieux, mon patron me fait malgré tout signe d'entrer, j'aime le spot qui éclaire fort, il me réchauffe la moëlle des os, sous la foule le petit chien affectueux me fait la fête, reconnaissant parmi le peuple humain qui a envahi son univers diurne un élément ami, tandis qu'au dessus de nos têtes grommelle Jean-Pierre Mocky.

Puis tout soudain, les lieux se vident, la librairie redevient ce qu'elle est : une boutique où se pourvoir en lectures ; seulement entre-temps les clients ont regagné leurs bureaux et qui pour la plupart ne repasseront qu'au soir.

Heureusement arrive une amie dont la présence m'accorde une transition douce entre le tourbillon du tournage et le tout-venant de l'après-midi.

L'intermède cinématographique n'était pas prévu. C'est le patron qui a intercepté le réalisateur, sensible à l'offre (bénévole). 


366 réels à prise rapide - le projet
 

 366 réels à prise rapide - les consignes.

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C'était dans le cadre d'une participation à un jeu d'écriture ; mais la présence de l'équipe du tournage avait été réelle. 

Je peux me coucher en (relative) paix avec mon trou de mémoire : il ne me restera que trois films à visionner. Le gag serait que la séquence à la librairie n'ait au montage pas été conservée.


Toi aussi ta planète


    Sérendipité du net, d'un moment libre inattendu (un entraînement reporté que je n'ai pas eu la force de transformer en séance pour un autre sport), et d'une curiosité, voilà que ce matin, regardant une video de l'émission Blow up (1), je me suis interrogée sur Brad Pitt dont c'était le tour d'y être évoqué. 

Je me suis aperçue en effet que je n'avais pour ainsi dire vu aucun film dans lequel il tournait, ou très peu. Pour moi il était surtout le souvenir d'une affiche de ciné-club l'année où les bureaux donnaient rue Grétry et où je l'avais accrochée derrière mon bureau d'une sorte de semi-open space et les gens venaient me voir volontiers. Un jour j'avais pigé que la belle affiche y était peut-être pour quelque chose. Il m'en reste une sympathie pour lui.

Du coup j'ai jeté un œil à sa page wikipédia, je savais (fort) peu de choses, à part que oui, il avait été un moment le compagnon d'Angelina Jolie, qu'ils avaient eu des enfants et en avaient adoptés d'autres, mais qu'ensuite c'était parti dans un divorce compliqué. En fait j'en savais quelques trucs via l'histoire d'une entrepreneuse (décoratrice ? architecte d'intérieur ?) qui avait travaillée en leur chateau français mais qui pour cause de séparation en cours n'avait jamais été payée (2), ce qui avait mis sa petite entreprise en difficulté. Curieusement, je ne me souviens pas si je connaissais cette histoire pour avoir vu un documentaire, entendu une émission à la radio ou écouté une personne qui m'avait raconté ses mésaventures pendant une soirée ou un événement social rassemblant des personnes que je ne connaissais pas toutes. Si tel est le cas, et si cette dame venait à passer, qu'elle ne m'en veuille pas de ne plus rien me souvenir d'autre que la structure de l'histoire : le travail fourni, les clients soudain en séparation, et plus personne pour payer les factures et ce déséquilibre entre une petite entreprise pour laquelle c'est vital et une sorte d'entreprise familiale qui évolue dans une tout autre sphère, où l'argent se brasse avec deux (ou trois) zéros de plus dans les sommes concernées. C'est souvent surprenant, lorsque l'on ne suit pas un certain type d'œuvres ou d'actualités, ce qui parvient jusqu'à soi et de quelles façons.

Puis j'ai repéré cette petite phrase, "On June 2, 2015, the minor planet 29132 Bradpitt was named in his honor" et de là j'ai suivi quelques liens, le temps de comprendre que depuis longtemps on nommait de toutes petites planètes, voire des astéroïdes, d'après des gens (présomptueuse humanité), ce que j'avais peut-être su mais solidement oublié, et qu'il y en avait une liste.

Après, c'était un peu foutu pour ma productivité. Les catégories elles-mêmes sont fascinantes, il y a même un peu de place pour les personnages de fiction. Capture d’écran 2019-05-21 à 15.02.23

 

 

 

 

 

 

 

(1) J'apprécie particulièrement celles de Luc Lagier, son humour, sa voix, sa façon de présenter me donnent de l'énergie.

(2) Ça s'est peut-être arrangé depuis.


Agnès et les patates

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La mort d'Agnès Varda me laisse triste à plus d'un titre. Il y a bien sûr des souvenirs de cinéma dont Visages villages vu à Pirou avec dans la salle des personnes qui avaient participé au tournage pour la séquence concernant leur ville, une inauguration de salle au Méliès de Montreuil, les liens entre "Décor Daguerre" livre d'Anne Savelli et "Daguerréotypes" le film d'Agnès Varda (1975), revu grâce au livre, l'inoubliable "Sans toit ni loi", "Documenteur" qui m'a marquée, et "Les plages d'Agnès" pour ne parler que de peu d'entre eux. Une expo à la fondation Cartier, dont je me souviens avec précision mais pas de la date, de l'année.

Mais voilà, d'Agnès Varda j'ai également un souvenir personnel de ... patates. C'était lors du festival de La Rochelle en 2012, elle était venue (entre autre) pour présenter une installation "Patatutopia", et au petit matin de la Nuit Blanche qui clôturait le festival, les patates nous furent distribuées. 

Je me souviens de m'être ensuite régalée, tout comme quelques temp plus tard avec le poireau de Yolande Moreau. 

C'est un élément de gratitude particulier, en plus des films, du féminisme, des courages quotidiens qu'elle nous transmettait.

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8445499048_aaf4228bae_o(photos prises à La Rochelle le 29 juin 2012)

PS : Une belle interview de Sandrine Bonnaire sur Libé à son sujet.

Lire la suite "Agnès et les patates " »


Grâce à dieu (le film)


    Aujourd'hui je ne travaillais pas en librairie, et avec le gros effort d'hier - journée de libraire + première émission de radio avec des invités -, je devais me reposer.

C'est une chose que le sport pratiqué (presque) quotidiennement m'a appris : il faut s'obliger à des périodes de récupération, si on le peut.

L'esprit, lui, s'est senti assez vaillant pour affronter le rude sujet du film de François Ozon "Grâce à dieu". 


Je ne fais pas partie du public conquis par les films du réalisateur. Il m'est arrivé d'en voir sans déplaisir quelques-uns, mais je ne me les rappelle pas très bien ; je reconnais la maîtrise, les qualités indéniables de direction d'acteurs, seulement ils me laissent de côté. Quelque chose en moi estime qu'ils ne me concernent pas.

Par ailleurs je déteste généralement les réalités fictionnées, narrations partant de faits réels mais romancés. Je trouve que c'est peu respectueux des personnes qui se retrouvent en personnages et si les faits sont récents je me dis qu'une œuvre (livre ou film) peut influer le cours des choses, et que c'est dangereux.

Et puis là : au contraire. J'ai envie de les remercier, toutes et tous pour avoir fait le job, et semble-t-il de façon respectueuse pour les victimes - et aussi pour les présumés coupables, au fond, une part d'humanité leur est accordée -. Je m'aperçois en découvrant un documentaire encore disponible de "Complément d'enquête" que le film de François Ozon a poussé le respect des choses jusqu'à suivre les apparences des membres de l'association "La parole libérée". L'acteur Bernard Verley en vieux prêtre pédophile certes contrit et assumant ses actes, mais qui ne mesure absolument pas l'ampleur des dégâts qu'il a causé à autrui est sidérant de justesse. Je crois qu'on ressent face à son interprétation une sidération qui nous (simples spectateurs) nous donne à entrevoir une petite part de ce que peuvent ressentir les victimes, longtemps plus tard, et c'est déjà beaucoup.

Ce film est un travail remarquable. Il n'y a pas de voyeurisme, les quelques flash-backs des victimes font comprendre plus qu'ils ne montrent. Ils laissent surtout à voir l'emprise exercée par l'adulte sur l'enfant et d'autant plus qu'il a un rôle éducatif et est à ce titre habilité à donner des ordres.

Au delà des graves problèmes de l'appareil ecclésiastique catholique (et de sans doute toutes religions dont les prêtres sont des hommes condamnés à une théorique abstinence), on voit à l'œuvre la difficulté d'être un lanceur d'alertes, l'importance de faire groupe, la volonté générale de toute société de ne surtout pas bousculer l'ordre établi fût-il foireux. Par le biais d'un des personnages, le film pose aussi brièvement la question des victimes d'agresseurs isolés et qui sont encore plus démunies : qui peut croire que ce charmant ami des parents ou voisin est un prédateur, comment identifier d'autres victimes pour s'unir dans une protestation commune et moins contestable ? 

Voir ce film aujourd'hui alors qu'un des responsables qui aurait dû réagir alors et ne l'a pas fait a été condamné à de la prison (avec sursis, certes, mais face à une omerta séculaire, c'est un début), prenait tout son sens. Puissent d'autres victimes d'autres prêtres trouver, grâce à ce film, la force de se rassembler et créer des groupes pour se défendre en commun.


Trop vieille pour Sergio ?

 

    Voilà que je disposais d'une entrée offerte pour l'expo Sergio Leone à la cinémathèque et d'un peu de temps aujourd'hui - week-ends dimanche / lundi sur ma mission actuelle et, hélas fins des cours de danse du lundi (j'en pleurerais) -. Par ailleurs comme elle s'achève le 27 janvier et qu'un somptueux cadeau d'anniversaire me rend mon programme d'expositions à aller voir allègrement chargé - j'adore apprendre et visiter et d'autant plus que ma condition physique actuelle me permet de le faire avec facilité quand jadis je souffrais (1) -, c'était en gros aujourd'hui ou jamais.

L'accueil fut bizarre : un événement d'importance, sans doute une avant-première avec invités de marque se préparait concernant le film Glass, et tout un staff était sur les dents, avec des ordres et des contre-ordres et de la confusion. Le gag étant qu'alors qu'on me questionnait (j'allais voir l'expo, moi, tranquille, sachant où elle était, munie de mon billet) un peu en mode que faites-vous là, j'ai dit que je venais pour l'expo Ennio Morricone et la personne n'a pas relevé, 5ème étage. Lapsus révélateur, de ma part, ô combien.

Ensuite, l'avantage fut que sans doute pas mal de visiteurs potentiels avaient su éviter cette journée particulière, et qu'une fois à l'intérieur on pouvait bien visiter. J'ai pris mon temps pour regarder chaque extrait, écouter chaque morceau. L'expo est plutôt bien faite.

Seulement voilà : j'en savais déjà trop. À part des éléments concernant ses parents, j'ignorais que le père de Sergio Leone avait été lui-même un réalisateur reconnu, du temps du muet. J'ai adoré la photo de classe où figurent les deux comparses - je pense que la moitié du succès des films de Sergio tient à la musique d'Ennio  (2) -. 

Foto_classeSinon, j'ai également appris que l'usage particulier et systématique de la musique sur flash-backs venait de cette équipe. Et que Sergio Leone avait des tableaux remarquables chez lui. 
Je ne savais pas à quel point "Pour une poignée de dollars" était en fait une adaptation western de Kurosawa. Au fond Lance Armstrong n'avait pas tort qui disait que ma foi le dopage s'il n'y avait pas eu recours, il serait resté dans le lot, du coup même s'il a essuyé un revers de fortune, la fortune il l'a. 
Le plagiat c'est le dopage de l'artiste (3). 

La seule vraie révélation pour moi aura été d'apprendre que pour le film Il était une fois l'Amérique, Norman Mailer avait bossé sur une première version et qu'au bout du compte c'était Stuart M Kaminsky mais oui, le "père" de Rostnikov que Pierrot et moi avions tant aimé, qui avait bouclé ce boulot de fou et il y avait même une belle petite interview de lui, avec un air sympa comme tout (no surprise).

Voilà, ce fut tout. Le reste était bien fait, je ne veux pas dire, mais plutôt à conseiller à qui a ce cinéma à découvrir, plutôt qu'à celleux qui ont grandi avec. Par dessus le marché, et même si quand je le ai vus j'ai su admirer le travail, revoir des bribes - pas nécessairement les bonnes, et d'ailleurs pas tant que ça - m'a donné l'impression d'un cinéma de vieux mâles blancs somme toutes assez daté, et combien les héros de ce genre d'affaires étaient ridicules avec leurs postures pan pan j'te tire dessus.  Les chevaux et les grands espaces, j'étais bon public, mais les règlements de comptes à n'en plus finir et les flingues à tout va (westerns ou mafia), ça va cinq minutes.  
Je reste reconnaissante envers ces messieurs d'avoir su divertir mon père, dont la vie n'était pas si facile, regarder "un bon cow-boy" lui mettait du baume au cœur. 

Pour l'expo, j'étais donc un peu "vieille". J'ai en quelque sorte connu ou croisé ces films "de leur vivant" alors qu'ils étaient contemporains, actuels du moment, pas encore muséifiés et érigés au rang d'œuvres ayant marqué leur temps. Elle s'adresse plutôt à ceux qui souhaitent découvrir le cinéma de leurs (grands-)parents. 

Pour finir, la sortie fut encore plus compliquée que l'entrée. Avec un couple âgé de mon âge, nous nous sommes trouvés piégés en suivant les indications du personnel mis ici ou là pour canaliser les petits groupes diffus que nous formions qui repartaient, heureusement un des types de la sécurité a pris l'initiative d'arrêter les absurdités, et nous avions l'air sans doute assez inoffensifs pour n'être pas venus foutre le bazar dans leur méga-événement nécessitant privatisation et service d'ordre à cran. Il a levé une barrière et nous avons pu accéder à une sortie.
Ce serait sympa, même si des personnes très importantes sont attendues pour après, de ne pas considérer les visiteurs paisibles comme des fauteurs de troubles. 

Je suis repartie avec des souvenirs de mon père. Ceux paisibles, où il regardait un western à sa télé. Et où j'entendais de ma chambre adjacente la musique d'Ennio Morricone en faisant mes devoirs. 

 

(1) Si on m'avait dit qu'un jour que :

1/ le froid ne serait plus une torture juste une sensation pas très agréable à l'extérieur de la peau 
2/ la station debout prolongée ne me poserait plus aucun problème de tête qui tourne et risque de tomber dans les vappes
3/ le piétinement nécessaire à une visite de musée ne me ferait plus mal nulle part, que je n'y penserais même pas.

jamais je ne l'aurais cru. Et puis voilà, beaucoup de sports, d'entraînements, un nouveau métier physique, un corps qui s'est musclé et pour le froid un état de choc émotionnel il y a quatre ans qui a modifié quelque chose dans mon métabolisme joint aux effets bénéfiques de la ménopause sur l'anémie chronique et incurable qui est la mienne, et ma vie quotidienne est devenue plus facile.
Je ne dis pas que ce fut une partie de plaisir, par exemple les touts premiers mois de librairie j'avais de fortes douleurs aux jambes et lors de la reprise de la natation en 2004 j'ai eu toute une période où je souffrais tant de crampes que je terminais chaque entraînement au pull-buoy, mais bon rien (ou presque) ne résiste au travail et les efforts entrepris ont été un gain formidable de confort dans ma vie, sans même parler de participer à des courses et autres événements frétillants.  

(2) Et que d'avoir pu passer mon bac dans un état de coolitude absolue était due en grande partie à la diffusion de Mon nom est personne à la télé le dimanche après-midi précédent (et donc à la musique d'Ennio aussi) et à la diffusion de grands films cette semaine-là dont Rebels without a cause le jeudi matin juste avant l'épreuve de physique, que j'ai traversée en la compagnie persistante de James Dean, Natalie Wood et Sal Mineo. 

(3) Après, et comme c'était semble-t-il totalement assumé, il s'agit autant d'inspiration ou d'adaptation que de plagiat. 

compléments : un article sur l'enfance d'Ennio Morricone
une belle émission de France Culture préparatoire à l'exposition avec elle-même d'autres liens dedans.