La fin de la grande bafouillation

 

En réécoutant pour le partager avec une amie l'interview téléphonique de Patrick Modiano juste au moment de son prix, je me suis soudain souvenu combien il n'était pas si aisé pour moi de prendre la parole à voix haute (en dehors du cercle familial ou amical, car j'ai cependant toujours aimé faire marrer, y compris et surtout à mes dépends) jusqu'à l'époque où j'ai fait partie du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Et qu'alors j'étais souvent sollicitée en tant que non-journaliste (j'étais en ce temps-là employée dans une banque) et non-relation personnelle de la journaliste, bref quand il fallait incarner le soutien populaire (1). Que c'était très flippant parce qu'il ne fallait rien dire qui risquât de fâcher les décideurs en présence, des intermédiaires probables aux preneurs d'otages, mais que si une bribe parvenait aux prisonniers elle devait être réconfortante. Alors j'ai fait de mon mieux, à chaque fois qu'il le fallait. Et cet effort a déchiré comme une sorte de rideau intérieur qui gênait ma parole orale, quelque chose dans l'organisation du cerveau, ou plutôt comme on ouvre le rideau de scène au théâtre et soudain il n'y a pas le bout de scène juste devant mais toute la profondeur et comme j'avais une raison supérieure d'y parvenir et les amis qui m'encougeraient, me disaient que c'était très bien en fait, alors voilà soudain j'ai eu l'entière possession de mes capacités de prise de parole.

Le temps du comité a passé mais cette compétence est restée, au point que je rêve de faire de la radio pour parler de films ou de livres. Et que façon de parler hein, simplement à mon niveau, c'est comme si j'avais pendant 40 ans ressemblé à Modiano et que d'un seul coup je m'apercevais que je ressemblais à Pivot, je veux dire dans l'expression orale. Ç'en était fini pour moi de la grande bafouillation.

Ça reste et restera toujours très étrange pour moi tout le bien que m'a fait l'existence de ce comité de soutien et d'en être, alors qu'il s'agissait d'un malheur. Et combien c'est bizarre de devoir du bon de sa propre vie et en tout cas de grands progrès personnels à un coup dur qui aurait pu virer à la tragédie. Le paradoxe que c'est de devoir sa chance à une malchance.

 

 

(1) La première fois que j'ai pris la parole c'était place de la République il faisait moins quelque chose j'étais congelée, un journaliste de télé ou radio (2) passait le long des manifestants et désespérait de trouver quelqu'un qui accepte de parler et ne soit pas un collègue, Y a-t-il quelqu'un qui ne soit pas journaliste ? demandait-il en vain alors j'ai dit Oui, moi, parce que je pensais que lui aussi devait avoir super-froid et que plus vite il trouvait plus vite il pourrait rentrer au chaud. Et à peine après l'avoir dit je me suis traitée de dingue en mon fort intérieur, je savais que causer officiellement n'était pas mon truc, écrire, oui, mais causer, non.

(2) En l'écrivant ça m'est revenu c'était pour France 3 les infos régionales.


Trente ans sans (Trente ? Trente !)

(billet écrit en dormant)


    L'homme (1) parlait de Venise élégamment, comme quelqu'un qui aime la ville, en reste extérieur mais n'est déjà loin s'en faut plus un simple touriste. 

Il évoque des lieux.

Je me les remémore. Je connais Venise, j'y suis allée.

Une fois. 

C'était il y a un moment déjà. Pour le Carnaval. Nous étions étudiants. Ah oui alors ça fait vraiment un moment. Février 1984. Il avait neigé. Tu n'as jamais eu aussi froid de ta vie. D'habitude lorsqu'il fait froid on reste à l'abri. Mais là on profitait de la ville, de l'ambiance du Carnaval. On marchait le long des canaux. Tu superposais tous tes vêtements. Pourtant tu claquais des dents. 

Tu avais faim. C'était idiot : vous deviez partir avec un couple d'amis l'idée de Venise c'était d'eux qu'elle venait. Mais tout était trop cher. Ils s'étaient rabattus sur Vienne. Vous, au dernier moment aviez bénéficié d'un désistement, c'était ta mère qui avait vu l'annonce dans le journal, train + hôtel. Même à prix cassé ça dépassait votre budget étudiant. Mais tu n'étais pas du genre à laisser filer une chance, ta philosophie était déjà Ni remords ni regrets. Et de n'en pas éprouver en ne faisant rien qui porte préjudice à autrui ni à la vérité et en ne laissant passer aucune chance sans la tenter. Ça n'est possible qu'en temps de paix.

À ne pas saisir l'opportunité des deux places libérée, tu aurais regretté. Alors Venise, les billets de dernière minute, hop, vous y êtes allés. Mais il n'y avait pas d'argent restant, presque rien, pour manger. Vous mangiez pour deux au petit-déjeuner, qui faisait partie du forfait ; puis tentiez de tenir le coup jusqu'au plus tard possible. 

Le seul luxe fut un chocolat chaud chez le fameux Florian

Donc pour toi Venise c'est la faim et le froid (2). Mais c'était tellement beau quand même.

Vous vous étiez, comme pour Roma, bien plus tard, dit bien sûr, On reviendra.

Et puis plus aucun moment favorable ne s'est présenté, aucune proposition, aucune période pourvue simultanément de temps libre et d'argent. Les festivals de cinéma (La Rochelle et Arras, avec des films qui montrent la vie ailleurs) sont venus se substituer aux voyages que nous n'avions pas les moyens de nous accorder. 

Si nous parvenons (courant 2015 ? si tout va vraiment très bien (rien n'est moins certain)) à sortir du rouge, toutes dettes amicales remboursées, je crois que le premier voyage sera pour la famille à Turin. Puis pour Bruxelles et les amis qui y vivent (et retourner nager dans la piscine de mes rêves ; acheter quelques habits chez le boutiquier hypermnésique ; peut-être éviter de retourner dans l'hôtel dont le portier de nuit/soirées a toutes les raisons de me prendre pour une grande séductrice (3)). Et Toulouse aussi où je n'ai pas pu honorer une invitation par manque d'argent. Je retournerais aussi volontiers à Marseille où des amis me manquent aussi.

Alors Venise, ou Rome, ou la Toscane, à moins d'un coup de chance, c'est encore très loin.

Mais il ne faut pas être triste, si l'on m'avait dit il y a trente ans que je serais encore là trente ans plus tard pour en parler, deux enfants jeunes adultes, une condition physique très honorable, un parcours professionnel vers ma passion des textes, et qu'il y en aurait d'autres (des passions), je ne l'aurais pas cru. Il n'y a guère que la persistance de la dèche (ou plutôt : le retour vers) qui m'aurait paru plausible.

J'espère quand même y retourner, qui sait.

 

(1) Il s'agit de Thierry Clermont qui ce soir à La Libreria présentait son livre "San Michele"

(2) Sauf au matin du dernier jour, soleil radieux, chaleur, caffé en terrasse dans une partie ensoleillée, et ce bonheur-là est resté ancré. Vous étiez amoureux. Jeunes. Fatigués mais en forme. Aucun des chagrins communs, aucune des difficultés majeures ne vous avait encore frappés. Pour autant the Inner Voice, l'aide des aïeux, la sagesse ancestrale des petites gens, m'avait ordonné Profite à fond de cet instant, tu n'en auras pas tant. J'ai obéi. Et trente ans plus tard reste encore intact un souvenir pur, un momento perfetto dans lequel puisser une bouffée d'énergie. Il fallait juste un peu surveiller l'heure pour ne pas manquer notre train.

(3) Dans la comédie à l'italienne qu'est ma vie, cette histoire mérite une scène centrale, un peu. Dans ma collection d'apparences trompeuses elle tient le haut du pavé. On peut vraiment par inadvertance passer pour le contraire de ce qu'on est.


Retour vers le passé du futur


    Et voilà donc qu'avec cette révolution au Burkina Faso déjà mutée en coup d'état, j'ai passé, malgré un travail sans trève, la journée à me débattre contre une sensation mentale d'être en 1987, que vers le soir, enfin ça allait mieux, j'étais de retour en 2014, sans trop de sensation de dé-réalité (1), que j'étais pleinement là pour communiquer avec ma petite famille sur le mode de retour - je cherche un vélib -, que toujours respectueuse de la consigne de la cycliste aguerrie qu'était (qu'est toujours ? À moins qu'elle ne soit passée au taxi) V. "En vélo dans Paris, il faut être attentive", j'étais concentrée sur mon trajet. Bref, j'étais bien vendredi 31 octobre 2014 de plain-pied. Ouf, sauvée (1 3/4).

Puis je suis arrivée au carrefour de la Porte Maillot. Lequel comporte des zones cyclables, certes un peu gymkhana, mais qui protègent du redoutable rond-point. Mais elles possèdent un inconvénient : un des feux rouges est fort long. J'y attendais donc, et regardais le paysage ; je savais avoir le temps.

C'est alors que j'ai vu sur la façade du Palais des Congrés, une immense affiche pour un prochain spectacle de 

CHANTAL GOYA

J'ai cru que j'étais réellement repartie dans les années 80 du siècle passé. Le vélib avec lequel je circulais, je sais leur mise à disposition datant de juillet 2007, m'a sauvée. Ça n'aura duré qu'une fraction de seconde de vaciller. D'être perdue dans le temps. Fractionnée.

Ce bref voyage digne des passagers du chronogyre, m'a rendue en rentrant consciente de façon plus aigüe qu'elle ne l'est déjà, de l'importance que l'écriture a pris dans ma vie, du poids des rencontres décisives (avec V., avec F.) même si elles se sont pour moi terriblement mal finies (2), de l'attachement à mes enfants (dont en 1987 j'ignorais l'existence ultérieure), de quelques très belles expériences qu'il m'a été donné de faire, du bonheur qu'est l'usage de l'internet, cette eau courante du lien au monde et des amitiés nées depuis.

Je n'ai donc pas été si malheureuse d'avoir été destabilisée. Il n'en demeure pas moins qu'ouvrant le petit livre de Sylvain Prudhomme que Frédéric Forte m'a conseillé, "L'affaire Furtif" et tombant d'entrée de jeu sur cette phrase 

"L'amnésie d'une époque n'a d'égale que la brutalité de ses réminiscences"

je me suis sentie, comment dire, en plein dans le mille concernée.

(ce petit bouquin promet)

 

(1) Celle qui est mon lot depuis la rupture subie en juin 2013. Heureusement qu'il y a les amis et les réseaux sociaux, je serais sinon comme un petit bouchon de liège flottant dans l'espace-temps. Bizarrement le boulot n'aide pas, séquelles des années d'"Usine" que j'ai traversées comme des plages de non-vie. 

(1 3/4) Pour les initiés qui s'inquièteraient, il est prévu que je vois lundi Simone. Par précaution.

(2) Et je suis pour l'instant incapable d'en faire quelque chose comme le "Pétronille" d'Amélie Nothomb. En partager les bons moments, et les drôleries, remercier au passage les amis (ce si bel hommage qu'elle offre aux amis de l'Astrée), m'arrêter à l'instant où je me fais flinguer. Garder pour moi les conséquences funestes.


Toussaint, en es-tu ?


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Cette révolution au Burkina Faso et qui m'a prise au dépourvu - j'avais vaguement capté que Blaise Compaoré s'apprêtait à faire voter son droit à rempiler, j'ignorais que l'opposition fut (si) vive et donc voilà je suis au boulot, on interroge l'internet pour savoir qui a emporté le prix de l'académie française (1) et je tombe sur une brève qui dit Ouagadougou parlement en feu (ou la television, ou la mairie) puis un article qui stipule "Après 27 ans de pouvoir, Blaise Compaoré [...]" -, plonge le pays dans un chaos que l'armée a semble-t-il déjà préempté et ma petite personne si loin de là en espace et en temps dans un drôle d'état.

J'ai bien tenté de me la jouer, Mais voyons, c'est loin, tu n'y connais plus personne, ça ne te concerne pas, tu n'as jamais vraiment vécu là-bas - qu'une succession de séjours toujours trop brefs pendant deux ans, et dont tu passais la moitié, malade, au lit, cette santé fragile qui fut la tienne jusqu'à la quarantaine -, une simple phrase d'un flash d'infos "Tout va très vite au Burkina Faso", exactement l'une des mêmes que tu entendis autrefois, t'as replongée dans le passé, l'angoisse du temps d'alors, mon fiancé là-bas, tout près d'où ça se passe, et moi coincée à Paris toutes communications coupées, à en pleurer.

Prise par surprise par mon propre passé.

Et l'homme qu'il est devenu, qui sur place a eu certes peur mais un soir, et la journée d'après, puis comme les autres a attendu que ça se calme, tout en devenant champion au Trivial Pursuit, jeu en vogue en ce temps-là, les parties qu'ils enchaînaient dans le coin du campus où vivaient les expats pendant le couvre-feu, a pris lui la nouvelle avec une sorte d'amusement étonné, et quand même un étonnement dû à l'ampleur du temps écoulé - vingt-sept ans -.

Je suis, comme pour Florence Aubenas, celle à qui il n'est rien arrivé, celle qui est toujours à Paris, mais que ça a, à distance, essoré. Celle à qui ce qui est survenu a changé la vie, alors que rendu à son quotidien la personne principale, la personne réellement concernée, a poursuivi son trajet.

C'est curieux.

J'ai dû aller me coucher. Perdue quelque part au moi de mon siècle dernier, dans l'Afrique formidable telle qu'elle m'a été donnée, l'importance que ça a eu pour moi, la sagesse, l'appartenance à une même humanité et la force des femmes.

Ce matin, je croyais que ça allait mieux, que je m'étais calmée. Et puis j'ai vu cette photo. "Dad". 

À l'époque, celui qui travaillait pour le fiancé (il convenait d'employer au moins une personne sinon c'était refuser de participer à l'économie locale) s'appelait Pascal. C'était un homme discret, d'une efficacité stupéfiante, il donnait l'impression d'aller lentement mais effectuait tout très vite, j'imaginais presque un pouvoir magique lorsqu'il revenait de faire la lessive (à la main) tout propre tout bien et qu'il me semblait qu'il venait d'y aller. Moi très désemparée, ne sachant pas ne pas proposer d'aider, je ne sais pas avoir quelqu'un qui fait le travail à ma place fors qu'il soit de ma famille qu'on soit de la maisonnée. Un cuisinier hors pair.

Et voilà que lui était né, il s'était à peine absenté, était revenu quelques jours après avec un immense et bon sourire, un petit garçon. 

C'était un 1er novembre, ça sera son anniversaire demain.

Ses parents l'avaient appelé Toussaint. 

Toussaint doit avoir 28 ans si je compte bien. Puisque le coup d'état précédent en a 27 et qu'il me semble que sa naissance c'était l'année d'avant. Toussaint, s'il a grandi, si tout s'est passé bien pour lui est peut-être l'un des jeunes hommes que l'on voit sur ces images, et ses parents inquiets qu'il en soit.

Bon sang de bois.

  

(1) Adrien Bosc pour "Constellation"

PS : L'inscription sur le tee-shirt dit "DAD, you're my [mot illisible] I love you MAN" 

source photo : foreignpolicy.com (mais je n'ai pas su trouver le nom du photographe)


Journée de rêve il y a deux ans

En triant mes photos et en cherchant à les légender, car la mémoire est incertaine deux ans après, j'ai retrouvé cette note de mon carnet de bord

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Je me souvenais qu'octobre 2012 avait été une période faste, je me croyais aimée, on me proposait une piste formidable de travail (1), nous participions à la librairie à l'allumage du succès fou de "La vérité sur l'affaire Harry Québert" et à la maison tout le monde semblait bien aller.

 

Je ne pensais pas qu'il y avait eu des journées magiques à ce point, un vendredi 19 où tout s'était goupillé bien, comme dans un (beau rêve).

Et comme souvent en pareil cas : tout occupée à vivre à fond le bon, j'ai relativement peu de photos. Et de la soirée, qui avait constitué une sorte de point d'orgue  PA190160

seulement deux.

 

 

 

(1) Pour laquelle hélas il aurait fallu que je fusse fortunée sinon entrepreneuse dans l'âme. L'expérience m'aura valu au moins quelques grands moments, obligée à rédiger un truc à fin professionnelle, fait rêver, permis de constater une fois de plus que j'avais des amis formidables et de rencontrer un homme hors du commun. Elle m'aura permis de mesurer l'écart des mondes financiers dans lesquels nous pouvons vivre alors que culturellement le niveau est voisin. Enfin d'être confrontée à ce que je pourrais éventuellement faire si, m'a permis de consolider cette embarrassante certitude que ce qui me convient c'est d'écrire (et ce qui m'aurait convenu de faire des films, mais là il aurait vraiment fallu d'autres coups de pouce, un autre milieu d'origine que le mien, une santé solide)

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Incrédule

Je n'arrive pas à croire que j'en ai fini avec le léger souci de conséquences imprévues d'éventuels actes amoureux. Je n'arrive pas à croire que je n'aurais plus à dépenser d'argent tous les mois. J'ai retiré de mon sac les protections de précaution. Je n'arrive pas à croire que je n'en aurais plus besoin. Je n'arrive pas à croire que je n'aurais plus ces douleurs épisodiques qui, certes, étaient par chance tout à fait supportables mais quand même épuisaient.

Je n'arrive pas à croire que je ne dépends plus d'aucun approvisionnement chimique en ce moment. Quelque chose en moi craint qu'une maladie n'arrive, histoire que j'ai quand même à nouveau un truc à prendre.

Comme je me sens en forme, du moins le plus en forme possible à mon niveau, je reste frappée d'incrédulité quant à la perspective d'une période sans aucun tracas et durant laquelle pour autant je serai encore parfaitement opérationnelle.

Je me sens au maximum de mes possibilités avec plus rien pour entraver.

Je n'arrive pas à croire que ça puisse durer.

Je n'arrive pas à croire que j'ai (si bien) survécu.


"Plus tout ça s'emmêle ..."

 
 En lisant ce billet chez @docteurmilie je viens de prendre conscience que ça avait fait dix ans cet été que j'avais commencé à bloguer (1). Et qu'au début, oui j'avais éprouvé un brin ce qu'elle décrit, comme isolement par rapport au milieu professionnel ou amical ancien, comme hésitations. Sentiments de faire partie d'un lot de pionniers.
Sauf qu'à la différence du cas des médecins, avec mon job de l'époque il n'y avait pas de secours à attendre, et que les seules interférences eussent pu n'être que dommageables, étant donné qu'on entrait dans les entreprises à l'ère totalitaire : même hors du boulot il ne fallait pas véhiculer une image non conforme, uniquement ressembler à ce que les agences de com voulaient faire croire qu'on était - alors que déjà aussi de plus en plus de tâches se trouvaient externalisées : et donc si tant est qu'il y eut jadis une culture d'entreprise elle était en voie de disparition -. 

Il n'en demeure pas moins que les étapes : vie parallèle puis enfin mélangée, l'incrédulité des amis et connaissances puis le fait que peu à peu ils s'y mettent, j'ai connu ça aussi.

Bien sûr il y a de nombreux dangers d'interférences défavorables, ne serait-ce que parce qu'en publiant en ligne même la plus anodine des photos de famille on s'expose et que si quelqu'un à un moment veut nous nuire (2), ou vous veut trop de bien (3), il peut alors le faire d'autant plus facilement. Mais pour l'instant et en dix ans je n'ai été responsable que d'un seul #fail public et encore parce que j'étais par conséquence de ce que j'avais subi en plein désarroi et qu'il y avait eu un enchaînement de circonstances improbable par là-dessus (4).  P6213430

 Il y a eu les amis, des incrédules du début - comment, tu te commets, toi adulte et responsable, avec des choses de l'internet, ce lieu de perdition des adolescents ? -, qui ont disparu de ma vie. Certains autres qui comprenaient pour partie mais pour lesquels il existait des frontières excluantes (twitter c'est bien facebook c'est mal ou l'inverse ; facebook ça va encore, mais bloguer, quelle idée insensée ?).

Pour la plupart d'entre eux les perdre par progressif éloignement a peu compté face à l'enrichissement de ma vie que les rencontres très vite effectuées liées à la vie de l'internet qui n'était pas si coupée de l'autre que les effrayés le croyaient, ont permises. Ce fut l'accès dont je me régale tant qu'il peut perdurer, à une immense chambre à soi (la Grande Bibli), ce fut tout ce(ux) qui a (ont) changé en bien ma vie, ce(ux) qui me sauve(nt) dans les périodes où les difficultés s'accumulent comme les nuages très gris. Ceux avec qui j'ai partagé et partage encore même si ma #viedelibraire et le déglingage de chez moi limite les possibilités d'heureux et joyeux moments. 

La semaine passée, encore un opéra (par exemple).

Alors oui, tout comme @docteurmilie je pense en souriant que "plus tout ça s’emmêle, plus je trouve ça chouette…"

 

[photo : 21 juin 2013 devant la cinémathèque, les majorettes taïwanaises #monfailétaitsomptueux ]

(1) Dix ans en septembre que mon père est mort et j'avoue n'y avoir pas pensé, vaguement en août à un moment calme. Parents, ne mettez pas la pression sur vos mômes, laissez-les vivre et faire leur propre chemin, quitte à les ramasser quand ils se sont plantés, le vrai boulot de parents est d'être un bon secours et indulgent. Sinon voilà, votre disparition si elle précède celle de vos descendants sera perçue avec plus de soulagement que de chagrin.
C'est triste. 

(2) Je pense ce matin plus particulièrement @pierrehaski à nouveau la cible comme certains de ses collègues l'ont été (le sont encore ?) d'un hacker aux attaques insensées. Et comme il nuit de loin, il semble impossible à arrêter.

(3) Dans un registre bien moins grave je songe aussi à la personne qui s'était mise à me stalker (il manque un mot je crois en français) et combien, alors qu'elle ne semblait pas pourvue de mauvaises intentions, ça devenait flippant - et ce d'autant plus que je ne suis pas une personne publique ni équipée d'aucun pouvoir de par ma place (et d'ailleurs quelle est-elle ?) dans la société, il n'y a donc aucune raison à vouloir se faire passer pour un(e) de mes ami(e)s -.

(4) La réalité a infiniment plus d'imagination que ce qu'on imagine. Le coup de la grève CGT à la BNF suivie de la démonstration de majorettes taïwanaises, je n'oublierai pas.


De la circulation à vélo dans Paris et ses surprenants dangers

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Comme je n'attendais que ça, de pouvoir circuler dans Paris à bicyclette, j'ai dû m'abonner aux vélibs dès 2007. Je les utilise une à deux fois par jours, sauf par très mauvais temps où lorsqu'il y a des tracas d'intendance ou des stations entièrement vides. 

Je suis vraiment très heureuse qu'ils existent, leur mise à disposition a changé (en fort bien) ma vie. 

Elle a aussi par deux fois failli changer ma mort. Ou plutôt le fait de circuler en deux-roues alors que certains automobilistes sont fous a failli par deux fois précipiter mon décès.

La première fois c'était avenue de Clichy dans le sens descendant, j'avais un peu d'élan et soudain un automobiliste devant moi, sans prévenir le moins du monde ni regarder que quelqu'un venait en face (une voiture dont le conducteur avait par bonheur des réflexes parfaits) et un vélo et d'autres véhicules derrière, avait entrepris un demi-tour que rien ne laissait prévoir. J'avais esquivé comme un torrero le taureau il s'en était fallu d'un ou deux cheveux.

La seconde fois, c'était ce matin, non loin de la station de RER Henri Martin alors que je pédalais paisiblement vers le Trocadéro, dans la piste cyclable bien délimitée qui se trouve en cette avenue. Un car de touriste progressait à vitesse normale dans sa voie, de l'autre côté de la bordure. Un grand 4x4 le suivait qui a soudain décidé que ça n'allait pas assez vite pour lui et l'a doublé en chevauchant la piste cyclable, mode le tout-terrain se moque des bordures, tralala. Le hic c'est qu'il se moquait aussi qu'un vélo y soit.

J'ai eu la double chance de rouler tranquillement et d'avoir hérité à la station Henri Martin d'un vélo en bon état. Le freinage fut donc suffisant et efficace. Ils étaient juste un peu, très peu, devant moi. 

Comme la première fois c'est après coup que j'ai eu les conséquences physiques, le cœur un peu rapide, les jambes un brin molles. Dans la journée plusieurs fois, je me suis sentie surprise d'être encore là.

Ce qui est significatif de quelque chose, mais j'ignore de quoi, c'est que les deux seuls accidents que j'ai failli avoir en sept ans correspondent à des comportements erratiques d'automobilistes qui se croient seuls au monde et vraiment tout permis. Comme tous les cyclistes citadins j'ai subi mon lot d'ouvertures de portières, feux grillés par les autos, priorités non respectées ... Mais comme il s'agissait de mauvaises conduites prévisibles, je m'y attendais et j'avais pu sinon voir venir du moins micro-anticiper. Je n'avais pas eu le temps d'avoir peur, simplement de me dire Mais ils ne pourraient pas faire attention ! et puis c'était passé.
Ces deux dangers violents sont d'un autre ordre. D'être confrontée sans carrosserie à des pilotes sans neurones (ou mal branchés).

Il faut croire que j'étais dans l'un de mes jours de survie.

Que ce billet ne dissuade par ceux et celles qui sont prêts à se mettre au vélo dans la ville de le faire. Pour dangereuses que ces deux expériences aient été, il n'en demeure pas moins qu'elles ne sont que deux sur de nombreuses heures de circulation réparties sur des années. Et que globalement dans Paris, depuis quelques temps les automobilistes dans leur relation aux cyclistes ont fait de nets progrès. Certain(e)s s'accordent même la classe d'être parfois courtois, de nous laisser des passages qui n'étaient pas requis afin de ne pas interrompre l'élan, d'attendre d'avoir la place pour nous dépasser au lieu de nous frôler. Les vélos ont leur place dans la ville désormais. Et je suis particulièrement contente de pouvoir ce soir en témoigner.

[photo : la piste cyclable sur laquelle je roulais]


À 50 ans elle découvre enfin quel est son super-pouvoir

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Nous avons tous au moins une addiction et un super pouvoir. Proserpine, habitante de Clichy la Garenne savait depuis l'âge de 8 ans que son addiction était la lecture. Ce qu'elle n'a découvert qu'à 50 c'est que son super pouvoir était de passer commande à la rue de ce qui lui manquait comme objets courants de la vie quotidienne. Il y avait déjà eu plus d'une fois quelques jolies fortunes d'encombrant. Ainsi ce siège pour poste de travail informatique trouvé 2 jours après s'être fait la remarque que celui du fiston était vraiment trop usé. Une chaise trouvé au surlendemain d'avoir usé jusqu'au vide la paille de la sienne. Un carton plein d'enveloppe à la veille de devoir effectuer un envoi en nombre - pas tout à fait au bon format les enveloppes mais néanmoins utilisables -. Mais la confirmation qu'il ne s'agissait pas simplement de hasard est arrivée en ce 31 juillet.

Elle avait en effet perdu ou égaré son porte-monnaie quelques temps plus tôt. Leur dernier moment commun identifié fut lors que l'affranchissement d'un courrier destiné à la Sécurité Sociale et qu'elle avait cru pouvoir déposer dans la boîte à lettre de cette administration. Cette dernière venait hélas d'être condamnée et il avait fallu filer à la poste afin d'affranchir la lettre. Les derniers centimes du porte-monnaie y étaient passé. Peut-être parce que si vide et devenu trop léger, il avait disparu dans la foulée (tombé sans faire de bruit ?). Il convenait donc d'en racheter un. Comme il n'y avait rien ou peu à mettre dedans dans l'immédiat, elle avait décidé d'attendre le début d'août.

Par ailleurs ayant entrepris quelques rangements et une collection de documents officiels récents à classer elle avait noté la nécessité d'acquérir des pochettes transparentes perforées. L'urgence n'était pas telle qu'il fût impossible d'attendre le début du mois suivant pour engager cette dépense.

Il s'est trouvé que dans une petite poubelle des beaux quartiers, soigneusement déposé près d'une poubelle officielle, un de ces sacs cartonnés de restauration rapide (dans lequel restait aussi canettes et paquets de gâteaux vides et quelques autres vrais déchets, mais propres, de ceux que selon les villes on peut ou non recycler), elle a dégoté très exactement un porte-monnaie (aussi vide que celui enfui, il ne faut pas (trop) rêver, et un sachet au 3/4 pleine de ces pochettes transparentes perforées. Comme si un ange de Wim s'était chargé de la liste de courses et sans attendre le 1er. Le porte-monnaie était usé ce qui pouvait expliquer sa disgrâce mais les pochettes neuves et propres. Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à jeter dans cet état prêt à l'emploi un tel article de papeterie ?

En attendant de pouvoir résoudre cette épineuse question, Proserpine sait désormais que son super pouvoir est de pouvoir par une simple pensée de bonne ménagère contacter un père noël secret de la cité et le faire en dehors de toute saisonnalité.

 

PS : Le prénom a été modifié

 

*            *             *

 

PS' : Pour un peu je regretterais de n'avoir pas eu de d'achat différé plus ambitieux

Boutade à part, j'ai vraiment trouvé ces deux éléments à la veille d'entreprendre de les acheter car ils manquaient.

Et par ailleurs jeté dans un sac près des poubelles de l'immeuble du lieu de travail, un sac à main, lui aussi légèrement usé mais encore très correct, et qui ressemble de façon troublante à celui que dans un douloureux rêve récurrent de ces denier temps j'hérite avec une sorte de mission de devoir faire bon usage de ce qui est dedans. Celui trouvé ne contenait rien (pas même un carnet rouge), mais c'est vraiment LE sac de ces songes à répétition, par ailleurs assez violents. Si seulement l'avoir trouvé permettait leur disparition ça serait un soulagement. Même de façon onirique, je ne tiens pas tant à me venger du mal qu'on m'a fait. Les états belligérants du moment nous montrent suffisamment quelle spirale infernale s'enclenche dès qu'on s'y laisse aller.