Comme une sorte de blague à retardement (Jacky Schwarzmann, "Pension complète")

 

Fullsizeoutput_1799  Persuadée que tel était le cas, j'ai commencé à lire "Pension complète" de Jacky Schwarzmann, comme un polar luxembourgeois qu'une amie m'aurait conseillé.

Seulement à la fin du chapitre 4, le narrateur se retrouve envoyé sur la Côte d'Azur pour cause d'ennuis qui lui pendent au nez et de personne de son très proche entourage qui peut lui permettre de se réfugier dans un yacht à Saint Tropez.

C'est alors que sa voiture tombe en panne et qu'il se trouve obligé de se loger à côté du garage où elle doit être réparée.

Le voilà donc qui page 46, débarque au camping précis où mon club de triathlon avait son stage en avril, tous les détails y sont et j'ai tellement ri (1) que j'ai dû interrompre ma lecture. 

Remise de l'effet bonne blague, j'ai poursuivi ma lecture, très facilement car dans la catégorie polar déjanté et drôle quoiqu'assez pertinent sur ce qu'il dit de la société, ce roman tient la route, et voilà que page 117 deux des protagonistes se mettent à causer triathlon et par n'importe lequel, le Xterra en France dans lequel l'un des coachs de notre club s'est illustré récemment et qui présente la particularité de consister en un parcours VTT pour le vélo et trail pour la CAP.

Arrivée à ce stade, j'ai cru que Jacky Schwarzmann était le pseudo de quelqu'un du club qui aurait participé au stage, ainsi qu'au Xterra, de l'année passé. La qualité de certains compte-rendus de courses rédigés au sein du club rendait l'affaire plausible. 

Une fois de retour devant l'ordinateur j'ai pu constater que ça n'était pas le cas, Jacky Schwarzmann est un écrivain de l'est de la France et qui vit à Lyon, si j'ai bien compris. Par ailleurs je suis parvenue à retrouver l'article qui m'avait menée jusqu'à la lecture de ce livre : non pas un conseil d'ami·e mais un billet sur l'excellent blog Encore du noir.

Je me suis donc une fois de plus fait une blague à moi-même puisque l'info des lieux et du camping y était. Mais tout simplement lors de ma lecture de la chronique, je n'avais pas percuté - au stage j'étais simple participante et je ne me suis préoccupée du lieu qu'au moment de m'y rendre, son nom ni la région ne m'étaient familiers -.

En attendant j'ai découvert le travail réjouissant d'un auteur que je ne connaissais pas, mais dont j'ai l'impression qu'il s'est appliqué à me faire une bonne blague personnellement à moi. Merci pour le grand éclat de rire et le chouette moment de lecture, en tout cas.

 

(1) Parce que l'environnement me rappelait tellement le village dans Le Prisonnier que je n'avais pas pu m'empêcher de jouer à imaginer quelques intrigues polardeuses pendant que lors des différents entraînements je courais. 

PS : Un blog à présent abandonné, une émission sur France Culture, une balade littéraire sur Radio Nova : j'aurais pu lire ce roman plus tôt, mais ç'eût été moins rigolo. Et peut-être que j'eusse été moins détendue au camping pendant le stage si ma lecture avait précédé le séjour ;-) :-) . Parfois la vie se goupille bien. 


Se prendre en compte

 

    Il aura donc fallu un vol stupéfiant (1) et qu'on me demande si j'avais des factures pour que je prenne conscience d'à quel point soucieuse de ne pas dépenser de l'argent que je n'avais pas, ni de surconsommer, aimant aussi trouver une utilité aux objets qui m'échoient, je me traitais un peu mal et qu'il était grand temps que je pense à moi. 

Je faisais durer depuis des mois mon petit Mac Book Air parce qu'il avait une valeur affective et par souci d'économie, mais de fait je me privais d'un fonctionnement normal, ça faisait longtemps que je n'avais pas sérieusement "développé" mes photos parce qu'il saturait. L'écran était devenu trop petit pour ma vue déclinante.
Je faisais durer depuis des mois mon sac à dos d'ordi. Je l'avais obtenu dans le cadre d'un programme de fidélité de ma banque à présent changé pour un système de cashback qui ne me sert pas, puisque j'achète peu ou par nécessité immédiate et donc sans choisir où. Il était troué en dessous, les fermetures éclair se rouvraient.  Il n'était plus tout à fait sûr. 
Des pochettes qu'il contenait, une seule correspondait à un achat - elle était si pratique et je la regrette -. Les autres étaient plus ou moins des petites trousses publicitaires. L'une imperméable venait de chez ma mère. Dommage, sa seconde vie n'aura pas duré. 
Le portefeuille était une réclame d'il y a des années. J'en avais pris l'usage en 2009 lorsque je m'étais fait voler un autre que j'avais et que j'aimais bien.
Le cordon du téléfonino qui m'a été volé correspondait à mon nouvel appareil qui est un "faux gratuit" de mon opérateur.

Bon, la souris de l'ordi. était aussi un achat mais depuis quelques temps elle avait un faux contact, par moments. 

Mon fils a pu me dépanner fort gentiment d'un ordi immédiatement. Il s'était facilement offert ce que je reportais pour moi. Certes, il gagne sa vie depuis qu'il est apprenti et participe volontiers aux frais de fonctionnement de la maisonnée, mais pourquoi est-ce que j'admettais de me priver d'un outil en pleine forme alors que nous sommes quatre dans ce même logis. 

Mes autres objets achetés et volés étaient des livres mais c'est aussi lié à mon métier. Pas des achats de fantaisie, même s'ils me font plaisir.

J'avais la même paire de lunettes depuis plus de 5 ans. Certes c'est parce que ma vue de loin n'a pas franchement baissé mais quand même. Dès que j'ai à nouveau une mutuelle, je prends rendez-vous chez l'ophtalmo, il me fallait le faire de toutes façons.

Nous allons devoir changer la serrure de la porte. Des années que par moments elle se bloque ou avec certaines de nos clefs. Mais l'homme de la maison freinait pour la changer.  

C'est effarant à quel point je suis formatée pour ne pas dépenser. Des années de manque d'aisance. Des années de vie avec quelqu'un qui n'a pas une relation normale avec l'argent. Les fins de mois difficiles ont fini par avoir raison de ma résistance à son trouble.
Cela dit, par souci écologique et de ne pas surconsommer, c'est moi et moi seule qui suis incapable de remplacer quelque chose qui fonctionne et fait bon usage par un autre modèle simplement parce qu'il est plus joli ou plus à jour des dernières spécificités. Mais il est temps que j'intègre qu'il ne faut pas traîner avec un matériel qui commence à être défaillant sous prétexte d'être raisonnable. On se complique la vie et on facilite le non-remboursement pour cause d'obsolescence par une assurance éventuelle en cas de problème.

Il est temps que j'apprenne à avoir envers moi un minimum de respect. À prendre en compte mes besoins, à ne pas toujours les reporter à des jours meilleurs qui ne viendront peut-être jamais.

En attendant le nouvel ordi, vif, rapide, lisible, agréable, me réjouit. J'en éprouve un regain d'appétit de travail, d'énergie.

 

(1) que je n'aie rien senti ne m'étonne pas : depuis le 7 janvier 2015 je ne ressens plus les présences à l'arrière, ni n'ai conscience de regards posés sur moi si je ne vois pas la personne qui me voit. En revanche que les personnes à ma table n'aient rien vu alors qu'elles étaient en face ou juste à côté de moi m'étonne. Je ne m'étais pas même absentée le temps d'aller aux toilettes. 


Les conséquences persistantes

 

    Ça fera trois ans en janvier l'attentat contre Charlie Hebdo, cette journée entière passée entre espoir et attente d'une mauvaise nouvelle, et de toutes façons déjà fracassée par ce qui s'était passé quand bien même l'ami, le camarade, lui s'en sortirait. La journée de boulot accomplie malgré tout (comment ai-je tenu ?), l'errance le soir à Répu, croiser les gens qui grelottaient, se rendre compte alors que moi si sensible au froid j'étais anesthésiée, après la mauvaise nouvelle, finir la soirée chez l'amie commune, bien plus que moi touchée. 
Ça faisait du bien de parler.

Le retour à Vélib en criant mon chagrin.
J'ignorais qu'un coup sordide m'attendrait le lendemain. Et que Simone me sauverait du vacillement compréhensible face à une réalité qui dépassait l'entendement. 

Les soirées passées avec les amis, notre seule façon de tenir. Mais combien ce fut efficace.
La grande manif du 11, qui nous donna la force, après de continuer.

Et pour moi : l'absence de ressenti intérieur du froid, et qu'elle perdure. J'en avais tant souffert, du froid perçu jusqu'aux tréfonds des os, c'était comme un cadeau. 
L'absence aussi de "frisson dans le dos". D'où que Poutine ne me faisait plus peur, alors qu'une simple photo de cet homme déclenchait jadis chez moi une réaction épidermique - de proie potentielle sur le qui-vive devant un prédateur -.

D'où que je ne percevais plus ni les regards sur moi, ni les présences derrière moi.

Quelque chose est resté débranché depuis tout ce temps-là. Je m'efforce de me préparer à une éventuelle réversibilité, mais j'en suis de moins en moins persuadée.

Ça change encore mon quotidien.

Je dois veiller intellectuellement à ne pas me mettre dans un froid persistant, car si je perçois moins le froid, mon corps en est traversé, l'absence d'alerte ne signifie pas l'absence de symptômes. Je m'enrhume davantage (1).  

J'ai dû m'habituer à cette sensation si nouvelle pour moi : avoir chaud. D'accord j'avais chaud par temps de canicule ou après le sport au sauna, mais c'était pour moi si rare, je savourais. J'apprécie encore, à ce titre l'été dernier m'a terriblement frustrée, à peine quelques jours à frétiller pleine de l'énergie reçue. Pour le reste grisaille et être habillée comme en demi-saison.
Ce matin encore en arrivant à la BNF, quelques secondes pour comprendre : ah oui, j'ai chaud là. C'est chauffé [chez nous toujours pas, seulement à partir du 15 octobre je crois]. Et je me souviens alors qu'en ces lieux la température est maintenue constante, j'y portais l'été des pulls légers et à partir d'octobre des pulls épais ou des gilets, tout en me disant C'est sympa les lieux publics mais ça n'est pas très chauffé et la clim l'été quelle plaie ! On a froid. En vrai : c'est tempéré, stable, et plutôt bien réglé. 

Ce matin aussi : ne pas avoir sentir sur l'escalator que quelqu'un me talonnait - du coup avoir failli, de surprise quand je l'ai constaté, foncer dans la personne immobile sur l'escalier qui me précédait (2) -. Avoir laissé se rabattre une porte au nez de quelqu'un d'autre : comme j'étais un peu pressée j'avais omis le coup d'œil de vérification avant de la tenir ou non. Je me souviens très bien d'un temps où je n'avais pas besoin de regarder, je percevais si quelqu'un me suivait. 
Combien de fois sur les trottoirs des trottinettes me frôlent, leur pilote persuadés que je les ai sentis venir et fais ma mauvaise tête mais vais m'écarter. Si l'engin est silencieux et leur coup de propulsion, je ne me rends pas du tout compte de leur présence. 
Et quand je suis perdue dans mes pensées ou que le #jukeboxfou de dedans ma tête me passe une musique assez fort, je n'entends même pas ce qui serait audible. Du coup dans la foule, je bouscule ou me fais bousculer, j'ignore des présences, j'écrase parfois des pieds.

Étrange héritage qui me met à la fois à l'abri enfin, et aussi en (léger) danger.

 

(1) Même processus avec l'ivresse : l'absence de signes doit être compensée par une vigilance accrue - ne pas dépasser certaines quantités -.  
(2) C'est l'ennui de ces longs escalators mono-voie. Si quelqu'un s'arrête tout le monde est bloqué.


Bilan de l'an (2016 / 2017)


P6242099_2Pour moi les années depuis l'enfance n'ont jamais cessé de fonctionner selon le découpage des années scolaires. Tant il est vrai que fréquemment et aussi pour le métier que j'ai adopté (ou qui m'a adoptée, devrais-je dire), les rentrées sont dites de "septembre" (1), les choses fonctionnent ainsi. Janvier n'est pas le début d'une nouvelle phase mais le deuxième trimestre d'une "saison" du théâtre de la vie.

 

2011/2012 commencée encore un peu triste d'un chagrin de l'hiver d'avant avait eue une fin merveilleuse. Et 2012/2013 avait été une des plus belles années de ma vie sauf sur la fin où le cumul d'une rupture subie avec la perte d'un emploi avaient été rudes. Au bout du compte le vrai mois de vacances (dont j'ignorais qu'elles allaient être mes dernières d'avant longtemps) lié à la fin de mon travail me permit sans doute de ne pas sombrer. J'ai fait du sport. J'ai dormi autant qu'il le fallait. Lu, aussi. Et puis j'étais dans ma Normandie qui en ce temps là était encore un havre de paix.
2013 / 2014 avait été une année difficile même si au printemps j'avais retrouvé du travail, problèmes de santé pour l'un des membres de la famille, qui engloutissent des brèves vacances - ce qui est très secondaire mais marque le début de plusieurs années sans plus de vraie période de récupération -. 2014 / 2015 alors qu'à l'automne on reprend espoir (mais que l'automne est marqué par la mort d'une de mes tantes) tombe l'attentat du 7 janvier et ceux des jours suivants.

La vie ne sera plus jamais pareille. Par ricochet je perds une seconde fois quelqu'un qui avait tant compté pour moi, en plus d'avoir perdu un ami assassiné. 
Je crois que c'est le moment de mon existence où l'expression "ne plus savoir à quel saint se vouer" prenait tout son sens, car plus rien n'en avait. C'est le moment, après un problème à un pied qui était sans doute une fracture de fatigue mal diagnostiquée, où je prends, c'est rare, une décision, celle d'arrêter un job que je ne parviens plus à tenir avec efficacité et qui ne parvient pas à me laisser payer les factures. Je m'impose un épuisement qui n'a pas de sens, de mois en mois se creuse notre manque d'argent.

2015/ 2016 c'est l'année d'une nouvelle tentative de se relever après avoir été mise KO par l'adversité. J'avais grâce à une amie, une jolie perspective professionnelle toute neuve et qui me plaisait bien - en plus qu'assise à un bureau, ce qui convenait à mon état physique boitillant d'alors -, en compagnie d'une personne avec laquelle je m'étais immédiatement sentie bien. J'allais apprendre de toutes nouvelles choses dans le traitement de la photo. 
Les attentats du 13 novembre pulvériseront cette perspective : celle qui aurait pu être ma future collègue était au Bataclan, s'en sort mais non sans séquelles et par conséquence de conséquences le poste prévu est supprimé.
C'est très étrange d'être par deux fois parmi les victimes de 3ème ou 4ème niveau d'attentats dans la même année. Impactée par les ondes de choc d'événements enchaînés. Ce n'est rien par rapport aux réelles victimes et à leurs proches. Mais c'est loin d'être rien. 
Heureusement, l'année civile 2016 débute par une formidable rencontre professionnelle puis par un bel emploi dans un petit havre de paix en haut d'une colline avec quelqu'un que j'apprécie. Il n'en demeure pas moins que depuis le 7 janvier 2015 parmi les séquelles de l'étrange état de choc subi, je traîne une forme d'hypersomnie qui confine à la narcolepsie. Ça sera au point de faire une investigation d'apnée du sommeil. Laquelle sera négative. 
Rétrospectivement, je crois que c'est simplement mon corps qui réagissait fort sainement à tout ça.
À l'été 2016 la plus grosse inquiétude est la santé de la compagne de mon meilleur ami, atteinte par une infection rare et grave et qui restera entre la vie et la mort un (long) moment. Elle s'en sortira mais ensuite il semble n'avoir plus de temps ni d'énergie pour rien d'autre que pour le travail et rester auprès d'elle. Old adult's life is not friend's friendly.

2016 / 2017 aura ainsi été une grande année de pertes : un ami qui n'a plus de temps, ou plus l'envie, un cousin par alliance qui se sépare d'une de mes cousines. De tous ils m'étaient les plus proches, qui ne se connaissaient pas mais que les circonstances auront sortis au même moment de ma propre vie. Et puis surtout nos ascendants, celui de l'homme de la maison, et ma propre mère dont la santé se sera dégradée d'un grand coup, alors qu'elle semblait partie pour faire solide centenaire.

Avec l'élection de Trump et le Brexit, dans une moindre mesure l'élection présidentielle française aussi, cette histoire de fou qui met au pouvoir un ultralibéral ultracommuniquant, la perte aussi d'une croyance pleine et entière en la démocratie.


C'est une proposition d'emploi d'amis qui cherchent une remplaçante libraire pour qui de leur équipe s'en va qui me sauvera à plus d'un titre : tourner la page de ce retour au Val d'Oise qui avant la maladie de ma mère tendait à me charmer, après, n'était qu'un rappel des temps envolés ; devoir mobiliser toutes mes forces pour tenir ce nouveau travail qui est très complet et à ma mesure.

Une autre chose me sauve : le triathlon. 

Décision de 2011, octobre, prise alors qu'au marathon de Bruxelles nous encourageons l'ami Pablo. Cinq ans pour parvenir, entre manque de temps, manque d'argent, et recherche de place dans un club, à accéder à la possibilité d'essayer. 
La maladie de ma mère et au printemps le changement de boulot auront passablement obérée ma capacité d'entraînement. Ça n'était vraiment pas prévu comme ça lors de mon inscription effectuée alors que j'avais, croyais-je, enfin un travail stable et heureux, et que ma famille semblait elle aussi stabilisée, les santés et les voies professionnelles (ou fin de travail pour l'un, mais sans trop d'urgence financière) des uns et des autres. Tout semblait dégagé pour que je puisse me consacrer à ce nouveau défi pour une fois personnel et volontaire. 
Las, le syndrome de George Bailey aura encore frappé.

Nous ne pourrons garder en banlieue la maison que ma mère occupait. Depuis avril je consacre une part importante de mon temps libre si réduit à ranger, trier, jeter, préparer un déménagement. Je retrouve d'anciens documents. C'est émouvant, parfois marrant, régulièrement étonnant, toujours finalement éprouvant. Ma chance est d'aimer la photo, et de trouver du sens dans les images, peu importe que l'on y connaisse ou non les gens. J'aime ce qu'elles disent d'une époque, d'un temps. Mes trouvailles m'aident en fournissant une part de beauté, un peu d'enchantement.

Histoire d'accentuer le deuil, il y aura à partir de février 2017 l'épisode du voisin voleur au passé de psychopathe possiblement violent et qui en Normandie videra à plusieurs reprise la petite maison de denrées et équipements. Nous volera aussi de l'électricité tant qu'à faire. Au delà du préjudice financier (entre 1700 et 2000 € à ce jour), moral (trouver la maison cambriolée vitre arrière fracassée, tout jeté sens dessus dessous alors qu'on arrive tard un soir de février pour enterrer sa mère le lendemain, on a beau en avoir vu d'autre, ça atteint), c'est notre havre de paix qui est pulvérisé au moment où l'on en avait fort besoin. Et de nouvelles brèves vacances qui volent en éclat : visites des gendarmes, dépôts de plaintes, réparations à entreprendre, achats de remplacements, virage obsessionnel de l'homme de la maison et ses accès de colère induits (2). Zéro détente fors dans les livres, heureusement excellents, les Sadorski de Romain Slocombe, la Serpe de Philippe Jaenada. En plus que je suis heureuse dans mon nouveau travail, si stimulant qu'il a fait reculer mon hypersomnie et que j'ai l'impression de revivre, je n'avais jamais repris le boulot après des congés avec autant d'appétit. 

L'année 2017 / 2018 démarre donc par une arrestation, celle du voisin indélicat, par du sport, beaucoup de sport et ça me fait un bien fou, par des nouveaux tracas de santé familiaux qui se profilent par beaucoup de pluie (3), par ce beau défi professionnel et un vaste point d'interrogation financier (4).

Je ne manque pas de rêves et de projets, c'est fou comme un emploi qui vous convient peut donner des ailes, seulement je crains que les circonstances, générales comme individuelles ne soient pas favorables. 

 J'aimerais du calme pour pouvoir avancer, dans le sport, dans le travail, dans l'écriture, enfin. Je crains de plus en plus que ça soit un vœu pieu. J'aimerais la force pour pouvoir avancer malgré l'absence de calme.

Les activités ont toutes repris ou le feront la semaine prochaine. Allez hop, c'est reparti. Puissent les guerres et les grands tourments nous épargner encore. Nos aînés ont tant donné. 

 

[photo : ma plus belle photo de l'année, lors du triathlon de Deauville ; celle qui encourage et celui qui participe, alors en plein effort, sommet d'un raidillon]

 

(1) même si en pratique en août.

(2) J'aime les romans d'Ariane Bois entre autre pour leur qualité à présenter des hommes qui en cas de coups durs savent parfois être un soutien. Mon fils l'est par moment, seulement la différence d'âge et d'expérience et que c'est à rôles inversés, limitent cet effet, mon meilleur ami savait l'être, mon cousin déclassé également, mais très partiellement. Je n'ai connu et ne connais sinon que le cas où l'homme face aux coups durs est principalement un facteur aggravant, voire carrément la source même, pour certains et certains chagrins.  

(3) J'ai l'impression qu'à part une poignée de journées caniculaires il n'y aura pas eu d'été. Et depuis plusieurs jours, il pleut sans beaucoup discontinuer.

(4) Tant que la succession n'est pas dénouée, c'est très juste, entre les frais liés au décès maternel et ceux liés aux cambriolages successifs que l'assurance n'a pas couvert (entre restrictions lorsqu'il s'agit d'une maison de campagne et notre manque de factures, puisqu'au départ ça n'était pas notre maison). 

PS : Se rappeler que 2017 au printemps Mastodon est apparu comme une alternative non marchande à Twitter, avec respect des niveaux de confidentialité.


L'héroïque James Lee

 

    La malédiction de la fuite d'eau invisible a donc retrouvé ma trace, de tous les lieux que j'ai longuement fréquentés seule Livre Sterling aura été épargnée mais peut-être parce que la malédiction date d'après. Au Connétable c'était seulement les cartes postales qui mises dehors certains jours se faisaient doucher sans que l'on ne sache trop d'où ça venait. À la librairie près du Trocadéro le mystère avait été résolu (en fait il en eu plusieurs différents) et le voisin arroseur nous avait confectionné en guise d'excuse un délicieux tiramisu.

Et donc arrivant pour ouvrir la boutique j'ai découvert aujourd'hui des morceaux de plafond tombés sur une table où nous présentons des bouquins et des gouttes qui de là tombaient sur ceux situés sur les étagères immédiatement sous le plafond. J'ai d'abord cru que seuls les livres de la table avaient morflés avant de constater que ceux d'en haut pour certains étaient gorgés d'eau. C'était le rayon Rivages / noir, ce qui après tout n'était pas sans sens : même s'il y a parfois de l'eau jusqu'aux seuils et qu'aux soirs d'orage en ville l'asphalte est détrempée, ce sont le plus souvent les rivages qu'une crue inonde.
Parmi ceux-ci le comportement héroïque des ouvrages de James Lee Burke, qui se gonflèrent comme des éponges, permirent à leurs camarades des étages inférieurs d'être bien moins touchés, certains même sauvés, au gré de l'alphabet.

En soirée un homme que je n'avais je crois jamais déjà servi est entré, s'est dirigé presque immédiatement vers la part de rayon Rivages/noir restants et à ma proposition de l'aider m'a demandé si nous avions par hasard des romans de James Lee Burke. Il cherchait Black Cherry Blues. 

Ça n'est pas si souvent que l'on nous demande de ses romans. La coïncidence était assez stupéfiante. 

Le petit dieu des livres, qui trouvait que son collègue le démon de la fuite d'eau avait un peu abusé a alors procédé à un miracle léger : il a placé l'ouvrage parmi ceux restés intacts quoi qu'un peu difficiles à retrouver (1), ce qui fait que notre client précis a pu être comblé malgré les dégâts sur les œuvres de son auteur préféré.

Ce fut somme toute, un bon moment de librairie. Il s'en souviendra sans doute et nous aussi.

Demain, retour aux corvées afférentes à ce genre de fastidieux incidents de la vie, assurances, propriétaires des locaux et plomberie. La fuite n'étant pas nette, et les voisins du dessus absents, je crains de longues complications. 

Puissions-nous plus tard n'avoir à nous souvenir que de l'héroïsme de James Lee !

 

 

(1) Dans la précipitation j'ai tout rabattu n'importe comment dans les interstices d'autres parties de la librairie. Mais contrairement aux humains les bouquins sont tous très accueillants envers leurs congénères réfugiés.


Trois mystères dont un (vraiment) mystérieux


    En vidant, rangeant, triant, les objets personnels qui dans la maison où vécurent mes parents restaient nous concernant, nous sommes tombées sur trois micro-mystères.

  • Une "boîte" de feutres sans marque des années 80 encore en pleine forme d'état de marche 

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  • Ma calculette du temps des premières un peu perfectionnées, dont je m'étais finalement peu servie car à mesure que j'avançais dans mes études les autorisations s'agrandissaient. Le droit à la calculatrice aux examens, était passé de la simple, à la pourvue de fonctions mathématiques assez complexes, jusqu'à sa cousine programmable. 
    J'avais donc passé la mienne à ma sœur au moment où la programmation entrait en jeu. Elle l'avait utilisée jusqu'à son bac, une bonne calculatrice Casio FX180. Le bachot c'était en 1987. Et voilà qu'en poussant machinalement sur le bouton de mise sous tension ma sœur constate que l'outil fonctionne.  P7142085
    Trente ans après, la pile même pas HS (ce qui est stupéfiant).  
    Il fut un temps où l'obsolescence programmée n'avait décidément pas encore été inventée.

 

  • - Dix-huit diapos du Mexique. Des paysages, une vue urbaine avec mention du PRI, aucun doute (sauf pour une qui fait davantage Cordillère des Andes), c'est bien du Mexique qu'il s'agit. 
    Elles se trouvaient dans le bureau (meuble) de ma sœur, laquelle n'y a jamais mis les pieds ni personne de ses proches connaissances. 
    Nos parents, jamais n'ont voyagé si loin. Ni non plus moi. Aucune des vues ne permet de voir quelqu'un de notre connaissance. 
    Ce sont de bonnes photos (mes reproductions ici en sont mauvaises), quelqu'un qui avait la technique et un plutôt bon regard. Certaines sont des kodachrome, et leurs couleurs sont resplendissantes. Quelques unes portent une inscription "SEP 81"  d'autres "OCT 83" d'autres rien. Il y a une vue aérienne, or aucun d'entre nous à ces dates n'avait encore pris l'avion. Pas d'inscription sur la boîte qui est de plastique jaune d'or (celui des dias Kodak).
  • Bref, nous n'avons aucune idée d'où elles sortent, de pourquoi elles sont là, de qui aurait pu les confier à ma mère ou ma sœur ou mon père (auquel cas : pourquoi se seraient-elles retrouvées parmi les affaires personnelles de ma sœur ?) ni pourquoi.
    Elles pourraient être à l'un de mes cousins, alors fameux voyageurs. Mais pourquoi ont-elles atterri là ? 
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Nous voilà donc avec un fameux "Mystère des photos du Mexique" pour lequel le secours du Club des Cinq, du Clan des Sept, de Mick Chat-Tigre ou de Sherlock Holmes seraient le bienvenu.

Ça se passe comme ça, à Levallois

 

    Navrée de n'avoir pu me lever à temps pour aller encourager les copains [au triathlon de Paris], j'ai tenté de sauver ma journée en allant courir. 

De Clichy, l'île de la Jatte permet de faire un petit 10 km presque bucolique. 

J'arrive à ce feu rouge traversant des voies le long de la Seine, alors qu'un homme d'un âge certain de mon âge, s'y tient depuis un moment une enveloppe à la main. En bonne bécassine béate je le remarque en me disant qu'il n'y a que nous autres vieux pour écrire encore des lettres, puis je rigole in petto de mon romantisme, juste le gars il est en train de chercher une boîte pour payer une facture. Au moment où je parviens à sa hauteur, une voiture de vieux riche s'arrête sur le passage piétons, un autre homme pas tout jeune et ventripotent installé à la place de qui se fait conduire par un chauffeur personnel, un vrai, salue l'autre avec un grand sourire, fait exactement comme si j'avais mis une cape de transparence (et je lui en sais gré), alors que le teneur d'enveloppe a un bref regard inquiet dans ma direction - je tripote alors ma montre de sportive avec application -, On se téléphone lui dit-il jovialement, Oui répond l'autre avec aménité et la voiture redémarre, le feu est vert piéton, je bondis sans demander mon reste.

On dira que c'était deux cousins qui préparaient le cadeau collectif pour les cent ans de leur chère tante Suzanne, c'est évident, vraiment. Je n'en doute pas un seul instant.

Ma montre m'a indiqué que j'ai accompli le deuxième 10 km le plus rapide (1) de ma vie de triathlète (débutante, certes, et encore pucelle de la finisherialité).

Si je vivais à Naples ou dans quelques coins précis de la Sicile, je serais sans doute à l'heure qu'il est  peut-être un peu trop morte pour écrire ce billet.

(et à part ça, il y a quelque chose avec ce passage piéton protégé : c'était au même endroit qu'un autre coureur nous avait tenu un jour des propos prophétiques avant de filer à belles foulées)

 

(1) Tout est extrêmement relatif, mon vite à moi est la petite foulée d'échauffement des autres.

PS : Aucun des deux n'était Balkany, ne soyez pas déçus.
PS' : Ce n'était qu'une simple enveloppe, pas une valise de billets

 


Première semaine

 

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Il est vraiment troublant de constater à quel point la vie nous met par moment des accélérations inouïes.

Me voilà déjà libraire chez Charybde depuis une semaine, qui fut plutôt de formation car je dois apprendre les spécificités locales, il y en a toujours, et une part d'activités administratives. Il y aura inévitablement des surprises au fil de l'eau, il y en a déjà eu une et de taille, et qui risque de bien nous compliquer la vie, mais la passation de consignes sur fond de dossiers bien tenus me rappelle lorsque j'avais pris à "l'Usine" la succession une fois d'un gars très compétent, méthodique et organisé : tout y était clair et net, avec de la logique. Je pense donc que la période d'adaptation sera intense mais peut-être pas si longue. La clef sera de rapidement trouver un rythme pour les différentes tâches. 

Pour la première fois durant ma seconde vie professionnelle, j'arrive dans un endroit que je connais déjà, c'est très troublant de débuter tout en s'y sentant à ce point chez soi, et dont un certain nombre des habitués sont déjà des connaissances voire des amis. 

Alors cette première semaine est passée comme dans un rêve, à une vitesse folle, d'autant plus que ma vie personnelle dans le même temps combinait premier triathlon et grenier (de la maison où vécurent mes parents) à vider et travaux à préparer. Je vais enfin pouvoir et devoir vivre à ma pleine vitesse. Tenter que coïncident l'énergie d'entreprendre qui est en moi avec l'énergie physique nécessaire pour que l'action ait lieu. Ce défi me rend heureuse.

Il n'est pas raisonnable de mener l'ensemble de front. Mais je n'ai pas du tout été maître de la coordination. Pourquoi a-t-il fallu que la maladie puis la mort de ma mère coïncide avec mes débuts en triathlon (alors que j'avais tenté de m'inscrire l'année qui précédait et y songeait depuis octobre 2011), et que ces deux éléments tombent exactement au moment où la librairie Charybde avait besoin d'une personne pour remplacer l'amie qui regagnait son premier métier, elle-même contrainte par un calendrier légal de dates limites de mise en disponibilité ?

Je crois que s'il n'y avait le deuil, et combien il est dur de faire face à ses conséquences (1), je serais heureuse comme du temps de la préparation des répétitions de chorale pour les concerts avec Johnny ou comme le "juste après" de la période du Comité de soutien (2).

Bizarrement, les présidentielles qui m'ont tant souciée, me semblent dater d'une ou trois éternités. Comme si le quinquennat était déjà bien avancé. Parvenue à saturation avec cette campagne comme je n'en avais jamais vu, je ne parviens pas à m'en inquiéter. 

 

(1) pour autant pas si malheureuses, je ne veux surtout pas me plaindre. 

(2) à Florence Aubenas et Hussein Hanoun


Parfois la vie c'est bien foutu (mais il faut vite en profiter parce que ça ne dure pas)

 

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Ça démarrait, moyen, exactement comme l'autre jour, mais à tout prendre je préfère ça et que ça finisse bien plutôt que des journées entamées sans nuages, un jour à la Foire du Livre de Bruxelles, je dois retrouver une grande amie et cueille l'annonce d'une rupture, un dimanche de juin, tranquille, course à pied, la forme, je rentre et trouve un mail d'un bien-aimé au début tout à fait courant, sur le principal sujet en cours (une rencontre littéraire qu'on organisait) et puis presque en PS, l'annonce aussi d'une rupture (ou plutôt d'un changement de rôle, comme si les femmes étaient des pions), un dimanche brumeux d'un mois de janvier qui me voyait travailler dans les trop beaux quartiers et une collègue à la caisse qui lisait les infos entre deux clients qui pâlit - Il y a eu un attentat -, un vendredi de novembre, nous sommes au festival d'Arras, les films sont formidables, un peu de remue-ménages vers les places réservées lors de la projection du soir et puis à peine le générique entamé, l'annonce et un texto de ma fille, Paris est à feu et à sang ... Bref, je finis par vraiment préférer les journées qui démarrent avec un peu de poisse (mais pas trop), c'est devenu rassurant. 

Et donc voilà celle-ci, le début pas mal - démarrer la matinée en nageant, rayons de soleils par moments, c'est beau, c'est bon, quel bonheur !, un petit-déjeuner littéraire passionnant -, je parviens à en profiter même si les lendemains d'attentats sont toujours délicats, une amie concernée mais de par son métier (1), et puis la "usual poisse" qui réapparait sitôt le téléfonino rallumé après : deux mauvaises nouvelles coup sur coup, rien à voir entre elles, une réapparition d'inquiétude pour quelqu'un que j'aime (entre autre). Rien de dramatique, c'est déjà beaucoup, mais une journée ensoleillée qui d'un coup s'assombrit.

C'est dans ce petit nuage gris que filant prendre le RER qui m'approche du travail, en plein milieu d'un trottoir, j'ai trouvé un coupe papier. Un de ces trucs so seventies avec le manche en marbre (ou pseudo, mais assez lourd), là par terre, loin de toute poubelle, loin de toute raison plausible qu'il ait atterri là. Au demeurant pas très loin d'une école maternelle, alors je m'en saisis avant qu'un bambin ne soit tenté d'en faire autant. Ce n'est qu'un vieux coupe-papier mais quand même. 
Ensuite, il y a eu le trajet, le travail, et j'ai oublié l'avoir fait. 

Au soir je suis dans une librairie, pas n'importe laquelle, et je tombe sur les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon dont je suis une fan absolue - cet art du raccourci -. Elles sont dans une très belle édition illustrée et reliée à l'ancienne : les pages encore à découper. 

Au métro du retour, illumination soudaine : j'ai ce qu'il faut pour procéder.  J'ai ainsi pu commencer à bouquiner : je disposais comme par enchantement et le l'objet et de l'outil. Joli cadeau de la vie. 

(dommage que ça soit dans l'ensemble trop rare, et que ça ne dure pas)

 

 

(1) C'est fou cette loi du "au moins une" : à chaque attentat perpétré dans une grande ville d'Europe, je (on ?) connais au moins une personne concernée d'une façon ou d'une autre. Et donc là c'est une amie que son travail amène à devoir rencontrer des témoins. Et bien sûr plusieurs autres présents à Londres et pour lesquels on s'est brièvement inquiétés - je me demande si le Brexit viendra modifier ça : beaucoup moins de parisiens qui vont à Londres comme de rien -. 


Une salvatrice manie

(quand la fiction croise la réalité d'il y a presque longtemps)

"[...] si bien que mon regard se promène sur les gens qui traversent le hall, les allées et venues, les arrivées et les départs, j'invente des vies à ces gens qui s'en vont, qui s'en viennent, je tâche d'imaginer d'où ils arrivent, où ils repartent, j'ai toujours aimé faire ça, inventer des vies à des inconnus à peine croisés, m'intéresser à des silhouettes, c'est presque une manie, il me semble que ça a commencé dès l'enfance [...]"  

Philippe Besson, "Arrête avec tes mensonges" (Albin Michel, janvier 2017, pages 11 et 12)

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Merci à celui qui avait la même manie que son narrateur et savait en faire un usage pratique en cas de besoin. Tout aurait pu s'arrêter pour moi, pour cette fois, à Bruxelles, le vendredi 17 février 2006. Tu ne t'en souviens sans doute pas, ou peut-être vaguement (en pensant Ah oui, une fois, on s'était vus à la Foire du Livre, tu n'avais pas l'air en forme, dis-moi), la personne qui m'avait mise en danger poursuit sa vie sur-occupée, elle m'a sans doute effacée, un petit mauvais souvenir, une erreur de mi-jeunesse. Parfois peut-être, ou peut-être même pas, une de nos connaissances communes lui parle de moi, Tu as des nouvelles ?, Non, non, elle n'en a pas.
Peut-être qu'elle a oublié m'avoir dit "Ça serait mieux qu'on ne se revoie pas" et qu'elle m'a rangé dans la collection des personnes qui un jour cessent de donner signe de vie, sans que l'on sache trop pourquoi. Ça serait classique, un tel déni. Peut-être qu'elle m'a virée de sa mémoire comme de son répertoire téléphonique. Nous nous sommes revues et saluées, bref échange, mais il y avait du monde - autour d'elle, et j'étais accompagnée -, j'ignore ce qu'elle pensait. Peut-être que c'était un simple réflexe de courtoisie (J'ai déjà vu cette personne, je ne la remet pas, mais elle fait partie de mon milieu professionnel, en lui parlant qui sait si ça me reviendra).
Je ne prétends pas ne pas avoir vieilli et mon visage après janvier 2015 et ces attentats-là a changé, est resté marqué. Mes cheveux étaient noirs, ils sont à présent gris. Je n'ai pas de coiffure fixe : je laisse pousser et puis si j'ai de l'argent à une belle saison je fais faire une ultra-courte puis je laisse pousser à nouveau jusqu'à ce que j'en ai assez ou qu'une fin de mois soit sans difficultés. Peut-être suis-je difficilement reconnaissable. 
Entre temps j'ai écrit (pas assez) et aimé (trop). Je ne suis plus la même personne que celle qu'elle avait supprimée.
Je ne saurais rien de tout ça si je n'avais pas croisé, alors que ma vie se confondait avec un cauchemar au point de ne plus savoir où était la réalité, un gars qui regarde les passant-e-s passer et leur tend la main s'il les voit mal aller. Merci encore. It's been worth it.

(et je n'ai pas dit mon dernier mot)