Vertigineux

 

Comme les rares fois où j'ai fait l'objet d'un privilège, je sais que ça ne saurait durer. Alors je l'écris, vite, afin de m'en souvenir.

Voilà, pour l'instant que nous devons être les seuls (ou les deux seuls) habitants de l'immeuble connectés via la fibre optique, on se retrouve avec une connexion supersonique rien que pour nous.

Mon fiston qui est un gamer invétéré, s'en réjouit au plus haut point.

Pour ma part, je suis ravie mais un peu étourdie. Cette vitesse me donne le vertige. Il se trouve que je tape relativement vite au clavier, en tout cas presque aussi rapidement que mon cerveau assemble les mots. Que j'ai depuis quelques mois un ordinateur qui est un petit bijou et fringant comme les tout neufs le sont. À présent, dès que je clique pour l'envoi, surtout sur twitter (1), la page, la phrase, le statut ou que sais-je, est instantanément envoyé, j'ai donc l'impression troublante de travailler sur l'ordinateur par transmission de pensée.

Je risque d'expédier des bêtises, sans avoir eu le temps d'y songer. Me voilà guettée par le syndrome de Valérie modulo mineur (2).

Et j'ai la sensation très physique d'être en 2012 enfin entrée dans le mythique L'An 2000, que tout gosses, d'un temps où l'installation d'un simple gros téléphone gris à cadran demandait au français moyen une longue patience, on imaginait.

Ne manquent plus que les voitures volantes. Pour le reste, ça y est. 

 

(1) Lequel un peu surpris n'arrête pas de me rappeler à l'ordre "Oups, you already tweeted that".

(2) L'homme de la maison ne détient pas un poste à responsabilités. Et, ça vaut mieux pour lui, il n'est pas médiatisé.


Le premier jour depuis un moment où mon téléphone a pu être rechargé

Ce matin, avant de filer

 

J'ai enfin pu mettre en poche un téléphone entièrement rechargé. Cela faisait au moins deux semaines que ça ne m'était pas arrivé, si ce n'est trois. Toujours au travail ici ou , ou tentant désespéremment d'entrenir par la nage ou la danse, un corps fatigué - ce serait bien pire s'il n'était pas musclé -, ou à un rendez-vous de soin, plus rarement à l'opéra, bref, pas chez moi. Ou bien le soir mais tombant de fatigue. Et de toutes façons ayant besoin du téléphone près de moi pour servir de réveil avant le réveil de la radio (1).


Or je mets à recharger mon téléphone dans le cagibi, lequel est hors de portée d'oreille du lit : donc pas question de recharger aux nuits précédant un réveil que l'on sait devoir être précoce.


Hier soir, épuisée plus loin que l'épuisement, j'ai décidé de retarder mon heure d'arrivée du vendredi à la bibliothèque et ce faisant de pouvoir courir le risque éventuel d'un réveil naturel. Une de mes dernières actions réveillée a donc été de mettre le petit appareil à recharger, juste avant de m'effondrer au fin fond de mon lit douillet.


Je l'ai donc enfin récupéré chargé pour cette nouvelle journée, ce qui lui épargnera d'annoncer "batterie faible" avant que je ne sois rentrée.


Et comme j'avais passé enfin une nuit suffisante, et qui m'avait sans doute éclairci les idées, c'est seulement ce matin que j'ai pensé à la prise multiple que j'ai installée dans ma chambre depuis le début des défaillances de mon petit ordi. (2). J'aurais pu tout à fait y brancher mon téléphone tout en comptant sur lui comme réveil au matin.


C'est souvent quand les problèmes se résolvent qu'on trouve, mais un peu tard, la bonne solution (3).

 

 

(1) En période d'archi-fatigue le cumul n'est pas un luxe.  

(2) Il flanchouille aussi de la connexion et comme la truc-box est plus près de la chambre que de la cuisine, j'ai dû, bien qu'elle ne fût pas tout à fait "à soi", revenir y travailler

(3) Proverbe Shadok ?


Le désespoir du petit moucheron

Hier matin, in my chaotic kitchen

 

Je n'avais rien fumé, rien bu, ne prends pas de médicament (fors de l'aspirine contre le rhume qui m'équipe ces jours-ci et elle n'est pas périmée), bref, j'avais juste avalé mon café du matin, et vaguement inquiète pour quelques bien-aimés, regardais d'un œil pensif un moucheron qui progressait sur le bord du verre d'eau que j'avais disposé près de l'ordinateur sur lequel j'écrivais.

Je ne bougeais pas. Quand on est perdu(e) sans ses pensées on gigote assez peu.

Il n'y avait personne d'autre, pas même un autre insecte assez près. Tout d'un coup le moucheron a fait un plongeon. Un plongeon parfait, un saut de l'ange du moucheron, art de cercle grand style, entrée dans l'eau sans vaguelette, aux jeux olympiques on l'eût bien noté.

Le temps que je me frotte les yeux, sur le mode, mais je rêve, depuis quand les moucherons sont-ils suicidaires ?, il n'était plus qu'un petit point noir inerte. De toutes façons je n'ai suivi aucune formation de secouriste du moucheron, et une intervention de ma part eût sans doute été écrasante.

Comme aucun séisme ni fin du monde ne sont intervenus hier dans la journée (1), et que la nuit, à défaut de sensualité fut plutôt joyeuse dans sa première partie, j'en déduis ce matin que ce geste harmonieux mais si définitif était de l'ordre de la décision individuelle, une panique personnelle, le panache d'un désespoir, à moins qu'une fanfaronade ultime - les autres ne peuvent pas mais moi je saurais nager -.

Comme le même soir j'ai vu François Morel dessiner des Sempé (2), je peux supposer que le moucheron plongeur était à l'avant-garde d'un moment surréaliste, ce matin révolu.

 

(1) dont les comportements aberrants des animaux ou des insectes auraient été les prévenantes pythies.

(2) presque aussi mieux que le vrai, surtout pour les poireaux. PB293756_2

nb : L'évocation des poireaux est sans concertation (ni non plus la relecture de l'œuvre d'Annie Ernaux), je ne lis ce billet de Janu qu'à l'instant. Rien de tel qu'une jolie concordance pour s'en aller travailler le cœur un brin léger - ou plutôt, disons, moins lourd -.

 



Apparence trompeuse numéro deux ou trois

De bon matin, salle de bain

Il entre pour se laver les mains alors qu'après m'être lavée les dents, j'en suis à me peigner tranquillement.

Et il éclate de rire.

J'étais habillée normalement, j'en étais aux finitions ; dans la glace se reflétait ma tête de tout les jours, ni plus ni moins drôle qu'à l'habitude ordinaire ; je ne faisais pas de grimace particulière en démêlant mes cheveux.

Alors quoi ?

- C'est juste que, c'est juste que ... Toi, tu te peignes ?!!

Je fais signe que ben oui, évidemment, pourquoi il rit comme ça.

- Ben quand on te croise plus tard dans la journée, on dirait vraiment pas.

Et il repart de plus belle dans son hilarité.

Que je ne m'étonne pas, par après, que ma séduction soit très limitée.


La suite de la semaine sans

lundi matin, hall de l'immeuble

P2220006_2

Les anciennes n'étaient pas aux normes, et pas pratiques non plus. Je reçois souvent des livres et notre factrice devait me maudire à présent que leurs tournées sont quasi minutées d'avoir à perdre du temps à monter jusqu'à l'étage ou à attendre que je réponde puis dévale les escaliers.

Nous avons donc dûment payé de nouvelles boîtes à lettres de la vieille poste de sur la terre. Hé oui, le tout-numérique n'est pas encore possible.

Une date était fixée et une affiche apposée dans l'entrée de notre immeuble nous en avait prévenu : lundi 22 février les boîtes seront changées.

Elles l'ont été.

Première surprise, alors que la dépose des anciennes et la fixation des nouvelles devait quand même nécessiter l'emploi de perceuses ou autres appareils bruyants, je n'ai rien entendu du tout (?).

Seconde surprise : on se retrouve bête devant une boîte à notre nom dont on n'a pas la clef (1).Ce qui m'a bien fait rire, tant ça complétait presque logiquement cette étrange "semaine sans".

(1) Elles étaient en fait dans les anciennes boîtes posées par terre, mais comme rien ne l'indiquait je n'y ai songé qu'après.

[photo : in situ, flouté]


Plus blanche que blanche

à la maison intérieur soir, hier puis aujourd'hui

Il a un rendez-vous professionnel sérieux en début de semaine. Me l'a dit et je m'en souviens.
Complète l'information hier soir d'un  Il faudrait laver ma chemise blanche, légèrement inquiet, qu'il s'agisse de la rencontre prévue, de ma réaction lasse (1) ou de l'état du vêtement.

Je ne suis pas d'humeur à revendiquer qu'enfin des lessives on me libère. Depuis que je travaille chez moi il est vrai que cette charge ne pèse pas tant qu'avant. Pour autant, j'ignore pourquoi mais mettre en route la machine à laver semble au-dessus des forces du reste de la maisonnée. Pourtant je ne suis pas particulièrement experte en la matière. Il m'arrive même parfois quelques mésaventures qui feraient rougir de honte toute casalinga digne de ce nom.

Le temps de régler son sort à la session précédente, je me mets seulement ce soir en quête de l'objet à laver vers la zone de linge du demandeur. Des chemises qui s'empilent, oui. De blanche, aucune.
Je finis lorsqu'enfin je le croise par demander, perplexe et doutant d'avoir bien compris, l'information au principal intéressé : Euh, dis, ta chemise blanche, c'est laquelle, qu'il fallait laver ?

Il retourne au tas et très vite m'en tend une de celles en bon état.
Certes blanche. Mais à fines rayures verticales sombres.

- Mais elle est pas blanche ! je fais.
- Si, blanche. Mais à rayures. répond-il sans plaisanter ni se démonter.

Je crois qu'il serait tant qu'on prévienne les lessiviers. Il y a de nouvelles tendances à conceptualiser.

(1) Yenamarreàlafinsivousvoulezqueleschosessoientlavéesàtempsmettezlesdanslepanier [de linge sale, cela s'entend]