Écrire peu


    J'écris peu ici depuis quelques temps. Le temps disponible me manque, englouties que sont mes journées par le boulot salarié, les trajets, le sport, du temps de récupération - pour l'instant, je n'ai pas à me plaindre, c'est le seul effet flagrant de l'âge -, et deux projets familiaux qui nécessitent bien des démarches administratives. Je fais face courageusement à ma presque-phobie de celles-ci, il n'empêche que ça me prend une énergie totalement disproportionnée.

Enfin, je participe à un projet collectif d'écriture de journaux (diarii) sur papier, lancé à l'automne dernier par Mathieu Simonet et ça suffit à remplir mon peu de temps quotidien d'écriture. Tracer des lettres sur une feuille après des journées de boulot passées à taper sur un clavier des choses techniques et triviales contre rétribution, délasse beaucoup.

 Pour autant je reste sans illusion : tous les projets dont je fourmille, avec à présent un vague rêve de "quand je serai à la retraite, je pourrai", risquent de s'émietter, se dissoudre dans la fatigue des années, si jamais j'atteins miraculeusement, et miraculeusement en bon état physique et psychique, ces temps de liberté.

Entre la pandémie qui est toujours forte mais dont plus personne ne semble se préoccuper réellement et la guerre en Ukraine, qui menace de dégénérer et s'étendre à tout moment (1), les nouvelles sont assez désespérantes.
Un seul point d'espoir : des enfants de ressortissants français, nés en Syrie car leurs parents y étaient partis croyant mener là une guerre sainte, commencent à être rapatriés. C'est déjà ça. Beaucoup ont des grands-parents qui rêvent de retrouvailles et de consoler leur descendance du mauvais tour que l'état du monde et l'état d'esprit de leurs parents, leur avaient joué.

Dans l'immédiat, je m'efforce, au jour le jour, de survivre et de conserver intact mon élan intérieur. 
Sait-on jamais.

 

(1) Tous les pays européens font semblant de croire que non. On a besoin de ce déni pour que les gens se sentent rassurés et consomment.


Suite du tri de photos


    Un mari et un moustique, voilà de quoi passer une mauvaise nuit. Ce qui fait que mon jour de congé prévu pour pré-triathlon aura surtout été un jour de récupération. 
Alors pour ne pas faire que dormir, ce dont la fatigue me rend capable, j'ai repris mon tri de photos.

 

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Il est fréquent lorsque je fais du tri plusieurs années après, que je ne sache plus pourquoi j'avais pris telle ou telle photo. Cette image d'une réclame, saisie le 19 octobre 2018 m'est restée compréhensible : je me souvenais de combien Le Fiston petit aimait que son père lui fasse "faire l'avion" ainsi, il se maintenait gainé, les bras en arrière comme s'il devait fendre l'air et je me souviens avec bonheur de son rire cristallin de bambin. Comme il grandissait vite, son père n'a pas pu continuer très longtemps (1). 
Alors quand en ce jour d'octobre 2018 j'ai vu ce même jeu entre un père et sa petite, j'ai pris la réclame en photo qui me rappelait de précieux souvenirs.

 

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Je retrouve des images prises le samedi 20 octobre 2018 à la médiathèque d'Argenteuil en la compagnie de plusieurs camarades de L'aiRNu. Le souvenir de ce jour aux belles lectures sous l'égide de François Bon, m'est bien resté, il s'est toutefois trouvé balancé de par la pandémie vers un passé plus lointain qu'il ne l'est.
Peut-être aussi parce qu'à l'époque mes propres projets d'écriture n'attendaient que la fin de la période exténuante de deuil puis de vider et déménager la maison des parents et de me remettre d'avoir à nouveau perdu un emploi (raisons économiques, comme presque à chaque fois), alors qu'à présent ils sont sévèrement mis entre parenthèse de par mon manque de forces et de temps disponible dynamique, une fois abattues mes heures de boulot, un solide temps plein avec 2h15 à 2h30 de trajets par jour. Il me faudrait une retraite dans pas trop de temps et avec encore un cœur vaillant. Tout espoir n'est pas perdu, si la pandémie ne rebondit pas trop fort, que les maladies nous épargnent, et que la guerre actuelle ne dégénère pas.

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Le lendemain, dimanche 21 octobre 2018, je participais au semi-marathon de Saint-Denis, mon premier je crois bien. Je m'aperçois en retrouvant une copie d'écran que j'avais mis 2h40mn39s . J'ai le souvenir d'être allée lentement, mais sans aucun tracas, de m'être beaucoup amusée lors du passage DANS le stade de France avec l'enregistrement d'applaudissements qu'ils diffusaient à l'entrée de quelqu'un.

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Comme j'étais toute seule, car bien lente après la plupart des autres, je pouvais jouer avec l'idée qu'ils me concernaient, et surtout me rappeler les inoubliables concerts avec Johnny. 

Tel celui de la veille, ce souvenir est resté vif - et heureux -, mais lui aussi semble dater de bien loin.
Alors qu'à peine quatre ans se sont écoulés.

Je suis heureuse de constater que ma ténacité à poursuivre les entraînements pendant les confinements au maximum de ce qui nous était autorisé a payé : je peux courir désormais un semi-marathon sans douter de le terminer sauf pépin particulier, et le cours en 7 minutes de moins (qui pourrait être 10 si je n'avais cette tendance à devoir effectuer une pause pipi qui n'arrange guère le chrono (et qui serait évitable s'il était meilleur, c'est un cercle vicieux)).

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À l'automne 2018, l'un des appartements que je vois de ma fenêtre de cuisine était visiblement habité et vivant - en tant que demi-italienne, j'aime quand le linge sèche aux fenêtres, je trouve que c'est une jolie propreté -, ce n'est plus le cas, aujourd'hui, depuis des mois, les volets restent fermés ou quasi, il n'y a plus de signes joyeux de vie.

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Mon cœur se serre quand je retrouve des photos que j'avais pu prendre en passant de Notre-Dame avant l'incendie. Je la trouvais particulièrement belle vue de sa charpente. 

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En novembre 2018, je m'intéresse à retardement à l'affaire Villemin, pour ce qu'elle témoigne de l'époque vu de maintenant, alors qu'en son temps j'y voyais un fait-divers des plus terribles. Je crois que mon intérêt de 2018 a été suscité par une série documentaire sur Netflix et un ouvrage de Denis Robert qui avait à l'époque été tout jeune envoyé spécial par Libé. Je retrouve mes journaux (diarii) de l'époque et c'est intéressant de voir non pas ce que j'en écrivais (peu en fait, j'étais étudiante, très occupée, studieuse et laborieuse, à l'écart du ramdam médiatique) mais de voir ce qu'une personne lambda de pas 20 ans à l'époque pouvait en noter. 

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En novembre 2018, je prends lors du festival de cinéma d'Arras des photos de notre logement, une chambre d'hôte que nous fréquentons depuis bon nombre d'années.

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J'ignore alors même si je me doute un peu que cette option ne sera pas éternelle, qu'en 2021 viendra la dernière année, pour cause de cessation d'activité de notre hôte. Il est bon d'en retrouver trace.

Parfois il y a une photo qu'après coup j'aime bien. Par exemple ces-deux ci, prises le 8 novembre 2018 :

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Je trouve la trace de mes premières recherches immobilières, un peu comme si j'avais eu l'intuition qu'à un moment notre logis annuel serait perdu.

Le 16 novembre 2018, je me rends à la librairie Les Cyclades pour une rencontre littéraire, en chemin je prends cette photo, que je suis heureuse de redécouvrir. 

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Le 18 novembre 2018 nous courrons notre premier semi-marathon de Boulogne, je me sens vraiment bien, c'est un moment heureux. Je mets 2h37 en allant doucement.

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(1) Quant à moi, n'ayant pas encore repris la natation (ce fut grâce à l'enfant, indirectement), ni n'étant devenu libraire puis triathlète, je n'avais guère de force dans les bras, donc même au petit format j'en étais incapable. 


Le tri du dimanche (photos)


    Le dimanche lorsque je suis au calme, que j'ai pu faire du sport et dormir, mais que je suis trop fatiguée pour faire quoi que ce soit d'autre, je procède à du tri de photographies, et ménage, et sauvegardes.

Je pense que cela équivaut pour moi à une forme de méditation. Je procède volontairement avec lenteur. C'est cette lenteur qui rend l'activité reposante. Et me permet de retrouver quelques images qui me font plaisir, ou que le temps écoulé (j'ai quatre ans de retard, j'en suis à l'été 2018) ont rendu intéressantes, plus particulièrement dans ma ville en pleine mue.

 

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[25/08/2018 08:09:38 ; Cerisy-la-Salle]

Le 25 août 2018 j'étais à Cerisy-la-Salle pendant le colloque consacré à Hélène Bessette. Une des plus belles semaines de ma vie.
Mais une de mes tantes, laquelle vivait en Bretagne, est morte à ce moment-là. Alors j'ai quitté le moment magique pour retrouver ma famille pour un moment triste. Dans un certain sens quelque chose s'organisait bien : il y avait possibilité de prendre le train à une gare voisine, jusqu'à la commune où l'enterrement avait lieu, ou peu s'en fallait. J'ai pu retrouver ma sœur à la gare et nous avons pu effectuer ensemble le trajet. Et puis ce fut l'occasion de jolies retrouvailles.
Rétrospectivement, on a même pu se dire, étrange "consolation", que celles et ceux de la génération qui dans la famille nous précèdent, partis en octobre 2016, février 2017, et août 2018 auront échappé à une mort par Covid_19 dans le plus terrible isolement. 
Je suppose que j'avais pris la photo en sortant de la maison où se situait ma chambre, le matin de bonne heure avant de prendre le taxi puis le train.

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[26/08/2018 09:24:25 ; Cerisy-la-Salle]

Le lendemain, ce qui était déjà devenu un train-train quotidien, chaleureux et studieux, reprenait. C'était bien.

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[27/08/2018 11:35:00 ; Cerisy-la-Salle]

Seulement une semaine c'est court, alors très vite c'est la fin, la photo collective (où l'on me voit si heureuse, comme on peut l'être lorsque l'on a participé à quelque chose de collectif qui contribue au bien commun), le train du retour et l'un des plus somptueux fou-rire de ma vie, lorsque l'un des camarades me met en boîte avec humour au prétexte que la chambre que j'occupais était celle de Peter Handke avant moi.

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Le 31 août, celleux d'entre nous qui étions à Paris ou dans les environs, nous sommes retrouvés dans l'appartement de l'une des personnes organisatrices. J'avais vraiment apprécié cette attention, la façon de former une communauté à partir de personnes d'horizons variés, la littérature en commun, mais son côté humain.

Il m'en reste une photo que j'aime bien (et qui préserve l'anonymat des personnes concernées, c'est parfait).

 

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[31/08/2018 15:26:31 ; Paris]

 

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[31/08/2018 09:45:43 ; Paris, sans doute vers l'actuelle rue Rostropovitch]

Je retrouve des clichés dont le n'ai pas le souvenir précis, mais que je suis contente d'avoir prises sur le vif.

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[08/09/2018 08:38:44 ; Clichy la Garenne vers la cité Jouffroy Renault]

La vue depuis 2018 a passablement changé. Les petites maisons n'en finissent pas de pousser.

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[10/09/2018 19:10:58 ; Paris près de la BNF]

À l'été 2018 la librairie pour laquelle je travaillais a quasiment fermé, j'ai ensuite enchaîné les remplacements dans le cadre des Libraires Volants. Entre deux contrats, je fréquentais la BNF. Il y avait près de l'une des entrées de la ligne 14 cette œuvre sur un mur d'immeuble, magnifique, éphémère. Je suis heureuse d'avoir pu prendre cette photo avant qu'il ne disparaisse.

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[14/09/2018 18:09:44 ; Paris palissades du chantier de La Samaritaine]

Au titre des photos prises d'éléments éphémères, il y a ces palissades de chantier, conçues pour être belles, et exceptionnellement échappées de l'emprise publicitaires. Là aussi, je suis contente d'en avoir conservé la trace. D'avoir pris le temps lors d'un de mes trajets, probablement à Vélib, de m'arrêter pour le faire.

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[samedi 22/09/2018 ; Beauvais]

Le 22 septembre 2018 notre fiston partait en vacances pour l'Italie par l'aéroport de Beauvais avec des amis. Nous avions donc accompagné les jeunes et voilà qu'en repartant nous étions arrivés au moment d'une manifestation liée au Carnaval de Venise. C'était d'autant plus magique que totalement inattendu. Et j'étais heureuse pour une fois un samedi de n'être pas une "veuve de la pétanque".  

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[dimanche 23/09/2018 ; Vincennes]

Le 23 septembre 2018 je l'ai passé au Festival América. C'est typiquement le type de souvenirs qui m'ont été mélangés de par la pandémie : j'y suis allée fréquemment, et toujours avec plaisir et pour assister à des rencontres intéressantes, mais tout se confond désormais en un seul souvenir indistinct des ans, fusionnés sous un label "avant Covid".


La notion du temps

 

    C'est Dr Caso dans ce billet en passant qui écrit "J'ai perdu la notion du temps avec la pandémie et je ne l'ai jamais retrouvée". Je m'aperçois que tel est mon cas. Tout ce qui est avant semble d'une époque très ancienne. Tout ce qui a lieu depuis ses débuts entre dans la catégorie "hier" même si comme cela fait plus de deux ans que cela dure, c'est un hier qui peut avoir deux ans.

Par ailleurs ce qui est survenu à des dates plus ancienne me semble éloigné calendairement de façon stupéfiante. Pas un jour sans que je recompte une durée sur mes doigts, tellement le calcul mental automatique qui s'effectuait à l'évocation de tel événement datant de telle date me donne un résultat qui me paraît improbable. 

Dans le même temps, dès que je me penche en pensées sur ce qui est advenu pendant toutes ces années, j'y vois de quoi en avoir occupé le double, ça n'est vraiment pas une sensation de "qu'est-ce que j'ai bien pu faire de tout ce temps", c'est plutôt "Wow, pas étonnant que je sois fatiguée, comment suis-je parvenue à faire (face à) tant de choses". C'est leur nombre qui me sidère, comme un footballeur à qui on annoncerait un cumul de buts marqués faramineux depuis le début de sa carrière alors qu'il n'a jamais pris la peine de les dénombrer.

Le fait que les 3/4 du temps je n'en suis pas maître puisque soumise à des obligations salariales, ou par choix embringuée dans des événements (sportifs à présent, musicaux il fut un temps, culturels quand j'étais libraire) avec horaires et préparations, accroît ma perte de repères. J'espère parvenir un jour à une retraite, qu'elle dure des années avec assez de santé et que je puisse enfin retrouver la notion du temps - je ne doute pas que revenue à mon propre rythme, je la retrouve, paisiblement -. 


la vie normale en s'attendant à ce qu'elle ne le soit bientôt plus (C'est assez curieux)


    Ma journée s'est déroulée exactement comme prévu et c'était presque rare : kiné pour l'entretien sportif, déjeuner heureux avec une amie, longue session de BNF. Je peux même l'avouer : ce fut, en particulier grâce aux retrouvailles, une bien belle journée, même si non dépourvue de cette arrière-pensée lancinante du risque principal en cours. J'ai même eu droit à un petit gag en repartant : mon manteau coincé par (côté ouest pour une fois) le casier d'une autre personne. 

Le fait de s'attendre à une possible "IoRestoACasa" prochaine pousse à faire au maximum tout comme à l'ordinaire. C'est à la fois libérateur - à bien des moments de cette journée, concentrée sur tout autre chose j'avais oublié l'épidémie - et une prise de risque. Le fait même d'une séance de kiné n'est pas terrible quant aux possibilités de contagion, l'utilisation des transports en commun, le restaurant aux tables collées-serrées, la longue file d'attente pour pouvoir entrer à la BNF et où personne sauf moi et quelques personnes italiennes, ne respectait ses distances. 

Pour autant : pas de bisous, pas de serrage de mains. Et je me lavais fréquemment ces dernières mais à présent c'est avec encore un plus grand soin. 

Encore des cas de personnes auxquelles on a refusé le test. Et de témoignage de l'encombrement absolu du 15. Comme disait l'amie, ce n'est pas le moment de subir une crise cardiaque.  

Je m'aperçois que la possibilité d'une période de confinement tend à me rendre plus (+) active ce qui au bout du compte contribue à accroître ma prise de risques individuelle. J'ai ainsi pris des billets de train et pour Arras et pour la Normandie en vue de deux sauts à y faire pour des choses qui ne sauraient attendre deux mois avant d'être faites. Et que je ne risque de pouvoir faire avant le cœur de l'été si comme je l'espère je retrouve rapidement du travail. De ce côté là, deux entretiens prévus cette semaine. 

Si j'avais eu la moindre idée d'observer le #IoRestoACasa par solidarité envers ma famille d'Italie comme par intelligence préventive, c'eût été raté. 

Seulement en France, le mot d'ordre est : Faisons presque (1) comme si de rien n'était et descendons les Champs Élysées

En Italie, couvre-feu général avec circulation possible grâce à une lettre d'auto-déclaration (Je sors 1/ pour travailler 2/ pour aller faire les courses de premières nécessité etc.). Déclaration de Giuseppe Conte, qui ne semble pas très en forme (Serait-il atteint ?) 

Une infirmière par le biais d'une photo prise par un collègue alors qu'elle s'effondrait de sommeil après une garde non-stop est devenue une icône nationale. 

En Chine la vie normale commence à reprendre, les entreprise à rouvrir, les gens à devoir retourner bosser (mais avec des masques).

 

(1) Parce que bon, quand même, le ministre de la culture est lui-même atteint. 

Lien vers le site de la santé publique en France

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

113 582 cas dont 3 996 morts et 62 512 guéris 


En rentrant de la radio je me suis aperçue


  Fullsizeoutput_1ab6 En rentrant de la radio, où j'étais toute heureuse d'avoir pu inviter Sylvie Lassalle pour son roman "Le village des secrets",  je me suis aperçue que j'avais retrouvé un bureau. C'était prévu et annoncé, j'en ai monté un hier, j'en récupère un aujourd'hui, mais il y a toujours un écart entre la prévision des choses et sa concrétisation. J'avais entre autre oublié que cette place désormais vide avait été la mienne dans un autrefois pas si vieux.

Quel âge avait donc le fiston quand je la lui avais cédée ? Je n'en ai plus le souvenir. Je me revois rentrer de l'"Usine" un jour et qu'il parlait au casque avec quelqu'un au sein d'un jeu. Il était en 3ème ou 4ème je pense et j'y ai vu bon signe, qu'il ait été capable d'installer ça sur ce qui devait être l'ordi familial de base. Je préférais cet usage que de le voir le nez dans une gameboy ou autre petite console de cette époque-là. J'espérais pour lui qu'à force de jouer sur un ordinateur, il finirait par trouver de l'appétence pour programmer, ce qui lui permettrait de gagner sa vie.  

Me suis sans doute alors débrouillée pour acquérir un ordi portable pour mon propre usage, et j'ai commencé à camper dans la cuisine. La table de la cuisine est devenue de moins en moins table de cuisine et de plus en plus mon bureau. Jusqu'à un total submergement au gré des coups durs jamais remontés (maladies et décès des parents, vider la maison des miens et la vendre, conséquences indirectes des attentats de 2015, inondations par dégâts des eaux remontant (deux fois), moments de maladies des uns ou des autres). Je pense que nous n'avons pas pu y prendre le moindre repas depuis 2015. Ou 2013, autre rude année, une rupture subie, et mon premier emploi de libraire perdu pour cause de librairie qui fermait.

Je perds la compagnie quotidienne du fiston avec lequel je m'entends si bien et qui savait me faire rire même dans les moments difficiles, il va me manquer, mais en contrepartie, je vais pouvoir tenter de reconquérir l'appartement devenu invivable de trop de livres et de paperasses non triée, manque de place, manque de temps pour du rangement. Ça devenait terriblement urgent. C'est un grand service qu'il nous rend en plus que cette sorte de soulagement à le sentir tiré d'affaires, libre et indépendant. Mission [de parents] accomplie. Au moins pour lui. 


Être pris pour un tueur en série

 

    Je l'avoue, en octobre dernier la monumentale bévue qui a fait qu'on a cru à l'arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès (1) m'a bien fait rire, même si je n'oubliais pas tout à fait le malheureux homme sur qui s'était tombé. 

Il faut dire que l'emballement médiatique avait été spectaculaire et que je travaillais alors en maison de la presse, donc aux premières loges. J'avais ainsi découvert que contractuellement on devait laisser les Une(s) affichées tant que le numéro suivant des quotidiens concernés n'étaient pas paru, et ce alors que dès la mi-journée du samedi il était connu que le gars arrêté n'était pas le bon.

Ajoutait au côté farce de l'ensemble cette interview d'un bon voisin de monsieur Joao, puisque tel est son vrai nom, et qui clamait l'innocence de ce dernier, Disant (je cite à la mémoire, sans doute pas mot à mot) mais quand on a vu sa photo on s'est dit C'est pas possible, c'est Guy ! Il se sont gourés, on se connaît depuis 20 ans, il a toujours habité là. 
C'était sympa comme tout, envers et contre le monde entier il était près à défendre celui qu'il connaissait. Je pense que bien des gens auraient pris des airs entendus sur le mode Il n'avait pas l'air comme ça, On n'aurait pas cru. Et lui, il n'en démordait pas. Ridiculisant ceux qui avaient commis l'erreur, et côté judiciaire et côté journalistique. 
Au passage bravo à l'équipe qui avait pris la peine de donner la parole à ce voisin solidaire.

Ce soir, lisant des informations, je suis tombée sur cet article de France Info, l'homme qui a été victime d'une grossière erreur d'identification s'apprête à contre-attaquer, et ce d'autant plus que, sans parler qu'il peut à juste titre prétendre à un dédommagement pour le préjudice subi, il semblerait qu'il n'ait même pas eu droit à la moindre excuse.

Du côté médiatique, la bourde s'explique : tuyautée par des instances policières, une première équipe est tombée dans le panneau et poussés par leur direction (urgence, chasse au scoop) et d'autant plus que des agences avaient confirmé (AFP, Reuters ...), les autres ont suivi. Partout on réduit les effectifs au plus juste, on dégage les plus âgés, mais dont l'expérience dans de tels cas pourrait être précieuse, pas étonnant que l'enchaînement ait conduit à un tel emballement. Et ce d'autant plus que l'affaire demeure un des plus fameux mystères récents. C'était aussi une bonne aubaine pour les dirigeants du pays : la diversion venait à point nommé. On peut raisonnablement supposer que certains grands patrons de multinationales détenant des titres de presse, plutôt que d'inciter à la vérification, ont poussé sur l'accélérateur.

Mais côté policier, ça reste bien intrigant. Il était dès le début question d'une dénonciation. Or l'homme concerné semble à première vue être un paisible retraité, qui diable pourrait lui vouloir du mal à ce point-là ? Ou alors c'est quelqu'un qui aura voulu lui faire une mauvaise blague, une petite vengeance mesquine pour un vague différent de la vie, persuadé, tant les types n'ont rien à voir, que ça n'irait pas plus loin qu'un petit contrôle un peu plus poussé à l'arrivée.

Ensuite, il a été dit que ses empreintes digitales coïncidaient, puis que certaines seulement étaient similaires. Il n'empêche voilà quelqu'un qui a priori mène une vie tranquille et qui apprend, d'une part que quelqu'un lui veut du mal, et d'autre part qu'il a presque les mêmes empreintes digitales qu'un grand meurtrier. Si tant est que dans un cas comme dans l'autre il ne s'agisse pas de mensonge des instances responsables de l'arrestation et qui auraient cherché désespérément à se couvrir après coup, il y a de quoi dormir moins bien la nuit.

Aucune surprise, soit dit en passant, dans le fait que les différents services concernés se renvoient la balle concernant la bourde, d'autant plus que les organisations de trois pays sont en cause (2). Seulement il va bien falloir que quelqu'un quelque part accepte de prendre en compte le sort qui a été fait à ce voyageur, lequel aura donc passé plus de 24h à devoir décliner son identité sans savoir pourquoi on lui faisait tant d'histoires.

Je serai curieuse de connaître la suite et de voir si nos sociétés sont devenues aussi inhumaines qu'elles en ont l'air, dans la façon dont sont traités les citoyens sans fortune ni renommée particulière. Puisse-t-il obtenir réparation.

 

(1) note pour lecture du futur : Xavier Dupont de Ligonnès est soupçonné d'avoir occis son épouse et leur quatre enfants dans la région de Nantes en avril 2011. Les corps ont été retrouvés sauf le sien, ce qui a éloigné l'hypothèse d'un assassinat multiple suivi immédiatement du suicide du meurtrier.

(2) On attend dans peu de temps l'excuse d'une mauvaise compréhension, d'erreurs de traduction. C'est presque curieux qu'elle n'ait pas déjà été invoquée. 


Mort du docteur Li Wenliang (2019-nCov)

Sur le front du 2019-nCov : 31523 cas dont 638 morts mais 1764 guérisons (à 15:30)

Aujourd'hui, un billet à part entière. Alors que j'étais concentrée sur ma recherche d'emploi (j'ai mis bossé 4h non stop, twitter l'a attesté (1)) avec les membres de ma petite famille partis au travail, je n'avais donc croisé personne depuis l'entraînement de natation du matin et le petit-déjeuner (au cours duquel ça avait plutôt parlé boulot), ni suivi d'infos. 

J'avais brièvement songé à l'épidémie en constatant le froid (relatif) sur le chemin du retour (1°c au téléphone), m'interrogeant une fois de plus sur mon étrange conviction que si nous (nous assez vaste : habitants de la France ? de l'Europe vers l'Atlantique ?) tenions  jusqu'au printemps nous serions sauvés. Comme si le virus ne savait se répandre qu'à de basses températures, ou les organismes en être victimes. 

Mais je n'y pensais plus.  

Jusqu'à présent, plusieurs raisons personnelles font que cette épidémie ne m'inquiète pas excessivement : 

J'ai été de santé fragile enfant, et si souvent soumises à des épisodes de toux violentes, gorge en vrac et fortes fièvres qu'à l'âge de 10 ans j'étais profondément persuadée de n'atteindre jamais l'état adulte ; du coup j'ai un peu tendance à pensé tant que pas directement atteinte qu'un virus qui fout la fièvre et empêche de respirer, s'il me tue, m'aura laissé 45 ans de sursis ; c'est toujours ça de pris ;

Mes enfants sont adultes, mes parents et beaux-parents morts, je n'ai pas (encore) de petits-enfants, mes ami·e·s et ceux de ma famille au sens large mais néanmoins proches, adultes et en bonne santé ou déjà malades d'autres choses qui sont leur premier danger. J'ai une seule bien vieille amie qui serait en grand danger si elle venait à être touchée ; je pense que je serais inquiète si mes enfants étaient encore enfants.

D'un point de vue rationnel il me semble évident : 

Que pour l'instant du moins (ça peut changer très vite, je m'en doute) en France le risque de chopper la grippe classique est bien plus élevé (2) que d'attraper le 2019-nCov ;

Que si l'épidémie se répand à Paris, on aura beau faire, nous risquons d'être en contact avec le virus que nous le voulions ou non ; et tant que nous devrons les uns ou les autres aller travailler, nous n'aurons pas la possibilité de rester confinés. Sans même parler des courses à faire. Dès lors est vaine toute stratégie d'évitement. Qui vivra verra (3).

 

Il me semble que cette approche calme aura peut-être pris fin ce matin.

Il y a d'abord eu ce touite

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Très vite pour comprendre et vérifier j'ai lu des articles de journaux, dont l'un sur Le Temps, l'autre dans Le Figaro, puis celui du Monde . C'est terrifiant et triste d'être si peu surprenant, seulement voilà : les lanceurs d'alerte sur un sujet si grave que celui-là ont dans un premier temps été mis en prison. 

 

Cette video alors m'a troublée, disparue entre temps (je n'ai plus que la copie d'écran), il s'agissait d'un montage son (4) :  

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En voici une copie ainsi qu' une voisine qui semble plus sérieuse.

Quoi qu'il en soit la mort du jeune médecin (34 ans) semble à présent confirmée, ainsi que les contaminations de sa femme (enceinte de 5 mois) et de ses parents. Il laisse orphelin, à ce que j'ai lu dans plusieurs articles, un enfant de cinq ans.

Outre le traitement glaçant que lui auront réservé les autorités, son cas rend visible le fait que ce virus peut être mortel pour un être humain au départ a priori en pleine possession de ses moyens et connaissant les gestes et les précautions à prendre pour se prémunir autant que possible d'une contamination. Et protéger les siens. 
Les articles notent que le médecin a présenté les premiers symptômes le 10 janvier, qu'il a été hospitalisé le 12 et que son décès a été enregistré le 7 février. Par ailleurs les lanceurs d'alerte dont il a fait partie ont été réhabilités le 28 janvier. On peut donc supposé qu'au moins à partir de cette date il a, de la part de ses confrères et parce que contaminé puis guéri, il aurait été un allié immunisé d'autant plus précieux pour soigner les nouveaux patients, reçu les meilleurs traitements. 

Malgré tout il est mort. Et son chemin vers la fin aura été d'au moins une quinzaine de jours. Moi qui imaginait, naïve, un virus qui tue rapidement, s'il doit tuer, ne me voilà pas rassurée du tout. Plus que la mort, je crains l'agonie.

On pourra donc se souvenir de ce vendredi 7 février 2020 comme du jour où l'on aura commencé à considérer la menace comme beaucoup moins lointaine qu'elle n'y paraissait.

C'est le moment de (ne (surtout) pas) relire "Station eleven". 

 

 

(1)

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(2) Si l'on n'est pas vacciné, ce qui est mon cas : j'étais trop à fond dans le boulot lorsqu'il aurait fallu le faire et comme je suis quelqu'un qui fait généralement des réactions fuligineuse face aux vaccins et ne suis pas en état de bosser pendant deux à trois jours, j'y ai renoncé.

(3) ou, comme le disait si bien le père d'Odette du "209 rue Saint Maur" : "Pas peur, pas peur, nous vivra, nous verra"

(4) Il n'empêche que le fait de l'avoir vue et entendue a bien eu lieu. Et d'en être saisie aux larmes tout en s'interrogeant.


Un trajet dans Paris (par temps de grève des transports)

 

    Dans mon emploi actuel et comme souvent en librairie, les lundi sont mes dimanche, le samedi étant travaillé. Seulement comme il s'agit d'un lundi, inévitablement on en profite pour faire différentes choses nécessaires.

Je devais donc me rendre de Clichy vers Denfert. En milieu de matinée.

Quelque chose (des infos vaguement captées via le radio-réveil ? une réflexion du fiston qui consultait l'appli SNCF ? le fait que la CFDT comme prévu ait fait semblant de croire qu'elle avait remporté un point important avec l'abandon du concept d'"âge pivot" alors qu'il n'y a eu qu'un twiste de vocabulaire assorti d'un "provisoirement" ?) m'avait fait croire que la grève du moins dans les transports, s'était adoucie et qu'en prenant un peu de temps, ça pouvait passer. 

Il y avait aussi que je tenais à terminer une lecture en vue de l'émission "Côté papier" de ce mercredi. 

Et que mon parcours comportait un morceau de ligne 14 dont l'absence de conducteurs ne fait pas grève.

Au bout du compte : 

 

  • Je suis parvenue sans encombre par le train de Clichy Levallois à Satin Lazare. Il y en avait certes moins, l'attente était de 10 à 15 minutes, mais rien d'insurmontable lorsqu'on a prévu de partir un peu plus tôt parce qu'on se doute qu'on mettra un peu plus longtemps. Du monde, mais pas d'entassement insupportable. J'ai pu ouvrir mon livre.
  • La ligne 14 fonctionnait parfaitement mais surprise (et c'est là que j'ai su que j'arriverai en retard), son accès principal, via la bulle sur le parvis de la gare était fermé. Des personnes avaient été dûment dépêchées sur les lieux, un peu comme les gardiens de portes (1) de la ligne 13 pour indiquer de passer ailleurs. J'ai donc fait une belle boucle en entrant par l'accès vers la rue du Havre, puis en empruntant les souterrains presque déserts (c'était l'heure de fermeture des lignes qui avaient été ouvertes pour faire face aux heures de pointes). Une fois dans la rame c'était tranquille comme aux débuts de la ligne 14 quand peu de gens encore l'empruntaient.
  • À Châtelet, changement étrange : si peu de monde dans un lieu ordinairement si fréquenté. On avait un peu l'impression d'être les survivants d'une grave épidémie. La surprise pour moi qui n'avais pas fréquenté les transports dans Paris depuis un mois et demi fut les couloirs de canalisations des flux de passagers qui avaient été créés. Au moment où je suis passée ils étaient un peu superflus. Ils laissaient cependant imaginer l'enfer possible d'autres heures plus chargées.
  • Lignes de métro qui se fermaient. En revanche, les RER B existaient. Pas tous. Un monde fou sur le quai. J'ai eu la chance que l'un passe rapidement, malgré son retard pour cause de "malaises voyageurs" annoncé. J'ai aussi le savoir faire pour pouvoir entrer dans un wagon bondé sans écraser personne davantage qu'il ne l'est déjà, vingt ans de ligne 13 à ces pires années, ça laisse des compétences.
  • À Denfert une sortie lente, ça bouchonnait de piétons qui sortaient. J'ai mis trois à quatre minutes de plus qu'à l'ordinaire pour simplement sortir de la gare. 

Bilan du trajet aller : 15 minutes de retard sur l'heure prévue d'arrivée. 1h20 à 1h25 de trajet au lieu des 1h05 à 1h10 que j'aurais pu mettre avec les mêmes lignes un jour normal sans incidents techniques. 

 

Pour le retour j'ai commencé en mode marche à pied, après avoir brièvement caressé l'espoir de rentrer à vélib mais constaté que ceux que je voyais ici ou là étaient disponibles seulement de par leur mauvais état. J'avais par ailleurs besoin de réfléchir à quelques possibilités de mon avenir de non-retraitée et pour la réflexion rien ne vaut la marche à pied. Je supputais qu'à Montparnasse je trouverais des possibilités pour remonter vers le nord de Paris.

  • La ligne 13 comme bien d'autres était fermée, accès clos par de la rubalise. Il en était de même pour tous les accès à l'intérieur de Montparnasse, et pour toutes les lignes. 
  • Des bus passaient, j'en avais vu au départ de Satin Lazare plus tôt le matin, et depuis que je marchais à partir de Denfert. Leur inconvénient était d'être bondés. J'ai donc cherché une ligne qui partait de Montparnasse afin d'être assurée de pouvoir monter. Facile, la 28, avec un bus sur le point de partir. C'était du trajet debout mais supportablement tassés. Pas la peine d'espérer lire. À hauteur de Champs Élysées et comme j'étais allée tout au fond puisque je comptais descendre au terminus, j'ai pu avoir une place assise. Trajet lent mais qui m'aura permis de rallier la gare sans (trop de) fatigue (2).
  • Les trains SNCF n'avaient pas leur fréquence habituelle mais ça ressemblait à un jour normal avec quelques tracas techniques comme c'est souvent le cas. Et puis j'ai pu m'asseoir et lire en attendant son démarrage, ça n'était pas pur temps perdu.
  • Pas de vélibs pour le petit trajet de la gare jusqu'à chez moi : ils semblaient pour ceux qui restaient, là encore dans un sale état.

Il devait être aux environs de 13h lorsque je suis rentrée chez moi. Contre probablement 12h20 ou 12h30 si ça n'avait pas été jour de grève.

J'écris ce billet non pour protester, car je suis des personnes qui ne voient que trop bien quel hold-up est en cours sur ce qui restait de solidarité intergénérationnelle nationale et qu'en l'occurrence même en l'état actuel des choses, j'ai un réel problème d'avenir professionnel et financier qui se pose : je suis à quatre ans de ce qui était l'âge de départ en retraite lorsque j'ai entamé ma vie professionnelle, seulement compte tenu de mes études et de deux périodes qui semblent n'avoir pas comptées (un congé maternité longue durée à l'époque couvert par la convention collective des banques, remise en cause peu après, et qui entre-temps est devenu considéré comme une période non-travaillée ; par ailleurs mes débuts en librairie à temps partiel si faiblement rémunérés que j'en ai des trimestres "blancs" (3)), il faudrait que je parvienne à travailler jusqu'à 65 ans pour prétendre à une retraite à taux plein, laquelle serait de toutes façons assez maigre même calculée sur les 25 meilleures années de mes revenus. Elle me permettrait simplement de continuer à vivre chez moi. Si j'évoque mon cas c'est que pas mal de femmes qui ont pris qui un congé parental qui un temps partiel pour s'occuper de leurs enfants petits se retrouvent sans doute dans le même cas. Et pas mal de libraires, heureux et heureuses de pratiquer un métier qui a du sens et qu'ils apprécient vont tôt ou tard avoir ce genre de soucis : une retraite sur à peine plus que le SMIC c'est à peine plus que que pouic. Bref, j'écris ce billet non pour protester mais pour simplement témoigner d'un jour J sur le terrain à ce moment donné d'une période troublée. Si faire grève avait un sens dans mon cas, si par exemple je travaillais encore pour une grande entreprise tout en étant en CDI, je ferais grève contre cette réforme des retraites (4).
Je l'écris comme souvent ici pour documenter la vie quotidienne à Paris et en Île de France au début du XXIème siècle comptage chrétien, les premières décennies des années 200 du calendrier républicain, vu d'une personne lambda qui tente de vivre sa petite vie et boucler ses fins de mois.

Je l'écris aussi par compassion pour les personnes qui ont des ennuis dans leurs boulots respectifs en arrivant en retard alors qu'elles n'y sont pour rien. Ou qui s'épuisent dans de trop longs trajets parce qu'elles habitent loin pour cause de loyers locaux astronomiques et que leurs vies vont bien tant que tout va bien mais qui sont à la merci des moindres complications. Beaucoup ne se rendent sans doute pas compte qu'elles pourraient s'en sortir en s'habituant au vélo. Que jusqu'à des trajets de 15 km sans difficulté technique particulière (la côte de Meudon par exemple, ou dans le Val d'Oise celles de Saint-Prix, ou la montée de Montmorency), c'est très faisable et qu'on en sort plus en forme, une fois habitués. Je n'ose pas trop insister car pour l'instant encore, compte tenu des infrastructures en progrès mais incomplètes, et de la violence de certains comportements motorisés, l'usage du vélo augmente pour le cycliste le danger du trajet. Quoi qu'il en soit, franciliennes et franciliens qui en bavez actuellement, tenez bon, c'est de votre futur ou de celui de vos enfants qu'il s'agit. 

 

 

(1) J'ignore le nom officiel de leur emploi. Aux heures d'affluence ils sont depuis quelques années à chaque porte palière à dire "Laissez descendre avant de monter" 

(2) J'avais quand même un trail d'entraînement de 17 km dans les gambettes. 

(3) Alors que mes bulletins de salaires mentionnaient des cotisations. Mais c'était sous un certain seuil donc ça comptait pour du beurre. Charmant.

(4) @monsieurkaplan a parfaitement écrit ce que moi aussi je constate et ressens. Au passage je découvre son blog qui s'annonce intéressant. 

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Des coups durs et du rangement (ou de son absence)

    

    Comme après un excellent dimanche il me restait un peu d'énergie, j'ai entrepris, comme je le fais chaque fois que c'est possible, de ranger. 

Ma cuisine est mon bureau, qui avait depuis longtemps dépassé les limites du bordel organisé pour devenir un grand bazar fuligineux.

En triant, en jetant, en datant les objets et documents retrouvés d'après les traces qu'ils en contenaient, j'ai eu la confirmation claire et nette de ce que j'en supposais : quand rien de grave ne se produit, je range et classe et jette ce qui doit l'être, et ce même si je dois assumer un travail nourricier à temps plein, les trajets et par ailleurs les entraînements de triathlon.

En revanche dès que survient un coup dur, qu'il soit collectif ou intime, je ne parviens plus qu'à assurer comme ça peut le boulot et une part du sport, ainsi que la gestion domestique urgente comme le minimum vital de tâches ménagères, et le reste part à vau-l'eau ; sans compter que les KO de la vie s'accompagnent généralement d'une forme ténue d'amnésie : ce qu'on a fait les jours d'avant présente des blancs mémoriels, et lorsque l'on reprend pied, la mémoire précise des actes accomplis entre la date de l'événement et la reprise de contact avec un sentiment de "vie normale" retrouvée, s'estompe fort. 

Ainsi en rangeant mon bureau j'ai retrouvé : une strate de juste avant novembre 2015 (attentats dans Paris, dont au Bataclan), une strate d'après novembre 2016 (maladie finale de ma mère), avant février 2018 et juste après (déménagement des affaires de mes parents vers la Normandie). Ça me fait l'effet de mini time-capsules lorsque je retombe dessus.

Si je suis plutôt contente de retrouver certains objets, surtout ceux qui peuvent m'être encore utiles, je suis triste de constater à quel point nous (le nous collectif général ou le nous familial) avons morflé. Et combien la vie m'autorise finalement assez peu de faire les choses à mon idée. Dès que je trouve un rythme de croisière et un brin d'organisation, survient quelque chose qui défait l'élan. Je suppose que c'est le cas pour tout le monde, seulement celleux qui ont les moyens de déléguer une partie de leurs corvées s'en sortent sans doute moins mal. 

Je crois qu'il conviendrait qu'au lieu de me sentir coupable de ne pas parvenir à tout assumer quoi qu'il advienne, je m'efforce d'être fière de parvenir à assurer le boulot et le principal, coûte que coûte en toutes circonstances.

Rétrospectivement, je me demande si je n'aurais pas dû aller voir le médecin après l'attentat contre Charlie Hebdo. Ça ne m'avait pas effleuré, sur le moment, j'ai mis un point d'honneur à tenir, malgré que j'y avais perdu un ami. Il n'empêche que je l'avais payé, et fort, dans les mois suivants les mois de juste après.

 

À part ça, j'ai retrouvé dans un sac contenant quelque peu de papeterie rapportée de la maison qu'avaient mes parents à Taverny, un ancien papier à lettres datant de mon enfance. Ou plutôt des sortes de cartes pliées, sur le dessus une reproduction de tableau, à l'intérieur une place pour rédiger. 

Or la première contenait un début de courrier destiné à ma cousine Claire et que quelque chose avait interrompu, de suffisamment urgent pour stopper l'élan d'une phrase.

Ma Chère Claire,

Il y a bien longtemps que [je] ne t'ai pas écrit. J'espère que tu vas bien. Ici, ça va, il neige beaucoup et ça m'amuse beaucoup ! À l'école nous nous amusons bien avec les bonshommes de neige, nous n'avons pas le droit de faire des glissades ni 

C'est dommage, il n'est pas daté. La mention de "l'école" semble indiquer que nous étions au tournant des années 70. 71 peut-être car je crois que cet hiver-là avait été particulièrement neigeux.

Au moins cette trouvaille me donne-t-elle le sentiment de n'avoir pas travaillé pour rien.