Je ne veux pas d'autre(s) vie(s)

Un soir, lien qu'on m'a, ainsi qu'à d'autres, par touite retransmis

 

On pouvait considérer qu'en gros nous avions deux parts importantes dans nos vies, la vie professionnelle (ou son prélude estudiantin) et la vie affective et qu'il était préférable, voire sage, qu'elles reste assez disjointes, sauf exceptions formidables .

Étant de pas tout à fait éclatante santé, il m'est apparu dès mes plus jeunes années qu'une part non négligeable de l'existence était constituée de la vie physique, ses réussites (acquérir à force de sport une condition physique décente et un corps acceptable), ses aléas (les maladies) et plus tard que la vie sexuelle était la jolie intersection entre celle-ci et la vie affective. J'ignorais alors que cette intersection était soumise pour certaines femmes à précoce disparition.

Quand on a de la chance, on peut avoir une vie familiale sous-ensemble harmonieux de la vie affective et si possible pas trop écrasé par la bulle envahissante de la vie professionnelle (1).

Bien sûr il y a tout le reste, les intendances et les corvées, les contingences matérielles, administratives, des assurances et des contrats, mais je les ai toujours considérées comme des murs ou des pavés, bref des trucs qu'il fallait faire avec, mais qui n'étaient pas partie intégrante de la vie, la vraie. Moins on y perd de temps, mieux c'est.

Voilà que des banques zélées et soumises après avoir trop longtemps abusé du monde à quelques ennuis financiers, ont décidé afin d'élargir leur marché, de s'attaquer aux enfants, non pas aux ados qui ont leur argent de poche et des démangeaisons consommatoires, non, directement aux enfants petits, ceux qui a priori devraient avoir en poche au plus de quoi acheter le pain familial sur le chemin de retour d'école voire leur goûter, quelques bonbons, ce genre de choses.

Quel scandale cette inconscience, il convient qu'ils apprennent et plus vite que ça, et probablement qu'ils spéculent en bourse dès que ça pourra. 

L'article entier du Figaro est par là , et j'ai beau savoir que nous n'avons pas les mêmes valeurs, rarement les qualités mises en avant pour vanter un produit ne me seront apparues comme autant d'éléments effarants qui devraient précisément faire que ça n'existe pas.

En particulier cet argument : "Réussir plus tard dans sa vie financière".

Placer les sous sur le même plan que les grands compartiments de l'existence me laisse glacée d'effroi. Le fric est une contingence, certes forte et très difficilement contournable, mais pas une fin en soi. En tout cas ne devrait pas.

(- Salut Gaston, ça va ? Et le boulot ? Et la santé alors ? Tes amours, toujours heureux ? Et tes finances ?)

Je ne veux pas d'autres vies que celles que j'aie déjà. Chers banksters, désolée, débrouillez-vous sans moi.

 

(1) Celle-ci pouvant inclure le chômage, difficile de nos jours de n'en pas tôt ou tard passer par là. 

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Serais-je devenue trop âgée ?

Depuis un moment déjà, mais flagrant hier soir

 

Depuis un moment déjà, lorsque je vais voir expositions, films courants, lorsque je le lis certains romans qui ont un large succès (pas tous), ou comme hier au théâtre, j'ai l'impression d'accompagner mes enfants encore petits ou pré-ados à un spectacle pour eux, sauf que les enfants n'y sont pas.


J'ai le sentiment que les concepteurs de l'œuvre ou, pour les musées, installateurs de leur présentation, s'adressent à des collégiens à qui il faut tout expliquer tout bien afin qu'ils comprennent, et insister encore en revenant sur certains points. Au lieu que les choses soient subtiles, on s'attache à ce qu'elles aient l'air marrant (1) ou bien tragique mais grossièrement. Quand est prévu un suspens je le devine bêtement 6 km avant la fin et me sens dès lors comme quelqu'un à qui on raconte une blague mais qui la connaissait déjà et donc ne rit pas.


Parfois je suis accompagnée par quelqu'un qui pense comme moi, concède que c'était un peu lourd, mais se sera néanmoins plutôt amusé(e). Souvent, j'ai le sentiment d'être la seule à réagir ainsi, déçue dans une exigence de subtilité et de qualité ; alors je pense que je suis tout simplement devenue vieille, trop exigeante, et encombrée de mes quelques zones de non ignorance, fatiguée qu'on me prenne pour une bille, pour un bébé.


Je ne sais pas quoi penser. Est-ce le niveau culturel qui s'est à ce point effondré qu'il faille désormais tout souligner (2) ou moi qui suis tombée snob en devenant plus âgée ? 


 

(1)Le côté "apprendre en s'amusant" m'exaspère particulièrement. Et le plaisir d'apprendre en faisant un (petit) effort et d'être ensuite content d'en avoir été capables, où est-il passé ?


(2) Un peu comme dans un billet de blog où l'on mettrait un lien pour expliquer chaque terme un peu hors du commun (ce que je fais quand je suppose que j'emploie une référence particulièrement générationnelle et que les moins de vingt ans ne peu-vent pas connaî-treuh ; mais sinon j'évite sauf demande de quelques-un(e)s)


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Gagnons du temps (ter)

- Pensez-vous qu'une guerre ferait repartir l'économie ?

Quel genre de guerre ? N'y a-t-il pas déjà des guerres un peu partout dans le monde, précisément pour que les marchands d'armes continuent à avoir des débouchés ?

Si vous entendez une guerre mondiale et nucléaire généralisée, je pense que peu importe ce que je pense, tel que c'est parti de ce capitalisme fou et emballé on y aura droit et probablement pas entre les continents qu'on croit, ni avec les alliances qu'on attendrait selon nos vieux schémas.

Après, peut-être que l'économie repartira, mais toute seule ou pour les blattes : il n'y aura plus grand nombre d'humains.

- Vous considérez-vous comme susceptible concernant certains aspects de votre vie ?

Susceptible de quoi ?

- Pensez-vous que le soutien du groupe est indispensable pour agir au niveau professionnel ?

Tout dépend de ce qu'on entend par groupe. En admettant qu'il s'agisse des personnes portant un projet, oui bien sûr.

- Pensez-vous d'une manière générale que les artistes ne sont pas des gens sérieux ?

Les artistes sont les vigies du monde, qu'ils soient ou non sérieux importe peu, il faut les prendre au sérieux sous peine de graves dommages à l'ensemble de l'humanité.

Les traders et hauts financiers sont des clowns maladroits qui viennent de nous le prouver.

- Éprouvez-vous de grands sentiments de pitié vis-à-vis de malheureux ?

Oui parce que je sais que vous pourriez être à leur place et que de cette cohorte j'ai failli faire partie.

- Connaissez-vous quelqu'un qui vous déteste ?

Non. En revanche je connais quelqu'un qui a dû me détester sans que je n'en sache rien à l'époque puisque j'ignorais son existence même. Et une de mes anciennes amies m'a probablement détestée très fort à un moment donné : son homme était en passe de la quitter et un message de ma part qui se cachait d'autant moins qu'il n'y avait rien à cacher et qu'elle avait en fouillant retrouvé, lui avait fait croire que c'était pour moi qu'il s'éloignait. J'ai appris ce jour-là qu'il est d'autant plus difficile de prouver sa bonne foi qu'elle est totale : on n'a donc pensé à rien de ce qui pouvait l'étayer.  

J'eusse aimé qu'une fois l'affaire résolue, elle s'excusât auprès de moi. Mais bon au moins à présent qu'il est avec cette autre femme qui n'est pas moi, je suppose qu'elle ne me déteste pas. 

- Détestez-vous quelqu'un ?

Personne en particulier. Je déteste d'une façon générique et générale tous ceux des politiciens et dignitaires de toutes religions quelles qu'elles soient qui incitent à la haine de l'autre quel qu'il soit.

Quand je n'aime pas certaines personnes, je m'efforce simplement de ne pas les fréquenter ou de réduire au minimum incontournable nos interactions. Je n'ai ni temps ni énergie à gaspiller dans la détestation.

Je peux en revanche en vouloir à quelqu'un qui a fait du mal à quelqu'un que j'aime. N'essayez pas.

- Est-ce que votre entourage vous considère comme dépensier ?

Le père de mes enfants probablement. En fait je ne le suis que dans un seul domaine : les livres.

- Vous arrive-t-il de vous laissez aller à des "folies" dépassant votre budget ?

Seulement en cas de force majeure : quelqu'un qui va mal et qu'il faut aller voir loin et donc financer un déplacement, un outil indispensable, qui tombe en panne et qu'il faut remplacer sans attendre pour pouvoir continuer même si ; l'appartement où j'habite quand nous l'avons acheté. Mais cette folie, ça y est, est dûment réglée.

Je n'ai que peu de sens de la possession. Les objets aussi beaux soient-ils ne font que nous croiser.

La contrepartie de cette façon d'être et que l'acte d'achat ne me console pas. Il peut au mieux me soulager si je dispose enfin de quelque chose d'utile dont j'avais besoin.

- Êtes-vous en bon terme avec votre famille ?

Je m'efforce de l'être en tentant de limiter les occasions de conflits.

- Etes-vous irrité par le bruit que peuvent faire des enfants, des voitures, des rires ?

Non à moins d'être malade et que ce bruit soit vraiment très fort et très gênant. J'ai du mal à concevoir des rires irritants, sauf s'il s'agit de moquer quelqu'un stupidement.

- Avez-vous un ou des animaux ?

Non mais je pourrais vivre avec quelqu'un qui en a. Je m'entends généralement bien avec les chevaux et les chats.

- Vous arrive-t-il de vous mettre en colère ?

C'est rare. Il faut que quelqu'un ait mis en danger (physique) quelqu'un que j'aime. Ou que quelque chose soit d'une injustice ou d'une absurdité atroce et absolue.

Il m'arrive d'avoir une colère quand je devrais éprouver une peur, ce qui peut donner des résultats surprenants (et n'est pas sans risque, par exemple en cas d'agression).

 - Regrettez-vous parfois des choses que vous avez faites ?

Non, y compris quand je paie cher un engagement que j'ai eu, comme ce fut le cas dans un premier temps après avoir fait partie du comité de soutien de Florence Aubenas et Hussein Hanoun. D'abord parce que lorsqu'on a fait quelque chose de tout cœur, c'est que ça valait la peine, quel que soit le prix à payer ultérieurement. Ensuite parce qu'il est fréquent que dans un second temps reviennent des bonheurs. C'est le cas à présent.

Dès que c'est possible, je choisis la voie du "sans remord ni regret" même si elle est difficile, coûteuse ou délicate à suivre. Ce n'est pas toujours possible. Je me suis récemment trouvée prise par un cas de conscience qui semblait insoluble. Grâce à l'intelligence de qui d'autre était concernée, je m'en suis bien tirée.

- Vous reproche-t-on d’être trop bavard(e) ?
Pas depuis l'école primaire, non.

- Avez-vous l’impression que l’on abuse de votre gentillesse ?

Non, mais la certitude, oui. Depuis 4 ans j'ai dû apprendre à mettre des limites. On me reprochera donc désormais mon égoïsme.

 - Pouvez-vous écouter quelqu’un parler pendant longtemps sans que cela vous gêne ou vous agace ?

Si c'est intéressant ou s'il s'agit d'une détresse bien sûr que oui, je peux écouter longtemps. Sinon je m'efforce de couper court, en exprimant simplement que ça ne m'intéresse pas ne perdez pas votre temps avec moi, et si c'est impossible, de m'absenter en moi.

- Seriez-vous plutôt intransigeant qu’indulgent avec des subordonnés ?

Je suis peu capable d'avoir des subordonnés, je m'efforce toujours d'éviter ce type de lien. Si c'est inévitable je m'efforce de faire preuve d'exigence juste et d'être moi-même correcte en retour. Face aux mensonges et aux tentatives de manipulation, je suis sans indulgence.

- Acceptez-vous facilement l’autorité d’un supérieur ? Acceptez-vous facilement les ordres ?

NON. Uniquement s'il s'agit de quelqu'un d'extrêmement compétent dans le domaine sur lequel nous travaillons. Mon père a subi enfant le fascisme en Italie et il en a pris suffisamment du Obedite perche dovete obedire (3) pour 3 ou 4 générations.

- Affirmez-vous toujours vos convictions même contre l’avis de tous ? Contestez-vous un ordre venant d’un supérieur, si vous pensez qu’il est illogique ou contraire à la bonne marche de l’entreprise ?

Hé oui. Toujours l'intérêt général avant mon intérêt particulier. Je l'ai payé cher mais c'est sans regrets (cf. une des questions précédentes).

- Aimez-vous vous lever tôt le matin ?

Oui, surtout si c'est pour écrire, faire l'amour, lire ou aller nager.

- Si l’on aime son travail, peut-on se passer de vacances ?
Oui à condition de le varier afin que ça ne soit pas toujours le même effort en jeu (physique ou psychique) et de l'accomplir à son rythme.

- Vivez-vous facilement les situations stressantes ?

Tout dépend de leur nature. Professionnelles ou circonstancielles, oui. Affectives, nettement moins. Je suis fragile aux ruptures.

Généralement je fais face, puis je m'effondre après.

- Pensez-vous que la vérité est toujours bonne à dire ?

Elle peut être bonne à taire durant un temps donné ou face à un interlocuteur qui incapable de la supporter mettrait les autres ou lui-même en danger. Elle est en revanche bonne à préserver. La travestir, la modifier, la dénaturer présente toujours un danger qui n'apparait parfois qu'à retardement.

- Vous arrive-t-il de tricher pour ne pas perdre ?
Non, pas même enfant. Et puis d'abord pour gagner quoi ? Tricher c'est perdre (l'estime de soi).

- Pour atteindre vos buts, utilisez-vous tous les moyens disponibles ?

J'ai rarement des buts, je procède par efforts calmes vers ce qui me paraît être la moins mauvaise situation possible à un instant donné. Il s'agit surtout de s'en sortir. Parvenir à faire face à ce que la vie nous envoie comme épreuves. Je suis capable alors de faire feu de tout bois, mais de façon respectueuse. Tant qu'il ne s'agit pas de survie immédiate.

- Êtes-vous quelqu’un que l’on apprécie ?

Je n'en sais rien, c'est à ceux qui me connaissent qu'il faut poser la question.

- Avez-vous peur d’être mal jugé ?

Ça m'est égal. Je fais de mon mieux et si ça ne suffit ni ne plaît pas, tant pis. En revanche j'ai peur de décevoir ceux que j'aime.

- Vous arrive-t-il de faire des erreurs ? 
Comme vous en posant une telle question.

- Vous remettez-vous parfois en question ?
Peut-être un peu trop perpétuellement.
Ou pas : comme j'ai fort peu de certitudes, il n'y a pas grand-chose à remettre en question.

- D’une manière générale, faites-vous confiance aux autres ?
De ma naissance jusqu'au 17 février 2006, oui. Depuis, non.

- Êtes-vous actuellement en relation avec une personne qui vous dénigre ?
Je ne comprends pas bien le sens de la question. Je l'ai peut-être été dans un précédent emploi que j'avais, je me suis efforcée de mettre fin à la situation.

- Pensez-vous que les relations professionnelles puissent devenir des relations amicales ? Dans les grosses entreprises, il est recommandé d'éviter. Dans les plus petites, c'est souvent inévitable. Mais il convient de rester prudent. On peut s'exposer à de douloureuses déconvenues. Si rares sont ceux et celles avec lesquels en cas de guerre on pourrait faire de la résistance.

- Êtes-vous pour la peine de mort ? Non.

- Pensez-vous qu’il faille calmer les enfants hyperactifs ? Non, il convient plutôt de leur trouver des activités qui les apaisent ou les intéressent suffisamment. Que la chimie ne soit réservée qu'aux cas les plus extrêmes où il y a mise en danger.

- Pensez-vous que les lois soient trop laxistes ? Non, seulement celles envers les politiciens crapuleux, les trafiquants d'armes et les financiers.

- Pensez-vous que la France soit un pays privilégié en ce qui concerne la protection sociale ? Non, il y a eu beaucoup de déperdition ces temps derniers. Il serait d'ailleurs bon que les peuples d'autres pays puissent accéder à ce niveau minimal. Au moins un accès décent aux soins et pas seulement quand la terre a tremblé.

(variante : Si vous faisiez une crise cardiaque pendant que je réponds et qu'on vous refuse les soins au prétexte que vous n'avez pas l'assurance qu'il fallait, m'en voudrez-vous d'avoir répondu Oui ?)

- Pensez-vous que l’on cache beaucoup de choses aux gens ?
Que cache votre question ?


(1) J'ai cru comprendre ces jours derniers que l'euro passait déjà de mode, alors je me pré-adapte au prochain changement.

(2) Il me reste effectivement quelques zones d'incompétences, le plus récent des formateurs envisagé ayant démissionné l'an passé avant même sa prise de poste. Il avait pourtant remarquablement effectué le long et difficile parcours du postulant.

(3) Qu'on pourrait traduire par Un ordre est un ordre (et ça ne se discute pas).


Mode second degré off


Si j'ai parsemé ce billet de la fantaisie la plus assumée dont j'étais capable compte tenu du reste de l'actualité générale ou personnelle, il n'en demeure pas moins qu'aucune des questions n'a été inventée. Elles sont effectivement utilisées par certains recruteurs ou cabinets. Elles sont illégales et bien sûr vous n'êtes pas obligés d'y répondre, ils ne les posent que pour le fun n'est-ce pas. Vous avez besoin de gagner votre vie, enfin décroché un entretien et on vous les soumet. Vous y soumettez-vous ?

Un recruteur aux méthodes de big brother

(article de Jean-Marc Manach sur OWNI)

À l'attention de Milky : tu vois tes Milky Branlou Questionnaires pourraient faire de toi une pionnière du recrutement.

Quarante trois euros trente et l'âge de la caissière

Ici et maintenant


Si une chose fonctionne à peu près correctement dans notre inorganisation familiale, ce sont les courses alimentaires et ménagères.

Depuis des années l'homme les prend en charge pour la part pesante et récurrente (les eaux, le lait, la lessive, les patates et tout ça) une fois par semaine le week-end. Il en profite pour s'énerver (quand on fait les courses le week-end, il y a toujours un motif qui sait se présenter) et faire du gringue à la caissière.

J'ai renoncé à lui faire imprimer que le compliment galant déjà un peu pesant à 20 ans de part et d'autre, mais après tout peut-être un peu distrayant dans la monotonie d'heures laborieuses (ne serait-ce que pour avoir l'occasion de penser, Ah mais ce type, quel con !, ce qui est déjà une pensée, l'air de rien), de la part d'un homme qui s'approche des 50, même tout bien conservé qu'il est, n'avait pas exactement la même portée.

Il faut savoir que l'âge de la caissière, à quelques exceptions près, reste lui constant.

En attendant, comme ça c'est fait (1).

Il effectue éventuellement un complément le dimanche matin au marché, pour un peu de frais et du bon café en grains.

De mon côté je prends en charge un autre complément qui semble inévitable. Une fois par semaine ou tous les 10 jours environ. Parce qu'il manque toujours des œufs pour un gâteau, un peu de crème fraîche ou de parmesan pour accompagner le riz, de la sauce tomate italienne à défaut de la vraie, des speculoos de consolation et de la pasta speculoos un-crunchy la mort dans l'âme, des ampoules qui ont claqué et que si c'est celle à bayonette qui s'est éteinte définitivement forcément c'est celles à vis dans le placard qui restent, des serviettes hygiéniques les mois où mère et fille on est trop bien coordonnées, des bougies d'anniversaires pour mettre sur le gâteau, que j'égarerai avant l'anniversaire (quelle idée de prévoir à l'avance, aussi), et de l'anti-mites qu'en rentrant je vais soigneusement ranger dans le placard aux produits d'entretiens jusqu'à sa date de péremption ...

Parce qu'aussi j'aime bien expérimenter des trucs encore jamais croisés, espère toujours croiser la pire boisson énergétique qui me permettra de faire comme tout le monde au lieu de dormir sans arrêt (surtout l'hiver). Pas de chance, le Taureau rouge est sans effet sur moi. Je suis passée au Chien Noir, sans plus de résultat, et tente à présent des eaux vitaminées aux couleurs suspectes "Tu veux en mettre plein la vue à ton prof de yoga en t'essayant à la posture du "poirier thibétain", présomptueux, tu n'as juste pas pensé à la pesanteur [...]" (2). À défaut de disposer d'un prof de yoga à épater ou d'un amant imaginatif pour tenter des postures, je voudrais bien éviter de sombrer dans une sieste afin de continuer d'écrire.

J'ai bon espoir dans un délicieux Yoshi-Go green tea japonais, mais qu'hélas je dois aller un peu loin pour acheter (3).

Pour autant je n'achète pas tous les jours des produits dopants, et me contente le plus souvent de l'appoint courant.

Quand mes enfants étaient petits, c'était toujours le mercredi. J'avais opté en sacrifiant 20 % d'un salaire déjà pas mirobolant pour la semaine de travail sur 4 jours afin de m'occuper d'eux. J'intercalais les commissions dans l'intervalle étroit d'une des attentes de conservatoire. Longtemps y suffisait un billet de 100 FRF. Un jour insidieusement, les 100 FRF ont été trop courts. Je tirais alors 200 FRF au distributeur de billets et tentais qu'ils fassent pour quelques jours. Lorsqu'on est passé à l'euro, à force de moins en moins, ils duraient fort peu. Il fallait alors en gros 25 € pour ces courses du mercredi. Très vite c'était passé à 30 €. J'avais depuis longtemps renoncé à payer en liquide et préférais la carte bleue à débit différé.

Depuis le début de cette année civile, avec un lot de d'achats toujours équivalent, j'ai plusieurs fois dépassé les 50 €. Et ce matin, alors que j'ai pris garde à ne nous octroyer aucune fantaisie, rien que ce qui était sur ma liste, rien pour expérimenter, la facture fut de 43,30 €.

J'ai beau savoir que l'indice INSEE n'est pas censé mesurer l'augmentation du coût de la vie, j'ai quand même un peu de mal à comprendre qu'un tel écart entre l'inflation perçue d'un quotidien moyen et un indicateur économique censé refléter une évolution des prix, ne donne pas lieu à l'établissement d'un autre indice d'évaluation, plus proche du quotidien de chacun et qui, surtout s'il existe déjà, serait pris en compte pour l'établissement des minima sociaux (4).  

En attendant, nous nous estimons heureux de n'avoir pas à nous priver. Mais pour combien de temps ?

Et combien d'autres que nous et qui eux aussi ont beaucoup bossé, sont déjà dans le rouge permanent, au "jour par jour" et au "à 3 € près" ?


(1) Si j'étais vraiment seule je commanderai le gros des courses sur l'internet, en automatisant la chose au maximum. Je suppose d'ailleurs qu'existent déjà dans le monde des réfrigérateurs "intelligents" avec des puces qui émettent de quoi réactualiser sur le prochain bon de commande un produit manquant. Je n'aime pas plus les corvées ménagères qu'un patron ses employés, et donc je mettrais bien des robots partout pour nous auto-licencier comme main d'œuvre ménagère.

(2) je vous épargne la version néerlandaise, presque plus croquignolette.

(3) pas au Japon tout de même.

(4) Les caisses vides de l'état n'étaient pas vides pour aider les établissements bancaires à faire face à la crise financière que leurs comportements sur les marchés avaient générée. Il doit y avoir deux indices de vide, pourrait-on croire.

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