Un indicateur de fatigue

 

    Longtemps le radio-réveil fut calé sur 6h30, heure qui permettait aux un·e·s et aux autres de la famille de se préparer qui pour l'école puis le collège puis le lycée puis la fac, qui pour le bureau, plus tard aussi la librairie. Quand j'ai repris la natation en 2004, après avoir été contrainte à 10 ans à restreindre cette activité pour cause de rhumes récidivants, j'ai calé l'heure de l'enclenchement plus tôt. Après m'être inscrite au club de triathlon, encore un peu plus tôt. Le réveil est désormais à 6h17.

J'ai eu des 6h15 aussi, du temps heureux où nous participions certains vendredi à des files d'attentes collectives pour l'Opéra de Paris, avant qu'elles ne fussent de facto réduites à néant par les réservations en ligne et l'augmentation des tarifs pour les places abordables mais bonnes que nous convoitions.

Mon bref #NouveauBoulot a requis des réveils à 6h voire 5h45 pour les matins où j'ai embauché à 7h15 ou 7h30.

J'aime bien me lever tôt, davantage s'il s'agit d'aller nager que de filer à un boulot, il faut bien l'avouer, mais ça ne me pose pas de problèmes, dès lors que je n'ai pas veillé trop tard. Le tout est de pouvoir intégrer une sieste en début d'après-midi.

La différence se fait à la fin des contraintes. C'est là qu'on voit si elles nous faisaient mal ou pas. Cette année écoulée, où j'ai vécu de remplacements et où j'ai travaillé, en pure perte hélas, à un projet de reprise d'une librairie puis un projet de création dans ma ville, j'ai pu respecter mon sommeil, mes rythmes et même sans le recours à un réveil, étais calée sur 6h30 sauf le dimanche.

À présent que je reprends pied dans ma vie, après un mois et demi de travail à grand temps, je m'aperçois que du radio réveil qui s'enclenche à 6h17 je n'entends au mieux en premier lieu qu'une chronique qui se tient à 6h58. L'épuisement est si fort que le son pourtant proche met plus d'une demi-heure avant de parvenir jusqu'à mon cerveau.

La première émission que j'entends est un bon indicateur de fatigue. Est-elle proche du déclenchement ?, je n'ai pas trop de soucis à me faire pour ma santé.

J'ai jusqu'à la fin des congés scolaires et la reprise des entraînements pour retrouver mes réveils (presque) naturels matinaux. Et une fois mes forces reconstituées, me remettre à chercher du boulot (ou une solide subvention d'écriture).

 


Beauté du (chemin de) vélotaf

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J'avais déjà parcouru le chemin, mais c'était magnifique sous le soleil de ce matin cette péniche qui avançait, une grande beauté, le sillage qu'elle créait.

D'une façon ou d'une autre mon trajet fait 12 kilomètres. 

Les sens interdits et la présence ou non de pistes cyclables et de DSC pas trop pourris (1) font que le bel itinéraire de l'aller est moins friendly au retour sauf dans sa partie long de Seine. 

Je pense que cette première semaine sera consacrée aux expérimentations. 

Rentrer chez soi le midi, même en coup de vent parce que - pour le coup, en train car à vélo ça serait trop juste fors en prépa-ironman, et - évidemment des perturbations, fait un bien fou, ça permet de remettre les compteurs à (presque) zéro et voir celleux de la famille qui sont présent, c'est bien.

Mon nouveau boulot est très intense mais si je tiens bien le coup physiquement je pense que justement j'aimerais ça. Ça dépote. 

Un deuil dans ma belle-famille nous essore ces jours-ci, un travail où ni l'activité ni la tension n'ont le temps de se relâcher est d'autant plus le bienvenu.  

Et démarrer la journée par un grand moment de beauté est vraiment formidable.

 

(1) Il y en a quelques-uns vers Gennevilliers ou Colombes qui sont absolument impraticables à des heures où l'on peut croiser des bus ou des camionnettes  


D'un inconvénient inattendu d'avoir les cheveux frisés

 

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Nous venions de terminer le dîner et l'homme de la maison m'a proposé une brève balade tant qu'il faisait jour et que le couvre-feu n'était pas tombé. 

Je lisais ou j'écrivais, bref, j'avais mes lunettes de vue sur le nez, je les ai vivement retirées afin de filer sans plus tarder. Zou !

J'ai replié les lunettes dans leur boîtier qui est de ceux rigides où elles s'enfilent sur un côté. 

À un moment donné de la balade, environ 800 m de la maison près d'une haie non loin d'un arbre où beaucoup d'oiseaux à ce moment-là chantaient, j'ai eu l'impression qu'un branchage m'était tombé sur la tête, j'ai entendu un léger bruit d'une chute, me suis demandée d'où venait ce que j'avais reçu, curieux, l'arbre en vu est assez loin quand même. 

Et puis nous nous sommes bien promenés. De retour à la maison vers 22h35, peu avant l'extinction des feux, à 23h. 

Je veux reprendre là où j'en étais, tire les lunettes de leur étui, les mets sur mon nez et me fait mal derrière l'oreille droite. Je les enlève aussitôt : il manquait tout l'arrondi de la branche, la partie non métallique et c'était le bout pointu à présent à découvert qui m'avait écorchée. 

J'ai cherché dans l'étui : rien. 

Il ne m'a pas fallu longtemps pour piger que le bout de branche avait dû resté coincé dans mes cheveux jusqu'à s'en détacher probablement là où j'avais cru recevoir un branchage.

J'ai pris une lampe de poche, scruté pas à pas le trottoir à cette hauteur là ... et retrouvé la pièce manquante.

De retour à la maison cinq minutes exactement avant l'extinction des feux. 

Les lunettes sont défectueuses à n'en point douter. Il n'empêche que c'est une mésaventure de cheveux frisés de les avoir suffisamment forts pour détacher un morceau de branche dans le geste de les ôter. Et que le bout restant se soit promené ensuite près d'un kilomètre avec moi avant que de choir. 

En attendant, j'ai remis la pièce en place et pour l'instant elle tient. 

 


Du (fait d'être au) chômage

 

    J'ai donc retrouvé du travail, un joli défi qui me ravit, près de la zone de vélotaf de Sacrip'Anne, ce qui me réjouit - ça m'autorise a croire qu'elle a un pouvoir magique, je l'accompagne une fois et hop une proposition stimulante apparaît -. 

Du coup et avant de quitter, le mois prochain et j'espère pour longtemps, le statut d'inscrite à Pôle Emploi - en fait grâce aux remplacements dans le cadre des Libraires Volants, je n'aurais pas tant eu à en bénéficier, seulement il fallait continuer à s'actualiser, fournir des documents, répondre à des propositions parfois étranges -, et comme nous vivons sous un gouvernement qui plus encore que d'autres semble considérer les chômeurs comme des fainéants, je voulais faire un point sur ce que ça peut faire d'en être. 

J'ai connu quatre périodes de chômage dont une seule fut longue (plus d'un an). La première correspondait à une nécessité de reconversion car l'emploi en cours avait perdu tout son sens ; je savais que j'allais partir, des contraintes financières m'en empêchaient, un événement subi m'aura finalement permis d'avancer l'appel de 2 ans 1/2. J'étais épuisée par les années passées à tenir le coup malgré tout. Et je pense que les huit à neuf premiers mois de chômage ont été nécessaire comme une convalescence, à retrouver de l'énergie, et la force et la capacité à nouveau de se projeter vers l'avenir. J'ai retrouvé du travail grâce à mes amies libraires et mes amies tout court et d'être très réactive : une piste, aller voir aussitôt, rencontrer les gens. Accepté des conditions humbles au départ et de la précarité, prouver sa capacité à bosser, et stabiliser les choses, jusqu'à ce que les conditions économiques générales ne nous rattrapent. 

Ce chômage-là ainsi que celui que je m'apprête à quitter est dû aux difficultés économiques de l'entreprise qui m'employait. À ce titre je tiens à signaler à nouveau que la rupture conventionnelle de contrat si elle vient réellement d'un accord entre l'employeur qui ne parvient plus à payer les salaires (ou anticipe de ne plus y parvenir) et le salarié qui a bien compris qu'il ne servait plus à rien de s'échiner malgré une conjoncture générale qui s'assombrissait, est une bonne solution. Une seule fois j'ai démissionné et même si c'était essentiellement dû à un problème physique lié à des conditions de travail (très lourds chariots à pousser), comme je n'avais pas compris ou compris trop tard, d'où me venait une étrange douleur qui me gênait à marcher, ce fut du chômage non indemnisé. J'avais en vue une reconversion concernant un autre domaine de mes centres d'intérêts (photographie ; apprendre à les retraiter), mais les attentats du 13 novembre 2015 l'ont escamotée.

Alors je peux témoigner pour avoir connu l'une et l'autre et dans des conditions "moyennes" d'urgence c'est-à-dire qu'un conjoint est là qui perçoit encore un salaire pendant ce temps là mais dont le salaire ne suffit pas à assurer la totalité des dépenses quotidiennes d'une famille de quatre personnes, que le chômage indemnisé n'est pas un luxe. Il permet vraiment et simplement de tenir le coup en attendant qu'une proposition d'emploi ne corresponde à nos compétences, d'éviter que l'on se retrouve contraint·e de prendre n'importe quelle opportunité de gagner quelque argent, voire parfois illégalement (1). 

Je sais que c'est encore plus crucial lorsque la personne au chômage représente le seul revenu pour un lot de personnes, ou est seule et risque très vite de ne pouvoir payer un loyer. Ça va très vite d'aller très mal financièrement, et je salue au passage "Le quai de Ouistreham" de Florence Aubenas en témoignage et "Feel good" de Thomas Gunzig en fiction mais très réaliste sur ce point, qui nous font comprendre combien chacun d'entre nous fors à être issu·e·s d'une lignée fortunée où quelqu'un pourra toujours proposer une porte de sortie ou à défaut un lit, peut être vite rendu à compter chaque sous. Ça va très vite de ne plus pouvoir payer un loyer.

De la même façon et sachant que je suis dans une configuration relativement privilégiée, je ne craignais pas de perdre mon logis, je peux attester que les mois passés sans travail rémunéré sont tout sauf des vacances. On est en permanence à l'affût, ou en train d'échafauder des projets d'entreprenariat, ce qui demande un temps fou et une énergie forte. Autant si on a un travail au niveau de stress raisonnable, on peut se permettre au soir de début de week-end de souffler un grand coup et se consacrer à sa propre vie et à sa condition physique (2) jusqu'à la reprise en début de semaine suivante, autant au chômage il est difficile de se dire "pause". Parce que l'on craint de manquer l'offre qui nous en sortirait, parce qu'on se met à gamberger sur ce que l'on pourrait faire d'autre, comme activité, quand notre domaine de compétences s'avère exténué (3). Sur l'ensemble de cet été, où j'étais concentrée sur ma recherche d'emploi au besoin en tentant de le créer, je n'aurais pris comme "vacances" que trois week-ends prolongés et, j'espère, la semaine prochaine, à présent que je sais avoir retrouvé [du travail].

Quand on est une femme s'ajoute au chômage la force de la charge mentale et ménagère de la maisonnée que tout le monde trouve du coup parfaitement normal qu'on assume intégralement, c'est logique en partie, puisqu'effectivement on dispose de davantage de temps pour s'y coller et de présences possibles par exemple pour attendre des livraisons ou des artisans pour des travaux. Il n'empêche que si l'on n'y prend garde on se trouve vite requises, et avec d'autant moins de temps pour chercher un nouvel emploi et ainsi de suite. 

Être au chômage ou dans des emplois précaires, c'est ne pas pouvoir prévoir un minimum d'activités sociales ou sportives. Or notre société requiert de plus en plus que l'on puisse réserver ou s'inscrire à l'avance, parfois un an plus tôt (4). On se retrouve vite éloignés de celleux que l'on aimait, et ce que l'ont aimait, d'activités qui nous donnaient du courage. 

J'enfonce des portes ouvertes, certes, mais y penser est une chose, le vivre une autre, et le mépris qui semble devenu la norme est insupportable quand on sait réellement ce que c'est que de s'y retrouver confrontés, devoir pointer à Pôle Emploi. 

 

 

(1) Moins que les premières fois mais de façon persistante, j'ai reçu des offres étranges après mon inscription à Pôle Emploi. Dont des propositions pour travailler à du recouvrement de créances.   

(2) Oui je sais certains en profitent précisément pour se la bousiller. Mais pour la plupart des femmes ça n'est pas le cas.

(3) Les jeunes, si vous lisez ce billet et "aimez lire", ne cherchez pas à devenir libraires, c'est tout autre chose comme métier et surtout les postes de qualité proposés se réduisent d'années en années. Ça ne peut fonctionner que si vous créez votre propre boutique, ce qui veut dire du 60 h/semaine facile et surtout une mise de fonds initiale souhaitable d'au moins 80 000 €. Sinon vous ne tiendrez pas au delà des premières années pour lesquelles la fiscalité sur l'entreprise est allégée. Et il convient si possible d'adosser la librairie à autre chose, par exemple un café, ou une laverie livre-service, ou un espace de co-working. 

(4) C'est le cas pour certains hébergements lors de festivals ou pour certaines compétitions (je pense au triathlon, ou à des marathons). 


Vieillir, c'est aussi ...

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Comme j'ai un compte Pinterest, lequel m'a beaucoup servi pour sauvegarder mon fotolog quand je l'ai senti en danger, je reçois de loin en loin des messages de type "Ces épingles pourraient vous intéresser". 

Et donc ce matin un lot de photos anciennes de joueurs de tennis du temps où j'étais jeune, passionnée et où moi-même je pratiquais. C'était aussi les débuts du tennis largement diffusé à la télé. Je n'aurais jamais imaginé un printemps sans une quinzaine de jours passée à arpenter les allées de Roland Garros (à l'époque des entrées pas chères étaient possibles au jour le jour), ou scotchée à la télé chez mes parents à regarder.

Et soudain en voyant des photos de type : matchs retrouvailles entre vieux champions, je me suis demandée où était passé Vitas Guerulaitis, qu'on voyait souvent en image avec Borg du temps de leur meilleur niveau.

Une incursion sur Wikipédia m'a appris que son absence n'était hélas que logique : il est mort en 1994 "dans son sommeil d'une intoxication au monoxyde de carbone alors qu'il passait la nuit dans la maison d'un ami à Southampton (Long Island), dont le chauffe-piscine était défectueux".

Ça alors ! 

Puis je me suis dit qu'il était impossible que je ne l'aie pas su : en 1994 je m'intéressais encore un peu au tennis, j'espérais sans doute m'y remettre un jour après avoir dû cesser fin 1989 lors de ma première grossesse et pas pu reprendre ensuite pour des questions d'emploi du temps et de budget familial serré. Donc en fait je devais bien savoir qu'il était mort. 

Mais je l'avais oublié.

Ce qui me paraît étrange c'est qu'une cause de décès quand même assez exceptionnelle (dieu merci) ne me soit pas restée.

Vieillir c'est ça (aussi) : ne plus savoir si l'on a su certaines choses et qu'on les a totalement oubliées, ou si on est passé à côté d'une information en son temps. 

J'ai pris le cas d'un joueur de tennis autrefois renommé car il est symptomatique et sur un sujet pour moi relativement neutre - sans affect particulier, même si en lisant l'info j'ai été triste a posteriori pour lui et ses proches -. Cet exemple est loin d'être le seul.

 

PS : La photo est une capture d'écran de là où m'a menée le lien reçu, j'ignore d'où proviennent les images au départ, si elles posent problème je les enlèverai

 


Fin du caractère fuligineux des chagrins ?


    Jusqu'à présent j'ai la chance d'avoir l'impression que vieillir c'est plutôt bien.

La ménopause aura pour moi été un soulagement, je suis ravie de n'avoir plus à me préoccuper de contraception ni jours de moindre forme et d'achats de serviettes ou tampons, de ne plus craindre d'incidents rouge sang, de ventre douloureux, et surtout d'avoir davantage d'énergie qu'avant. Il se trouve que j'ai eu le privilège d'une ménopause sans symptômes, alors voilà : il y a l'accroissement mensuel de mon anémie qui n'y est plus et je me sens beaucoup moins fatiguée qu'avant mes cinquante ans. 

Un autre truc a changé, subrepticement, et qui a deux versants. 

Je me sens moins impliquée politiquement, ou plutôt, car ma colère est grande face à un régime qui de théoriquement démocratique est devenu ouvertement autoritaire et où les gouvernants affichent en permanence leur mépris du peuple qui les a élus, j'ai pris la mesure de mon impuissance. Au mieux je peux contribuer à ne pas ajouter aux horreurs ambiantes, à ne pas participer aux gaspillages et le moins possible aux pollutions, à continuer personnellement à être dépourvue de racisme. Je m'y efforce de mon mieux, quitte à un jour en payer le prix.
Je crois aussi que je fais partie de celleux qui n'ont que trop voté par défaut pour des candidats dont les idées et le programme ne nous convenaient pas, car il s'agissait de résister au pire, aux résurgences de ce qui avait au siècle passé conduit le monde à sa perte et tant de gens à la mort. Les seules fois où des partis prétendument soucieux du sort du plus grand nombre sont parvenus au pouvoir, ce fut pour mener une politique où ça allait à peine mieux : le monde entier fonctionne selon le système capitaliste (1) qui n'a plus de contrepoids depuis l'effondrement du "bloc de l'Est" et son principe est la propriété privée, l'enrichissement d'un petit nombre, la marchandisation de toute chose, le profit. On peut le rendre plus ou moins supportable, ça n'est idéal que dans une planète inépuisable et pour un nombre limité d'êtres humains, bien nés ou particulièrement compétitifs dans certains domaines, dont le manque d'altruisme fait partie.

Déjà les valeurs humanistes issues du siècle des Lumières, n'ont plus vraiment théoriquement court, même si elles ornementent encore certains discours. On peut être reconnu comme coupable du simple fait d'aider son prochain. Et agressés par les forces de l'ordre du simple fait d'être au mauvais endroit au mauvais moment, qu'on ait souhaité, ou même pas, manifester.

L'autre versant tient de la même prise involontaire de distance, mais concerne la sphère privée. Je me suis aperçue que mes chagrins avaient perdu de leur pouvoir. Ceux qui sont irréductibles le sont restés, et s'y est ajouté le deuil pour ma mère, mais ils n'ont plus ce pouvoir de me saisir à la gorge à des moments inattendus, ils ne me brûlent plus, ne sont plus fuligineux. J'ai l'impression de sortes de fatalités contre lesquelles je ne pouvais rien. 

Du fait que les choses sont plus calmes - mon travail du moment est d'en chercher, ou de créer ma librairie, et tenter de remettre à flot notre logis où le bazar et les livres se sont accumulés, mais j'ai encore un peu de marge, ça n'est pas comme lorsque je ne percevais mon salaire que décalé, tout en ayant des dates limites d'une maison entière à vider, trier, déménager -, du fait que je suis heureuse en amitié, épanouie dans ma vie sportive (vive le LSC Triathlon !), et connais le bonheur de faire de la radio, ma mémoire reprend ses droits et m'accorde volontiers l'accès aux souvenirs heureux. Or les chagrins affectifs ont chacun été précédés de moments pour lesquels je peux me dire que c'était bien, et que si je meurs tout à l'heure ou demain j'aurais au moins connu et vécu ça. Les chapitres de choses inimaginables au vu des lieux et temps de mon enfance sont finalement nombreux.  Je les ai payés chers en dégringolades, n'empêche : ils ont eu lieu.

Est-ce que c'est ça vieillir, lorsqu'on a la chance d'une bonne santé (2), que les chagrins, enfin, perdent de leur dangereuse intensité et cessent quand ça leur chante de nous submerger ?

 

(1) à quelques exceptions près mais si marginales.
(2) J'en suis d'autant plus consciente qu'enfant, adolescente puis jeune femme j'étais de santé fragile, même si les choses graves me furent épargnées. Dès lors peu de regrets : j'ai toujours fait de mon mieux dès que je tenais debout. Et de vraiment savourer chaque jour de pleine santé, comme c'est le plus souvent le cas désormais. Pourvu que cela puisse durer.


Les blogs m'ont fait grandir

 

    Voilà, j'ai expurgé ma liste de blogs amis qui normalement figure ci-contre, des liens qui renvoyaient dorénavant vers plus rien ou vers des sites de ventes de choses étranges sans rapport avec le blog initial. 

À la réflexion j'y ai laissé les liens vers ceux qui étaient en sommeil mais encore accessibles. J'ai aussi laissé, sans trop hésiter, les liens vers les blogs des personnes qui ont disparu de ma vie, toutes écrivent fort bien et la dégradation ou la fin de nos relations n'y change rien, et surtout pas pour le passant qui trouvera matière à lire de belles choses et se permettre de ne pas penser que les attitudes dans la vie concrète sont parfois éloignées des sentiments exprimés aux titres de généralités. Nous ne sommes que des êtres humains et tout le monde n'est pas pareil avec tout le monde. Il se trouve qu'après bien des années difficiles, je connais un certain apaisement, dû au passage du temps et à la mort de ma mère en 2017. Ce deuil et tout le travail afférent ont en quelque sorte délavés les chagrins antérieurs. Si je tombe sur des écrits de ou concernant qui m'était proche et m'a rejetée, ça n'est plus qu'un vestige de pincement au cœur, presque un peu de surprise Comment cette personne a-t-elle pu tant compter ? 

Pour l'une d'entre elle je le sais (1), je n'avais de toutes façons jamais cessé d'apprécier son travail, et nos convergences militantes sont si fortes qu'elles sont toujours là. Nous n'avions pas tout à fait le même sens de l'amitié, c'est pourquoi j'ai morflé.

Pour l'autre, j'aurai été la victime bête d'une forme d'escroquerie affective, classique et prévisible. Il n'en demeure pas moins que l'aide apportée lors de moments particulièrement difficiles fut réelle, et que des moments magiques eurent bien lieu - pas si fréquents dans une vie comme la mienne -, qu'en l'aidant moi-même j'ai progressé et que même si  pour l'instant seule une discrète publication en atteste, mon écriture à son contact s'est professionnalisée. 

De toutes façons la majorité des blogs liés sont ceux de personnes devenues amies. En les parcourant à nouveau je mesure à quel point grâce aux blogs j'ai grandi, combien ils ont élargi ma vie et ma perception du monde. 

Ils m'ont permis de croiser des gens avec lesquels sur certains points (au hasard : les bouquins (mais pas que)) j'avais de grandes affinités mais dont les vies étaient totalement différentes, les expériences et l'arrière-pays de ce qui les avait rendues telles qu'elles étaient. Quoique toujours gaffeuse, je suis beaucoup plus attentive à certaines choses dont j'ignorais avant qu'elles pouvaient poser des problèmes à quelqu'un. Plus aguerrie aussi pour tenter de défendre ce qui me tient à cœur, sans doute du fait de me rendre compte que d'autres pensent de la même façon alors que bien souvent j'étais la seule personne de mon entourage professionnel et familial à envisager les choses sous un angle différent du sens majoritaire. 

Au passage je me suis aperçue que lorsque j'ai rencontré les un·e·s et les autres, j'avais pris leurs écrits en cours de route sans chercher, fors pour La Fille Aux Craies puisque tout fut trop vite totalement terminé, à remonter le fil du temps des billets. En allant ponctuellement regarder si les archives des différents blogs étaient encore en ligne, j'ai eu l'amusement de découvrir que certaines lectures faites en leur temps m'auraient bien rendues service. Je ne vais pas tous les énumérer.

La palme en revient à Tarquine avec ce billet de 2004 concernant les sas vélos qui, l'eussé-je lu en 2005 lors que j'ai fait la connaissance de son blog, m'aurait fait gagner bien du temps et de la sécurité dans mon usage du vélo citadin. Je suis longtemps restée comme l'une des commentatrices à me demander ce que ce marquage au sol pouvait bien signifier. Entre temps je l'avais appris par ailleurs mais ça m'aura pris au moins sept ans (2).

Enfin je n'ai pas encore complété la liste des blogs que j'ai découverts ces dernières années. 

Ça sera pour mon prochain temps personnel libéré.

En attendant grand merci à toutes celles et tous ceux qui en partageant leurs écrits plus ou moins intimes ont contribué à quelque chose qui tenait beaucoup de la solidarité et de s'entraider. 

 

(1) Et qui n'a pas de blog ou alors sous un pseudo que j'ignore.
(2) Au passage, puisque l'on est en période de canicule, il est pertinent de relire ce billet 


jour de repos (En vrac d'un)


    J'ai cru que j'étais sortie de ma récupération du trail de samedi parce que j'avais retrouvé mes jambes et une belle sensation de légèreté, seulement c'était une illusion, sans doute aidée par une nuit trop courtes et plusieurs présence de moustiques, efficaces facteurs de diminution du sommeil profond, j'ai dû par la force des choses m'accorder une journée de repos alors que j'ai beaucoup à faire. 

Ça n'était pas un luxe : alors que je regardais une arrivée d'étape du tour de France intéressante, complétée par le suspens inédit d'un abandon de coureur connu sans aucune explication - Rohan Dennis - avec en prime un moment de flottement où personne ne semblait savoir où il était (1), je me suis endormie sans même m'en rendre compte. Réveillée à la fin, lors du retour à la maison d'un membre de la famille et alors qu'il était l'heure de dîner.

Pour autant, de l'écriture, un peu, oui.

Une info qui passe un peu inaperçue au radio-réveil du matin : un célèbre studio d'animation a pris feu à Kyoto, il y aurait un mort et de nombreux blessé et qui entre-temps au soir est devenue un incendie criminel a ravagé un célèbre studio d'animation à Kyoto, il y aurait 33 morts et de nombreux blessés. L'homme qui a allumé l'incendie a été arrêté. Et là du coup ça devient une nouvelle qui concerne et qui peine.

Des infos via les réseaux me parvient aussi la nouvelle de la mort d'Andrea Camilleri. Il était très âgé (93 ans) et on le savait affaibli (il avait perdu la vue depuis un moment je crois), il n'empêche que son décès marque la fin d'une époque, et remémore des heures de voyages par la lecture. Elle ne laisse pas indifférente.

Au vélo club, un début d'avancée vers le cyclisme des femmes, même Marc Madiot doit concéder qu'il avait dit des trucs oui mais bon c'était il y a 35 ans quoi, pour ne pas perdre la face, il tente l'humour (comme ça je suis resté célèbre). Nicolas Geay, en revanche, est impeccable - mais il faut quand même qu'à la fin un des autres hommes rappelle qu'il a sa fille qui fait du cyclisme, comme s'il s'agissait encore d'excuser qu'un homme se montre l'allié intelligent des femmes parce que vous comprenez c'est pour raison familiale -. Marion Rousse et la jeune championne de France, Jade Wiel, défendent calmement leur droit au vélo. 
Ça n'est pas encore ça, vraiment pas, mais on sent, comme pour le football, qu'un virage a enfin eu lieu.

L'homme revient d'une de ses multiples sorties (le club, les courses, une voiture à rentrer au garage ...) en ayant croisé Jérémy. Ils ont échangé quelques mots malgré la pluie, parlé triathlon. Alors que j'étais à deux doigts de renoncer à la séance de piscine très matinale prévue, ce simple fait, savoir que les camarades de club poursuivent leurs entraînements, me redonne courage. Soudain je trouve de l'énergie pour préparer mon sac. J'essaierai d'y aller.

Je consulte l'itinéraire, la fantaisie me prend de laisser l'application RATP itinéraires automatiser le départ d'après ma localisation. Ça donne ceci,  Capture d’écran 2019-07-18 à 21.53.40c'est amusant. 
(La distance est par rapport au bus que je serais censée prendre)

Je m'aperçois soudain que je ne suis plus abonnée au site du Monde : les prélèvements étaient faits par carte bancaire, l'ancienne carte, celle sur laquelle j'avais fait opposition après le vol de mon sac en octobre 2017. Curieux que je ne m'en rende compte qu'à présent et précisément en allant voir un article concernant Camilleri alors que le vol avait eu lieu lors de ma trop grande attention envers les propos de son traducteur. 

 

PS : Grâce au tour de France j'ai appris aujourd'hui l'existence des cagots, ses habitants du sud ouest longtemps considérés comme d'une caste inférieure. Je suppose que cagole vient de là ?

Grâce à Kozlika j'apprends que le terme gaslighting vient du film de George Culor "Gaslight", "Hantise" de son titre français. 

Capture d’écran 2019-07-18 à 23.19.23Une fois de plus je me surprends à avoir connu deux côtés d'une information sans avoir su en faire la jonction ; comme typiquement lorsque mon amie Jeannine me parlait du film dans lequel allait jouer sa nièce, et Tatiana du film tiré de son livre et que j'ai mis des mois avant de piger qu'il s'agissait du même (l'une donnait un titre français, l'autre l'anglais mais quand même, le prénom commun et la concordance de calendrier auraient dû m'alerter). 

Bon alors je me sens bête de n'y avoir pas pensé toute seule et moins bête de le savoir enfin. Merci Kozlika !

(1) Et cette réponse du directeur du tour de France qui restera dans les annales et qui disait en substance Notre travail est d'enregistrer l'abandon, à partir de là, le sort du coureur concerne son équipe (ou : son directeur sportif). Ce qui était probablement vrai du point de vue juridique, mais ne fait pas rêver du point de vue de la déontologie.


Des risques de l'activité (en pleine chaleur)

 

    Nous vivons une époque dans laquelle on rend la vie difficile à la moyenne des gens, concurrence et cadences, quoi que vous fassiez c'est insuffisant, tout en les abreuvant d'avertissements et de conseils et de les traiter parfois comme des enfants (1). Les périodes de chaleurs estivales sont des moments typiques de cet écart grandissant entre une dureté de fond sur une prévenance envahissante.

Il n'en demeure pas moins qu'il y a des précautions à prendre quand il fait fort chaud et que l'on doit (travail) ou que l'on souhaite (loisir) cependant s'activer.

Grâce @samantdi et @bricablog j'ai appris qu'il existait un risque de "coup de chaleur d'exercice", lequel était spécifique à l'effort physique, et qu'il différait en partie du "coup de chaleur" plus connu. Voici l'article qu'elles ont relayé, il semble sérieux même s'il empile plusieurs choses qui me paraissent d'ordres différents : 

Canicule : s'activer et mourir de chaud (auteur : Laurent Grelot)

Le coup de chaleur d’exercice survient subitement, ce qui le rend d’autant plus désarmant. Il se produit généralement durant ou suite à un exercice physique intense et/ou prolongé, dans un environnement chaud et humide. Il se traduit notamment par une hyperthermie (température centrale de l’organisme supérieure à 40 °C) et par une détresse neurologique (fatigue, maux de tête, vertiges, coma), ainsi que par des troubles du rythme cardiaque.

Au passage je me suis renseignée sur un autre risque que j'ignorais, celui de sur-hydratation.

Un blog destiné aux coureuses et coureurs amateurs en parle ici plutôt bien.

Ami·e·s sportives et sportifs, soyez mesuré·e·s et prudent·e·s. 

 

(1) Please mind the gap between the train and the platform. 

 


Récupération (note pour courses ultérieures)

 

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Les 25 km du Trail de la Chouffe se sont achevés pour moi après 4h40 d'efforts, samedi vers 17h. J'ai enchaîné par une séance de piscine tranquille, environ 1250 m, dans l'idée de m'étirer et de détendre les jambes, et d'une brève séance de bains bouillonnants.

Au lendemain matin nous avons bénéficié de deux heures de Wellness : hammam, sauna, infra-rouge et bains de pieds bouillonnants.

Le mois dernier le trail distance M d'Hourtin était pour moi passé crème : pas d'épuisement juste après, une saine et légère fatigue, zéro courbatures ensuite, rien les jours suivants que ç'en était surprenant. Quinze jours plus tôt que le Trail à Houffalize, un entraînement un peu long sur La Haye du Puits - Lessay, suivi dans l'après-midi d'environ 500 m de nage en mer par solide courant, ne m'avaient pas laissé de traces. Tout au plus une fatigue diffuse, très supportable, dans les jambes.

Comme je n'ai eu aucun tracas pendant la course, à peine un début de crampe à un orteil du pied gauche comme il m'en vient parfois, et qu'il me semblait avoir pris les précautions nécessaires énumérées au début de ce billet (auxquelles s'ajoutaient une boisson  de récupération recommandée par un ami marathonien, donc fonctionne au moins l'effet placebo), je ne me méfiais pas. 

C'était un tort. 

Après une légère embellie grâce au Wellness, j'ai souffert des jambes à ne marcher que difficilement, et presque pas pouvoir descendre le moindre escalier du dimanche après-midi jusqu'au mardi soir. Ce n'est que ce matin, que j'ai pu me lever sans précautions particulières et me rendre sans arrière-pensée (1) là où je le devais. 

Le long trajet en voiture du dimanche, pour lequel j'étais passagère n'a probablement rien arrangé. Je me souviens que je souffrais. 

Donc voilà, tandis que de jeunes personnes athlétiques hésitent entre récupération passive ou active, je me note par ici pour la prochaine course plus longue qu'un semi de prévoir 72 heures sans trop d'efforts physiques, et si possible au moins une journée de sommeil du moins sans contraintes horaires et dans la proximité d'un lit douillet (2).

Prochain entraînement prévu : une séance de natation tôt le vendredi matin. 

Éventuellement un peu de vélo demain jeudi, si jamais je me réveille avec une énergie retrouvée. Et reprise douce de la CAP dimanche, 8 ou 10 kilomètres sans forcer avec assouplissements après.

 

(1) de type effectuer un détour pour éviter un escalier 

(2) Ce fut le cas ce lundi. J'aurais difficilement pu travailler (autre que l'écriture)