Arras Film Festival, derniers jours

Et voilà, cette année comme en 2017 mais pas en 2018 (où j'ai lâché prise à mi-chemin), je serais donc parvenue à tenir un carnet de bord de mon festival. Au prix de nuits fort courtes, car même si l'on se contente de petites chroniques et non de critiques construites et argumentées, relater nos journées de festivalière et festivalier, même à plat sans chercher ses mots, juste en soutien de mémoire, et les impressions sur 4 ou 5 films, l'air de rien, ça prend du temps.

Arras Film Festival jour 7 

Arras Film Festival jour 8 

Arras Film Festival jour 9

J'aimerais avoir le temps à partir de ces prises de notes d'écrire vraiment. Mais diable, quand ? 


Arras Film Festival, les jours suivants

 

    Il fait plutôt beau ou du moins pas trop froid, mettre le nez dehors en sortant des séances n'est pas une épreuve en tout cas, on mange bien - d'années en années l'offre de restauration s'affine et s'agrandit -, en revanche on croise peu les ami·e·s, sans doute parce que nous sommes à présents des festivaliers aguerris capables de voir quatre films par jour sans épuisement ni saturation ; ce qui laisse peu de temps de battements. 

Plus de détails sur mon blog Vacances et cinéma, dont la forme n'est pas encore fixée : je comptais faire des billets de type Journal de bord et d'autres de type Chroniques de films, seulement par manque de temps pour l'instant tout est mélangé. 

Arras Film Festival jour 3 

Arras Film Festival jour 4 

Arras Film Festival jour 5 

Arras Film Festival jour 6 

Je voulais par ailleurs rédiger ici un billet sur comment on ressentait, comment on commémorait les attentats du 13 novembre 2015 quatre ans après ; et aussi sur les anniversaires devenus difficiles à fêter.

Mais je n'en ai pas eu le temps, ni les pensées suffisamment articulées. Ce que je peux dire c'est que même en n'ayant perdu aucun proche, le chagrin demeure là, une peine qui ne s'efface pas. Je ne parviens pas à le formuler proprement mais c'est un peu comme si nous n'étions encore là que grâce à leur sacrifice (pas vraiment ce que je voulais dire, il faudra que j'y réfléchisse ; quelque chose comme : un sentiment d'être redevable envers les victimes de ces attentats-là). 

Je voulais également témoigner sur le fait que chacune et chacun d'entre nous se souvient précisément de ce qu'il ou elle était en train de faire au moment où la nouvelle des attentats du Bataclan et des cafés et restaurants de quartiers voisins l'a atteint·e.

 


Ces jours-ci ça se passe à Arras

    

20191109_191506 Pour la quatorzième fois si je ne me trompe pas, je passe donc au moins quelques jours au festival de cinéma d'Arras. Difficile de tenir le rythme de chroniquer les films en plus que d'aller les voir. Donc pas ou peu de billets spécifiques par ici à prévoir, mais de l'écriture sur un blog annexe qui correspond au cinéma.

Arras Film Festival jour 1 

Arras Film Festival jour 2 

 

 


For the first time in nine years


     PB070035For the first time since I've been taking my holidays during Arras film festival, I've managed this year to write a few words about each movie.

The first years I wasn't trained enough to see many of them and be then able to write : too much emotions, too much exhaustion.

I used to have someone to talk to about the films and several Ciné Club friends were also coming along.

Later there has been years of sad news : some of my aunt's death, the Paris' attacks, Donald Trump's election. And when you have already not much free-time between films, meals and sleep, one only sad news is enough to let you with no energy left to write, except a few postcards for close family and friends.

This year has been perfect for some pieces of writing : a relative loneliness, even if I wasn't alone, no friends from Le Ciné-Club, more restaurants (=> no time lost to prepare meals even simple, very few errands to be done), NO DISASTER, neither private nor collective.
Moreover, "thanks to" the thief who deprived me of my old computer, I work now with a quick brand new one. I was desperately trying to let the previous one work some more months in spite of it beginning to be obsolete and laking of memory and had forgotten how much easier it was with a new one.

Last but not least : since I've begun my triathlon training and thanks to menopause have a lower anemia, my health has much improved. So I'm not the one who slept anytime anymore. I managed to take some half hour each day to write something down.

It begins there : samedi 4 novembre jour 1 : trois premiers films

and ends here : lundi 13 novembre jour 10 : chacun fait sa récap

It's not well written, only ment to keep safe some memories. But I feel childishly proud to manage to keep it till the end.

 

 

 


Sérendipité de la vie réelle

 

    Alors tu vas à une soirée littéraire pour tout plein de bonnes raisons, parce que le livre a l'air formidable (1), que ça se passe là où bientôt tu travailleras, que l'éditeur est quelqu'un que tu admires (2), que vraiment tu n'en peux plus de la période politique actuelle, et puis voilà, voilà que l'auteure est aussi formidable que son bouquin, qu'il y a là un paquet de personnes amies et admirables, que la suite de soirée démarre de façon très belle et que ... celui à côté de qui tu es assise est quelqu'un de l'internet que tu admirais beaucoup, que tu admires toujours autant mais que tu n'imaginais pas croiser dans la vie de tout de suite là maintenant et qu'il ne vois pas qui tu es alors il commence à t'expliquer Mastodon et ça, c'est vraiment trop beau cet instant où lui comprend que ça y est l'outil est utilisé par n'importe qui (moi) et où moi je comprends qui il est, alors que ça fait un moment qu'avec son amie et un de leurs amis, sympathique lui aussi, vous rigolez et plaisantez et êtes heureux (3) et que oh là là, quand il me dit - en réponse à ma question, pas pour faire le ramenard -, je suis extrêmement émue et alors tu tentes maladroitement d'exprimer ton admiration.

La tablée est composée de personnes plutôt jeunes et actives et très au courant et mon moral remonte à mesure que je les entends. 

La relève est bel et bien là.

À nouveau, je crois [qu'] on s'en sortira.

 

 

 

(1) Tu n'as pas eu le temps hélas de le lire, mais bientôt tu pourras

(2) Mais ça tu le sauras après.

(3) Ce qui par les temps qui courent est signe de beaucoup d'affinités.


La fête est finie

 

     18222441_10210660466960900_7356396078186087466_n

Je viens au salon du livre d'Arras qui se tient le 1er mai depuis 2006, moins quelques années (2011 à 2013) où je travaillais dans une librairie en bas des Champs Élysées et qui secteur touristique oblige, ouvrait.

Je l'ai connu près du musée des Beaux Arts, avec deux grands chapiteaux.

Les grands débats ou tables rondes avaient alors lieu au théâtre. Je me souviens d'y avoir appris la mort de Frédéric Fajardie que ses amis venaient d'apprendre aussi. J'y ai découvert les Pinçon - Charlot, qui m'ont ouvert les yeux sur pas mal de choses qui ne tournaient pas rond (1). J'y avais en 2006 entendu le rire de Florence Aubenas et c'était comme une victoire.

Je l'ai connu d'un côté du Beffroi (en 2014 je crois, ou bien 2015). Il est à présent sur la Grand Place, avec éditeurs et auteurs répartis dans plusieurs barnums moins importants. J'imagine que le coût est moindre.

Je l'ai connu par tous les temps. Freezing cold en 2006. Très joli temps l'an passé - boire un coup en fin d'après-midi à une terrasse de brasserie -. Aujourd'hui, du froid, une violente averse (au moins), du soleil très beau en fin de journée.

Je me souviens d'Honoré peut-être en 2007 ou 2008 quittant la gare avec quelques autres pour marcher vers le lieu du musée dans la cour duquel le grand chapiteau était installé. Il y avait un orchestre pour accueillir les auteurs. Je me souviens d'un coup de fil important. En 2008 ou 2009. J'étais près d'une fontaine et avec mon fiston. Je croyais le bonheur (à nouveau) possible.

Je me souviens du slam au café Philosoph' (existe-t-il encore ?) et d'une époque où la ville dans son ensemble semblait investie.

Depuis plusieurs années je m'y rends avec une amie et c'était de bons moments de rires. Tout en découvrant des livres intéressants. En écoutant des débats.

C'était la fête des éditions indépendantes, et militantes. Les échanges étaient vifs, parfois. 

Cette année, il y avait moins d'auteurs, moins d'éditeurs. Les débats étaient très intéressants, peut-être moins nombreux également. Ça ne rigolait pas. On croisait les mêmes personnes d'un lieu à l'autre ou auprès des débats. À part quelques personnes désireuses de monopoliser l'attention, il y avait peu d'interventions du public. Tout le monde semblait écrasé ; KO debout. Peut-être épuisé par des dissensions entre personnes pourtant proches d'opinion : Macron ou blanc (ou abstention) ?

L'extrême droite l'a emporté, qu'elle l'emporte ou non : tout le monde est désormais obligé de se placer en fonction de ses idées, des mots, des expressions complètes ne peuvent plus être utilisés sans donner l'impression de se référer à leurs idées. On compare les programmes comme s'il s'agissait de deux partis républicains (au vrai sens du terme) alors que l'un veut briser la démocratie. Les raisonnements spécieux se répandent ("De toutes façons on l'aura en 2022"). 

Alors aujourd'hui tout le monde se traînait et même si des invités disaient des choses admirables ; formidable Jérôme Leroy, par exemple. Et remarquables témoins engagés auprès des jeunes réfugiés et qui s'efforcent de poursuivre leur soutien malgré les conditions que leur font les politiciens - déjà à l'heure actuelle, alors qu'est-ce que ça sera ? -. Bravo à Olivier Favier à la parole si claire. Bravo à Rozenn Le Berr. 

Bien sûr ce fut réconfortant. 

Mais le fond de l'air est épouvantable. Le front républicain est fissuré. Et pour peu que de nouveaux attentats ne soient pas endigués et que le favoris se prenne allègrement deux ou trois fois de plus les pieds dans le tapis, ça pourrait mal tourner. Et la France partirait pour cinq ans de régime autoritaire, dangereux pour l'économie du pays et pour chacun d'entre nous à des titres divers aussi. Les classes populaires quant à elles ont déjà perdu. Aucun des deux candidats ne les défendra. Avec l'un cependant, la contestation devrait rester possible. Et aucun de nos amis n'être victimes de lois répressives selon ses origines, même si personne n'a le courage d'une politique d'accueil des réfugiés digne de ce nom.

Je suis rentrée triste. Une page se tourne. Plus personne ne croit en un monde meilleur. On tente seulement d'éviter le pire (ou même plus).

La fête est finie. 

Restera le plaisir de la bonne compagnie ; d'avoir revu quelques amis.

 

(1) Je les admire un peu moins ces jours-ci

PS : Deux établissements locaux que j'aimais bien ont depuis novembre refait leurs installations, l'un semble devenu un faux décor, l'autre une usine qui tourne à fond. Leur authenticité qui participait de leur charme s'en est allée. Peut-être que c'est à l'image de la nation. 


Le funny de la vie

 

    Ainsi donc tu avais reçu une invitation de libraire que tu hésitais à honorer : #lancienneamie avait travaillé au scénario d'un film d'après un de ses livres, que tu vends fort bien, et tu te trouvais conviée à une avant-première en sa présence. 

La vie a décidé de te faire cette blague qu'en fait vous vous reverrez probablement avant puisqu'elle est conviée au festival de cinéma qui fait tes vacances, souvent même tes seules vacances, depuis un paquet d'années.

Tant de temps a passé et deux ou trois nouveaux durs chagrins dont deux liés aux attentats de 2015, que tu as rejoint une zone de calme la concernant ; après tout son rôle dans ta vie aura été de te balancer sur un sentier escarpé où la seule issue sans mourir de faim était de devenir libraire et franchement, c'est une solution de survie qui est d'un luxe et d'un bonheur inouï. Du coup et malgré il y a dix ans une redoutable mise en danger, tu lui en sais gré. Sans elle, tu serais probablement en train de végéter à l'"Usine" ou de pointer à Pôle Emploi après t'en être fait licencier. Tu aurais fini par endosser en permanence la blouse grise mentale que tu revêtais en t'y rendant chaque jour travaillé, histoire d'avoir l'air à peu près conforme à ce que l'employeur de toi attendait. Tu serais à l'heure qu'il est complètement émoussée. Tu compterais les jours les mois les années jusqu'à la retraite. 

Au lieu de ça, tu as vécu une belle histoire entre deux pays - qui s'est pour toi très très mal finie, mais qui a agrandi ton existence tant qu'elle a duré et même un peu après, et au fond peut-être l'as-tu surtout échappée belle -, écrit, traversé pas mal de trucs un peu fous dans l'ensemble, fait de belles rencontres, eu une vie vivante, rude, assez risquée (l'air de rien) mais dont tu ne regrettes rien, non rien de rien.

Te voilà même pourvue de projets dont celui en début de mise en œuvre de virer triathlète, et tu y crois et en l'absence de moins en moins certaine de catastrophes extérieures diverses tu as bien de quoi occuper sans mollir tes cinquante suivantes années.

Bref, malgré le côté périlleux chronique de tes fins de mois, malgré ton comptant de malheurs (qui n'en a pas ?), c'est un peu parfois toi qui y es dans le Bagad de Lann-Bihoué

  

et sans elle tu n'y étais pas destinée.

En chemin tu as rencontré des amis formidables. Il y a même parfois une trace audible

Alors au fond, c'est sans doute très bien de croiser à nouveau celle qui te permit de faire exploser le carcan dans lequel tes origines sociales et ton côté "programmée pour bien faire" t'avaient coincée. Et ce n'est pas toi qui l'auras cherché puisqu'aller là-bas depuis que tu fréquentes le festival en novembre et le chouette salon du livre du 1er mai est un peu chez toi.


Prendre de l'âge

 

     P5010094 

Magnifique journée en bonne compagnie au salon du livre d'Arras, ce moment de prendre des forces et reprendre le moral pour un bout de temps.

Prendre des forces, mais justement. C'était pour moi que 2015 a beaucoup marquée (je me rends d'ailleurs compte lors de nos retrouvailles que des amis se le disent aussi), l'occasion de mesurer à quel point j'ai pris de l'âge, qu'un cran a été franchi.

Car prendre de l'âge c'est ainsi, rentrer d'une journée heureuse active et de détente sans plus de force pour écrire, devoir d'abord dormir, ni même souhaiter s'attarder - alors que l'on aimerait rester avec les amis retrouvés, ceux dont on sait qu'on restera peut-être un an sans les voir -, mais le corps ressent l'appel du lit douillet. C'est devoir dissocier la détente, et le bonheur de l'action du repos. Ainsi demain (le lundi étant mon dimanche) il me faudra veiller à rester au calme, fors un peu de sport, indispensable. C'est alors que d'un point de vue horaire ça serait possible, ne pas faire un crochet par Répu, voir où en est la #NuitDebout que l'on sent menacée - la répression est sans concession, on dirait que l'on souhaite rendre le mouvement violent pour le discréditer -. Se sentir trop fatiguée depuis son début (et trop sans plus d'illusions) pour y participer. Car vieillir ce n'est pas nécessairement mettre moins d'énergie dans ce que l'on fait, ni perdre sa condition physique, ni avoir moins de santé, mais on se retrouve tenus de moins se disperser : la récupération se fait longue.

Il y en a cependant des aspects favorables, prendre de l'âge c'est aussi pouvoir écouter un débat d'un certain niveau (d'un niveau certain) munis de souvenirs directs des événements auxquels il est fait allusion, de n'avoir besoin d'aucun décodage, d'aucunes explications. C'est ainsi prendre conscience qu'il est temps (du moins pour qui comme moi ne l'a pas encore dûment fait) de transmettre ce dont on peut témoigner.

Et sans attendre la retraite que l'on n'aura pas, car je suis quand même trop jeune pour espérer en toucher une avant un âge très avancé que je doute de pouvoir atteindre. 
Raison de plus pour se mettre sans tarder au boulot.

... mais tout d'abord dormir

et glisser donc ici vite vite un remerciement pour tous les amis (et les organisateurs qui ont créé la possibilité des retrouvailles) qui ont rendu pour moi cette journée merveilleuse.