It didn't seem so long ago


    Je profite d'une journée à la BNF pour compulser les archives de l'internet à la recherche de blogs disparus. Au départ à la recherche d'un billet pour m'en rafraîchir le souvenir, puis dans le même mouvement qui autrefois enfant me faisait disparaître des heures dans le dictionnaire, de lien en lien vers de plus en plus de retrouvailles.

Dans ces cas-là tôt ou tard, je finis ou je commence toujours par retomber sur le blog de La fille aux craies. Il faut dire aussi qu'elle n'a pas cessé, jamais, de me manquer et que certains de ses billets emblématiques, me sont restés. Je ne peux pas ne pas penser à elle lorsque j'ai une serviette rêche entre les mains, ni songer "levrette" dès que je lis le mot "missionnaire" et rigoler in petto bêtement, en mode adolescent, et ça c'est d'elle que je le tiens (1). 
Pour qui ne l'a pas connu il faut savoir qu'elle souffrait de mucoviscidose, qu'elle a subi une opération pour une greffe à l'été 2011 et qu'elle n'a pas repris connaissance. Elle avait pris soin de nous relier ses ami-e-s plus lointain-e-s aux plus proches avant de partir à l'hôpital et je lui en reste infiniment reconnaissante.

Dès lors son blog s'arrête là : 2011. Fin juin.

Pour d'autres l'activité de blogage s'est arrêtée comme suite à certains événements, moins dramatiques, de la vie, combinés à l'avènement des réseaux sociaux et à la conscience que tout ce qu'on pouvait laisser comme traces écrites, audio, vidéo ou photographiques pouvaient se retourner contre nous.

Parmi d'autres, le blog d'un ami, pas revu depuis trop longtemps : dernier billet 2015.

Et c'est intéressant. Au delà de la part affective. 

Qu'est-ce qui fait qu'on se retrouve ou non à une époque différente ?


Les écrits de 2015, c'est du presque maintenant. Ce qui est raconté, du moins ce que ce qui est raconté laisse percevoir de la ville, de la société, des rapports entre les gens, ça pourrait être au printemps dernier, ou à l'automne qui a précédé. Ils ont encore une couleur, une qualité actuelle. Y compris ceux, ancrés dans leur date, concernant les attentats à Paris cette année là.

Les écrits de 2011, c'est déjà un autre temps. Pourtant sont déjà là les téléphones et les ordis et l'internet répandu, et les réseaux sociaux ; certes des événements politiques importants ont secoué le monde : les révolutions du printemps méditerranéen, les attentats en France (et pas seulement là), l'élection de Trump, le Brexit ... mais ils n'avaient pas d'influence si directe sur la vie d'une personne de la classe moyenne en France. Et puis ça vaudrait pour 2015 aussi pour certains événements et d'autres aussi. 

Ça n'est pas non plus un prisme personnel : en 2011 j'avais déjà entamé la reconversion qui est la mienne aujourd'hui. Je n'applique donc pas un filtre "Ma nouvelle vie" à ce que je lis. J'étais déjà dans l'idée de me mettre au triathlon, seul a changé le passage de l'idée à la mise en œuvre. Ma vie amoureuse n'a pas tant évolué. Il y a eu des deuils, des disparitions. Mais pas au point de devoir considérer "un après / un avant". Sauf pour l'assassinat d'Honoré parmi ses collègues. Même si ce fut, comme le fut 9/11 et mondialement une sacré commotion. Seulement je ne crois pas que ça ait changé les choses pour tout le monde à ce point-là. 

Au point que des écrits quotidiens personnels de 2011 semblent d'un autre temps, un temps d'avant quand ceux de 2015 restent pour l'instant de l'ordre de Comment ça trois ans ? Qu'est-ce que ça passe vite !

De quoi est faite la sensation d'époque révolue ?
J'aimerais pouvoir en discuter avec les ami-e-s disparu-e-s. 

 

(1) Bien d'autres choses encore. 


La crue, toujours - Effets de seuil des deuils

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Les photos de crue valent principalement pour ce qu'on devrait normalement voir et qu'on n'y voit pas.

Pour qui connait le coin, la Seine ce matin vue du RER C, du côté de Saint Gratien.

Grosse avancée sur plein de "things to be done", avec un enchaînement réussi de passages successifs (déménageur, électricien, releveur de compteur) dans la maison de mes parents vendue. 

Belle soirée à écouter  Shida Bazyar, mais j'aimerais écrire un billet à part. Son livre est très intéressant. Au point que j'aie envie de le lire en Allemand.

Et puis voilà qu'en ressortant, hâtive pour ne pas rentrer trop tard (contrairement à l'ordinaire), mon corps qui n'avait quasiment pas refréquenté la zone vers Iéna depuis que j'avais quitté l'emploi que j'avais dans ce coin-là, s'est mis à ré-éprouver la peine ressentie trois ans plus tôt au même endroit. Ma mémoire avec les lieux fonctionne comme ça, je passe à un endroit où j'avais vécu et ressenti quelque chose, un écho de ce que j'avais éprouvé (serrement de cœur si c'était triste, bouffée de joie si j'étais en bonne et joyeuse compagnie ...) revient plus vite que le cerveau pensant ne rapporte un souvenir, et c'est cette sensation qui justement déclenche le rappel de mémoire. Si je m'attends à passer par un lieu de mémoire, par exemple lorsque je retournerai vers le Parc Wolvendael, le fait même d'être sur mes gardes et de ne pas la baisser, peut éviter ce type de tourments. 
Seulement ce soir, j'étais encore la tête dans les lectures et quelques projets, alors ce retour de sensations m'a prise totalement au dépourvu, engendrant une remontée de la peine quasi intacte du deuil et du mauvais coup cumulé encaissé (1). C'est presque violent à en tomber (2). Et toujours dur, même si on sait que ce genre de crises s'espace jusqu'à disparaître un jour et que le sentiment qu'on éprouvait face place à une agaçante perplexité - comment ai-je pu être touchée à ce point ? -. Dur de constater qu'on n'était qu'en rémission, et celle-ci toujours au bord d'être remise en question.

Au lendemain encore une multitude de choses à faire. Alors il faut oublier, mettre ce genre d'états d'âme de côté, le noter pour encore plus soigneusement n'y plus penser, et une fois de plus avancer.

 

(1) Croyant recevoir des condoléances j'avais ouvert un message autopromotionnel absolument insoutenables en ces circonstances, insupportable et inconvenant, de la part de quelqu'un qui avait beaucoup compté - et que, même si ça fait des mois que nous nous étions écartés, je n'aurais jamais cru capable d'un tel comportement - 

(2) Souvenir d'une scène précise du film avec Kevin Kostner, No way out, dont rien d'autre ne m'est resté. Cet instant de défaillance vers 45' du film à l'annonce d'un décès (ou plutôt : qu'un crime avait été commis par lui inutilement). 

 


Les conséquences persistantes

 

    Ça fera trois ans en janvier l'attentat contre Charlie Hebdo, cette journée entière passée entre espoir et attente d'une mauvaise nouvelle, et de toutes façons déjà fracassée par ce qui s'était passé quand bien même l'ami, le camarade, lui s'en sortirait. La journée de boulot accomplie malgré tout (comment ai-je tenu ?), l'errance le soir à Répu, croiser les gens qui grelottaient, se rendre compte alors que moi si sensible au froid j'étais anesthésiée, après la mauvaise nouvelle, finir la soirée chez l'amie commune, bien plus que moi touchée. 
Ça faisait du bien de parler.

Le retour à Vélib en criant mon chagrin.
J'ignorais qu'un coup sordide m'attendrait le lendemain. Et que Simone me sauverait du vacillement compréhensible face à une réalité qui dépassait l'entendement. 

Les soirées passées avec les amis, notre seule façon de tenir. Mais combien ce fut efficace.
La grande manif du 11, qui nous donna la force, après de continuer.

Et pour moi : l'absence de ressenti intérieur du froid, et qu'elle perdure. J'en avais tant souffert, du froid perçu jusqu'aux tréfonds des os, c'était comme un cadeau. 
L'absence aussi de "frisson dans le dos". D'où que Poutine ne me faisait plus peur, alors qu'une simple photo de cet homme déclenchait jadis chez moi une réaction épidermique - de proie potentielle sur le qui-vive devant un prédateur -.

D'où que je ne percevais plus ni les regards sur moi, ni les présences derrière moi.

Quelque chose est resté débranché depuis tout ce temps-là. Je m'efforce de me préparer à une éventuelle réversibilité, mais j'en suis de moins en moins persuadée.

Ça change encore mon quotidien.

Je dois veiller intellectuellement à ne pas me mettre dans un froid persistant, car si je perçois moins le froid, mon corps en est traversé, l'absence d'alerte ne signifie pas l'absence de symptômes. Je m'enrhume davantage (1).  

J'ai dû m'habituer à cette sensation si nouvelle pour moi : avoir chaud. D'accord j'avais chaud par temps de canicule ou après le sport au sauna, mais c'était pour moi si rare, je savourais. J'apprécie encore, à ce titre l'été dernier m'a terriblement frustrée, à peine quelques jours à frétiller pleine de l'énergie reçue. Pour le reste grisaille et être habillée comme en demi-saison.
Ce matin encore en arrivant à la BNF, quelques secondes pour comprendre : ah oui, j'ai chaud là. C'est chauffé [chez nous toujours pas, seulement à partir du 15 octobre je crois]. Et je me souviens alors qu'en ces lieux la température est maintenue constante, j'y portais l'été des pulls légers et à partir d'octobre des pulls épais ou des gilets, tout en me disant C'est sympa les lieux publics mais ça n'est pas très chauffé et la clim l'été quelle plaie ! On a froid. En vrai : c'est tempéré, stable, et plutôt bien réglé. 

Ce matin aussi : ne pas avoir sentir sur l'escalator que quelqu'un me talonnait - du coup avoir failli, de surprise quand je l'ai constaté, foncer dans la personne immobile sur l'escalier qui me précédait (2) -. Avoir laissé se rabattre une porte au nez de quelqu'un d'autre : comme j'étais un peu pressée j'avais omis le coup d'œil de vérification avant de la tenir ou non. Je me souviens très bien d'un temps où je n'avais pas besoin de regarder, je percevais si quelqu'un me suivait. 
Combien de fois sur les trottoirs des trottinettes me frôlent, leur pilote persuadés que je les ai sentis venir et fais ma mauvaise tête mais vais m'écarter. Si l'engin est silencieux et leur coup de propulsion, je ne me rends pas du tout compte de leur présence. 
Et quand je suis perdue dans mes pensées ou que le #jukeboxfou de dedans ma tête me passe une musique assez fort, je n'entends même pas ce qui serait audible. Du coup dans la foule, je bouscule ou me fais bousculer, j'ignore des présences, j'écrase parfois des pieds.

Étrange héritage qui me met à la fois à l'abri enfin, et aussi en (léger) danger.

 

(1) Même processus avec l'ivresse : l'absence de signes doit être compensée par une vigilance accrue - ne pas dépasser certaines quantités -.  
(2) C'est l'ennui de ces longs escalators mono-voie. Si quelqu'un s'arrête tout le monde est bloqué.


La grandeur de la France

 

    Depuis le début de la nouvelle vague d'attentat entamée le 7 janvier 2015 (1), force est de constaté qu'à chaque tuerie parmi les victimes ou ceux qui auraient pu l'être, se trouvent des personnes formidables, qui le plus souvent permettent d'en sauver quelques autres, ou meurent mais c'est alors l'occasion d'apprendre qu'elles menaient de belles vies au service des autres, avec du sens. Ils ne font pas de tapage, ils sont restés discrets. Leur existence ne nous est révélée que par ces circonstances, dont tous se seraient passés.

Ils sont de tous âges, sexes et orientation sexuelle, tendances et nationalités (2), de différents métiers, même si ces temps derniers les forces de l'ordre paient un plus lourd tribut. Ils attestent que ce pays reste fort qui permet que de telles personnes existent, ici et là, partout et que ce ne sont pas quelques pauvres embrigadés d'une violence délétère qui collectivement nous feront tomber.

En attendant, hommage et respect. 

Grand merci à Matoo pour le lien suivant : 

 

 


L'intégralité de l'hommage par son conjoint... par publicsenat

 

 

 

(1) Je parle d'un point de vue local, je ne perds pas pour autant de vue qu'en Syrie, en Afghanistan, au Yémen, en Irak ou ailleurs, ça n'a pas cessé depuis de longues années et que le pire s'amplifie.

(2) Lors de l'attentat de Nice en particulier


L'art et la manière de passer à côté d'une soirée théâtre (alors que le spectacle est bien)


    Avec quelques amies, elles aussi abonnées, nous allions au Rond Point voir "Je crois en un seul dieu" de Stefano Massini, interprété par Rachida Brakni.

Il s'agit de trois portraits entrecroisés, l'actrice jouant sans costume particulier, sans en changer (un pantalon et des chaussures noires, un chemisier dégradé du noir au gris clair) et dans un décor minimaliste (très réussi) les trois personnes. Seules ses attitudes, et le timbre de sa voix, ainsi que les paroles prononcées permettent de savoir laquelle parle. en un instant donné. 
Il s'agit de la préparation d'un attentat à Tel Aviv. Il y a la future martyre volontaire, palestinienne, une professeure d'histoire, israëlienne, et un-e soldat-e américain-e (en écrivant à présent je me rends compte que je n'ai pas capté s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme et que ça importait peu). C'était bien fait quoiqu'un peu longuet (1h40) et avec des procédés de répétitions, dialogue intérieur. Belle performance d'actrice. 

Seulement voilà.

La réception d'une pièce de théâtre, d'un spectacle ne dépend pas que de la qualité ou l'intérêt de celui-ci, il dépend aussi des conditions dans lesquelles nous (spectateurs) sommes. C'est l'évidence même, mais cependant ce fut rarement le cas comme ce soir pour moi.

À un moment la professeure d'histoire, une militante de la paix (de l'espoir de paix ?) se trouve rescapée d'un premier attentat. Elle en hérite d'un syndrome post-traumatique qui lui envoie de solides cauchemars. 

Il y a donc un moment qui représente ses nuits hachées de visions d'horreur, de scène revécue alors qu'elle dort. À ce moment je commençais déjà sérieusement à subir le contrecoup de ma journée (de travail) (normale mais à temps complet), seulement voir un personnage qui cherchait en vain le sommeil, avec mon esprit secourable, ça n'a pas raté : je l'ai trouvé.

Le début de mon rêve était en parfaite cohérence : j'étais moi-même, mais à Paris, témoin épargné d'un attentat à la bombe à une terrasse de café. En fait mon esprit suivait sans doute en le délocalisant, ce que le personnage disait. Sous le choc, une sorte de vieil automatisme s'enclenchait et comme nous étions près de la Gare du Nord, je prenais un billet puis le train pour Bruxelles. Comme si je rentrais chez moi m'abriter. Une fois sur place et après avoir regagné "mon" ancien quartier, je me réveillais, en quelque sorte et me demandais pourquoi j'étais là, comment j'y étais arrivée (le voyage lui-même s'était effacé). Et puis les gens me regardaient bizarrement : vêtements légèrement déchirés, traces de sang (pas le mien, des projections). Je ne savais plus quelle était l'époque, et tentais de joindre des amis qui n'y habitaient plus. J'arrivais entre temps aux abords du centre culturel d'Uccle, où j'ai cru revivre il y a neuf ans, entrait assister à une sorte de lecture-spectacle faite par des jeunes, et retrouvais parmi les spectateurs l'un des garçons, devenu adulte entre temps. Voyant que je n'étais pas dans mon assiette et au courant de l'actualité, il comprenait ce qui s'était passé et prenait soin de moi, jusqu'à m'accompagner là où l'on pourrait m'aider.
Je crois que j'ai refait surface au moment où mon songe personnel, qui partait vers un beau rêve, a commencé à trop diverger du texte déclamé. Dommage, ai-je regretté.

Je ne suis pas mécontente de ma soirée, les moments bien écoutés étaient forts intéressants et ce rêve m'a fait un bien fou, même s'il m'inquiète un peu. Après tout je dois au spectacle de me l'avoir offert.

Il n'en demeure pas moins que pour une autre fois, il serait préférable d'éviter de trop perfectionner l'art de rater sa soirée [théâtre] : 

 - éviter d'aller voir une pièce au sujet d'attentats deux jours à peine après l'un d'eux ;
 - éviter de prendre un horaire trop proche de la fin de la journée de travail : la cavalcade pour arriver à l'heure se paie en fatigue pendant le spectacle (1) ;
 - quand on y va en groupe et qu'une partie du plaisir est de se retrouver entre ami-e-s éviter aussi les horaires trop serrés qui empêchent d'aller boire un coup (en arrivant ou en repartant) ; 
 - éviter d'être éparpillé-e-s dans la salle (attention au moment des réservations) car sinon à quoi bon y aller à cette date précise si c'est pour y être comme seule ; en plus que du coup personne n'est là pour si l'on s'endort nous empêcher de ronfler (c'est ce que je crains d'avoir fait) ;
  - éviter d'aller voir des performances, privilégier les pièces à plusieurs acteurs, de facture plus classique et qui cherche à intéresser le spectateur autrement qu'en accomplissant un exploit ; je suis un peu allergique à l'exploit, en fait, moi. Ça me fatigue et pour éviter de voir toute son énergie être absorbée mon corps se met en décrochement. 

Bon, on fera mieux la prochaine fois. 

 

 

 

 

(1) Il se trouve que la ligne H avait des ennuis, j'ai donc dû attraper au vol un train pour Ermont puis passer par Satin Lazare (battu mon records de vitesse du changement : 1') puis la 9 et arriver à l'heure mais au prix d'une débauche d'efforts. 

 

 


Une fine analyse, des cons décomplexés

 

    Quelqu'un qui n'avait peur de rien m'avait dit en novembre (ou écrit), Trump en président des USA, ça va faire bouger les lignes. J'avais dû répondre en substance qu'a priori ne faisant pas partie des nantis et ne détestant pas une part de rock'n'roll dans la marche du monde - je ne serais pas une bonne habitante s'il existait du paradis -, bouger les lignes je ne détesterais pas, mais s'il s'agissait d'agir pour plus d'humanité, de respect des pauvres gens, de partage, d'écologie (quitte à bousculer les habitudes), pas pour les bouger vers un max de haine, de rejet de l'autre, de dresser les gens les uns contre les autres en leur faisant croire que l'autre pauvre était responsable de leur plus grande pauvreté. Bref, Trump, en plus belliqueux comme il s'annonçait risquait surtout de faire avancer la fin du règne humain.

L'ami-e avait de toutes façons parfaitement raison, en même pas une semaine on en est à traverser une sorte de 40èmes rugissants.

Presque personne ne peut rester neutre.

Il y a des réactions courageuses et intelligentes, qui rassurent.

Des analyses d'une grande finesse. Pour n'en garder qu'une, celle-ci, dont je dois la lecture à François Thomazeau (merci !) :

How to build an autocracy by David Frum

(et dont le seul défaut serait à mes yeux de ne pas prendre suffisamment en compte le côté Va-t-en guerre du bonhomme et de sa garde rapprochée)

Michael Moore parle, lui, de coup d'état en cours par Donald Trump [article d'Andrew Griffin pour the Intependant] et on ne saurait lui donner tort. Merci à Meta pour le lien.

D'autres analyses font preuve d'une grande intelligence. Dommage qu'à cause de ce président dévastateur, elles soient mobilisées sur son sujet. 

Des réactions immondes, violentes, qui donnent envie de vomir. Forcément tous les racistes, fous, violents, potentiels se sentent autorisés à passer à l'action puisque c'est en quelque sorte le président des États-Unis qui le dit. 
Donc un blanc-bec fait un carton dans une mosquée au Canada à l'heure de la prière. Ce n'est certes pas prouvé qu'il y ait un lien mais comment ne pas supputer que le type c'est dit Ça y est notre heure est arrivée et Je serai un héros du nouvel ordre mondial, ce genre de délire.
En Italie, une association d'extrême droite a appelé à s'en prendre aux réfugiés (et à tout le moins les rejeter) "Ils ne méritent pas le respect". En filigrane, vous voyez bien qu'on a raison même un homme aussi important que le président des États-Unis le dit.

Ce ne sont hélas que deux exemples parmi d'autres.

Pour bouger, ça bouge. Avis de tempête.

 


Sept jours de vacance (au singulier)

 

        À la même heure, la semaine passée, je me couchais plutôt en forme. J'avais bizarrement éternué pendant le sauna que j'aime prendre quand je le peux après le cours de danse. Je me souvenais d'avoir pensé Comme c'est étrange d'éternuer dans un sauna.
Ah et puis la gorge me piquait un peu. Je devais me l'éclaircir pour parler. Sur le moment je n'y ai pas prêté attention. En y repensant, je crois que j'avais mal. Mais à quel moment la douleur était-elle apparue ?

Au réveil du mardi, je tenais un rhume carabiné qui semblait déjà à son apogée. 

J'ai fait ma journée comme je le pouvais. Ce n'est pas un rhume qui va m'arrêter, non mais !

Le mercredi matin j'ai compris à la fièvre que je tenais et à la tête qui me tournait dès que je marchais, que ça n'allait pas être possible de m'éloigner du lit. J'ai mis mon état sur le compte d'un cumul rhume + épuisement dû à deux mois sans trêve entre le travail (que j'aime) et l'état de santé de ma mère. Supposé qu'une journée à dormir me tirerait de là. 
La suite n'a été qu'une descente vers plus (+) de fièvre, plus (= 0) de voix, moins de souffle.
Malgré les médicaments, je n'ai refait surface que samedi soir et si j'ai pu travailler dimanche et aujourd'hui timidement tenter une activité habituelle, je me sens seulement à peu près opérationnelle à présent. Ce qui ne signifie pas guérie.

Je pense que l'état de l'air n'est pas pour rien dans la tournure respiration difficile qu'a prise mon affaire.

C'est très étrange, j'ai passé ainsi une semaine en marge de mon existence - ça m'était arrivé en 2014 à même date, avec une fièvre encore plus forte -. S'il n'y avait eu l'internet et les infos (hélas pour une seule drôle, beaucoup d'effarement et d'inquiétude sur l'avenir proche), que j'ai entre deux sommes quand même davantage suivies que lors d'une semaine active de ma vie, d'autant plus qu'à certains moments j'ai dû restée scotchée, stupéfaite et le nez coulant devant l'écran tellement ce qui survenait semblait sorti de la fièvre même, s'il n'y avait eu ce lien avec l'extérieur, j'aurais l'impression que ces journées n'ont pas du tout eu lieu.

J'ai hâte de reprendre demain le cours normal de mes jours : le sport, le travail, l'amitié. Si tant est qu'un cours normal en existe. Il y a également mon devoir de présence auprès de la malade que j'ai pendant toutes ces journées entièrement délégué - j'en étais incapable et je risquais de partager mes virulentes bactéries -, mis à part les lessives. Mais je me sens assez mal d'avoir dû m'absenter.
Donc voilà, pour tout, même le rude, j'ai envie de redémarrer. 

Peut-être parce que j'ai quand même un doute, aussi : tous ces soubresauts politiques ont-ils bien eu lieu ? Et si tout reprenait à mardi matin dernier ? Que ce réveil enrhumé sans signes avant-coureurs n'était qu'un mauvais rêve et tout le reste des sortes de fiévreuses fantaisies ?


"Tant c'était le tourbillon furieux"

 

    Voilà, une fois de plus je suis au grand malheur d'avoir eu raison, j'ai crié d'effroi en novembre en apprenant que Trump était élu comme président des États-Unis, autour de moi on me disait plutôt keep cool c'est une vieille démocratie, il y a des bornes et des garde-fous, et je me souvenais que ce type avait déclarer n'avoir aucun problème pour faire usage de la force nucléaire s'il l'estimait utile, et j'avais lu et vu des trucs flippants durant son ascension, this guy's kind of a new Nerone. 

Sa première semaine de règne aura coïncidé pour moi avec un rhume aggravée et une fièvre presque permanente avec de solides difficultés à respirer, j'ai vu passer des premières mesures (1) en me disant, Tu as la fièvre, ne regarde pas les fils d'infos, retourne dormir, tu fais des cauchemars.

Puis la fièvre est tombée et c'était le jour dédié à la mémoire des victimes de l'Holocauste et un décret est tombé à effet immédiat dont le texte stipulait qu'était "interdite l'entrée aux États-Unis aux citoyens irakiens, iraniens, libyens, somaliens, soudanais, syriens ou yéménites, même en possession d'un visa ou d'une carte verte, ainsi qu'aux réfugiés syriens.

Là aussi je me suis dit Ce n'est pas possible j'ai dû mal comprendre. Il doit bien y avoir des accords du Congrès à négocier auparavant ? Il n'y a pas de situation soudaine qui appellerait une telle urgence. Ou alors j'ai loupé un événement grave.
Je n'avais hélas rien manqué et apparemment même si la légalité du décret est plus qu'incertaine, il n'en demeure pas moins qu'il provoque déjà bien des dégâts.

Qu'il mène une politique que nous sommes nombreux à trouver effarante n'est pas une surprise - au temps pour ceux qui avaient une théorie de type Il dit des âneries pour que les abrutis votent pour lui, mais ensuite il s'arrangera pour faire business first et donc il ne devrait pas trop déconner -, mais qu'il applique les pires mesures à toute allure sans se préoccuper un seul instant de ce que ça peut en pratique déclencher - dont une grosse dégringolade économique et donc inévitablement une grande guerre dans l'habituelle fuite en avant -, on n'y pensait peut-être pas tant.

Le samedi aura donc passé à voir dès qu'on allumait un ordi ou consultait son téléphone des successions d'appels à l'aide pour des personnes prises au piège, dont des résidents permanents aux USA et qui étaient en train de rentrer chez eux et se trouvaient refoulés ou détenus dans les aéroports.

Un bon résumé dans cet article de Caroline Russell pour le Figaro :
Réfugiés et immigrés : casse-tête mondial après le décret d'interdiction américain

C'est l'amie Otir qui aura fait la plus efficace et de fait effrayante synthèse de ce que nous sommes un certain nombre à ressentir ces deux derniers jours, dans ce formidable billet, "Jour honteux", qu'on aurait tant préféré n'avoir jamais à admirer (et qu'elle n'ait jamais à l'écrire).

"J'ai eu énormément de mal à écrire le moindre billet cette première semaine du nouveau régime à Washington tant c'était le tourbillon furieux, et je ne savais vraiment pas où donner de la tête, ma tête déjà fragilisée par l'hiver et des soucis si égoïstes mais réels, et celui, essentiel, de préserver mes forces mentales pour pouvoir faire partie de cette résistance et non pas être un poids mort de plus."

Et une autre amie, Dom Moreau Sainlez qui a exprimé très exactement l'état dans lequel je me trouvais aussi. 

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L'effarement fut cet après-midi si fort devant le flux de cas concrets relayés par les réseaux sociaux que j'en ai oublié ma mère et son état désespéré (2). 

Je sais qu'une part de cette sidération vient du fait que jusqu'à présent s'il y a des catastrophes, naturelles ou dues à la violence humaine, on pouvait imputer le fracas et la stupeur à leur part imprévisible et incontrôlable : la planète nous la détruisons mais ne la commandons pas, et les attentats par exemple sont commis, on peut le concevoir ainsi, par des gens rendus fous de par leurs conditions de vie ou des représailles qu'ils jugeaient primordiales, instrumentalisés par d'autres. Là nous assistons à une prise de décision délibérément catastrophique et comme pour voir (s'amuser à voir ?) jusqu'à quel point de désastre ça ira.
Le seul homme politique que j'ai déjà vu se comporter selon un semblable mécanisme, c'était Jacques Chirac en avril 1997 avec la dissolution de l'Assemblée Nationale. C'était gentillet, il ne mettait personne en danger, seulement son propre pouvoir, et c'était même in fine une jolie occasion pour la démocratie de montrer qu'elle fonctionnait.
Seulement dans le cas d'aujourd'hui ce sont des existences, pour certaines mises en danger immédiat par la décision d'interdiction d'entrer, des situations inextricables, un cadeau immense à ISIS (sa propagande s'est régalée), des ripostes qui ne sauraient tarder, et un mépris pharaonique pour les conséquences possibles d'une décision sur la vie d'autrui. 

Le péril par dessus le péril, c'est que les extrêmes droites européennes n'attendent que d'obtenir le pouvoir ou une de ses parcelles pour en faire autant. 

Comme l'écrivait Otir tout à l'heure :

"Peu importe nos différences, peu importe nos approches différentes, il ne s'agit plus de dogme, il ne s'agit plus de courant d'idées, mais d'actions concrètes de réparation du monde qui croule sous l'effet de la rouille mentale, celle que déposent des "puissants" narcissiques qui projettent la peur au lieu de la lumière."

et je vais tâcher de suivre son conseil, Prenez des forces et donnez-en 
(même si pour l'instant, empêtrée dans un passage personnel difficile, manquant de temps et de moyens, je ne vois pas comment)

 

(1) via plusieurs ami-e-s on FB :  

  • On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the National Endowment for the Arts.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the DOJ’s Violence Against Women programs
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the National Endowment for the Humanities.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Corporation for Public Broadcasting.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Minority Business Development Agency.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Economic Development Administration.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the International Trade Administration.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Manufacturing Extension Partnership.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Office of Community Oriented Policing Services.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Legal Services Corporation.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Civil Rights Division of the DOJ.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Environmental and Natural Resources Division of the DOJ.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Overseas Private Investment Corporation.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the UN Intergovernmental Panel on Climate Change.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Office of Electricity Deliverability and Energy Reliability.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Office of Energy Efficiency and Renewable Energy.
  • * On January 19th, 2017, DT said that he would cut funding for the Office of Fossil Energy.
  • * On January 20th, 2017, DT ordered all regulatory powers of all federal agencies frozen.
  • * On January 20th, 2017, DT ordered the National Parks Service to stop using social media after RTing factual, side by side photos of the crowds for the 2009 and 2017 inaugurations.
  • * On January 20th, 2017, roughly 230 protestors were arrested in DC and face unprecedented felony riot charges. Among them were legal observers, journalists, and medics.
  • * On January 20th, 2017, a member of the International Workers of the World was shot in the stomach at an anti-fascist protest in Seattle. He remains in critical condition.
  • * On January 21st, 2017, DT brought a group of 40 cheerleaders to a meeting with the CIA to cheer for him during a speech that consisted almost entirely of framing himself as the victim of dishonest press.
  • * On January 21st, 2017, White House Press Secretary Sean Spicer held a press conference largely to attack the press for accurately reporting the size of attendance at the inaugural festivities, saying that the inauguration had the largest audience of any in history, “period.”
  • * On January 22nd, 2017, White House advisor Kellyann Conway defended Spicer’s lies as “alternative facts” on national television news.
  • * On January 22nd, 2017, DT appeared to blow a kiss to director James Comey during a meeting with the FBI, and then opened his arms in a gesture of strange, paternal affection, before hugging him with a pat on the back.
  • * On January 23rd, 2017, DT reinstated the global gag order, which defunds international organizations that even mention abortion as a medical option.
  • * On January 23rd, 2017, Spicer said that the US will not tolerate China’s expansion onto islands in the South China Sea, essentially threatening war with China.
  • * On January 23rd, 2017, DT repeated the lie that 3-5 million people voted “illegally” thus costing him the popular vote.
  • * On January 23rd, 2017, it was announced that the man who shot the anti-fascist protester in Seattle was released without charges, despite turning himself in.
  • * On January 24th, 2017, Spicer reiterated the lie that 3-5 million people voted “illegally” thus costing DT the popular vote.
  • * On January 24th, 2017, DT tweeted a picture from his personal Twitter account of a photo he says depicts the crowd at his inauguration and will hang in the White House press room. The photo is curiously dated January 21st, 2017, the day AFTER the inauguration and the day of the Women’s March, the largest inauguration related protest in history.
  • * On January 24th, 2017, the EPA was ordered to stop communicating with the public through social media or the press and to freeze all grants and contracts.
  • * On January 24th, 2017, the USDA was ordered to stop communicating with the public through social media or the press and to stop publishing any papers or research. All communication with the press would also have to be authorized and vetted by the White House.
  • * On January 24th, 2017, HR7, a bill that would prohibit federal funding not only to abortion service providers, but to any insurance coverage, including Medicaid, that provides abortion coverage, went to the floor of the House for a vote.
  • * On January 24th, 2017, Director of the Department of Health and Human Service nominee Tom Price characterized federal guidelines on transgender equality as “absurd.”
  • * On January 24th, 2017, DT ordered the resumption of construction on the Dakota Access Pipeline, while the North Dakota state congress considers a bill that would legalize hitting and killing protestors with cars if they are on roadways.
  • * On January 24th, 2017, it was discovered that police officers had used confiscated cell phones to search the emails and messages of the 230 demonstrators now facing felony riot charges for protesting on January 20th, including lawyers and journalists whose email accounts contain privileged information of clients and sources.
  • * And January 25th, 2017, the wall and a Muslim ban. This is what a dictatorship looks like, and we're only on day 6. If you want to share, please copy and paste. It will reach more people.

 

(2) Comme je suis malade et possiblement contagieuse surtout compte tenu de l'affaiblissement de son organisme, je ne l'ai pas vue cette semaine. Mais là, cette préoccupation pourtant majeure, s'est trouvée expédiée à un autre étage, ce n'est que dans la soirée que la situation et l'urgence d'une lessive à faire pour elle m'est revenue.