Faits divers : arrestation d'un type depuis fort longtemps en cavale sur lequel pèsent les soupçons d'un famillicide bien terrifiant


Ce n'est pas un vrai billet, juste quelques mots jetés pour les lecteurs du futur ou mon moi de dans longtemps : en soirée de ce vendredi 11 octobre 2019 aura donc été arrêté à l'aéroport de Glasgow (Écosse) un homme (Xavier Dupont de Ligonnès) soupçonné depuis huit ans d'avoir organisé et effectué l'assassinat de sa femme et de leurs quatre enfants (entre 13 et 20 ans).

Bien sûr, puisque nous sommes en 2019, c'est par un touite que je l'aurais appris, et 3 minute à peine après que l'info soit sortie.

Alors du coup, j'aurai passé ma soirée sur Twitter à partager du mauvais esprit avec les ami·e·s et quelques inconnu·e·s, moins les temps consacrés aux corvées (lessive, entretien du vélo ...). C'est terrible et j'en ai (un peu) honte mais voilà qu'un des pires drames, par ses qualités romanesques qui en estompent l'horreur (et le nombre surprenant d'années écoulées) aura été pour une soirée un excellent support de divertissement. 

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Pendant ce temps, lâchés par le monde alors qu'ils ont efficacement combattu Daesh, les Kurdes se font massacrer par l'armée de Turquie. J'y aurais pensé ce jour-là bien souvent. 


Petite histoire du Brexit with flags

    Quand ta journée de travail fait 9h45 (voire 9h55), sans un gramme de temps à part aux trajets en train pour consulter ton téléfonino sans même parler d'un ordi, tu te demandes un peu si une fin du monde n'a pas eu lieu pendant que tu taffais, ou plutôt tu te dis qu'elle n'a pas dû avoir lieu car les livraisons semblaient normales. Les livraisons, ce truc qui te relie au monde.

Alors tu regardes tes fils infos sur Twitter.

Et tu tombes sur quelqu'un qui a expliqué le Brexit d'une façon jolie, hilarante et si vraie.

Un grand merci @collabblues 

 


Juste ciel ! (Simone Biles)

Un grand un immense merci @Kozlika qui a déposé une séquence de ceci sur Twitter ce matin :

 

[vidéo : U.S. Gymnastics Championships in Kansas City, Simone Biles enchaînement de gym au sol incluant un triple-double soit un triple-twisting double-flip (double salto arrière avec trois vrilles dans les airs)]

C'est le genre d'exploit qui me fait pleurer. L'humanité capable de repousser les limites sans arrêt. Ça va bien au delà de réussir un mouvement de gymnastique.

Grand grand grand respect à elle. Les heures de boulot et de souffrances qu'il lui aura fallu endurer, même en étant extra-douée (1), quand bien même elle carburerait à n'importe quel produit dopant pour avoir la force et l'énergie de tant travailler ou la récupération facilitée, je continuerai à l'admirer.

Le plus fou étant qu'après ce saut triple à couper le souffle, elle produit un enchaînement aux nombreuses difficultés, dont elle semble se jouer. Même en admettant que quelqu'un d'autre devienne capable de reproduite la première difficulté technique, pouvoir continuer sans avoir les muscles tétanisés par l'effort infini fourni est en soi un exploit.

PS : La sortie sur la poutre, est pas mal non plus (2)

[vidéo : U.S. Gymnastics Championships in Kansas City, Simone Biles à la poutre avec une sortie en double-double (double salto, double vrille)]

(1) J'aime la pratique sportive mais je peine à faire une roulade, une roue, un virage en natation, ce qu'elle fait demande outre une détente de folie, une capacité d'orientation dans l'espace en mouvement extraordinaire.

(2) euphémisme, bien sûr


Une tragédie et ailleurs un retour

 

    Après une journée bien remplie j'étais en train de récupérer en attendant l'heure de bricoler et manger un dîner, quand parce que depuis le tour de France et The Cycling Podcast, je suis un certain nombre de cyclistes sur Twitter, j'ai vu apparaître les premières alertes au sujet d'un accident grave sur le tour de Pologne. Le nom de Bjorg Lambrecht apparaissait en trending topics en Belgique, et très vite des touites indiquaient, héliporté à l'hôpital (ce qui fut l'intention mais n'eut pas lieu d'après ce que j'ai lu après), réanimation et très vite après le très vite des touites de personnes qui avaient visiblement appris la pire mauvaise nouvelle mais tentaient d'apprendre qu'elle était fausse, n'y pouvant croire. Un touite de l'équipe ou de la direction de la course qui disait il est à l'hôpital, opération en cours (ou envisagée, je ne sais plus, je me souviens d'avoir pensé, incurable optimiste que c'était bon signe dans le terrible, que ça signifiait qu'il pouvait peut-être ou sans doute être sauvé) et  

puis 

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C'était un touite de son équipe, le compte semblait bien le leur de façon peu contestable, plus aucun doute hélas ni espoir n'étaient permis.

J'ai cherché à en apprendre un peu plus, mais que faire à part penser à ses proches, famille, ami·e·s ou collègues et parmi eux coéquipiers. Je me souvenais d'autres décès prématurés de cyclistes. Bjorg Lambrecht semblait particulièrement prometteur et si jeune, même sans le connaître son sort peinait.

Je n'étais pas la seule à me souvenir, quelqu'un a émis une sorte de touite récapitulatif comme un RIP général et un ancien coureur (je crois ?) a alors ajouté quelque chose comme Sans parler des blessés si graves qu'on les a cru perdu, ou qu'ils le sont pour le sport professionnel et il a cité Stig Broeckx, si gravement accidenté en 2016 qu'on l'avait cru perdu, à ceci près qu'il était revenu d'un coma de plus de six mois, et depuis, ce que j'ignorais, progresse pas à pas pour recouvrer des capacités. J'ai même trouvé une video récente, où il est présent lors d'un prix créé à son nom afin de récolter des fonds pour les structures de soins ou rééducation, et c'est impressionnant comme il semble énergique et compréhensible pour quelqu'un revenu de si loin. 

Il est dit dans l'article qu'il avait un black out total de ses souvenirs des cinq années précédent son accident et qu'une conséquence de l'accident avait été la séparation d'avec sa compagne devenue pour lui une inconnue (1).

Quoiqu'il en soit, le voilà sauvé au moins pour un temps. Ça faisait du bien de le constater.

Chance que n'aura pas eue son compatriote. Et c'était une autre terrible étrangeté que d'apprendre de relativement bonnes nouvelles de l'un par ricochet de la pire mauvaise nouvelle de l'autre. 

Je pense aux proches de Bjorg Lambrecht, ce soir, et aimerais tant pouvoir faire quelque chose qui permettrait de soulager leur douleur. Mais il n'y a rien qui me vient. À part témoigner ici d'une sorte de chagrin commun à qui apprécie le sport qui était sa passion mais l'a finalement tué.

 

(1) un autre reportage le montre pourtant avec quelqu'un ; mais ça doit effectivement être profondément étrange de trouver des personnes pour qui on semble compter mais dont on n'a pas le souvenir. 

PS : Deux de mes amies traversent des jours difficiles et je ne sais, non plus, comment les aider dans ces moments si rudes à traverser. Que faire au concret ?

 


Un incendie à Clichy

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Il était environ 15h45 quand nous avons quitté les locaux du tout début de la rue de Paris où j'ai peut-être une chance de créer enfin ma librairie. J'étais en la compagnie de l'entrepreneur qui ferait les travaux si mon dossier est accepté.

Alors que nous cheminions rue des Cailloux, nous avons vu un léger panache de fumé gris clair vers le nord. 

On venait de dire C'est plutôt calme comme quartier.

On a remarqué le signe d'incendie, très vite des sirènes de pompiers. Comme d'où nous étions on ne pouvait déterminer d'où ça venait et que les choses semblaient sous contrôle, nous avons poursuivi notre chemin. Son véhicule était garé près de l'entrée de la rue Chance Milly, nous nous sommes salués et il est reparti vers la suite de sa journée de travail. 

Je me suis dit qu'avant de rentrer chez moi envoyer un message à mes interlocuteurs pour l'éventuelle location du local, j'allais passer dans l'un des libres-services du quartier faire quelques courses (des fruits, du lait, des yaourts ...) et puis j'éprouvais le besoin de savoir d'où exactement venait la fumée. 

J'ai traversé les jardins Bic, remonté l'avenue Anatole France dans l'idée d'aller rue Henri Barbusse et de là soit vers le magasin bio (si pas le courage d'affronter le bruit et la foule), soit vers un Franprix, soit un Intermarché. J'hésitais. Et puis j'ai croisé une femme accompagnée de deux enfants et au même moment où quelque chose me mettait en alerte, ce truc un peu du fond des âges qui nous fait nous retrouver sur le qui-vive sans que le cerveau pensant n'ait identifié pourquoi, elle s'arrêtait, disait aux enfants quelque chose comme Regardez ça brûle. Et effectivement, par le passage ouvert vers un parking de l'immeuble devant lequel nous passions, on voyait des flammes, nettement.  IMG_20190723_162855_013

Ça n'était pas extrêmement rassurant et pour le coup j'avais besoin de comprendre où c'était exactement ne serait-ce si c'était près que pour avertir ma fille (1), restée dans l'appartement. Sans aller jusqu'à un risque de propagation - je voyais arriver au bout de la rue pompiers nombreux, véhicules de police qui organisait barrage -, je craignais que le quartier ne fût bouclé et que nous ne puissions plus entrer ou sortir.

Je suis donc allée jusqu'à l'intersection Barbusse Castérès Anatole France.

C'est au moment à 15:53 (2) quand je prenais la photo du haut du billet qu'a retenti une explosion. Et le panache de fumée est devenu noir et plus fort. Elle n'avait pas fait vibrer le sol, de là où j'étais le souffle n'était pas perceptible, pas de bruits de verres brisés et pas d'air étouffant ni d'odeur pour l'instant, le nuage noir filait vers le nord / nord - ouest 

Des gens se rassemblaient dans la rue, des policiers s'apprêtaient à fermer les accès sur la rue Henri Barbusse, le plus sage était de vite rentrer, avertir ma fille, et voir de mon balcon arrière si la situation semblait dégénérer davantage ou passer sous contrôle. 

Je me méfiais de la toxicité éventuelles des fumées : quelqu'un sur Twitter avait suggéré (ou vu ailleurs) qu'il s'agissait d'un garage, je pensais du coup au garage autonemo, l'orientation coïncidait. À partir de ce moment-là et jusqu'à la lecture d'un article qui indiquait 6 blessés légers (de type incommodés par les fumées) et que le propriétaire du garage était en état de choc (on le serait à moins), la pensée "J'espère qu'il n'y a pas de morts ou de blessés graves" ne m'a pas quittée. 

L'explosion, même si j'avais été assez loin pour ne rien ressentir à part de me trouver encore plus en éveil, avait accru mes craintes, il s'agissait d'un incendie de grande ampleur et qu'il fallait se méfier de suites encore plus dangereuses. Je n'en ai pas entendu d'autre. Rentrée j'ai averti les différents membres de ma famille, celle qui était présente, par WhatsApp ceux qui étaient à leur travail. Suivi les choses de notre balcon collectif du côté des cuisines : il faisait de toutes façons trop chaud pour se calfeutrer alors autant savoir comment les choses évoluaient. 20190723_160515À 16h05 c'était encore inquiétant, avec notamment un hélicoptère qui survolait la zone ; à 16h14, l'incendie semblait circonscrit 

20190723_161409J'ai tenté alors, de rassurer qui je pouvais et de reprendre le cours de ma journée. 

Seulement le quartier pour la circulation était encore bouclé et c'était l'heure de pointe qui commençait. 

La rue des Cailloux était interdite à la circulation à hauteur du croisement avec Anatole France, la rue Barbusse sans doute toujours autant. Alors les véhicules s'entassait avenue Anatole France, dans tous les sens (ceux qui arrivés au bout constatataient qu'ils ne pouvaient pas contourner par la rue des Cailloux, et tentaient le demi-tour). Tous les moteurs qui tournaient dans la chaleur rendaient l'air irrespirable - et pourtant nous sommes à un étage légèrement élevé -.

Soulagée d'apprendre, par un article d'actu Île de France,  qu'il n'y aurait que des blessés légers, je suis parvenue à aller faire quelques courses. Les dégâts que j'ai entrevus en passant à proximité étaient vraiment très importants. Du garage il ne restait plus qu'un pan de mur. Les piétons étaient encore filtrés à la hauteur du sinistre (qui habitait là pouvait passer).

Un camion de pompiers assez imposant présentait l'inscription "Reconditionnement des personnels". Des pompiers semblaient attendre (leur tour ?) à proximité. 

Les enfants avaient des sorties de prévues, j'ai rejoint l'homme de la maison à la gare et nous nous sommes réfugiés à Levallois. J'ai repris mon souffle (que je sentais acre, et les yeux qui piquaient) au parc de La Planchette. Puis nous avons trouvé un restau à la terrasse loin des rues à voitures.

En rentrant vers 22h nous avons pu mesurer l'étendue du sinistre. D'autres résidents se tenaient en silence de l'autre côté du trottoir. Recueillis. Répétant, Ça aurait pu être bien pire. Louant les pompiers. Une ancienne inscription avait été rendue à nouveau visible par l'éclatement de la façade isolante qui l'avait un temps recouverte. Elle disait "Pneumatiques, parallélisme, équilibrage". Cruelle ironie du sort. Fullsizeoutput_1817

La façade de l'immeuble d'en face n'était pas noircie mais bien un peu déglinguée. Les habitants ont dû avoir très peur, ou un grand choc en rentrant du boulot.

Il était temps pour nous de rentrer. Les rues étaient pratiquement vidées de toute circulation. Un gamin allait et venait à vélo. 

Les restaurants du bout de l'avenue [Anatole France] semblaient mener leur activité normale. Le #Hashtag, quant à lui, était resté fermé. 

 

nb : un Touite des pompiers de Paris 

 

(1) adulte, mais quand même
(2) horodatage de la photo


Légère dépression des victoires (ou plutôt : le prix de certaines victoires)

(billet à écrire dès que possible) 

 

Sur la recommendation de mes camarades des Joyeux Pingouins en Famille sur la radio Cause Commune, où pour les livres (et le football) j'officie, j'ai vu le documentaire de Dominique Rouch et Karim Rissoudi sur l'équipe de France de football hommes de 2018 et son chemin jusqu'à la victoire en coupe du monde.  

Il est riche de bien des choses, au point d'être certainement intéressant même pour qui n'apprécie pas ce sport, et comporte entre autre une séquence dans laquelle Adil Rahmi, calme, laisse couler ses larmes en évoquant la peine que sa mère se donnait lorsqu'elle avait dû élever seule quatre enfants.

Il est possible que tout le monde ne puisse pas comprendre, au vu de la réussite exceptionnelle par la suite. Seulement j'y vois la conscience de À combien ça s'est jouée d'un rien, la mesure des efforts inouïs pour arriver au même point (qui peut être très élevé, je ne veux pas dire) que d'autres pour lesquels ça n'était pas à ce point mission impossible, en plus de la reconnaissance pour un parent qui fit de son mieux, malgré l'adversité. 

Dans un autre domaine, puisqu'il n'y a pas de mérite personnel, si ce n'est d'avoir participé individuellement aux prémices lointains d'un mouvement, il y a ces larmes que je ne sais retenir lors des débuts de matchs de la coupe du monde de football actuelle ; je parle de ceux auxquels j'ai pu assister parce qu'ils avaient lieu au parc des Princes et que j'avais acheté des billets : toute l'organisation, tout le cérémoniel. Je suis bouleversée qu'on le fasse enfin aussi pour des femmes. Je n'espérais même pas une telle victoire, lorsqu'à onze ans je voulais simplement pouvoir continuer à jouer au foot et que ça m'était interdit, du moins en équipe officielle, parce que j'étais une fille. Comme le dit Adil Rami dans le documentaire "C'était trop loin dans mes rêves". 

Alors je pleure moi aussi de voir se réaliser un rêve que je ne m'accordais même pas. Légère dépression de nos victoires lorsqu'elles viennent de trop loin.  


Ils nous font honte plus que pitié (ces gens de pouvoir)

Un excellent dessin d'Allan Barte résume bien les choses

 

 

    Comme c'était prévisible dans le climat actuel de révolte et répression, étrangement devenu hebdomadaire (1), mais de toutes façons c'est déjà la tendance depuis deux ans (2), la manifestation traditionnelle unitaire du 1er mai à Paris a mal tourné. 

On assiste depuis le gouvernement Sarkozy mais avec une force et un équipement de plus en plus dangereux, à une politique répressive violente, dont le but semble désormais clairement de dissuader les personnes motivées, mais pacifistes et de bonne volonté, d'aller défiler pour exprimer par leur nombre leur mécontentement (3).

Au suivi des fils d'infos, j'ai de plus en plus l'impression que les casseurs sont laissés en relative paix et qu'en revanche de simples quidams sans qu'ils aient fait quoi que ce soit de violent se font tabasser, blesser, estropier, arrêter, comme si la démocratie n'était déjà plus qu'un souvenir. Y compris des journalistes. Y compris des street medics. Au passage, je salue le travail immense de David Dufresne avec les signalements et leurs recoupements. Puisse-t-il être enfin avant qu'il ne soit trop tard réellement entendu.

Alors en cette fin de 1er mai, quand les principaux médias ont relayé une info selon laquelle des manifestants s'en étaient pris à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, on s'est demandé ce qu'il leur avait pris, mais hélas c'était plausible, étant donné la violence dont, entre autre les black blocs, avaient déjà fait preuve par le passé et l'escalade facile sur le terrain une fois que les forces de l'ordre attaquent avec la brutalité que désormais on leur connait. Martin Hirsh, que l'on pouvait encore supposer comme plutôt fiable, avait émis un touite qui évoquait une "tentative d'intrusion violente", et que j'avais RT avec la réaction de Jean-Noël Lafargue, un autre touiteur, et qui était la mienne en supposant vraie l'info : Mais qu'est-ce qu'ils ont dans la tête ? (4)

Et puis le 2 mai au matin, peut-être le temps nécessaire à ce que les témoins soient relâchés de leur GAV, ou que le personnel de l'hôpital ait terminé ses gardes auprès des patients, les premiers témoignages sont apparus, non, il n'y avait pas attaque, simplement des personnes qui cherchaient sous l'effet des lacrymogènes et des charges policières, un passage possible. Sur le site de Médiapart figurait l'une des premières réactions en ce sens, témoignages de personnes qui s'étaient trouvées piégées et n'avait jamais eu la moindre intention de s'attaquer à quelque service de l'hôpital que ce soit. 

Au fil des heures du jeudi 2 mai, ce fut toute une suite de témoignages qui sur les réseaux sociaux allaient tous en ce sens : des gens qui tentaient de se replier et qui avaient été violemment poursuivis dans leur replis même ; avaient dialogué avec le personnel soignant, Non vous ne pouvez pas entrer, c'est un service de réanimation, et qui n'étaient pas entrés. 

Quelques médias mainstream ont fait leur mea culpa, sans doute lorsqu'il n'était plus possible, devant tant de preuves du contraire, de suivre le ministre de l'intérieur dans son mensonge d'État. 

On peut se poser la question de ce qui serait advenu pour les mêmes faits survenant avant l'ère des appareils d'enregistrements personnels et des réseaux sociaux permettant à toute citoyenne et tout citoyen de diffuser ce dont il est témoin. 

On peut également être légitimement effarés d'à quel point un gouvernement en France en 2019 prend le peuple qui l'a élu pour une masse d'imbéciles. Nous nous rendons compte, mais trop tard, que nous avons surtout été victimes d'une vaste escroquerie, confiant par crainte de pire les rênes du pays à des personnes qui ne croient pas en l'État et sont en train de détruire de l'intérieur ce qui faisait que ce pays possédait encore un peu de solidarité et de démocratie. 

 

PS : Louable article des Décodeurs du Monde et décryptage video sur le site du même journal, avec le ministre de l'intérieur en plein mensonge de manipulation d'opinion. Il n'y a pas si longtemps, quand le personnel politique respectait encore au moins en apparence l'État à qui il devait ses fonctions, ça aurait valu immédiate démission. 

 

(1) Du moins c'est l'impression qu'on en a à Paris ; sans doute qu'aux ronds-points du pays le mouvement [des gilets jaunes] est plus continu. C'est curieux de voir à quel point on a pris le pli les samedi de regarder la carte des défilés prévus pour savoir si l'on peut aller dans tel ou tel quartier faire ce qu'on avait prévu d'y faire, ou reporter sur un autre jour. Les commerçants souffrent, le samedi d'ordinaire est leur bonne journée.

(2) Je connais plusieurs personnes calmes qui étaient présentes le 1er mai 2018 par exemple et entre autre, et qui se sont trouvées alors que leur portion de défilé était paisible, nassées et arrosées de lacrymo, et à devoir échapper aux matraques. OK les blacks blocs avaient foutu le bazar en tête, seulement pourquoi s'en prendre à un autre endroit aux gens ?

(3) Et je l'avoue, ça fait un moment que je ne me suis pas jointe à quelque cortège que ce soit : sur-occupation, certes, car j'ai des week-ends le plus souvent décalés et des entraînements à suivre, mais sans doute au fond une fatigue anticipée face aux conséquences potentielles. 

(4) C'était pour moi d'autant plus plausible un débordement par des gros brutaux, que je connais quelqu'un dans ma famille qui à l'automne s'était fait secouer méchamment à un rond-point, coupable uniquement de passer par là en rentrant de son travail au volant de sa (petite) voiture.


Les suites de l'incendie de Notre-Dame parfaitement résumées

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... par Alice sur son blog (le billet est plus long que l'illustration que j'en partage ici). Je partage sa sidération pour la virulence des déchaînements, sachant que dans l'ensemble et globalement nous nous sentons toutes et tous bouleversés.

 

Il y avait un bel élan toutes tendances confondues pour être soulagés qu'il n'y ait pas de victimes (1) et vouloir que l'on rebâtisse. 

Et aussitôt, ça s'est déchaîné pour se fritter. 

J'étais récemment à un repas où une jeune femme (c'était avant l'incendie) expliquait sa stupeur quant à ce comportement des français : passer une soirée à presque en venir aux mains sur un ou deux sujets et puis le dîner est presque fini, quelqu'un se lève et propose courtoisement, café ou tisane ou pousse-café et tout le monde redevient les meilleurs amis. 

Nous venons de donner à l'échelle d'une nation un fabuleux exemple de cette capacité à s'engueuler violemment alors que sur l'essentiel nous sommes d'accord, et malgré nos divergences partageons la même émotion.   

 

(1) Les alarmes à incendie ont si bien fonctionné qu'il n'y avait aucun signe ni odeur à telle enseigne que l'organiste et un prêtre une fois l'évacuation des passants et fidèles effectuée étaient rentrés chez eux persuadés d'un exercice ou d'un dysfonctionnement. [lu dans un article de Ouest France]

PS' : J'aime beaucoup ce qu'Alice écrit aussi du jour même. Comme elle s'apprêtait à subir une intervention chirurgicale, le décalage entre la pression de nos vies quotidiennes et cette catastrophe est chez elle encore plus saisissant. 

PS'' : Lu chez David Madore, qui fait partie des personnes qui savent exprimer les choses avec une clarté qui me donne l'impression d'être plus intelligente que moi : 

Petites pensées rapides sur l'incendie de Notre-Dame


Qu'en penser, qui croire ? (mouvement des "gilets jaunes")


    Le mouvement s'est installé en France depuis environ un mois, c'est parti d'un refus d'une taxe en plus (ou de son augmentation) sur les carburants pétroliers et en deux week-ends voilà que le mouvement social est en passe peut-être de réussir là où Nuits Debouts, puis les lycéens et étudiants contre Parcoursup, et les cheminots contre la privatisation de la SNCF et les manifestations contre la loi travail ont échoué : virer à l'insurrection.  

Dans nombres de villes de France, dont Paris, les manifs "gilets jaunes" ont viré à l'émeute, ce qui n'est une surprise pour personne - par exemple le CMG rue de Berri était fermé et évacué dès 13h, prévu depuis 48h -, mais les bornes semblent avoir été dépassées. 

Ce pic de protestations et violence correspond au deuxième week-end où nous sommes à l'extérieur, occupés à tout autres choses. Lisant les fils d'infos entre deux moments actifs, on est pensifs. Bien sûr qu'il faudrait protester contre ce que ce gouvernement, élu sur certaines bases dont certaines semblaient sociales, nous fait : Thatcher en 2018, et la destruction systématique de ce qui tenait du bien commun pour le profit de quelques-uns.
Mais que de violences de tous les côtés, d'après ce qui nous est transmis, rapporté !

Sur mon fil Twitter, normalement assez équilibré, ça part dans tous les sens, de façons très contradictoires : la police maîtrise, la police est débordée, ce sont beaucoup des manifestants d'extrême droite (1), ce sont beaucoup des manifestants d'extrême gauche, il y a de nombreux casseurs (ça, tout le monde semblait d'accord), ce sont des membres du mouvement, ce sont des black blocks qui ont enfilé un gilet, d'ailleurs on voit encore les plis, les porte-paroles énoncent des revendications censées, les manifestants sont incapables de préciser leurs revendications, ils sont ultra-violents avec les malheureux automobilistes ou passants, ils sont sympas ils mettent les péages gratuits et distribuent des denrées récupérées lors des pillages, bref, on voit tout et l'exact contraire. 

Une des seules certitudes est l'aveuglement de l'exécutif qui se poursuit, ne veut rien écouter. 
(du moins à l'heure où j'écris ce billet)

Or si le mouvement était peut-être manipulé au début, et rameute plein d'opportunistes (2), il est à présent d'ampleur et cristallise les colères et épuisements de toute la petite moyenne frange de la population qui bosse dur ou chôme bien malgré elle et désormais ne s'en sort plus à joindre les deux bouts de vies qui ne demandent qu'à être normales, celles et ceux considéré•e•s comme suffisamment "fortunés" pour n'être en rien aidés, mais qui le sont trop peu pour faire face au moindre pépin de santé ou d'appareils ou de véhicules utiles quotidiens, trop peu pour boucler leurs fins de mois, trop peu pour profiter d'allègements fiscaux par petites évasions légales. Bref, celles et ceux qui paient toujours pour tous le monde, n'y arrivent plus. Et cette question de taxation des carburants a été le truc de trop. Depuis les débuts du gouvernement Macron, ils ont vu les très riches recevoir des cadeaux pour l'être plus encore, et eux se voir pompés de peu qu'ils avaient ; enfin, se sont pris de plein fouet l'arrogance et le mépris de ce président.

J'aimerais garder ici la trace des causes qui semblent claires pour tous le monde, sauf pour le pouvoir exécutif - à quoi carburent-ils ? comment font-ils pour être à ce point hors sol ? -, et de la confusion générale qui règne : nous sommes nous mêmes les gens et ne savons qu'en penser.

Il me semble qu'à un moment donné le mouvement de lui-même va s'essouffler : beaucoup devront retourner à leur travail, ou prendre bien garde à maintenir leur chômage, la répression qui semblait étrangement douce au début - ce qui était source de railleries de la part de militants de gauche qui voyaient la différence de traitement entre leurs mouvements et celui-là -, va être impitoyable, il n'y aura pas ou ça ne sera pas aussi structuré de caisses pour aider ceux qui auront perdu le boulot ou se retrouveront à passer en justice (3) et puis à la fin du mois la période dite des fêtes renverra chacun dans ses foyers. Le gouvernement est sans doute déjà en train de jouer la montre.

Seulement même si cette colère-ci comme ses précédente se retrouve étouffée, la prochaine vague qui pourrait se faire aider par le printemps, pourrait être, elle, décisive, les gens n'en peuvent plus.

Il ne faut pas non plus oublier que Président Macron partait d'un point favorable et qu'il aurait dû pouvoir capitaliser sur la victoire de l'équipe de France de football qui avait fortement fédéré le pays - cette euphorie qu'il y avait, quel boulevard pour lui -. Il avait fait ce qu'il fallait, et même un peu trop et puis il y a eu l'affaire Benalla qui a tout ruiné de ce point de vue là. Sans doute parce qu'il s'agissait bel et bien d'une affaire d'état, et que la façon dont elle a été étouffée n'a pas été admise par le peuple.

Voilà, c'est simplement le point de vue d'une personne de ce pays qui vit en Île de France tout contre Paris, qui travaille beaucoup, pour des employeurs, ses propres projets ou sa famille, ne sait pas tout, tente de rester informée et vote très scrupuleusement, mais n'a encore sauf à des premiers tours jamais pu le faire pour un programme politique qui lui semblait convenir et à la sauvegarde de la planète (on n'en est même plus à parler de respect) et au bien commun, à une vie décente possible pour la plupart des gens. Seulement c'est sans doute et pour plus tard, intéressant en tant que tel : parce que je suis une personne quelconque, de la classe moyenne, qui ne sait pas tout, et qui assiste à des bribes, consciente que peut-être quelque chose d'important se joue.

 

(1) L'impression que donnait le mouvement au début, notamment lors des premiers barrages au vu d'agressions racistes et homophobes et remise aux forces de l'ordre de réfugiés trouvés planqués dans un camion
(2) Pris en flagrant déli de récup et se mettre en avant, l'un des porte-paroles du mouvement intolérant et fondamentaliste catho des Veilleurs
(3) Sauf à une super solidarité par crowdfunding, mais si le pays est durablement secoué avec des pénuries et des problèmes de travail et donc de paiements, ceux qui voudront aider n'en auront pas forcément les moyens. Et pas de syndicat auquel adosser les contributions

 


Le 13 novembre, trois ans après


    Voilà, les attentats de Paris, au Stade de France, aux terrasses de restaurants et café, ainsi qu'au Bataclan, ça fait trois ans. Déjà et seulement.

Le temps a dû paraître bien long aux proches des victimes, aux survivants blessés, et la vie bien difficile. Je pense à elles, je pense à eux, très fort. Et plus particulièrement aux enfants qui grandissent dans l'absence d'un (ou deux) parent(s).

Comme ma famille et moi avons eu la chance de n'être pas directement concernées - ma fille et moi connaissions des personnes, qui au Bataclan qui aux restaurants voisins des terrasses visées, toutes et tous s'en sont  sorti•e•s -, il a au contraire filé. 
D'autant plus qu'il s'est agi d'années particulièrement chargées : j'ai occupé deux emplois, heureuse à chaque fois, même si la fin du second, à caractère économique, me rend triste. J'ai travaillé d'arrache-pied et je suis contente d'y être arrivée ; je me sais désormais capable de prendre en charge une petite entreprise que je pourrais créer. Ma mère, âgée, est tombé gravement malade et est morte. Il m'a fallu une année de travail sur chaque jour libre pour parvenir à organiser la succession - vendre un pavillon, prendre à ma charge en l'acquérant celle de Normandie, trier puis déménager les affaires de mes parents -. Nous avons traversé un épisode de vols récurrents par un voisin en déshérence sur la petite maison normande et compte tenu de la période (deuil) ce fut particulièrement éprouvant (et insidieusement coûteux). Je suis, même si à très bas niveau pour le moment, devenue triathlète. Ça m'a fait un bien fou.

J'ai entendu lors de la chronique de Jacques Munier sur France Culture ce matin que des travaux sociologiques étaient en cours sur les conséquences à moyen-long terme sur un ensemble de personnes concernées à divers degrés. 

Il est donc peut-être temps, et puisque saisie par le festival de cinéma d'Arras pour les 13 novembre 2016 et 2017 au point de n'avoir pas eu le temps d'écrire de billets, que je revienne sur mes souvenirs.

J'avais pris soin à l'époque de noter tout ce que je pouvais, y compris ce qui me paraissait anecdotique, car j'avais assez d'expérience de la vie pour savoir que plus tard, ça serait intéressant à relire précisément pour ces aspects-là. Je me souviens d'avoir lutté contre le sommeil afin de compiler mes notes et les publier. 

Car une des conséquences de ces attentats-là qui intervenaient alors même que je commençais à refaire surface après la douleur et le deuil causés par celui du 7 janvier, fut de me plonger dans des états à la limite de la narcolepsie. Je suis une forte dormeuse et capable depuis longtemps de siestes perlées. Et je tombais de sommeil au sens littéral presque chaque soir à peine couchée. Seulement après cette année 2015 si violente, j'étais tombée dans des tombés de sommeil irrépressibles et soudain aussi diurnes que nocturnes. J'en étais venue à effectuer des mini-siestes de précaution comme on fait des pipi de précaution avant d'entreprendre un trajet ou assister à un spectacle. Il fut même effectuée une recherche d'apnées du sommeil éventuel. Laquelle n'avait rien donné. Je ne suis sortie de cette galère qu'au printemps 2017. Le côté "sans voir venir" a presque disparu en journée, fors à savoir que je suis dans un jour "off" où je peux me permettre le luxe d'une vraie sieste.

Juste avant de partir au festival de cinéma d'Arras, j'avais passé un entretien pour un travail dans une agence de communication pour la partie traitement des photos, je devais deux jours par semaine assister une personne chargée de l'ensemble du département. Nous étions tombée en excellent accord, restait à se revoir pour confirmation, contrat, modalités pratiques. Cet emploi payé autant que celui de libraire pour un nombre d'heures plus importants, aurait pu me permettre d'écrire sur les cinq jours par semaine restants. 

L'agence était, est sans doute encore, dans le quartier du Bataclan et la personne que j'aurais dû assister était au concert des Eagle of Death Metal. Elle s'en est sortie sans blessure physique mais sans pouvoir reprendre le travail puis seulement à temps réduit. L'entreprise s'est réorganisée qui comportait des antennes dans d'autres villes, et le poste que j'aurais pu occuper s'est évanoui, devenu sans objet. 
Ça m'aura permis de rester libraire, ce que je ne regrette pas. Adieu le temps consacré à l'écriture, encore une fois. Bonjour le renforcement féroce du syndrome de George Bailey. 

Ma crainte des attentats n'est ni plus grande, ni bien sûr plus faible : elle existe en moi depuis qu'enfant j'ai séjourné chaque été dans une Italie en proie à la violence des années de plomb. Une bombe qui explose dans un lieu public faisait partie des risques inhérents à la vie en ville. 
Les séries successives d'attentats à Paris (1986 et 1995 au moins), n'ont fait que renforcer cette certitude. C'est ainsi. 
Ce qui est pire à présent et depuis le 9/11 c'est qu'on sait que ceux qui tuent sont prêts à mourir, et à utiliser tout moyen pour parvenir à leurs fins de faire un maximum de victimes civiles visées en tant qu'élément d'une population générale (1). N'importe qui peut être pris pour cible à peu près n'importe où par éventuellement un type isolé qui cherchera à mourir en héros de la cause qu'il se sera choisie. Et ça n'est pas nécessairement le point dévoyé d'une religion, voyez Breivik, il en tient pour la suprématie de la "race" blanche, et décide que ça lui octroie le droit de tuer des personnes sans défense, semble fier de son macabre record et goûter sa célébrité.
Les terroristes des décennies précédentes du moins en Europe tentaient eux de sauver leur peau, ça laissait une chance de repérer quelque chose avant qu'il ne soit trop tard, ou de négocier. Quel point de pression peut-on avoir sur quelqu'un qui se souhaite martyr ?

Ce qui pour moi a changé depuis le 13 novembre 2015 en particulier est que lorsque lors d'une saison réputée froide, un vendredi soir s'orne d'un temps clément et d'une température exceptionnellement douce, je ne peux empêcher que mon corps se mette en état de qui-vive. Je deviens un animal aux aguets. 
Quand je me trouve à l'intérieur d'une longue file d'attente je nous perçois comme cibles potentielles. 

Pour autant je ne vais ni plus ni moins aux concerts, aux spectacles, au restaurant qu'avant, ce sont surtout des considérations financières et de temps disponible qui prime.

Le 13 novembre aura d'ailleurs eu pour nous de sérieuses conséquences financières : par un sale concours de circonstances que je ne m'explique pas, à moins d'une désorganisation momentanée des services postaux peu médiatisée et dont nous aurions fait les frais, un recommandé de notre banque aurait dû nous arriver ces jours-là. Il n'en fut rien et le courrier nous fut livré 15 jours après. Il s'agissait d'une lettre de la banque pour débit dépassé qui s'était joué à peu de choses près et surtout avait prospéré sur ma négligence passagère : pendant bien des jours j'avais eu les yeux et les pensées rivées sur les attentats, l'inquiétude, les listes de victimes, mes notes pour tenter de témoigner plus tard, les articles des journaux, des retrouvailles avec des ami•e•s rendues comme urgentes, et je n'avais pas suivi l'état de nos finances familiales. De frais en frais pour cause de frais engendrés, et du fait du dépassement du délai pour réparer (le courrier reçu 15 jours après son envoi comportait un délai de 8 jours déjà dépassé de 8 autres jours quand j'ai pu le lire), la situation s'était envenimée au point que le paiement attendu dont le retard avait causé l'écart ne pouvait plus et de loin éponger. Nous avons dû notre salut à la générosité d'une amie que j'en profite pour remercier à nouveau aujourd'hui. L'indulgence de la banque se borna à renoncer à un fichage irrémédiable, les frais furent maintenus. La poste non seulement ne présenta pas d'excuses mais mis en avant que légalement la recommandation d'un envoi n'est pas un gage de délai. Il nous fallu plusieurs mois de vie serrée afin de pouvoir revenir à une situation saine et rembourser l'amie secourable.
Ce n'était, grâce à elle, pas si grave. Seulement bien qu'indirecte, c'est une conséquence aussi. Je me demande encore combien de personnes telles que nous aurons subi des ennuis du fait d'avoir été un temps sidérés, atterrés, moins attentifs qu'à l'ordinaire à tout faire tout bien pour faire face à leur quotidien âpre et sans facilités. Combien de personnes auront été victimes de dysfonctionnements de différents services perturbés eux-mêmes par des conséquences indirectes que personne n'aura souhaité ou pu assumer. 

Je pense souvent aux victimes et à leurs proches qui auront dû, doivent peut-être encore, batailler avec des instances administratives, des démarches fastidieuses, un état de suspicion (2), certes sans doute pour partie nécessaire, mais comme ça doit être pénible aux victimes incontestables. 
Le seul espoir reste que certaines survivantes, certains survivants auront pu saisir une occasion de prendre leur vie plus fortement en main, changer de job mais en bien, trouver le courage de clore une relation qui tournait mal, ou de s'en aller vivre dans des lieux qui leurs vont mieux. Ou faire d'autant plus de progrès dans leur voie, si elle était déjà engagée, qu'un sentiment d'urgence sera apparu.

 

 

 

(1) Et non en tant qu'individu qui se serait distingué, représenterait quelque chose, un pouvoir.
(2) Dans le film belge 'Ne tirez pas" sur les tueurs du Brabant, on voit très bien ces contraintes, celui qui fut blessé enfant dévoile ses cicatrices lors d'un procès, crie parce qu'il n'en peut plus, qu'il doit tous les trois ans prouver son invalidité. J'ai cru comprendre qu'en France ça n'était pas nécessairement plus facile. Et que ça risque de ne pas s'arranger.