Elle avait 107 ans (Lucette Destouches)

Je n'ai appris que cet après-midi via France Culture par ce lien la mort de Lucette Destouches-Almanzor, dernière épouse de Louis Destouches connu comme écrivain sous le nom de Louis Ferdinand Céline

Elle avait 107 ans.

Il se trouve qu'elle fut une amie entre autre de Nadine Nimier qui était une habituée de la librairie Livre Sterling dans laquelle j'ai fait mes débuts comme libraire avant qu'elle ne ferme. Et que certaines après-midi, lorsqu'il n'y avait pas trop de monde, Nadine me racontait.

Du coup j'ai l'impression d'avoir perdu quelqu'un que je connaissais.

Sa loyauté indéfectible envers son sale type de mari pose brillamment la question de : jusqu'à quel point la loyauté rejoint le soutien ? (1)

C'est pour moi une question pour laquelle je n'ai pas de réponse car je me sens séparée en deux par des considérations qui ne se situent pas sur le même plan, les unes affectives, les autres intellectuelles.

Et d'ailleurs Céline est sans doute celui qui me fait le plus m'interroger sur la place de l'homme / la place de l'œuvre. Car il était d'une force littéraire peu commune. Ses phrases, elles restent. 

Et ça paraît tellement incohérent qu'une telle force et intelligence soit couplée avec des idées et des opinions politiques totalement moisies. En tant qu'homme au quotidien c'est très surprenant, les témoignages le concernant sont totalement antinomiques, c'est totalement déroutant. Peut-être ou sans doute une forme de folie.

Je me demande comment sa femme, désormais défunte, avait fait pour supporter cet époux aux multiples avatars. 

Une imagination de la conversation que nous aurions eue, Nadine et moi, si Livre Sterling existait encore, n'a cessé de flotter dans mon esprit depuis la fin de l'après-midi. 

 

 

(1) Peter Handke, ne reniant pas ses liens avec Slobodan Milošević malgré qu'entre temps on savait ce dont ses armées s'étaient rendues coupable, la pose très bien aussi.  


Faits divers : arrestation d'un type depuis fort longtemps en cavale sur lequel pèsent les soupçons d'un famillicide bien terrifiant


Ce n'est pas un vrai billet, juste quelques mots jetés pour les lecteurs du futur ou mon moi de dans longtemps : en soirée de ce vendredi 11 octobre 2019 aura donc été arrêté à l'aéroport de Glasgow (Écosse) un homme (Xavier Dupont de Ligonnès) soupçonné depuis huit ans d'avoir organisé et effectué l'assassinat de sa femme et de leurs quatre enfants (entre 13 et 20 ans).

Bien sûr, puisque nous sommes en 2019, c'est par un touite que je l'aurais appris, et 3 minute à peine après que l'info soit sortie.

Alors du coup, j'aurai passé ma soirée sur Twitter à partager du mauvais esprit avec les ami·e·s et quelques inconnu·e·s, moins les temps consacrés aux corvées (lessive, entretien du vélo ...). C'est terrible et j'en ai (un peu) honte mais voilà qu'un des pires drames, par ses qualités romanesques qui en estompent l'horreur (et le nombre surprenant d'années écoulées) aura été pour une soirée un excellent support de divertissement. 

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Pendant ce temps, lâchés par le monde alors qu'ils ont efficacement combattu Daesh, les Kurdes se font massacrer par l'armée de Turquie. J'y aurais pensé ce jour-là bien souvent. 

Addenda du lendemain : l'homme arrêté n'était pas le bon, il avait simplement quelqu'un qui lui voulait du mal au point de monter une dénonciation (il faut croire) et par ailleurs des empreintes digitales relativement similaires. Ça doit être curieux d'apprendre ainsi qu'on a la signature digitale d'un assassin. Cela dit notre mauvais esprit du soir de l'arrestation s'en est trouvé tout excusé et on a pu sur la bévue s'en donner à cœur joie.

De façon qui m'a paru absurde mais est symptomatique de ce monde marchand, à la Maison de la Presse nous devions malgré que l'erreur avait été solidement confirmée continuer à vendre Le Parisien et sa Une erronée et laisser à l'extérieur le présentoir qui lui correspondait. Engagement contractuel : la Une doit rester jusqu'au numéro du lendemain quoi qu'il advienne. 


Petite histoire du Brexit with flags

    Quand ta journée de travail fait 9h45 (voire 9h55), sans un gramme de temps à part aux trajets en train pour consulter ton téléfonino sans même parler d'un ordi, tu te demandes un peu si une fin du monde n'a pas eu lieu pendant que tu taffais, ou plutôt tu te dis qu'elle n'a pas dû avoir lieu car les livraisons semblaient normales. Les livraisons, ce truc qui te relie au monde.

Alors tu regardes tes fils infos sur Twitter.

Et tu tombes sur quelqu'un qui a expliqué le Brexit d'une façon jolie, hilarante et si vraie.

Un grand merci @collabblues 

 


Juste ciel ! (Simone Biles)

Un grand un immense merci @Kozlika qui a déposé une séquence de ceci sur Twitter ce matin :

 

[vidéo : U.S. Gymnastics Championships in Kansas City, Simone Biles enchaînement de gym au sol incluant un triple-double soit un triple-twisting double-flip (double salto arrière avec trois vrilles dans les airs)]

C'est le genre d'exploit qui me fait pleurer. L'humanité capable de repousser les limites sans arrêt. Ça va bien au delà de réussir un mouvement de gymnastique.

Grand grand grand respect à elle. Les heures de boulot et de souffrances qu'il lui aura fallu endurer, même en étant extra-douée (1), quand bien même elle carburerait à n'importe quel produit dopant pour avoir la force et l'énergie de tant travailler ou la récupération facilitée, je continuerai à l'admirer.

Le plus fou étant qu'après ce saut triple à couper le souffle, elle produit un enchaînement aux nombreuses difficultés, dont elle semble se jouer. Même en admettant que quelqu'un d'autre devienne capable de reproduite la première difficulté technique, pouvoir continuer sans avoir les muscles tétanisés par l'effort infini fourni est en soi un exploit.

PS : La sortie sur la poutre, est pas mal non plus (2)

[vidéo : U.S. Gymnastics Championships in Kansas City, Simone Biles à la poutre avec une sortie en double-double (double salto, double vrille)]

(1) J'aime la pratique sportive mais je peine à faire une roulade, une roue, un virage en natation, ce qu'elle fait demande outre une détente de folie, une capacité d'orientation dans l'espace en mouvement extraordinaire.

(2) euphémisme, bien sûr


Une tragédie et ailleurs un retour

 

    Après une journée bien remplie j'étais en train de récupérer en attendant l'heure de bricoler et manger un dîner, quand parce que depuis le tour de France et The Cycling Podcast, je suis un certain nombre de cyclistes sur Twitter, j'ai vu apparaître les premières alertes au sujet d'un accident grave sur le tour de Pologne. Le nom de Bjorg Lambrecht apparaissait en trending topics en Belgique, et très vite des touites indiquaient, héliporté à l'hôpital (ce qui fut l'intention mais n'eut pas lieu d'après ce que j'ai lu après), réanimation et très vite après le très vite des touites de personnes qui avaient visiblement appris la pire mauvaise nouvelle mais tentaient d'apprendre qu'elle était fausse, n'y pouvant croire. Un touite de l'équipe ou de la direction de la course qui disait il est à l'hôpital, opération en cours (ou envisagée, je ne sais plus, je me souviens d'avoir pensé, incurable optimiste que c'était bon signe dans le terrible, que ça signifiait qu'il pouvait peut-être ou sans doute être sauvé) et  

puis 

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C'était un touite de son équipe, le compte semblait bien le leur de façon peu contestable, plus aucun doute hélas ni espoir n'étaient permis.

J'ai cherché à en apprendre un peu plus, mais que faire à part penser à ses proches, famille, ami·e·s ou collègues et parmi eux coéquipiers. Je me souvenais d'autres décès prématurés de cyclistes. Bjorg Lambrecht semblait particulièrement prometteur et si jeune, même sans le connaître son sort peinait.

Je n'étais pas la seule à me souvenir, quelqu'un a émis une sorte de touite récapitulatif comme un RIP général et un ancien coureur (je crois ?) a alors ajouté quelque chose comme Sans parler des blessés si graves qu'on les a cru perdu, ou qu'ils le sont pour le sport professionnel et il a cité Stig Broeckx, si gravement accidenté en 2016 qu'on l'avait cru perdu, à ceci près qu'il était revenu d'un coma de plus de six mois, et depuis, ce que j'ignorais, progresse pas à pas pour recouvrer des capacités. J'ai même trouvé une video récente, où il est présent lors d'un prix créé à son nom afin de récolter des fonds pour les structures de soins ou rééducation, et c'est impressionnant comme il semble énergique et compréhensible pour quelqu'un revenu de si loin. 

Il est dit dans l'article qu'il avait un black out total de ses souvenirs des cinq années précédent son accident et qu'une conséquence de l'accident avait été la séparation d'avec sa compagne devenue pour lui une inconnue (1).

Quoiqu'il en soit, le voilà sauvé au moins pour un temps. Ça faisait du bien de le constater.

Chance que n'aura pas eue son compatriote. Et c'était une autre terrible étrangeté que d'apprendre de relativement bonnes nouvelles de l'un par ricochet de la pire mauvaise nouvelle de l'autre. 

Je pense aux proches de Bjorg Lambrecht, ce soir, et aimerais tant pouvoir faire quelque chose qui permettrait de soulager leur douleur. Mais il n'y a rien qui me vient. À part témoigner ici d'une sorte de chagrin commun à qui apprécie le sport qui était sa passion mais l'a finalement tué.

 

(1) un autre reportage le montre pourtant avec quelqu'un ; mais ça doit effectivement être profondément étrange de trouver des personnes pour qui on semble compter mais dont on n'a pas le souvenir. 

PS : Deux de mes amies traversent des jours difficiles et je ne sais, non plus, comment les aider dans ces moments si rudes à traverser. Que faire au concret ?

 


Un incendie à Clichy

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Il était environ 15h45 quand nous avons quitté les locaux du tout début de la rue de Paris où j'ai peut-être une chance de créer enfin ma librairie. J'étais en la compagnie de l'entrepreneur qui ferait les travaux si mon dossier est accepté.

Alors que nous cheminions rue des Cailloux, nous avons vu un léger panache de fumé gris clair vers le nord. 

On venait de dire C'est plutôt calme comme quartier.

On a remarqué le signe d'incendie, très vite des sirènes de pompiers. Comme d'où nous étions on ne pouvait déterminer d'où ça venait et que les choses semblaient sous contrôle, nous avons poursuivi notre chemin. Son véhicule était garé près de l'entrée de la rue Chance Milly, nous nous sommes salués et il est reparti vers la suite de sa journée de travail. 

Je me suis dit qu'avant de rentrer chez moi envoyer un message à mes interlocuteurs pour l'éventuelle location du local, j'allais passer dans l'un des libres-services du quartier faire quelques courses (des fruits, du lait, des yaourts ...) et puis j'éprouvais le besoin de savoir d'où exactement venait la fumée. 

J'ai traversé les jardins Bic, remonté l'avenue Anatole France dans l'idée d'aller rue Henri Barbusse et de là soit vers le magasin bio (si pas le courage d'affronter le bruit et la foule), soit vers un Franprix, soit un Intermarché. J'hésitais. Et puis j'ai croisé une femme accompagnée de deux enfants et au même moment où quelque chose me mettait en alerte, ce truc un peu du fond des âges qui nous fait nous retrouver sur le qui-vive sans que le cerveau pensant n'ait identifié pourquoi, elle s'arrêtait, disait aux enfants quelque chose comme Regardez ça brûle. Et effectivement, par le passage ouvert vers un parking de l'immeuble devant lequel nous passions, on voyait des flammes, nettement.  IMG_20190723_162855_013

Ça n'était pas extrêmement rassurant et pour le coup j'avais besoin de comprendre où c'était exactement ne serait-ce si c'était près que pour avertir ma fille (1), restée dans l'appartement. Sans aller jusqu'à un risque de propagation - je voyais arriver au bout de la rue pompiers nombreux, véhicules de police qui organisait barrage -, je craignais que le quartier ne fût bouclé et que nous ne puissions plus entrer ou sortir.

Je suis donc allée jusqu'à l'intersection Barbusse Castérès Anatole France.

C'est au moment à 15:53 (2) quand je prenais la photo du haut du billet qu'a retenti une explosion. Et le panache de fumée est devenu noir et plus fort. Elle n'avait pas fait vibrer le sol, de là où j'étais le souffle n'était pas perceptible, pas de bruits de verres brisés et pas d'air étouffant ni d'odeur pour l'instant, le nuage noir filait vers le nord / nord - ouest 

Des gens se rassemblaient dans la rue, des policiers s'apprêtaient à fermer les accès sur la rue Henri Barbusse, le plus sage était de vite rentrer, avertir ma fille, et voir de mon balcon arrière si la situation semblait dégénérer davantage ou passer sous contrôle. 

Je me méfiais de la toxicité éventuelles des fumées : quelqu'un sur Twitter avait suggéré (ou vu ailleurs) qu'il s'agissait d'un garage, je pensais du coup au garage autonemo, l'orientation coïncidait. À partir de ce moment-là et jusqu'à la lecture d'un article qui indiquait 6 blessés légers (de type incommodés par les fumées) et que le propriétaire du garage était en état de choc (on le serait à moins), la pensée "J'espère qu'il n'y a pas de morts ou de blessés graves" ne m'a pas quittée. 

L'explosion, même si j'avais été assez loin pour ne rien ressentir à part de me trouver encore plus en éveil, avait accru mes craintes, il s'agissait d'un incendie de grande ampleur et qu'il fallait se méfier de suites encore plus dangereuses. Je n'en ai pas entendu d'autre. Rentrée j'ai averti les différents membres de ma famille, celle qui était présente, par WhatsApp ceux qui étaient à leur travail. Suivi les choses de notre balcon collectif du côté des cuisines : il faisait de toutes façons trop chaud pour se calfeutrer alors autant savoir comment les choses évoluaient. 20190723_160515À 16h05 c'était encore inquiétant, avec notamment un hélicoptère qui survolait la zone ; à 16h14, l'incendie semblait circonscrit 

20190723_161409J'ai tenté alors, de rassurer qui je pouvais et de reprendre le cours de ma journée. 

Seulement le quartier pour la circulation était encore bouclé et c'était l'heure de pointe qui commençait. 

La rue des Cailloux était interdite à la circulation à hauteur du croisement avec Anatole France, la rue Barbusse sans doute toujours autant. Alors les véhicules s'entassait avenue Anatole France, dans tous les sens (ceux qui arrivés au bout constatataient qu'ils ne pouvaient pas contourner par la rue des Cailloux, et tentaient le demi-tour). Tous les moteurs qui tournaient dans la chaleur rendaient l'air irrespirable - et pourtant nous sommes à un étage légèrement élevé -.

Soulagée d'apprendre, par un article d'actu Île de France,  qu'il n'y aurait que des blessés légers, je suis parvenue à aller faire quelques courses. Les dégâts que j'ai entrevus en passant à proximité étaient vraiment très importants. Du garage il ne restait plus qu'un pan de mur. Les piétons étaient encore filtrés à la hauteur du sinistre (qui habitait là pouvait passer).

Un camion de pompiers assez imposant présentait l'inscription "Reconditionnement des personnels". Des pompiers semblaient attendre (leur tour ?) à proximité. 

Les enfants avaient des sorties de prévues, j'ai rejoint l'homme de la maison à la gare et nous nous sommes réfugiés à Levallois. J'ai repris mon souffle (que je sentais acre, et les yeux qui piquaient) au parc de La Planchette. Puis nous avons trouvé un restau à la terrasse loin des rues à voitures.

En rentrant vers 22h nous avons pu mesurer l'étendue du sinistre. D'autres résidents se tenaient en silence de l'autre côté du trottoir. Recueillis. Répétant, Ça aurait pu être bien pire. Louant les pompiers. Une ancienne inscription avait été rendue à nouveau visible par l'éclatement de la façade isolante qui l'avait un temps recouverte. Elle disait "Pneumatiques, parallélisme, équilibrage". Cruelle ironie du sort. Fullsizeoutput_1817

La façade de l'immeuble d'en face n'était pas noircie mais bien un peu déglinguée. Les habitants ont dû avoir très peur, ou un grand choc en rentrant du boulot.

Il était temps pour nous de rentrer. Les rues étaient pratiquement vidées de toute circulation. Un gamin allait et venait à vélo. 

Les restaurants du bout de l'avenue [Anatole France] semblaient mener leur activité normale. Le #Hashtag, quant à lui, était resté fermé. 

 

nb : un Touite des pompiers de Paris 

 

(1) adulte, mais quand même
(2) horodatage de la photo


Légère dépression des victoires (ou plutôt : le prix de certaines victoires)

(billet à écrire dès que possible) 

 

Sur la recommendation de mes camarades des Joyeux Pingouins en Famille sur la radio Cause Commune, où pour les livres (et le football) j'officie, j'ai vu le documentaire de Dominique Rouch et Karim Rissoudi sur l'équipe de France de football hommes de 2018 et son chemin jusqu'à la victoire en coupe du monde.  

Il est riche de bien des choses, au point d'être certainement intéressant même pour qui n'apprécie pas ce sport, et comporte entre autre une séquence dans laquelle Adil Rahmi, calme, laisse couler ses larmes en évoquant la peine que sa mère se donnait lorsqu'elle avait dû élever seule quatre enfants.

Il est possible que tout le monde ne puisse pas comprendre, au vu de la réussite exceptionnelle par la suite. Seulement j'y vois la conscience de À combien ça s'est jouée d'un rien, la mesure des efforts inouïs pour arriver au même point (qui peut être très élevé, je ne veux pas dire) que d'autres pour lesquels ça n'était pas à ce point mission impossible, en plus de la reconnaissance pour un parent qui fit de son mieux, malgré l'adversité. 

Dans un autre domaine, puisqu'il n'y a pas de mérite personnel, si ce n'est d'avoir participé individuellement aux prémices lointains d'un mouvement, il y a ces larmes que je ne sais retenir lors des débuts de matchs de la coupe du monde de football actuelle ; je parle de ceux auxquels j'ai pu assister parce qu'ils avaient lieu au parc des Princes et que j'avais acheté des billets : toute l'organisation, tout le cérémoniel. Je suis bouleversée qu'on le fasse enfin aussi pour des femmes. Je n'espérais même pas une telle victoire, lorsqu'à onze ans je voulais simplement pouvoir continuer à jouer au foot et que ça m'était interdit, du moins en équipe officielle, parce que j'étais une fille. Comme le dit Adil Rami dans le documentaire "C'était trop loin dans mes rêves". 

Alors je pleure moi aussi de voir se réaliser un rêve que je ne m'accordais même pas. Légère dépression de nos victoires lorsqu'elles viennent de trop loin.  


Ils nous font honte plus que pitié (ces gens de pouvoir)

Un excellent dessin d'Allan Barte résume bien les choses

 

 

    Comme c'était prévisible dans le climat actuel de révolte et répression, étrangement devenu hebdomadaire (1), mais de toutes façons c'est déjà la tendance depuis deux ans (2), la manifestation traditionnelle unitaire du 1er mai à Paris a mal tourné. 

On assiste depuis le gouvernement Sarkozy mais avec une force et un équipement de plus en plus dangereux, à une politique répressive violente, dont le but semble désormais clairement de dissuader les personnes motivées, mais pacifistes et de bonne volonté, d'aller défiler pour exprimer par leur nombre leur mécontentement (3).

Au suivi des fils d'infos, j'ai de plus en plus l'impression que les casseurs sont laissés en relative paix et qu'en revanche de simples quidams sans qu'ils aient fait quoi que ce soit de violent se font tabasser, blesser, estropier, arrêter, comme si la démocratie n'était déjà plus qu'un souvenir. Y compris des journalistes. Y compris des street medics. Au passage, je salue le travail immense de David Dufresne avec les signalements et leurs recoupements. Puisse-t-il être enfin avant qu'il ne soit trop tard réellement entendu.

Alors en cette fin de 1er mai, quand les principaux médias ont relayé une info selon laquelle des manifestants s'en étaient pris à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, on s'est demandé ce qu'il leur avait pris, mais hélas c'était plausible, étant donné la violence dont, entre autre les black blocs, avaient déjà fait preuve par le passé et l'escalade facile sur le terrain une fois que les forces de l'ordre attaquent avec la brutalité que désormais on leur connait. Martin Hirsh, que l'on pouvait encore supposer comme plutôt fiable, avait émis un touite qui évoquait une "tentative d'intrusion violente", et que j'avais RT avec la réaction de Jean-Noël Lafargue, un autre touiteur, et qui était la mienne en supposant vraie l'info : Mais qu'est-ce qu'ils ont dans la tête ? (4)

Et puis le 2 mai au matin, peut-être le temps nécessaire à ce que les témoins soient relâchés de leur GAV, ou que le personnel de l'hôpital ait terminé ses gardes auprès des patients, les premiers témoignages sont apparus, non, il n'y avait pas attaque, simplement des personnes qui cherchaient sous l'effet des lacrymogènes et des charges policières, un passage possible. Sur le site de Médiapart figurait l'une des premières réactions en ce sens, témoignages de personnes qui s'étaient trouvées piégées et n'avait jamais eu la moindre intention de s'attaquer à quelque service de l'hôpital que ce soit. 

Au fil des heures du jeudi 2 mai, ce fut toute une suite de témoignages qui sur les réseaux sociaux allaient tous en ce sens : des gens qui tentaient de se replier et qui avaient été violemment poursuivis dans leur replis même ; avaient dialogué avec le personnel soignant, Non vous ne pouvez pas entrer, c'est un service de réanimation, et qui n'étaient pas entrés. 

Quelques médias mainstream ont fait leur mea culpa, sans doute lorsqu'il n'était plus possible, devant tant de preuves du contraire, de suivre le ministre de l'intérieur dans son mensonge d'État. 

On peut se poser la question de ce qui serait advenu pour les mêmes faits survenant avant l'ère des appareils d'enregistrements personnels et des réseaux sociaux permettant à toute citoyenne et tout citoyen de diffuser ce dont il est témoin. 

On peut également être légitimement effarés d'à quel point un gouvernement en France en 2019 prend le peuple qui l'a élu pour une masse d'imbéciles. Nous nous rendons compte, mais trop tard, que nous avons surtout été victimes d'une vaste escroquerie, confiant par crainte de pire les rênes du pays à des personnes qui ne croient pas en l'État et sont en train de détruire de l'intérieur ce qui faisait que ce pays possédait encore un peu de solidarité et de démocratie. 

 

PS : Louable article des Décodeurs du Monde et décryptage video sur le site du même journal, avec le ministre de l'intérieur en plein mensonge de manipulation d'opinion. Il n'y a pas si longtemps, quand le personnel politique respectait encore au moins en apparence l'État à qui il devait ses fonctions, ça aurait valu immédiate démission. 

 

(1) Du moins c'est l'impression qu'on en a à Paris ; sans doute qu'aux ronds-points du pays le mouvement [des gilets jaunes] est plus continu. C'est curieux de voir à quel point on a pris le pli les samedi de regarder la carte des défilés prévus pour savoir si l'on peut aller dans tel ou tel quartier faire ce qu'on avait prévu d'y faire, ou reporter sur un autre jour. Les commerçants souffrent, le samedi d'ordinaire est leur bonne journée.

(2) Je connais plusieurs personnes calmes qui étaient présentes le 1er mai 2018 par exemple et entre autre, et qui se sont trouvées alors que leur portion de défilé était paisible, nassées et arrosées de lacrymo, et à devoir échapper aux matraques. OK les blacks blocs avaient foutu le bazar en tête, seulement pourquoi s'en prendre à un autre endroit aux gens ?

(3) Et je l'avoue, ça fait un moment que je ne me suis pas jointe à quelque cortège que ce soit : sur-occupation, certes, car j'ai des week-ends le plus souvent décalés et des entraînements à suivre, mais sans doute au fond une fatigue anticipée face aux conséquences potentielles. 

(4) C'était pour moi d'autant plus plausible un débordement par des gros brutaux, que je connais quelqu'un dans ma famille qui à l'automne s'était fait secouer méchamment à un rond-point, coupable uniquement de passer par là en rentrant de son travail au volant de sa (petite) voiture.


Les suites de l'incendie de Notre-Dame parfaitement résumées

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... par Alice sur son blog (le billet est plus long que l'illustration que j'en partage ici). Je partage sa sidération pour la virulence des déchaînements, sachant que dans l'ensemble et globalement nous nous sentons toutes et tous bouleversés.

 

Il y avait un bel élan toutes tendances confondues pour être soulagés qu'il n'y ait pas de victimes (1) et vouloir que l'on rebâtisse. 

Et aussitôt, ça s'est déchaîné pour se fritter. 

J'étais récemment à un repas où une jeune femme (c'était avant l'incendie) expliquait sa stupeur quant à ce comportement des français : passer une soirée à presque en venir aux mains sur un ou deux sujets et puis le dîner est presque fini, quelqu'un se lève et propose courtoisement, café ou tisane ou pousse-café et tout le monde redevient les meilleurs amis. 

Nous venons de donner à l'échelle d'une nation un fabuleux exemple de cette capacité à s'engueuler violemment alors que sur l'essentiel nous sommes d'accord, et malgré nos divergences partageons la même émotion.   

 

(1) Les alarmes à incendie ont si bien fonctionné qu'il n'y avait aucun signe ni odeur à telle enseigne que l'organiste et un prêtre une fois l'évacuation des passants et fidèles effectuée étaient rentrés chez eux persuadés d'un exercice ou d'un dysfonctionnement. [lu dans un article de Ouest France]

PS' : J'aime beaucoup ce qu'Alice écrit aussi du jour même. Comme elle s'apprêtait à subir une intervention chirurgicale, le décalage entre la pression de nos vies quotidiennes et cette catastrophe est chez elle encore plus saisissant. 

PS'' : Lu chez David Madore, qui fait partie des personnes qui savent exprimer les choses avec une clarté qui me donne l'impression d'être plus intelligente que moi : 

Petites pensées rapides sur l'incendie de Notre-Dame