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25 billets

Ces minutes qui ne t'appartiennent pas

 

    C'est un billet du blog "Journal d'usine chronique ouvrière" qui m'y a fait penser. Il y est question de journées durant lesquelles l'heure de fin de travail n'est pas tout à fait pré-déterminée. 

J'avais eu un peu la même chose dans un emploi que j'avais occupé. C'était dans une petite structure et une partie du commerce nécessitait des précautions particulières de sécurité. La sortie de toute l'équipe s'effectuait par une porte donnant sur une cour, laquelle était soigneusement fermée. Généralement le rideau de fer côté boutique était fermé à l'heure ou peu s'en fallait, un rituel d'extinction des lumières dissuadait les derniers clients de réellement s'attarder. 

Seulement ensuite les personnes qui avaient tenu les caisses devaient les vérifier, il y avait toujours des ouvrage à finir de remettre en place, bref, du boulot résiduel. 

Et même si l'on était raccord du sien, comme la sortie était close tant que le patron ne l'ouvrait pas, il fallait patienter. Quitte à rater son train si on utilisait les transports en commun. 

Ce qui faisait qu'au bout du compte et de façon bien plus systématique que dans une librairie où l'on peut faire comprendre aux ultimes clients que nous avons notre vie qui nous attend, nous terminions dix à quinze minutes après l'heure. Ou parfois pas tant que ça. 

Et donc il y avait ainsi à la fin de chaque demi-journée - car il existait une pause déjeuner - un temps incertain dont on ne pouvait prévoir à l'avance s'il serait libre ou contraint. 

Du fait que c'était systématique et qu'on était physiquement enfermé·e·s, même s'il ne s'agissait que de quelques minutes, je le ressentais comme une contrainte très forte, plus forte qu'elle ne l'était. Sans doute aussi parce que l'heure flottante évoquée par @JPGuedas dépendait un peu de l'intensité que chacun mettait à l'ouvrage. Alors que dans le cas de l'établissement pour lequel je bossais nous étions captives et captifs d'éléments aléatoires, de flux de dernière minute, d'une erreur de caisse quand nous ne l'avions pas tenue, d'un dysfonctionnement de certaines transmissions. Nous n'avions donc même pas cette illusion que la libération à l'heure dite dépende un peu de nous (1).

 

(1) Il était tout à fait possible de demander de quitter pile à l'heure, par exemple un soir où nous avions un engagement à horaire strict, les patrons savaient se montrer compréhensifs. Il n'empêche qu'il fallait faire cette démarche, et inévitablement un peu justifier. Alors qu'en théorie il n'y aurait rien dû avoir à négocier. 

 


Quand l'énergie est là, le cerveau frétille

(venerdi)

    Je n'ai rien compris à cet étrange phénomène mais après une journée de boulot à nouveau infernale (le retard dû à une panne semi-générale la veille + les congés des collègues), laquelle parachevait une semaine éprouvante et d'avoir en plus été patraque la veille, j'ai subi par surprise, alors que je terminais mon trajet de retour maison à pied (1) en contemplant le nombre impressionnant de petits restos qui ont bourgeonné pendant les confinements dans les rues du XVIIème "populaire", une bouffée d'énergie.

Effet de la marche à pied dans la belle ville ? Illusion d'une fin de pandémie (toutes ces personnes, attablées, plaisantant, donnaient l'impression d'une vie sans qu'aucun Covid n'ait sévi) ? Satisfaction et soulagement du simple fait d'avoir survécu ? Perspective de trois jours de congés (le week-end + un jour férié) ? Je l'ignore mais c'était assez miraculeux et surprenant comme sensation.

J'ai pu de ce fait boucler quelques bricoles de l'ordre des choses à faire en soirée, et lire et écrire un brin.
À l'heure où je devrais déjà dormir mais me sens bien, ma stupéfaction demeure.

Cela dit, disposer de davantage d'énergie, active également le cerveau ce qui est très agréable. Seulement les chagrins en cours n'en sont que plus forts. En même temps il est normal qu'ils le soient, les personnes récemment décédées le méritaient et ce qui est anormal est de n'éprouver pas plus de peine que cela quand l'épuisement et le surmenage anesthésient pensées et sentiments.

 

 

 

(1) J'avais vaguement eu l'intention de faire métro + Vélib, plutôt que métro + métro (parce que trop de monde sur le quai ligne 13 et que le métro me fatigue), et puis pas trouvé de Vélib alors métro + marche à pied, c'était bien aussi. 


Could have been a bad day

(giovedi)

    Pas de télétravail, à croire que le boss adjoint avait pressenti un plantage général qui eut lieu. Journée de boulot d'enfer, les appels qu'on enchaîne vite vite vite. 
L'effet de deuil, l'épuisement du surmenage, et peut-être un brin d'intoxication suite au dîner au restaurant, m'ont balancée dans les ennuis gastriques toute la matinée. 
Je me suis réveillée trop tard, suis rentrée trop tard du travail, n'avais pas assez de forces pour aller courir. 

Le chagrin, les chagrins sont toujours aussi forts, ce qui est normal.

Et puis alors qu'à peine rentrée du boulot et douchée, je tombe de fatigue, une vidéo inattendue (non annoncée à l'avance) de Syblo vient soudain donner un petit secours au moral et à l'énergie. Je lui en sais gré.

À partir de là j'ai été fière d'avoir su tenir le coup dans cette difficile journée, plutôt qu'accablée par le cumul de celles-ci.


Un petit bouchon flottant

(mercoledi)

En ce moment plus encore qu'à l'ordinaire, j'ai la sensation d'être un petit bouchon flottant, les courants le poussent ici ou là, il suit, bien obligé, le mouvement ; il est fait de liège alors il flotte, il n'est pas en danger, mais il ne décide de rien, les choses s'enchaînent.
Alors il faut soudain s'organiser pour venir travailler au lieu de bosser de chez soi, il faut répondre au travail à toutes sortes de questions qui s'enchaînent, et puis la question se pose de Qu'avons-nous le droit de faire des cendres d'un être humain après crémation ?, et puis on pleure et puis quelques heures après, c'est un grand éclat de rire car le Fiston aura imité un pêcheur à la ligne qui en même temps cueillait des champignons, et puis on tourne le coin de la rue parce qu'il faut rentrer se coucher et le chagrin reprend son emprise. 
La vie des vivants, à qui l'on veut faire croire qu'ils sont maîtres de leur destin alors qu'ils sont seulement en capacité d'empirer les choses par des conduites à risque ou le refus de consentir à occuper la place exigüe que leur accorde la société.

Je ne me plains pas, bon an mal an, je m'en sors. Seulement d'autres ont cessé de pouvoir tenter d'améliorer les choses en général et leur propre sort en particulier et ce soir c'est ça qu'est triste.

PS : Ce matin j'ai eu le temps de descendre à Cité Universitaire, Oh la belle petite balade sous un soleil levant rasant déjà teinté d'hiver.


Bosser, courir et puis ... plus la force

(martedi)

L'effet du deuil en plein ; comme dab j'assure bon an mal an le boulot (encore que, j'ai pris du retard), je parviens à maintenir l'entraînement prévu (ça me semble vital, ne pas renoncer) et ensuite c'est l'effondrement. Rien de spectaculaire, pas de pleurs, mais l'énergie disponible qui disparaît d'un coup.
J'ai tout donné pour tenir le travail malgré tout et il ne me reste plus rien.

Triste pour le vieux copains. Et ses proches.


Deuil

(lunedi)

Un de mes vieux amis est mort. Je veux dire "de longue date", 35 ans, quand même. Et il n'était pas si vieux. Tout jeune retraité en fait.
Je lui savais des soucis de santé, mais ignorais une dégradation récente, une hospitalisation. Et soudain son état général s'est effondré.
Je sais gré à celle qui m'a averti et qui se retrouve en charge, en première ligne, alors qu'ils ne vivaient plus ensemble depuis longtemps. Seulement lorsque personne ne prend la suite et que les enfants, devenus adultes, sont loin géographiquement, il faut bien que quelqu'un s'y colle, à l'urgent.
Avec les ami·e·s nous nous efforçons d'avertir les différents cercles de ses connaissances. Elle s'efforce de joindre de lointains cousins. 

Par Laure Limongi j'apprends le décès de Manuel Joseph, que je connaissais peu mais que j'admirais bien.

Et bien sûr le livre arrive qui comporte les ultimes mots publiés du mort de fin septembre, qui avait tant compté.

What a hell of a deadly monday.