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Deuxième dose, épuisée

 

    Moins d'effet de la deuxième dose (Astra Zeneca) que la première, il n'empêche, entre ça et la fatigue du travail - j'arrive toujours aux congés en mode Je n'aurais pas pu faire un pas de plus -, journée blanche, essentiellement passée alitée.

J'ai tenu, les repas, légers, mais à des heures presque normales, faire ma toilette, m'habiller de jour ou de nuit, descendre les poubelles, remonter le courrier (masquée et les étages à pied), lancer une lessive, ranger la précédente, vêtements secs, étendre ceux de la nouvelle.

J'ai un peu suivi le tour de France, mais en m'endormant comme d'habitude profondément parmi de fort beaux paysages.
Regardé un documentaire sur les Doors et un autre sur des rescapés de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016, leurs témoignages sur leurs vies changées - les deux films étaient sur les rediffusions d'Arte -. 

Le joueur de pétanque avait une velléité de voir la finale des perdant de cet Euro 2020 joué en 2021, seulement le match est sur une chaîne payante.

Je ne suis pas certaine de pouvoir aller courir demain.

Finalement, c'est Philippe Jaenada qui par son travail m'accorde que cette journée n'ait pas été traversée pour rien : j'entame la lecture de son prochain roman, me trouve projetée en 1964, fascinée par les actualités que suivait peut-être ma mère, que peut-être mes parents commentèrent au dîner, moi dans mon berceau à côté. Je m'endors toutes les deux ou trois pages, le livre n'y étant pour rien, mais par faute de l'épuisement, mais reprends avec délectation dès que ma conscience revient. Comme à chaque fois la magie opère : son humour jouxtant le mien il parvient à me remonter le moral en relatant des histoires terribles, et me protège un temps des duretés du présent.


Pas la force d'aller consulter les statistiques de l'épidémie, mais le variant Delta a entamé de faire très sérieusement remonter le nombre de cas. La vaccination complète semble protéger de finir en réa. Mais pas d'être malades, y compris pour celleux que le Covid_19 a déjà atteint une fois. We're not out of the wood.

PS : terminé la lecture de "La dame couchée" de Sandra Vanbremeersh, élégant et respectueux, quoi qu'un tantinet sur-écrit. Très bien vu sur la condition de "personne au service de" et sur l'état étrange qui est le nôtre d'être à la fois des personnes là pour servir (en librairie c'est pareil) et cultivées, et non moins intelligentes que les personnes pour lesquelles nous devons nous dévouer. Elle a le mérite de faire œuvre littéraire plutôt qu'un témoignage "tranche de vie" racoleur (et sans doute bien plus rémunérateur que ne le sera cet ouvrage), de mettre Lucette D. au centre et non son défunt mari. J'ai été touchée par certaines similitudes avec la relation qui s'était établie avec Nadine N., du temps de la première librairie où j'ai travaillé. Ces femmes qui avaient su prendre une forte place indirecte au monde, des zones magnétiques d'influence, par ascendance sur qui détenait le pouvoir ou la renommée.


Vie conjugale des salariés

 

    Nous ne sommes pas à plaindre, nous avons du boulot et nos enfants sont adultes ce qui fait que les questions de garde ne sont plus là pour rendre nos vies professionnelles acrobatiques dans un monde où l'emploi est devenu une compétition même pour des emplois subalternes.

Il n'empêche que cette période particulière : la pandémie et par ailleurs en ce début d'année une mission longue du Joueur de Pétanque dans une autre ville, a mise pour nous l'accent sur le peu de prise que des salariés moyens ont sur leur vies conjugales. 

Le premier confinement, pendant lequel lui était au chômage partiel et moi en attente de débuter mon nouveau boulot, aura été pour nous une révélation : après plusieurs dizaines d'années de mariage, c'était la première fois que nous avions pendant deux mois et demi une vraie vie conjugale. Des journées partagées autrement qu'à leur début et à leur toute fin, autrement que sous l'emprise de l'ensommeillement ou de la fatigue après le labeur, autrement que sous la menace d'un lendemain travaillé ou d'une période de congé si limitée que l'on doit se hâter de faire toutes sortes de choses nécessaires avant la reprise. 
Il faut dire que nous sommes assez doués pour bosser dur, avec relativement peu de reconnaissance en retour. Nous ne savons pas y faire.  Et nous sommes dépourvus d'esprit entrepreneurial - j'ai failli créer ma petite entreprise, reprendre une librairie, mais j'ai coincé par manque de financement et de capacité à monter des dossiers pour parvenir à le compléter -. 

Il se trouve qu'ensuite Le Joueur de Pétanque a été envoyé par son employeur en mission sur un gros projet dans une autre grande ville du pays. Nous nous sommes retrouvés à devoir ne plus nous voir que le week-end - heureusement, surchargées de travail, les semaines passaient assez vite -, voire un week-end sur deux au moment où nous étions reconfinés - lui pouvait rentrer à la maison et repartir bosser, mais j'étais coincée à Paris, sauf à tricher sur les prétextes -. Il a été question de 3 mois, puis 6. Puis récemment, la mission devait durer jusqu'à fin décembre, ce qui me semblait un peu rude. Puis il a fallu changer de projet parce qu'un des bureaux d'études était en Inde où le lock down a été brutal et sévère (l'épidémie aussi, c'était donc logique), et que tout a été chamboulé. Alors finalement c'était jusqu'à fin août. Et puis finalement cette semaine il a été décidé que la mission prenait fin avec le début de ses congés.
J'ai l'impression que c'est assez typique de notre époque, salariés, nous n'avons pas le choix, notre vie ensemble ou pas dépend autant de décisions d'État ou d'employeurs que de notre décision initiale de vivre ensemble. Nous n'avons que peu de prise, beaucoup moins en tout cas qu'on ne voudrait nous le faire croire. Nous sommes avant tout soumis aux circonstances (une épidémie, une guerre, des catastrophes dites naturelles ... et les mesures qui s'ensuivent) et au bon vouloir de ceux à qui nous louons nos forces physiques ou de réflexion.

Le story-telling sur le travail, qu'on serait censés occuper pour de toutes autres raisons que parce qu'il faut gagner sa vie, et sur nos libertés de choix, sont bien loin de la réalité des gens moyens dont nous faisons partie. Mon père bossait en usine, ma mère n'avait pas pu reprendre le travail après ma naissance parce que les lois alors ne l'autorisaient qu'à condition de l'accord du mari que mon père n'avait pas consenti. Je l'ai toujours su, l'absence de réel choix. Il n'empêche qu'elle se confirme éclatante en ce moment.