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20 billets

Chroniques du confinement jour 41 : dimanche doux, le syndrome de stock-home à son maximum

 

    Nous sommes allés courir trop tard à cause de JF qui s'était réveillé une première fois très tôt mais peinait à ré-émerger : 8h35. Nous avons logiquement croisé trop de monde à mon goût : deux coureurs (individuels, un homme, une femme à des moments différents), l'homme à la béquille, un cycliste sportif de type VTT (aller et retour), l'homme avec le petit chien blanc. J'ai proposé de rentrer par les maisons et bâtiments de la "zone d'activité", où nous n'avons que vu de loin deux personnes. La bonne heure pour la course à pied c'est idéalement de partir à 7h45.
Je suis parfaitement consciente que notre "trop de monde" serait un équivalent de "presque personne" à Clichy - Paris.

Alors que nous traversions ladite "zone d'activité", un busard, sans doute le même que j'avais déjà entrevu un matin sur la voie verte dans la portion de celle-ci qui longe ce quartier, est passé devant nous, toutes ailes déployées. C'était un instant de toute beauté.  

Un coup de fil du Fiston : il m'explique des subtilités entrepreneuriales du télétravail et combien il aimerait continuer comme ça. Entre autre le pourquoi assez légitime des demandes de poses de congés : les RTT dans son cas sont à prendre avant le 31 mai et il conviendrait que tout le monde ne les pose pas entre le déconfinement officiel et le 31 mai.
Il me dit que bien des gens ne sont pas conscients pleinement des enjeux du confinement. Pas concernés directement, ils n'en voient que le côté "On m'empêche d'aller où je veux", une assignation à résidence, une répression. Pour eux le 11 mai apparaît comme un jour de fête à venir, une libération. La seconde vague sera redoutable. 
Un de ses amis a eu sa mère 15 jours en réanimation et qui remonte la pente, depuis son retour de l'hôpital, lentement. Parce que oui, on ne ressort pas d'une réanimation, hop, comme ça, d'un seul coup tout va bien. La respiration reste longtemps une douleur. Il y a des tracas de cicatrisation. Rien n'est simple. 
Ça serait bien qu'il en soit davantage causé. Que les gens sachent ce qui les attend.

Il faudra que je n'oublie pas le remboursement de mes billets pour le championnat d'Europe d'athlétisme. Je m'étais pris deux abonnements, je m'en faisais une fête. Comme l'éco-trail d'Oslo, c'est raté. Et le trail de La Chouffe. Pour certains événements, même s'ils ne sont pas annulés, je préfère m'abstenir tant que l'épidémie n'est pas jugulée. 

Je lis des articles canadiens ou américains bien effarants, sur l'effondrement pulmonaire d'un homme encore jeune et sportif (il s'en sort mais plus personne n'y croyait) et par ailleurs un nombre d'AVC bien supérieur à la normale de personnes encore jeunes dans l'état de New-York. Le Covid-19 semble décidément mener des attaques sur bien des fronts une fois qu'il a investi un corps humain.

L'ami Pablo a fait un marathon chez lui sur un parcours de 100 m avec un boulier pour compter les tours. Je me demande du coup combien de mètres feraient le tour de la maison ici et du jardin.

Tenté de regarder ce soir le ciel avec Heavens Above mais je n'arrivais plus à savoir ce qu'il fallait faire concrètement (pour se repérer ; pour repérer un satellite qui passait). Toutes les explications que j'ai trouvées détaillaient toutes sortes de choses mais seulement un mode d'emploi, mais écrit (d'où que les gestes manquent quand même) évoquait le terre à terre du concret de Quels gestes on fait ?

J'en ai raté les TG italiens. 

Dans la journée pas de vraie sieste mais une après-midi passée à lire, au jardin. J'ai achevé la lecture du journal d'Élisabeth et je me suis sentie dès lors toute orpheline. Il faudrait un mot pour désigner l'état dans lequel on se trouve après une lecture qui nous a captivé·e·s. À la fois dans le bonheur de cette expérience et comme qui quelqu'un nous avait quitté·e·s.
Il faudra que je pense à lui demander pourquoi elle évoque si rarement les raisons du choix d'un certains voyage à un certain moment ; dans une partie des cas c'est clair : il s'agit d'aller ou de revenir d'un lieu de travail vers la Suisse puis la France en utilisant la voiture afin au passage de visiter des lieux, rencontrer des gens. Mais dans d'autres c'est mystérieux : pourquoi soudain aller visiter le Népal en partant de Doha (lieu de travail d'à ce moment-là) ?
La forme d'un journal irrégulier conduit à certaines frustrations du lecteur ou de la lectrice : une date que l'on attendait de lire, parce que quelque chose de particulier était survenu ce jour-là, ne figure absolument pas ou son rattrapage est plus tard évoqué en deux mots. En particulier pour des événements graves étant survenus en France, j'étais curieuse de la façon dont ils furent perçus là où M. et elle vivaient alors. C'est le cas pour ceux qui correspondent à un jour d'entrée dans le journal. Pas pour d'autres. 
Mis à part ces deux interrogations, quel plaisir de lecture ça aura été, et tellement idéal pour la situation actuelle.

Brad Pitt a fait une imitation fabuleuse du médecin conseiller technique de la maison blanche. En même temps on en est là. C'est terrifiant. Ils sont des parodies (enfin Trump, surtout).

Bon je m'étais quand même assoupie un bref moment en lisant et ... pour la première fois de ma vie j'ai été tiré d'une somnolence par le galop de vaches ! Le chien du 10 avait déboulé vers le fond de son jardin et elles broutaient alors juste derrière la clôture et ont dû être surprises et se mettre à galoper. Passé l'effet d'avoir été prises au dépourvu, elles sont revenues brouter là où elles en étaient (1) et l'une d'elle a vertement protesté. C'était la première fois que j'entendais (l'une de) leur voix. La propritétaire du chien est venue voir pourquoi elle entendait à présent son animal aboyer de panique et qui s'est mise à parler aux vaches en les appelant "les filles" et à rigoler de la frousse soudaine de son chien. Qui, peut-être vexé, n'a plus oser protester contre quelque présence que ce soit.

Moins drôle, à un moment une voix d'homme dans le semi-lointain (2), sous l'effet d'une violente colère : 

- Mais ça va pas la tête ! Voleur ! 
Et peu après la mobylette trafiquée que j'avais déjà entendue dans un sens, pétaradait dans l'autre (concomitance ou causalité ?)

L'ami Aaron a trouvé une dénomination pour mon syndrome de Stockholm du confinement (i.e. j'y suis trop bien, je me suis mise à apprécier à fond cette vie calme et retirée, je n'ai plus envie du tout de me déconfiner (en fait : surtout dans les conditions dangereuses, désorganisées et sous-équipées qui s'annoncent)) : le syndrome de stock-home.

Bel article de Florence Aubenas dans le Monde, qui de façon troublante pour moi parle beaucoup d'Altkirch, la ville où vécut mon amie Éliane et où nous étions en sa compagnie lors de la finale de la coupe du monde de football 1998. Ce qu'elle relate est bien accablant. 

 

(1) J'ai remarqué qu'elles étaient fort méthodiques dans leur progression de broutage

(2) Impossible de capter de quelle direction en fait elle venait

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 910 918 cas (dont : 202 865 morts (54 049 aux USA) et 832 550 guéris) 


Chroniques du confinement jour 40 : le temps des deuils anciens, ici celui du printemps

 

    Journée sans sport et dès lors je pouvais sans risquer l'épuisement m'échiner pour le jardin (non, temps plutôt pluvieux, très frais) ou la maison (oui, le courage et la réflexion avaient atteint leur maturation). 

J'ai donc saisi la perceuse, rassemblé les accessoires de la bonne taille (merci Papa qui m'a tant légué, tout y est ou presque, ne manque que ce que le voisin voleur s'était autorisé à prélever) et commencer à remettre en place certains éléments : le porte-manteau (où diable est passé le second ?), un clou pour les clefs, le portrait d'Ernestine Lemercier, mon arrière grand-mère maternelle², le dessin du château de Gratot. Au passage j'ai trié l'une des caisses à outils (1) et nettoyé une partie de l'établi canal historique sur lequel vers le fond quelque chose (laine de verre ?) s'était décomposé. Et trouvé un pot de peinture qui sera parfait pour la petite fenêtre de l'étage, ainsi que de quoi la raboter avant de peindre (2). 

L'option d'attaquer ce qui est devant être fait dès après le petit-déjeuner pour laisser à l'heure de début de sieste les écritures quotidiennes matinales est assez efficace. La matinée n'avait pas semblé disparaître dans le rien puisqu'il en restait des traces très concrètes, appelées à durer. Supériorité indéniable du bricolage sur le ménage.

Je n'ai pas souhaité m'attaquer dès à présent au lourd miroir, ni non plus à la tapisserie. Je dois d'abord voir s'il n'y a pas de meilleurs accessoires d'accrochage disponibles dans la cabane à outils et affiner ma technique, pour le moment rudimentaire (en particulier lorsque deux trous sont à percer en vue d'une accroche droite de quelque chose d'assez grand (c'est pas gagné, malgré deux niveaux à bulles de bonne volonté))

La sieste est de lecture avec des temps de sommeil, c'est absolument parfait pour aborder ensuite en bonne forme la soirée, comme s'il s'agissait d'une seconde journée dans laquelle il ne resterait à accomplir que ce qui ne relève pas des petites corvées. Il faudrait pouvoir vivre ainsi : lever tôt, du sport puis tout ce qui est devant être fait (par exemple aller bosser pour gagner sa vie), puis déjeuner, faire la sieste et au réveil, être libre de ses activités (entraînements sportifs, projets personnels (écriture, photographie, musique, radio), ou temps culturels ou juste retrouver la famille, les ami·e·s). Hélas il faut une pandémie avec un nombre effarant de victime pour qu'en étant une personne du peuple on ait droit à cette vie-là (moins la part récréative, les spectacles, les entraînements collectifs, les retrouvailles).

"Feu de tout bois" est un ouvrage précieux à lire pour qui écrit. En ce moment je me contente de tenir ce blog, la situation générale actuelle me semble trop violente pour laisser place mentale à une fiction, il n'empêche, j'écris. Je sais que c'est ce que je dois faire et j'expérimente grâce au confinement la vie qu'il me faudrait pour ce faire et à quel point elle me convient, même si je ne saurais vivre uniquement de cette façon-là : l'amitié est trop importante pour moi, la famille, les pratiques sportives collectives, les liens, les apports culturels. J'y ajouterais les voyages si ma vie s'y prêtait. Je n'ai pas besoin d'un rôle social marqué, seulement d'argent pour subvenir à mes besoins dans ce monde tel qu'il est. Le problème c'est que le temps presse et que la retraite a foutu le camp à trop d'âge. Comment faire ?

Prise de conscience joyeuse que le confinement m'a permis de retrouver des compétences que le temps avait gommées : les plantes me reviennent un peu, et j'apprends, ainsi que les chants d'oiseaux. Je me régale décidément avec Birdup qui s'utilise comme un Shazam des oiseaux et un google translate : ça donne des indications qu'il convient d'affiner ensuite.

Les vaches sont curieuses et possèdent leur intelligence - je n'en doutais pas, cf "Le Parc" que j'écrivais oralement quand j'étais enfant -. Alors que je faisait du nettoyage dans la cabane à outils, j'ai entendu une voix d'homme les héler qui venait du vieux bâtiment devant lequel nous passons en allant vers la voie verte. L'une d'elle a dressé la tête et les oreilles et s'est mise en branle, peu après suivie de ses camarades, il s'agissait probablement de manger ou d'une traite (3), mais il était clair qu'elles avaient pigé qu'on les demandait.

J'ai beaucoup de chance, tant que nous ne tombons pas malades, d'avoir un confinement qui ne ressemble pas à du thé blanc

Au soir, je m'aperçois que le petit carton que je croyais contenant les animaux miniatures du Parc, justement, contenait en fait un mode d'emploi manuscrit par mon père de mon enregistreur à cassettes audio, et quelques cassettes. Un vieux transistor. 
C'est amusant d'être confinées avec des bribes éparses d'un déménagement correspondant à l'enfance et à des affaires ayant appartenues à ses parents. 

Je suis volontairement, et parce que j'étais occupée, restée à l'écart des informations. Quelque chose en moi considérait que le week-end on avait le droit de débrancher, surtout dans la mesure où sauf preuve du contraire, nous sommes censés rester sagement confinés. 

Autrefois 40 jours était la durée considérée comme convenable aux deuils. 40 jours que nous sommes confinés et pour la première fois de ma vie, trop active, quarante jours que j'ai pu l'un après l'autre apprécier, mesurer, voir se dérouler (5). Je me dis qu'il y avait une sagesse correspondant à ce délai : j'étais fatiguée en arrivant au confinement, ayant eu la chance de ne pas tomber malade, je suis en forme à présent. Quarante jours est le bon délai pour que le corps reprenne des forces et que l'esprit se fasse à une nouvelle situation dans l'idée qu'elle puisse durer. 

Par curiosité et aussi parce qu'il me semble qu'ici les gens passé les quinze premiers jours (en gros la même durée que notre quarantaine) se sont mis à retourner bosser, j'ai regardé des offres d'emplois régionales. Et effectivement des entreprises recrutent, là maintenant. Pour la première fois dans une annonce j'ai lu ces mots "Les mesures de protection sanitaire liées au COVID-19 sont mises en application au sein de cette exploitation".

Cela faisait un mois (en même jour de la semaine) qu'un homme s'est tué en voiture à 100 m de chez nous, passant en trombe et fonçant droit dans le mur. J'y ai pensé tout au long de la journée. Pas trouvé d'autres articles que les entrefilets qui relataient brièvement l'accident. On ne saura donc ni qui il était, ni s'il y a eu la moindre explication. C'est quelque chose qui reste dans un coin de la tête - ça ne resterait pas tant si par exemple il s'était agi d'un accident de circulation entre plusieurs véhicules au carrefour voisin, le truc terrible mais qui peut s'expliquer (un refus de priorité, une mauvaise évaluation de ce que l'autre allait faire) -. Il y a aussi ce lampadaire plié qui marque désormais l'emplacement. Le verrons-nous remplacé avant la fin du confinement ? Et le fait que le mur, lui, n'a pas une égratignure, ce qui étant donné la violence de l'impact, dont le son inidentifiable sur le moment me reste présent -, surprend. 
Cela dit, en cherchant des informations, je suis tombée sur cet article, intéressant, qui parle de l'organisation face au Covid-19 du Pôle de Santé local. 

 

En Italie, début d'assouplissement sur les sorties, qui est à la mer ou à la montagne peut désormais s'y promener mais en restant raisonnablement à proximité du domicile et en respectant la distanciation sociale. Le président Mattarella est allé seul honorer les résistants (25 avril jour anniversaire), arrivant avec le masque, et dans un grand espace vide. Images que l'on avait auparavant vues plutôt concernant le Papa Francesco. 

Une petite fille de 5 mois est morte aux USA, il y avait une image du bébé alors sous respirateur, son regard était terrible et inoubliable. Son père est pompier à New-York on peut supposer que c'est par son travail qu'il a été en contact avec le virus qui aura contaminé l'enfant (mais peut-être que non).  

J'ai LT comme d'habitude mais avec le sentiment que les informations désormais n'étaient plus aussi primordiales : en Italie comme ailleurs on s'apprête à déconfiner parce qu'on ne peut rester confinés, que les gens doivent manger, et pour cela bosser et que l'argent public ne peut à lui seul maintenir le pays à flots. Aussi parce que les gens n'en peuvent plus de rester enfermés, que pour beaucoup d'entre eux, un seuil de type, Je m'en fous de tomber malade je veux sortir est atteint. 
La deuxième vague de contaminations sera terrible sauf si la chaleur rend le virus moins actif ou les organismes mieux résistants. 

Je pense à la phrase de conclusion du billet de Couac aujourd'hui : Comment on va faire pour reprendre la vie où on l'avait laissée ? 

(1) pour mémoire celle en métal, gris clair. Essentiellement des accessoires de perceuse. 
(2) Le seul truc c'est qu'il ne sera peut-être pas judicieux de le faire pendant le confinement, car comment échapper aux odeurs de peinture fraîche ? 
(3) J'en doute, leur pis ne me semblent pas gonflés. Mais qu'est-ce que (pour l'instant (4)) j'y connais ?
(4) J'espère bien faire quelques progrès.
(5) En temps normal je fonctionne, mais avec pour seul objectif de tenir jusqu'au soir et les journées de trop de travail tombent dans un entonnoir de mémoire, sans que j'y aie participé totalement ; l'esprit seulement concentré sur les choses à faire et que le corps tienne bon.  

 

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 910 918 cas (dont : 202 865 morts (54 049 aux USA) et 832 550 guéris) 


Un tag du confinement

Je lis chez Gilsoub ce tag du confinement, et ça me paraît une bonne façon de garder traces. Longtemps plus tard moi-même si je survis ou quelqu'un d'autre qui se sera intéressé à cette époque-ci tombera là-dessus et pourra se dire (ou la moi de plus tard pourra se dire) Tiens, c'était donc comme ça, cette période-là, pour qui était confiné sans devoir aller bosser ?

 

Qu’est-ce qui te manque le plus dans ce confinement (la première chose qui vient à l’esprit, spontanément) ?

La présence du Fiston et voir les amis pour ce que nous avons laissé à Paris.
Le Fiston venait, le 17 février, de s'installer en colocation, non loin de l'appartement. Il était entendu qu'il passait fréquemment, que nous dînions ensemble souvent et l'on se croisait assez naturellement aux heures de rentrer du travail, ou lui passait en allant. Nous en étions encore à l'étape lessives chez les parents. 
Et voilà que soudain le confinement est annoncé, qu'après un long débat familial, il se décide que nous laissons l'appartement à sa sœur qui doit télétravailler (et aurait du mal dans un trois pièces moyen à le faire avec ses deux parents dans les pattes) et nous voilà partis sans tambours ni trompettes afin d'être dans les clous du "à partir de mardi midi". Alors voilà, nous sommes passés de vivre ensemble, à s'habituer à ne plus le faire, à ne plus se voir du tout en quelques semaines. C'est tant mieux pour lui qui est dans de bonnes conditions et en bonne compagnie, mais c'est rude pour nous les deux vieillissants.

Mes ami·e·s me manquent. J'avais heureusement un peu sentir venir l'embrouille et calé quelques déjeuners avant qu'il ne soit trop tard. Il n'empêche.

Aller voir la mer pour ce qui est d'ici. C'est absurde, nous sommes à 10 km et les plages d'ici hors l'été sont désertes ou presque. Seulement voilà le confinement à la française n'est pas celui d'en Norvège (tel que je le vois au travers des comptes Instagram des sportifs et amis), et les balades dans les environs nous sont interdites. 

 

Quelque chose de positif dans cette période ?

Le bonheur d'avoir ses journées pour soi, à sa main, de pouvoir lire, écrire, s'organiser, mener à bien mes projets personnels, passer du temps avec mon vieux mari (c'est exceptionnel, entre le travail et sa sacro-sainte pétanque, il est toujours parti), et surtout vivre à mon rythme : un petit coup de fatigue, je peux m'allonger le temps qu'elle passe et ainsi être en forme le reste du temps. C'est un bonheur. Une vie de rêve. Quelle tristesse qu'il soit lié à une situation générale de malheur terrifiant.

 

La boisson du confinement ?

Un Springbank 97 brut de fût, bouteille que j'avais en réserve. Lorsque j'ai eu la gorge en début d'inflammation en mars, j'en ai pris a dram chaque soir, en gargarismes délicieux. Le mal de gorge a disparu en deux semaines. 

 

Alors c’est comment le télétravail ?

Pour moi c’est chômage en attendant de peut-être retrouver au déconfinement le travail promis que j'avais obtenu juste avant. Je ne sais donc pas comment ça fait de télétravailler. Notre fils dont le job est technique dans l'informatique s'en trouve fort bien. Il est ravi de s'épargner du temps de transports.

 

La chanson du confinement ?

Celle des Goguettes, c'est évident, sur l'air du Vesoul de Jacques Brel. 
Sinon, nous écoutons relativement peu de musique, occupés à savourer le silence, d'une maison sise sur une rue habituellement passante et qui l'est moins. Mais j'ai eu la bonne surprise de tomber sur un bon vieux double CD "Best of Abba". Il n'est donc pas exclu que la musique qui nous rappellera le confinement soit celle-là. 

 

La série du confinement ?

Comme nous n'avons pas de connection internet pérenne sur notre lieu de confinement (je passe par le téléfonino utilisé comme un modem), je ne regarde pas de série (le moindre film visionné englouti mon forfait). En revanche je pense sans arrêt, ou du moins pensais sans arrêt durant les trois premières semaines à la série Le Prisonnier. C'était tellement ça. Nous dans notre village où nous nous retrouvions du jour au lendemain. 

 

Et ta coupe de cheveux ?

Il m'est arrivé cette expérience étrange de renouer avec le fait de regarder la télé, en l'occurrence les chaînes italiennes, pile le jour où le foyer infectieux de Codogno a été connu (du grand public) et de les voir basculer en direct en mode couverture H24 comme pour un événement dramatique ponctuel. Ils en sont vite revenu car les directs devant un hôpital en disant Encore une ambulance qui arrive, ont leur limite. Seulement les chaînes d'infos avaient bien perçu ce basculement, du relativement lointain vers un état d'urgence. Dès lors j'ai suivi les infos italiennes avec assiduité, pigeant immédiatement - grâce aussi à mes lectures qui m'y avaient préparées (Station Eleven et La constellation du chien pour ne citer que celles-ci) - que ça allait barder. 
D'ordinaire je vais chez le coiffeur une fois par an au printemps. Depuis que je fais du triathlon j'essaie de viser juste avant le début de saison, afin de pouvoir enfiler plus facilement les bonnets de bain, toujours trop petits pour ma grosse tête, alors si en plus j'ai une grosse touffe de cheveux ... Cette fois-ci je me suis dit que je devais vite y aller avant le confinement, j'ai pris rendez-vous et me suis équipée de ma coupe courte printanière le 2 mars. Je suis donc tranquille de ce côté-là. 

L'autre chose que j'ai faite fut de commander, dans les derniers jours de février ou les premiers de mars, via un fournisseur de vêtements professionnels, une tenue pour le poste que j'espérais occuper en librairie (un gilet avec plein de poches), et des masques en tissus, ceux qui permettent qu'au moins on ne postillonne pas sur le voisin dans les transports en commun. Ils sont arrivés mi-avril. Ils seront utiles.   

 

Le livre du confinement ?

J'ai cru qu'enfin je pourrais lire paisiblement La Recherche. Et puis voilà que "Feu de tout bois" le journal d'Élisabeth Horem en deux tomes bien dense s'est rappelé à moi. J'en avais commencé la lecture avec appétit fin 2018 lorsqu'elle me les avait offerts, mais mes lectures obligées de libraire m'avaient contrainte de quitter l'ouvrage après la période à Bagdad. Et comme c'est trop souvent le cas, passé l'élan, d'autres s'intercalent. 
Cette fois-ci était la bonne. Et bizarrement, ou peut-être simplement parce qu'enfin sur une période longue je dispose de mon temps, je parviens moi qui suis une habituée des lectures en parallèle à ne lire que celui-là. Il faut dire que son mélange de confinements et voyages et considérations sur le travail d'écrire (qui résonnent si bien en moi) est l'exact dosage adapté au moment. 

 

Des stocks de bouffe ?

Non, là où nous sommes confinés il n'y a pratiquement aucun problème d'approvisionnement. Pas même de files d'attente particulières pour faire les courses. La seule chose qui nous a manqué c'est ... de la levure chimique car j'avais l'intention de faire un gâteau.
D'une façon générale, je m'arrange lorsque nous sommes en famille pour avoir quinze jours de provision pour ce qui est du "sec" (pâtes, riz, semoule) et des conserves et un paquet ou une boîte ou une bouteille des ingrédients nécessaires de base (sel, beurre, huile d'olives, sucre) ; produits de première nécessité aussi pour la maison (lessive, savon ...). J'ai aussi des bougies pour si le courant n'y est plus. Le gaz en plus de l'électricité. Des chauffages d'appoint. Bref, mon en temps normal c'est s'attendre à un problème qui nécessiterait que l'on reste claquemurés sans avoir eu le temps de s'approvisionner. Quand je suis née, la seconde guerre mondiale s'était achevée moins de vingt ans avant. Mes grands-parents avaient connu une guerre à 20 ans une autre à 40. Ça rend prévoyants. 
Jusqu'à présent ce mode de fonctionnement m'avait surtout servi à faire face aux fins de mois difficiles. 
Pour la première fois, il sert pour un cas de devoir rester chez soi sans pouvoir s'approvisionner comme à l'ordinaire.

 

Des symptômes du Coronavirus ?

Mon co-confiné a eu un collègue atteint, quelqu'un d'un bureau voisin, lequel a été désinfecté. Mais seuls ceux qui partageaient la pièce avec le malade furent envoyés en quarantaine. Début mars il a eu une semaine de se sentir bizarre avec des suées étranges, de sortes de malaises, et la perte de l'odorat. Comme à l'ordinaire il est sujet à de violents "rhume des foins", il n'a pas trop su si c'était une attaque particulièrement forte cette année ou le #Covid-19. Dans la foulée j'ai eu une à deux semaines d'un état un peu particulier, comme un rhume au bord de débuter mais qui ne "sortait" pas. La gorge douloureuse, une sensation particulière vers la trachée artère, un peu de toux mais qui en est resté là. Pas de fièvre. Et par ailleurs, passés plusieurs jours de dormir vraiment beaucoup, plutôt en forme. Dès le confinement et passée la fatigue du déplacement, vraiment en forme, moins l'irritation à la gorge. 
Notre fille a eu, plus tard, une rhinopharyngite carabinée.
Nous ne saurons sans doute jamais si c'était le Covid-19 qui nous avait traversé ou de simples tracas de santé saisonniers.  

 

Sur informé ou sous informé sur l’épidémie ?

Parfaitement informée mais en suivant les bonnes personnes sur Twitter et les infos italiennes une fois par jour le soir. Certains jours je me contente de ne regarder que le soir, afin de ne pas saturer ce qui ne servirait pas à grand-chose puisque le rôle qui m'est échu dans l'affaire est de rester chez moi en sortant le moins possible.

 

Optimiste ou pessimiste ?

Je sais depuis plusieurs années qu'il faut s'attendre à des épidémies, à des catastrophes climatiques, et que par là-dessus des guerres meurtrières ne sont pas exclues. Che sera, sera. J'ai espéré un temps que l'Après de l'épidémie serait différent, que les gens auraient eu le temps de réfléchir à leur mode de vie, cesser de sur-consommer, retrouver le plaisir des choses simples, des activités que l'on fait (par exemple jouer de la musique) plutôt que sur-consommer. Mais je vois aux informations que la doxa reste la panique face aux P.I.B qui baissent, aux bourses qui décramponnent, aux constructeurs automobiles dont plus personne n'achète les voitures, aux compagnies aériennes qui chôment. Je sens que c'est raté pour en profiter de repenser au fonctionnement absurde de nos sociétés et aux logiques destructrices de notre économie. Je n'étais pas une grande consommatrice, je le serai encore moins à la sortie. C'est mon seul degré d'action accessible. 

PS : de toutes façons nous serons peut-être tellement dans la dèche que nous n'aurons pas le choix.

 

Une citation pour illustrer la pandémie ?

"Pas grand chose à part des vaches et des vaches [...]. Tout est harmonieux, lumineux, c'est le bonheur fait paysage" ("Feu de tout bois" d'Élisabeth Horem, tome II p 874 ce qui ne répond pas vraiment à la question mais est plutôt une citation qui va comme un gant à mon confinement. 

Sinon, pour la pandémie, elle-même, cette phrase qui m'est restée, mais j'ignore d'où, sans doute un article au sujet des masques en tissus, comment les laver ? Ou dans le livre que je lis, mais pourquoi l'aurais-je notée ainsi sans plus d'indications ? Bref,

Le polyester fond et le coton réduit


Chroniques du confinement jour 39 : tout le monde semble pousser au déconfinement, mais du calme, oh ! attendez


    Alors c'était jour de sport puisque la séance Tabata de la veille avait été reportée à ce soir. Donc pour démarrer la journée à nouveau une petite séance de fractionnés type Moneghetti qui en durée et en distance correspond pile à nos contraintes de confinés. La séance de Tabata de ce soir nous a semblé plus facile. Marc (V.) m'avait nommée pour être en direct mais comment faire alors que le téléfonino me sert de modem ? Et celui de JF nécessiterait d'utiliser mes codes FB, ça me paraît moyen. Ou alors il faudrait l'habiliter dans notre groupe privé des triathlètes. Bref, il m'a semblé que ça compliquait beaucoup. 

D'une façon générale, j'ai senti aujourd'hui une sorte de volonté générale de se déconfiner, de communiquer, vouloir remettre en route. Un mail pour le comité de lecture - je vais reprendre les lectures, oui, mais d'abord celle personnelle que j'ai enfin le temps d'accueillir -, un appel d'un numéro inconnu, pour un travail envisagé avant. Je suis incapable d'y répondre pour l'instant. D'une part parce que ma réponse serait que je ne sais rien du futur une fois le déconfinement accompli, sauf que je sais que je ne sais pas alors que la plupart des gens s'efforce de croire savoir. Et d'autre part parce que je ne souhaite pas rompre prématurément le confinement, comme s'il s'agissait du risque de rompre un charme.
De la même façon j'éprouve le besoin de respecter strictement les consignes, nous devons sortir le moins possible et croiser le moins de gens possibles. Sans doute s'agit-il là de ma façon de participer à l'effort collectif. 
Capture d’écran 2020-04-25 à 00.11.49 Mais qu'on ne me demande pas en retour d'y participer et de me priver de ma vie habituelle SAUF pour les contraintes professionnelles (ou : de type professionnelles ; d'ailleurs peut-être qu'à l'issue de tout ça je cesserai mes participations bénévoles à toutes sortes de belles actions, le travail rémunéré prend déjà bien des heures, je dois en garder pour moi, vraiment miennes, pas déjà occupées et remplies).

(dessin de Fabrice Erre

J'ai besoin de cette cohérence-là. Pour qu'il y ait du bon dans le fait d'être confinés. Pour que ça soit logique : si ce qui fait des bonheurs de la vie, les entraînements sportifs collectifs ou retrouver des ami·e·s et aller boire des coups, est jugé dangereux, il n'y a aucune raison que le travail le soit moins. Que les personnes dont le rôle est primordial dans ce qui permet de survivre (l'alimentation, les soins médicaux, le nettoyage ...) continuent de travailler malgré le danger a un sens. Que des emplois dont les actions peuvent être différées sans trop de problème soient remis en route alors que le danger est encore fort, n'en a pas. Même économiquement, car un faux mieux sera inévitablement suivi d'un rebond épidémique qui entraînera du pire. 

Trump a refait du Trump en suggérant aux gens de boire des produits désinfectants ou de se faire des séances d'UV. Le pire c'est qu'il semblerait que des gens soient prêts à le croire.  J'ai appris via Twitter que certains abrutis avaient trouvé moyen il y a déjà quelques temps de se laisser convaincre que de la Javel diluée pouvait être un remède contre l'autisme. 

Les amis en Nouvelle Calédonie ont retrouvé leur humour et leur balance habituelle, ça fait plaisir. En fait ils (collectif du groupe de personnes arrivées par ce même avion venant de France, le premier depuis le début du confinement), étaient non seulement en quarantaine dans un endroit comme en détention mais également menacés par des gens à qui on les avait désignés comme un danger.

Ma journée a trop vite filée : à part le sport et un peu d'écritures quotidiennes et la lecture de "Feu de tout bois", toujours, je me suis attaquée au nettoyage du Vélux (avec l'aide de mon co-confiné) et au rangement d'un des cartons grands qui restait du déménagement. Ces deux derniers point ont fait que la matinée s'est trouvée envolée. Sieste après le déjeuner, deux ou trois bricoles et hop c'est l'heure du Tabata. 
Il faisait un temps plutôt gris et assez frais : au moins ça limitait la tentation de la lecture au jardin. 

Pour autant et contrairement aux impressions relatées avec talent par Carl Vanwelde, je sais exactement quand nous sommes, quel jour, et ce que j'ai accompli dans la maison et le jardin jusque là. C'est peut-être aussi ce qui me fait peur : il ne va pas me rester assez de temps pour bien m'occuper de ce chez-moi, où je me sens vraiment chez moi, d'ailleurs. Et probablement là plus qu'ailleurs, à présent que Taverny n'a plus trace de nos vies alors que ce fut l'endroit fondateur, la place d'enfance et de jeunesse. 

 

LT des TG de Rai News 24 du soir

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 813 538 cas (dont : 196 412 morts (51 607 aux USA) et 778 427 guéris) 
La France rattrape presque l'Espagne au nombre de morts officiels (22 250 environ contre 22 500)


OK c'est une réclame pour une chaîne de télé et un produit de parapharmacie

 

    Elle est donc hyper préparée, fut selon toutes probabilités largement financée, et est conçue pour nous tirer des émotions et nous faire consommer. Seulement en la revoyant aujourd'hui (elle date du printemps dernier et m'avait déjà touchée), grâce à quelqu'un que je lis depuis une quinzaine d'années, et peut-être aussi parce qu'elle nous parle d'un monde perdu, même si ça n'est que temporaire, je dois le reconnaître, ça fonctionne, je suis émue.

Et elle fait appel à ce qu'il y a de bon en nous. Ce qui est devenu méprisé (1).

 

 

(1) Lors d'une manifestation récente aux USA en faveur d'un déconfinement sans attendre ne serait-ce qu'un tassement de l'épidémie, des gens arboraient une pancarte, "Sacrifions les faibles, pas l'économie" et je crains qu'ils ne soient représentatif d'un mouvement assez large.


Chroniques du confinement jour 38 : chaise longue et pas de Tabata

 

    Ça devait être une journée de sport et ça avait commencé comme ça. Seulement la séance de Tabata du soir a été reportée : notre jeune coach doit préparer son avenir  et oui, cette période n'est pas de totale liberté, y compris pour les personnes que leur travail ou ce qu'il reste de leurs études n'obligent pas à n'être pas confinées. La façon dont nous nous sommes sentis brièvement désemparés prouvait à quel point ces séances nous font du bien. Elles structurent clairement une de nos soirées sur deux, la transformant en un moment actif et récréatif qui rompt l'isolement. L'horaire choisi (19h10 à 20h, un peu avant) permet de ne pas engloutir toute la soirée. Et à ceux qui travaillent de rentrer du boulot. 

Dès lors, je suis pour ma part passée en mode, lecture à fond, d'autant plus que l'ouvrage en cours me captive (1) et que j'ai sorti une chaise longue étrangement neuve, venue (aux scotchs qui la maintenaient, toujours présents deux ans après) du déménagement de Taverny. Elle remplaçait avantageusement, car possédant ce dispositif pour reposer les pieds que l'ancienne n'avait pas, celle que le voisin voleur nous avait subtilisée, et dont j'ai encore la nostalgie pour sa toile à rayures vertes, classique et simple. Celle-ci semble moins solide, seulement elle a le mérite d'être là. 

Il aura fait un temps divin toute la journée et j'en ai profité (short et tee-shirt) pour prendre le soleil : le risque de brûler ma peau (déjà un peu amarinée par la course à pied) m'a semblé inférieur à celui de manquer de vitamine D en cette étrange sortie d'hiver. Le troglodyte mignon s'en donnait à cœur joie, les mésanges semblent ne plus craindre ma présence (si je ne fais ni geste brusque ni mouvement de rapprochement), j'étais dans un petit paradis. Lire ainsi au jardin durant la matinée puis en lever de sieste aura été un grand moment qui faisait du bien.

Il en fallait, les nouvelles semi-générales, j'entends par là, celles qui concernent des personnes que je connais mais sont liées à l'actualité (et en l'occurrence, la pandémie de #Covid_19 ), n'étaient pas très bonnes. Après un début de semaine qui vu de ma lorgnette pouvait donner l'illusion que l'épidémie s'était bien tassée, c'est reparti d'apprendre qu'un père vient de mourir, qu'une amie sort à peine de la phase où la maladie met HS (y compris les cas censés être les plus légers ne nécessitants pas hospitalisation) et survit grâce aux bons soins de ses voisins, que la mère d'une amie proche a été testée Covid + (2). Bref, le pire est peut-être passé mais rien n'est résolu. 

Le gouvernement en France semble vraiment dépassé. Tandis qu'en Allemagne Angela Merkel dit les choses clairement, qu'en Belgique une jeune femme, Sophie Wilmès, qui se retrouvait au pouvoir le temps de gérer les affaires courantes, parce que ces messieurs n'étaient pas parvenus à se mettre d'accord, semble faire face correctement, qu'en Nouvelle Zélande, Jacinda Ardern, est en passe de réussir à ce que son pays soit le plus épargné possible, et qu'en Italie le tandem Conte - Mattarella limitent les dégâts en donnant le meilleur d'eux-mêmes (3), en France, on nous ment ouvertement (l'exemple des masques "qui ne servent à rien"), on nous parle comme à des enfants immatures, une porte-parole dit des choses absurdes à répétition, et les ministres donnent l'impression qu'il n'y a aucune concertation. Ainsi le ministre de l'éducation nationale avait annoncé des dispositions pour le déconfinement scolaire annoncé par Président Macron au 11 mai, mais il a été démenti aujourd'hui par le premier ministre en mode On se calme ce ne sont que des hypothèses de travail.
À différents échanges au fil de la journée je me rends compte qu'alors que le confinement est en place depuis plus d'un mois, les personnes de bonnes volontés qui souhaitent le respecter sont encore perplexes quant à ce qui est ou non autorisé. Il faut dire que selon les localités et les contrôleurs des interprétations fort différentes semblent en être faites. 

Bref, ce pays devra probablement faire face à une sévère deuxième vague tant tout part dans tous les sens. 

Mon T.I.L. (Today I Learned) concerne les vaches : je sais à présent, grâce à Antoine Thibault,  ce que sont ces sortes de cloches qui n'en sont plus, autour de leur cou. 

Capture d’écran 2020-04-23 à 19.55.58

 

Et j'ai aussi compris grâce à lui pourquoi les six vaches du champ derrière le jardin ne sont apparues que tout récemment.  

La fin de journée, j'entends après la sieste, est passée à toute allure encore plus qu'à l'ordinaire. Quelques échanges familiaux, mais qui ne prirent pas tant de temps. Un peu d'observation au jardin, mais pas si longues non plus. 

Soudain il fut 22h30. 
Je crois que j'ai été victime de l'illusion que Oh il n'y a pas de séance de Tabata, j'ai du temps.

Mon bonheur de ce soir, cette conversation matheuse, que je ne suis plus capable de comprendre pleinement mais dont la survenance me ravit. 

 

Comme dab Lt partial et incomplet des infos italiennes sur Rai News 24

 

(1) Toujours "Feu de tout bois" d'Élisabeth Horem à présent à Doha avec quelques voyages et la présence grave de la guerre civile en Syrie.
(2) Même si elle est asymptômatique pour l'instant et peut tout à fait s'en sortir ainsi et en plus immunisée, c'est une forte inquiétude. 
(3) Je ne crois pas que l'on pourra leur reprocher grand-chose, l'Italie a eu du retard à l'allumage et comme la France partait d'une situation hospitalière dégradée, mais ensuite ils ont souqué ferme. Et zéro mépris de leur peuple, des encouragements et de la pédagogie. Des remerciements. 

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 709 949 cas (dont : 190 098 morts (49 648 aux USA) et 742 255 guéris) 
Ce qui me tracasse c'est que le palier observé en Italie (l'Espagne et la France suivant de peu) s'éternise. Il y a toujours entre 400 et 500 morts par jour. Alors bien sûr, rien à voir avec l'horreur du pic mais doit-on s'habituer à avoir comme ça dans nos pays 400 morts par jour dont soudain nous ou nos proches pouvons faire partie. 


Chroniques du confinement jour 37 : On peut être très actives à ne sembler rien faire


    Je suis frappée d'à quel point vu de l'extérieur et du monde économique nous sommes considérés comme ne faisant rien en ce moment alors que nous sommes très actifs en réalité. Mais sur nos propres activités, effectivement non marchandes et pas rémunérées. 

Les journées sans sport du matin, que je crois toujours au bord d'être plus productives de ce point de vue, le sont en fait moins : moins de rythme, et plus de temps pour faire chaque chose des temps physiologiques (la toilette, le petit-déjeuner ...).

Je me régale de la lecture du blog de confinement d' @SandG . Je le lisais par extraits via son compte Insta mais en lecture calme (je n'ai vu le lien que ce matin) c'est encore mieux. J'apprécie infiniment son humour à toute épreuve.

Si le confinement se prolonge, les journées seront consacrées à écrire nos blogs de confinement et lire ceux des autres. 

Mon co-confiné fait les courses - il a vraiment fait des progrès, n'y va qu'une à deux fois par semaines et je veille à ne pas lui mettre la pression sur ce qu'il a manqué (ou acheté d'incongru, ça lui arrive parfois) - ; chez nous quelqu'un est en panne d'ordi de télétravail et savoure la pause obligée. L'entreprise fait les choses bien : un coursier viendra déposer le nouvel appareil. 

Il faudra se souvenir que certaines entreprises auront traité correctement leurs salariés : aménagements des façons de travailler, salaires maintenues, conditions de travail respectueuses des consignes de sécurité sanitaire. Dommage que ça ne semble pas être la majorité. 

La reprise des classes théorique au 11 mai se prépare dans le plus grand des bazars. Il aurait été si simple de faire comme en Italie (ou c'est bien un peu le bazar concernant le bac, mais tout le reste est renvoyé prudemment à la rentrée de septembre). Je crois que le gouvernement s'est laissé manœuvré par le monde de l'entreprise : l'éducation nationale comme système de garderie pour que l'on puisse plus facilement envoyer à nouveau les parents au travail. La cause des familles pauvres avait aussi été avancée, certains enfants n'ont pas de vrais repas durant ce confinement ; seulement à présent que ça discute ré-ouverture, il semblerait que dans la plupart des établissements, les cantines dont l'approvisionnement se fait ailleurs en fait (les repas n'étant en local que finalisés), ne seront pas remise en route aussi tôt. 

Je crois que je suis à l'aise dans le confinement parce que j'y suis prête depuis fin février, que je n'ai pas de soucis professionnels lourds en cours (pas de librairie qui serait en voie de déposer le bilan, par exemple ; pas d'emprunt que je ne pourrais rembourser), et mes lectures m'ont déjà fait vivre même si c'était par procuration de fiction, ces situations. Nous avons eu la chance de n'être pas malades ou peut-être si (des doutes solides, et notre fille l'a été) mais pas gravement. Dans nos deux familles respectives, la génération pour laquelle nous pourrions avoir peur est déjà quasiment intégralement disparue. Nos conditions matérielles sont simples mais rien ne manque (1). Alors c'est le moment où jamais de nous consacrer à ce qu'à l'ordinaire nous ne pouvons pas faire. Ainsi j'ai dégagé le jardin. Je remets en ordre de marche la petite maison. 
J'écoute les oiseaux et pour la première fois depuis des années nous avons pu assister à la poussée du printemps - c'est spectaculaire, vraiment -. Ça n'empêche pas une profonde tristesse pour la tragédie en train de se jouer. Et la conscience que les lendemains ne vont vraiment pas chanter. L'objectif dans l'immédiat est de ne pas faire partie des victimes de la seconde vague de contaminations qui au vu du bazar de déconfinement trop précoce qui se profile et que ça part dans tous les sens et que les gens sont trop impatients, ne manquera pas d'être redoutable. 

Encore une belle grande journée de lecture. Je suis captivée par "Feu de tout bois" que la vie normale, trop remplie, ne m'avait pas permis de le lire en entier, et surtout de lire avec attention et en prenant des notes - en particulier sur tout ce qui concerne l'écriture et qui me parle tant -. Ce qui est curieux c'est que je me sens happée comme si ce journal présentait un suspens. Il n'y en a aucun, je connais la personne qui l'a écrit je sais comment les choses se sont passées et j'ai des nouvelles plus récentes. Mais le journal, ce journal, possède une forme de tension narrative qualitative. Je ne parviens qu'avec difficultés à le reposer, allez, encore une entrée, allez, je lis jusqu'au déménagement, allez, je lis jusqu'à la fin de l'année en cours. Je savoure de pouvoir, après tout, m'autoriser à le faire. Je crois que le dosage de moments de vie confinée, de voyages auxquels personnellement je sais qu'il m'est inutile de rêver, et de travaux d'écriture et de questionnements sur celle-ci, est l'exact équilibre dont j'ai besoin pour faire face à cette période-ci. 

Je parviens toutefois, en fin de journée et malgré une sieste tardive splendide à effectuer quelques rangements. Il va falloir que je reprenne le rythme des travaux de la maison sinon nous serons priés de rentrer que je n'aurais pas terminé ce que j'ai l'occasion unique de parvenir à dépoter. 

Le déconfinement pour mi-mai m'inquiète, le pays a dépassé les 21000 morts et encore plus de 500 décès aujourd'hui et de l'ordre de 1800 nouveaux cas, sachant qu'on continue à fort peu tester par rapport aux pays voisins. Nous sommes trop loin d'une décrue pour reprendre. 
Il y a hélas une pression générale des gens. Il est beaucoup question d'une file d'attente monstrueuse au drive d'un fast-food ré-ouvert. Et tant de mes ami·e·s se précipitent à passer commande de ci ou ça parce que Oh, c'est cool, les expéditions ont repris. 

Ce n'est pas pareil d'exercer un métier pour lequel on sait qu'un jour où l'autre on risque d'aller au casse-pipe mais ça fait partie du rôle assumé (soignants, pompiers, secours d'une façon générale) et d'être envoyé au casse-pipe pour un job dont ça n'était pas du tout au départ l'objet (livreuses ou livreurs, vendeuses ou vendeurs, factrices ou facteurs, et les métiers de l'enseignement), surtout dans ce second cas, si c'est pour un nombre certains de tâches qui ne présentent pas de réelles urgences. Ce qui est fascinant c'est de constater à quel point pas mal de gens sont tout contents d'aller jouer les petits soldats. Peut-être parce que ça donne un sens à leur travail, qu'on leur fasse croire qu'il est indispensable. Peut-être que c'est moi, aussi, de mon côté, qui ai passé l'âge d'être héroïque. Il me reste statistiquement trop peu d'années pour devancer l'appel au prétexte d'un sacrifice collectif. 
Je ne sais que trop que je peux, que n'importe qui peut, être l'une des prochaines victimes. 

Des personnes de ma belle-famille se sont pris une amende : ils allaient ensemble faire des courses ou rendre visite à quelqu'un de leur famille. En mode, bah, ça n'est rien, nous ne sommes pas malades de toutes façons. Ce petit Ça n'arrive qu'aux autres, si français. Pour ce qui est de se prendre une prune comme pour ce qui est d'être contaminés. 
Les joueurs de pétanque, qui étaient en mode, Non mais ça va, on n'est que quatre. Ou : allez, une dernière partie avant d'être confinés. Sans mesurer un seul instant que précisément, le risque de contamination était peut-être tapit là, dans cette "petite dernière". Car le virus s'en fout, et d'ailleurs ne s'en fout même pas, il n'a zéro intention, zéro état d'âme, il ne sait même pas qu'il tue, il est là ou pas, et contamine ou non. Il n'y a aucune morale dans tout ça.

Je pense fréquemment ces jours-ci à mes amis Padawan et EricLM toujours détenus dans un hôtel des environs de chez eux, en compagnie des personnes qui arrivaient en Nouvelle Calédonie par le même avion, sous prétexte d'une quarantaine qu'ils auraient vraiment tout aussi bien pu accomplir à domicile. 

Échanges de nouvelles avec Claude et les enfants, même si Le Fiston se montre peu locace. J'ai moi-même du mal à répondre aux messages que je reçois et j'ai raté un apéro virtuel avec les ami·e·s du triathlon. OK pour cause d'ordi saturé et de connexion que ça consomme trop fort, mais sans doute aussi au fond parce que je pressens qu'il faut que certaines activités et présences nous manquent afin que le déconfinement ne soit pas qu'une épreuve. Je savoure d'être en retrait, puisque c'est ce qui est nécessaire. Je savourerais d'autant mieux les retrouvailles, qu'on n'aura pas trop eu recours à quelques ersatz de revoyures. 

J'ai cuisiné ce soir un chouette risotto à base de ma préparation de la veille + quelques gousses d'ail noir délicieux (rapportées de la maison il y a plus d'un mois et gardées au réfrigérateur à défaut de mieux).

 

(1) Sauf de la levure : je souhaitais faire un gâteau c'est raté. On voit à quel point la situation est grave (je plaisante).

 

LT du soir des infos sur Rai News 24 

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Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 621 436 cas (dont : 182 989 morts (46 771 aux USA) et 714 319 guéris) 

PS : Un cadeau d'Alice, ce lien

Chroniques du confinement jour 36 : I'm in reading heaven !

Capture d’écran 2020-04-21 à 21.50.36

Ce touite de Nawal m'a fait prendre conscience à quel point j'étais privilégiée. En même temps je sais bien un peu pourquoi : les malheurs nous les avons déjà encaissés, pour un certain nombre d'entre eux. Nous n'avons plus que le tracas de sauver notre peau et que nos enfants s'en sortent et nos proches aussi. Le souci du travail et de la survie économique (mais dans l'immédiat, ne se présente pas une de nos pires fins de mois, ça peut encore un peu tenir). 

Et aujourd'hui pour moi c'était vraiment ça : I've been in reading heaven all day long. Plongée dans "Feu de tout bois" toujours, lecture ô combien parfaite pour le confinement. Car il y a à la fois du confinement et du voyage. Et d'être au cœur du monde, de ce qui s'y joue, en même temps. 

Je n'ai rien fait d'autre, captivée et pouvant, après tout, me l'accorder. Ce qu'Élisabeth écrit du travail d'écrire est si juste. 

Capture d’écran 2020-04-21 à 21.46.39

Cette date du 11 mai, clairement prématurée au regard de l'évolution actuelle de l'épidémie m'inquiète. Il faudrait dire On fait encore toutes et tous un effort et on reprend en juin. 

Je suis profondément d'accord avec ce touite de @dareljedid

Ma sœur a repris le travail mais avec les conditions de sécurité sanitaires respectées (gants, masques, gel hydro-alcoolique et effort pour espacer les bureaux). J'espère que ça ira pour elle.

Désormais la course à pied c'est un jour sur deux, sauf conditions météo particulières. Une séance de 25 à 30 minute à 8h du matin sur la voie verte quasi déserte - d'ailleurs ce matin nous n'avons croisé personne, pas même un promeneur de son chien -. Je n'ai pas fait de séance particulière : une crampe au mollet gauche m'avait réveillée au matin et je sentais la petite tension persistante qu'on éprouve dans ces cas-là. 
Et le même soir la séance de Tabata, vraiment top, comme dab. Et qui fait un bien fou. Nous commençons à sentir les progrès. 

Il faisait beau mais un peu de vent et un peu de frais. J'ai passé un moment avant le déjeuner à lire au jardin après avoir écouté les oiseaux. Nous commençons à reconnaître bien les chants. Grâce aux uns et à la lecture, j'ai oublié un temps les circonstances générales et ça permet de bien tenir le coup. 

Je sais qu'il faut prendre des forces à présent parce que le retour dans la vie ordinaire sera rude et plein du danger d'être à notre tour plus sérieusement touchés. 

C'est moi qui me suis occupée du dîner, j'ai cuit du riz et préparé une petite sauce à base de crème et de banane. Je note pour les lectrices et lecteurs de longtemps plus tard, ou peut-être moi-même, qui sait, que vraiment pour l'instant nous ne manquons de rien, faisons nos petites courses pas plus de deux fois par semaine (en gros) et mangeons des plats simples en cherchant à équilibrer. Ce qui fait que dans notre cas, l'alimentation est plutôt plus saine qu'à l'ordinaire avec son lot de trucs mangés le midi vite fait près du lieu de travail, parfois des sandwich pour aller plus vite, ou du gras, du un peu junk food (même si personnellement je cherche à éviter, on n'a pas toujours le choix). 

Bonnes nouvelles de mon amie Claude, je le note ici pour me rappeler combien son SMS m'a fait chaud au cœur. 

Demain moins de lecture et davantage de travail. Il faut vraiment que je bosse à nouveau pour la radio et pour l'AiR Nu. Seulement ça ne sera possible qu'une fois davantage de ménage effectué sur l'ordi. 

 

 

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Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 543 588 cas (dont : 176 596 morts (44 752 aux USA) et 687 034 guéris) 

 

 

 

 

 


Chroniques du confinement jour 35 : reprendre le ménage sur l'ordi, et lire sans se priver


    C'était jour de récupération, sans sport à part le défi abdos - squats - pompes, et j'en ai profité pour lire à loisir. Le temps (météo) s'y prêtait : sous des apparences de beau temps, c'était bien bien frisquet et assez venteux. Pas un vent de tempête, certes, mais un vent de j'ai froid si je reste dehors sans bouger, par exemple pour lire au jardin.

L'appli Bird up que Laurence m'a conseillée se révèle un piège : je suis capable de passer un temps fou, encore plus qu'avant à écouter les oiseaux et avec cette sorte de Chazam ornithologique, toute heureuse de repérer telle ou telle voix. 
À la tombée du soir, ce que je prenais pour un merle inspiré était en fait une grive musicienne. L'appli m'a aussi permis de déceler qu'il y a un rouge-gorge, au moins dans les environs. Même si je ne l'ai encore jamais vu.
Le déconfinement sera difficile, je suis ravie de mes activités de confinée.

La journée a filé à toute allure, j'accompagnais mentalement mon amie Élisabeth en Syrie et lors de ses trajets en Grèce et en Turquie. Dans la soirée j'ai dû les laisser en Éthiopie : il me fallait accomplir quelques tâches, préparer mon attestation pour le short legal morning run du lendemain matin, ranger quelques objets (l'idée étant de vider un carton par jour), et nettoyer la petite valise rouge sur laquelle un scotch de déménagement avait laissé une trace visqueuse redoutable. Me secouer pour ce minimum vital, et même si j'ai laissé les repas à JF (qui nous a cuit une hampe le midi avec patates et carottes fraîches), c'était un bon petit travail. 

Le tri - sauvegarde et ménage des photos m'a tenue pour le reste de la soirée. Je crois que ça sera ma tâche principale de la semaine, l'ordi n'avait plus que 2,2 Go de disponibles. 

De ce fait j'ai laissé tomber le LT des infos italiennes. Les nouvelles que j'avais captées à différents moments de la journée pouvaient toutes se résumer France ou Italie par le fait que les gens sont en train, poussés par leurs employeurs ou de leur propre chef parce qu'ils n'en peuvent plus et que les infos de par les hommes de pouvoir sont contradictoires et confuses, de déconfiner bien trop vite. L'homme lui-même a répondu à son chef qui l'appelait pour prendre des nouvelles qu'il avait hâte de revenir le 11 mai. Or l'épidémie ne sera pas suffisamment calmée avant fin mai pour l'Italie et mi juin pour la France. Pourquoi tant d'impatience ? Je peux le comprendre là où les gens ont faim. Pour l'instant la plupart des habitants d'ici s'en sortent, j'espère ne pas me tromper. Alors pourquoi aller volontairement se jeter dans le danger, quand le seul effort à faire est de rester au calme ?

Les plus raisonnables de mes amies ont des tentations de consommation : dès que la moindre boutique annonce un peu de livraisons possibles hop hop elles se réjouissent et décident de commander ou d'y aller voir. J'ai l'impression qu'on ne peut pas lutter. Nous avons été dressés pour consommer, dressés pour être productifs - oui il le faut mais pour quelques temps encore c'est à l'État de se substituer à nous en tant que petits pions productifs sous peine qu'au bout du compte il reste tellement moins de pions que le monde tel que nous le connaissions devra s'arrêter -. C'est impressionnant d'à quel point il semble difficile de se déprogrammer. 

En attendant, bonnes nouvelles de la famille et de quelques amies, ce qui fait du bien et plaisir pour les personnes concernées. 

Nous regardons circuler les six vaches du champ d'à côté. Elle vont de celui-ci à l'autre, derrière le rideau d'arbres. L'une d'elle semble intriguée par notre présence. Les autres trop occupées à mastiquer. 
Il y a depuis plusieurs jours des sons de tronçonneuses dans le lointain pas si éloigné, qui me font craindre pour les arbres.

Je suis heureuse pour la première fois depuis mes années d'enfance et de jeunesse, je crois bien, d'avoir pu voir au jour le jour le décollage du printemps, à présent lancé : les arbres sont feuillus, ça y est. 



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Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
2 474 054 cas (dont : 170 191 morts (42 263 aux USA) et 645 019 guéris) 

La France a dépassé les 20 000 morts officiels ; il est beaucoup trop tôt et il sera encore trop tôt le 11 mai pour déconfiner. L'Allemagne, en revanche avec sa politique de tests, de quarantaine, et son nombre de lits en réanimation suffisant peut commencer dès maintenant (colonne rouge le nombre de morts le 20 avril)

Capture d’écran 2020-04-21 à 00.00.33

 


Quelques photos d'il y a deux ans

 

    Ce soir l'ordi m'a rappelée à l'ordre - depuis le début du confinement je me disais Dès que j'en aurai fini avec le jardin, je m'occuperai des photos ; et puis j'ai enchaîné sur d'autres menus rangements -, sa mémoire est saturée, je dois faire du ménage. C'est facile et simple : j'ai trop de photos. Me voilà donc ce soir astreinte à reprendre la tâche de Sisyphe, du moins lorsque l'on prend des photos quotidiennes, qui est d'en faire le tri, les copies (sur disque dur et un autre lieu) puis le ménage. 

J'aime bien le faire à la main, pour partie, ce qui me permet de revisiter mes jours. C'est particulièrement utile sur la période que j'aborde à présent : le printemps d'il y a deux ans. Je travaillais alors pour la librairie Charybde tout en passant mes week-ends à préparer la maison de mes parents pour sa vente ; encore épuisée par le déménagement des affaires qui m'avait pris (là aussi, tri, jetages, sauvegardes, rangements) un an de week-ends chargés. Sans compter le deuil principal et deux autres sortes de deuils pour moi annexes mais non négligeables : un beau-frère et un cousin par alliance, partis brutalement, l'un comme l'autre, de la vie de celle qui avait été leur compagne. Il faut s'habituer, même si on ne se voyait pas si fréquemment, à ce qu'ils ne soient plus là. Plus du tout là. Et qu'on n'ait même pas pu leur dire au revoir, car les ruptures furent brutales. On se retrouve quittées, de façon secondaire et collatérale. C'est assez étrange comme effet. D'autant plus qu'il s'accompagne d'une perte d'estime très forte envers eux, qui ont tant menti.
Dès lors de ce printemps 2018 qui comporta néanmoins d'excellents moment, à la librairie notamment, il me reste du fait de l'écrasante fatigue peu de souvenirs. Ou plutôt ils sont présents mais comme entassés, non datés. Ils manquent d'indexation. En trier les photos m'offre l'apaisement de reprendre pied dans ma mémoire. 

 

Accessoirement, je retrouve traces d'endroits qui n'existent plus, ou plutôt de bâtiments qui n'existent plus dans des endroits qui ont totalement changé. 

Ainsi ces bâtiments à Clichy, près du parc des Impressionnistes et qui récemment encore n'étaient plus qu'un immense trou de fondations à construire (1). Dommage, en leur temps ils ne manquaient pas de charmes 

(photos prises le dimanche 1er avril 2018, jour de Pâques, en revenant de notre habituel sunday morning run)

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Le 4 avril (2018, donc), chez Charybde il y avait eu à la fois un tournage dans la journée et une soirée en compagnie d'Alan Parks, et de son traducteur Olivier Deparis, de celles qui font bonheur à se rappeler plus tard. 

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Le tournage était pour un court métrage que devaient présenter ensuite à leurs enseignants des élèves d'une école de cinéma. 

C'est terrible, vu du confinement, on sursaute à les voir, à nous voir, les uns des autres si rapprochés, sans masques ni rien de tout ce qui s'est installé qu'on doivent les mettre ou qu'on en manque, dans notre quotidien et pour un long moment. 

Que sont-ils devenus ? Que deviendront-ils dans le monde de l'Après, et sa crise économique qui ne manquera pas de heurter de plein fouet tout ce qui concerne la culture ? 

Je m'aperçois que l'épidémie (et ma recherche d'emploi) m'ont fait rater la parution de "L'enfant de février" que pourtant j'attendais. 
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Un livre de plus à ajouter à la liste des lectures souhaitées après le déconfinement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Il y avait eu une autre soirée le 5 (je devais être trop épuisée pour en conserver un souvenir précis) et le 6 avril nous avions reçu Marc Voltenauer, d'abord à la librairie puis principalement dans un café du XIIème où il avait ses habitudes et bien des amis. Ce fut l'une des soirées les plus réussie. Avec des habitués du café restés à écouter, alors que la lecture n'était pas forcément leur occupation préférée. 

Rétrospectivement, je me demande comment j'ai fait, comment nous faisions tous (de la librairie) pour tenir le coup avec un tel rythme. 

Quoi qu'il advienne après cette période de confinement, je pourrais me souvenir que j'aurais connu dix années fort vivantes d'un point de vue professionnel, et fait de magnifiques rencontres.  

Voir les photos du monde dans le café, paraît tellement étrange à présent. Connaîtrons-nous un jour de tels moments à nouveau ?  IMG_1619

 

 

 

 

 

(1) C'est peut-être encore le cas. Le confinement a fait que je ne suis plus repassée par là depuis un mois et demi.