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Un dimanche déjà pas comme un dimanche (mais un peu quand même)


    C'est un dimanche très étrange : à la fois comme beaucoup de dimanche ; mais déjà plus comme un dimanche.

Je souhaitais aller courir très tôt seulement l'Homme eut du mal, vraiment, à émerger. Nous y sommes allés quand même mais avons probablement croisé trop de gens pour que ça soit totalement safe. 

Je croise une amie du triathlon qui rentre à vélo, seule, nous nous saluons joyeusement mais sans nous arrêter (ni l'une ni l'autre, c'est assez marrant, nous sommes déjà conditionnées), je dis quelque chose comme : tant qu'on peut on s'entraîne. Il n'empêche je sais aussitôt que son sourire, ce bref échange sera un rayon de soleil dans les semaines ou les mois difficiles à venir.

La Seine est particulièrement haute, une vraie grosse crue comme en juin 2016. Je songe que certaines personnes vont à la fois devoir faire face au virus et à leur logis inondé. Ça risque d'être compliqué. 

Une petite fille pleurniche près de son petit vélo. Je suppose que les parents ne sont pas loin. Un homme sort d'un bateau maison voisin avec d'autres enfants, je me dis sans doute un peu facilement qu'ils sont ensemble. Aider quelqu'un c'est lui faire courir le risque de choper le virus dont nous sommes peut-être porteurs. 

JF me sème à un moment et ce qu'en temps normal j'aurais trouvé indifférent m'énerve immédiatement ; je lui crie dessus au moment des retrouvailles. Comme si un danger bien plus concret qu'un virus invisible rodait. 

Il fait un temps magnifique. Les parents d'enfants jeunes sortent donc avec eux, ce qui est parfaitement logique puisqu'ils s'apprêtent pour cause d'absence d'école et de probable télé-travail des parents à être confinés. De plus les familles franciliennes sont souvent à l'étroit. Mais ça présente des risques, du coup, puisque tout le monde fait ça. 

Comportement modifié : ne plus boire d'eau aux fontaines (le robinet peut être souillé), plus d'arrêt aux machines de sport (mais à Levallois c'était fermé pour cause de crue, de toutes façons) et je n'ai pas fait mes habituels assouplissement sur l'habituel banc. En revanche l'Homme qui continue à ne pas comprendre les risques a fait ses abdo sur le "rouleau" métallique. 

Depuis 48h je passe mon temps à lui dire fais pas ci fais pas ça comme à un enfant qui ne comprendrait pas. Je pense qu'il s'agit d'un déni pour préserver son cerveau de réellement piger l'ampleur du danger. 

De retour du dépouillement il semblait vraiment abattu. Peut-être qu'il avait entendu des infos échangées alors et qui avaient fini par cheminer jusqu'à sa compréhension. 
Il est donc allé voter et l'a fait pour moi puisque j'avais prévu d'être en Normandie et donc prévu une procuration. Inutile de courir un risque supplémentaire. Et comme il n'est pas un demi-braine il s'est proposé pour dépouiller, lui qui dab essaie de me refiler la patate chaude quand on la lui propose. 
Dans la  soirée les résultats d'élection paraîtrons d'une futilité insensée. 

Déjà dans l'Est de la France tous les cas d'extrême urgence ne peuvent être soignés. 

Le club de pétanque est enfin fermé mais ça a discuté ferme. Seulement il y avait à la fois le décret du premier ministre et une directive je crois municipale. Beaucoup de coups de fils. Et puis bien sûr il a fallu qu'il y retourne (pour éteindre, pour ranger) et puis il a aussi fallu qu'il ressorte faire des courses. 

J'ai discuté (par réseau) avec mes ami·e au sujet de l'éventualité de maintenir ou non le séjour en Normandie. L'attitude irresponsable et adolescente d'icelui fait clairement pencher la balance vers cette option. Quitte à être ensuite confinés là-bas. 

Ad se montre raisonnable, ne va pas voter, ne sort pas. Son frère est à Lille, échanges par WhatsApp. Il pense rentrer par un train tard.

Je prends le temps et la peine d'écrire un thread très complet sur le TG1 de la mi-journée. Je ressens que c'est important à transmettre. D'ailleurs je reçois des remerciements. 

Deux images me resteront.

1/ Le témoignage calme et si triste, d'un homme jeune, turinois, sous masque respiratoire et revenu des soins intensifs. Onze jours avant que ses poumons ne retrouvent leur autonomie. Il explique l'enfer. Il demande : prenez toutes vos précautions. Son père, lui, est mort.

2/ Le Pape, à pied dans une rue déserte de Rome (ou du Vatican) marchant, fort peu escorté (puisque personne) vers une petite église d'un Saint qui avait été bienveillant lors de la Grande Peste. Alors il fait ça, une esquisse de pèlerinage. J'ai beau être une mécréante, l'image me laisse impressionnée. Nous en sommes là. Le Pape demandant humblement à son dieu d'intercéder. 

Des nouvelles personnelles me viennent d'Italie. Personne n'est atteint pour l'instant et la plupart des personnes font du smartwork (à distance, donc). Une de mes cousines et son mari sont à la montagne là où le confinement est moins pesant (promenades possibles)

Arrive l'annonce du décès de l'une des premières victimes qui était quelqu'un qui comptait (Vittorio Gregoretti, un architecte)

Capture d’écran 2020-03-16 à 01.27.24

 

 

 

 

 

La FED et la BCE lâchent enfin la thune pour qu'on ne meurt pas d'asphyxie économique après l'asphyxie du #Covid_19 .C'est un soulagement mais signe que ce monde est réellement au bord du collapse. Car ce ne sont pas des humanistes, ces gens-là. 

Tant au niveau collectif mondial et local, que personnel, les jours à venir sont un immense point d'interrogation. 
Je me sens d'un calme olympien, quoi qu'envisageant lucidement l'éventualité de faire partie des victimes ou l'un des miens. Ni pensée magique, ni intuition. J'ignore d'où ça me vient ; pas seulement d'avoir vécu dans l'imminence de ma propre mort depuis l'âge de 10 ans et certains épisodes de fortes fièvres et toux. Il y a autre chose. Sans doute est-ce lié à des lectures qui en me mettant par identification dans la peau de personnages concernés m'ont pour partie déjà fait vivre ces situations. J'étais d'ailleurs pas si mal équipée : gel hydro-alcoolique, gants jetables, et des provisions pour une huitaine que nous avons poussées à 15 jours, sans pour autant sur-stocker.
Alors j'essaie de mettre à profit cette sérénité pour encourager, tenter d'apaiser les autres. Tenter de faire sourire malgré tout.  

Beaux et doux échanges sur le WhatsApp de l'Attrape-Cœurs. Être grand lecteur ou grande lectrice, ça aide dans les moments très durs, y a pas à tortiller. On a accès à une ressource supplémentaire, celle des expériences humaines lues. Comme une mémoire étendue des possibilités pour s'en sortir et une prescience des perceptions. 

"Pas peur pas peur, nous vivra nous verra"
#AndraTuttoBene  m'a dit Laura

 

Lien vers le site de la santé publique en France réapparu
Capture d’écran 2020-03-16 à 01.20.39Les victimes hors de Chine sont presque aussi nombreuses que celles en Chine 

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

156 400 cas dont : 5 833 morts et 73 968 guéris)


Première journée de réel confinement, quoi que non encore obligatoire

 

    Je ne suis donc pas sortie, descendant tout au plus les poubelles et vérifiant le courrier. Tout le reste : à la maison.

L'Homme en avait décidé autrement, faire de multiples courses, une démarche pour le club, une autre stupidement physique à la mairie quand un coup de fil aurait suffit, et surtout rester au club le laisser ouvert. 

Nous avons sévèrement discuté. Ma fille, de son côté, s'est finalement laissée dissuader d'aller voir des amis et aller au café. 

Pour autant, à part de bons échanges sur Twitter entre ami·e·s - nous tentons pour l'instant de trouver l'énergie de rire - et suivre les infos via l'Italie, je n'ai rien su faire d'utile. J'ai beaucoup et longuement dormi comme si mon corps disait Chic alors on a le droit d'hiberner. 

À 20h Édouard Philippe a annoncé la fermeture de tout lieu public non indispensable et les boutiques aussi, fors produits de première nécessité. Je me suis sentie triste pour toutes les librairies, mais soulagée. 

Voilà, lockdown

Tard le soir un regain d'énergie. Poubelles, lessives, suivre les infos italiennes en faisant les LT. 

Les infos italiennes me font me poser des questions sur le voyage en Normandie. Si seulement nous pouvions faire le test avant tout déplacement. Quant à mon rendez-vous pour le futur travail je crains fort qu'il ne soit repoussé aux calendes grecques. 

Je me sens étrangement calme. 

Trump, entouré de plusieurs cas contacts ou en ayant croisés vient d'être testé négatif. Y a de la chance que pour la crapule comme disait la grand-mère de mon amie Anne (ou quelque chose d'approchant). 

Il est question des Eroi per caso, les salariés des usines qui se trouvent être devenues stratégiques soudain, parce que le matériel qu'elles fournissent est devenu primordial, et qui doivent aller bosser malgré les risques #Covid19Italia


Une journée merveilleuse à titre personnel ... sauf que sur fond d'épidémie le merveilleux s'émiette

    Comme c'est étrange : j'ai passé une journée merveilleuse en chemin vers la possibilité de concrétisation d'un projet personnel sage, prévoyant mais un peu fou. J'avais lancé en novembre des éléments de veille sur les éventuelles opportunités, ça n'avait rien de rien donné et puis voilà, soudain une proposition.

Et qui me convient.

J'ai fait un déplacement juste au bord de la période probable de confinement, c'était une prise de risque (je me suis efforcée de le rendre faible, et j'ai été très prudente vis-à-vis des autres, il n'empêche). Seulement si je tombe malade, outre mon potentiel nouveau travail - si la période épidémique ne le remet pas en question -, j'aurais cette perspective pour me donner le petit supplément d'envie de se raccrocher à la vie et qui parfois fait la différence. 
De toutes façons j'ai pris des risques aussi pour ma recherche d'emploi. J'étais bien obligée. Alors pourquoi pas un risque, mesuré, pour un projet de vie d'après ?

J'ai pu constater que pour l'instant la vie continuait. Les boutiques sont ouvertes, il y avait encore des scolaires, curieusement, pas si réjouis qu'on aurait pu le croire. J'ai assisté à des au-revoir emprunts de gravité et d'émotions. Le monde du travail est encore actif. Les gens circulent (dans leurs voitures (j'étais en Province)). Les gens promènent leur chien. La médiathèque est ouverte et peu fréquentée mais un peu quand même. Les élections se préparent. Les professionnels, tous métiers, s'accrochent à leur professionnalisme. 

Un jeune croise une personne de son entourage, une adulte mais avec laquelle il ne semble pas avoir de lien parental, au moment où je passe près d'eux (mais pas trop près, j'ai hyper respecté mes distances), après qu'ils avaient hésité de façon touchante à se faire ou non la bise, j'entends qu'il explique : - Avec "école en ligne", on nous a donné un lien internet. Et j'en souris parce qu'à une inflexion de sa voix je perçois qu'il doute que ça fonctionne.

La plupart des adultes que je croise pendus à leur téléphone parlent de garde d'enfants. La plupart des conversations que j'entends, au restaurant le midi, au café d'avant le train du retour, concernent aussi cette question. C'est un coup de génie politique : ainsi fixée sur ce tracas concret, les gens en oublie le sujet principal de panique potentielle : l'épidémie.

J'ai choisi le restaurant parce que je le savais délicieux, certes, mais spacieux, le café après avoir vu que là aussi on n'était pas trop entassés, de voyager en première, OK parce que ça n'était pas trop plus cher mais aussi dans l'espoir d'être moins collée à un éventuel voisin. Pour aller de chez moi à la gare du nord, j'ai choisi aussi le trajet de transports à moindre densité.  

Raté pour l'embarquement à Paris, les gens ne pensant pas un seul instant à tenir leur distance. Du coup comme j'étais la seule à le faire, je me suis fait allègrement passer devant. 

Personne ne semble remettre en cause le bien fondé des mesures (1), pour autant beaucoup de gens semblent n'être pas du tout conscients de la gravité de la situation, de la contagiosité forte, du fait que déjà et presque inévitablement ils connaissent des personnes malades - sans forcément le savoir déjà -.
Il y a cependant depuis la veille (jeudi 12 mars) une nervosité dans l'air, un silence dans les transports - sauf enfants -, attestant que le message est enfin passé, que ça n'est pas juste une méchante grippe et les raisonnables des froussards. Comme les masques manquent la plupart des gens (dont je fais à demi partie, seulement quand la foule se densifie) se met le nez dans des écharpes ou autres tours de cou.

Tension aussi à la pharmacie où je suis allée faire quelques achats en prévision d'un éventuel confinement : cotons, pastilles pour la gorge, paracétamol, un thermomètre pour que l'Homme de la maison n'ait plus aucun prétexte de ne pas prendre sa température quand il se plaint d'être fiévreux. Les gens parlaient du Leclerc, l'hypermarché tout proche dans lequel tôt le matin il n'avait été possible d'entrer qu'à nombre compté. La pharmacienne à ma question des plus courtoise (j'y avais vraiment mis les formes, "Je me doute que ... ") concernant le gel hydro-alcoolique m'a vendu de quoi le faire moi-même avec la recette tout en m'offrant le flacon. Ça n'était pas très cher, j'ai apprécié. Elle semblait épuisée.

Il y avait sur les terrains de sports encore des jeunes qui pratiquaient. Et tous les commerces ouverts. 

En Italie une nouvelle bouffée épidémique est attendue correspondant aux comportements encore insouciants du week-end précédent. C'est annoncé, calmement.

Trump prend enfin l'épidémie au sérieux, dit seulement un peu de bullshit pour tenter de s'exonérer d'erreurs que lui-même / son administration ont commises, mais pour l'essentiel revient dans les clous de ce qu'on attend d'un président. C'est dire si la fin du monde est proche. 

Boris Johnson s'en tient à pas de comptage pas de mesure, rendons la population immunisée. Il va surtout réussir à la rendre morte, mais bon. Officiellement 3 cas recensés au Royaume Unis. Les comptages iraniens sont pipés, les témoignages et les images satellites de charniers le prouvent. Ça n'est peut-être même plus volontaire en fait, mais parce qu'il n'y a plus assez de personnes pour s'y coller.

Bolsonaro serait coronovirus-positif. Quelques jours après s'être moqué de la panique générale.

Kozlika m'a fait remarquer que les lectrices et lecteurs de SF avaient réagi plus vite aux signes révélateurs du début de l'épidémie. Oui, ça joue. J'ai l'impression de vivre quelque chose de déjà traversé par le passé alors que c'étaient les personnages de roman qui l'avaient fait. 

Je dois annuler un billet de train, seulement les liens recommandés tombent dans des pompes à rien, sans doute développés dans l'urgence, sans avoir été correctement testés. 

 

 

(1) Les protestations viennent plutôt pour leur reprocher d'être insuffisantes et de faire courir des risques inutiles par exemple pour les transports ou les élections. 

Lien vers le site de la santé publique en France lequel ne répond plus (les infos n'étaient plus mises à jour depuis le 7 mars)

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

142 557 cas dont (chiffres de la veille : 5 359 morts et 70 174 guéris)


One more day : et enfin le gouvernement (français) se remue un peu

    J'ai clairement renoncé aux sorties non indispensables ou non liées à des choses devant être faites avant une éventuelle reprise de travail ou à non liées à un potentiel nouveau job. Ou le sport dès lors que l'on peut garder ses distances. D'après les renseignements pris par le club, nager en piscine ne présenterait pas de danger (à condition de ne pas se bousculer). L'homme de la maison ne renonce pas à sa sacro-sainte pétanque, ce qui n'est probablement pas très malin.

De la jeune génération, un élément proteste et renonce seulement à ses sorties face aux annulations, l'autre semble avoir limité spontanément les sorties - mais a des enrhumés dans son entourage, pas moyen de savoir s'il s'agit de simples rhumes ou de plus grave, puisque seuls les cas graves sont testés -.

Pour la première fois j'ai perçu une forme de crainte dans les transports. Ça sentait par moment le gel hydro-alcoolique dans le RER C la veille, mais là, entre autre Ligne 13, les gens gardaient leurs distances. Et il y avait réellement moins de monde. C'est le premier jour qui me laisse l'impression que l'activité ordinaire, et non seulement le tourisme, est réduite.

Peu de masques (il n'y en a toujours pas de facilement disponibles) mais des écharpes enroulées. Moi-même je ne sors pas sans tour de cou, pour protéger la nuque et la gorge.

Les gens s'évitent sur le trottoir, ça devient flagrant. Et c'est très agréable de ne plus se bousculer.

Pour autant je dois encore rappeler à mes interlocuteurs qu'on ne se sert pas la main. Tous s'excusent, ah oui pardon, je n'y pensais pas. 

Ça bataille entre la banque centrale (Lagarde) et les pays comme l'Italie. Une déclaration trop faible a fait s'écrouler les bourses (- 12 % et quelques à Paris). 

Président Macron a enfin amorcé des vraies mesures : fermeture des écoles, collèges, lycéens et universités. 

Une tribune des envoyés spéciaux francophones en Italie avait été publiée juste avant. Restez chez vous, c'est important.

En Italie ça se complique : des effets de bords, par exemple la fermeture des facs a poussé les étudiants à rentrer dans leurs familles dans leurs régions, ce qui contribue en fait à disséminer le virus.

Au travail de l'Homme, un collègue est malade (grippé), non encore testé mais dans le doute bureau clos avant désinfection et ses collègues de la même pièces renvoyés en quarantaine chez eux. Rien n'est fait pour ceux qui, comme lui, partageaient les mêmes toilettes et la même machine à café. 

Une amie, asthmatique, bénéficie ainsi que ses autres collègues qu'un tracas de santé rend plus vulnérables, de mesures de télétravail pour jusqu'à une date indéterminée.

Le collègue Suisse malade à l'origine de la quarantaine d'un ami de ma fille a donc été officiellement malade et est à présent officiellement guéri.  

Le rassemblement des imbéciles de supporters devant les grilles du PSG après la victoire dans le match contre Dortmund joué à huis clos, fait le tour du monde pour dénoncer leur stupidité.   

Je tente en traitement préventif les gargarismes écossais. 

L'Homme est allé faire des courses tardives, il manquait quelques trucs non urgent mais il était curieux : certains rayons totalement vides, dont le riz. 

Les ami·e·s de ma TL commentant l'intervention présidentielle sont parvenus à rendre un moment pénible hilarant. C'est toujours ça qui échappera au virus.

Des usines en Italie sont en grève : il était considéré qu'ils pouvaient continuer à tourner seulement les salariés ont peur ou ne savent comment faire face aux modifications imposées (plus particulièrement la garde des enfants sans écoles). 

Je nettoie en rentrant d'où que j'aille, mes objets usuels, le téléphone et le pass navigo en particulier. Le faisait depuis plusieurs jours mais je n'avais pas songé à le noter. Je nettoie aussi le téléfonino du mari. (en plus du lavage des mains, bien évidemment ; je me les lavais déjà souvent, je le fais désormais plus soigneusement et longuement). 

Les images des villes désertes italiennes, si la situation n'était pas si grave, seraient si belles ! 

L'héroïne du jour Katie Porter qui parvient à faire accorder le test gratuit pour tous les Américains (merci @Kozlika)

 

Lien vers le site de la santé publique en France lequel ne répond plus (les infos n'étaient plus mises à jour depuis le 7 mars)

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

127 863 cas dont (chiffres de la veille : 4 615 morts et 67 003 guéris)

    


On avance, on avance, on avance (comme dans la chanson)

    

    Et ça n'est plus tant qu'on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens, mais que tant que des décisions au niveau national ou régional ne sont pas prises autorisant les petites gens dont la plupart d'entre nous fait partie, à ne pas aller bosser ou à cesser de chercher du travail, notre marge de manœuvre individuelle est très restreinte et son champ réduit aux seules activités de loisirs.

Alors que je suis persuadée, au vu de ce qui arrive en Italie, que le moins pire serait que chacun reste quinze jours ou trois semaines chez soi, je continue donc comme mes compatriotes à faire comme si presque de rien n'était. Et donc à me rendre à des entretiens d'embauche en empruntant les transports en commun (1). À aller à la radio donner ma petite émission. À ne pas me couper de mes ami·e·s, du moins tant que je n'ai pas d'autres symptômes que le petit nez-qui-coule saisonnier. 

J'ai même plutôt tendance à me hâter de faire certaines choses, comme aller faire quelques travaux en la petite maison Normande et effectuer certaines démarches en vue de préparer l'avenir et revoir les ami·e·s que ma période de six mois de travail  vraiment intense m'avait conduite à négliger. Ça n'est peut-être pas très malin de ma part, tout déplacement, toute interaction présente un risque (dans les deux sens), seulement je ne suis pas parvenue à raisonner autrement que tenter de prévoir : 

1/ de retrouver rapidement du travail (et donc d'avoir à nouveau trop pas le temps, quoi qu'il advienne par ailleurs)

2/ de tomber malade (ou quelqu'un de mon entourage) (et donc de passer en mode survie)

3/ une période générale officielle de confinement (et donc, vite, vite, faire l'urgent avant afin de pouvoir rester entre quatre murs sans tourments annexes)

Et pour le 1/ je suis bien obligée, tant que tout le monde va à son travail, d'en faire autant, c'est-à-dire puisque ponctuellement je n'en ai pas, en chercher.

 

J'évite désormais les rassemblements de groupes en intérieur. Ça n'est pas tant par peur pour moi que par égards pour ma fille et parce qu'ayant une vie très active et habitante d'une métropole il me paraît inévitable d'avoir déjà croisé le virus et plus d'une fois. Il n'est pas exclu que je sois porteuse, pour l'instant à mon insu.

Sur France Culture ce matin, le locus of control fort bien expliqué par Guillaume Erner.

Il faut encore rappeler à la plupart des gens qu'il ne faut pas se serrer la main, mais c'est admis. Certains s'excusent d'avoir oublié. J'étais plutôt contente de n'être pas la seule à le faire spontanément. 

La vie semble suivre son cours en France presque comme si de rien n'était. Ponctuellement, un passant masqué. Un peu moins de malotrus qui bousculent les autres, notamment lors des montées-descentes de transports en commun, ce qui n'est pas désagréable.

On échange entre personnes avec accointances italiennes, un peu stupéfaites de voir combien les Français se laissent bercer par un discours gouvernemental qui tend à grandement minimiser la force de l'épidémie. Peut-être aussi une part de notre fabuleuse arrogance, beaucoup de gens semblent croire à cette légende selon laquelle le virus s'attaquerait avant tout aux très vieux. C'est l'éternelle histoire de la condition nécessaire mais pas suffisante : bien évidemment quelqu'un à la santé déjà fragile risque davantage de rencontrer des complications pulmonaires, seulement voilà, de jeunes personnes en bonne santé de départ et bien sportives par exemple se retrouvent également en réanimation. Capture d’écran 2020-03-12 à 01.07.06

Un ami, d'ailleurs, à l'un des siens en réanimation. Pas spécialement vieux. Et non-fumeur. Je sais qu'un exemple ponctuel ne signifie rien du général, il n'empêche qu'entre les malades qui ont tous les symptômes mais ne sont pas testés et deux personnes de ma TL qui connaissent directement des cas critiques, je ne peux m'empêcher de penser que si chacun d'entre nous connaît deux cas critiques et cinq cas de tests qui ont été refusés, ça commence à faire.

J'ai une bonne nouvelle potentielle seulement elle est suspendue à l'avenir général (et à ma propre santé, jusqu'ici tout va bien). Dans la mesure où j'ai déjà subi la désintégration d'un boulot par suite des attentats de novembre 2015, je reste méfiance quant à cette belle perspective stimulante d'avenir professionnel sur fond de pandémie.

 

 

 

Lien vers le site de la santé publique en France lequel ne répond plus (les infos n'étaient plus mises à jour depuis le 7 mars)

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

125 865 cas dont 4 615 morts et 67 003 guéris

 

(1) Pas évident de prendre le vélo pour ce type de trajets un peu particuliers. 


Un dimanche en Normandie, il y a deux ans maintenant

 Fullsizeoutput_1acbC'était dans la période du déménagement des affaires de mes parents. Aller en Normandie, était nécessaire et il fallait aussi prendre des forces pour parvenir à faire tout ce qu'il y avait à faire. 
Alors le dimanche nous sommes allés courir en bord de mer. 

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C'était bien.


Jusqu'ici tout va bien (comme ils disaient dans le film)

 

    J'avais peu de choses à faire à l'extérieur : une démarche pour donner procuration pour les élections de dimanche - je dois tenter de mettre en ordre ce qui peut l'être avant soit de reprendre un travail (hypothèse haute), soit d'être malade (hypothèse basse), soit d'être confinée car nous le serons tous (hypothèse probable) -, quelques courses alimentaires, un seul entraînement, la piste - celui de natation était reporté pour une absence prévue de notre maître nageur, rien à voir avec l'épidémie -. Donc moyennant les précautions désormais d'usages, lavage des mains et de certains équipements particulièrement soigneux en rentrant de l'extérieur, c'était la vie normale. Comme dans le film déjà ancien La Haine, "Jusqu'ici tout va bien". 

Sinon, mon état d'esprit est celui de qui ne tentera pas de fuir à Samarkand (1). C'est inutile. Je tiens surtout à n'avoir rien à me reprocher dans la contamination éventuelle d'autres personnes, ni non plus de titiller le risque. Donc continuer la vie la plus normale possible tant que c'est possible, faire ce qu'on peut tant qu'on peut, en respectant les précautions de simples usages (lavage fréquent des mains, pas de bises ni de serrages de mains, éviter d'aller s'entasser quelque part sauf les transports quand nécessaires). 

Ça m'embêterait vraiment de quitter cette vie avant d'avoir écrit sul serio, atteint mon meilleur niveau possible de triathlon compte tenu du corps dont je dispose ici, et mis mes affaires en ordre pour ceux qui resteront. Pour le reste j'ai toujours fait du mieux que j'ai pu, ça a donné ce que ça a donné, et si pour quelqu'un qui a eu la chance de naître dans ce pays à cette époque, j'ai quand même essuyé un solide lot de coups durs, et quelques sales conséquences de mauvais agissements de rares personnes, je n'ai jusqu'à présent vraiment pas à me plaindre : tout a été infiniment plus beau, plus chaleureux, plus inattendu, plus vivant que ce à quoi me destinait ma classe sociale de naissance et mon genre aussi - mais j'ai toujours splendidement refusé d'en tenir compte, de ce dernier point, et je suis fière de m'être cognée aux limites autant de fois qu'il le fallait -. J'ai eu le grand bonheur de rencontres formidables, la plupart d'entre elle grâce à l'autre chance inouïe qu'était d'être au bon moment et dans les bonnes dispositions pour accueillir le meilleur de la révolution de l'internet grand public. Il me reste beaucoup à transmettre pour les suivant·e·s ; de cette force que donnent les expériences. Que sera sera.

Sinon ce que j'ai pu observer aujourd'hui : 

une ribambelles de collègues arrivant sur leur lieu de travail bisant une ribambelle de collègues sortant. J'ai eu trop envie de leur faire une remarque, puis je me suis dit mais de quel droit. Beaucoup d'hommes parmi eux, plutôt baraqués. Je me suis dit À quoi bon ils ne vont pas m'écouter. 

sur les lieux de travail des uns et des autres, des consignes et des réunions. Avec des réactions très contrastées, du Ça sert à quoi c'est débile, à Mais ils pourraient arrêter de nous faire paniquer ?, après les gens sont à cran.

le voyage professionnel de l'entreprise du fiston, prévu à Roma, de facto annulé par le confinement général déclaré la veille au soir et effectif à partir de ce matin en Italie.

la plupart des Français doutent encore de la sous-évaluation générale des cas de part le peu de tests effectifs. Je ne tente pas de convaincre à tout prix, énumère quelques éléments que ma fréquentation assidue des infos m'a fait avoir en tête, mais laisse chacun penser ce qu'il veut. Des cas sont apparus dans l'environnement politique au niveau national.

le Patient Un de Codogno respire seul et est sorti des soins intensifs. Si j'ai bien compté ça faisait deux semaines et demi qu'il était sous respiration artificielle. Soins efficaces, bravo et force vitale impressionnante, bravo aussi. Se rappeler si notre tour vient : c'est jouable, en s'armant de patience, d'une infinie patience, on doit pouvoir résister.

l'entraînement sur piste à part les bises ou les serrements de main a eu lieu comme dab. Personne ne tient compte de distances à respecter. Étais-je la seule à penser : peut-être derniers tours de piste avant un long moment de stades fermés ? Côté football plein de gamins, vraiment pas l'impression que la fréquentation ait baissé.

 

Lien vers le site de la santé publique en France

lequel ne répond plus (les infos n'étaient plus mises à jour depuis le 7 mars) Capture d’écran 2020-03-11 à 01.00.47

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

118 582 cas dont 4 262 morts et 64 404 guéris 

(47 743 + 2731 + 1274 + 1247 + 1191 + 990 + 984 + 927 + 724 + 719 + 627 + 547 + 478 + 434 + 320 + 319 + 307 + 295 + 247 + 234+ 227 +170 + 159 + 131 + 131 + 129 + 111 + 101 + 91 + 88 + 78 + 73 + 71 + 70 + 65 + 40 + 33 + 32 + 24 + 22 + 18 + 18 + 18 + 17 + 16 + 12 + 12 + 10 + 9 + 8 + 7 + 28 +15 + 10 + 22)

 

(1) Vieille histoire (légende ? parabole ?) du vizir et de la mort.

Le khalife de Bagdad vit arriver un matin l'un de ses vizirs tout paniqué. Il le connaissait bien et éprouvait pour lui estime et amitié. Alors il s'enquit de son épouvante. 

Le vizir lui raconta qu'il venait au marché de croiser l'incarnation de la mort, qui l'avait regardé de façon menaçante. Il allait mourir dans la journée s'il restait. Alors le khalife l'autorisa à partir, lui fit préparer son meilleur cheval et le regarda filer bride abattue pour Samarkand, ville que son vizir espérait atteindre avant la nuit et dans laquelle il savait pouvoir trouver refuge. 


la vie normale en s'attendant à ce qu'elle ne le soit bientôt plus (C'est assez curieux)


    Ma journée s'est déroulée exactement comme prévu et c'était presque rare : kiné pour l'entretien sportif, déjeuner heureux avec une amie, longue session de BNF. Je peux même l'avouer : ce fut, en particulier grâce aux retrouvailles, une bien belle journée, même si non dépourvue de cette arrière-pensée lancinante du risque principal en cours. J'ai même eu droit à un petit gag en repartant : mon manteau coincé par (côté ouest pour une fois) le casier d'une autre personne. 

Le fait de s'attendre à une possible "IoRestoACasa" prochaine pousse à faire au maximum tout comme à l'ordinaire. C'est à la fois libérateur - à bien des moments de cette journée, concentrée sur tout autre chose j'avais oublié l'épidémie - et une prise de risque. Le fait même d'une séance de kiné n'est pas terrible quant aux possibilités de contagion, l'utilisation des transports en commun, le restaurant aux tables collées-serrées, la longue file d'attente pour pouvoir entrer à la BNF et où personne sauf moi et quelques personnes italiennes, ne respectait ses distances. 

Pour autant : pas de bisous, pas de serrage de mains. Et je me lavais fréquemment ces dernières mais à présent c'est avec encore un plus grand soin. 

Encore des cas de personnes auxquelles on a refusé le test. Et de témoignage de l'encombrement absolu du 15. Comme disait l'amie, ce n'est pas le moment de subir une crise cardiaque.  

Je m'aperçois que la possibilité d'une période de confinement tend à me rendre plus (+) active ce qui au bout du compte contribue à accroître ma prise de risques individuelle. J'ai ainsi pris des billets de train et pour Arras et pour la Normandie en vue de deux sauts à y faire pour des choses qui ne sauraient attendre deux mois avant d'être faites. Et que je ne risque de pouvoir faire avant le cœur de l'été si comme je l'espère je retrouve rapidement du travail. De ce côté là, deux entretiens prévus cette semaine. 

Si j'avais eu la moindre idée d'observer le #IoRestoACasa par solidarité envers ma famille d'Italie comme par intelligence préventive, c'eût été raté. 

Seulement en France, le mot d'ordre est : Faisons presque (1) comme si de rien n'était et descendons les Champs Élysées

En Italie, couvre-feu général avec circulation possible grâce à une lettre d'auto-déclaration (Je sors 1/ pour travailler 2/ pour aller faire les courses de premières nécessité etc.). Déclaration de Giuseppe Conte, qui ne semble pas très en forme (Serait-il atteint ?) 

Une infirmière par le biais d'une photo prise par un collègue alors qu'elle s'effondrait de sommeil après une garde non-stop est devenue une icône nationale. 

En Chine la vie normale commence à reprendre, les entreprise à rouvrir, les gens à devoir retourner bosser (mais avec des masques).

 

(1) Parce que bon, quand même, le ministre de la culture est lui-même atteint. 

Lien vers le site de la santé publique en France

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

113 582 cas dont 3 996 morts et 62 512 guéris 


Jusqu'ici tout va bien

 

    Nous sommes en week-end de ciné-club, dans des conditions confortables, dont de larges places à table, pas trop inquiétant. Et les films nous changent bien les idées.

Alors c'est d'autant plus violent lorsque dans les interstices nous consultons nos petits appareils connectés. 

Premier touite d'une personne que je connais ou suis régulièrement, et qui a un proche hospitalisé. 

Capture d’écran 2020-03-09 à 01.08.54

Un ami dont la femme est en Inde apprend par ses soins que les personnes venant d'Italie sont désormais interdites d'entrée. 

Nous avons couru brièvement le matin dans les hauteurs du village (la partie basse était inondée, en tout cas le chemin habituel au bord de l'eau), et croisé vraiment très très peu de voitures (et je crois bien zéro piétons). Mais peut-être était-ce le normal d'un dimanche matin à 7h30.

La plupart des personnes semblent faire leurs petits projets, notamment de déplacements, ou d'interventions médicales, comme d'habitude. Du fait que j'ai une semaine d'avance dans les mauvaises nouvelles, ça me paraît surréaliste. Pour autant je m'en tiens moi-même à ce qui est prévu, surtout concernant ma recherche d'emploi. Seulement tout me paraît entaché d'une incertitude absolue. 

J'ai l'impression que nous sommes comme dans le film La Haine avec une voix off qui répète à intervalles réguliers "Jusqu'ici tout va bien". 

La circulation pour rentrer (tard, après le film) était comme celle d'un dimanche soir normal. 

Je crois qu'en France on n'a pas pris la mesure de l'ampleur de l'épidémie. Mais en local, en lisant les réseaux sociaux, on voit que c'est déjà chaud. Par exemple le 15 en Alsace qui déjà ne peut prendre en charge tous les patients.  

En Italie on ne parle plus tant des conséquences économiques au niveau national, seulement de celles pour les gens (entreprises fermées ou personnes ne pouvant aller travailler) ; l'épidémie l'a emporté sur les réserves économiques à se jeter dans la prévention à fond. Il n'y a que la ligue de football qui proteste.

Révoltes dans les prisons ; dans l'une deux ou trois détenus sont morts a priori de tout autre chose, mais les gens sont à cran alors ils réagissent. 

Des stars tentent de convaincre via des videos maisons, les jeunes de rester chez eux #iorestoacasa 

 

 

Lien vers le site de la santé publique en France

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

109 835 cas dont 3 803 morts et 60 695 guéris, l'Italie malgré ses efforts passe en 2ème position