L'effet Pompéi
Chroniques du déconfinement jour 3 : Premier jour du nouveau travail

Chroniques du déconfinement jour 2 : reprise partielle, journée active

Déconfinement officiel 1 jour 29

 

    Grand soulagement matinal : le pneu arrière de mon vélo trouvé complètement à plat samedi soir en rentrant et regonflé la veille est intact. J'aurais donc été la victime d'un mauvais plaisant. C'est tellement stupide, il y en a vraiment qui ne savent pas quoi faire de leur temps, peut-être était-ce à cause du confinement. En attendant, pour le #Vélotaf du lendemain, c'était toujours ça de moins d'énergie et de temps à dépenser.

Capture d’écran 2020-06-08 à 14.20.08 Je lis ici ou , par exemple chez Pierrot pour Ce qui nous empêche, des expressions de n'en plus pouvoir (ou : de n'en plus avoir pu) du fait de la privation de liberté collective que nous avons vécu. C'est impressionnant le contraste avec mon ressenti de quelqu'un qui savait au moment même de le vivre qu'elle regretterait cette parenthèse de calme général (sauf pour les malades et les soignants et toutes les personnes dont les emplois étaient liés à la survie générale). 
Il y avait pour qui n'était pas tenu à du télétravail ou à faire l'école des mômes à la maison, une entière liberté de disposer de son temps sur une période longue. C'est quelque chose que je n'avais jamais eu le privilège de connaître sauf périodes de grossesses, maternité ou de maladies, qui étaient cause de non-liberté, en fait. C'était alors du faux temps libre, du temps rapté par la méforme ou ce qui était en cours. Peut-être parce que je suis une femme - qu'on le veuille ou non, nous héritons d'une assignation à la part domestique de l'existence ; même en étant féministe on a intégré depuis des siècles et des siècles que la place de base c'est le chez soi, dont on sort par moment par un effet de volonté ou de nécessité - et que je n'ai jamais eu de fort revenus, ce qui m'a toujours énormément limitée dans mes déplacements - oui j'ai pu un peu voyager, mais c'était toujours un trou dans le budget familial ; entre manque d'argent et conscience écologique, je n'ai fait comme voyage de pur tourisme que mon voyage de noces -, me priver d'une liberté de déplacements n'était somme toute qu'une expression un peu plus restreinte (1 km c'est vraiment peu) d'un état de fait courant implicite de ma vie (au fond mon degré ordinaire de liberté n'est guère plus grand la limite des zones navigo et encore dimanche et jours fériés ; au delà il faut que ça soit prévu, et financé). Alors que toutes ces belles grandes journées entièrement à ma main, durant lesquelles j'étais libre de m'organiser pour des menus travaux qui s'étendaient sur plusieurs jours (le débroussaillage - dépolluage du jardin ; l'accrochage et ré-accrochage des cadres, miroirs, tringles à rideau ; la restauration de la petite fenêtre du haut ; la remise en état de certains meubles à l'aide de baume des antiquaires ; le début de traitement des contenus déménagés venant de la maison de mes parents ) et c'était une liberté que je n'avais pas connue. Jusqu'à présent il s'agissait toujours de : débuter une tâche et devoir tout remballer, en plein élan pour cause de fin de vacances ou de week-ends, devoir attendre au moins cinq jours pour s'y remettre, ou faire ça le soir mais le payer ensuite en épuisement d'avoir cumulé travail nourricier et travail pour chez soi. 
C'est pourquoi je garderai du confinement, avant tout autre chose une grande impression de liberté.

Ensuite il y aura eu la vie conjugale : 37 ans de vie de couple et au bout du compte en journées réellement partagées, combien ? Fort peu, même pas l'intégralité des vacances puisque je suis une pétanque widow et par ailleurs passionnée par beaucoup de choses qui font que je suis souvent moi-même occupée, ou le suis devenue puisque précisément, passée les années où les enfants petits me requerraient, j'étais seule. Ces deux mois et demi auront constitué ma première expérience de vie conjugale. Et fors quelques énervements, notamment au début lorsque l'Homme voulait sortir sans arrêt au prétexte de faire des courses (1), alors que nous étions en quarantaine d'avoir changé de région, c'était quand même une chouette expérience, la vie à deux. Vivement la retraite ! Si nous y parvenons avec des revenus décents, nous pourrions fort y être heureux.

Enfin, et gros Last but not least : l'absence de circulation motorisée pendant les 15 premiers jours - trois semaines, le vrai de vrai de lockdown, mais quel bonheur ! Comme c'était doux ce silence que rompaient les chants d'oiseaux ! La petite ville déserte ou presque et si calme. Je rêve d'un monde aux moteurs silencieux (2).

 Donc voilà, j'aimerais bien à l'avenir qu'il puisse y avoir une sorte de commémoration : quinze jours par an de vie retirée pour tous. Sans les tristesses et les angoisses de la pandémie et l'épuisement de qui était sur le pont à fournir des vivres, de la propreté ou des soins. Un confinement pour les bienfaits du calme et de la lenteur. 

(je sais bien que notre société de sur-production et de placements produits, nous-mêmes inclus, n'en veut surtout pas)

Sinon j'ai profité de ma dernière journée de liberté pour lire chez les ami·e·s : 

"La crainte du danger devient le danger." phrase qui m'est restée de ce billet chez Carl Vanwelde

La malédiction du printemps 2020 chez Alice, alors que je me faisais avant de quitter la Normandie cette même réflexion : un temps estival de rêve (enfin de rêve d'estivant, pas de paysan ou ça dépend à quelle étape il est de la nourriture des bêtes en plein champs ou des foins) et dès lors que c'est fini qu'on reprend sorties et boulot voilà que viennent le temps incertain, les orages et la pluie.

Premier billet lu à l'Auberge des blogueurs, avec un peu d'avance sur le démarrage officiel annoncé. 

Billet en saine colère de la part de monsieur Samovar : bien des profs se sont démenés encore plus qu'à l'ordinaire durant le confinement, et qui ont dû se démerder, pas d'autres mots, pour proposer des cours malgré tout, et visiblement d'aucuns considèrent que puisqu'ils n'étaient pas physiquement devant les élèves, ils n'ont fait que glander.

Et j'ai encore dormi en fin d'après-midi avec un étrange réveil en sursaut, croyant au retour de JF assez tôt (fausse joie).

Non sans avoir hésité : dois-je savourer une dernière sieste ou bien au contraire commencer dès à présent à m'habituer au rythme d'une journée sans disposer d'un temps pour souffler ? Et puis poursuivre ma lecture de The Beatles Tune In aura été plus fort et le sommeil toujours fort, m'a rattrapée. 
Je dois à cet ouvrage mon #TIL du jour : The Toddlers' Truce une interruption des programmes télé entre 18h et 19h afin que les parents puissent coucher les enfants (3). Particularité qui prit fin le 16 février 1957

La soirée, ma dernière soirée de vie de liberté avant longtemps, a passé bien trop vite. 
L'Homme est rentré vers 20h30, tout défrisé, sans perspective précise de reprise du travail : il y a passé la journée pour régler certaines choses et se remettre au courant mais en l'absence de nouveaux chantiers et nouveaux clients pour le bureau d'études, c'est encore le chômage partiel qui l'attend.

J'ai pris le temps d'écrire un billet à part sur l'effet Pompéi, qui me tient depuis notre retour samedi soir tard. Et qu'un billet d'Alice m'a en quelque sorte rendu légitime - non, ce n'est pas moi qui suis folle, ça le fait à d'autres -. 

 

(1) Son agitation s'est calmée d'un coup dès lors que ça ne posait plus de problème. Il y entrait sans doute une forme de panique de l'enfermement.
(2) sans moteur, ça serait trop demander, je crois.
(3) Oui, on couchait tôt les enfants en ce temps. Pour ma sœur et moi ce fut longtemps 20h. J'avais bataillé pour 20h30 (ce qui fait que j'entrevoyais parfois le générique de début des Dossiers de l'écran le mardi soir mais ne pouvait voir le film) et longtemps des matchs de foot ne put voir qu'une mi-temps.

 

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE

7 182 912 cas (dont : 408 012 morts (dont 113 044 morts aux USA) et 3 506 328 guéris) 

 

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