Première journée de réel confinement, quoi que non encore obligatoire
Ai-je vraiment vécu cette journée ?

Un dimanche déjà pas comme un dimanche (mais un peu quand même)


    C'est un dimanche très étrange : à la fois comme beaucoup de dimanche ; mais déjà plus comme un dimanche.

Je souhaitais aller courir très tôt seulement l'Homme eut du mal, vraiment, à émerger. Nous y sommes allés quand même mais avons probablement croisé trop de gens pour que ça soit totalement safe. 

Je croise une amie du triathlon qui rentre à vélo, seule, nous nous saluons joyeusement mais sans nous arrêter (ni l'une ni l'autre, c'est assez marrant, nous sommes déjà conditionnées), je dis quelque chose comme : tant qu'on peut on s'entraîne. Il n'empêche je sais aussitôt que son sourire, ce bref échange sera un rayon de soleil dans les semaines ou les mois difficiles à venir.

La Seine est particulièrement haute, une vraie grosse crue comme en juin 2016. Je songe que certaines personnes vont à la fois devoir faire face au virus et à leur logis inondé. Ça risque d'être compliqué. 

Une petite fille pleurniche près de son petit vélo. Je suppose que les parents ne sont pas loin. Un homme sort d'un bateau maison voisin avec d'autres enfants, je me dis sans doute un peu facilement qu'ils sont ensemble. Aider quelqu'un c'est lui faire courir le risque de choper le virus dont nous sommes peut-être porteurs. 

JF me sème à un moment et ce qu'en temps normal j'aurais trouvé indifférent m'énerve immédiatement ; je lui crie dessus au moment des retrouvailles. Comme si un danger bien plus concret qu'un virus invisible rodait. 

Il fait un temps magnifique. Les parents d'enfants jeunes sortent donc avec eux, ce qui est parfaitement logique puisqu'ils s'apprêtent pour cause d'absence d'école et de probable télé-travail des parents à être confinés. De plus les familles franciliennes sont souvent à l'étroit. Mais ça présente des risques, du coup, puisque tout le monde fait ça. 

Comportement modifié : ne plus boire d'eau aux fontaines (le robinet peut être souillé), plus d'arrêt aux machines de sport (mais à Levallois c'était fermé pour cause de crue, de toutes façons) et je n'ai pas fait mes habituels assouplissement sur l'habituel banc. En revanche l'Homme qui continue à ne pas comprendre les risques a fait ses abdo sur le "rouleau" métallique. 

Depuis 48h je passe mon temps à lui dire fais pas ci fais pas ça comme à un enfant qui ne comprendrait pas. Je pense qu'il s'agit d'un déni pour préserver son cerveau de réellement piger l'ampleur du danger. 

De retour du dépouillement il semblait vraiment abattu. Peut-être qu'il avait entendu des infos échangées alors et qui avaient fini par cheminer jusqu'à sa compréhension. 
Il est donc allé voter et l'a fait pour moi puisque j'avais prévu d'être en Normandie et donc prévu une procuration. Inutile de courir un risque supplémentaire. Et comme il n'est pas un demi-braine il s'est proposé pour dépouiller, lui qui dab essaie de me refiler la patate chaude quand on la lui propose. 
Dans la  soirée les résultats d'élection paraîtrons d'une futilité insensée. 

Déjà dans l'Est de la France tous les cas d'extrême urgence ne peuvent être soignés. 

Le club de pétanque est enfin fermé mais ça a discuté ferme. Seulement il y avait à la fois le décret du premier ministre et une directive je crois municipale. Beaucoup de coups de fils. Et puis bien sûr il a fallu qu'il y retourne (pour éteindre, pour ranger) et puis il a aussi fallu qu'il ressorte faire des courses. 

J'ai discuté (par réseau) avec mes ami·e au sujet de l'éventualité de maintenir ou non le séjour en Normandie. L'attitude irresponsable et adolescente d'icelui fait clairement pencher la balance vers cette option. Quitte à être ensuite confinés là-bas. 

Ad se montre raisonnable, ne va pas voter, ne sort pas. Son frère est à Lille, échanges par WhatsApp. Il pense rentrer par un train tard.

Je prends le temps et la peine d'écrire un thread très complet sur le TG1 de la mi-journée. Je ressens que c'est important à transmettre. D'ailleurs je reçois des remerciements. 

Deux images me resteront.

1/ Le témoignage calme et si triste, d'un homme jeune, turinois, sous masque respiratoire et revenu des soins intensifs. Onze jours avant que ses poumons ne retrouvent leur autonomie. Il explique l'enfer. Il demande : prenez toutes vos précautions. Son père, lui, est mort.

2/ Le Pape, à pied dans une rue déserte de Rome (ou du Vatican) marchant, fort peu escorté (puisque personne) vers une petite église d'un Saint qui avait été bienveillant lors de la Grande Peste. Alors il fait ça, une esquisse de pèlerinage. J'ai beau être une mécréante, l'image me laisse impressionnée. Nous en sommes là. Le Pape demandant humblement à son dieu d'intercéder. 

Des nouvelles personnelles me viennent d'Italie. Personne n'est atteint pour l'instant et la plupart des personnes font du smartwork (à distance, donc). Une de mes cousines et son mari sont à la montagne là où le confinement est moins pesant (promenades possibles)

Arrive l'annonce du décès de l'une des premières victimes qui était quelqu'un qui comptait (Vittorio Gregoretti, un architecte)

Capture d’écran 2020-03-16 à 01.27.24

 

 

 

 

 

La FED et la BCE lâchent enfin la thune pour qu'on ne meurt pas d'asphyxie économique après l'asphyxie du #Covid_19 .C'est un soulagement mais signe que ce monde est réellement au bord du collapse. Car ce ne sont pas des humanistes, ces gens-là. 

Tant au niveau collectif mondial et local, que personnel, les jours à venir sont un immense point d'interrogation. 
Je me sens d'un calme olympien, quoi qu'envisageant lucidement l'éventualité de faire partie des victimes ou l'un des miens. Ni pensée magique, ni intuition. J'ignore d'où ça me vient ; pas seulement d'avoir vécu dans l'imminence de ma propre mort depuis l'âge de 10 ans et certains épisodes de fortes fièvres et toux. Il y a autre chose. Sans doute est-ce lié à des lectures qui en me mettant par identification dans la peau de personnages concernés m'ont pour partie déjà fait vivre ces situations. J'étais d'ailleurs pas si mal équipée : gel hydro-alcoolique, gants jetables, et des provisions pour une huitaine que nous avons poussées à 15 jours, sans pour autant sur-stocker.
Alors j'essaie de mettre à profit cette sérénité pour encourager, tenter d'apaiser les autres. Tenter de faire sourire malgré tout.  

Beaux et doux échanges sur le WhatsApp de l'Attrape-Cœurs. Être grand lecteur ou grande lectrice, ça aide dans les moments très durs, y a pas à tortiller. On a accès à une ressource supplémentaire, celle des expériences humaines lues. Comme une mémoire étendue des possibilités pour s'en sortir et une prescience des perceptions. 

"Pas peur pas peur, nous vivra nous verra"
#AndraTuttoBene  m'a dit Laura

 

Lien vers le site de la santé publique en France réapparu
Capture d’écran 2020-03-16 à 01.20.39Les victimes hors de Chine sont presque aussi nombreuses que celles en Chine 

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

156 400 cas dont : 5 833 morts et 73 968 guéris)

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