En rupture de stock
La vie suit son cours mais comme en suspens.

Journée qui ne se passe pas comme prévu, mais ça n'a sans doute pas de lien avec l'épidémie

 

    Comme j'ai pris du retard dans ma préparation de l'émission du soir, je mets les bouchées double et puis suis arrêtée en plein élan par le journal de mi-journée sur les chaînes de la Rai (entre Rai Uno et Rai News 24) que j'avais mis pour me tenir au courant le temps de manger.

Ce que je trouve intéressant, à suivre les infos italiennes plutôt que françaises, n'est pas seulement que l'épidémie y est en avance mais aussi que le pays et ses infos semblent moins verrouillés.
 
Ainsi ces deux derniers jours on voit clairement les lignes qui s'opposent : s'efforcer de rester confinés tous un bon moment pour que l'épidémie tombe plus vite faute de carburant ou au contraire tout continuer le plus possible au normal pour que les survivants le soient dans une économie la moins cassée possible. Le foot est un enjeu crucial, les décisions fluctuent au gré des décisions d'un niveau (gov, national) ou de l'autre (fédération sportive, régions).

C'est fascinant on voit les décisions en train de se prendre et d'être discutées. 

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Au bout du compte, mais je ne le saurais qu'en fin de journée, c'est confirmé, en Italie écoles à fac, tout fermé jusqu'au 15 mars dans tout le pays. Avec un réel souci de comment faire en pratique dans les familles et un aveu que tout n'est pas encore au point de ce côté là. Il est question de congés parentaux aménagés ou (inclusif) d'aide pour les frais inopinés de garde d'enfants confinés.
 
Je ne saurais en jurer mais peut-être que l'idée est aussi d'obliger le plus de personnes possibles à rester chez elles, puisqu'il faudra bien les garder les gosses et que les employeurs seront un tantinet contraints à être indulgents.

Sur ces entrefaites j'apprends parce qu'il m'envoie un message que O. ne sera pas disponible ce soir pour la régie, à cause d'une conférence à couvrir en même temps. Trop tard pour changer mon fusil d'épaules et rattraper ma soirée, je me consacre aux urgences domestiques et financières - le mois sans revenu ni indemnisation a fait mal - et de recherche d'emplois, ce qui devient très irréel dans l'ambiance actuelle : trouver du boulot puis être confinée juste après ?

 

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Ma fille a un ami en confinement, car il venait de Suisse où quelqu'un avec qui il a travaillé a été testé positif. Sauf qu'en France, s'il a obtenu sans problème un arrêt maladie de quarantaine et une ordonnance pour des masques (il vit en coloc), il n'a pas eu le droit d'être testé (pas tant qu'il n'a pas de symptômes) et pas pu avoir de masque car la pénurie est telle que même avec ordonnance rien n'est disponible. 

Une touitas expliquait qu'elle avait des symptômes et quelqu'un de son entourage qui avait la maladie mais que comme elle ne revenait pas des zones à risques on lui refusait le test Mais surtout, restez chez vous.

Sur Rai News 24 une envoyée spéciale à Paris évoquait le cas d'une de ses amies qui avait appelé 3 fois le 15 pour se voir à chaque fois refuser le test alors qu'elle venait d'Italie et avait tous les symptômes. 

Il me semble que la France économise sur les tests, peut-être parce qu'il en manque ou à cause de leur coût, sûrement aussi pour tenter le plus longtemps possible d'éviter l'annonce d'une bouffée épidémique. La semaine prochaine, ça sera panique à bord. 

Aux USA, ça semble pire. Et les gens qui ne se sont pas riches ou très bien assurés ne peuvent se payer le test. Tout est en place pour une méga-contagion. Ils continuent à frétiller pour leurs présidentielles comme si de rien n'était. Biden aura sans doute l'investiture démocrate. Comme l'écrivait Kozlika dommage que finalement le choix ne soit plus effectuable qu'entre deux vieux messieurs.

Le Fiston ne sait toujours pas si son voyage d'entreprise à Rome aura lieu. Son coloc enrhumé prend de soigneuses précautions, va se moucher aux toilettes, jette ses mouchoirs, se lave les mains sans arrêt, mais continue à aller bosser et n'a pas de moyen de se faire tester. Ses potes le charrient. Globalement, on se croit encore au stade où l'on peut plaisanter.

En Italie, les intervenants sur Rai News 24 osent encore manier l'humour noir, je crois que c'est l'esprit local, je l'ai aussi, mais on est à l'étape où le présentateur se sent obligé de glisser une phrase "dans le respect des malades et des gens qui souffrent", en rire permet de ne pas paniquer, c'est important de garder le moral, j'espère que vous le comprendrez, nous devons résister. En début de semaine (ou ce week-end je ne sais plus), ça vannait encore sans complexe : Pour une fois que nous sommes parmi les premiers mondiaux, il faut que ça soit pour une épidémie. 

Ma fille me dit qu'à son travail ils recouvrent les boutons de porte de films plastiques. Je suppose que c'est parce que ne disposant pas de solutions hydro-alcooliques, ils ont trouvé cette solution pour l'hygiène (si toutefois les films sont remplacés fréquemment).

Alice qui blogue pour partie pour les mêmes raisons que moi - dont d'éventuels lecteurs de longtemps plus tard, curieux de la vie à notre époque -, a écrit un billet Coronavirus. Je prends d'autant plus conscience d'à quel point mon background italien modifie ma perception des choses. En France, on est encore dans la minimisation (1). Celle-ci est toutefois atténuée par ceux des responsables qui souhaitent se couvrir afin que l'on ne puisse leur reprocher de n'avoir pas pris les mesures qu'il fallait. D'où de jolies contradictions : matchs de foot qui perdurent et courses à pied annulées. 
Nous procrastinons d'ailleurs sur nos inscriptions, risquant du coup de ne pouvoir participer à des courses qui finalement seront peut-être confirmées.

Je regarde le TG1 de 20h et tombe sur l'intervention de Giuseppe Conte. Pour la première fois depuis une ou deux éternités (j'exagère, je crois que Barack Obama m'avait fait ce coup-là du temps où il était POTUS),  je suis émue par le discours d'un politicien. J'ignore qui l'a rédigé, sans doute un travail d'équipe mais tout y est calibré au millimètre et lui fait le job, ni trop ni trop peu. Je n'aimerais pas être à sa place mais le genre de gens qui tiennent ses postes-là le fond sans doute en partie en se rêvant en charge dans des moments comme ça.

 

(1) Ne pas minimiser ne veut pas dire paniquer. De toutes façons ceux qui doivent paniquer l'ont déjà fait.

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

95 120 cas dont 3254 morts et 51 156 guéris 

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